‹ Mémoires de Nicolas-Joseph FoucaultChapitre 14 sur 115 · CXXV1II · texte numérisé non relu

CXXV1II

INTRODUCTION

paroisses, et, de son autorité privée, y envoyait des soldats vivre à discrétion.

Foucault prit encore, en plus d’une occasion, une part directe aux affaires militaires, soit en indiquant des places à défendre, soit en fortifiant lui-même des points menacés, soit en concourant de sa personne aux opérations de l’armée active.

Pendant la première guerre de Hollande, nous l’avons vu, en 1674, convoquer à la hâte l’arrière-ban et les milices pour résister à un coup de main qu’011 redoutait; plus tard1, il proposa à Louvois de mettre garnison dans le château de Foix, pour arrêter les incursions que la garnison espagnole de Puycerda ne cessait de faire dans ce pays.

L’Espagne ayant déclaré la guerre à la Fiance, le 1 1 décembre 1 683 , à propos des prétentions de Louis XIV sur la Flandre et sur le Luxembourg, une armée française, sous les ordres du maréchal de Bellcfonds, fut réuuie au pied des Pyrénées, en 1684. Foucault, alors intendant en Béarn, prit part à une expédition inoffensive par laquelle elle débuta. C’était ce qu’on appelait, d’un mot espagnol emprunté à la langue et aux usages arabes, une algarade, c’est-à-dire une pointe en pays ennemi, avec l’intention de faire immédiatement retraite. Celle-ci fut dirigée contre Roncevaux, au mois de mars 1 684 , et Foucault y assista à la tête de -la noblesse béarnaise. 11 en a laissé un récit animé1. La dépense de l’expédition monta à 76ç)tt3. 11 n’y eut ni un coup de fusil tiré, ni représailles de la part des Espagnols, comme on le craignait. Le 2 1 avril suivant, Foucault reçut l’ordre du roi de faire arrêter tous les Espagnols qui passeraient dans sa généralité, par représailles pour un officier français arrêté dans le Milanais.

1 Mémoires, i5 octobre 1676, p. 3g. * Dépêche de Louvois à Foucault, du

’ Ibid. p. g5 et suiv. . 8 avril t684, p. 5io.

INTRODUCTION. cxiix

Le 9 juillet, un autre ordre du roi lui enjoignit de faire sortir des troupes les Espagnols qui s’y trouvaient enrôlés, et d’empêcher qu’il en fût admis à l'avenir. Cette guerre, de peu d’importance, fut terminée, le i5 août 1 684 , par la trêve de Ratisbonne.

Foucault était encore intendant à Poitiers lorsque la guerre de la ligue d’Augsbourg éclata. Le 3 décembre 1688, elle fut déclarée aux Hollandais, et, dès le 37, Foucault reçut une ordonnance du roi, du 2 3 précédent, pour faire saisir dans sa généralité tous les biens appartenant aux Hollandais ou à ceux qui les auraient assistés. Le î 7 janvier 1689, un ordre de Seignelaylui enjoignit d’assister Bégon, intendant de la Rochelle, dans les travaux qu’il entreprenait pour fortifier Rrouage et Rochefort, et les îles d’Oléron et de Ré. Le 19, une dépêche de Louvois lui demanda des renseignements sur l’état de fortification des principales villes du Poitou, et sur les secours qu’un débarquement de l’ennemi trouverait dans les religionnaires de la province. Vers le même temps, Foucault proposa au ministre de faire travailler à la carte géographique du Poitou; mais Louvois répondit qu’il n'y avait que trop de cartes des provinces pour instruire les ennemis.

