RELATION DE CE QUI S'EST PA.SSÉ A L’ÉRECTION DE LA STATUE DU ROY
DAKS LA VILIK DE POITIEM, LE VI.NGT-ClilQUlKME AODST 1687'.
Les anciens, qui vouloient que les siècles à venir ne perdissent rien des grands hommes que le ciel fait naistre de temps en temps, pour servir de modèle aux autres, ne se sont pas contentez de célébrer leurs héros dans les écrits Immortels qu’ils nous ont laissez, ils ont voulu encore nous en donner l’image sensible, et, par le moyen
' Comme celle reLnüoD, intercalée dans mention suivanie : /I Poitiers^ chez Jean
le texte des mémoires, y est imprimée et Fhariaa, imprimear ordinaire du Roy, de
non mamiscrile, nous avons cru devoir en ^Université et dé Monseigneur V Evêque, et
respecter scrupuleusement l'orthographe. Jean^BaplisIe Draad, marchand libraire, rue
Elle furme une brochure de 3a pages des Cordeliers, à l’image de saint Joseph.^
petit în-4*< Au bas du litre se trouve la Avec perviission.
des statues et des médaillés qu’ils leur ont consacrées, les présenter à nos veux aussi bien qu’à nos esprits. C’est par là que nous connoissons encore aujourd’huy ceux qui vivoient il y a plus de deux mil ans, et que dans ces précieux restes et ces débris de l’antiquité nous prenons plaisir de considérer comment estoient faits ces grands hommes, que les Grecs et les Romains nous ont tant vantez.
La France, qui s’estoitun peu négligée sur ce sujet jusqu’à présent, commence enfin à se réveiller, et à prendre le bon goût des anciens sous un règne heureux qui fait refleurir les beaux-arts; et comme elle ii’a jamais eu de héros plus digne de l’immortalité que Louis LE Gband, elle n’a jamais eu aussi tant d’émulation qu’elle en fait paroitre à luy eriger des statues, et à faire fraper des médaillés qui puissent conserver à tous les siècles sa figure et les traits de son visage, et faire voir à ceux qui viendront après nons cet air de majesté qui anime sa personne, et qui est meslé de tant de douceur.
M. le maréchal de la Feuillade est le premier qui a donné l’exemple de lui faire élever des statues. Cette vive ardeur qu’il a pour la gloire du roy lui a inspiré un nouveau dessein pour contribuer à la rendre immortelle : il vient de luy élever avec la derniere magnificence une statue cpii sera le monument éternel des victoires de son prince, et en même temps celui de son zèle et de sa rcconnoissancc'.
C’est à son imitation que les villes et les provinces ont demandé instamment la permission d’eriger de semblables monumens, qui leur puissent mettre devant les yeux ce qu’elles ont de plus profondément gravé dans le cœur. La ville de Poitiers a esté de ce nombre , et, pour mieux faire éclater son zele, elle a usé d’une diligence extrême, afin que, si elle ne peut pas l’emporter sur les autres villes pour le reste, elle ait au moins cet avantage de les devancer dans l’execution. Voici comment la chose s’est passée :
Les marchands, qui font un corps considérable dans la ville, touchez d’une juste reconnoissance des bienfaits tpi’ils reçoivent tous les
' Le monument élevé par le maréchal de U Feuillade à la ^oîre de Louis XIV fui inauguré à Paris le aS mars i686.
jours du roy, par la protection qu’il donne aux arts et au commerce, ont cru qu’il estoit de leur devoir de donner quelques marques extérieures de cette reconnoissance , en élevant une statue du roy sur la porte du lieu où ils s’assemblent pour rendre la justice. Mais M. Foucault, intendant de la province, leur ayant Inspiré d’en faire un monument public et de l’eriger dans une place, où, estant plus en vue, elle feroit plus d’bonneur à leur zele, ils ont suivi le conseil qu’il leur a donné, et ont bien voulu faire la dépense de ce monument, qu’ils ont élevé avec tout le succez qu’on en pouvoit attendre.
Ce monument est une statue du roy en pied, dans une attitude noble, majestueuse et digne du héros qu’elle représente. On y remarque son air et ses traits, autant que le cizeau est capable de les exprimer. Il est représenté habillé k la romaine, avec un manteau royal semé de fleurs de lys, qui lui pend derrière les épaulés. Cette statue est posée siu* un piédestal d’une tres-belle architecture, enrichi de sculpture et de tous les omemens qui y conviennent. Quatre termes, representans des esclaves des differentes nations subjuguées, soûtiennent les quatre coins de l'architrave, et font voir dans des airs et des altitudes particulières des sentimens différons. Les quatre faces du piédestal sont occupées par quatre ovales qui renferment des tables de marbre noir où sont gravées les inscriptions, le tout à une distance de huit pieds, entouré d’une balustrade de fer doré. Ënfln, ce monument est tel, qu’il y a sujet d’aplaudir au zele de ceux qui l’ont érigé, et à l’habileté de celuy qui l’a exécuté. C’est le sieur Girouard', dont le mérité a cela de particulier, qu’il n’est pour ainsi
' Jean Girouard, né à Poitiers vers 1 660, mort en 1730. li fut sans doute élève de son père, qui était maître sculpteur établi à Poitiers. Outre la statue en pierre de Louis XIV, on lui attribue quelques autres monuments de sculpture dans la même ville et dans les autres do la province, no-^ tamment à Saint-Maixent. Il travailla aussi en Bretagne.
La statue colossale de Louis XIV, œuvre de Girouanl, a été gravée dans le temps par J. Dolivar, et dessinée en 1 6gg pour l'amateur Gaignières. (Voy. la topographie de la Vienne, au cabinet des estampes de la Bibliothèque impériale.) Elle a été détruite le 18 août i7ga. La tète seule est encore conservée au musée des antiquités do l'Ouest, à Poitiers, avec une partie du
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dire élevé (jue de lui-même, puisque c’est seulement sur les beaux morceaux qui nous restent des anciens qu’il s’est formé dans une grande jeunesse, et qu’il a mérité d’être employé aux travaux de Versailles, où il a fait voir l’excellent naturel qu’il a pour la sculpture*.
Les marchands ayant fait ce qui dépendoit d’eux, le corps de ville, au nom de tous les habitans, a cru qu’il estoit de son devoir de seconder leur zele, et ayant choisi la plus belle place de la ville pour poser cette statue, a voulu se signaler par de grandes réjouissances le jour quelle a esté élevée, et a commencé par decorer la place, qui estoit autrefois le vieux Marché, et qu’on doit appeler désormais la Place Rotale.
Quatre arcs de triomphe la fermoient aux quatre rues qui y aboutissent; le premier estoit dédié au roy par cette inscription :