RÉPONSE DE FOUCAULT PÈRE’. LETTRE DE FOUCAULT A SON PÈRE
k Verrim, c* 9 ooveMbr*
Le dernier édit qui révoque celui du Nantes me paroit un contretemps aux alTaires de la religiiiu p. r. Il produira bien
A Poiiiers, ce 3* novembre i685.
Les gentilshommes de la R. P. R. du haut Poitou s’assemblèrent hier ici au palais. Je leur fis entendre les intentions
' Angélique n'était que la seconde fille de Foucault: l'aînée était Marie, née le
i3 avril 1678. (Voy. plus haut, p. 45.) * Écrite en marge et difficile à lire.
des relaps qui se cantonneront dans leurs maisons et serviront de ministres à leurs familles, et l’on ne sauroit parer à cet inconvénient que par une déclaration interprétative.
Il est bon que M. pbissorl soit iiiforoié de ce bon office; mais il faut que ce soit par tout autre que par vous, et que son fermier lui en donne avis. Il a sou secrétaire, M. Hersan, qui est trésorier de France au bureau de Poitiers; il faudroit voir si vous ne pourriez rien pour lui, cela plairoil fort à son maître. Il faut tâcher de consener son amitié par toutes voies. Si M. Boucherai ne l’avoit exclu par son antiquité , on lui auroit dû donner sa place, et. s’il venoit â manquer, l’on peut enfreindre de suivre l’ordre do tableau; mais, en tout cas, ce chancelier-ci ne le poussera pas comme faisoit le défunt', qui étoit mordant et à qui un bon mol n’échappoit jamais. Il le respectera, au contraire, car tout le monde demeure d’accord que
' Le chancelier Le Tellier.
du roi et leur représentai le mieux qu’il me fut possible combien ils avoient intérêt de s’y conformer. 11 y eut peu de conversions; mais il y en a beaucoup d’ébranlés et qui se font une fausse honte de renoncer publiquement à une religion où ils sont exhortés par les chefs de parti à persévérer. J’en ai taxé d’office aux tailles une trentaine. II ne me reste plus que deux élections où les départemens ne sont pas encore faits. J'ai diminué la paroisse de M. Pussort, qui est la plus soulagée de toutes. Ses métayers ne payent presque point de taille. J’ai cru qu’il étoit plus à propos de lui laisser donner avis de cette diminution par son homme d’affaires que de le lui donner moi-méme.
L’ainée des filles que j’ai ici mourut hier; il y avoit trois semaines qu’elle étoit malade. Son mal a commencé par la petite vérole et a fini par un flux hépatbique. Ce sont des pertes qui deviennent fréquentes dans ma [famille]. Dieu conserve ce qui reste !
Ce sera un grand repos pour vous et un grand avantage pour votre famille, si vous pouvez être une fois défait des papiers de la chambre de justice.
Nous attendons tous les jours des nouvelles de l’événement de la maladie de
M. Pussort primera au conseil, M. le chancelier. Il sera dilhcile, .s'il vienl n’y ayant personne qui en ap- à manquer, de bien remplir cette place.
proche. Au surplus, M * M. Pussort l’occuperoil dignement et re-
avoil donné d’élranees iuipres- ,, . « , . i r -n i
, lèveroit lort le cœur a la tamille de
sionsdc vous au delunt, dont il
lui échappoit toujours quelque Colbert. Je n’oserois en mon particupelilmot,carilselaissoitélran- lier espérer que ce bien nous arrive, gemcnt prévenir. Dieu lui fasse paix !
J’avois prévu que celle clause, La dernière clause de l’édit de révoqui ma paru d’abord mal en- cation de celui de Nantes nous fait un
tendue, pourroit faire des era- désordre ici et arrête les conver-
barras. Je crois vous en avoir écrit quelque chose. Je ne doute
pas que l’on u’envoio une dé- assurerai, s’il vous plaît, de
claration interprétative. Il n’eùl nacs respects, pas été mal à propos que vous F.
eussiez, fait vos observations sur
les inconvéniens dont l’exécution peut être suivie, car le sens littéral du dernier article paroit directement opposé à la continuation des conversions, tout cela faute d’explication ou par trop de précipitation , car absolument tant plus l’on examinera cette dernière clause, plus elle se trouvera contraire aux intentions du roi qui sont d’achever (P)’' et d’empécher qu’il n’y ait des relaps. La suite le va faire voir si l’on n’y remédie*.
J’oubliois de vous marquer qu’il est assez à propos de faire mettre deux petites épitaphes à vos deux enfans, l’une à Pau, l’autre à Poitiers; elles ne contieu-
droient que deux lignes : une telle, hile d’un tel et de ses père et mère.
Ces monumens, qui subsistent longtemps, peuvent être, dans la suite, de quelque usage pour les familles, pour des cas que l'on ne sauroit pas prévoir.
F(0UCAI:LT].
Le 8 novembre, M. de Louvois m’a mandé que, le roi ayant été informé que, depuis la révocation de l’édit de Nantes, les religionnaires qui ne se sont pas convertis croient qu’en vertu de la dernière
' Nom illisible, peut-être du Trône.
' Mot illisible, lu par conjecture.
’ Suit un alinéa où nous n’avons pu
lire que ces mots : • le retardement de la
• quittance de l'aflaire de Montargis aura
• donné lieu à divertir ce fonds. >
clause de ladite révocation ils ne peuvent être pressés de changer de religion. Sa Majesté désire qu’on apporte plus de sévérité pour les obliger à se faire instruire et qu’on y contraigne les gentllshomincs et les roturiers par logement de gens de guerre; que j’informe contre ceux qui insultent les nouveaux convertis, sous prétexte qu’ils se sont trop pressés de changer de religion, pour être punis par des condamnations d’amendes et par la prison; qu’au surplus on se serve le plus qu’on pourra des voies de la douceur et des exhortations contre le gros des nouveaux convertis, pour les engager à faire leur devoir de religion; qu’il faut faire représenter les titres aux gentilshommes dont la noblesse est douteuse, et faire informer contre les véritables gentilshommes qui ont commis des vexations , et qu’enfin on leur fasse à tous entendre qu’ils n’auront ni paix ni douceur chez eux jusqu’à ce qu’ils aient donné des marques d’une sincère conversion.
Le 8 novembre, j’ai fait mes complimcns à M. Boucherat sur sa promotion à la dignité de chancelier. 11 a été nommé le i" novembre i685.
Le lo novembre, le sieur Paulmier, ministre de Saint-Maixent, et des plus accrédités par sa suffisance dans la province , a été le premier qui se soit converti. J’ai proposé à M. de Louvois de lui faire donner une pension; il avoit Coo** d’appointemens à Saint-Maixent.
Le I 5 novembre, j’ai écrit à M. de Louvois pour me justifier des plaintes que plusieurs gentilshommes de la R. P. R. avoient faites, que je leur envoyois des compagnies de dragons entières chez eux et que je les imposois aux tailles.
Nonobstant ces plaintes, M. de Louvois a mandé à M. do Vérac d’envoyer la moitié d’une compagnie dans une seule maison, et il a fallu faire vendre leurs meubles lorsque les vivres et le fourrage a été consommé; c’est ce que je n’avois jamais voulu souffrir.
Le roi n’a pas voulu que l’on envoyât des gens de guerre chez M. d’Olbreusc, frère de madame la duchesse de ZelP.
' Éltonore D«smier, iille d'.'Meuindre sé, en i66à, Georges-Guillaume de Bruns-
Desmier, seigneur d'OIbreuse. avait épou- wick, duc de Zell et de Lunebourg.
DE NICOLAS-JOSEPH FOUCAULT. Vil
Le roi a écrit aux parlemcns que son intention étoit que ceux qui ne se mettroienl pas en devoir de recevoir les sacreiuens lorsqu’ils seroient en danger de leur vie fussent punis de la peine des relaps, ce qui a été fait pour remédier aux inconvéniens de l’article de l’édit de révocation de celui de Nantes , dont ils infèrent que le roi veut qu’on les laisse vivre et mourir dans leur religion.
Mais j’ai mandé à M. de Louvois que, le Poitou étant fort éloigné de Paris, il sera difficile que le parlement puisse faire des exemples, qui ne sont utiles qu’autant qu’ils sont prompts; que c’est la raison qui a porté Sa Majeté, nonobstant la déclaration de 1679 et l’édit de I 680 adressés au parlement, d’ordonner, par un arrêt du 8 juin I 68a, que le procès seroit fait par M. de Bâville aux relaps du Poitou. J’ai envoyé à M. de Louvois un projet d’arrêt pour m’attribuer une pareille connoissance.
Au mois de novembre, le sieur Rocas, ministre du Breuil, s’est converti à l’âge de 86 ans. C’est le deuxième de la province qui ait pris ce parti, tous les autres ayant passé en Hollande et en Angleteire.
Le ?9 novembre, j’ai reçu un ordre du roi pour faire arrêter le sieur de la Massaye et l’envoyer au château d’Angers. Il s’étoit signalé par ses menées auprès des gentilshommes de la R. P. R. 11 ne s’esi pas trouvé chez lui.
M. le mai'quis de Mauzé, qui se tient en Aulnis et qui a des terres en Poitou, m’est venu prier de ne lui point envoyer de logemens de gens de guerre, et qu’il alloit faire son abjuration à Paris.
M. de Louvois m’a mandé, par sa lettre du 17 novembre i685, que l'intention du roi est que les dragons demeurent chez les gentilshommes de la R. P. R. du bas Poitou jusqu’à ce qu’ils soient convertis, qu’on leur laisse faire le plus de désordre tpi’il se pourra.
Le a a novembre 1 685, M. de Louvois m’a mandé que le roi avoit accordé une pension de 900'* au frère de M. de Vérac, sur ce que je lui ai écrit
Le 37 novembre i685, M. de Louvois m’a mandé de faire donnei
ifl.
I'i8 MÉMOIRES
trois pistoles aux cavaliers de la R. P. R. qui se convertiront, et deux à chaque soldat.
Le roi a envoyé M. d’AsfcId en Poitou, au mois de novembre 1 68.5, pour loger les troupes chez les religionnaires.
.Ku mois de novembre, il a couru un bruit à Paris que les religionnaires de Poitou m'avoient assassiné.
Le 37 novembre i685, ma femme est accouchée d’un deuxième fils, tenu sur les fonts par M. Dugué et par mademoiselle Foucault, ma soeur. Il a été nommé Guillaume, du nom de son parrain. Il a été nourri à Poitiers. Quand j’ai quitté Poitiers, en 1689, je l’ai laissé entre les mains d'une bourgeoise de Poitiers. J’ai mis Henriette dans l’abbaye de Saint-Jean, et la dernière fdlc à Dissais‘. Peu de temps après je fis venir le garçon et la dernière fille à Paris, où elle fut envoyée à Jarcy, et le garçon conduit à Nanterre, le 1 5 juin i6go.
