LE DIEU DU CLAIN
J’approuve avec plaisir l’ardeur de votre zele :
Chantez, peuples, chantez ce héros glorieux;
Publiez ses exploits, portez jusques aux rieux Le bruit de sa gloire immortelle.
A ces traits éclatans, à ces faits inouïs Je reconnois Louis.
LE ClIOKLn.
A ces trais éclatans , à ces faits inouïs Tout l’univers connoist Louis.
VNE voix.
C’est peu que notre zele éclaté en ce beau jour,
U faut porter plus loin le respect et l’amour
Que dans nos cœurs charmez a fait naistre sa gloire :
Qu’un monument à sa mémoire Aux siècles à venir fasse voir le héros Dont la fidèle histoire Prend soin de publier les glorieux travaux.
LE euGEun.
Qu’il dure ce monument,
Qu’à l’abry des lauriers il brave les orages ,
Qu'il fasse de ces lieux le plus bel ornement!
Qu’il soit incessamment
L'objet de nos respects, celui de nos hommages!
Qu'il laisse aux siècles à venir Du bonheur de nos jours un heureux souvenir!
Ces vers ont été mis en musique par M. PAtN, maistre de la mu-
siqiie de Saint-Hilaire de Poitiers, avec un succez qui répond à l’idée qu’il avoit déjà donnée plusieurs fois de son habileté
A ParU, le 19 décembre 1667.
Monsieur,
C'est bien tard vous remercier de la relation curieuse que vous avez eu la bonté de m’envoyer de ce qui se passa à Poitiers le jour de saint Louis, pour la ceremonie de l’erection de la statue du roy, dont je rendis neantmoins soigneusement compte à Sa Majesté, aussi bien que des succez que Dieu continue de donner au zele et à la prudence avec lesquels vous portez toujours vos nouveaux convertis à ne SC point relascber dans leurs devoirs.
Je vous .suis très obligé, Monsieur, de ce que vous voulez bien prendre part aux grâces dont le roy honore mon frère*, au delà de ses espérances et de mes désirs. Faites-moy la justice d’estre persuadé de mon extreme reconnoissance, et de croire qu’on ne peut estre plus parfaitement que je suis.
Monsieur,
Vostre très humble et très obéissant serviteur.
DE LA CHAIZE s j.
Je croy, Monsieur, enfin l’afaire du college de Pigarcau finie; ce sera à vous à y mettre un bon nombre de jeunes gens à insti-uire. Je puis vous assurer que nos peres s’y appliqueront avec soin, et qu’on en voira bientosl le succez.
M. Fol’cact.
' Le texte imprimé rmil ici; !c manus* crit reprend par une lettre autographe du P. de la Chaire.
* • M. de la Chaise prêta le serment de * capitaine [des gardes] de la porte , charge « qu'il R achetée de M. de Saint-ValHcr.
• Il ny a pas longtemps que celte charge- « là prête serment entre les mains du « grand-maitre de la maison. Le roi lui a
• donné 1 00.000^ pour lui aider à la payer.
« et un brevet de retenue de 200.000 •
{Journal de Dangenu, q8 novembre 1687.)
Le roi a accordé, sur ma représentation, au sculpteur qui a fait la statue, l’exemption de logement de gens de guerre.
M. de la Feuillade a lu cette relation au roi, qui a paru très-content de cette fête. J’avois dessein de faire graver cette statue et d’en faire une médaille, mais on ne l’a pas jugé à propos.
J’ai fondé les prix de la tragédie pour tout le temps que je serai intendant en Poitou.
On m’a écrit de Bordeaux, de Pau et de plusieurs endroits, pour avoir le modèle de la statue que j’ai fait élever au roi à Poitiers.
Au mois d’août 1687, il a été envoyé dans des couvens du diocèse de Chartres sept femmes de la R. P. R. et dans ce temps il ne restoit plus dans le Poitou que des religionnaires septuagénaires que j’ai fait mettre dans des couvens.
Le roi ayant envoyé des commissaires de son conseil, conseillers d’état et maîtres des requêtes, pour connoitre les abus qui se commettent dans la perception des droits d’aides, MM. de Ribeyre et Cbamillart sont venus à Poitiers quelques jours après la fête de l’érection de la statue du roi. Je les ai régalés à Dissais. Ils sont partis de Poitiers pour Paris le 18 septembre 1687. — Vid. la lettre de M. Le Pelletier du 1 2 juin.
J’ai vu potir la première fois M. Cbamillart en Poitou , et depuis j’ai entretenu avec lui un commerce très-intime.
Au mois de septembre 1687, M. le duc Mazarin, ayant en vue de faire renfermer et subsister les pauvres de ses terres , a proposé au roi l’établissenàent d’un hôpital général à Saint-Maixent, auquel il offre de contribuer. M. de Louvois m’a écrit de me rendre à Saint-Maixent et de faire assembler les corps de ville pour prendre les expédiens et les mesures necessaires pour parvenir à cet établissement. J’ai proposé à M. de Louvois d’unir à cet hôpital une aumône que les pères religieux bénédictins font tous les jours, à la porte de l’abbaye, aux pauvres qui se présentent, ce qui entretient la fainéantise et la mendicité; mais ces bons pères se sont opposés à cette union, parce qu’ils font cette aumône comme il leur plaît, et sans en rendre compte à
personne. Si elle élolt unie à un hôpital, on Irouveroit peut-être fju’iis ne la font pas aussi forte qu’elle doit l’être, et on les obligeroit de la faire aux tennes de sa fondation'.