A son arrivée à Caen, en février 1689, Foucault y trouva tout en émoi. On craignait un débarquement du prince d’Orange en basse Normandie; les corsaires de Flessingue troublaient la Manche et interceptaient le commerce côtier de la Normandie et de la Bretagne. Il commença par proposer qu’on mît deux frégates en mer pour leur donner la chasse. II visita en même temps1 les fortifications des côtes. Les années 1689, 1690 et 1691 furent occupées à se prémunir contre les descentes possibles des Anglais. Vauban vint visiter les ouvrages;

1 Mémoire», a5 mar» 1689, p

INTRODUCTION

il jugea le château et les murailles de Caen en mauvais état. Foucault fait de ce grand homme un éloge très-senti. Vauban avait déjà travaillé à fortifier Cherbourg en 1688, mais Louvois, sous prétexte que le prince d’Orange, ayant formé le dessein de faire une descente en Normandie, se saisirait de cette place, et en réalité, suivant Foucault, par jalousie pour Seignelay de qui venait ce projet, fit raser la citadelle élevée par le grand ingénieur; Foucault, visitant Cherbourg en 1689, n’en trouva plus que les ruines, » un « chaos de débris de tours, de bastions et de murailles renversées1.» On travailla avec plus de succès à élever sur la côte de la Hougue des redoutes et des retranchements qui, malheureusement, ne devaient pas suffire à repousser l’ennemi. On voulait y faire un port, « comme à l’endroit le plus « propre des côtes de Normandie pour y tenir un grand nom- « bre de vaisseaux commodément et en sûreté. » Un ingénieur chargé d’examiner la question trouva que c’était l’ouvrage le plus facile et le plus nécessaire; «mais l’avis n’a pas été «agréable à M. de Louvois'1. » Cependant, au printemps de 1691, on y établit ud camp de 4, 000 hommes pour s’opposer aux descentes qu’on redoutait. La mort de Louvois, arrivée en juillet, ne changea rien au train des choses. La direction générale des fortifications passa à M. Le Pelletier de Souzy, avec lequel Foucault se trouva dès lors en rapports fréquents. A la fin de l’année. Foucault demanda à Barbezieux, qui succédait à son père comme ministre de la guerre, de maintenir le camp

1 Sur celle destruction de* fortifications de Cherbourg, et sur les opinions de Vau* ban et de Louvois à cet égard, voy. le* fragments de correspondance entre eux cités par M. Bande, dans la Revne des Deux Monda du t5 décembre i858.

p. 896 ( Cota de la Manche, Cherbourg).

* Mémoires , octobre 1 690 , p. *69. L’opinion de Vauban était également contraire à rétablissement d'un port à la Hougue : il préférait Cherbourg. (Voy. M. Baude, article cité, p. 897.)

INTRODUCTION, de la Hougue, mais d'en éloigner les réfugiés irlandais qui en formaient une partie, parce que, «dans la conjoncture de la

■ guerre, ils n’étoient pas assez bien disposés pour la France

« pour leur confier la garde de nos côtes1 11 Ils parloient avec

• très-peu de respect du roi d’Angleterre et beaucoup d’estime « du prince d’Orange2. »

Bien qu’on redoutât toujours des descentes, et qu’il en résultât quelquefois des paniques assez singulières3, la presqu’île du Cotentin fut le théâtre, au printemps de 1692, des préparatifs d’une expédition qui devait passer en Angleterre avec le roi Jacques et le maréchal de Bellefonds. Douze escadrons de cavalerie et de dragons y arrivèrent au mois d’avril avec neuf bataillons français et douze irlandais. Ces derniers étaient dans la plus extrême misère, «sans souliers, sans bas, sans cha-

■ peaux et sans linge; ils avoient vendu le linge qui leur avoit «été fourni.» Foucault fut obligé de faire nourrir toutes ces troupes en l’absence des munitionnaires, qui lardèrent quinze jours et se montrèrent fort négligents. A la fin du mois, le roi Jacques4 arriva lui-même, accompagné de lord Melfort, et alla camper à Quinéville, au bord de la mer. On avait reçu l’ordre de la cour de ne faire aucune cérémonie sur son passage. En ce moment on croyait encore à une descente des An-

1 Mémoires, 169a , p. a8o.

* Ibid, juin 169a, p. 389.

1 Ibid, fin de 1689. P

* Déjà, û son retour en France, «prés ia bataille de la Boyne, le roi Jacques avait passé par la basse Normandie, où Foucault l'avait reçu les a3 et ?4 juillet 1690.

