ACTE lit
Philippe, sùr ou de se venger de la fierté des Romains, ou d’avoir un prétexte d’exclure Demetrius, appelle ses deux enfans, leur fait le caractère de la tyrannie, de la politique et de la domination de Rome, les fait eux-mêmes arbitres de leur sort , et veut que la couronne soit la recompense de celuy qui le défera de Quintius et de ce qu’il y a de Romains en Macedoine. Demetrius se révolté à cette proposition , représente l’infamie de celte action , s’offre de venger son pere à la tète d’une armée, mais proteste qu’il n’achetera jamais le trône par une lâcheté. Philippe, irrité de cette générosité, se retire en lui reprochaut sou peu d’amour pour sa patrie et sa honteuse alliance avec ses ennemis. Demetrius, qui n’avoit jamais pu pénétrer dans les sentimens de Persée, le sonde sur cette proposition; celui-ci, sachant ce qu’il a dans l’âme, luy répond assez secbement.
L'emulalion cause entre eux de l'aigreur ; ils se séparent apres quelques paroles un peu £crcs de part et d’autre. Persée, demeuré seul, admire malgré lui la générosité de son frere. Mais sans doute la passion violente qu’il sent pour le trône l’auroil emporté dans son cœur, si Porus ne lui eôt donné de l’horreur d'un coup si lâche et ne luy eût fait esperer que l’indignation du roy contre Demetrius feroit pencher la balance de son côté. A peine est-il entré dans ces sentimens genereux, qu’Euphorbe et Didas, qui voyent leur perte assurée dans l’elevation de Demetrius, qui avoit sujet de ne les aimer pas, viennent le tenter et luy oflirir un secours d’amis tout dévoués à le servir pour l’elever au trône. Ce prince accepte leurs services, pourvu que le crime n'y soit pas attaché. Ces deux ministres ensuite, prenant le crime sur eux, prennent aussi ensemble des mesures pour perdre Demetrius dans l’esprit du roy.