M. de la Massaye s’étant absenté, M. de Louvois m’a mandé, par sa lettre du 10 décembre i685, que, s’il ne se présente dans peu de temps, il faudra faire raser sa maison.
M. de Villette, parent de madame de Maintenon, s’est converti à Niort, le ao décembre i685’.
Il y a eu deux cent onze genstilshommes qui se sont convertis depuis le 20 novembre jusqu’au 20 décembre.
Le 27 décembre i685, M. de Louvois m’a mandé de faire mettre en prison les religionnaires chez lesquels il n’y aura plus de quoi nourrir les dragons, et faire raser les maisons de ceux qui s’absenteront.
Au mois de décembre, M. de Vérac a envoyé des dragons chez les gentilshommes de la R. P. R. du Poitou.
Au mois de décembre , j’ai reçu des ordres de M. de Louvois , de
' Maùon de campagne que Foucault aviiit louée.
' • Le roi donne an marquis de Vil- • telle , cousin germain de madame de
I Maintenon, et chef d'escadre, une pen- «aion de 3,ooo Il s’est converti depuis «peu.» (Journal tU Dangeuu , 10 mar> 1686.)
faire raser quelqu’une des maisons de gentilshommes de la R. P. R. qui refuseront de s’instruire. J’en ai fait raser une appartenant au sieur de Chambray.
Au mois 1 685, j’ai demandé au roi deux régimens d’infan-
terie, pour s’en servir en cas de besoin contre les religionnaires opiniâtres et séditieux.
Je n’ai pas été d’avis que l’on fît le procès aux relaps qui se sont convertis.
Le roi [a] accordé, sur mes remontrances, i58,3ao” de diminution sur les impositions du Poitou, pour 1 686, dont il y en a 5o,ooo'^ pour les nouveaux convertis.
Le i" janvier, M. de Louvois m'a envoyé un arrêt du conseil qui défend aux médecins de la religion prétendue réformée d’exercer leur profession.
Le 8 janvier, j’ai reçu une lettre de cachet pour faire transférer la dame de Vervant, du couvent des Ursulines d’Angoulème dans l’abbaye de Puyberland, en Poitou; depuis, elle a été conduite à l’abbaye de la Trinité de Poitiers, et ensuite au Port-Royal à Paris.
Le roi ayant été informé que les ministres qui sont sortis du royaume, en exécution de l’édit du mois d’octobre dernier, ont résolu d’y revenir, déguisés en marchands et en cavaliers, pour séduire les nouveaux convertis, que ceux qui servoient de ministres dans une province doivent aller dans une autre qui en soit fort éloignée. Sa Majesté désire que je n’oublie rien pour en découvrir quelqu’un, pour en faire une punition qui prévienne leur mauvais dessein.
Le 9 janvier, M. de Louvois m’a envoyé un ordre dn roi , sur mon avis, pour envoyer le sieur de la Chauvinière, gentilhomme de la R. P. R. du Poitou, au château de Pierre-Encise , cela pouvant contribuer â sa conversion.
M. de Louvois m’a écrit, le i a janvier, que, le roi ayant considéré que la plus grande partie des soldats suisses et autres étrangers de
la R. P. R. ne sc convertissoient que pour jouir de la gratification de deux pistolesqui leur a été payée jusques à présent, et que, quand ils étoient retournés dans leur pays, il est bien difficile qu’ils s’empêchent de retourner à leur religion, Sa Majesté a résolu de ne leur plus rien donner, et de m'en donner avis afin que je me conforme à ses intentions.
Le roi ayant ci-devant fait des défenses aux carmes déchaussés de son royaume de rcconnoître les supérieurs généraux dudit ordre étant à Rome, et ayant appris que le chapitre général se devoit tenir après Pâques , et que ces défenses pourroient empêcher les carmes déchaussés françois de se trouver audit chapitre général. Sa Majesté leur ordonne de s’y trouver, et désire que je leur fasse savoir ses intentions portées par une lettre de cachet du i i janvier i 686.
Ayant proposé au roi de faire raser la maison du sieur de Chambray , gentilhomme de la R. P, R. du Poitou, l’un des plus séditieux de la province, et qui s'est absenté, M. de Louvois m’a écrit, le i4 janvier, que Sa Majesté approuvoit cette proposition, pour obliger, par cet exemple, ceux qui se sont absentés à revenir.
Le 19 janvier, M. de Vérac m’a mandé que mademoiselle sa fille s’étoit convertie, mais non madame de Vérac, sa femme.
Le roi avoit établi, en 1676, une commission à l’.\rsenal, pour la réformation des abus des étapes. M. Le Pelletier m’a envoyé un arrêt du conseil, du 30 janvier 1686, qui supprime cette chambre.
J’ai reçu une lettre de M. de Louvois, du ao janvier, pour faire mettre la dame de la Forest dans un couvent de la ville de Poitiers, pour y demeurer jusques à ce quelle soit convertie.
Par une lettre de M. de Louvois , du a a janvier, il me mande que , le roi ne jugeant pas à propos de disposer des biens des religionnaires fugitifs. Sa Majesté désire que je prenne soin de les faire administrer de manière que lesdits religionnaires alisens n’en puissent tirer aucun revenu, et [qu’ils] ne sc dissipent point, et que je sois en étal de rendre compte au roi de ce en quoi consistent les fonds et les revenus desdits biens, lorsque Sa Majesté le demandera.
Il y avoit clans Châtelleraull ' cjiii faisoient profession de
la R. P. R. Au a4 janvier, il ny avoit plus que quatre personnes, que j’ai fait mettre en prison, et huit, absentes, qui ont passé dans les pays étrangers. Il y avoit trois ministres très-habiles.
Le sieur de la Roche-Logerie étoit un des plus entêtés religionnaircs; il disoit qu’il auroit souhaité endurer le martyre pour sa religion.
Le nommé Bureau, libraire de Poitiers, s’étant converti peu de temps avant sa mort, sa veuve a demandé au roi la permission d’envoyer en Hollande les livres à l’usage de la R. P. R. que son mari lui a laisses, et la permission d’imprimer les psaumes en François, de la traduction du P. Adam, jésuite, et ceux de Don Antoine, roi de Portugal, de la traduction de Du Ryer ; ce qui lui a été accordé.
M. de Louvois m’a écrit une lettre le 3 1 janvier, portant cpie, le roi ayant été informé, par les officiers des galères, que plusieurs des soldats qui y ont été condamnés pour désertion ont eu le nez coupé si près qu’ils sont incapables de résister à la fatigue de la mer. Sa Majesté désire que l’on ne coupe aux déserteurs que l’extrémité du bout du nez, pour les marquer seulement, et d’en avertir les majors des troupes.
Au mois de janvier, j’ai obtenu du roi 3,ooo**, pour donner aux filles du séminaire des nouvelles catholiques de Poitiers le moyen d’acheter une maison, pour les mettre en état de loger les nouvelles catholiques.
M. l’abbé de Quincé a été nommé évêque de Poitiers au mois de janvier; mais, sa santé ne lui ayant pas permis de se charger du fardeau de l’épiscopat, il a remis son brevet au roi et est mort peu de temps après; c’étoit un homme de vertu et d’un grand mérite'*.
' En blanc dans le manuscrit.
* On lit clans le Journal de Dangeau, à la date du lo novembre i685 ; «Le roi » donna à l'abbé de Quincé l'évêché de • Poitiers; • et é la date du 8 avril i686 :
< Je sus que l'évëque de Tréguier avoit été
• nommé à l'évéché de Poitiers que l'abbé
• de Quincé a remis au roi, à cause que «ses indispositions l'empêchent de faire
< les fonctions de l'épiscopat. •
Au mois de janvier, j’ai fait planter des arbres le long de la rivière du Gain, depuis l’alibayc de Saint-Cyprien, dans l’étendue de six cents toises, pour servir de promenade aux babitans de Poitiers, et l'année suivante j’ai fait revêtir le côté de la rivière.
Au mois de janvier, tous les rcligionnaires de Poitiers et de Chàtellcraidt étoient convertis , et il en restoit dans la province environ cinq à six cents prisonniers ou fugitifs qui ne l'étoicnt pas.
Au commencement de février i 686, il ne restoit pas cinq cents religionnaires en Poitou, encore tous fugitifs ou prisonniers.
Le sieur Bérard, prêtre, avoit un talent particulier pour élever des perdrix. Il les faisoit couver par des poules; il les rassenibloit au son d’un petit tambour pour les repaitre, et il les conduisoit devant lui, partout où l'on vouloit, comme des poules d’Inde. J’en ai fait conduire par ce prêtre à Chambord, à Versailles et à Meudon.
Le sieur de Saint-Philbert, gentilhomme des plus considérables en biens, s’est converti aussi bien que la dame de la Lourrie, ce qui a attiré un grand nombre de conversions. La prison éloignée a plus attiré de gentilshommes à l’Eglise que les dragons; c’est la prison qui a converti le sieur de Gagemont.
La reine Jeanne de Navarre faisoit condamner à l’amende les catholiques qui alloicnt à la messe; mais j’ai mandé à M. de Louvoi.s qu’il valoit mieux se servir du ministère des dragons pour obliger [les] nouveaux convertis d’aller à la messe les dimanches, que de la voie de l’amende dont il restoit des vestiges dans les suites.
Les prêtres de l’Oratoire, que M. l’évêque de Poitiers avoit fait venir pour faire la mission dans son diocèse, ont refusé d’aller prêcher dans les bourgs et villages, prétendant qu’ils avoienl été envoyés pour prêcher seulement dans les villes. Je l’ai écrit à M. de Louvois.
J’ai mandé k M. de Louvois qu'un obstacle considérable aux conversions, dans plusieurs paroisses, éloit la vie scandaleuse des curés, que les évêques no peuvent ranger à leur devoir par des procédures régulières, à cause des appels comme d’abus de leurs ordonnances. Je lui ai envoyé les noms de trois de ces curés pour les envoyer dans
DE NICOLAS-JOSEPH FOUCAULT, le séminaire de Richelieu , qui est très-réglé; c’est le seul moyen de les mettre à la raison. Cet ordre m’a été envoyé.
J'ai demandé à M. de Louvois un arrêt qui me commette pour faire le procès aux religionnaires qui se mettent en devoir de quitter le royaume, et lui ai mandé que j’allois faire l’instruction de celui du sieur de la Massaye.