Au mois de septembre 1687, M. Le Pelletier a envoyé des fermiers généraux dans les provinces du royaume, pour faire exécuter le tarif de l'année 1667, veiller à la conduite des commis et employés, se faii'e représenter les registres et observer tout ce qui se passera dans la levée des droits des fermes générales''. M. Le Bel de Coun’ille a eu le département du Poitou; M. Le Pelletier m’a écrit, le 9 octobre 1687, pour lui donner les secours dont il aura besoin, et examiner s’il se conduit suivant les intentions du roi.
Au mois d’octobre 1687, les louis d’or ont été réduits à 1 1 " 5*, et les écus d’or à 5" 16* 6**. M. Le Pelletier m’en a envoyé l’arrêt.
M. Le Pelletier m’a écrit, le 29 octobre 1687, que, le roi ayant résolu que les droits de l’amirauté, qui ont été reçus jusques à présent par les commis des fermiers généraux, et la distribution des congés, se fassent dorénavant par des commis particuliers de M. l’amiraP, il me charge de chercher des personnes fidèles, dans chaque port, pour faire la levée de ces droits, et de régler leurs aj)pointemens par rapport à leur recette.
Le roi ayant accordé é mademoiselle de Bacular une pension de 6oo*', sur le témoignage que j’ai rendu de sa bonne conduite par rapport à la religion, j’ai sollicité M. de Louvols, au mois d’octobre 1687, de la faire payer.
' lUpétttiou ; • M. le duc de Maiarin a
• proposé au roi d'établir un liépilal à
• Saint-MaixrnI; j'en ai été d'avis, cl d'y
• employer l'aumône que l'abbaye des
• Bénédictins de Saint-Maitent fait aux
• pauvres trois fois la semaine, cette au-
• mône servant plutôt k entretenir la fai- « néantise qu'à nourrir les véritables pau- « vres. Toutes les communautés religieuses
• qui distribuent du pain aux pauvres ■ mendians. quelques jours de la semaine. « l'envoient présentement , sur mes sullici-
• tâtions . à l'hôpital généra). »
' Voy. Journal de Daitgeau^& mai i G8y.
et notre introduction.
* Le comte de Toulouse, Gis légitimé de Louis XIV et de madame de Montespan.
Mon fils est entré au collège des Jésuites, en la sixième classe, le 2 3 octobre; c’est le P. Rendit qui l’a conduit de Poitiers. Ils furent menés par mon père au collège.
Le 39 octobre 1687, ma femme est accouchée d’une fille qui
a été nommée le parrain est le chevalier de Jassaud, la
marraine madame du Gué. C’est le huitième enfant; il en reste quatre.
Le . . octobre 1687, j’ai fait un écrit particulier avec mes sœurs pour le partage des biens de mon père.
Le 30 novembre 1687, j’ai demandé au roi une pension de 800^, en faveur de M. Fumée, lieutenant général de Châtcllerault , en considération de tous les soins qu’il a pris et des dépenses qu’il a faites pour les conversions, ayant une nombreuse famille et peu de bien.
Le 3 5 novembre, M. Feydeau, intendant de Pau, m’a mandé que les états de Béarn et de Navarre vouloicnt élever une statue au roi , à Pau, à l’imitation de celle érigée è Poitiers. Je lui ai proposé le sculpteur de Poitiers.
Au mois de novembre 1687, mon Gis a été malade à l’extrémité, et n’a été soulagé qu’en vidant un grand et gros ver.
Le 8 décembre 1687, j'ai proposé' au roi d’établir des maîtresses d’école dans le Poitou, savoir : treize dans le diocèse de Poitiers, huit dans celui de Luçon , et six dans la partie du diocèse de la Rochelle de la généralité de Poitiers, et qu’il suiGroit de leur donner 4o écus à chacune. Les filles de la maison des nouvelles catholiques de Poitiers ont offert d’en fournir ce nombre.
Le roi a désiré savoir s’il y avoit en Poitou des maisons rebgieuscs établies depuis 1660. J’ai mandé è M. de Louvois, par ma lettre du t 1 décembre 1687, qu’il n’y en avoit point.
Sur la fin de 1687, le roi a envoyé des ordres aux coramandans et aux intendans des provinces de laisser agir les curés et les missionnaires, pour achever l’ouvrage des conversions. — Nota. Vid. ma
‘ Celle proposition est une réponse à Foucaull, en ilaledu ] 1 octobreprécédent. une dépêche que Louvois avait adressée à Nous la donnons dans notre appendice.
210 MÉxMOIRES
lettre à mon père , du 27 décembre 1687, servant de mémoire pour M. l’archevêque de Paris.
Le 29 décembre 1687, j’ai envoyé à M. de Harlay, archevêque de Paris, un mémoire, dans lequel je lui ai représenté que le refroidissement de la cour sur les affaires de la religion avoit causé un si grand relâchement dans la conduite des prétendus réformés, qu’il étoit à craindre que tout ce qui avoit été fait jusques à présent pour les convertir et assurer leur conversion ne devînt inutile. Je lui ai proposé les remèdes que l’on pourroit apporter au mal, par ce mémoire qu’il faut joindre à cet article dans le grand mémoire. Mon père n’a pas jugé à propos de rendre cette lettre à M. l’archevêque, attendu le peu de fond qu’il y avoit à faire sur son secret, et que je lui marquois que MM. les ministres auroient pu faire entendre au roi que l’ouvrage des conversions étoit consommé.
A Poilier», cc ag décembre «687.
