‹ Mémoires de Nicolas-Joseph FoucaultChapitre 59 sur 105 · JOUR DE L’INSTALLATION DE M. PILEAÜ · texte numérisé non relu

JOUR DE L’INSTALLATION DE M. PILEAÜ

Vous avez pu connoître, parla lecture des lettres qui viennent de vous être présentées , les intentions du roi sur le fait de l’établissement d’une chaire de professeur en droit françois dans l’université de Poitiers. Rien ne peut mieux vous faire comprendre combien Sa

' Règlement du ag novembre 1688.

Majesté a à cœur de voir fleurir l'étude de ce droit dans votre université que le choix qu’elle a fait de M. Fileau pour l’enseigner. 11 en a puisé les connoissances dans une source de lumières qui a éclairé, pendant une longue suite d'années, le barreau de Poitiers et vos écoles, et la mémoire de feu M. Fileau sera aussi longtemps honorée à Poitiers que les ouvrages qu’il a laissés au public y seront lus [et] estimés. C’est donc un présent que le roi vous fait lorsqu’il vous donne l’héritier de l’esprit et de la capacité de ce digne avocat du roi , pour remplir une chaire qui demande un homme consommé dans la connoissancc de l’un et l’autre droit, de toutes les parties du droit françois, ce qu’il a si bien pratiqué dans le parquet; et ses leçons auront d’autant plus de poids qu’il les aura tirées de la jurisprudence déjugés instruits dans un siège qui connoît et [aime également]* la justice.

.\insi , Messieurs , le roi a lieu d’espérer de l’heureuse alliance qui se fait aujourd’hui entre le droit françois et la loi civile qu’elle produira de parfaits magistrats, et que les ofliciers qui seront reçus à l’avenir dans les charges y entreront tous instruits de ce qu’ils doivent savoir, ce qui ne s’apprenoil autrefois que par une longue pratique, souvent aux dépens des justiciables et au grand préjudice de la justice.

A l’ouverture des séances du présidial de 1 688 , le sieur de Razes, lieutenant général, a fait un discours dans lequel on m’a averti qu’il avoit avancé des propositions qui ont scandalisé ses auditeurs, entre autres que l’on ne pouvoit pas douter que le roi ne fût le chef visible de l’église gallicane, et parlant ensuite du pape, qu’il n’avoit retenu de la succession de saint Pierre que le seul nom de sainteté. J’en ai informé M. le chancelier et M. de Louvois, qui m’ont écrit de lui faire une réprimande

Au mois de novembre, il a couru un bruit à Paris quej’avois été

' Dcui mob presque illisibles. Ce dis* cours n'esi qu’en brouillon, el U esl difli* riic de le rétablir absolument.

’ I\éf/€Ulion < Le. . novembre 1688. le

• sieur de Haies, lieutenant général, a fait

• l'ouverture des audiences, et dans sa ba

• ranguo a avance des propositions héréti-

• queset injurieuses au pape.ee quia scan-

fort blessé par des gens de la religion. M. l’arcbcvéque de Paris l’a dit à mon père.

M. de la Hoguette, évêque de Poitiers, [avoit] prétendu assembler la noblesse huguenote, sur les ordres du roi qui m’ont été adressés, et les exhorter à changer de religion ; mais j’ai soutenu que cela m’apparlenoit; son départ pour Sens, dont il a été nommé archevêque, a fini le différend. Ma prétention étoit la mieux fondée. Cela e.st arrivé au mois de novembre iG88‘.

Le roi a envoyé des commissaires du conseil à Poitiers en 1688, pour la réformation de la justice et la recherche et punition des crimes que les juges ordinaires ont laissés impunis — Le mémoire est ci-joint.

MM. les commissaires du conseil envoyés pour la réformation de la justice en Poitou sont arrivés à Poitiers le 1 o décembre 1 688, et sont venus souper chez moi, où étoient MM. de Fieubet, Bignon, de Marillac et l’abbé Pelletier, conseillers d'état, de Marie, Mélian, Larcher, d’Herbigny, maîtres des requêtes, et La Briffe, aussi maître des re- 'quètes et procureur général, et M. Bignon fils, substitut.

Ils ont été trois jours à attendre les officiers et ministres de la chambre et leurs domestiques, les eaux s’étant trouvé débordées dans toutes les rivières et les ruisseaux depuis Limoges jusques à Poitiers.

Le lundi i3, tous les commissaires se sont rendus au palais dans la chambre du conseil que j’avois fait pré|)arer sur les dix heures, et M. de Saillant, évêque de Poitiers, ayant fait avertir qu’il étoit en état

• dû)i$é son auditoire. Ten ai donné avi.sà

• M. de Harliiy » archevêque de Paris, mais

• il n*a pas jugé à propos d’en parler au « roi. •

' Erreur probable de date. M. de la Hoguette avait quitté le siège de Poitiers pour celui de Sens depuis i665. L'évêque de Poitiers, en 1688, était M. de Saillant.

* « Le roi a nommé MM. de Fieubet, «Bignon, MariUac et l'abbé Pelletier, con- « seiliers d’état, MM. de Marie, d'Arnolon,

• de Caumartin, de Maupeou d'Ableiges.

«d'Ormosson, de Soisy, d'IlcrbigoY et

■ Larcher, qui sont maîtres des requêtes ,

• pour aller tenir les grands Jours en Poi*

• tou, .Auuis, Saintonge, .Angoumois, Pé

• rigord et Limousin. M. d’Arnolon n'ira

• point, parce qu'il fait U visite des forêts «de Monsieur; M. Mélian ira à sa place.

■ M. de Fieubet est président de la coui>

■ mission.» [Journal de Üangeau, 8 août 1&88.)

de célébrer la messe, tous MM. les commissaires sont sortis de la chambre en bonnet carré et en ordre, et ont passé entre deux haies de peuple , retenu par des archers du prévôt de l’Ile * et ceux du prévôt provincial de Poitou, pour se rendre à la chapelle qui étoit tapissée et dans laquelle il avoit été mis un tapis de Heurs de lis depuis le sancttiaire jusqucs à la porte. 11 y avoit, à la droite en entrant, un grand pupitre sur lequel étoit M. de Fieubet, ayant un carreau de velours noir avec un galon d’or; derrière lui et sur la même ligne étoient les trois autres conseillers d’état et M. Larcher, maître des requêtes. A la gauche étoient MM. de Marie, plus ancien maître des requêtes et garde des sceaux, de Creil, Mélian, Foucault et d'Herbigny, ayant tous des carreaux. M. le procureur général avoit un banc derrière tous les commissaires, entre les, deux rangs, et un carreau, et derrière lui étoit un autre banc où étoient les substituts, les greffiers et les sieurs Boucot et. . . secrétaires du roi, et deux huissiers du conseil avec les huissiers des requêtes de l'hôtel et autres ministres de la chambre.

Au haut siège étoient les chanoines réguliers de l’abbaye de la Selle, qui commencèrent la 'cérémonie par le Domine salvam fac regem. M. l’cvèque étant arrivé à l’autel ayant sa chasuble, la crosse en main et la mitre en tète , salua M. le président et ensuite toute la compagnie, et dit l’oraison pour le roi; après quoi il célébra une messe basse, après laquelle il donna la bénédiction. Etant descendu de l'autel, il salua M. le président et toute la compagnie, et l’on se retira, dans le même ordre qu’on étoit venu, dans la chambre du conseil. M. l’évêque avoit été convié de venir prendre sa place dans la chambre par M. de Fieubet, de la part de la compagnie, mais il le remercia. On lui auroit donné place au-dessus du doyen des maîtres des requêtes. 11 n’y a point eu de remerciement, en forme

' AbrêvialioD pour prévôt de l'ile de France. Ce personnage el le prévôt prO' vincial de Poitou étaient l'un el l'autre des prévôts des maréchaux, cliergés de veiller, avec leurs archers, à la sûreté pu>

blique. Ceux du premier accompagnaient les commissaires envoyés en Poitou pour la réformation de la justice.

* Nom resté en blanc dans le manuscrit.

de compiimcnt, de la part de M. de Fieubel à M. l’évêque. La séance, qui n’a été que d’une demi-heure dans la chambre du conseil , a été employée au rapport d’un procès qui n’étoit pas instruit et que l’on a seulement retenu.

Les commissaires se sont retirés du palais dans le même ordre qu'ils étoient venus, et ont été dîner chez M. de Fieubet, qui les en avoit conviés.

Le i8 décembre, j’ai été au palais pour assister au Jugement du sieur de Fontenelle, qui a été condamné k avoir la tète tranchée, pour avoir tué son frère et deux archers qui se mettoient en devoir de l’arrêter. Le meurtre de son frère n’etoit pas prémédité.

Le a a , nous avons condamné un paysan à être pendu , pour meurtre , et un autre aux galères pour neuf ans, pour avoir tué son frère dans la colère et sans préméditation.

Le même jour, nous avons entériné deux lettres de grâce pour des homicides involontaires.

M. de Louvois m’a envoyé, le ay décembre 1688, une ordonnance du roi , pour faire saisir les biens situés dans son royaume appartenans aux Hollandois ou à ceux qui les assistent*.

Au mois de décembre 1688, le roi a mis à quarante maîtres les compagnies de cavalerie et de dragons.

Le dernier décembre 1688, j’ai mandé à M. de Louvois qu’il étoit nécessaire d’entretenir des missionnaires en Poitou pendant 1689, comme il avoit été fait pour 1688; que ces missionnaires ont fait beaucoup de fruits , mais que leur moisson n’est pas achevée.

M. Le Pelletier ayant inspiré au roi d’établir des magasins de blés ' dans les provinces, pour empêcher les peuples de souffrir de la disette dans certaines années , j'ai reçu ordre d’examiner en quels endroits on pourroit faire ces établissemens, et ai proposé Liiçon, Maillé et Niort. Les marchands de blé que j’ai consultés sur la quantité de blés qui pouvoient sortir de la province, année commune, sans que les

' Louis XrV «vait déclaré la guerre aux Uollandaù le 3 décembre.

peuples en souffrent, m’ont assuré qu’on pouvoit compter sur trente mille tonneaux. Cette vue, qui aimoit été si utile aux peuples, n’a pas été suivie, par les diiScultés qui s’y sont trouvées, dont la principale est que les blés ne sont pas de garde en Poitou, ne pouvant passer deux ans. Il faudroit détruire un grand nombre de moulins sur les rivières de Charente et de Sèvre. Le sieur Le Prévost avoit été

envoyé parM. Le Pelletier pour travailler à l'établissement de ces magasins, qui auroient coûté trop d’argent. La rivière de Charente n’est pas navigable pendant l’été.

Le roi ayant voulu faire établir des magasins de grains dans quelques endroits du Poitou , j’ai mandé à M. Le Pelletier qu’il y avoit un obstacle insurmontable à l'exécution de ce dessein : c’est que les blés ne se gardent point en Poitou , la vermine s’y mettant au bout d’un an et souvent plus tôt, suivant les saisons; les seigles y sont moins sujets que les fromens.

J’ai reçu un arrêt du conseil avec une lettre de M. Le Pelletier, concernant la jauge des vaisseaux à mettre les boissons, pour faire un règlement. — {Vid. la lettre et l’arrêt.)

M. de Louvois, dont la mort de M. Colbert n’avoit pu éteindre la haine qu’il lui avoit portée pendant sa vie, ne laissoit échapper aucune occasion d’en faire ressentir les effets aux personnes qui avoient été attachées à lui; [il] m’a souvent donné des marques de cette rancune. C’étoit d’ailleurs un homme qui se prévenoit aisément et très-souvent mal à propos en bien et en mal.

I.e sieur de l’Orme de la Massaye', qui se faisoit un honneur d’avoir

' La Chronologie historique militaire de Pinard (t. VIII, p. 83] le nomme Henri Amproux, comte de la Massays. Il était entré au service comme lieutenant au régiment de Picardie en 1673, et s’était distingué dans toutes les campagnes jusqu’en 1688, ce qui explique sans doute la faveur dont il fut l'objet de la part de Louvois. Colonel du régiment de l'Ile de

France en 1689, inspecteur général d'infanterie en iGgo, U se trouva à la bataille de Fleurus, au siège do Mons, etc. Nommé brigadier des armées du roi le 38 avril 1694. il fut nommé lieutenant général en bas Poitou, par provisions du 17 mai suivant, après la démission de cette charge donnée le même mois par Alexandre de Baudéan de Para bère, comte

été conduit i l'église par la main de M. de Louvois, et qui au fond n’étoit point converti, avoit deux nièces, nouvelles catholiques, qui étoient ehez une tante qui les élevoil très-mal; ce qui m’obligea de les faire mettre dans un couvent. Le sieur de la Massaye ayant mandé que ses nièces, qui étoient fort jeunes, étoient bien élevées et instruites chez leur tante, et que même il se ebargeroit, si le roi le trouvoit bon, de leur éducation, M. de Louvois, sans s’informer de moi si ce qu’on lui mandoit étoit véritable , me manda d’envoyer ces deux fdles chez le sieur de la Massaye, et, nonobstant les représentations que je lui &s par plusieurs [de] mes lettres, il fallut obéir, et il eut la petitesse de me mander que le roi vouloit que je les envoyasse par un homme A moi , sans que le sieur de la Massaye les envoyât chercher. 11 ne pouvoit pas croire que j’eiissc aucune mauvaise volonté contre le sieur de la Massaye. Je ne le connoissois que comme faisant sa demeure en Poitou, et nous n’avions jamais eu rien à démêler ensemble. M. de Louvois porta plus loin son animosité : il m’écrivit que le roi vouloit que je diminuasse la paroisse de Montchamp, appartenant au sieur de la Massaye, de 5oo** de taille pour 1689, sans aucune connoissance de l’état de cette paroisse, qui avoit été soulagée l’année précédente et qui étoit une des moins chargées de l'élection. En vain je lui représentai que ce que le roi pouvoit faire par grâce, je ne pouvois le faire sans injustice; toutes mes remontrances furent inutiles. Pour mettre le comble à ses préventions en faveur dudit la Massaye, il obligea M. le comte de Parabère, homme de grande naissance et de service, de se défaire de sa charge de lieutenant de roi du bas Poitou, en faveur dudit la Massaye; et ce qui paraîtra plus surprenant, c’est qu’il s’adressa à moi pour engager M. de Parabère à demander la permission de se défaire de sa charge, sous prétexte qu’il étoit du service du roi qu’il n’y eût qu’un lieutenant de roi dans le Poitou ; et

de Ptrdaillan, lieutenant général des arméei du roi. Le comte de la Mauaya continua à aervir dan> lea annéea d'Italie et de Catalogne; il ae démit de aon régiment

en i6g8, et ae relira en Poitou, où il mourut au mois de janvier 1 706, possédant encore la charge de lieutenant général du bas Poitou.