Le 8 février 1686, M. de Louvois m’a envoyé plusieurs exemplaires de la manière dont on doit faire usage du remède trouvé par le prieur de Cabrières pour les descentes, Sa Majesté l’ayant rendu public depuis la mort dudit prieur’.
J’ai reçu un ordre du roi, du 8 février 1 686, pour faire conduire au château de Pierre-Encise les sieurs de Vesançay, de Mauroy et de Gagemont, gentilshommes de la R. P. R. du Poitou, attendu leur opiniâtreté à ne se point convertir.
.Ayant proposé à M. de Louvois de faire assister de quelque argent les religionnaires fugitifs qui reviendroient en France, il m’a mandé, par sa lettre du 1 3 février, que le roi ne juge pas à propos de leur faire distribuer de l’argent par son ordre, à cause des plaintes que pourroienl faire ceux qui se sont convertis de bonne grâce, qu’ils seroient moins bien traités que les autres; mais que le roi trouvera bon que j’emploie jusques à i5o ou 200 pistoles à cela, comme si cétoit de mon argent, et que, sur le mémoire que j’en enverrois de n)ois en mois, il m’en feroit rembourser.
Le 28 février 1686, j’ai écrit à M. Le Pelletier que la dépense à faire pour les réparations et augmentations des églises du seul diocèse de Poitiers où il y a des nouveaux convertis, qui contient presque les deux tiers du Poitou, reviendroient à 46,485», et qu'il faudroit un second fonds pour les diocèses de la Rochelle et de Luçon.
• Le prieur de Cabrières, qui étoit ° beaucoup de perdus par sa mort. » (your-
• venu à la coiir pour donner au roi tous nal Je Dangeau, aG novembre i685, ù
• ses secrets, mourut ici. Le roi a une Versailles.)
• |»arlic de ses remèdes , mais il y en a
ao
Le roi ayant établi des ateliers publics pour faire travailler les pauvres aux chemins, M. Le Pelletier a augmenté, sur mon avis, le fonds destiné pour le Poitou de 20,000 au mois de février 1686.
J’ai reçu un ordre du roi du 2 mars 1686, pour envoyer madame de Vérac, femme de M. de Vérac, lieutenant général du haut Poitou, dans un monastère.
J’ai reçu une lettre de M. de Seignelay, du 3 mars 1686, par laquelle il me marque que l’intention du roi est d’empècher les religionnaires de sortir du royaume, aussi bien que les nouveaux convertis, et que, pour cet effet, il faut établir des gens de confiance sur les côtes de Poitou , qui puissent empêcher leur embarquement ; que le roi pourvoira à cette dépense. Je lui ai envoyé un état de ce qui restoit encore de religionnaircs en Poitou.
Le 4 mars 1686, M. de Louvois m’a mandé que l’intention du roi étoit de faire augmenter les églises du Poitou, qui, par la quantité de nouveaux convertis, ne peuvent contenir ceux qui doivent assister au service divin. Sa Majesté désirant, pour cet effet, que je fasse faire au plus tôt les plans, devis et marchés nécessaires, et que je lui envoie im état de ce [que] cela devra coûter pour mettre cette année les églises en l’état porte par lesdits devis, le tout de concert avec MM. les évêques, et de régler la dépense de manière quelle n’engage Sa Majesté qu’à ce qui sera absolument nécessaire pour que les habitans de charpie paroisse puissent avoir le couvert.
Le 4 mars, M. de Louvois m’a écrit que, le roi ayant été informé que, dans plusieurs paroisses où il y a des religionnaircs, les curés qui, auparavant leurs conversions, pouvoient se passer de vicaires, ne pouvoient plus le faire, Sa Majesté désiroil que je conférasse avec MM. les évêques pour savoir comment on poiirroit pourvoir à ces besoins, soit en obligeant les gros décimateurs à entretenir des vicaires, ou en chargeant les curés qui ont un revenu suffisant de le faire, ou les habitans d’y contribuer; que, si aucun de ces moyens ne se trouve praticable. Sa Majesté veut bien entrer dans cette dépense, et que j’aie à lui mander sur cela mon avis.
M. de Louvois m'a écrit, le lo mars 1686, que le roi ue vouloit pas que l’on contraignît les nouveaux convertis à aller à la messe par amende, mais qu’on envoie loger chez eux des gens de guerre.
Au mois de mars 1686, le roi établit un séminaire à Poitiers, et prit pour cet effet la maison bâtie par Pinet, receveur général des finances de Poitiers, que M. Rouillé fit pendre pour scs concussions. M. de Bâville avoit occupé cette maison depuis quelle avoit été confisquée, et la fit donner aux prêtres de Saint-Lazare pour le séminaire.
Le 9 avril 1686, j’ai jugé au présidial de Poitiers et condamné à être traîné sur la claie le cadavre d’une femme du lieu de la Motte , qui , ayant abjuré l’hérésie depuis trois mois, a refusé, avant de mourir, étant en pleine connoissance et liberté d’esprit, de recevoir les sacremens, nonobstant les instances de son curé.
M. Le Pelletier m’a écrit, le 1 4 avril 1686, que le roi trouvoit bon, suivant mou avis, que je fisse distribuer aux pauvres du l^oitou le bled que M. de Bezons, intendant d’Orléans, avoit fait voiturer à Châtellerault , par forme d’aumône, et que, pour éviter que les intendans des autres provinces ne demandassent de pareilles grâces pour les pauvres de leur département, je pourrois faire entendre aux peuples que ce soulagement que l’on procure aux pauvres provient d’une amende dont Sa Majesté m’a permis de disposer en leur faveur.
Le 22 avril 168G, M. de Barbezieux m’a envoyé une ordonnance du roi portant que les cavaliers, dragons et soldats qui se marieront à l’avenir, seront déchus de l’ancienneté qu’ils auront acquise jusques au jour de leur mariage.
Au mois d’avril 1686, le sieur Bérard, vicaire de la paroisse de qui élevoit des perdreaux pour les jeter dans le parc à Ver-
sailles, en a porté, par mon ordre, à M. de Louvois pour Meudon.
Madame de Vérac a été mise dans un couvent, au mois d’avril
Madame de Vervant, qui avoit été transférée de l’abbaye de Puyberland en celle de la Trinité de Poitiers, étoit retenue de se convertir par la crainte quelle avoit de son mari, qui étoit passé en Angle-
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terre, et qui lui écrivoit des lettres menaçantes sur ce changement de religion. C’étoit un homme très-violent qui avoit épousé [en premières noces] la sœur de madame de Vervant, violentée par sa mère, et qui mourut le jour même de ses noces par la frayeur qu’on lui avoit donnée de l’humeur de M. de V'ervant. Madame de Vervant promit de se convertir s’il paroissoit qu’elle y eût été contrainte, et pour cet effet elle fut conduite à Paris par mademoiselle Foucault, ma sœur, et mise au couvent du Port-Royal, où elle a fait son abjuration.
Le I 8 mai 1 686, j’ai proposé à M. Le Pelletier de faire donner par le roi au sieur Paulmier, ministi'e exemplairement converti, la charge de conseiller au présidial de Poitiers [vacante] par la mort du sieur Rapaillon, en perte d’office, et qui n’a laissé ni veuve ni enfans.
Le I 9 mai 1 686, M. le chancelier Boucherat m’a mandé qu’il étoit informé que les règlemens faits pour les chancelleries près les compagnies supérieures et celles des présidiaux, bailliages et sénéchaus- .sces, n’y étoient pas exécutés, mais que les officiers créés pour les exercer n’y faisoient aucune résidence, et que le sceau du roi n’y étoit point tenu avec dignité. Il me marque de lui faire savoir si, dans tous les sièges de la généralité de Poitiers, il y a des officiers pourvus des offices créés par l’édit de i 667 ' et autres siiivans, et de leur faire représenter leurs provisions pour voir si les noms ne sont point on blanc ou s’ils n’ont point été rayés pour en substituer d’autres.
Le roi ayant résolu de venir à Baréges, dont les eaux avoient été jugées propres au mal qui a produit l’opération qu’on lui a faite, M. de Louvois m’a mandé, le a 2 mai 1686, de faire raccommoder les chemins de son passage. Ce voyage n’a pas été fait’.
Au mois de mai 1686, j’ai rendu un jugement au présidial de Poitiers contre six reUgionnaircs qui ont 'été arrêtés en l’ile de Ré,
' Nous ne trouvons, ni en i557, ni •prè-H, aucun édit auquel on puisse appliquer CO qu indique ici Foucault. Peutêtre y a-i il une erreur de date , chose assez fréquente dans scs ménioire».
’ Sur le projet de voyage du roi à Barêgcs, voy. le Journal de Dangeau, du ai au ay mai iCÔ6, et, dans notre appendice, les dc|>cchca de Louvois des a a et 37 mai I üd6.
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voulant passer à l’étranger. J’ai condamné aux galères perpétuelles deux gentilshommes et un avocat, et trois femmes au bannissement perpétuel, qui n’est pas une peine pour des fugitifs; aussi ai-je proposé au roi de faire mettre ces trois femmes dans des couvens. On a voulu dire que la confiscation de corps et de biens, qui est la peine indite par l’édit de révocation de celui de Nantes contre les religionnaires qui quitteroient le royaume, étoit la mort; mais elle ne peut être entendue que du bannissement perpétuel , qui est une véritable confiscation de corps et de biens, la peine de mort demandant une prononciation plus expressive et qui ne doit point être équivoque; autrement, les femmes seroient condamnées à des peines plus fortes que les hommes.
Au mois de mai, j’ai fait distribuer, par ordre du roi, des bleds aux pauvres de Poitou.
Le 1® juin 1686, j’ai écrit à M. l’archevêque de Paris que le fonds pour les missionnaires du Poitou étoit épuisé; que le clergé pourroit nous secourir d’un fonds pour continuer nos missions; qu’on pourroit tirer des missionnaires de la province, sans en faire venir d’étrangers; que la maladie du roi avoit refroidi le zèle des nouveaux convertis, mais que sa guérison l’a réchauffé.
J’ai écrit une pareille lettre à M. le chancelier le i o juin 1 686.
J’ai condamné au sénéchal* de Fontenay le cadavre d’une femme nouvelle convertie et qui avoit refusé, en pleine connoissanoe, de recevoir les sacremens avant mourir, à être traîné sur la claie. J’ai demandé la confiscation de ses biens pour ses enfans, qui font leur devoir.