Je me fais un fort grand plaisir de rendre compte à M. l’archevêque de ce qui se passe ici au sujet des affaires de la religion, et des moyens qui me paroissent les plus sûrs et les plus convenables pour remettre les esprits des nouveaux convertis dans la bonne situation où ils ont paru être pendant quelque temps. Il auroit été à souhaiter qu’il eût plu à Dieu de se senir de la voix des curés et des missionnaires pour rappeler les religionnaires à l’Eglise romaine, et que l’on n’eût point été obligé d’y employer l’autorité temporelle; mais, puisque la Providence a voulu se servir du roi pour commencer un aussi grand ouvrage, il faut croire qu’elle lui en a réservé la consommation. Il est visible, certain et de notoriété publique, que les moyens dont on s’est servi pour assurer â l’Eglise romaine les conquêtes qu’on lui avoit faites ont produit l’effet qu’on en avoit attendu; ces moyens étoient de les observer pour les engager d’aller à la messe, et de leur faire entendre que, s’ils faisoient une profession publique de n’y point aller, on seroit obligé de les faire punir comme des athées; on augmentoit leurs tailles, sans néan-
moins les accabler, quand ils ne donnoient pas des marques d’une sincère conversion; on les disting^uoit des vrais convertis et des anciens catholiques dans les Ic^emens de gens de guerre; on leur ôtoit leurs enfans lorsqu'ils ne les cnvoyoient point aus cathéchismes; on ne sûuQroit point qu'ils mangeassent de la chair les jours défendus; on interceptoit les lettres pastorales que les ministres leur envoyent des pays étrangers et qui répandent un venin contre lequel il n’y a pas de contre-poison; les passages étoient tenus fermés pour les empêcher de quitter le royaume. Enfin la cour permettoit de se servir de toutes les voies, non pas de force et de violence, mais de contrainte un peu plus que morale, pour les obliger à faire profession de la religion qu’ils ont embrassée. Et en effet, le succès a justifié cette conduite; il y en avoit très-peu qui ne vinssent à la messe et qui n’envoyassent leurs enfans aux instructions. 11 n’y a eu que les plus opiniâtres qui ont tenté de sortir du royaume, et ceux qui n’ont pu y réussir se sont fait une excuse de l'impossibilité, et s’étoient insensiblement apprivoisés avec les anciens catholiques et accoutumés aux pratiques de l’Egli.se; leurs esprits étoient enfin presque calmés, lorsqu’il a paru un changement subit dans la conduite de la cour, dont les ressorts se sont tout à coup relâchés, et il faut que « l'on ’ ait fait entendre au roi que les conversions étoient suflisam-
• ment affermies et qu'il n'y avoit qu'à laisser agir l’Eglise pour en-
• tretenir les bonnes dispositions où le bras séculier avoit mis les
• choses. On a envoyé des ordres dans les provinces de se reposer sur < le zèle et sur les soins des curés et des missionnaires, • et, quelque secrets qu’aient été tenus ces ordres, l'exécution les a rendus publics. Ceux qui sont plus attachés au parti qu’à la religion, croyant que la cour avoit des raisons particulières et pressantes qui l’obligeoient à ce relâchement, ont repris cœur et ont mis tout en usage pour réveiller ceux qui avoient pris le parti du repos; les ministres et les plus mutins des religionnaires, qui ont passé dans les pays étran-
' Nous guillemelinns les puseges marqués d'un trait par le père de Foucault.
MÉMOIHES
gers, leur ont écrit des lettres fortes, dans lesquelles ils leur ont fait entendre que la face des choses alloit changer, et qu'il n’y avoit qu’à couler le temps et à profiter de la liberté de conscience que le roi leur donnoil; car c’est par de tels discours qu’ils ont abusé ces esprits crédules, et le mal a tellement gagné, quetrés-peu de convertis se sont défendus de donner créance à ces bruits; le plus grand nombre a cessé d’aller à la messe et ne s’en est pas caché, et la licence est venue à un tel point, qu’il semble qu’on doive leur tenir compte de ce qu’ils ne font pas publiquement l’exercice de la religion qu’ils professent dans le cœur. Voilà le mal tel qu’il est et sans exagération; mais, quoiqu'on en connoissela cause et les conséquences , le remède n’est pourtant pas facile à apporter, parce qu’il n’est plus temps de reprendre la voie de la sévérité, et que tel qui, dans le commencement, faisoit son devoir de religion parce qu’il le voyoit faire aux autres, étant présentement gâté par le mauvais exemple et par la suggestion, souffriroit le martyre pour la défense des erreurs auxquelles il a renoncé. Cependant, il est important de faire connoître aux peuples que le zèle du roi pour la religion ne s’allcntit point, et, pour cet effet, on pourroit, pour effacer les mauvaises impressions données par les ministres, et pour réparer le mal qu’un peu trop de précipitation à croire l’ouvrage des conversions achevé a pu causer, on pourroit, dis-je, écrire une lettre circulaire aux intendans des provinces, portant que, sur les bruits que des personnes mal intentionnées à la religion et au service du roi ont répandus dans les endroits du royaume où il s’est fait des conversions, que Sa Majesté entendoil que l’on n’obligeât pas les nouveaux réunis de faire profession de la religion romaine, etc. son intention étoit que scs édits et déclarations donnés sur le fait de la religion fussent ponctuellement exécutés, et ceux qui y contreviendroient punis; que ceux qui feroient profession de ne point aller à la messe et détourneroient les autres d’assister aux offices divins fussent pareillement punis; que, lorsque les pères et autres personnes ayant des enfans sous leur conduite refu.seroienl de les envoyer aux instructions, ils seroient tirés