11 en envoya à son père une relation Irèacurieose, qui est insérée aux Mémoires, p. a64 et suiv. Bien n'égale l’insouciance de Jacques : • Il paroît aussi insensible

« au mauvais étal de ses a (Ta ire s que si elles

• ne le regardoient point. Il raconte ce qu’il « en sait en riant, et sans aucune altération. • La population de Caen était très-jacobite -, on n'avait pu lempécbcr tout récemment de faire des feux de joie sur la fausse nouvelle de la mort de Guillaume 111 à la Boyne ; aussi reçut elle Jacques avec beaucoup de chaleur, il dîna clin l'intendant, qui eut l'honneur de lui présenter la scrrietle.

• Les jésuites le vinrent complimenter. ■

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glais, et le maréchal de Bellefonds le manda à Foucault le 3 1 avril. Le mois de mai se passa ainsi jusqu’à la catastrophe qui mit fin à tous les projets. La (lotte de Tourville, qui devait protéger le débarquement en Angleterre, fut attaquée le a 8 mai, entre la Hougue et Barfleur, par les escadres réunies d'Angleterre et de Hollande ; forcée de céder au nombre, elle se dispersa et alla chercher refuge dans tous les ports, depuis le Havre jusqu’à Brest. Treize vaisseaux de haut bord, commandés par Tourville lui-même, parurent le 3i mai au matin devant la Hougue, où étaient réunis le roi Jacques, le maréchal de Bellefonds et Foucault. L’ennemi les suivait à deux portées de canon. Comment les vaisseaux furent misérablement échoués au lieu d’être défendus, et comment les chaloupes anglaises vinrent les brûler à la côte sans résistance et presque sans coup férir, c’est ce qu’apprennent les relations écrites par Foucault, témoin oculaire, immédiatement après l’événement. La première est le compte rendu officiel qu’il devait au gouvernement : il n’y dit que la vérité, mais non toute la vérité, et se tait sur les causes qui firent qu'après avoir résolu de se défendre on y renonça pour se faire maladroitement échouer. Des bruits fâcheux couraient à cet égard, et, dès le 7 juin, le contrôleur général Pontchartrain, qui avait le département de la marine depuis la mort de Seignelay, écrivit une lettre très-vive enjoignant à l’intendant de lui révéler tout ce qui s’était passé. Foucault répondit par une seconde relation qui incriminait surtout le maréchal de Bellefonds et M. de Bonrepaux1. Nous n’essayerons pas d’analyser ici ces

1 Dans ses Mémoires (p. 1 33 et tuiv.), le marquis de ViUelte , un des officiers de marine qui assistèrent à ce désastre, raconte les choses un peu autrement Nous

donnons son récit dans les noies du texte « afin qu'on puisse le comparer à celui de Foucault et les compléter l’un par l’outre. Mais on ne doit pas oublier que la re-

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deux pièces importantes1, qui doivent être lues et pesées dans leur entier. La vérité était trop fâcheuse pour être avouée au public; on lui fit croire que c’étaient nos capitaines euxmêmes qui avaient mis le feu à leurs vaisseaux pour ne les pas laisser brûler par les ennemis, et cette version obtint assez de crédit pour être encore adoptée par Voltaire dans son Siècle de Louis XIV1.

La catastrophe de la Hougue fut suivie, aux mois de juin et de juillet, de petites descentes des Anglais, lançant sur le rivage une cinquantaine d’hommes à la fois. Il en résulta l’incendie d’un moulin et de quelques maisons. Ces événements firent renouveler à Foucault ses propositions d'établir un port militaire à la Hougue, et de garnir les côtes de troupes régulières et de milices. Au mois de mai i6q3 on y donna suite, au moins partiellement, en établissant un camp à la Hougue et en y élevant des redoutes et deux tours. On fortifia aussi la tête des ponts de Douve, qui défendaient l’entrée de Carentan et par conséquent la presqu’île du Cotentin. Vauban vint visiter ces ouvrages au mois de mai 1 6g4 , et l’on imposa ôo,oooH sur les trois généralités de Caen, Rouen et Alençon, pour les fortifications de la Hougue. Foucault, continuant à presser cette affaire, demandait, d’accord avec Vauban, que l’on construisit une douzaine de tours depuis la Pintrerie jusqu’à Quinéville : on en fit une à Port-en-Bessin3.