M. de Vérac, qu’il avoit aussi mis sous sa protection, étoit lieutenant de roi en haut Poitou.

Ayant fait informer par mon subdélégué de Thouars contre un sergent de Saint-Loup accusé d’un nombre infini de concussions, nommé de Poix, il s’est pourvu au parlement de Paris, qui a ordonné que les charges et informations seroient apportées, ce qui a été fait, n’y ayant point de partie civile. J’ai fait casser cet arrêt par un arrêt du conseil et renvoyer l’accusé devant moi pour continuer son procès. J’ai fait signifier cet arrêt à M. le procureur général du parlement, qui a cessé ses poursuites. J’avois envoyé cet arrêt et écrit à M. le procureur général , qui m’a répondu fort honnêtement.

Le roi ayant déclaré la guerre aux Hollandois, mille chevaux ont été envoyés en Poitou en quartier d’hiver.

Au commencement de 1 689, le roi a fait fondre toute l’argenterie qui lui étoit inutile', et les courtisans, pour faire leur cour, ont envoyé leur vaisselle d’ai^ent à la Monnoie.

On a pensé à l’ambassade de Constantinople pour moi au commencement de cette année, mais le roi ne l’a pas voulu pour des motifs qui me sont honorables

Le i4 janvier 1689, M. Le Pelletier m’a écrit que j’eusse à faire surseoir les ouvrages des ateliers publics, le roi ayant jugé plus à propos d’employer ce fonds à des dépenses plus pressantes et plus utiles pour le bien de l’Etat.

Le 1 7 janvier 1 689, M. de Seignelay m’a mandé que, le roi désirant faire travailler aux fortifications des îles d’Oleron et de Ré, àBrouage

' C'est le 3 décembre 1689 seulement que Louis XIV prit la résolution de faire fondre son ar^nlerie. La date la plus ancienne des récépissés de la Monnaie est du 1 a décembre 1 68g , et la plus récente du 19 mai 1690. (Voy. Journal de Dangewi, t. III, p. 33.)

* Répétition : ■ M. de Croissy a parlé au • roi de l'ambassade de Constantinople pour

■ moi , mais Sa Majesté a dit que je lui étois «nécessaire dans les provinces de son «royaume. Elle vaqnoit par la mort de

■ M. Girardin. >

DE NICOLAS-JOSEPH FOUCAULT, et à Rochefort, Sa Majesté désire que j’envoie à M. Begon les ouvriers du Poitou dont il aura besoin. M. Begon m’a écrit sur le même sujet.

Tétois intendant en Poitou, où ayant reçu plusieurs dégoûts de la part de M. Louvois qui étoit ennemi déclaré de tous les amis de M. Colbert et de ceux qui étoient attachés à sa famille, je priai M. de Seignelay de me tirer de Poitiers ; il a obtenu du roi de m’envoyer à Caen.

Le 2 5 janvier, il m’a été expédié une commission d’intendant un la généralité de Caen, à la place de M. de Gourgties.

J’ai entretenu un commerce d’amitié intime avec M. le comte de Pardaillan, lieutenant général du bas Poitou, pendant que j’ai été intendant de la province. C’étoitun Irès-honnéte homme, que M. de Louvois n’aimoit pas et qu’il a bien maltraité pour favoriser M. de Vérac, lieutenant général du haut Poitou.

J’avois proposé à M. de Louvois de faire travailler à la carte géographique du Poitou; mais M. de Louvois m’a répondu qu’il n’y avoit que trop de cartes des provinces du royaume, dont les ennemis pourroient dans les temps tirer plus d’avantage que nous.

M. de Louvois m’a écrit, le 2 février 1 689, que le roi avoit nommé M. de Ribeyre pour me relever en Poitou, etqu’après l’avoir informé de l’état des affaires de cette province j’irois prendre possession de l’emploi que Sa Majesté m'a accordé. M. Le Pelletier m’a mandé la même chose le 5 février, ajoutant, par sa lettre du 10 février, qu’il est nécessaire que je me rende incessamment à Caen, parce que les mouvemens des troupes qu’il doit y avoir dans peu de temps y requièrent indispensablement ma présence; que, si je viens à Paris, il faut que ce soit en poste et y faire peu de séjour. C’est dans ce temps que le prince d’Orange passa en Angleterre, et que M. de Louvois crut qu’il venoit faire une descente sur les côtes de Normandie'.

' La phnue de Foucault ejt rédigée de edt des doutes sur l'espédition pour lamsniére i faire preodre le cliaoge sur ce quelle le prince d’Orange s'était embarqu’il veut dire. Il semblerait que Louvois qué , et qu’il craignit qu’elle ne fût dirigée

M. le chancelier Boucherai m’a aussi mandé ce changement d’intendance et M. de Châteauneuf.

Le 1 9 février 1 689 , la faculté de droit de l’université de Poitiers est venue me complimenter sur mon départ de la province, M. Razes, doyen, portant la parole en latin. J’y ai répondu. — (Kid.le discours.)

« Quod me, viri clarissimi, ex hac provincia discedentem vestro < dolore prosequimini, id vero mihi perhonoriGcum esse censeo;

• imo, si verum dicere liccat, aliqua etiam ex parte debilum. Non

• quidem ob egregias illas dotes, quas, amore potius quam judicio

• ducli, in me agnoscitis, sed ob eam potissimum rationem, quod et

• litteras scmper amaverim, et litteratos, quo in numéro principem « locum obtinelis, maximi fecerim, summoque studio complexus « fuerim. Vicem itaque rependitis, si doctorum hominum fautorem a egregium, maximumque admiratorem , docti homines, non sine ali-

• quo dolore amittitis. Verum dabo operam ne omnino amittatis: a nam , etsi me regia jussa modo e conspectu vestro eripiunt , at certe a nihil vos ex animo mco deinceps auferet. Sed qiiœ me cumque a tellus habcbit, profeclo habebit et vestri memorem et uniuscujusque a vestrum inservire commodis cupicntem. >

J’ai fait cette réponse , à la faculté de droit de l’université de Poitiers, au discours que le sieur Razes, leur doyen, m’a fait sur mon départ de Poitiers, le 19 février 1689.

J’ai passé par Rouen pour aller à Caen. M. Chamillart m’y attendoit; il m’a donné beaucoup de mémoires sur la généralité, qu’il connoissoit mieux que- celle de Rouen. J’ai vu aussi M. de Ris, premier président.

Je suis arrivé à Caen le 7 mars 1689. M. de Gourgues, mon prédécesseur, m’y attendoit chez M. l’évêque de Bayeux, fort impatient

contre la basse Normandie. Le rapprochement des dates montre qu'il n'en peut être ainsi : le prince d'Orange débarqaa en Angleterre le i5 novembre 1688; on ne pouvait donc douter, le 10 février sui-

vant, du but de son expédition ; mais 00 pouvait craindre qu'il n'en projelét une autre contre la basse Normandie, et c'est sans doute Ut ce que Foucault a voulu dire.

DE NICOLAS-JOSEPH FOUCAULT, de mon arrivée. Nous eûmes le soir une conférence d’un quart d’heure, et le lendemain nous la reprîmes pendant une heure, assez superficiellement, sur les affaires de la généralité. Il n’a pas réussi dans cette intendance L

Les gros meubles que j’ai laissés à Poitiers ont été vendus à M. de Ribeyre 2,106”.

J’ai été visité, harangué et complimenté par tous les corps et par la noblesse de Caen.

Le 8 mars 1689, l’université de Caen m’est venu complimenter sur mon arrivée à Caen, le recteur portant la parole. J’ai répondu à son discours. — {Vid. le mien en latin; il est ci-joint.)

■ Quæ mihi ultro defertis academiæ vestræ officia mallem equidem > meritus impetrasse quam gratus admittere. Vestram tamen comi- « tatem in me tantam sequar certc beneficirs quibus non licuit ante-

• vertcre. Sane inter præcipuas provinciæ meæ curas illam semper «esse duxi, ut impense faverem litteris et litteratis hominibus. Vos « igitur, quonim tam celebris est ac pervagata fama doctrinæ, sic < vobis persuadeatis velim daturum me operam, ut me ordinis vestri

• perquam studiosum ac plane academicum intelligatis. »

J’ai répondu ce discours à celui de l’université de Caen, le 8 mars 1 689.

Le 1 4 mars, j’ai pris place dans l’académie de Caen, qui n’étoit pas encore établie par lettres patentes ; elle étoit tenue chez M. de Segrais. Je fis un discours auquel il fut répondu par le directeur.

M. Le Pelletier m’a mandé que le roi désireroil tirer des secours des villes de la généralité de Caen pour subvenir aux dépenses de la guerre. Je lui ai proposé, par ma lettre du 1 7 mars 1 689, d’augmenter

’ Répétition : «Je me suis abouché en < passant à Rouen , au mois de mars , avec <M. Chamillart, intendant à Rouen, sur

• les affaires do la généralité de Caen , où «il a été élevé, M. son père y ayant été

• intendant pendant six années.

« Je suis arrivé à Caen le 7 mars à neuf

• heures du soir, où M. de Gourgues m'at-

• tendoit. Comme il vouloit partir le len-

• demain pour Paris, nous ne pûmes con- ■ férer sur les affaires de la généralité que

• pendant une heure. «

les droits sur les cidres pour un temps, savoir d’un ccu sur chaque tonneau, ce qui monteroit à 3o,ooo^ par an, dont les fermiers des aides pourroient faire l’avance, les octrois de la ville qui montent à i4^iOOO** étant épuisés par les charges.

Le 2 5 mars i 689, j’ai visité les fortifications des côtes, dont je lui ai rendu compte. Je lui ai proposé de mettre deux frégates en mer pour donner la chasse à un grand nombre de câpres ’ sortis de Flessingue, qui sont présentement dans la Manche et qui troublent le commerce de Normandie et de Bretagne.

Le a 8 mars, j’ai mandé à M. de Châteauneuf que la demande que [les échevins de Caen] faisoient au roi de la maison du sieur de Brieu, religionnairc qui a quitté le royaume, pour en faire un hôtel de ville , me paroissoit très-favorable , n’y ayant point de lieu à Caen pour tenir les assemblées publiques. Ce sieur de Brieu étoit ministre à Caen et avoit épousé la fille de Dubosc, fameux ministre de la même ville. Ils ont tous deux passé en Hollande avec leurs familles. Brieu a laissé un frère à Caen, qui a plus de cinquante mille écus de bien.

La maison que demandoient les échevins de Caen vaut i5,ooo** et étoit louée 35o

Faisant la visite des élections , j’ai passé par Thorigny où j’ai été rendre visite à M. de Matignon , lieutenant général de la province et beau-frère de M. de Seignelay’.

Suivant les ordres que M. de Gourgues avoit reçus de lever un • régiment de milices, j’ai repris ses erremens et y ai trouvé beaucoup de difficultés, chacun cherchant les moyens de s’exempter de ce service, au point qu’une femme m’ayant donné plusieurs raisons toutes mauvaises pour empêcher son fils d’ètre enrôlé, et voyant que je n’y

' C'était le nom donné aux navires armés en course.

' Jacques Gojon , troisième du nom, sire de Matignon et de la Roclie-Goyon , né en i644, lieutenant général des armées du roi et de la province de Nor-

mandie; mort en 1736. Se nièce, Catherine-Thérèse Goyon, avait été épousée en secondes noces, en 167g, par Jean Baptiste Colherl , marquis de Seignelsy. M. de Matignon n'était pas beau-frère de M. de Seignelay , mais son oncle par alliance.

avois point d'égard, elle se récria: « Eh bien, Monsieur, puisque ces «raisons ne vous persuadent point, je vous déclare que mon fils est « bâtard, et, le roi ne voulant point de bâtards dans ses troupes, vous « devez me le rendre. » Elle prit en même temps plusieurs paysans de son village à témoin de la vérité du fait qu’elle avançoit.

M. de la Hoguette', lieutenant des mousquetaires, commandoit cette année sur la côte de Normandie. M. Le Pelletier, contrôleur général, lui écrivit au mois de mars de me proposer l'acquisition de la charge de président au grand conseil, vacante par la mort de M. Barentin. Ces charges étoient fixées à 35,ooo**, et, comme ce prix est modique, on l’a augmenté de 10,000**.

Au mois de mars 1689, M. de Louvois m’a envoyé deux lettres, l’une prétendue écrite par le sieur de Bellefontaine , gentilhomme demeurant à Bayeux, nouveau converti, à la femme du nommé Jue, orfèvre de Caen, par laquelle il lui mande qu’elle prenne courage et que le prince d’Orange vengera dans peu les religionnalres des tyrannies qu’on leur fait ici, et l’autre adressante à M. l’archevêque de Paris par le nommé Montagny, qui lui envoie la lettre dudit Bellefontaine.

J’ai été commis par arrêt du conseil pour faire le procès aux auteurs de ces lettres. — (Fid. le procès.)

Au mois de mars 1689, ayant été averti que les religionnalres du côté d’Athys et de Condé-sur-Noireau, qui sont près de trois mille dans l’espace de cinq à six lieues, s’asscmbloient au nombre de deux cents, trois cents ét jusques àquatre cents, j’ai proposé à M. de Louvois d’envoyer une compagnie de dragons pour les contenir, et j’ai fait arrêter trois personnes accusées d’avoir prêché dans ces assemblées.

Les religionnalres se sont assemblés sur la fin de mars du côté de . . . . . J’y ai envoyé des dragons, qui leur ont donné l’épouvante , et cela n’a pas eu de suite.

' Charles Fortin, marquis de la Ho- de mousquetaires; il fut blessé mortelguette, depuis lieutenant général, capi- lement à la bataille de la Marsaille, en laine-lieutenant de la première compagnie iGgS.

Au mois de mars i68g, M. de Louvois m’a renvoyé un mémoire qui lui Bvoit été adressé sur la conduite de MM. le comte de Fiers et de la Forest frères, surtout par rapport à la religion. Je lui ai mandé qu’ils étoient tous trois fort zélés pour la religion prétendue réformée et môme dangereux; que le comte de Fiers avoit été mis à la Bastille, s’étant trouvé impliqué dans l'affaire du chevalier de Rohan, et que, faute de preuves suffisantes, il avoit été mis en liberté ; qu’un de MM. de la Forest avoit été mis dans le cbiteau de Caen pour fait de religion , et que j’estiinois qu’il étoit à propos de les éloigner de la province.

Au mois de mars, j’ai envoyé ma fille Henriette, de Poitiers, à l’abbaye de Saint-Jean.

Au mois de mars i68g, le curé du Mesnil-Bonand, diocèse de Coutances , a été mis , par ordre du roi , dans les prisons de Coutances , pour avoir reçu dans sa maison un homme accusé de quelques maléfices qui regardent la personne du roi, et, comme ce fait n’a pas été prouvé, il a été mis en liberté.

Le 1 5 avril , M. de Vauban est venu par ordre du roi en basse Normandie pour visiter les ouvrages des câtes. Je lui ai fait voir le château de Caen et le tour des murailles de la ville, qu’il a trouvées en mauvais état. C’étoit im véritable Romain ayant’ la patrie. C’est le premier homme que nous ayons eu pour les fortifications et l’architecture militaire. 11 a fait un livre pour l’établissement d’une dime royale ; elle a été établie quelques années après sa mort, mais sans diminution des autres impositions, contre l’esprit de l’auteiu'*.