DE NICOLAS-JOSEPH FOUCAULT, de leurs mains et mis, aux dépens desdits pères et autres, dans des collèges et dans des couvens. Il faudroit aussi renouveler les défenses et les peines contre ceux qui se mettroient en état de quitter le royaume, et faire garder exactement les ports et passages pour leur en faire perdre Tenvie. Il seroit aussi à propos de confisquer les biens des fugitifs et les réunir au domaine du roi, car, si Sa Majesté les donne à leurs enfai\s ou à leurs proches, ils leur en feront tenir le revenu; c’est ce qui se pratique par la plus grande partie des confiscataires; et le roi ayant uni ces biens à son domaine sera au moins pendant dix années, qui est le temps après lequel ils demeureront incommutablement acquis à Sa Majesté, en état de les rendre à ceux qui reviendront dans le royaiune et se mettront en état d’obtenir le pardon de leur désertion; par le moyen de ces confiscations, on forcera ces fugitifs de retourner en France , faute de pouvoir subsister dans les pays étrangers, ce qu’ils ne feront pas tant que les possesseurs de leurs biens leur feront tenir de l’argent. On pourroit encore permettre d’intercepter les lettres qu’écrivent les ministres et qu’il est facile de connoitre, étant imprimées et faisant des paquets d’un assez gros volume ; cela ne troubleroit point le commerce et ne violeroit point le droit des gens, qui .sont les raisons dont on se sert pour empêcher qu’elles ne soient ouvertes, parce qu’on les ouvrlroit en présence des personnes à qui elles seroient adressées. Cet article est très-important, toutes les maisons des nouveaux convertis étant remplies de ces lettres qui portent le titre de pastorales et qui sont lues avec autant de dévotion que leurs prières. Il faudroit aussi faire emprisonner les gentilshommes qui se signalent par leur mauvais exemple dans leurs cantons, et qui détournent leurs voisins, et surtout le peuple, qui les imite volontiers, d’aller à l’église; c’est une grande punition pour eux de leur ôter leurs enfans, et le moyen d’empêcher qu’ils ne quittent le royaume, mais il faut mettre ces enfans chez d’anciens catholiques, y ayant toujours quelque erreur qui reste dans la créance des nouveaux convertis. J’ouhliois d’ observer que , comme ordinairement les nouveaux catholiques et souvent les anciens trou-
2\li MÉMOIRES
vent leur compte à acheter à vil prix les immeubles de ceux qui se mettent en état de quitter le royaume, qu’ils payent comptant, il seroit bien à propos d’ordonner que les biens immeubles dont les nouveaux convertis disposeroient par donation, échange ou vente volontaire, seront sujets à confiscation, en cas qu’ils sortent du royaume dans l’année de la disposition qu’ils en auront faite. On pourroit aussi enjoindre aux maires et consuls des villes et aux olEciers de justice dans les bourgs et villages, d’empêcher que les marchands et artisans ne puissent vendre tous les effets et marchandises qui composent le fonds de leur commerce non plus que leurs meubles, et ordonner la conbscation, au profit des hôpitaux, des lieux et des choses vendues sur ceux qui les auront achetées, en cas de désertion dans les six mois du jour de la vente. Enfin il faut faire connoître que le roi, bien loin de se relâcher et de fermer les yeux à la mauvaise conduite des faux réunis, leur donnera des mai-ques de son indignation.
Voilà en quoi consiste le mal, et le remède qu’on y peut apporter, qui, peut-être, ne produira pas d’abord tout fell’et qu’on en doit attendre; mais, pourvu qu’on ait patience et qu’on ne se relâche point, je répondi’ois du succès, qui m’est garanti par celui que la première conduite a eu; si l’on ne se sert du remède proposé, il y a danger que le mal n’empire, « rien n’étant plus dangereux que f habitude en «matière de religion; et vous pouvez assurer M. l’archevêque que • l’on flatte le roi si on lui fait entendre le mal moins grand que je « l’ai marqué ci-dessus. » Je ne vous représente point la conséquence de ce que M. l’archevêque a voulu que je lui fisse savoir, mais il nous témoigne tant de bonté que je ne puis hésiter de prendre une entière confiance en lui. Surtout je ne puis assez répéter que la facilité que les nouveaux convertis ont de recevoir des lettres des pays étrangers sera un obstacle invincible à leur véritable conversion, mais vous savez combien il est dangereux de toucher cette corde.
Agréez, s’il vous plaît, les assurances de mes re.spects.
Le 5 janvier 1 688.
J’ai lu et relu plus d’une fois avec attention le mémoire ci-joint; il est fort bon entre deux amis, mais très-dangereux à être communi<pié au ministre et à tout ce qui en approche. Ils ne cherchent qu’à faire leur cour aux dépens de qui que ce soit, et sacrifient sans sci-upule tout ce qui peut, par sa ruine, leur attirer quelque mérite; en un mot, c’est faire le procès au ministre que de le rendre suspect de flatter le prince et de lui faire entendre les choses autrement qu’elles ne sont. On ne pardonne point de telles offenses, et la seule défiance en est mortelle. Monsieur notre archevêque parle trop pour en faire son confident; l’épreuve seroit trop forte que de lui recommander de n’en rien dire. Ce seroit le vrai moyen de le faire parler et d’ajouter que l’on lui auroit fort recommandé de n’en rien dire. Contentez-vous do donner vos avis par les formes et par le canal ordinaire, quand on vous en demandera. Ne vous avancez de rien et vous ne serez garant de rien en chose à nuire, mais exécutez promptement et ponctuellement. Réservez-leur l’honneur de toutes choses, ils en sont passionnément jaloux; encore avec toutes les précautions que vous y voudrez prendre , vous aurez assez de peine à vous conserver avec des esprits d’un si difficile gouvernement. Je vous renvoie votre mémoire, dont je n’ai rien voulu garder; voyez quelques endroits à côté desquels j’ai fait des traits et ne le laissez voir à personne.