Ayant fait mettre en prison le nommé Tesnon, nouveau converti, qui avoit gardé chez lui sa mère, sa fille, son beau-frère et deux de ses valets, religionnaires, et qui avoit déclaré à mon subdélégué qu’il ne les feroit point convertir, M. de Vérac, nouveau lieutenant de roi du haut Poitou, envoya ses gardes le tirer, à force ouverte, de la pri-
' Sic. Il veut dire îi la sénéchaussée.
son, parce que ce Tesnon étoit fermier de M. Le Coq, beau-frère de M. de Vérac. J’en ai porté mes plaintes à M. de Louvois, qui ne m’a procuré aucune satisfaction de cette entreprise.
Au mois de juin, j’ai obtenu un fonds pour faire travailler aux réparations du palais de Poitiers, dont la salle est très-grande.
Le i8 juillet 1686, j’ai rendu des témoignages favorables de la conversion du sieur Pauimier, ministre de Sainl-Maixent, pour le faire distinguer dans la distribution des pensions du cleigé. 11 avoit 600 d’appointemens comme ministre; M. Pélisson* m’a mandé que le roi lui avoit accordé 4oo*^ de pension, et que le clergé lui donneroit le surplus de ce qui est accordé aux ministres convertis par l’édit qui supprime celui de Nantes.
Je lui ai mandé que nos nouveaux convertis faisoient leur devoir, qu’on ne les pressoit pas de s’approcher des sacremens, crainte de profanation; qu’il n’avoit pas paru qu’il s’en fût commis aucune depuis leur réimion.
Le . . juillet 1 686, j’ai reçu un ordre du roi, par le canal de M. de Croissy, pour envoyer à Arles le sous-prieur de l'abbaye de Saint- Cyran. Il étoit accusé de grandes correspondances et intrigues avec des personnes suspectes d’opinions nouvelles.
M . de Seignelay m’avoit mandé , au mois de juillet 1 686 , qu’il falloit empêcher les ânes de couvrir les cavales au-dessus de treize paumes, mais je lui marquai que ce seroit ruiner absolument le haut Poitou, attendu que le commerce des mulets est ce qui y porte beaucoup d’argent , et que les paysans se déferoient de leurs grandes cavales, s’il ne leur est pas permis de les faire couvrir par des ânes. Les mulets qui en viennent se vendent, à neuf mois, jusquesà i,5oW, et étant aussitôt enlevés aux foires par les Auvergnats et les Béarnois , au lieu que les poulains à pareil âge ne se vendent au plus que ’j5 à 3o écus, encore faut-il qu’ils soient de belle espérance. Le même
' PéiUson, l'ancien commis de Fou- «quelques pensions pour les nouveaux
quel, • étoit maître des requêtes; il avoit «convertis.» {Journal de Dangeuu, 7 fé-
• soin des économats et étoit chargé de vrier iSqS.)
avis avoit été donné à M. Colbert, qui jugea à propos de laisser les choses en l’état où elles étoieiit, c’est-à-dire de laisser la liberté aux paysans de faire couvrir leurs cavales par des ânes, de quelque hauteur qu’elles soient. J'ai cependant fait couper et même confisquer plusieurs petits chevaux.
J’ai proposé à M. Le Pelletier, par ma lettre du 7 août 1 686, de faire des gratifications aux receveurs des tailles qui ménagent leurs paroisses; et, comme j'ai remarqué, dans la visite que je venoisde faire des élections, que le sieur Bosse, receveur des tailles de Poitiers, et le sieur du Coudray, receveur des tailles de Mauléon, avoidnt apporté beaucoup d’application à soulager les paroisses et à diminuer les frais, j’ai proposé à M. Le Pelletier de leur donner à chacun mille livres, ce que le roi a eu agréable.
J’ai reçu une lettre de M. de Seignelay, du a 3 août 1686, par laquelle il me mande que le roi a été informé que, dans plusieurs villes et bourgs du Poitou, il y a un grand nombre de vagabonds et gens sans aveu qui commettent des vols et autres crimes, et que, comme CCS sortes de gens doivent être arrêtés et conduits aux galères sans autre forme de procès. Sa Majesté désire que je donne les ordres nécessaires aux prévôts de les faire arrêter, afin qu’on les puisse faire attacher aux premières chaînes qui iront aux galères.
Le 2 2 octobre 1686, le roi m’a permis d'aller faire un voyage à Paris.
Les nouveaux convertis, ayant toujours peine à s’approcher des sacrcmens, en ont moins à entendre la prédication; mais la plupart des curés n’ont pas de talent pour les prêcher convenablement, et j’ai proposé à M. de Louvois d’envoyer des prédicateurs bons controversistes, que l’on distribueroit dans les cantons où il y a nombre de convertis, et surtout dans les lieux où il y avoit des temples, qui prêcheroient les dimanches à la manlcre des ministres, c’est-à-dire qui expliqueroient l’Evangile et feroient des prières à la fin de leurs sermons , comme il se pratique en plusieurs endroits. Ils s’accoutumeront, par celte méthode, aux mystères de notre religion.
Le 2/1 octobre, M. de Louvois m’a mandé que le roi vouloit bien entretenir, jusques à la Pentecôte, douze ou quinze prédicateurs extraordinaires dans les paroisses du Poitou où il y a des religionnaires.
Les 28 et 3i d’octobre 1686, j’ai proposé au roi de faire croiser, sur les côtes de Saint-Michel en l’Erine, une chaloupe pour empêcher les religionnaires de sortir du royaume, [ ]* et me prie
de faire acheter cette chaloupe et d’y mettre neuf hommes pour la conduire.
Le dernier octobre 1 686, j’ai mandé à M. de Seignelay que le roi avoit pris une voie sûre d’assurer la conversion des gentilshommes, eu leur donnant des pensions et plaçant leurs enfans.
Le 4 novembre, je suis parti pour Paris, et ai été de retour à Poitiers le i* janvier 1687.
Je demandai audience au roi pour lui rendre compte des affaires de la religion, la veille de l’opération qui lui fut faite, et dont il n’avoit communiqué la résolution qu’à peu de personnes. Il me dit qu’il ne pouvoit me la donner le lendemain, et, lorsqu’il commença à être visible, et que j’allai lui faire mon compliment sur sa convalescence, il me dit ; • Vous voyez présentement la raison qui ne m’avoit
• pas permis de vous donner audience. • Je lui répondis;* Sire, cette
• raison m’a fait trembler dans ce temps-là, pour le mal que Votre
• .Majesté a souffert; mais le courage avec lequel elle a affronté l’opé-
• ration m’en a fait espérer l’heureux succès qu’elle a eu’. •
Le roi, sur ma représentation, a accordé des gratifications à mes subdélégués pour les peines et les dépenses qu’ils ont faites à l’occasion des conversions.
Le 24 novembre, M. de Montespan m’a écrit une lettre, par la-
' tl 7 a quelque choaed'oiiblié , qui rend le reste peu inlelligiblc. • Et me prie • indique pcul-4*lrc une répoii.sc ministérielle.
’ La grande opération fut faite au roi le 18 novembre 1686. (Voy. itécil de ta
grande opération faite au roi Lonii A71'', en 1686, par M. Le Roi, bibliolhéeairc de la ville de Versailles, dans le tome V des Mémoires de la société des sciences naturelles de Seine-ct-Oisc. )
quelle il m’a offert ao.ooo écus sur le bruit qui a couru que je voulois traiter de la charge de premier président à Toulouse.
Au mois de novembre 1686, le roi a rendu un arrêt qui ordonne que tous les procès concernant les saisies et régies des biens des religionnaires ou nouveaux convertis qui sont sortis du royaume soient jugés par les intendans.
M. de Louvoism’a recommandé, parsa lettre du 6 décembre 1686, le sieur de la Cour, chaîné de la régie des droits à prendre sur les chevaux de louage du royaume. Cette affaire a donné lieu à bien des vexations par les extensions qu’on y a données et par la rigueur avec laquelle ces droits ont été levés.
Le 8 décembre 1686, il a été expédié et envoyé, dans toutes les provinces où il y a des religionnaires, une instruction adressée aux commandans et aux intendans, par laquelle le roi leur prescrit la conduite qu’ils doivent tenir à l’égard desdits religionnaires pour l’exécution des édits, déclarations, arrêts du conseil et ordres de Sa Majesté. Cette instruction, qui leur recommande surtout la modération dans les punitions qu’ib seront obligés de faire, est très-bonne en elle-même, mais il ne faut pas compter quelle demeure secrète; et [elle] porte le caractère d’un relâchement très-préjudiciable aux affaires de la religion, dans un temps où les cœurs des nouveaux convertis ne sont pas encore fortifiés dans la communion avec l’Eglise romaine , et seront infailliblement déterminés à reprendre leur créance , persuadés par leurs ministres et par les relaps que le roi n'entend point qu’ils soient contraints d’aller à l’église. Cette instruction doit être jointe au mémoire, avec la lettre que j’ai écrite à mon père, le 3 1 décembre 1687.
■ Le Uoi, ayant été informé des mauvais effets que produisent les
• diverses manières dont on use à l'égard des nouveaux convertis dans « les différentes provinces de son royaume, a trouvé bon de faire ■ dresser la présente instruction, afin qu’étant envoyée à tous ceux
• qui y commandent et aux commissaires départis en icelles, leur
conduite puisse devenir uniforme à l'égard desdits nouveaux convertis.
« L’intention de Sa Majesté est que les gouverneurs et ses lieutenans généraux ou conimandans pour elle dans les provinces de son royaume, et les commissaires départis en icelles, tiennent la main avec la dernière exactitude à empêcher qu'il ne se fasse aucune assemblée desdits nouveaux convertis, et que, s'il s’y en fait quelques-unes, les coupables en soient punis des peines portées par les édits et déclarations de Sa Majesté.
• Qu’ils n'oublient aucun soin ni diligence pour essayer de faire arrêter les ministres ou prédicans qui pourroient s'ëtre glissés dans les provinces; qu’ils fassent pour cet effet payer exactement les récompenses promises parla déclaration de Sa Majesté, du i" juillet de cette année, à ceux qui donneront moyen de faire arrêter lesdits ministres, et tiennent la main à ce que lesdlts ministres ainsi arrêtés, ou ceux qui, ne l’étant point, se seroient voulus mêler de prêcher, soient punis conformément aux susdites déclarations de Sa Majesté.