Le 3 6 avril, nous avons assemblé à Caen la noblesse. Le seul bailliage de Caen a fourni plus de raille cinq cents gentilshommes, les uns bien, les autres mal montés, plus de cinq cents à pied. On en a fait un détachement de trois cents qui, avec trois cents qu’on tirera des deux autres bailliages de basse Normandie, feront un corps de six cents gentilshommes destinés pour la garde des câtes, avec les

moiru, t III, p. 3g5 de l'édition in-ii donnée per M. Chéruel.)

' Sic; e»t-ce pour

' Saint-Simon dit U même chose. ( â/é-

deux réglmens de milice qui nous doivent venir de Poitou et de Champagne , et un régiment de troupes réglées.

Au mois d'avril , M. de Matignon a fait assembler la noblesse pour marcher sur la côte. Il a choisi trois cents gentilshommes pour servir et se tenir prêts à marcher à cheval et marcher au premier ordre; mais la noblesse est si fort épuisée d’argent et obérée, que j’ai été obligé de leur donner des provisions surleiurs revenus saisis, suivant un arrêt qui m’en a donné la permission*.

J’ai passé quinze jours à Vire pour y faire habiller, armer et discipliner le régiment de milices de la généralité, et y juger tous les différens que la plus fine chicane peut inventer entre les paysans des paroisses au sujet de ces enrôlemens.

Ce régiment a passé en et ceux de Poitou et de Cham-

pagne sont venus pour garder la côte avec la noblesse normande et un régiment de cavalerie.

Un marchand de boutons, qui étoit chaîné de faire la fourniture des boutons pour le régiment de milices, me demanda s’il y avoit engagement de tenir ce qu’il promettoit. C’est dire qu’il n’y a que l’écrit qui oblige les Normands. Us ne se piquent pas d’honneur.

J’ai fait la levée du régiment de milices de Fontenay, composé de douze compagnies, qui s’est trouvé si beau et capable de servir, qu’il a été commandé pour marcher hors de la généralité et servir en campagne, au mois d’avril 1689.

Au mois d’avril , j’ai fait partir le régiment de milices que j’ai levé dans la généralité de Caen , composé de neuf cents hommes faits , de vingt à trente ans, pour la Guyenne, et on a envoyé à Caen celui de Poitou.

M. le contrôleur général m’a écrit, au mois d’avril, pour porter les habitans de Caen à aider le roi de quelques sommes dans la conjonc-

’ Répétition : • Le roi a envoyé des

• ordres h M. de Matignon pour faire mar-

• cher la noblesse sur la côte. L’arrière-

• ban sera composé de six cents gentils-

I hommes choisis. Je leur ai donné des « provisions sur leurs biens saisis pour les • mettre en état de servir, la plupart étant « obérés. 1

liire présente. Je leur ai conseillé d’offrir une augmentation sur leurs octrois, et en même temps j’ai fait connoître à M. Le Pelletier que cette augmentation accableroit la ville, pleine de bonne volonté. Il m’a répondu que le roi éloit content de leur zèle et ne vouloit point faire d’augmentation sur leurs octrois.

M. Le Pelletier, contrôleur général , a envoyé des commissaires pour apporter du remède aux fraudes qui se commettent dans la perception des droits d’aides. M. l’abbé Pelletier* est venu dans la généralité de Caen au mois d’avril 1689. On les appeloit des inspecteurs.

Le 2 5 mai 1 689, mon père a fondé un lit à la Charité moyennant une rente de 200**, au principal de 4,ooo**, qui seront employés en rentes sur la ville. Il est stipulé par le contrat de fondation que le malade qui devra remplir le lit sera nommé par mon père, après sa mort par moi et mes descendans mâles, et à leur défaut par les filles, et à leur défaut par mesdames de Villeneuve et par Catherine-Angélique Foucault, depuis le décès de mon père mariée à M. d’Avaray, alternativement. Et, en considération de ce que mon père a abandonné à la Charité les intérêts de ladite rente, constituée dès le 1 5 novembre 1 688, les religieux se sont obligés de célébrer une messe haute des défunts dans leur église après la mort de mon père, et de faire dire une messe basse à perpétuité par chacun an pour le repos de l’âme de mon père et de celle de ma mère, le jour de saint Joseph.

Au mois de juin 1689, j’ai fait planter, sur le bord de la rivière d’Orne, quatre rangées d’ormes, qui y font un très-beau cours. Ha... toises de long.

Le 6 juiUet 1689, j’accompagnai M. de Seignelay à Thorigny. Il m’en coûta deux chevaux de carrosse pour satisfaire son impatience d’y arriver®.

Le 18 juiUet 1689, j’ai envoyé à M. de Louvois les informations

' Conseiller d’état. < mon attelage pour le conduire à Tho-

' Répétition : • M. de Seignelay ayant • rigny ; deux de mes chevaux moururent

« passé à Caen le 6 juillet, je lui ai donné • en chemin pour avoir été trop poussés. •

que j’ai fait faire des violences et désordres commis par les gentilshommes de l'arrière-ban d’Alençon, commandé par M. de la Brizelière.

Le ai juillet iGSg.M. Le Pelletier, contrôleur général des finances, m’a mandé que le roi m’avoit accordé la décharge d’une erreur de 800 ** faite dans le compte que mon père a rendu de quelques effets de la chambre de justice

J’ai chassé un maître d’hôtel que madame Bernard, nièce deM. Coquille , m’avoit donné , pour voleries qu’il m’a faites et dont il a été convaincu, en juillet 1689.

Le 1 4 août, j’ai proposé à M. de Châteaimcuf de donner aux filles de la Providence, étabbes à Ducey, la maison où se tenoit le prêche, ce qui leur a été accordé.

On a créé des augmentations de gages et de rentes sur les tailles au mois d’août^.

On a fait prendre des augmentations de gages aux trésoriers de France, aux présidiaux et aux principaux sièges. Le bureau des finances de Caen en a pris pour a5,ooo**.

M. Ménage ayant appris que j’avois en ma possession les origines de la langue françoise de M. de Caseneuve, prebendier de la cathédrale de Toulouse , m’a prié de les lui envoyer pour les faire imprimer avec les siennes et me les dédier.

Au mois de septembre, j’ai envoyé à M. Ménage les origines de la langue françoise de Caseneuve, qu’il a fait imprimer. Elles m’ont été dédiées par le sieur Simon de Valhébert, après la mort dudit sieur Ménage \

' Ripèlilion : • S'éUnt trouvé une er-

• reur de calcul de 800H dans un compte

• que des commis de mon père ont rendu

■ en son nom , et la chambre des comptes

• ayant voulu faire revenir celte somme au

■ roi, j’en ai écrit a .M. Le Pelletier, qui a

• rendu un arrêt qui l’en décharge. •

’ On appelait augmentation de gages

une addition d'appointements qu’on accordait aux pourvus d’offices, à raison d’un supplément de finances sur le prix desdils offices qui leur était demandé en même temps. C'était, en réalité, un emprunt forcé dont on frappait les fonctionnaires.

’ Voy. notre introduction.

Mademoiselle Foucault, ma sœur, est arrivée à Caen le 3 o août 1689.

Au commencement de septembre 1 689, M. Le Pelletier s’est démis volontairement du contrôle général des finances, et il a conservé sa place de ministre d’état. M. de Pontchartrain , que M. Le Pelletier avoit tiré de la première présidence de Bretagne pour le faire intendant des Gnances , a été nommé contrôleur général.

Au mois de septembre , M. de Pontchartrain , intendant des Gnances, a été fait contrôleur général, M. Le Pelletier s’étant démis de cette place , et fait une glorieuse retraite. Il a eu plus de crédit depuis son abdication qu’il n’en avoit pendant qu’il étoit en place, ayant fait son Gis premier président'; son gendre, M. d’Aligre, président à mortier; M. d’Ai^ouges, son autre gendre, conseiller d’état, et son' petit-Gls d’Argouges, lieutenant civil. Je l’ai fort cultivé depuis sa retraite, et il m’a toujours honoré de sa bienveillance.

Dans le même temps , le roi a donné à M. de Torcy la survivance de la charge de secrétaire d’état de M. de Croissy, son père. M. de Torcy étoit pour lors à Rome. M. de Croissy, qui avoit conservé sa chaîne de président à mortier, a donné sa démission en faveur de M. de Novion, petit-Gls du premier président, et M. de Harlay, procureur général, a été fait premier président, et M. de la Briffe, procureur générai. Je leur ai fait à tous mes complimens.

Mon père s’est donné bien des mouvemens pour me faire avoir l’agrément de la chaîne de président au grand conseil, dont M. de la Briffe étoit obligé de se défaire. Il y avoit beaucoup de concurrence. Le roi l’a donnée à M. Feydeau de Brou, comme plus ancien maître des requêtes, et M. le chancelier Le Tellier^ a dit à mon père que la première vacante m’étoit assurée. Je lui en ai fait mes remercimens. M. de la Briffe vouloit me donner la préférence.

Dans la réponse que m’a faite M. de Harlay au compliment que je lui ai fait sur la première présidence, il a souscrit très-humble et

' Louis Le Pelletier fut premier prési- * C'est Boucherai que Foucault veut dent du parlement de Paris , de 1 707 à dire. Le chancelier Le Tellier était mort

1712. en i685.

très-affectionné serviteur. Je n’ai pas voulu relever la chose, mais je doute qu'il ait dû en user ainsi à l’égard d’un maître des requêtes.

Au mois de septembre, j’ai jugé, au présidial de Coutances, le procès criminel que j’avois instruit contre la dame de Taire et son mari , accusés d’avoir fabriqué des lettres sous le nom de M. de Bellefontaine — [Vid. les lettres et le jugement.)

Deux jeunes hommes, âgés l’un de seize ans et l’autre de quatorze, ont été arrêtés à Avranches poiu* avoir fabriqué un faux ordre de M. de Seignelay, poiur tirer de l’argent des cimés, sous prétexte de faire prier Dieu pom* la santé du roi et la prospérité de ses armes. Le bailliage d’ Avranches les a condamnés, savoir: l’aîné à cinq années de galères, et le puîné à pareil temps de bannissement. J’ai représenté à M. de Seignelay que ce châtiment ne convenoit pas à l’âge de ces jeunes gens.

Au mois d’octobre 1689, on a proposé M. le marquis d’Anfre- >ille, chef d’escadre, pour ma sœur. Mon père souhaitoit fort ce mariage *.

Le roi a fait revenir les régimens de milices dans leurs provinces pour les recruter, armer et équiper.

M. Chamillart ayant été nommé intendant de Rouen en 1688, il m’a consulté, par sa lettre du la novembre 1689, sur le traitement que je faisois aux troupes de mon département. Il ajoute , à la fin de sa lettre qu’il m’écrit arrivant de la cour, que j’ai des ennemis et des personnes qui envient mon emploi.

M. de Jassaud, doyen des maîtres des requêtes, mon beau-père, est mort le 1 7 décembre, âgé de ®

Au mois de décembre 1689, le roi a créé par un édit i,4oo,ooo**

' V07. ploB haut, au mois de oiarsde la même année.

' Double emploi probable. Foucault a déjà parlé de cette proposition au mois de janvier 1688.

* Nicolas de Jassaud, marquis d’Ar-

quinvilliers , seigneur de Richebourg, de la Lande, etc. conseiller d’état, mourut le 16 décembre 168g, âgé de soixante et dix-huit ans. (Voy. Dictionnaire de la noblesse, par LaChesnaye des Bois.)

de rentes viagères sur la ville de Paris, divisées en trois classes. Cette création a été appelée tontine, la part des actionnaires décédés accroissant aux sun'ivans*. J’y ai pris deux actions sur le pied de chacune, dans la dixième classe, suivant mon âge. Mon contrat est du 1 3 février 1690’.

Tous les particuliers ayant été obligés de faire porter aux hôtels des monnoies leur argenterie d’une certaine qualité, cet ordre a été exécuté sans peine dans toutes les provinces du royaume. 11 y avoit autrefois un hôtel des monnoies à Saint-Lô, qui a été supprimé. M. de Pontcharlrain m’a ordonné d’en faire transporter à Rouen les machines et ustensiles; ce qui a été exécuté. On a établi à Caen un bureau de change pour y recevoir l’ai^enterie et les espèces qui doivent être changées.

Le roi a obligé tous les ecclésiastiques et gens de mainmorte de donner des déclarations de leurs biens pour les amortissemens, quoiqu’ils en fussent exemptés par les déclarations de i646 et 168g’.

' • On parle fort de faire une lontine , • dit Dangeau dans son journal , à la date du octobre 1 689 ; et le 1 *' décembre suivant il ajoute : ■ On a publié et imprimé l'édit «du roi portant création de 1, 400,000** < de rentes viagères sur l'hôtel de ville de

• Paris , qui seront acquises selon les dif- « férens âges, avec accroissement de l’in-

• térét des mourons au profit des survi- « vans. Il y a quatorze classes : la première , ■ des enfans jusqu'à cinq ans ; la seconde , «depuis cinqju.squ'à dix; la troisième, de «dix jusqu'à quinze, et ainsi des autres «de cinq en cinq ans. Jusqu'à dix ans, «l'intérét sera payé au denier vingt; de- « puis dix ans jusqu'à vingt ans, au denier

• dix'huil; depuis vingt ans jusqu'à trente «ans, au denier seize; depuis trente ans «jusqu'à quarante, au denier quatorze; de- « puis quarante ans jusqu'à cinquante ans.

«au denier douze; depuis cinquante ans «jusqu'à soixante ans, au denier dix, et

< par delà soixante ans , au denier huit. On > recevra l'argent jusqu’à la fin du mois «d'avril.»

* Répétition: < Au mois de décembre , je

• me suis mis à la tète des liabitans de la

< généralité de Caen qui ont mis à la ton-

• tine. J'y suis entré pour 600**. «

* On appelait amortissement un droit dû par les corps et communautés perpétuels , tant laïques qu'ecclésiastiques , pour obtenir la permission de posséder des biens en mainmorte. On le considérait comme un dédommagement payé à l'état, tant pour le préjudice qu'il éprouvait par la sortie des biens du commerce que relativement à l'exemption de divers impôts dont jouissaient les propriétaires de mainmorte.

La déclaration dont parle ici Foucault

Pendant l’hiver de cette année, j’ai levé des milices dans cette généralité par ordre du roi.

Par l’établissement du quartier d’hiver, il y a eu un cavalier dans toutes les paroisses au-dessus de .5oo" de taille et au-dessus jusques à i,ooo", deiu dans celles de 1,000 •* et au-dessus jusques à 3,000'*, et ainsi du reste à proportion.

En 1688, le roi avoit fait travailler à la citadelle de Cherbourg par M. de Vauban. Elle étoit fort avancée lorsque M. de Louvois , pour donner du chagrin à M. de Seignelay plutôt que pour le bien du service, obtint du roi un ordre pour la faire démolir, aussi bien que le château de Valognes, sous prétexte que le prince d’Orange , ayant formé le dessein de faire une descente en Normandie, se saisiroit de cette place. Il étoit mal informé, car le prince d’Orange pensoit à détrôner son beau-père et à descendre en Angleterre. La démolition de Cherbourg étoit achevée lorsque je suis venu en basse Normandie, et il ne m’a resté qu’à régler les comptes des entrepreneurs de la démolition.