F(OljCAULT.)‘
M. de Seignelay m’ayant mandé que le roi jugeoit à propos d’élahlir un maître pou;* enseigner les langues angloise et hollandoise dans les ports de mer, pour les enseigner aux enfans des marchands, je lui ai proposé le bourg de la Chaume, qui est un petit port trè.s-
' Celle noie est de la main du père de de celle noie, à la fois prudente et sévère. Foucault. Ce dernier parle à plusieurs re- doit en faire vivement regretter la dispapriscs des tnénmires de son père, et le ton rition.
fréquenté par les étrangers. Cet établissement ôtera aux marchands qui ont des enfans en état d’entrer dans leur commerce [l’obligation] de les envoyer en Angleterre et en Hollande.
J’ai fait saisir, en vertu d’un ordre que M. de Seignelay m’a envoyé, les terres et effets de M. Le Coq, conseiller au parlement de Paris; mais M. de Vérac, son beau-frère, en a demandé la mainlevée à M. de Louvois, qui ne manquera pas de la lui donner. Je l’ai mandé à M. de Seignelay.
M. Le Pelletier, ayant formé le dessein de faire un règlement générai pour la levée', a écrit à tous les intendans de travailler aux mémoires nécessaires pour le faire. J’y ai travaillé et lui ai envoyé le mien.
L’édit de révocation de celui de Nantes, par l’article 6, veut que, si un ministre qui a abjuré veut se faire avocat ou prendre des degrés, il sera dispensé des trois années d’étude. J’ai proposé à M. le chancelier d’accorder la même grâce au sieur Moriceau, ci-devant proposant de la Rochelle. Cette grâce assurera les conversions.
M. Charpentier a requis plusieurs bénéfices, en vertu de mon induit de maître des requêtes.
J’ai fait un voyage à Paris en 1687.
Le roi ayant résolu d’établir des maîtres et maîtresses d’école dans toutes les provinces du royaume, et Sa Majesté désirant employer à cette dépense les biens des consistoires, elle m’a ordonné, par une lettre du 12 janvier 1688, de prendre connoissance de ce en quoi consistent les biens desdits consistoires dans le Poitou, et d’en envoyer un état à M. de Louvois.
M. de Louvois m’a écrit, le 1 4 janvier 1688, que le roi ayant ordonné, après la révocation do l’édit de Nantes, que les maîtres et maî-
' H na^îl de la levée des milicea Le bro i688. (Isambert, Anciennes his franrèglement fui promulgue ie 39 novem* XX, p. 66.)
tresses d’école qui auroient abjuré l'hérésie n’en pourroient faire les fonctions jusques en 1688, pour leur donner le temps de s’instruire, et que Sa Majesté étant informée qu’il y a encore beaucoup de ces nouveaux convertis auxquels il serait dangereux de conGer l’instruction des enfaus, et qu’il ne convient pas de leur en donner une exclusion générale, elle m’ordonne d’exhorter de sa part MM. les archevêques et évêques de ne donner leur approbation qu’à ceux et celles dont ils seront bien assurés de la religion et de la capacité , et de préférer toujours les anciens aux nouveaux catholiques.
Le 39 janvier 1 688, j’ai écrit à M. le chancelier pour le prier de donner au sieur d’Héricourt un examinateur, à Toulouse, du livre qu’il a composé sous le titre de l’Histoire de l’académie de Soissons, en latin , avec quelques lettres aussi latines ', les affaires et sa santé ne lui permettant pas de faire le voyage de Paris, M. le chancelier ayant accordé la même grâce à M. d’Hautesserre , procureur général de la cour des aides de Montauban, pour les œuvres posthumes de son père M. le chancelier lui a donné M. Fermât conseiller au parlement de Toulouse.
Le . . janvier 1688, j’ai représenté à M. de Louvois qu’ayant fait saisir, par ordre du roi , les biens des religionnaires de mon département, il y avoit eu un grand nombre de saisies et d’oppositions par des créanciers légitimes ou simulés; que je croyois qu’il les fafloit renvoyer devant les juges ordinaires; que j’estimois que le roi pourrait conGsqiier ces biens pour les pouvoir rendre à ceux qui , dans les dix ans qu'il en auroit été compté à la chambre des comptes, pourroient revenir dans le royaume, auquel cas le roi pourroit leur faire rendre leurs biens saisis; mais que, si le rai donnoit leurs biens à leurs enfans.
* Dé AcaJemia Saettionensi cam epistoUs ad famiUares, Juliani Hericurtii; Monial* bani, iG88, in-8*.
* Antoine Dadin de Haulescrrc, professeur de droit à Toulouse, composa plusieurs écrils de droit canonique et un ou-
vrage donné depuis sa mort, intitulé : Défense de la juridiction ecclésiastique contre les traités de Ch. Févret et ctaatres. U mourut en 1 68a , âgé de plus de quatre-vingts ans.
^ Samuel de Fermât, fils du grand mathématicien.
les revenus leur en seroient infailliblement envoyés dans les pays où il» scroient.
[Au mois de janvier,] mon père a proposé de marier ma sœur Angélique à M. de Melziers, neveu de la marquise de Crussol, homme de mœurs douces, mais sans emploi, et dont la fortune dépendoit de madame de Crussol. On lui a proposé d’ailleurs M. d’Anfreville , lieutenant général des armées navales; mais ces deux propositions n’ont pas eu de suite
Le 8 février 1 688, M. Le Pelletier, contrôleur général des finances, m’a envoyé un arrêt du conseil pour faire le procès à un officier de l’élection de Poitiers, prévenu d’avoir altéré le rôle de la paroisse de Loin.
