FERONT LA HARANGUE A MONSEIGNEUR LTNTENDANT
M. Pierre Fali.ocx.
) M. François Detois.
M. deLouvois m’a mandé, le 7 septembre 1688, que le roi jugeoit à propos de faire sortir les femmes dont les maris sont convertis des maisons religieuses où elles ont été mises, pour les enfermer dans les séminaires des nouvelles catholiques; je lui ai envoyé un mémoire des noms des femmes qui sont dans ce cas.
Ayant mandé à M. de Louvois que la dame de la Guiménière, depuis son retour en Poitou , détourne les nouveaux convertis de faire leur devoir de catholiques, il m’a écrit, par sa lettre du 9 septembre, que l’intention de Sa Majesté étoit que je la lisse conduire au port le plus voisin pour y être embarquée, et que je lui fasse faire défense de rentrer dans le royaume sur peine de la vie.
Le 1 1 septembre 1 688, j’ai envoyé à M. de Louvois une copie de la délibération que les habitans de Saint-Maixent ont prise pour l’établissement d’un hôpital à Saint-Maixent, avec un projet de lettres patentes pour ledit établissement, M. le duc Mazarin ayant offert 8,000 pour faire les bâtimens dont on aura besoin et pour acheter des meubles.
Le 20 septembre, j’ai mandé à M. de Louvois que j’avois eu avis qu’il y avoit, dans les gardes du roi d’Angleterre, un nommé Pierre Phibppon, natif de Chûtellerault, dont il falloit se défier; qu’il avoit un zèle pour la religion calviniste qui le rendoit capable de tout entreprendre, ayant dit souvent, à Chûtellerault, pendant qu’il y étoit, qu’il se sacrifieroit volontiers pour elle. Il est d’un naturel féroce et intrépide. J’ai su que deux de ses beaux-frères, habitans de Châtellerault, jugent, par les lettres qu’il leur écrit en termes embarrassés et ambigus, qu’il avoit quelque mauvais dessein, dont j’ai cru devoir informer M. de Louvois, l’avis me paroissant trop important pour être négligé.
Madame de Villeneuve et mademoiselle Foucault, mes sœurs, sont venues me voir en Poitou, où elles sont demeurées jusqu’au mois de novembre 1688.
Au mois de septembre, j’ai fait un voyage à la Rochelle et à llochefort avec mes sœurs, où nous avons été parfaitement ré-
gales par M. Begon', et par M. Millet*, gouverneur de la Rochelle’.
La cour a pris le parti de faire sortir du royaume les religionnaires, ce qui a dépeuplé des provinces. On en a embarqué un grand nombre à la Rochelle , où ils ont été reçus par leurs frères avec des acclamations extraordinaires. On avoit commencé par les désarmer.
Le i6 octobre 1688, le roi a rendu une ordonnance pour obliger les nouveaux convertis, depuis cinq ans, de faire porter leurs armes chez le magistrat , consul ou échevln, à peine des galères. — Vid. l’ordonnance qui est ci-jointe. — M. de Vérac les a fait mettre dans des maisons particulières; il falloit les faire porter dans les hôtels des villes les plus prochaines où elles auroient été conservées. D’ailleurs, l’ordre n’ayant pas été tenu secret, il ne s’est trouvé que très-peu d’armes et en mauvais état chez les rellglonnaires. ■
Au mois d’octobre, j’ai fait un voyage à Rochefort pour prendre, avec M. Begon , intendant de la Rochelle , des mesures pour empêcher les nouveaux convertis de sortir du royaume.
Le 3 O octobre, ma femme est accouchée d’une fille à Poitiers; M. le chevalier de Jassaud et madame du Gué ont été parrain et marraine ‘.
Mon père avoit eu dessein, au mois d’octobre, de retirer mon fils du collège de Clermont et de l’envoyer dans le collège Mazarin ; mais, lui ayant représenté les inconvéniens de ce changement, il s’est rendu à mes raisons.
M. de Louvois m’ayant mandé que le roi désireroit qu’on établit dans les provinces des régimens de milice, surtout dans les provinces maritimes, pour servir à la défense des côtes, et où il conviendroit , et que j’eusse à lui mander ce qu’on pourroit mettre de soldats sur pied en Poitou, je lui mandai, le i3 novembre 1688, que cette vue
‘ Michel Begon , intendant de la marine cl de la généralité de la Rochelle; mort en 1710.
' Guillaume Millet de Jeurs, lieutenant général de Brouogc et des pays d'Aunis, de la Rochelle et îles voisines; mort en 1690.
^ Une répétition, identique pour le reste, ajoute : * M. Amoul noua a bien ré- • galés à Rochefort. >
* Foucault a déjà indiqué la naissance de cette fille, le a g octobre de l’année précédente, en lui assignant les mêmes parrain et marraine.
étoil très-bonne et que l’onpourroit mettre en régiment 6,000 hommes d’infanterie, et tous anciens catholiques, mais que, pour le savoir avec plus de certitude, il faudroit ordonner aux maires des villes et aux syndics des bourgs et villages d’envoyer un état exact des noms, de l’ége et de la qualité des personnes qui peuvent porter les armes dans chaque paroisse; mais que, pour tirer le fruit que le roi attend de ces levées, il seroit nécessaire d’envoyer des cadets des compagnies que le roi entretient, pour dresser ces nouveaux soldats, n’y ayant point de gentilshommes et très-peu d’anciens officiers qui soient capables de les instruire. Les villes pourroient fournir 3, 000 hommes qui, pour la plupart, ont des fusils, mousquetons ou hallebardes; mais les paysans n’en ont point.
A l’égard de la cavalerie, il seroit plus difficile d’en lever, n’y ayant que les gentilshommes et les officiers qui aient des chevaux.
Le roi a rendu une ordonnance * pour la levée de milices dans le royaume, où le Poitou est employé pour un régiment de i5 compagnies de 5o hommes chacune, ce qui fait 760 hommes. L’élection de la Rochelle, qui fait la neuvième du Poitou, y a été comprise pour une compagnie et demie, sur la représentation que j’en ai faite, quoiqu’elle ait un intendant particulier.
J’ai proposé à M. le chancelier Boueberat la personne de M. Fileau, avocat du roi , pour remplir la charge de professeur en droit François dans l’université de Poitiers; je l’ai installé. — Vid. le discours suivant.
DISCOURS PRONONCÉ DANS L'UNIVERSITÉ DE POITIERS LE a 4 NOVEMBRE l688,