J’ai été à Cherbourg, où je n’ai trouvé qu’un cbaos de débris de tours, de bastions et de murailles renversées. Il y avoit autrefois un château. M. de Vauban ayant cru le |)oste important le fit enceindre de fortiiications régulières, et la dépense fut considérable ; mais à peine furent-elles au cordon que M. de Louvois, ennemi juré de M. de Seignelay, secrétaire d'état de la marine, fit comprendre au roi que cette place étoit commandée par des hauteurs; que, si les Anglois faisoient une descente à la Hougue, ils se rendraient aisément maîtres de cette place; que le prince d’Orange en avoit formé le dessein et devoit être

est du 5 juillet 1689 (Isanibert, I. XX, p. 80). Mais il embrouille la question et accuse à tort le gouvememeni; car, dans cet édit, le roi ne revenait nullcinenl sur des déclarations antérieures ; mois , comme les droits d'amortissement, de même que ceux de franc-fier, ne se levaient pas annuellement. et qu'il n'en avait pas été

levé depuis les déclarations de iGâi et du 5 mars 1673 (les dates de i6â6 et 1689 données par Foucault sont fausses), le roi ordonna, par la nouvelle déclaration du b juillet 1689, une liquidation des biens possédés par l'Église, pour faire payer les droits d'amortissement sur les nouveaux acquêts dus depuis 1673.

incessaminent sur cette côte; en sorte qu’il obtint du roi que les fortifîcations seroient entièrement démolies. On envoya M. d’Artagnan, major des gardes, sur les lieux avec une compagnie des mousquetaires et d’autres troupes, pour s’opposer à la descente du prince d’Orange qui ne songeoit pas à nous visiter, mais à passer en Angleterre, où il étoit appelé et où il fut déclaré roi.

On a commencé à faire des redoutes et des retranchemens sur la côte de la Hougue pour s’opposer aux descentes des ennemis. Dès la lin de 1688 et depuis, on y a travaillé toutes les années. C’est M. de la Hoguette, lieutenant des mousquetaires, qui a fait commencer les ouvrages.

On fit faire aussi beaucoup de redoutes et de retranchemens le long de la côte, depuis Quineville jusques à Cherbourg, qui n’étoient que de sable. On fit bâtir une tour à la Hougue et rétablir celle de Tatihou, mais il falloit faire construire des tours de distance en distance, le long de la côte, comme on a fait en Italie, le plus proche de la mer, en sorte que le canon puisse se croiser.

Madame la duchesse de Guise ^ fut saisie d’une grande frayeur à Alençon, sur la nouvelle qui courut que le prince d’Orange étoit descendu à Cherbourg. Elle partit avec ime précipitation qui fit périr une partie de son équipage, croyant que le prince d’Orange allolt arriver à Alençon.

MM. les maréchaux de la Feuillade et de Bellefonds, ne pouvant rien comprendre dans un procès rapporté par M. l’Avocat, maître des requêtes, entre le vice-bailli d’Alençon et les ofliclers de sa compagnie, ont obligé les parties à passer un compromis par lequel ils ont consenti que je les réglasse, et au pied de ce compromis ib ont fait mettre leur ordonnance portant que les parties produiroient devant

' Élisabeth d'Orléans, fille du second mariage de Gaston de France, duc d’Orléans, frère de Louis XIII, avait épousé en 1667 Louis 'Joseph de Lorraine, duc de Guise, dont elle resta veuve en 1671.

Le duché d'Alençon avait été donné en apanage à Gaston, duc d’Orléans, et sa fille Élisabeth «n jouit jusqu'à sa mort , arrivée en 1696.

moi leurs titres et diroient leurs raisons, pour être ensuite la sentence arbitrale rapportée au tribunal et homologuée par MM. les maréchaux de France et exécutée au dédit de i ,000**. Cette clause d’homologation soumettant mon jugement au tribunal qui ne pouvoit pas me renvoyer de plein droit cette affaire, j’ai pris le parti de faire passer un nouveau compromis où il n’a point été fait mention d’homologation au tribunal, et je les ai réglés sur ce nouveau compromis’.

En 1689, le roi a envoyé des inspecteurs des fermes du roi dans les provinces, qui n’ont rien fait que de la participation des intendans.

Au commencement de 1 690 ,1e roi a créé des offices de procureurs du roi et de greffiers des maisons de villes®.

Le 5 janvier, j’ai rendu un jugement avec les officiers du présidial de Caen , dans une affaire où il s’agissoit de fabrication de faux plombs ’

' Répétition : • MM. les marécliaux de la «Feuilladc et de Bellefonds, ne pouvant

• rien comprendre dans un procès entre le «vice-bailli d'Alençon et les officiers de

• sa compagnie que leur avoit rapporté

• M. l'Avocat, maître des requêtes , avaient > ordonné aux parties de passer un com-

• promis devant moi pour les régler, pour

• être ensuite la sentence arbitrale liomo-

• loguée au tribunal. Mais, comme ç'au- « roit été une subdélégation qu'ils m'au- < roient donnée et qu'un intendant ne «doit point prendre, j'ai éludé l’cxécu-

• lion de ceUe ordonnance de renvoi dc- ■ vant moi , sous prétexte des aHàires dont «j’étois chargé, contre le sentiment de ■< M. Rouillé, conseiller d'état, qui croyait « que je pouvais me charger de l'exécu- « tion de ce compromis sans faire men-

« tion dans mon Jugement d'homologa- « tion. •

’ L'édit est de juillet 1690 (Isarobert, t. XX, p. 106). Ces procureurs du roi remplissaient dos fonctions de contrôle et de surveillance auprès des administrations municipales, tandis que les greffiers en étaient les secrétaires. Ces deux especes d'offices furent définies dans un arrêt du conseil du i4jn>llet 1691 (Isambert.t. XX, p. 1 33 ] ; mais , les villes les ayant rachetés , un édit de décembre 1691 (ibid. p. i45) en prononça la réunion aux corps des villes et communautés.

’ Il s'agissait de sceaux de plomb appliqués comme le sont aujourd'hui ceux des douanes , et témoignant que les gardes jurés avaient visité, mesuré et contrôlé les marchandises.

trouvés à six pièces d’étoffe exposées en vente à Caen par deux ouvriers ; mais il s’est trouvé tant de défauts dans la procédure , par la faute du sieur Duchesne, commis des manufactures, que tous les juges ont été d’avis de renvoyer les accusés absous; mais*, comme cette affaire m’a paru importante et qu’on ne peut pas douter que ces plombs ne soient faux, j’ai engagé les juges à ordonner un plus amplement informé, mais que, pour avoir de nouvelles preuves, il falloit changer ce commis.

Le roi ayant jugé à propos de faire porter à la Monnoie l’argenterie d’une certaine qualité, môme celle des églises, cela a été exécuté dans les diocèses de Bayeux, de Coutances et d’Avranches.

I..e 1 4 janvier, Loyson, qui avoit servi pendant seize ans près de moi en qualité de garde de la prévôté de l’hôtel, est mort à Caen, et a laissé une femme qui a fait la fortune de ses filles ‘ par des voies honteuses. L’aînée a épousé un M. de Beaumont, conseiller au Châtelet, qui par les intrigues et le commerce de sa femme est devenu très-riche.

Ayant été commis par arrêt du conseil pour instruire et juger au présidial de Caen le procès d’un nommé La Reigle, accusé d’avoir passé des religionnaires dans les îles de Jersey et de Guemesey, il s’est trouvé encore convaincu d’avoir étranglé dans un grand chemin un homme d’affaires de M. Pellotet de l’avoir volé. Il a été condamné à être roué le 3 février 1690, et a reconnu ses crimes.

Les brigues et cabales qui se sont formées dans la faculté de droit de l'université de Caen, au sujet de la nomination d’un professeur à la place du sieur Halé, décédé, ayant engagé M. le chancelier Boucherat de [me] commettre pour assister à l’assemblée où celte élection devoit être faite, j’ai trouvé effectivement que la plus grande partie des professeurs s’étoit liée pour empêcher le sieur de Vaucouleurs, trop exact observateur des règlemens pour eux,

' Sur mesdemoiselles Loyson cl leur vrier 1708 (t. XII, p. 74), et le recueil conduite, voir l'addition de Saint-Simon Maurepas (mss. Bibliotb. impér.), l. IX, au journal de Dangeau, à la date du 8 fé- p. a 1 1.

d'être nommé, la plus saine partie ayant concouru à sa nomination. C'est ce que j’ai mandé à MM. le chancelier et de Châteauneuf, le 6 mars 1 690.

Le 2 avril «690, J’ai reçu ime lettre de mon père, écrite d’une main empruntée, par laquelle il me marque qu’il est attaqué d’une hydropisie déclarée par l’enflure de ses jambes.

A Parit, ce ditneDcbe i avril 1690.

Comme ma maladie augmente toujours, et que, par les signes qui paraissent, le printemps n’aura point assez de force pour y résister, j’en fais ma méditation principale et mon plus ordinaire entretien. Dans cette vue, je n’hésiterai point à vous dire que l’hydropisie se déclare par les enflures des jambes et des pieds. Je comprends bien que, suivant l’usage avec lequel on traite ordinairement avec les malades pour les consoler, on veut donner à ces tumeurs des causes étrangères pour m’en ôter l’idée de l’esprit, dans l’opinion que l’on a que l’appréhension des suites qu’elles peuvent avoir pourroit faire impression sur mon esprit et augmenter mon mal; mais croyez-moi qu’il y a trop longtemps que je suis au monde pour n’en pas connoître les misères et les chagrins, et que c’est une grande miséricorde de Dieu de me laisser un peu de jugement, et du temps suflisammcnt pour songer à sa conscience et faire pénitence des oflienscs que nous avons commises contre sa divine bonté; voilà une confession de foi très-sincère, crayez-y davantage qu’à quoi que l’on vous en puisse dire d’ailleurs; mais, comme je me suis affermi contre toutes les foiblcsses auxquelles les hommes sont sujets dans de pareilles occasions, auxquelles le mot de terrible de toutes les choses les plus terribles convient si proprement, aussi, mon fils, j’exige de vous que vous résistiez à de semblables tentations que votre bon naturel, qui m’est si fort connu, poiuroit vous inspirer, et qu’ayant toujours dans toute la conduite de votre vie fait paroître beaucoup de générosité, vous n’abandonniez pas votre propre exemple par cette inégalité si difforme et donnassiez lieu de soupçonner qu’il y eût en cela de la sincérité.

£ln voilà bien assez, mon Gis, pour s’expliquer sur une matière si peu agréable, et qui me touche pourtant si peu que je n’ai point fait de scrupule, me trouvant légèrement incommodé de la main, d’emprunter celle de M. Avice, ecclésiastique des Quinze- Vingts, et qui a été élevé chez feue madame Resneau, votre tante, qu’elle aimoit singulièrement, pour vous écrire la présente. Je l’emploie chaque jour comme mon médiateur envers Dieu, dont il s’acquitte avec une singulière charité.

J’aurois bien voulu en demeurer là pour cette fois, mais, comme je crois qu’il me peut bien être permis de mêler quelques avis de vos affaires particulières à ceux que je viens de vous donner, touchant mes sentimens sur les dispositions intérieures dans lesquelles je me trouve, vous saurez donc qu’ayant reçu, avec la lettre que m’apporta un courrier particulier, deux lettres, j’envoyai le tout, surle-champ, à M. Charpentier, que je vous renvoie avec son avis porté par son billet, par lequel, entr’autres choses, il me marque que nous attendons avec impatience cet extrait de la chambre des comptes de Rouen, qui est un acte que l’on ne saurait refuser à qui que ce soit.

J’ajouterai que M. le marquis de Feuquières a pris la peine de passer ici et de me dire, en présence de votre sœur, qu’il venoit s’excuser de ce qu’il ne satisfaisoit au payement de l’année d’arrérages qu’il vous doit, et qu’il n’y a qu’à vous et madame de Bonnelles envers lesquels il soit en demeure pour cette année .seulement, ne devant d’ailleurs aucune autre chose; mais que je vous pouvois assurer, comme il m’en a donné parole, qu’au plus tard dans un mois vous seriez entièrement payé, en ayant chargé fort expressément son intendant, qui, assurément, n’y manquera pas.

Je vous ai déjà marqué que le sieur Grandval vous avoit fait signifier, et [à] M. Charpentier, qu’il usoit de la clause des six mois portée par votre bail, et j’apprends aussi qu’il y a un autre logis loué, et qu’il cherche partout un homme pour pouvoir remplir la place qu’il avoit louée; mais, comme vous n’avez point d’obligation d’agréer cette

substitution, venant de la main d'un homme qui en use si mal et qui n’a fait aucune honnêteté sur ce changement, on vous renvoie cette proposition pour en décider, ce que vous pourrez faire étant ici.

Votre fils paye sa fête aux jésuites et à ses camarades, aux dépens du cidre et de vos poulardes.

La santé de madame la Dauphine paroît toujours fort incertaine; elle a congédié le sieur Caret L

Mandez-nous l'état de votre santé fort promptement; je ne vous recommande pas votre prompt retour^.

Le 1 7 avril, M. Le Camus, premier président de la cour des aides de Paris, m’a fait prier par M. de Villeneuve, mon beau-frère, de l'informer du bien de M. le marquis de Flamanville, qui recherchoit sa fille; et sur le compte que je lui en ai rendu, le mariage s'est fait’.

Au mois d'avril 1690, j’ai fait un voyage à Paris et ai été de retour à Caen au mois de juin suivant.

' La dauphine (Mario-ADne-ChrUUne* Vicloire de Bavière) était malade depuis le mois de janvier 1 690. Elle avait d*abord reçu lea soins du frère Ange, capucin (Dangeau, aS Janvier, 9 février); elle le quitta à la fm de février. Le a4 mars, Dangeau dit que île roi a envoyé un « courrier à Caret . qui est à Tournay ; il lui « ordonne de venir en diligence. Madame

• la Dauphine souhaite fort do le voir et

■ croit qu'il lui pourra donner quelque

■ bon remède.» Le a6 mars, jour de Pâques, «Caret arriva sur le soir; elle le

• vit un moment, et ü sentoit ai fort, que

• cela lui donna des vapeurs; elle ne put

• l'entretenir. On lui donnera un habit

• neuf, afin qu'il la puisse voir demain. • Caret ne répondait point de la guérir et voulut un ordre de U dauphine et du roi

pour lui donner ses remèdes (Dangeau.

39 mars). Le 3o. la dauphine, après avoir pris les remèdes de Caret, reprit les médecins ordinaires, Daquin, Fagon. Petit, Moreau, Duebesne et Férot, et Caret retourna en Flandre. La daiipliine mourut le ao avril.

Ce Caret était italien, et son vrai nom était Caretti. (Voy. sur ce personnage Saint-Simon, Mémoires » t. I*. p. 356 de rédil. io-ia donnée par M. Chéruel.)