M. le chancelier m’ayant mandé qu’il se commettoit beaucoup d’abus dans l’école de droit de l’université de Poitiers, je lui ai répondu, le i4 février i688, qu’il étoit vrai que les écoliers qui étudioient en philosophie dans les collèges des Jésuites et de Saint-Pierre, qui sont les deux seuls collèges de Poitiers, étudioient en droit dans le même temps; que le remède étoit d’obliger le préfet des classes du collège des Jésuites et le professeur de philosophie du collège de Saint-Pierre de donner au professeur en droit un mémoire des écoliers qui prennent des leçons de philosophie; à quoi l’on pourvoit ajouter l'obligation aux écoliers qui s'inscrivent sur le registre des professeurs de droit de se soumettre d’etre déchus de leurs matricules en cas qu'il se trouve qu’ils aient étudié en philosophie et en droit en même temps.
Le 23 février i688, il s’est fait des assemblées de religionnaires dans le haut Poitou, du côté de Saint-Maixent , en plusieurs endroits, au nombre de deux mille, mille cinq cents et mille en même temps. Je reçus même è Poitiers un billet non signé par lequel on me don-
' HépétUton: « Au mois de janvier i688,
• on a proposé M. d’Anfrevillo, chef d*es-
• cadre, pourépous>er ma sœur Ang;éiique,
• et M. de Meltirr». capitaine réformé de
• dragons, neveu de madame )a marf}uise
• de Crussol, qui lui faisoil des avantages ■ considérables ; mais ces propositions n'nnl
• pas PU dVffet •
noit avis, de leur part, de ces assemblées. Ils publioient hautement qu’ils viendroient faire l’exercice de leur religion sur les ruines de leurs temples, et menaçoient les curés de les exterminer. Je me rendi.s sur les lieux, après avoir écrit à M. de Vérac, qui m’accusa de terreur panique, accompagné de mes domestiques et d’une compagnie de dragons, qui heureusement faisoit sa revue dans le voisinage de ces assemblées. Nous tombâmes sur la plus proche, qui étoit de mille cinq cents personnes, dans un pré environné d’un ruisseau et d’une haie et dont la barrière étoit gardée par dix hommes armés, qui tirèrent sur un lieutenant et dix dragons que j’avois détachés pour le.s reconnoître, ce qui m’obligea d’entrer avec les dragons et les gens qui m’avoient suivi et de faire tirer sur ces révoltés. Il y en eut sept [ou] huit tués ou blessés, ce qui obligea les autres de mettre les armes bas. Je fis prendre le prédicaut et une quarantaine des plus notés, dont [six?] ont été pendus, trente et un ont été envoyés aux galères et deux femmes condamnées au fouet.
M. de Louvois me manda que le roi étoit satisfait de mes diligences et qu’il approuvoit les exemples que j’ai faits, et ajoute qu’en cas qu’il SC fasse de pareilles assemblées, on fasse main basse sur tous ceux qui s’y trouveront, sans épargner les femmes*.
Le lendemain de celte première assemblée, il y en eut une autre que je dissipai encore. Il y eut quatre hommes tués sur la place et deux pendus. Ils s’étoienl mis en défense.
La cour vouloit chasser tous les religionnaires du royaume. Ce seroit un mauvais parti, surtout après le relâchement. J’ai été d’avis qu’on les privât des grâces et qu’on leur envoyât des missionnaires.
Nota. — Vid. la lettre que j’ai écrite à M. de Louvois, le a3 février i688, sur l’assemblée de Grandry, celles des a5 et 29 février.
J’ai aussi donné avis à M. le chancelier de ces assemblées.
J’ai reçu ordre de condamner aux galères perpétuelles trente et un hommes et deux femmes, de ceux qui s’étoienl trouvés à l’assem-
' Voyez, dans noire appendice, la dépêche de Louvois, en date du 1” mars i688.
blée de Grandry et à celle du lendemain. Les hommes qui étoient trop âgés pour servir sur les galères et les vieilles femmes sont demeurés en prison. A l’égard des garçons de quinze ans, je les ai fait mettre au séminaire de Poitiers pour y être châtiés.
Au mois de février 1688, le roi a fait un fonds de 5, 000** pour l’entretien des missionnaires de Poitou et de Loudun, pendant ladite année, ainsi qu’il a été fait l’année dernière.
Le 1 2 mars 1 688, M. Le Pelletier m’a écrit une lettre au sujet des subdélégués des intendans qrii font souvent des procédures irrégulières, et me mande qu’ils ne doivent rien prendre des parties, que le roi les récompensera.
Le 20 mars, la nouvelle église bâtie par ordre du roi à Cbâtellerault, attendu que les églises paroissiales ne pouvoient contenir le grand nombre de nouveaux catholiques, fut bénite par M. de Saillant*, évêque de Tréguier, nommé à l’évêché de Poitiers. Je fis les honneurs de la cérémonie.
Nota. — Il faut avoir recours aux mémoires des conversions du Poitou.
J’ai reçu une lettre de M. de Louvois, le dernier mars 1688, par laquelle il me mande que, le roi ayant été informé qu’il se fait des assemblées de religionnaires sur les confins de Poitou , de Saintonge et d’Angoumois, Sa Majesté avoit résolu d’y envoyer M. de Saint-Frémont pour essayer de tomber sur ces assemblées. Sa Majesté voulant que je .sois averti qu’elle l’envoie en ces quartiers, afin que je puisse lui donner les instructions et les avis nécessaires pour le mettre en état d’exécuter les ordres dont il est chargé.