La campagne de 1695 se passa en précautions à la Hougue. L’ennemi, qui venait de bombarder Saint-Malo, se porta le 18 juillet contre Granville, qui fut bombardée pendant neuf heures sans grand dommage, et il se retira après avoir

lalion de Foucault a été écrite au moment même, et quand scs souvenirs n’avoient pas encore eu le temps de se troubler.

1 Mémoires , p. a8a et suir.

* Cliap. XV.

* Mémoires , i6<)4. p 3o5, 3o6, 3o8.

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INTRODUCTION, menacé Cherbourg le 20 juillet. Rien ne fut tenté en

La paix deRys'wickmitfin pour un temps à cet état d’alarmes; mais il recommença avec la guerre de la succession d’Espagne. En 1702, Foucault écrivit à Cliamillart pour lui faire part du danger de voir les Anglais et les Hollandais descendre et s’emparer deCarentan, ce qui les aurait rendus maîtres de la presqu'île. 11 demandait un régiment de cavalerie pour rallier et soutenir la noblesse et les milices du pays, et se porter rapidement sur les points menacés. En 1703, une petite flottille de transports faisant voile pour Brest, sous l’escorte de deux frégates, fut brûlée par l’ennemi près du Mout-Saint-Michel, sans que les officiers du régiment de la côte se donnassent aucun mouvement pour la secourir; le roi les fit casser. En 1 706, dernière année de l’intendance de Foucault à Caen, on craignait encore une descente des Anglais.

S 10. — Affaires ecclésiastiques.

Foucault fut souvent mêlé aux affaires ecclésiastiques de son temps; il y toucha, par les attributions qu’exerceraient aujourd hui les préfets et les procureurs généraux, en instrument toujours zélé du pouvoir central, exécutant sans réserve les ordres qu’il avait reçus. Rarement ses Mémoires laissent percer une opinion personnelle; on sent cependant qu’il partageait les préventions de Colbert à l’égard des couvents. Le grand ministre traitait volontiers les moines de • gens oisifs et inutiles • à l’Etat 1 ; » il essaya de faire reculer l’âge des vœux monas-

1 Journal d'Olivier d' Or me s son 3 cilé dans Clieruel, Histoire de l’Administration monarchique en brame, t. II, p. 286.

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tiques '. Foucault pensait de même et ne s’en cache pas : il parle nettement1 * * * 5 * des couvents qui « dévorent » la ville de Cahors. En septembre 1687, le duc de Mazarin ayant offert de contribuer à l’érection d’un hôpital à Saint-Maixcnt, Foucault proposa d’y réunir les aumônes que les bénédictins de la ville faisaient à la porte de leur abbaye, et qui, selon lui, entretenaient la fainéantise et la mendicité3. Les bénédictins s’opposèrent à cette réunion, aimant mieux faire cette aumône « comme il leur plaît, « et sans en rendre compte à personne. * Cependant Foucault finit par l’emporter. En 1700, il revenait encore sur la même idée en basse Normandie, et proposait à Chamillart de centraliser au profit des hôpitaux les aumônes faites « abusive- « ment » à la porte des abbayes dans le diocèse de Coutances*.

L’intervention de Foucault en matière ecclésiastique fut le plus souvent une affaire de police. Tantôt5 on le voit rétablir l’ordre dans un couvent de femmes en rébellion ouverte contre une prieure que le roi s’était prétendu en droit d’y nommer; tantôt c'est un autre couvent de femmes0 qui se révolte contre son abbesse et contre l’évêque de Cahors; tantôt il s’agit de réintégrer à Saint-Affrique les cordeliers que l’évêque de Vabres en a fait sortir de son autorité privée7. Ailleurs, c’est l’évêque d’Oloron qui ne rend pas foi et hommage pour les terres qu’il possède dans la mouvance du roi*, et qui, saisi dans ses revenus par la chambre des comptes de Pau, menace l’huissier saisissant de le battre. Une autre fois il fait rétablir le bon

1 Chéruel, ourr. cil. I. II, p. a85, el

* Mémoires, août 1676, p. 38.