* Alinéa écrit do la main de Foucault père.

* Marie Le Camus, litlc de Nicolas Le Camus, seigneur de 1a Grange-Bligny, premier président de la cour des aides , épousa Jean-René Baxon, marquis Je Flamanville, lieutenant général des armées du rot.

Le . . juin 1670, mon second fils est entré dans le collège de Nanterre.

[Au mois de juillet], le bruit ayant couru à Paris et dans les provinces que le prince d’Orange avoit été tué dans une bataille donnée en Irlande, on en a fait des feux de joie à Caen, sans en pouvoir empêcher les babitans’.

Le 16 juillet, le roi d’Angleterre, M. le maréchal de Bellefonds et tous les officiers de l’année qui étoit sur notre côte, composée de seize mille hommes, étoient à Quineville, où ils entendirent beaucoup de roulis de coups de canon sur les sept heures du soir. C’étoit notre flotte qui combaltoit contre celle des ennemis. [Vid. la relation®.)

Le . . juillet, le roi d’Angleterre, Jacques, ayant été détrôné par Guillaume de Nassau, prince d’Orange, son gendre, a quitté Londres et a passé en France. Il a pris sa route par Caen, où je l’ai régalé de mon mieux, et lui ai donné ma chaise roulante pour achever son voyage à la cour®.

' Répétition : • Au mois de juillet , le

• bruit courut à Paris que le prince d'O-

• range étoit mort. On en fit des feux de

• joie, pendant qu'il étoit bien vivant et

• triomphant en Angleterre. ■

Le 3o juillet 1690, Dangeau, qui est avec le dauphin au camp de Klein-âchifferstadt, dit que le roi mande à Monseigneur • (]ue tous les avis d'Irlande portent

• que quelques Irlandois avec le duc de

• Tyrconnel se sont ralliés aux François;

• que M. de Schomberg a été tué, et que

• le prince d'Orange a été blessé de deux

• coups dont il est mort deux jours après. > 11 rapporte, à la date du 3 août, qu'à Paris on a fait des feux de joie sur la nouvelle de la mort du prince d'Orange, que le roi n'a pas approuvés, mais que les magistrats n'ont pas pu contenir le peuple. Vovex aussi ( Correspondance adminis-

trative sous le règne de Louis XIV, par Depping, t II, P 790) une lettre de Pontchartrain à lord Middleton, du 36 mars 1703, dans laquelle il dit :«Veus savez

• combien le roi désapprouva en 1689

• (1690) les réjouissances que firent quel- « ques gens du menu peuple sur le bruit

• qui SC répandit alors delà mort du prince

• d'Orange. •

Guillaume III fut en clfet atteint d'un coup de canon à l'épaule, le 10 juillet, la veille de la b-ntaille de la Doyne. Mais la blessure était légère, et ne l'empêcha pas de monter à cheval le lendemain. (Voy.

Vi&c&\x\ny , History ofEngland , t. VI, p. i4, éd. Tauchnitz.)

* Cet alinéa n’est pas à sa place en 1 690 , et ne peut se rapporter qu'à l'année 1 693.

’ Cet alinéa n'est pas plus exact que le précédent. C'est le 37 novembre 1688

A M. Foucault’, conseiller d’élat, ci-devant secrétaire du conseil, rue de Richelieu, derrière le Palais Royal, à Paria.

Je n’ai que le temps de vous dire que le roi d’Angleterre a dîné chez moi et que je lui ai donné ma chaise pour le voiturcr jusques à Saint-Germain, la sienne s’étant rompue à dix lieues de Caen. M. de Matignon et moi avons été au-devant de lui et avons eu l’honneur de l’accompagner jusques ici. 11 m’a ordonné de monter dans son carrosse, où il étoit sur le derrière et M. de Matignon et moi sur le devant. Il ne paroit point consterné du mauvais état de ses alTaires. Il y a eu un combat où son aile droite a été battue et mit bas les armes, ce qui a mis l'épouvante dans le reste de l’armée et a obligé le roi de se retirer. Il a gagné Dublin et de là un port, s’est embarqué sur un vaisseau malouin et a passé en France. Voilà le prince d’Orange maître absolu des trois royaumes. Je vous supplie de vouloir bien mander à M, de la Borde, à Saiut-Germain, de faire retirer ma chaise, que quelque courrier sera bien aise de trouver pour venir à Caen. Je vous a.ssurerai, s’il vous plaît, de mes respects.

A Caeo, à une heure après-midi, ce 3À juillet 1690.

A Tborigoy, ce sSjuillet 1690.

Je vous dois un procès-verbal du passage du roi d’Angleterre dans mon département, n’ayant eu le temps que de vous mander qu’il m’avoit fait l’honneur de dîner chez moi avant-hier. Nous reçûmes avis, M. de Matignon et moi, par une lettre de M. le maréchal d’Estrées, du 20, que le roi d’Angleterre étoit arrivé à Brest le 1 9, et qu’il pourroit être à Caen le 23. Heureusement je me trouvai à Thorigny, et dans le moment nous envoyâmes partout des ordres pom- faire trouver

que le roi Jacques avait quitté Londres, après avoir été détrôné par son gendre. Il s'était rembarqué pour l'Irlande en mars 1689. Après la perte de la bataille de la Boyne, le 11 juillet 1690. il fut obligé de revenir en France; il s'embar-

qua à Rinsale, et arriva à Brest le ao juillet. 11 en partit en poste le ai, et arriva le a6 à Saint-Germain, après avoir passé par Caen.

' Cette lettre et la suivante sont adressées à Foucault père.

des chevaux sur sa route. Nous montâmes à cheval le 28 pour aller au-devant de hii, et allâmes dîner à quatre lieues de Thorigny, au Pont-Farcy,pour attendre de ses nouvelles par le retour des courriers que nous avions envoyés au-devant de lui. Siu* les quatre heures, celui qui étoit allé au bourg de Villedieu, distant de trois lieues de Pont-Farcy, vint nous dire que le roi étoit arrivé à Villedieu à cheval, sa chaise étant rompue , et qu’il continuoit sa route. Nous remontâmes à cheval et le trouvâmes <à une' lieue et demie de Pont-Farcy. Nous mîmes pied à terre, et, lorsque nous fûmes à vingt pas de lui, il descendit aussi de cheval et nous dit qu’il étoit bien aise de nous voir, qu’il nous remercioit de la peine que nous avions prise de venir audevant de lui, et qu’il comptoit d’aller coucher à Caen. Nous- lui représentâmes que cela n’ étoit pas possible, et qu’il n’y arriveroit qu’à une heure après minuit et qu’il ne pouvoit pas passer Thorigny. 11 se rendit à nos raisons, et, après avoir passé de méchans chemins, il monta -dans un carrosse que M. de Matignon lui avoit fait venir, et nous ordonna d’y monter avec lui. Nous voulûmes demeurer découverts, mais il nous commanda de nous couvrir. Il nous dit, pendant le chemin, que ce qui l’avoit obligé de repasser en France est que, le prince d’Orange l’ayant forcé de combattre, l’aile droite de son armée avoit été défaite, et que M. de Lauzun lui avoit mandé qu’il croyoit nécessaire pour sa sûreté qu’il gagnât le plus prochain port et se retirât en France, ses troupes n’étant pas en état de résister à celles du prince d’Orange. Cependant l’aile gauche ni l’aile droite ' n’ont point combattu. 11 nous montra le plan de son camp et l’état de scs troupes.* Il pouvoit se retirer sous Dublin et s’y poster avantageusement, ayant unojarmée de vingt mille hommes d’infanterie et de cinq mille chevaux. Cette retraite paroît extraordinaire. Peut-être que les premières nouvelles d’Irlande nous en apprendront la véritable cause. Cependant voilà le prince d’Orange absolument maître, et le roi d’Angleterre paroît aussi insensible au mauvais état de ses affaires que si elles ne le

‘ Ceci fait contradiction avec ce qui Peut-être faudrait-il lire ici U centrt au vient d'être dit quatre lignes plus haut. lien de l'aile droite.

regardoient point. Il raconte ce qu'il en sait en riant et sans aucune altération. Pour revenir à ce voyage, il arriva sur les huit heures à Thorigny. Madame de Matignon, accompagnée de madame :de Gacé, sa belle-sœur, et de deux autres dames, vint le recevoir dans la cour. Il les salua toutes quatre. Madame Foucault, n’ayant pu fendre la presse, demeura derrière et ne joignit madame de. Matignon que dans la chambre du roi, où M. de Matignon la présenta à Sa Majesté, qui s’avança à elle et la salua. II vint, après les complimens essuyés avec les dames, se promener dans le parterre, où, après un quart d’heure de promenade, on vint l’avertir qu’on avoit servi. Il se rendit dans la salle où son couvert étoit mis. 11 n’y en avoit qu’un pour lui, mais il pria madame de Matignon et les dames de sa suite de se mettre à table, ce qu’il ordonna aussi à M. de Matignon, à un enseigne des gardes que le roi lui a donné et à moi. Il mangea fort bien, pendant le repas causa et rit avec les dames, et but et leur lit boire du vin de Saint-Laurent. M. de Matignon lui donna la serviette devant et après le repas. 11 passa ensuite dans un grand et beau salon, où toute sa cour le suivit. M. de Segrais l’entretint de choses agréables et de l’Âcadémie des sciencesde Londres, sur lesquelles le roi parla en homme qui connoissoit etaimoit les sciences. M. de Matignon, après une heure de conversation , lui représenta qu’il étoit fatigué et le mena dans sa chambre, où nous l’accompagnâmes tous, même les dames, il donna le bonsoir à toute sa compagnie et se coucha. Le lendemain il s’est levé, à cinq heures du matin, a entendu la messe et est monté en carrosse, et, M. de Matignon et moi lui ayant marqué que nous désirions avoir l’honneur de l’accompagner à Caen, il nous, lit monter. Le carrosse l’a mené jusqu’à cinq lieues de Caen, . pendant lesquelles il nous a parlé des usages et des manières de vivre des Ânglois, de leur politique, , des familles qui lui sont attachées, nous disant que le peuple étoit entièrement dans ses intérêts, mais qu’il craignoit le prince d’Orange qui ne pardonnoit point, et qui s’étoit rendu maître par le moyen des troupes étrangères qu’il a fait passer en Angleterre. Ce pauvre prince croit que ses sujets l’aiment encore.

Il trouva ma chaise roulante à Longrais, qui est à cinq lieues de Caen. M. de Matignon et moi montâmes à cheval; je pris les devants et M. de Matignon demeura auprès de lui. J’arrivai une demi-heure avant Sa Majesté à Caen, où je trouvai toute la noblesse à cheval à la porte, et les rues par où il devoit passer bordées de mousquetaires jusqu’à ma porte. J’avois envoyé ordre qu’on lui préparât à dîner, et, en eflet, il se mit à table un demi-quart d’heure après qu’il fut arrivé. J’oubliois de vous dire que tout le peuple crioit. Vive le roi! et que ma maison étoit pleine de monde. T eus l’honneur de lui donner la serviette mouillée pour laver ses mains. Il fit mettre à table M. de Matignon, M. de Lévis, maréchal de camp des troupes que le roi de France a envoyées en Irlande, le commandant du château de Caen, l’officier de ses gardes et un milord. Tout le peuple le vit manger du meilleur appétit du monde; il but aussi des liqueurs. Après dîner, je lui présentai la serviette, et pendant le repas un gentilhomme lui servit à boire. Les jésuites le vinrent complimenter.

Le i5 août, j’ai mandé à M. de Châteauneuf qu’il ne se faisoit point de cérémonie où les corps assistent, dans la ville de Caen, qu’il n’y survienne quelque contestation. Les échevins prétendent que les seuls chefs du bailliage sont en droit d'avoir un flambeau, lors des feux de joie; aucun règlement n’en parle; qu’ils ne sont point obligés d’aller prendre le lieutenant de roi du château dans son logis pour assister au Te /)cum; qu’il ne doit point avoir de prie-Dieu m' de carreau au milieu de l’église, comme on les donne aux gouverneur et lieutenant général de la province. Les échevins se plaignoiont aussi que le lieutenant de roi et le major du château de Caen, en son absence, font mettre les bourgeois sous les armes, sans la participation des échevins. J’ai proposé à M. de Châteauneuf de m’envoyer un arrêt du conseil ou un ordre du roi pour prendre connoissance de ces contestations et autres qu’ils peuvent avoir, d’en dresser mon procès-verbal pour être les parties réglées sur mon avis. Cela n’a pas eu de suite.

Au mois d’août, sur les plaintes que les officiers du parlement de

Provence ont portées au roi, des concussions, exactions, prévarications, injustices et débauches de M. Marin de la Cliastaigneraye ', et après qu’elles ont été avérées, il a reçu ordre de donner la démission de sa charge, dont le roi a revêtu M. Le Brct, niaitre des requêtes, et de l’intendance de la province , à condition de payer au sieur Marin 4,000** de pension viagère.

Le 6 septembre. J’ai reçu ordre d’empêcher que les nouveaux convertis ne remplissent les charges de maires, d’échevins et de syndics des villes.

Au mois d’octobre 1 690, on a proposé au roi de faire un port à la Hougue, qui est l’endroit le plus propre des côtes de Normandie, pour y tenir un grand nombre de vaisseaux commodément et en sûreté. M. de Combes, ingénieur, a été commis pour examiner la commodité et incommodité, et il a trouvé que c’étoit l’ouvrage le plus facile et le plus nécessaire que le roi pût faire pour le salut de ses vaisseaux dans la Manche; mais l’avis n’a pas été agréable à M. de Louvois.

Sur la fin d’octobre 1 690, un vaisseau anglois a échoué sur la côte de la paroisse d’Agon, élection de Coutances.

Un autre a aussi échoué , mais un armateur de Granville prétendoit en avoir fait la capture. Le fermier du domaine prétendoit de sa part qu’il appartenoit au roi comme étant échoué.

M. de Pontebartrain m’a écrit d’informer du divertissement des effets trouvés sur le vaisseau anglois échoué sur la côte d’Agon, et pour faire représenter au sieur d’Agon les titres en vertu desquels il prétend que ledit vaisseau lui appartient; j’ai commis le sieur de Bauval pour faire cette information, à laquelle s'est opposé le sieur Hue, lieutenant au siège de l’amirauté de Coutances. La charge de ce vaisseau étoit estimée a5o,ooo**, et ce qui restoit de marchandises, lorsque M. de Bauval s’est transporté sur les lieux, ne valoit pas 5o,ooo**.

' Marin de U Cliulenetaye , et Don de la président du parlement d'Ait en 1673.

Chaslaigneraye , avait été nommé premier Pierre Cardin Le Brel lui succéda en 1 690.

J’ai reçu un arrêt du conseil qui me commet pour informer des divertissemens faits des effets du vaisseau échoué à Agon, ayant donné mon avis que le vaisseau appartcnoit au roi.

Les officiers de l’amirauté de Coutances ont beaucoup contribué .au pillage des marchandises de ce vaisseau.

Il y a eu aussi un vaisseau échoué à Granville , dont les effets ont été divertis.