M. de Louvois n’étoitpas content de ce que M.de Véracn’étoit pas venu me trouver aussitôt que je lui ai donné avis des assemblées qui se sont tenues du côté de Saint-Maixent.
Sur ce qui a été représenté au roi, que M. le marquis de Vérac ne payoit point la pension de sa femme enfermée depuis dix-huit mois
' François-Ignace de Baglion de Saillant.
DE NICOLAS-JOSEPH FOUCAULT, dans le monastère de Sainte-Marie de Limoges, M. de Croissy m’a mandé, de la part de Sa Majesté, d’avertir ledit sieur de Vérac de satisfaire incessamment à celte pension, et, à son refus ou négligence, de faire saisir ses revenus
Au mois de mars 1 688 , les vents ayant causé de grands dommages aux couvertures et aux murailles de la principale église de Niort, j’en al informé M. de Louvois, qui m’a mandé que le roi avoit fait fonds de 5,000** pour être employés à ces réparations.
Le i" avril 1 688 , j’ai envoyé à M. Le Pelletier, suivant son ordre, l’état des officiers dont j’ai accoutumé de me servir pour subdélégués, avec un mémoire de la qualité des affaires dont ils connoissent, ne leur donnant point de subdélégation générale ; que je les taxe rarement et selon leur travail, mais que, puLiqu'il me mande que le roi veut pourvoir au remboursement des dépenses qu’ils pourront faire pour les affaires de Sa Majesté et du public, je lui enverrai, à la fin de chaque année, un mémoire des affaires auxquelles ils auront vaqué.
J’ai jugé au présidial de Poitiers, en vertu d’un arrêt du conseil, le procès fait à deux élus qui ont fait des changemens et des radiations dans un rôle des tailles de l’élection de Poitiers, malgré les oppositions des collecteurs. — Nota. Vid. le jugement.
Le roi a accordé une gratification de i ,5oo ** au sieur Paulmier, ministre de Saint-Maixent, sur les témoignages que j’ai rendus, à diverses reprises, à M. Le Pelletier, de son zèle pour les conversions; c’étoit le seul ministre converti en Poitou qui y travaillét.
Le 39 avril 1688, j’ai représenté au roi que les réparations du collège de Pigareau uni à celui des Jésuites de Poitiers coûteroient 10,000**, savoir: 6,000 •* présentement, et les 4,ooo** restant lorsque les réparations seroient avancées et que l'on pourroit prendre le fonds
' La marquise do Vérac était enfermée comme religlonnaire opiniâtre. Elle persista ainsi jusqu'à la fin; et en 1 705, après la mort de son mari, son fils obtint pour
elle la permission du roi de se retirer eu Angleterre. (V07. la lettre de Ponichartrain à Vérac fils , du 1 1 mars 1705, dansDepping, Comif. adm. t. IV, p. 458.)
222 MÉMOlKEi;
de ces 4i000** sur les biens des rcligionnaircs , si Sa Majesté ne veut pas les faire prendre sur son trésor royal, ce collège étant très-nécessaire |xmr recevoir et loger les nouveaux convertis.
J’ai remarqué avec regret que les religionnaires du Poitou ne se sont presque tous convertis que par les dragons et par la prison, et que les nouveaux convertis n'ont pani faire leur devoir de religion que par la crainte du châtiment; je l'ai mandé à M. de Louvois, et qu’il ne falloit point se relâcher, que ce qu’ils faisoient par contrainte touriieroit, dans la suite, en habitude; ce qui est certain est qu'aucun nouveau converti n'a été forcé de s’approcher des sacremens par prison ni par logemens de dragons.
J’ai envoyé au roi des pois verts dans le mois d’avril; M. Bontemps' m’a mandé qu’il les avoit mangés avec les dames et qu’il l’avoit chargé de m’en remercier.
Au mois d’avril, ma nièce, fdle aînée de M. de Villeneuve, a fait profession à Pincourt’. Le père Hubert, de l’Oratoire, a prêché. Elle etoit plus propre pour le monde que pour le couvent.
Le 8 mai 1688, j’ai envoyé à M. le chancelier l’acte que tous les ofliciers du présidial de Poitiers ont passé devant notaire pour me rendre arbitre de tous leurs différens.
M. de Tarnault, lilsd’un conseiller du parlement de Bordeaux qui fut tué dans la dernière sédition de Bordeaux’, ayant été relégué à Bordeaux par ordre du roi, se mit en chemin de Paris sans peimis.sion, et en passant par Budigny, à quatre lieues de Poitiers, il eut quelques paroles avec le maître de la poste qu’il tua d’un coup de pistolet, et prit le chemin de Poitiers. Le iils du maître de la poste le suivit avec un fusil, mais il ne put l'atteindre, et [M. de Tarnault] gagna Poitiers, où il se réfugia dans ma maison. Le fils du mort écrivit
‘ Premier valet de chambre da roi.
* C'esl Popincourl qu'il faut lire. On voit dans le Diclionnaire de la noblesse de La Chesnave des Bois. I. XI, p. a8o, que ceiXf' famille avait une chapelle et
une sépulture aux religieuses aunonciades de Popincourt.