• Qu'ils n’apportent pas moins de soin pour empêcher qu’aucun de ceux qui pourroient n’ètre pas convertis sincèrement ne fassent des assemblées chez eux pour y lire la Bible ou y chanter des prières, et ne se mêlent d’empêcher les autres nouveaux convertis de s’affermir dans les pratiques de la religion catholique ; et Sa Majesté ti-ouve bon qu’ils fassent punir par prison, par amende ou par logement de gens de guerre , ceux qui auroient commis de pareilles fautes, desquelles il ne serait pas possible d’avoir assez de preuves pour leur faire faire leur procès par les juges ordinaires. Elle trouve bon même que ceux qu’ils soupçonneront d’être mai intentionnés, et capables de détourner lesdits nouveaux catholiques de faire leur devoir, soient par eux relégués dans des villes de l’étendue de leur gouvernement toutes catholiques, et où il n’y ait personne capable de se laisser séduire à leurs mauvais discours. A l’égard des femmes. Sa Majesté leur permet de les envoyer dans des couvens avec la par-
• licipalion des évêques, lesquels couvens ils observeront de choisir
• fort éloignés de la demeure ordinaire desdilcs femmes, afin qu’elles « soient moins en état d’y faire du mal, et en même temps plus mor- « tifiées d'être éloignées de leurs habitudes et de leurs parons.
« Sa Majesté ne juge point à propos que les ecclésiastiques qui « seront employés par les évêques pour prêcher et instruire lesdits
• nouveaux convertis mêlent parmi leurs exhortations aucunes me- « naces pour les porter à fréquenter les églises ni é s’approcher des
• sacremens; et Sa Majesté aura bien agréable que lesdits gouver-
• neurs et lieutenans généraux ou commandans, et lesdits commis-
• saires départis dans ses provinces, excitent en particulier les évêques
• de leur département à donner de tels ordres aux ecclesiastiques « qu’ils envoyeront dans leurs diocèses ou à leurs curés, qu’il n’arrive
• plus que les susdits ecclésiastiques menacent lesdits nouveaux cou-
• vertis dans leurs exhortations.
• Sa Majesté ne juge pas non plus à propos que l'on continue ix « mettre des inspecteurs à l’entrée des églises pour connoîlre ceux ■ des nouveaux catholiques qui les fréquentent ou non, et elle estime
• qu’il vaut mieux attendre du temps, et des instructions que les évê-
• ques prendront soin de leur faire donner, que les nouveaux calho- « liques soient persuadés de fréquenter les églises, que de les y faire
• aller par force et par la crainte d’une prompte punition.
« Sa Majesté ne juge pas à propos que lesdits gouverneurs, com-
• mandans ou intendans, donnent à connoitre qu’ils ayent reçu cet « ordre de Sa Majesté, mais bien qu’ils se conduisent à cet égard de
• manière qu’il paroisse que ce relâchement vient plutôt de leur
• manque de soin et de la distraction que leur cause le reste des affaires
• dont ils sont chaînés, que d’un exprès commandement de Sa Maje.sté. « Il ne peut être que bon, pour cet effet, que ceux dans les dépar-
• temens desquels il y a de ces inspecteurs établis ne les retirent
• point tous à la fois, et qu’ils ne fassent ce qui leur est prescrit à cet « égard qu’en quatre ou cinq semaines, retirant les uns sous prétexte
• qu’ils ont des assurances de la bonne conduite des nouveaux con-
lO'i MÉMOIRES
« vertis d’un district, et les autres parce qu’ils supposeront avoir reçu « quelques plaintes de la conduite de ceux qu’ils avoient chargés de « ces eniplois-là. Ils pourront, en même temps qu’ils en retireront " quelques-uns, ordonner à ceux des anciens catholiques qu’ils esti- « nieront les plus zélés de leur proposer d’autres gens pour remplir " ces emplois, afin que le bruit ne se répande point qu’ils doivent " les supprimer tout à fait.
« En même temps que lesdits gouverneurs, commandans et com- « missaires départis exécuteront ce que dessus, ils doivent observer n de prendre des mesures pour être parfaitement informés du nom « de ceux de.sdits nouveaux convertis qui seroient assez indiscrets « pour se vanter qu’ils ne vont jamais à la messe, qui mangeroient « de la viande avec ostentation les jours défendus, et qui prendroient
• soin de répandre qu’ils sont comme ils étoient auparavant leur abju- " ration, et se feroient en un mot une gloire de donner un mauvais « exemple, l’intention de Sa Majesté étant que ces sortes de gens soient
• punis avec la dernière sévérité, afin que l’exemple qui sera fait en « leurs personnes contienne les autres et les empêche de tenir une '«pareille conduite, en sorte que des punitions éclatantes, faites de « temps en temps à très-peu de gens , portent les nouveaux convertis » qui ne le sont pas de bonne foi à se conduire de manière qu’ils ne « causent aucun scandale.
« Le Roi , ayant reconnu le préjudice considérable qu’a causé au « commerce le soin que l’on a pris de garder les côtes et les frontières - pour empêcher les nouveaux convertis de sortir du royaume, a ré- « soin d’en faire retirer les gardes petit à petit, en sorte que, sous pré- « texte de la dilliculté que les bâtimens de mer auroienl à tenir la mer « dans la saison de l’hiver, et de la trop grande fatigue que la garde « exacte qui a été faite par le passé dans les passages par terre cause «aux troupes et au peuple, il ne se fasse plus aucune garde pour
• empêcher la désertion desdits nouveaux convertis dans la fin du « mois de janvier prochain.
« L’intention de Sa Majesté est que ceux des commandans de ses
• provinces auicquels la présente instruction sera envoyée, qui auront " (les ports de mer dans l’étendue de leur commandement, retirent
■ peu à peu entre ci et ce temps-là les troupes qu’ils ont logées sur
■ lesdites côtes, en sorte qu’il n’y en ait plus aucunes dans la (in
• dudit mois de janvier prochain.
« Ils se serviront des prétextes qu’ils jugeront à propos pour retirer «lesdites troupes, soit parce qu’il y aura trop longtemps que les « lieux où elles sont en seront chargés, soit parce qu’il y manquera « du fourrage, et ils observeront de tenir sur cela une telle conduite
■ que le bruit ne puisse pas se répandre dans les pays où ils comman- « dent que les gardes ont été levées en exécution des ordres de Sa
• Majesté.
« Ils ne se mettront point en peine de rien faire dire à ceux qui
• commanderont lesdits bàtimens de mer que Sa Majesté a entretenus
• jusques à présent sur lesdites côtes, parce qu’elle aura soin de leur
• faire donner les ordres qui seront nécessaires pour l’exécution de
• ce qui est en cela de sa volonté.
■ En même temps que la discontinuation des gardes qui se sont « faites sur les côtes donnera plus de facilité de sortir du royaume à
• ceux qui en ont bien envie, les commissaires départis dans les pro-
• vinces doivent renouveler leurs soins pour faire saisir les biens de « ceux qui s’en absenteront , empêcher qu’ils n’en puissent disposer, « et mettre Sa Majesté en état de connoitre, dans la fin du mois de «mars prochain, en quoi consisteront dans leurs départemens les
• biens de ceux qui se sont absentés depuis le mois d’octobre de
• l’année dernière, et qui sortiront entre ei et ledit mois de mars
• prochain des terres de son obéissance, afin que Sa Majesté le
■ puisse appliquer aux usages que sa piété et sa prudence lui inspi-
• reront.
« L'intention du Roi est que toujours les peines ordonnées par sa
• déclaration du 29 avril 1686’, contre les cadavres et les héritiers
' Envoie! te texle : «avons pris pour ta conversion de nos
• Louis, etc. quoique les soins que nous • sujets de la It. P. R. aient heureusement
ICO MÉMOIRES
«de ceux qui, à l’article de la mort, refuseront avec scandale les « sacremens et déclareront qu’ils veulent moiuir dans la religion pro- « testante, soient exécutées avec la dernière ponctualité, et que les « commissaires départis prennent le même soin de l’administration
rétisM, par la bénédiction que Dieu y a donnée, la plii$ grande partie de ceux qui ont abjuré leur erreur ayant proüté des bonnes instructions qui leur ont été données, et rempli les devoirs de bons calboliqucs, nous apprenons néanmoins avec regret qu'aucuns de ceux qui ont fait abjuration ont refusé dans l'extrémité de leurs maladies, par des suggestions secrètes, de recevoir les sacremens de l'Église, et, après avoir déclaré qu'ils persistoient dans la R. P. R. qu'ils avoient abjurée, étoient morts dans leur erreur; et d'autant qu’il est nécessaire d'agir contre la mémoire de ceux qui ont abusé de la profession publique qu'ils avoient faite de se réunir à l'Église catholique, et qui ont été assez malheureux de mourir dans cet état, nous avons estimé devoir prescrire à nos juges la manière dont ils doivent poursuivre et punir un tel crime, et les peines qui seront ordonnées contre ceux qui reviendront en santé après avoir fait pareil refus et déclaration. Aces causes, etc. voulons et nous plaît que, si aucuns de nos sujets de l'un et de l'autre sexe qui auront fait abjuration de la R. P. R. venant à tomber malades, refusent aux curés, vicaires et autres prêtres de recevoir les sacremens de l'Église, et déclarent qu'ils veulent persister et mourir dans la R. P. R., au cas que Icsdits malades viennent à recouvrer la santé, le procès leur soit fait et parfait par nos juges, et qu’ils les condamnent, à l’égard des
hommes, à faire amende honorable, et aux galères perpétuelles, avec confiscation de biens; et à l'égard des femmes et filles , è faire amende honorable et être enfermées, avec confiscation de leurs biens; et quant aux malades qui auront fait abjuration et qui auront refusé les sacremens de l'Église, et déclaré auxdils curés, vicaires ou prêtres, qu'ils veulent persister et mourir dans la R. P. R. et seront morts dans cette malheureuse disposition , nous ordonnons que le procès sera fait aux cadavres ou à leur mémoire , en la manière et ainsi qu'il est porté par les articles du titre XXII de notre ordonnance du mois d'août 1670 sur les matières criminelles, et qu'ils soient traînés sur la claie, jetés à la voirie et leurs biens contisqués. Voulons que sur les avis donnés à nos juges par les curés, vicaires ou prêtres, auxquels les refus auront été faits, et sur la déclaration des malades de vouloir mourir dans la R. P. R. nonobstant leur abjuration , et qu'ils seront morts en cet état, nosdits juges informent desdits refus et déclarations, et, en cas qu'il n’y ait point déjugé royal dons le lieu où ils seront décédés, que les juges des seigneurs ayant haute justice en informent, pour les informations être envoyées aux greffes de nos bailliages et sénéchaussées d'où ressortissent les juges desdits seigneurs, pour y être procédé à l’entière instruction et au jugement desdits procès, et, en cas d'appel, en nos cours do parlement. >
« des biens de ces sortes de gens-là que Sa Majesté leur a prescrit ci- « dessus à l’égard de ceux qui sont déjà sortis du royaume ou qui en » sortiront ci-après. Mais l’intention de^Sa Majesté n’est point que l’on « prononce cette peine contre ceux qui par une mort subite auront " été privés des sacremens, ou parce que, les accidens de la maladie « ne les ayant pas laissés dans leur bon sens, ils n’auront pas été en « état de satisfaire à leur devoir sur cela.