Le ao novembre, madame la duchesse de Tyrconnel, qui venoit d’Irlande, a passé à Caen. Elle alloit joindre son mari, qui étoit auprès du roi d’Angleterre. C’est une femme de mérite. Elle soufta chez moi avec ses deux filles. Cette famille a laissé de grands biens en Irlande qu’elle a sacrifiés à la religion catholique.

Le jour de Noël 1690, il s'est fait une assemblée de quinze ou seize nouveaux convertis dans une maison particulière, où ils ont chanté les psaumes à haute voix et entendu un sermon. J’en ai fait arrêter six, mais ayant demandé à M. de Châteauneuf si l’intention étoit qu’ils fussent condamnés aux peines portées par les déclarations de 1 686 et ordonnance de 1 689', qui est la mort, et lui ayantmarqué qu’elles me paroissoient trop fortes pour une assemblée de celte qualité, j’ai proposé, attendu la conséquence, de les juger aux termes de ces ordonnances, mais de faire commuer leurs peines, ce qui a été fait, ayant été commis par un arrêt du conseil pour juger cette affaire au présidial de Caen, et un homme et quatre femmes ont été condamnés à être pendus. Le nommé Trianon, qui avoit prêté sa maison, entonnoit les psaumes et lisoit les prières, méritoit d’être pendu quand le roi auroit fait grâce aux autres; mais sa peine, aussi bien que celle des autres hommes, a été commuée en celle des galères, et les femmes à être rasées et mises au couvent de la Charité de Caen.

Au mois de décembre 1690, j’ai proposé à M. de Pontchartrain de créer un siège d’élection à Saint-Lô.

' Déclaration du 1" juillet 1686, art. 5. laambert, I. XX. p. b; ordonnance du n mars 1689. i6id. p. 78. . i- Um-'-"

Digitiz

Madame de Montgommery, nouvelle convertie, mais aussi attachée au calvinisme qu’avant sa conversion, est décédée en son château de Chantelou sans vouloir donner aucune maïquc de catholicité. Ses domestiques l’ont portée la nuit dans l'église de sa paroisse, où ils l’ont inhumée dans l'endroit le plus honorable , en vertu d’une ordonnance du sieur de Monts, lieutenant général du bailliage. M. l’évèquc de Coutances a été d’avis de la faire exhumer et porter le corps dans un autre endroit, mais la difficulté étoit d’y faire consentir les parons; cependant j'ai engagé M. de Montgommery à faire faire cette exhumation, ce qu’il a exécuté.

La dame de Brasnay, veuve d’un gentilhomme de Caen, et fort attachée au calvinisme, avoit une fille très-belle que je fis mettre aux nouvelles catholiques, et un fils que je fis entrer aux mousquetaires. La mère, ayant la liberté de voir quelquefois sa fille, l’empèchoit de se convertir, ce qui m’obligea de faire venir un ordre du roi pour la faire venir à Paris et entrer dans la maison des nouvelles catholiques. La fille se convertit, et, paroissant faire son devoir, elle me pria de la laisser aller chez sa mère, qu’elle espéroit faire rentrer dans la bonne voie; mais, par foiblesse ou par crainte, la fille se pervertit. Sur l’avis que j’en eus, j’envoyai un archer de la prévôté pour la ramener à Caen. Elle se cacha entre deux matelas d’un lit, où elle fut trouvée et ramenée dans la maison des nouvelles catholiques de Caen. Peu de temps après j’allai â Paris, où je reçus une lettre d’elle, par laquelle elle me prioit de faire en sorte que sa mère ne la vît plus, parce quelle ne se sentoit pas assez de force pour résister à ses pressantes sollicitations. J’écrivis à la supérieure des nouvelles catholiques que j’apprenois que madame de Brasnay abusoit de la liberté qu’elle lui donnoit de voir sa fille, et que, craignant qu’elle ne la pervertit une seconde fois , je jugeois à propos qu’on ne lui permît plus de la voir. Lorsque je fus de retour à Caen, je trouvai la fille si confirmée dans les bons sentimens qu’elle avoit pris pour la religion catholique, qu’elle étoit l’exemple des plus zélées nouvelles converties, en sorte qu’au bout d’un mois elle me demanda la permission d’entrer dans le con-

vent des Carmélites. Je lui dis qu’il devoit lui suffire, quant à présent, d’être bonne catholique , et qu’il ne falloit pas aller à pas de géant dans une pareille alTairc. Au bout de trois mois , elle me fit de nouvelles instances pour entrer aux Carmélites; je lui demandai encore trois mois. Enfin cela fut conduit par des remi.sesjusquesà une année, queje nepus lui refuser de suivre sa vocation, à condition néanmoins qu'on feroit de nouvelles épreuves avant que de prendre fhabit. M. l’évèque de Bayeux et ce qu’il y avoit de plus habiles missionnaires et ecclésiastiques la virent pendant ce temps, et me rendirent de si bons témoignages de la solidité et des motifs de sa vocation que je consentis qu’elle prît l’habit. Je voulus encore, pour n’avoir rien à me reprocher, qu’elle fit un noviciat de dix-huit mois, après lequel, la voyant plus résolue et plus ferme que jamais, je donnai les mains à sa profession, et lui lis donner 3oo*^ de pension' par le roi, sa famille n’ayant pas voulu contribuer à sa subsistance.. C’est une des meilleures et des plus édifiantes religieuses que j’aie vu. Son frère a quitté les mousquetaires et a repris ses erreurs.

Le régiment des milices de la généralité de Caen est arrivé à Caen le 2 a février, fort délabré et réduit au tiers des soldats. 11 a fallu le réparer pour le mettre en état de servir l’année suivante.

Au mois de février, j’ai vendu, par ordre du roi, une prise de sucres faite par un armateur à Granville. Il en est revenu 1 5o,ooo'* au roi, dont il n’auroit point proiité si les officiers de l’amirauté avoient fait cette vente.

Au mois de mars 1691, le roi a envoyé des ordres dans les provinces pour convoquer l’arrière-ban.

Un espion du prince d*Orange ayant passé à Caen, je fai fait arrêter et fai envoyé à la cour. Le roi l’a fait mettre à la Bastille^.

' CcUc pension ne Tut accordée qu*à ‘ Cet alinéa fait probablement double 1a fin de 1697. (Voy. plus loin, à cette emploi arec celui qui va mentionner, au

date.) mois d'avril, une arrestation semblable.

Au mois (le mars 1691, j'ai rendu un jugement, avec les oiTiciers de l'élection de Bayeux, contre le sieur Gohier, lieutenant particulier' au présidial de Caen, par lequel il a été condamné à être admonesté et en une amende, pour avoir donné des coups de plat d'épée à un commis des aides. Il auroit été condamné à une plus forte peine, mais il avoit paru plus de promptitude et de premier mouvement que de dessein prémédité dans cette action, ayant été rapporté audit sieur Gohier que ce commis avoit maltraité son fds, garde-marine.

J'ai fait rendre un arrêt au conseil, au mois de mars, par lc({uel il est ordonné que dans la prochaine élection des échevins ils ne sortiront pas tous de charge, mais qu’il en demeurera toujours deux anciens pour instruire les nouveaux élus. J’avois fait rendre nn pareil arrêt pour les consuls de Montauban.

Au mois de mars, le roi a créé des gardes jurés des métiers* dans toutes les villes et bourgs fermés du royaume. On a aussi établi un droit d'amortissement sur toutes les communautés laïques.

M. Pussort est monté 4 la place de doyen du conseil, par la mort de M. de Villayer*. Je l'on ai félicité.

Au mois de mars, madame de Montespan s'est retirée de la cour avec résolution de n’y plus rentrer et de passer une partie de l'année auprès de l'abbesse de Fontevrault, sa sœur, et l’autre au monastère de Saint-Joseph, à Paris, qu'elle a fait bâtir. On a si peu cru cette retraite volontaire, tpi’elle n’a pas plus tôt quitté son appartement à Versailles que le roi en a disposé en faveur de plusieurs dames*. Elle

* Le lieutenant particulier était un magistrat établi dans les sièges ro^iaux, ayant rang après le lieutenant général et présidant en son absence.

* Cet édit (Isambert, t. XX, p. i3i) remplaçait les jurés électifs des corps de métiers par des jurés en tiii*c d'oIGce, dans le but d'avoir davantage la main sur la police industrielle, et surtout aûn de profiler de la finance que l'on payerait pour acquérir ces charges.

* Jean-Jacques Renouart, sieur de Villayer, doyen des conseillers d'état, un des Quarante de T Académie française , mort te 5 mars 1691 .

* • Madame de Montespan, qui est de-

• puis quelques jours à Saint- Joseph, a

• fait dire au roi par M. de Meaux que le a parti qu*elle prenoit ctoit un parti de rea traite pK)ur toujours. Elle demeurera une a partie du temps à Fontevrault et l'autre a à Saint -Joseph. Le roi a donné l'appar-

a remis la clef de la cassette qui renferme ses pierreries entre les mains de M. l’évêque de Meaux; en prenant congé de M. le duc d’Orléans, et lui parlant de cet éloignement, il lui dit qu'il eût été bon qu’elle l’eût fait il y a vingt-cinq années.

J’ai été commis, par arrêt du conseil, pour procéder à la vente de trois vaisseaux marchands échoués sur la côte de Carteret. Leur principale charge étoit de sucres et d’épices; il en est revenu 60,000 écus au roi , qui n'en auroit [rien] tiré sans les soins que j’ai pris pour en empêcher la pillage.

J’ai adjugé, en exécution d’un arrêt du conseil, les deux vaisseaux anglois conduits à Granville avec toutes les marchandises dont ils étoient chargés, le grand vaisseau 10,300" avec ses agrès et canons, et le petit 1,090", qui est plus qu’ils ne valoient, le grand étant endommagé du dessous. La cassonade blanche a été vendue s4" a’ le cent pesant, et la brute ou brune i4"«a’, en sorte que la vente tant de ces cassonades que de l’indigo, du coton et du gingembre, montera à 90,000 ". Si cette vente avoit été faite par les officiers de l’amirauté, elle n’auroit rien produit au roi et tout auroit été consommé en frais.

J’ai fait aussi la vente des deux vaisseaux échoués à Agon, dont la charge, qui consiste aussi en cassonade, coton et gingembre, presque tous fondus ou pourris, a été très-peu vendue. Le vaisseau, qui avoit coûté 1 a, 000 écus à bâtir, a été vendu à vil prix, le tout par la faute des officiers de l’amirauté qui ont laissé dépérir une partie des marchandises qu'on avoit tirées du vaisseau, lis pouvoient même sauver le vaisseau en le mettant à flot avec une douzaine de barriques vides; faute de cette précaution, il s’est brisé sur le rivage.

Le 39 avril , j’ai envoyé à M. de Ponte h ar train, lors secrétaire d’état

« tement des bains qu'elU avoit à II. le duc • du Maine. • {Joarnal de Dtuigtm , 1 5 mors 1691.)

• Madame dalfiHMfan a élâ qoeique- « fois à Cla^y et s'en est retournée é Pa-

• ris, et elle dit quelle n'a point absolu-

• ment renoncé é la cour, qu'elle verra en-

• core le roi quelquefois , et qu'é la vérité

• 00 s'est un peu bélé de faire démeobler

• son appartemenl. • {Ihid. i5 avril 169t.}

DE NICOLAS-JOSEPH FOUCAULT, de la marine, l’état au juste du prix des trois vaisseaux anglois vendus à Agon et à Granville , et des marchandises dont ils éloicnt chargés. Le tout monte à i5o,i66** i i* a*^; et j’ai été d’avis de ne point taxer les salaires des officiers de l’amirauté de Coutances, ayant par leur faute donné lieu au pillage et au dépouillement desdites marchandises, et à la perte d’un grand vaisseau qui avoit coûté 36,ooo** et dont les débris n’ont été vendus que 3,66 1 **. Ces officiers méritoient même d’être rendus responsables de ces pertes.

J’ai réglé à 6oo** la taxe pour le sieur de Bauval, que j'ai subdélégué pour l’exécution des arrêts du conseil qui m’ont commis pour connoitre de l’échouement et prise desdits vaisseaux et pour la vente de leurs marchandises.

J’ai envoyé k M. de Pontcbartrain un mémoire des contraventions que les officiers de l’amirauté de Coutances ont faites aux ordonnances de la marine dans l’occasion de cet échouement, ce qui cause au roi une perte de plus de 5o,ooo **; que le lieutenant de l’amirauté, homme noté , mériteroit que le roi l’obligeât de se défaire de sa charge.

Au mois d’avril, le roi a accordé, sur mon avis, dix minots de sel à l’hôpital de Caen.

Au mois d’avril, on a proposé M. de Bemières, conseiller au parlement de Rouen, pour mademoi.selle Foucault;il a 3o,ooo** de rentes et se fait président au mortier.

On a établi un camp de quatre mille hommes à la Hougue , pour s’opposer aux descentes que pourroient faire les Anglois et Hollandois.

Au mois d’avril, M. de Pontcbartrain m’a envoyé un ordre pour faire arrêter un homme dont il m’a envoyé le portrait, sur l’avis qu’il a eu que c’étoit un espion envoyé par le prince d’Orange. Il a été arrêté par Chariot, garde de la prévôté de l’hôtel, que j’ai envoyé après lui, mais il s’est trouvé que ce n’étoit pas un espion'.

' Répétition : iSur Tivu que j'ai reçu • Normandie, même passé à Caeo.j'ai en>

• que le prince d’Orange avoii envoyé un t voyé apréa loi le sieur Chariot, garde de

• espion en France et qu’il étoit venu en •laprév6téderbôtel,pourlesuivre.llaété

Le . . mai , ma Hile aînée a fait profession dans l'abbaye de Jarcy. — Vid. le contrat.

La charge de premier président de Rouen ayant vaqué, au mois de mai, par la mort de M. de Ris, je l'ai demandée au roi et en ai écrit à MM. les ministres. Elle a été donnée à M. d'Enneval.

M. de Chàteauneuf m'a mandé, au mois de mai, que l'intention du roi [étoit] qu’aucun religieux liégeois ne fût élu provincial, définiteur ni supérieur au chapitre provincial des Carmes, mais que ces places fassent remplies par des François, comme aussi que les pères Albert et François Guidon fussent exclus dudit chapitre, ce que M. r évêque de Bayeux et moi, à qui ledit ordre a été adressé, avons fait savoir au père de Verthamont, commissaire du général, et aux provincial et définiteurs, le chapitre devant se tenir à Caen ; ce qui a été exécuté.

Au mois de juin, mon père m'a paru, par ses lettres, frappé de la pensée d'une fin prochaine ; il m’en a écrit qui sont pleines de tendresse.

Le 6 juillet, à deux heures après midi, mon père est mort d'une défaillance de nature, à l’âge de quatre-vingts ans, après une maladie de deux mois.

J’ai fait un voyage à Paris incontinent après la mort de mon père, arrivée le 6 juillet.

Après la mort de M. de Louvois, arrivée au mois de juillet 1691, M. Le Pelletier de Souzy ' ayant été chargé de la direction générale des fortifications des places du royaume, j’ai entretenu un grand commerce avec lui sur les ouvrages qui ont été faits pour la défense des côtes de basse Normandie.