* Voy. sur M. de Tarnault père l addi* tion de Saint-Simon au Journal de Dangeau. 1. 1, p. 174
DE NiCOLAS-JOSEPFl FOLCALLT. 223
à M. de Louvois, mais il ne put lui dire le nom du courrier, qu’il ne connoissoit point. J’accommodai l’afï’aire moyennant 3,ooo**, et je mandai à M. de Louvois cet accommodement, lui disant, comme il étoit vrai, que ce maître de poste étoit un insolent, qui avoit tiré un coup de pistolet sur ce courrier et qui s’étoit fait des affaires avec plusieurs autres; que son fils, en justice, n’auroit peut-être rien eu, et que je lui faisois donner 3,ooo”. Je ne mandai point le nom de M. de Tamault à M. de Louvois, qui approuva l’accommodement.
Ayant reçu des ordres du roi pour faire arrêter le sieur de Regnier, gentilhomme de la religion, qui vendoit tous ses meubles et prenoit (les mesures pour sortir du royaume avec toute sa famille, le lieutenant de la maréchaussée de Saint-Maixent a reçu de l’argent dudit sieur de Regnier pour le laisser évader avec sa femme, deux garçons et sept Glles, n’ayant laissé dans sa maison que son aîné pour achever de vendre ce qui y restoit; j’ai fait informer contre ce lieutenant et ses archers, et ai envoyé l’information à M. de Louvois.
Le nommé Magnan, père de ce jeune homme qui avoit lu les psaumes et les sermons à Grandry, est venu me trouver pour m’assurer (^’il vouloitêtre instruit des principes de la vraie religion, pour en faire une sincère profession lorsqu’il seroit convaincu qu’il y pourroit faire son salut. C’est ce même Magnan qui écrivoit en Hollande à un de ses amis qu’il avoit envoyé son fils dans les assemblées qui se faisoient en Poitou pour y lire des sermons, et dont M, de Barillon, ambassadeur en Angleterre, a envoyé la copie des lettres au roi, par lesquelles il faisoit un détail fort étendu et fort pathétique de ce qui s’étoit passé dans les assemblées qui avoient précédé celle ^e Grandry, et prioit son ami qu’on envoyât un ministre en Poitou. J’ai remis ledit Magnan entre les mains d’un missionnaire habile pour l’instruire, sans lui donner à entendre que j’eusse connoissance des lettres qu’il a écrites en Hollande, ne sachant pas si l’intention du roi est que je l’interroge pour savoir à qui il écrivoit ces lettres, et tâcher de découvrir les particularités de ce commerce. C’est ce que j’ai demandé à M. de Louvois.
Au mois de mai^ j'ai reçu des ordres de la cour de m’aboucher avec MM. les évêques de Poitiers, de la Rochelle et de Liiçon, pour conférer -sur l’usage que l’on pourroit faire des revenus des biens saisis sur les religionnaires fugitifs. Le roi a donné une déclaration sur nos mémoires pour distribuer cet argent aux nouveaux convertis, aux maîtres et maîtresses d’école, aux missionnaires.
Le 3o mai 1 688, M. de Louvois m’a mandé que le roi me permettoit de m’absenter pour quinze jours de mon département.
Le roi a envoyé M. de Ribeyre’ et M. de Pomereu’, pour visiter les bureaux des fermes de Poitou, afin de connoitre la nature des droits qui s’y lèvent, la manière de les percevoir, si les tarifs sont certains, etc. — Vid. l’Instruction.
MM. de Pomereu et de Ribeyre ont été trois jours à Poitiers, où je leur ai donné toutes les lumières que j’avois sur ce qui regarde le commerce de la province, et de ce qui se pratiquoit dans les traites foraines de la Charente*. Ils sont partis pour la Rochelle; c’est ce que j’ai mandé à M. Le Pelletier le a4 juin, et lui ai demandé la permission d’aller vaquer à mes alfaircs pendant trois semaines à Paris, qui m’a été accordée. J’ai été de retour à Poitiers au commencement d’août 1688.
M. de Louvois m’a mandé, au mois de juillet 1688, que le roi avoit jugé à propms de faire mettre en liberté le sieur marquis de Fort, et m’a envoyé l’ordre pour l’envoyer à M. des Bories, lieute-
' Foucault coiumcl ici une erreur de date#La déclaralion du roi dont il parle est tie janvier 1688 (Isambcrl, Ane. his Jranç. I. XX , p. 54). et par conaéqucol les conférences qui l*ont préparée doivent être reportées plus haut, peut-être en mai
* Antoine de Hibeyre, né en t63a, intendant de Limoges en 1671, de Touraine en 1672, et de Poitou en i68q, où i! succéda à Foucault; mort en 171a.
* Auguste Robert de Pomereu . prévêt
des marchands de Paris en 1676, intendant en Bretagne en 1 689 ; U mourut en 170a.
^ Les traites foraines étaient lancien nom des droits de douanes. La traite de Charente était un droit particulier levé sur les vins, eaux-de vie et autres marchandises qui entraient dans la Saintonge, l'Aunis, etc. ou qui en sortaient. Le bureau principal en était établi à Tonnay, gros bourg sur la Charente , à une lieue et demie de Rocbeforl.
nant de roi d’Ângoulêmc, pour le faire sortir du château où il étoit détenu.
Le 1 4 août, j’ai porté au présidial un règlement entre les ofiiciers, que j’ai fait en vertu d’un arrêt du conseil. — Vid. le discours, il est ci-joint. Ils avoient, au mois d’avril précédent, passé un acte par lequel ils se sont soumis d’en passer par mon avis, sur lequel intervicndroit arrêt du conseil qui autoriserait le règlement que je ferois, comptant qu’au cas qu’il survienne quelques diOicultés dans l'exécution, je les réglasse. L’acte qu’ils ont passé est sans restriction. Tous les olhciers avoient des contestations et des prétentions les uns contre les autres. M. Pussort a apostillé de sa main le projet de ce règlement que je lui avois envoyé.