«En un mot, cette punition ne doit être mise à exécution que «contre ceux qui, par le scandale avec lequel ils auront refusé les « sacremens, l’auront rendue absolument nécessaire à leur égard, et « lesdits commissaires départis doivent exciter de bouche les évêques « de leur département, ou, en leur absence, leurs grands vicaires, à
• donner de telles instructions aux curés de leurs diocèses , qu’ils ne " mènent de juges ni de notaires chez les nouveaux convertis qui « seront en danger de mort qu’à la dernière exüémité et en cas « seulement que les malades et leurs parens voulussent se faire un
• honneur dans le public de refuser les sacremens; et lesdits curés « doivent être avertis que, tant qu’ils pourront cacher l’aversion que « lesdits nouveaux convertis mourans témoigneront de s’approcher " des sacremens, il vaut beaucoup mieux qu’ils le fassent que de le « publier par des procédures.
" 11 sera de l’industrie desdits commissaires départis d’avertir de « bouche de ce qui est en cela de l’intention du Roi les premiers pré-
• sidens et procureurs généraux des parlemens de leur département, « aussi bien que les principaux juges en première instance, afin que « le désir d’exécuter les ordres qu’ils croyent avoir ci-devant reçus et « les avantages qu’ils pourroient en tirer en multipliant ces sortes de «procédures ne les portent point à agir avec trop de chaleur; et « lesdits commandans et commissaires départis s’expliqueront néan- « moins de sorte qu’ils ne voient point que l’intention du Roi ne soit « pas que l’on n’exécute plus la déclaration du 29 avril dernier, mais « bien qu’elle ne le doit être que contre ceux lesquels, par le scandale « de leurs déclarations et par les discours de leurs familles, auroient
1(58 MÉMOIHES
« pris un trop grand soin de faire éclater les mauvais senlimens dans « lesquels ils sont morts.
• Sa Majesté s’attend que réexécution de ce qui est expliqué ci- 0 dessus de ses intentions mettra en état la plupart des nouveaux « convertis, qui sont assez malheureux pour ne l’ôtre encore que de « nom, de vaquer à leur commerce et à leurs aflaires avec plus de
• tranquillité qu’ils n’ont fait jusques à présent; que la douceur qu’ils X y trouveront, et l’impossibilité de jouir de leurs biens quand ils X seront passés en pays étrangers, ôtera à beaucoup le désir qu’ils « avoient de sortir du royaume, et que, s’il y en a quelques-uns qui X ne laissent pas de prendre ce parti , ce sera des gens tellement en- > tétés sur le fait de la religion dans laquelle ils ont été élevés, qu’ils
• ne pourroient manquer d’exciter des séditions dans le royaume et X nuire beaucoup à la parfaite conversion de ceux qui y resteront.
X Sa Majesté recommande surtout auxdits commandans et com- X missaires départis de donner tout leur soin pour faire que les X enfans desdits nouveaux convertis ne manquent point d’assister aux X catéchismes et instructions qui se feront dans leurs paroisses, les " jours que le travail nécessaire à l’entretien de ceux qui en auront « besoin ne les en détournera point.
X Sa Majesté estime que rien ne sera plus propre , pour l’exécution
• de ce que la présente instruction contient de ses volontés, que les » continuels voyages que lesdits commandans et commissaires départis X feront dans les communautés où il y a le plus de nouveaux catho- « liqiies, lesquels même ils se pourront partager entre eux, s’ils le X jugent ainsi à propos, afin de les pouvoir visiter plus souvent.
X Ils doivent, dans ces voyages, affecter dans les discours qu’ils « auront avec les principaux nouveaux convertis de leur insinuer qu’il X n’y a de parti pour eux que de s’instruire de bonne foi ; que , s’ils X savoient qu’il y eût quelqu’un dans la communauté qui ne fit pas X bien son devoir, et qui, par exemple ou par discours, détournât les « autres de le faire , ils en feroient un tel exemple que personne ne « seroit assez hardi pour tenir dans la suite une pareille conduite.
• Ils doivent affecter de caresser ceux qui paroitront être bien
• intentionnés et convertis de bonne foi, et leur faire tous les plai-
• sirs qui pourront dépendre d’eux, on sorte que les discours qu’ils
• tiendront aux uns et les bons traitemens qu’ils feront aux autres
• puissent également contribuer à contenir chacun dans son devoir.
« Ils doivent s’abstenir, dans ces visites, d'ajouter une entière créance
• à ce que les curés ou les missionnaires pourront leur dire , l’expé- > ricnce ayant fait connoitre que la plupart desdits curés agissent par
• passion , et que le trop grand zèle des missionnaires que l’on envoyé
• dans lesdits pays leur fait souvent se tromper dans leur jugement;
• et, comme ils n’ignorent pas les aversions que les provinciaux ont
■ les uns pour les autres, ils ne doivent rien oublier pour essayer de
• ne point devenir les ministres de la passion de ceux qui, sous pré-
• texte de leur donner des avis, se voudroient mettre en état de
• venger leurs querelles particulières.
« Sa Majesté a fait avertir dès l’année passée les archevêques et évé-
• ques de son royaume que Sa Majesté les appuyeroit de son autorité
• pour ôter les curés de leurs diocèses, qui seroient de mauvaises
• mœurs ou que leur ignorance rendroit incapables d’instruire les nou-
■ veaux convertis. Sa Majesté apprend avec déplaisir qu’il en reste
• encore plusieurs de mauvaise qualité dans des paroisses où il y a
• beaucoup de nouveaux convertis. Elle aura bien agréable que lesdits « commandans et commissaires départis ayent une attention particu-
• lière, dans les visites qu’ils feront dans lesdites communautés, à s’in-
• former secrètement des mœurs desdits curés et de la satisfaction que « les nouveaux convertis les mieux intentionnés témoigneront avoir
• d’eux, afin qu’ils puissent, lorsqu’ils verront les archevêques ou évê- I ques des diocèses desquels lesdits curés seront, leur en faire rapport
• et les exciter, le plus honnêtement qu’il leur sera possible , à changer
• ceux desdits curés qu’ils auront reconnus n’être pas propres à ins-
• truire lesdits nouveaux catholiques.
• Comme rien n’est plus important que le sens de ce qui est con-
• tenu en la présente instruction, aiin que les mal intentionnés nou-
« veaux convertis ne soyent point en état d’en abuser pour inspirer de « mauvais sentiraens à ceux desdits nouveaux convertis qui le sont de " bonne foi, Sa Majesté recommande bien particulièrement à ceux aux- • quels ladite instruction sera envoyée, de ne la communiquer à per- « sonne et de la tenir enfermée en lieu où ils puissent répondre à Sa " Majesté qu elle ne sera point vue.
" Sa Majesté recommande aux commandans desdites provinces de « concerter avec les commissaires départis en icelles la manière dont « tous les points contenus en ladite instruction seront exécutés, en " sorte que chacun agissant de concert puisse mieux réussir à la par- « faite exécution des saintes intentions de Sa Majesté, qui n’ont pour » but que l’entière réunion de ses sujets à la religion catholique et le «maintien de la tranquillité, si nécessaire au bonheur des peuples « soumis à son obéissance.
• Fait à Versailles, le vm' décembre 1686.
LOUIS
« LE TELLIEB'. »
Le . . décembfic 1686, M. de Bas, doyen du parlement de Pau, m’a mandé que sa femme s’étoit convertie, et qu’il eût souhaité que ce grand œuvre eût été mon ouvrage.
En 1 686, le père Dupin, jésuite, a commencé l'bistoirc de la religion dans le Béarn , mais la mort ne lui a pas permis de l’achever.
Il y a eu, en 1686, une grande mortalité dans les paroisses du bas Poitou; il y avoit la moitié des habitans de morts dans quelquesunes où j’ai passé. On prétend que ce sont les excessives et longues chaleurs qui l’ont causée; elles sont bien mauvaises dans les pays de marais.
Y ayant eu disette de grains en Poitou, en 1686, j’ai proposé à M. le Pelletier, contrôleur général, d’en faire venir d’Orléans. Il a écrit à M. de Bezons de m’envoyer pour 2,000 écus, ce qui a été
Contre-seing de Louvoîs.
exécuté. Je l’ai fait débiter dans les endroits qui en avoient le plus de besoin.
En 1686, j’ai reçu ordre d’inaposer les gentilshommes religionuaires à la taille, ce qui a produit beaucoup de conversions.
Il y a eu des ordres précis, dans tout le cours de l’année 1 686, de veiller sur les côtes du Poitou à ce que les religionnaires ne sortent point du royaume.
On a fait démolir trente-huit temples en Poitou.
Le roi a accordé 45, 000*^ pour l'augmentation des églises du diocèse de Poitiers, dans les paroisses où ii y a des nouveaux convertis, et, au mois d’août 1687, elle a encore accordé 6,000** pour ce qui reste à faire. Le diocèse de Luçon a eu en son particulier 20,000** pendant i685 et 1686.
Lé sieur de la Chauvinière, gentilhomme du bas Poitou, est celui qui a paru le plus opiniâtre et qui s’est remis volontairement en prison à Niort. Son fils s’est converti ; le père a été envoyé à Pierre- Encise.
Les femmes et filles de la R. P. R. craignoiënt plus les couveus que les dragons, et il s’en est beaucoup converti de celles que les dragons n’avoient pu convertir, qui n’ont pu résister à l’aversion qu’elle avoient pour les couvens.
La moitié des habitans de Niort étoit de la R. P. R. M. de Villette, parent de madame de Maintenon, et M. de Fontmort, président du bailliage, s’étant convertis, ont beaucoup contribué à la réunion des deux parties des habitans sous une même communion.
Le sieur de la Primaudaye , qui paroissoit â la tète du parti , s’est converti. Je m’étois attaché à chercher les moyens de l’attirer à l’Église, et, par les ménagemens que j’ai gardés avec lui, il s’est converti et [a] attiré beaucoup de gentilshommes et d'autres personnes, par son exemple, à l’Eglise. Madame de la Forest, soeur de M. Dangcau, est du nombre, et son exemple a déterminé la conversion de beaucoup de femmes.