Le roi ayant créé une charge d’avocat du roi au bureau des finances^ de Caen, j’ai demandé à M. de Pontchartrain , le 19 sep-

< arrête à Paris et mis à la Basüite ■ ( Voy. une autre répétition probable au mois de mars précédent)

* Micbel Le Pelletier* seigneur de Souzy, né en i6^o, intendant des finances en

1684» directeur général des fortifications du royaume en 1691 ; mort doyen du cou* seil d'état en lyafi.

* Les bureaux des finances étaient des juridictions composées d'ofiieiers qu'on

tembre, en quoi consistoient les gages, et le prix auquel le roi la fixe.

Le roi faisant travailler à un règlement pour les tailles, M. de Pontchartrain en envoyoit chaque ûtre à MM. les intendans pour y faire leurs observations.

Au mois de septembre, M. de Pontchartrain m’a envoyé un arrêt du conseil pour obliger les riverains de la rivière de Dives d’en élargir le canal dans les endroits où il s’est formé des atterrissemens. Cet arrêt a été rendu sur mon avis et après la visite que j’ai faite dans le cours de ladite rivière.

Il est arrivé une petite sédition à Granville, au sujet de l’établissement qu’a voulu faire le traitant de la vente des charges de pourvoyeurs d’huîtres', quoique je lui eusse défendu d’aller à Granville que je n’y fusse; mais le lieutenant de roi a apaisé ce désordre, et j’ai été d’avis de supprimer ces charges.

Le roi ayant créé des chaînes de gardes jurés des corps de marchands et artisans, j’ai engagé, au mois de septembre 1691, lesdits corps de la ville de Caen de se racheter de l’établissement de ces charges en faisant des offres au roi , à l’exemple de la ville de Rouen. Ils ont offert a5,ooo^, et j’ai mandé à M. de Pontchartrain que je les porterois à aller jusques à 3o,ooo**, etque je trouvois ces offres plus avantageuses au roi que le prix de la vente de ces charges. Je lui ai envoyé un projet d’arrêt, et l’ai assuré que les autres villes de la généralité de Caen suivroient l’exemple de Caen. Toutes les autres villes n’ont pu fournir que aS.ooo*^.

Le débit des charges de procureur du roi et de greffiers des villes a été fait en peu de temps dans cette généralité.

appelait trésoriers de France, et connaissant de toutes les affaires qui concernaient le domaine du roi et les droits qui en dépendaient, sauf appel au parlement.

' L’édit portant création de pourvoyeurs vendeurs d'huitres à l’écaille est d’août

1691 (Isorabert, t. XX, p. iSq). Lu motif allégué dans le préambule de cet édit est de pourvoir à l’approvisionnement des villes et de faire cesser le monopole de ce commerce entre les mains de quelques marchands.

Le roi ayant créé des chaînes de courtiers de vins^ j’ai mandé à M. de Pontcharlrain que , les particuliers qui vendent leur cidre en basse Normandie ne se servant point du ministère de courtiers, je ne croyois pas que cet édit dût avoir son effet dans la généralité de Caen.

La levée des droits d'amortissement dans la généralité de Caen a monté à 298,27/1**.

Le rôle pour les rentes constituées étoit de i5o,ooo**; les frais de ces recouvremens n’ont monté qu’à i,643 **.

L’ustensile* pour [l’armée], imposé en 1691 pour 1692, montoit pour l’infanterie à 97,600**, et pour la cavalerie à 862,490.

Les habitans des côtes de la basse Normandie, du côté de Coutanccs, faisant un commerce journalier de marchandises de contrebande avec ceux des îles de Jersey et Guemesey, j’ai propose à M.de Pontcharlrain d’établir une patache armée qui croiseroit depuis Saint- Malo jusques à Cherbourg pour l’enipêcher. Les fermiers généraux offrent d’en faire la dépense. Le nommé Le Roux, renommé fraudeur, à qui le juge des traites de Coutances fait le procès, débitoit les bas qu’il tiroit des îles angloises à Mignot, marchand bonnetier demeurant à Paris, et à Jacques Le Locher, marchand à Saint-Malo. J’ai jugé ces fraudeurs, en vertu d’un arrêt du conseil, le 28 novembre 1691, et ai condamné Le Roux, dont la maison servoit d’entrepôt au commerce, à un bannissement pour six ans; les matelots qui ont été pris dans un bateau de l’île de Jersey avec des Anglois, apportant du tabac et autres marchandises, aux galères, et les autres qui ont participé au commerce en des amendes, chacun à proportion qu’il s’est trouvé coupable. Ce jugement a contenu les fraudeurs, v»!

' Nous ne trouvons à cet égard qu'un édit de 1704 (Isambert, Ane. lois Jnutç.

t. xx,p. 457). J

’ On appelait aUui en termes de guerre les meubles que les habitants étaient obligés de fournir aux soldats qu'ils logeaient,

un lit avec des draps, un pot, un verre, une écuelle , place au feu et à la chandelle. ' Ce droit, dû en nature an passage des troupes , fut converti en un impôt en argent, qu'on leva sur les paroisses où les troupes ne logeaient point.

Le 29 novembre 1691*, M. d’Avaray, colonel de dragons, a épousé, à Caen, Catherine-Angélique Foucault, ma quatrième et dernière sœur. Les noces ont été faites à Banneville.

U s’est fait une assemblée de nouveaux convertis à Fresne, près Tinchebray, dont j’ai jugé les coupables au présidial de Caen, le 1 8 décembre 1691, et, comme il ne s’est trouvé de preuve complète que contre le nommé Richard Onfroy, dans la maison duquel ces assemblées SC sont tenues, il a été le seul condamné à moit, ses deux filles condamnées à servir les pauvres dans un hôpital. Il y a eu un plus amplement informé contre ceux qui ont assisté à cette assemblée, faute de preuve, s’étant tenue la nuit; j’ai mandé à M. de Châteauneuf que je croyois à propos de faire exécuter ce jugement en la personne d'Onfroy, étant un opiniâtre et dangereux religionnaire, (|ui avoit fort maltraité et laissé pour mort un buissier qui avoit voulu dresser un procès-verbal de ces assemblées. La peine a été commuée aux galères perpétuelles, mais il ne s’est pas trouvé en état d’y servir.

Au mois de décembre, j’ai fait accorder les ruines du château de Saint-Sauveur à l’hôpital de Saint-Sauveur [à Caen].

.Au mois 1 69 1, le roi a créé une charge de premier pré-

sident au bureau des iinances de Caen; elle a été depuis réunie au corps.

Il a aussi été créé dans le même temps des charges de chevaliers d’honneur dans les présidiaux de Caen et de Coutances, qui ont été levées*.

' D'après La Chenaye-Desbois [Dictionnaire de lu noblesse) , c'est le 6 novembre 1 6g I que ce mariage eut lieu.

* L'édit de création de ces officiers est de mars iGgi (Isamberl, t. XX, p. i3i). On en attribuait un à chaque présidial. Les chevaliers d'honneur siégeaient l'épée au côté, après les présidents, mais avant les conseillers. Ils avaient voix délibérative en matière civile, mais ne participaient pas aux épices et antres émoluments des con-

seillers, sans doute pour ne pas porter atteinte è leurs droits acquis. Kn matière criminelle, ils n'avaient voix délibérative qu’à condition d’étre gradués. Les avantages de ces offices étaient 4oo** de gages, l'exemption du ban et de l'arrière-ban , de la taille et de la curatelle; on ne |>ouvait les posséder qu’en faisant preuve de noblesse. Nulle part on n'aperçoit plus clairement qu'ici le but purement fiscal des offices imaginés par Pontchartrain. Voyec

Le roi a créé en 1691 des charges de vérificateurs taxateurs de défauts*, des chevaliers d’honneur,

J’ai proposé à M. de Barbezicux, dans la conjoncture de la guerre, de laisser des troupes à la Hougue, mais que les Irlandois n’étoient pas assez bien disposés pour la France pour leur confier la garde de nos côtes, pour laquelle 3, 000 hommes d’infanterie françoise, un régiment de cavalerie ou de dragons, la noblesse et les milices sufliroient.

Le roi a envoyé en Cotentin douze bataillons irlandois et neuf François et douze escadrons de cavalerie et de dragons, qui doivent composer la principale partie de l’armée qui doit passer en Angleterre avec le roi Jacques et M. le maréchal de Bellefonds. Ces troupes y sont arrivées dans le mois d’avril. Les Irlandois étoient sans souliers, sans bas, sans chapeaux et sans linge. Ils avoient vendu le linge qui leur avoit été fourni.

J’ai fait fournir du pain à ces troupes pendant un mois, en attendant les munitionnaires, qui ont tardé quinze jours à venir et ont été fort négligens dans les fournitures qu’ils ont faites.

J’ai mandé à M. de Barbezieux que les Irlandois témoignoient de la mauvaise volonté pour le service, et qu’il y avoit du danger de leur confier la garde de la côte, qui seroit plus sùrenient entre les mains des troupes françoises, y en ayant assez pour assurer la côte contre les descentes des ennemis.

M. Le Pelletier m’a écrit de la part du roi de faire fournir des che-

Hans Depping, Corrtsp. adminislr. sous le rèyne de Louis XI K, t. Il , p. 430 , une lettre du chancelier Pontcharlrain à Brelcau, président du présidial d'Alençon , en date du a4 mai 1706, conlenanl des instruc* tions sur la tenue du chevalier d'honneur aux séances du présidial. 11 doit y assister en habit et en manteau noir, avec le collet et l'épée.

' L'édit qui institue dos vérificateurs et rapporteurs (non taxateurs) des défauts est de mars 1691. Ils avaient pour mission de vérifier, à la vue des titres et pièces de procédure , si les délais avaient été observés et si les demandes étaient suilisamment justifiées. Ils étaient rétribués au moyen de droits attachés à leurs ollices. En 1716 on les supprima, mais en main-

vaux de poste au roi d'Angleterre depuis Falaise jusqu’à Carentan; sa lettre est du lâ avril 169a.

M. de Pontchartrain père m’a écrit, le 16 avril, que le roi d’Angleterre devoit partir incessamment de Saint-Germain pour se rendre en Normandie, et M. Le Pelletier de lui faire préparer des relais jusqu’à Carentan.

J’ai reçu des ordres de la cour, au mois d’avril 1693, pour empêcher qu’on ne fasse de cérémonie au roi d'Angleterre dans les endroits de son passage dans la généralité de Caen.

Le roi d’Angleterre est parti de Paris le ai avril 169a; le a a il a couché à la Trappe, où il a séjourné le a3; a couché le a4 à Caen, à l’évêché, où je lui ai donné à souper. Il étoit accompagné du comte de Melfort’, son premier ministre, qu’il avoit fait chevalier de la Jarretière avant son départ de Paris, et d’un petit nombre d'olEciers de sa maison. Le roi lui avoit donné le sieur de Lussey, exempt des gardes ^ pour commander les gardes qu’il lui avoit donnés.

Sa Majesté britannique partit de Caen le a5, alla dîner à Bayeux et coucher à File Marie chez M. le maréchal de Bellefonds. J’eus l’honneur de l’y accompagner. Elle y a passé les 36 et 37, et est venue camper à Quinéville, sur le bord de la mer, le a8.

M. le maréchal de Bellefonds m’a mandé, le a 1 avril, que lesAnglois faisoient de grands préparatifs pour faire une descente en France, par leurs correspondances avec les religionnaires, et qu’ils avoient quatre cents voiles.

M. de Pontchartrain m’ayant envoyé un rôle de 100,000" à imposer sur les corps des arts et métiers, je lui ai mandé , le 1 9 mai 169a,

tenant la perception des droits au profit du * Chaque compagnie des gardes du corps

roi. avait douze exempts, qui portaient un bâ*

' John, lord Melfort, Écossais, frère du ton de commandement en ébène garni duc de Perth. Sur )e caractère et Thistoire d'ivoire par les deux bouts Le Journal de de ce personnage, voy. Macaulay. Uistory Dangeau n'écril pas M. de Lussey, mais vie of Enghnd fnm the accestion of James II, « chevalierde Lucé, exempt de la première passim. •% v compagniedesgardeadu corps frtn<^jis. •

qu’ils fitolcnt absolument hors d’état de payer cette somme, et que j’étois d’avis qu’elle fût imposée sur toutes les paroisses comme la taille, si le roi étoit détermine à tirer cette somme.

Le roi avoit donné ordre par écrit signé de sa main à M. le comte de Toumlle, vice-amiral, d’attaquer les flottes angloise et hollandoise, fort ou foible, dans la Manche. 11 est venu les chercher, et, les ayant trouvées vers le milieu du canal, à la huutcui' de Barfleur, il attaqua quatre-vingt-neuf vaisseaux avec quarante-quatre*. Il eut d’abord le vent sur eux et coula deux de leurs vais.seaux à fond, et en démâta plusieurs autres; mais, la nuit étant survenue sans que notre flotte eût perdu aucun vaisseau, elle se relira. M. de Tourville prit sa route du côté des îles de Jersey; mais, les ancres n’ayant pu tenir parce que le fond ne se trouva pas bon, il gagna la Hougue, et il arriva à la Hougue le samedi 3 i mai, avec seize vaisseaux, les ennemis derrière lui. La veille, M. de Nesmond prit le large avec deux vaisseaux, et il n’y eut que treize vaisseaux qui arrivèrent à la Hougue à la vue des ennemis.

Le Soleil-Royal et deux autres vais.seaux ayant gagné Cherhoui^ y' ont été brûlés par quatre vai.sseaux, après une vigoureuse défense. Les autres vaisseaux ont gagné Brest et le Havre. ^

L’armée navale commandée par M. de Tourville étoit comjiosée de quarante-quatre vaisseaux de ligne, et les ennemis en avoient^ fjuatre-vingt-neuf.

Le 3i mai. les Anglois et les Holiandois vinrent brûler les vaisseaux^ du roi à la Hougue. — {Vid. la relation.) '■>Wi

RELATION DE CE QLI S’ESl' PASSÉ A LA HOÜGÜE.

AU BRÛLEMENT DE NOS VAISSEAUX, LES l" BT 2 JUIN 1693. L

M. de Tourville arriva à la Hougue avec douze vaisseaux ië' mai au matin. Il mouilla Je ^soir à la rade à la portée du canon de ' terre, le fond du bassin de la Hougue étant, très-bon. pour l’ancxage;^

•' Le combat naval de la Hougue fut livré le ag mai 169a. r

mais M. de Sepville, neveu de M. le maréchal de Beilei'onds, qui montoit le Terrible, pour avoir voulu ranger de trop près l’île de Tatihou, s’échoua sur une pointe de roche qui paroît de basse mer, et, comme nos vaisseaux pouvoient approcher plus près de terre, le sieur de (ioinhes, qui a dressé les plans pour Faire un port à la llougue, fut leur marquer le mouillage, et, sur les neuf heures au matin du i*" juin, les douze vaisseaux vinrent chacun prendre leur place, les ennemis demeurant toujours mouillés à deux portées de canon du plus avancé en mer de nos vaisseaux.