Au commencement de janvier \ 687, le roi a envoyé des ordres pour faire retirer les frégates qui croisoient sur les côtes du Poitou, de Bretagne et d’Aunis, aussi bien que les gardes qui étoient sur les côtes pour empêcher les religionnaires de sortir du royaume, ce qui a causé du refroidissement parmi les religionnaires aux exercices de la religion, ayant cru que le roi se relâchoit et toléroit leur sortie. Pour empêcher le mauvais effet de ces ordres exécutés avec trop de précipitation, j’ai continué de faire faire la garde, mais avec moins d’exactitude, et elle n’a cessé de se faire qu’à la lin du mois de janvier.
Le 1 I janvier 1687, M. de Louvois m’a envoyé des ordres pour envoyer six religionnaires, prisonniers à Poitiers, à Pierre-Encise , et cinq dans la citadelle de Besançon ; et les femmes , moitié dans des couvens du diocèse de Beauvais, et moitié dans des couvens de celui d’Amiens.
Ayant mandé à M. de Louvois qu’il s’étoit fait une assemblée de nouveaux convertis du côté de Pouzauges, il m’a écrit, le a4 janvier 1687, trouve véritable, je fasse promptement un
châtiment si sévère de ceux cpii se seront assemblés, que l’exemple qui en sera fait retienne les autres.
Le 26 janvier, il m’a écrit une autre lettre pour faire le procès à ceux qui se seront assemblés , et pour faire raser les châteaux et maisons où ces assemblées auront été faites.
Le 27 janvier, autre lettre pour faire saisir les biens des ministres sortis du royaume par permission du roi en 1 685.
Le 2 5 janvier 1 687, j’ai proposé de donner des vicaires aux curés qui ont un trop grand nombre de paroissiens, et surtout de nouveaux convertis, pour suffire à leur instruction, comme aussi des maîtres d’école dans les paroisses où il est nécessaire d’en avoir d’habiles à instruire les enfans des mystères et des obligations de la religion.
J’ai fait chanter, au mois de janvier 1687, des Te Deam en ac-
lions de grâces pour ia santé du roi, et des prières pour sa conservation.
Au mois de janvier 1687, j’ai fait partir, suivant les ordres du roi, dix-lTuit femmes religionnaires pour le diocèse de Beauvais, où elles doivent être mises dans des couvens. J’ai mandé à M. de Louvois qu’il en partiroit encore dix-huit incessamment pour le diocèse d’Amiens, et qu’il y en avoit encore douze à éloigner du Poitou , pour lesquelles j’attendrois les ordres du roi. J’ai reçu ces ordres, qui envoyent ces douze femmes à Besançon et à Lyon. H y en a une, nommée la dame de Passau, qui s’est convertie à la veille de son départ.
Au mois de janvier 1687, j’ai fait unir le collège de Pigareau* à celui des jésuites de Poitiers. Les seigneurs de Pigareau ont fondé ce collège. M. le marquis de Clérembaidt, dont le nom est de Gillier, est â leurs droits comme seigneur de Pigareau. Ce collège est très-ancien. On a donné 200** de pension au principal, et 5o** à chacun des deux boursiers, leur vie durant. Le roi a donné 3, 000 ” pour mettre les bâtimens en état de loger les écoliers nouveaux convertis.
M. l’évêque de Poitiers auroit souhaité que ce collège, sous le nom de séminaire, eût demeuré sous son inspection; mais le père de la Chaise n’a point voulu passer cet article, disant que les évêques n’ont aucun droit d’inspection sur les collèges des jésuites , et que celui de Pigareau ne porteroit point le nom de séminaire. M. de Clérembault demandoit aussi que la cession du collège fût faite à condition d’une fondation de quelques prières; à quoi le père de la Chaise s’est encore opposé, les fondations de prières étant absolument défendues par leurs constitutions, ce qui a été inviolablement exécuté.
J’ai engagé l’Université à consentir à l’union du collège de Pigareau à celui des jésuites. 11 y avoit des oppositions, les jésuites ayant
' Le P. Anselme écrit Puygarreau. Le marquis de Clérembault se nommait René Gillier de Puygarreau.
des ennemis à Poitiers comme dans les autres villes du royaume , y ayant partout des jansénistes.
Il y a eu information de commodité et incommodité faite par le lieutenant général de Poitiers.
Le !”■ février, M. de Louvois m’a envoyé une ordonnance de 2,4oo**, pour l’entretien des vicaires dans huit paroisses du diocèse de Poitiers, et des maîtres d’école dans les petites villes et bourgs qui ne sont pas en état de les gager.
Le 4 février 1687, j’ai mandé à M. de Louvois qu’il avoit été arreté trente à quarante personnes qui s’étoient embarquées avec le sieur de la Chauvinière, gentilhomme du Poitou. On a prétendu que c’est le sieur de la lloche-Giffart, gentilhomme qualifié, qui a des terres sur les confins de Bretagne et de Poitou , qui a sollicité le sieur de la Chauvinière et beaucoup d’autres religionnaires de passer en Angleterre, où il a passé par permission du roi, et qui jouit d’une pension considérable sur le bien qu’il a donné à sa fille en la mariant à M. de Thianges.
Les religionnaires qui se sont assemblés près Pouzauges et qui sont prisonniers demandent grâce, et promettent de vivre en bons catholiques, mais c’est pour avoir la vie. Ce sont presque tous cardeurs de laine. C’est par les gens de ce métier que le calvinisme a commencé en France.
Les anciens catholiques des bourgs de Pouzauges et de Moncoutant n'ayant fait aucun mouvement pour empêcher les assemblées des nouveaux convertis, n’en ayant donné aucun avis, et n’ayant voulu administrer aucun témoin de ces assemblées, j’ai proposé au roi d’y envoyer une compagnie de cavalerie.
M. de Louvois m’a écrit, le 9 février, que l’intention du roi est que l’on accable de troupes les lieux dont les habitans ont assisté aux assemblées, et m’envoie un arrêt pour leur faire le procès.
Autre lettre, du i4 février, qui ne veut pas que l’on ait égard aux témoignages do repentir qu’ont donnés quatre nouveaux convertis, arrêtés pour s’êtrc trouvés aux assemblées d’auprès Pouzauges, et que le roi désire qu’on leur fasse le procès.
M. de Louvois m’avoit mandé qu’il falloît faire démolir les maisons des reiigionnaires qui s'étoient assemblés près Pouzaugcs; mais je lui ai marqué que la déclaration du mois de juillet iG86 porloit bien peine de mort, mais non pas la démolition des maisons, et qu'il n’étoitpas permis aux juges d’ajouter des peines à celles portées par les lois, au-dessus desquelles M. de Louvob ne faisoit pas scrupule de se mettre.
J'ai enfin reçu, après avoir longtemps attendu, l’arrêt du conseil qui me commet pour juger, avec les officiers du siège de Fontenay, les nouveaux convertis qui se sont assemblés du côté de Pouzauges. De quatre accusés qui étoient prisonniers, le nommé Bigot, qui faisoit fonction de ministre dans ces assemblées , a été condamné à être pendu , deux envoyés aux galères, et le quatrième banni à perpétuité, le tout suivant qu'ils ont été trouvés plus ou moins coupables'. Bigot, pendant l'instruction du procès, même sur la sellette, avoit paru repentant; cependant il a repris ses erreurs lorsqu’il a entendu la lecture de son jugement. 11 n’a point fait de profession publique de la religion dans laquelle il mouroit, il a seulement chanté un psaume; mais, comme il avoit la voix foible, le cbant du Salve par le peuple l’a étouffée et on ne l’a point entendue. Il n’a accusé aucun gentilhomme, mini.stre, ni autre personne de marque; et quoique j’aie mandé >à M. de Louvois, par ma lettre du 32 février, joiu- de ce jugement, que j’avois cru qu’il suffisoit, pour l’exemple, de condamner le prédicant à la mort, les autres pouvant s’être laissé entrainer dans ces assemblées, cependant il a trouvé que j’avois été trop iitdulgent, et que je devois condamner les quatre que j’ai jugés à la mort. Je n’ai pas cru que ce fût par ordre du roi qu’il m’ait taxé de trop de don-
' : t Au mois de février, j'ai
• fait le procès à dea religionoaires du bas
• Poitou qui âvoient fait des asaembléc» où «il y avoit eu dos prêches faits par un «maître d'école qui a été pendu, deux
• condamnés aux galères, et un quatrième « banni. •
Le Journal de Dangeau, des 3i mai et ai juin 1713, nous apprend qu'à la paix d'Ulrochl Louis XIV accorda à la reine Anne la liberté des galériens français pro testants, mémo de ceux qui étaient condamnés pour d'autres causes que la désobéissance.
ceur, et suis persuadé que c’est de son propre fond qu’ii a tiré ce reproche. Je lui ai encore marqué qu’il ne falloit pas chercher ailleurs la cause de cette licence que dans les lettres pastorales que les ministres sortis du royaume écrivoient aux nouveaux convertis; mais il étoit beaucoup moins touché de l’intérêt de la religion que du profit immense que lui apportoit le port des lettres étrangères, et le prétexte dont il se servoit étoit de dire qu’il falloit bien se garder de violer le dépôt des lettres, beaucoup plus sacré pour lui que celui de la religion.
J’ai envoyé à M. le chancelier, le même jour, une copie de ce jugement.
Le. . fé\Tier 1687, j’ai jugé, avec les officiers du siège de Fontenay, contre des nouveaux convertis qui s’étoient assemblés plusieurs fois en bas Poitou, au nombre de cent personnes, et [avoient] fait pendant la nuit l’exercice de la R. P. R. Le nommé Bigot, promoteur et le prédicant de cette assemblée, a été condamné à être pendu; deux de ceux qui s’étoient le plus signalés dans cette assemblée, aux galères perpétuelles, et le quatrième, moins chargé que les trois autres, au bannissement à perpétuité. Cet exemple étoit nécessaire pour arrêter une licence qui commençoit à gagner les paroisses du bas Poitou où il y a des nouveaux convertis.
Le 12 février 1687, j’ai demandé à M. Le Pelletier un fonds de 4 à 5,000 au delà de celui qui a été donné par le roi, pour le distribuer aux pauvres.
Au mois de février, j’ai reçu ordre de faire transporter à Versailles les orangers de la Meilleraye et de Verteuil, que M. le duc Mazarin a donnés au roi. M. de Louvois a voulu, nonobstant les représentations que je lui ai faites, les faire voiturer par les neiges et les glaces. Ils sont arrivés sans feuilles à Versailles et plusieurs morts. Je lui avois mandé que le roi pouvoit prendre des villes en hiver, mais non pas faire sortir des orangers de leurs serres.
La dépense de la conduite des orangers de Verteuil et de la Meilleraye, à Versailles et à Fontainebleau, a coûté 9,000**.