M. de Tourville accompagné de MM. d’yVufreville et de Villette vinrent trouver le roi d’Angleterre à la Hougue, pour prendre l’ordre de ce qu’ils avoient à faire, ils proposèrent tous trois d’attendre les ennemis et de .se défendre. M. de Villette ayant dit dans son avis que, si le vaisseau qu’il commandoit étoit marchand ou corsaire, il le feroit échouer, mais que, s’agissant des vaisseaux du roi, il croyoit la gloire de Sa Majesté intéressée à les défendre jusqu’à l’extrémité, le roi d’Angleterre et le maréchal de Bellefonds furent sans balancer de ce sentiment, et il fut résolu que nos vaisseaux demeureroient mouillés et attendroient les ennemis. MM. de Tessé, lieutenant général, Gassion et de Sepville, maréchaux de camp, mylord Melfort, MVl. de Bonrepaux* et Foucault furent présens à cette délibération, et MM. de Tourville, Anfreville et Villette retournèrent chacun à son bord pour donner ordre à tout. M. Foucault y fut avec eux et entra dans le vaisseau de M. de Villette pour savoir si lui ou les autres capitaines avoient besoin de quelque chose. On lui demanda de la poudre , la plupart des vaisseaux n’en ayant pas sullisammeut, et même celle qu’ils avoient eue à Brest étant trop foible, ne poussant pas le boulet la moitié si loin que celle des ennemis. Au surplus le vaisseau de M. de Villette étoit en fort bon état, et on assura ledit sieur Foucault qu’aux ancres près les autres étoient de même. On envoya en toute diligence chercher toute la poudre qui étoit dans les magasins

' l'rançois d’UsHon, seigneur de Bonrep.nu, inlcndanl général de la marine et des armées nnvuies, innrl en i7i9-

de Valognes et Carentan; mais elle ne servit de rien, car la résolution qui avoil été prise le matin de se défendre à Tancre fut changée le soir par M. le maréchal de Beilefonds en celle de faire échouer les vaisseaux \ et ne fut néanmoins exécutée que le lendemain a juin, à la pointe du jour, avec beaucoup de précipitation , de désordre et d’épouvante, les matelots ne songeant plus qu'à quitter les vaisseaux et à en tirer tout ce qu’ils purent depuis la nuit du dimanche i®' juin jusques au lendemain sept heures du soir, que les ennemis qui n’avoieut fait que rôder autour de nos vaisseaux, sans en approcher à la portée du canon pendant qu’ils les avoienl vus à flot, envoyèrent des chaloupes sonder et reconnoitre l'état où ils éloient. Voyant qu'il n’avoit

' Voici le récit de M. de Villetle sur ce changement de résolution et sur le dé* sastre qui en fut U suite :

« Le marquis de Nesmond, avec les cinq

• vaisseaux de sa division, avoit déjÀ paru « devant la Hogue quand le comte de

• Tourvüle y arriva ; Périnet et Roqiic-Per-

• sin se rallièrent à lui et augmentèrent |>ar

• là une perle qui cominençoil à nous pa-

• roitre indubitable.

• Le comte de Tourvüle , qui prélendoil « avoir un ordre asses précis de ne rien

• faire, dans rextrémilé où il se Irouvoit,

• sans avoir consulte le roi d'Angleleire, « le maréchal de Beilefonds et M. de Bon* «repaiix, alla le lendemain au malin 3i

• à terre, accompagné de MM. d'Anfrevilie

• et de Villeltc.

■ On tint conseil, et Ton aiiroit conclu « infailliblement à jeter les canons à la mer. « à rendre les vaisseaux assez légers pour

• les échouer fort près de terre, à y faire

• des batterieset à Iravaülerà deseslacades ,

• si le matéchai de Beilefonds ne a'y étoit « opposé , en assurant que cela ne seroit pas

• du goût du roi. Ou résolut donc de dé-

• fendre les vaisseaux avec cent chaloupes

• bien armées, que le maréchal de Belle-

■ fonds prometloit de nous envoyer.

« 11 fut impossible au maréchal de Bel- < Icfonds d'armer aucune des cent cha-

■ loupes qu*U avoit promises, et le second

• de juin on n*avoit (ait autre chose que «baler les vaisseaux un peu à terre, et t échouer les six plus gros du côté de « rilet , auprès d'un fort qui est a la gauche

■ de la Hogue, comptant parmi ces six U « Terrible, qui étoit échoué dès le premier

■ soir; les six autres du côté des Hoguets, «derrière le fort de la Hogue, dans une

• plage où les bâtimens de cliarge, qui y

• éloient en grand nombre, échouoient à

• toutes les marées.

• On étoit dans cette disposition quand

■ on apprit que les trois vaisseaux qui s'é-

■ loient retirés vers Cherbourg avoienl été

■ brûlés par les ennemis malgré leur ex-

■ Iréme résistance, et qu*une partie des

■ équipages avoil sauté en l'air.

■ Sur cette nouvelle, le maréchal de

■ Beilefonds se rendit volontiers, mais trop

■ tard, au sentiment des gens expérimen-

■ tés à la mer. Le marquis de VillcUe, à la

■ prière de ce maréchal , ci par Tordre du

DE NICOLAS-JOSEPH FOUCAULT, été pris aucune précaution pour en défendre l’approche, ils firent avancer, avec la marée basse, une chaloupe qui vint mettre le feu au vaisseau de M. de Sepville, qui étoitle plus avancé en mer et entièrement sur le côté. D’autres chaloupes suivirent cette première avec un bnilot et vinrent brûler les cinq autres vaisseaux , qui étoient échoués sous file de Tatihou. On tira à la vérité plusieurs coups de canon du fort sur ces chaloupes, mais ce fut sans effet, de même que les coups de mousquet que nos soldats tirèrent du rivage, et les ennemis ramenèrent leur brûlot n’ayant pas été obligés de s’en servir.

Tout cela se passa à la vue du roi d’Angleterre et de M. le maréchal de Bellcfonds, qui étoient au lieu de Saint-Vaast, près la

t comte de TourviUe, alla trouver le roi «d'Angleterre pour lui dire qu'il ny avoit

• pas un luoment à perdre, si l'oo vouloil

• sauver les équipages.

■ Les ennemis éloient déjà à la portée «du canon des six premiers vaisseaux,

■ quand le marquis de Villetle vint en ti^

• rcr les matelots, à quoi la diligence et le « bon ordre servirent beaucoup.

• Il mit ensuite le feu à VAmiitieus, dont

• les ennemis pouvoienl se rendre maîtres, « aussi bien que du SfcrveilUtuc et du Foa- « droyant , car ces trois vaisseaux, qui étoient «les plus gros des six, étoient demeurés

■ droits après l'échouage; mais le comte de «Tdurviile donna ordre d'éteindre le feu

■ qui étoit déjà pris à t Ambitieux. Cet «ordre fut exécuté par les officiers de ce

• vaisseau avec beaucoup de peine et de

• danger. M. de Tourville se Haltoit que

• quinsc chaloupes , dont il tiy en avoit que

• huit armées, cnipécheroient les ennemis «d'approcltcr. 11 se mit sur le canot de ntAmbiUfox, accompagné du marquis «de Villetle. de Coellogon et de Henau, «et s'avança pour animer par sa pré>

« sence les clmloupcs à faire leur devoir. « Mais que faire avec un si petit nombre,

• contre cent cinqu.mle chaloupes cnne* «mies, contre une demi'galère, deux ga- « lioltes à rames et plusieurs brûlots sou*

• tenus par cent vaisseaux de guerre ?

• Le 3 • au matin , les ennemis brûlèrent

• les six autres vaisseaux de guerre, et si « M. de Villcllc n'eût pris un soin parlicii- «Hcr de jeter des matelots et des soldats « et quelques grenadiers dans les bàllmcns «de charge qu'il vit abandonnés, tout au- «roit eu le même sort. On sauva la plus

• grande partie de ces bâtimens, non sans « péril, car ce secours fut mené par M. de « Villelte sous le feu des ennemis , qui en ■ faisoient un extraordinaire de canons, de

• mousquets et de grenades, et cette nation

• insolente, enflée par le succès, n'épargna

• pas son roi, qui rcgardoii ce lorribK*

• spectacle, et lui lira quelques coups avec

• connoissance. • {Mémoires du manjuit de Villette, publiés pour la société de l'hisloiro de France, par M. Monmerqué, p. i33, un volume in-8*. Paris, Renouard, i844.)

I longue, où ils demeurèrent Tort longtemps à considérer ce triste spectacle.

I.e lendemain, à huit heures du matin, les ennemis revinrent avec la marée du côté de la Hougue, où étoient les six autres vaisseaux échoués sous le canon du fort; ils y envoyèrent plusieurs chaloupes, rjui les abordèrent et les brillèrent avec la même facilité qu’ils avoient trouvée la veille pour les six premiers, nonobstant le feu du canon du fort et celui d’une batterie que M. le chevalier de Gassion avoit fait dresser à barbette, qui seule produisit de l’eflét, ayant écarté quelques chaloupes dont elle tua plusieurs hommes.

Lorsque les ennemis eurent mis le feu à ces six vaisseaux, ils eurent l’audace d’avancer dans une espèce de havre où il y avoit vingt bàtlinetis marchands, deux frégates légères, un yacht et un grand nombre de chaloupes, tous échoués près de terre, et brûlèrent huit vaisseaux marchands, entrèrent dans une gribane' et un autre bâtiment qu’ils eurent la liberté et le loisir d’appareiller et d’amener avec eux en criant Vive le roi, et sans la mer qui se retiroit ils auroient brûlé ou enlevé tout le reste. La première expédition ne leur avoit pas coûté un homme ; il y en a eu peu de tués ou blessés dans celle-ci , quoique les ennemis se soient approchés si près du rivage, qui étoit bordé de mousquetaires, que le cheval du bailli de Montebourg, qui étoit près du roi d’Angleterre, eut la jambe cassée d’un coup de mousquet tiré (les chaloupes angloises. Elles s’étoient fait suivre par deux brûlots (pil, pour s’etre trop avancés, échouèrent sur des pêcheries, et les ennetnis v mirent le feu en se retirant.

11 n’y a pas lieu de s’étonner que cette seconde entreprise ait si heureusement réussi pour eux. Il étoit trop tard, après les premiers vaisseaux brûlés, de prendre des {xrécautions pour sauver les autres, la mer ayant été basse pendant la nuit qui fut l’intervalle des deux actions, et par conséquent il n’auroit pas été possible de se servir de nos frégates et de nos chaloiqies qui étoient échouées.

' Gronde boixjuc niâléc.

Mais voici la grande faute que l'on a faite et qui a causé tout le mal. C’est de n’avoir pas pris, dès le 3 i mai au soir que nos vaisseaux arrivèrent, la résolution de les faire échouer; car, dès ce moment , on aurait commencé par faire jeter les canons dans la mer, faire sortir tous les meubles et ustensiles, ce qui auroit sauvé les canons et allégé tous les vaisseaux, en .sorte qu’ils se seroient échoués plus proche <le terre et, par conséquent, auroient été mieux couverts et défendus par les batteries des forts et de notre mou-squeterie. L’on auroit ensuite fait des e.sUcades avec des vaisseaux marchands coulés à fond, des radeaux, mâts, vergues et chaincs des vaisseaux, qui auroient empêché les brûlots d’en approcher.

Il y avoit deux cents chaloupes que l’on avoil fait venir de tous côtés pour l’embarquement de l’armée distinéc pour l’Angleterre, .sans compter celles de nos vais.scaiix que l’on pouvoit armer et faire soutenir par les deux frégates légères et yacht qui vont à rames et à voiles et ont du canon. On pouvoit encore jeter des grenadiers et des iiiou.squetaires dans les vaisseaux échoués (pii, A la réserve de celui de M. de Sepville, ont toujours été droits sur leurs quilles.

Toutes ces défenses, jointes à celle du canon et de la mousqueterie de terre, étoient suffisantes pour écarter les brûlots et les chaloupes des ennemis, et ils auraient été réduits à prendre le parti de canonner nos vaisseaux de loin et, par conséquent, avec peu d’tdfet. On pourra dire que les ennemis ne nous auroient pas laissé le temps de prendre toutes ces précautions, et qu’ils scroicnl venus brûler nos vaisseaux dès qu’ils les auroient vus échoués; mais ils n’auroient osé l’entreprendre, s’ils les avoient vus tout à lait sous le canon de nos forts, et la mer couverte de nos chaloupes soutenues par nos fn'*gates. car il ne falloit que les mettre à flot cl y faire entrer des matelots et des soldats, et les ennemis nous auroient laissé assez de temps pour faire l’estacade.

Quoi qu’il en soit, il falloit au moins donner les ordres de taire toutes ces choses et ordonner les mouvemens nécessaires pour les faire exécuter; mais M. le maréchal de Bcllcfonds est demeuré dans

une inaction qui a fait perdre courage à tout le monde. Le désordre ut la confusion se sont mis parmi les équipages des vaisseaux, les matelots et les soldats n’ayant plus songé qu’à piller et se sauver jusqu’à ce qu’ils aient vu les ennemis approcher. La consternation a même passé aux troupes de terre, les soldats n’ayant donné dans les deux actions aucune marque de courage. On en a vu sortir avec les olFiciors d'une barque marchande où on les avoit mis, du plus loin qu’ils ont vu une chaloupe des ennemis.

Le roi d’Angleterre a été spectateur de la seconde action avec la même tranquillité d’esprit et sérénité de visage qu’il a fait paroitre pendant la première, et n’a jamais été d’avis de faire échouer les vaisseaux.

,\ l'égard de M. de Bonrepaux, on n’en peut rien dire, étant demeuré dans sa maison pendant les deux expéditions, et il a seulement [été] remarqué qu’il a agi en tout fort mollement depuis qu’il est a la Hougue, et qu’il a toujours été très-mal instruit des forces des ennemis.

Les canons des vaisseaux brûlés ont fort endommagé les parapets des redoutes lorsqu’ils ont tiré et que le feu a pris aux saintes-barbes. Il y a eu des brandons enflammés qui ont mis le feu dans un magasin de la Hougue et qui l’ont pensé porter jusqu’à celui des poudres.

Il se trouvera des canons fondus, et beaucoup parmi ceux qui ne l’ont point été qu’il faudra remettre à la fonte.

triant aux vaisseaux qui furent brûlés à Cherbourg, quoiqu’ils fussent éloignés de tout secours, le grand feu qu’ils ont fait a tenu les ennemis en respect pendant tout un jour, et ils n’ont péri par les brûlots qu’après une résistance beaucoup plus longue et plus grande qu’on ne poiivoit espérer de l’état où ils étoient.

11 est à craindre que la facilité que les ennemis ont trouvée à venir brûler nos vaisseaux jusques dans les endroits les plus proches de la terre, et le peu de résistance que nous avons faite, ne leur donnent le courage d’entreprendre quelque chose sur nos côtes, et il sera bien nécessaire de laisser deux ou trois mille hommes de troupes réglées

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