J’ai pensé, au mois de février, à l'acquisition de la terre de Mareuil, en bas Poitou. Elle vient de la maison de la Marck, et a été adjugée à madame la duchesse de Duras.
Le 3 mars 1687, j’ai mandé à M. de Louvois que le chevalier de Curzay mène une vie scandaleuse, ayant une femme dans sa maison, dont il a eu plusieurs cnfans dont un a été baptisé sous son nom ; qu’il commet beaucoup de violences dans son canton, dont il est difficile d’avoir la preuve, parce qu’il est fort redouté. On l’accuse d’avoir mis la nuit le feu dans une maison vendue sur lui par décret. M. l’évêque et son curé lui ayant fait plusieurs sommations de chasser cette femme , ses parens n’ont pu l’obliger d’aller servir à Malte, et j’ai été d’avis de le reléguer dans quelque province éloignée du Poitou, et de faire mettre la femme qu’il a chez lui dans un couvent de repenties, les juges ordinaires n’osant pas entreprendre de lui faire le procès.
Le 8 mars 1687, j’ai proposé à madame de Maintenon de faire entrer à Saint-Cyr la demoiselle de la Haye, noble, sans bien, et qui n’avoit que quinze ans.
J’ai reçu une lettre [de M. de Louvois], du 1 1 mars 1687, pour envoyer à Pierre-Encise plusieurs religionnaires qui s’cloient cachés et qui ont été arrêtés, et les femmes dans des couvons des diocèses de Meaux et de Noyon.
M. de Chitcauneuf m'a demandé, par sa lettre du . . mars 1687, l’arrêt du conseil du 1" septembre 1687', rendu sur l’avis de M. de Bàville, qui donne la préséance aux gentilshommes des baronnies et châtellenies du bas Poitou sur les sénéchaux et juges des seigneurs hauts justiciers, dans les assemblées et cérémonies publiques. Je lui ai répondu que je ne l’avois point trouvé parmi les papiers de l’intendance, et qu’il devoit s’adresser à M. de Bâville qui, apparemment, l'avoit emporté.
Au mois de mars 1 687, j’ai obtenu du roi le don d’une charge de conseiller au présidial de Poitiers, vacante aux parties casuelles, en
' Erreur de date; d'ailleurs, Foucault avait remplacé Biville CD Puilou depuis le mois de septembre iG85.
faveur du sieur de Chaseaux, élu à Poitiers, en considération des services qu’il a rendus dans l’ouvrage des conversions. J’ai demandé à M. le chancelier la grâce de le dispenser de venir se faire recevoir à Paris, attendu le besoin que j’en avois pour l’intérêt de la religion. C’est celui de tous les ofiieiers du présidial de Poitiers qui a le plus de probité et d’intelligence, et dont je me suis servi le plus utilement dans toutes sortes d’alfaires, étant trè.s-zélé pour le bien public.
Au mois de mars, j’ai aflérmé la terre de Dissais, appartenant à l’évêché de Poitiers, de M. de Saillant, évêque de Poitiers.
Le. . mars, il m’a été donné une ordonnance sur le trésor royal, de 4.690**, pour remboursement des frais faits à l’occasion des religionnaires arrêtés et auxquels le procès a été fait.
Le 10 avril 1687, j’ai envoyé quinze femmes huguenotes à Paris, pour les faire mettre dans des couvens.
Le i4 avril 1687, j’ai reçu un ordre du roi pour faire mettre aux filles repenties de Poitiers la femme que le chevalier de Curzay entretient chez lui, et pour le reléguer à Montbrison. J’ai mandé à M. de Louvois qu’il supplioit le roi de lui accorder la grâce d’aller à Malte , où il pourroit subsister, n’en ayant pas le moyen à Montbrison.
Le 16 avril 1687, j’ai fait partir pour Noyon seize femmes et filles religionnaircs.
Le roi a accordé, sur ma représentation, aux filles de la congrégation de Notre-Dame de Châtellerault, 6,000** à prendre sur les biens saisis des religionnaircs, et 600** de pension sur le trésor royal; c’est ce que m’a mandé M. de Louvois par sa lettre du 26 avril 1687.
Parmi les femmes de la R. P. R. qui dévoient être conduites dans des couvens éloignés du Poitou, il s’en est trouvé trop âgées et infirmes pour soulfrir la fatigue de ces voyages. Le roi a trouvé bon qu’à mesure quelles recouvreront leurs forces on les mette dans des couvens du Poitou, par la lettre de M. de Louvois du 29 avril 1687.
Le 3 mai 1G87, j’ai proposé à M. le chancelier d’établir un professeur de droit françois dans la faculté de droit de l’IIniversité de
DE NICOI.AS-JOSEPH FOüCAL'IX
Poitiers, comme il y en a dans les autres universités du royaume, et d’en faire pourvoir le sieur Jardcl, ancien avocat, consommé dans les affaires du palais.
Par une lettre de M. de Saint-Pouanges, du i3 mai 1687, en l’absence de M. de Louvois, il me mande que le roi dé.sire que je fasse aiTÔler le sieur des Minières, gentilhomme de la R. P. R. qui tient une mauvaise conduite, et que je l’envoie dans le château de Saumur.
L’office de sénéchal de robe longue à Fontenay-le-Comte, en bas Poitou, a été créé en faveur de Michel Tiraqueau, frère d’André qui a écrit*, à condition qu’il demeureroit supprimé par sa mort, ce qui est arrivé. Cet office est demeuré supprimé pendant dix-sept années, après lequel temps le roi l’a fait revivre en faveur de Pierre Brisson, lieutenant particulier de Fontenay, frère de M. Brisson, président au parlement de Paris originaire de Fontenay. Il a passé, par sa mort, à ses enfans, ju.sques à Barnabe Brisson, dernier titulaire, par le décès duquel il a vaqué aux revenus casuels. M. Le Pelletier m’a demandé à quelle somme on pourroit taxer cet office, et je lui ai mandé qu’il pouvoit l’être à la à i3,ooo**, attendu qu’il a peu de gages, d’émolumens et de fonctions, les partageant avec les autres officiers du siège.
Au mois de mai 1687, j’ai fait arrêter, par ordre du roi, le marquis de Faur, accusé d’avoir maltraité les habitans de ses terres et de plusieurs violences, et entre autres d’avoir été lui-même enlever un paysan dans sa maison et de l’avoir fait attacher à un poteau, où il lui a fait donner les étrivières, pour n’avoir pas voulu lui déclarer le lieu où s’étoit retiré le fermier judiciaire’ du Vigean pour éviter ses violences.
' Érudit et jurisconsulte, né à Fontenay-le-Comte, en i48o,morten i558.
’ Né à Fontenay-le-Comtc, mort président du parlement de Paris, le i5 novembre 1691. Son frère, Pierre Brisson, sénéchal à Fontenay-le-Comte, mourut en
1 690. Il a laissé, comme le président , des ouvrages d'histoire et d'érudition.
’ On appelait fermier judiciaire celui auquel le bail d'un héritage saisi réellement avait été adjugé par autorité de justice.
I,ps gontilshommes de la R. P. R. qui m’ont paru les plus opiniâtres sont les sieurs de Gagemont, de Choisy, capitaine du château de Chefbrctonnc appartenant h M. le comte de Roye, des Minières, de la Chaiivinière. Le sieur des Minières a été conduit à Saumur, et le sieur de Gagemont à Pierre-Encise.
M. de Louvois m’ayant envoyé un fragment de lettre qui lui donnoit avis qu’un curé de Poitiers, nommé Gautier, étoit le correspondant des religieuses de la Fougereuse et de toutes les personnes suspectes de jansénisme dans la province, c’est ce que j’ai vérifié, et [j’ai] appris que le jansénisme a été introduit dans le monastère de la Fougercuse par des directeurs, et qu’il s’y est entretenu par le commerce que les religieuses ont eu avec la cabale de Paris. J’ai mandé à M. de Louvois que ce Gautier étoit un homme dangereux; qu’il avoit souvent des conférences avec les jansénistes de Poitiers; que M. de la Hoguette, pendant qu’il étoit évéque de Poitiers, lui avoit défendu de confesser d'autres personnes que ses paroissiens, mais qu’il n’avoit laissé d’en confes.scr d’autres paroisses. 11 entretenoit aussi commerce avec dom Bataille, sous-prieur de l’abbaye de Saint-Cyran, qui a été envoyé par ordre du roi dans le couvent des Bénédictins de Poitiers. J’ai mandé qu’il falloit éloigner ledit Gautier de la province.
Le roi a, sur ma représentation, accordé 3,ooo** aux filles de l’Union chrétienne de Poitiers, pour acheter une maison au mois de mai 1687.
Les missionnaires ont travaillé fort utilement pour les conversions.
Au mois de juin 1 687, la veuve d’un ministre de Châtellcrault s’étant cachée dans la maison d’un de ses proches pour éviter d’etre recherchée pour la religion , les officiers de Chàtcllerault, en ayant eu avis, .se sont transportés dans cette maison, et, sur le bruit qu’elle entendit, elle s’alla jeter dans un puits, d’où elle fut retirée et conduite aux filles repenties de Poitiers.
Les biens des religionnaires fugitifs ou emprisonnés s’affermant à vil prix par la difficulté qu’il y a de trouver des fermiers, qui appréhendent le retour desdits religionnaires, j’ai proposé de les réunir
DE NICOLAS-JOSEPH FOUCAULT, au domaine du roi pour y demeurer incommutablement acquis après le temps réglé par les ordonnances, pendant lequel les religionnaires pourront se convertir et le roi pourra leur rendre leurs biens. Les créanciers pourroient aussi, pendant ce temps, faire leurs diligences pour être payés.
Le a4 juillet 1687, j’ai proposé à M. Le Pelletier de faire venir h Poitiers M. d’Héricourt, pour travailler avec moi au papier terrier du Poitou. Il y a travaillé & Monlauban et en Béarn.
Le i4 août 1687, j’ai mandé à M. de Louvois que j’eiécutois, avec le plus d'exactitude qu’il étoit convenable, le contenu dans l’instruction qu'il m’avoit donnée, mais que j’appréhendois qu’elle ne donnât lieu à un grand relâchement [chez] les nouveaux convertis dans l’exercice de la religion , et que j’en voyois déjà les commcnccmcns.
Le corps des marchands de Poitiers ayant fait faire uue statue du roi pour mettre sur la porte de la juridiction consulaire, elle a été trouvée trop grande pour cet emplacement et digne d’être mise dans une place publique, ce qu’ayant proposé au corps des marchands, ils y ont consenti, et je l’ai fait élever sur un piédestal dans la plus grande place de la ville, le jour de saint Louis 1 687. {Vid. la relation.)