5 Ibid, p. 207. Déjà, aux États géné-

raux de 1614, les cahiers du tiers avaient

demandé que les aumônes dues par les

évêchés et les maisons religieuses fussent

remises aux administrations laïques des hôpitaux.

* Mémoires, p. 337.

1 Ibid, fin de 1677, p. 44- ‘ Ibid, fin de 1674, p. 3o.

1 Ibid, fin de 1679, P- 5».

1 Ibid, mars 1684. p. 98.

INTRODUCTION, ordre dans l’abbaye de Pontaull1; ou bien c’est un janséniste interné3, et un autre surveillé*; un doyen d’église relégué pour avoir fait des chansons scandaleuses 11 ; une femme de mauvaise vie arrêtée pour avoir contrefait la béate tout en vivant avec un cordelier5. En 1706, l’évêque de Lisieux voulait remplacer les bénédictins de Lessay, qui vivaient licencieusement, par des réformés du même ordre; mais le roi refusa, parce qu’il croyait que ces réformés aimaient « le procès 6. »

L’affaire ecclésiastique la plus importante à laquelle Foucault ait concouru est celle de la régale. On connaît trop ce démêlé, qui aboutit à la fameuse déclaration de 1 682, pour que nous ayons ici à en faire un long historique; d’ailleurs. Foucault ne toucha pas au fond des choses; il fut appelé seulement à faire prévaloir les droits du roi contestés par le chapitre de la cathédrale de Famiers. Contentons-nous donc d’indiquer brièvement ce qu'il est nécessaire qu'on se rappelle pour l’intelligence des faits contenus dans les Mémoires.

La régale était, suivant l’expression des auteurs, une sorte de garde noble des évêchés et archevêchés vacants, donnant aux rois la jouissance de leurs fruits et revenus et le droit de collation des bénéfices qui en dépendaient et qui venaient à vaquer pendant qu elle s’exerçait; elle s’ouvrait par la mort de l’évêque, par sa démission, sa promotion au cardinalat ou à un autre siège, ou enfiu par sa rébellion publique et notoire, au-, quel cas elle jouait le rôle d une commise semblable à celle qui frappait le vassal pour cause de félonie. Administrée par un économe-séquestre qui gérait les revenus vacants, elle cessait quand le nouveau titulaire du siège avait fait signifier à 1 éco-

1 Mémoires, 10 mors iG85, p. 1 16. % Mémoires t septembre 1699, p. 33a.

1 Ibid, juillet 1G86, p. |58. ‘ Ibid. 1703, p. 355.

* Ibid, mai 1687, p. 180. * Ibid. p. 370.

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INTRODUCTION, nome l’arrêt d'enregistrement de son serment de fidélité à la chambre des comptes de Paris, avec les lettres patentes de mainlevée de la régale, et qu’il avait pris possession personnelle et effective fie son siège.

Les jurisconsultes de l'ancien régime se sont livrés à des discussions infinies sur les origines du droit de régale et sur l'époque où il commença d’être exercé par les rois, les uns le faisant remonter jusqu’à la première race, et les autres ne le reconnaissant qu’à partir du concordat de François I"1 * *. Jusqu’à Louis XIV, une partie du midi de la France en avait été exempte; mais le roi résolut de soumettre à cet égard tout son royaume à l’unité de régime. Une déclaration datée de Saint-Germain-en-Laye, le 10 février 1 6 7 3 a, étendit le droit de régale à tous les diocèses du royaume, excepté ceux qui en étaient exempts à titre onéreux. Après quelque résistance, une nouvelle déclaration du 2 avril 167.5, interprétative de la première, fit céder tous les évêques à l’exception de deux, les évêques jansénistes d’Aleth et de Pamiers, qui s’étaient déjà signalés par leur refus de signer le formulaire du pape Alexandre VII. Foucault n’eut à s’occuper que du diocèse de Pamiers, dont l’évêque, depuis 1 64 4, était Etienne-François de Caulet, fils d’un président au parlement de Toulouse, prélat d’une imagination ardente et d’un esprit impétueux. En entrant dans son diocèse, il l’avait trouvé fort en désordre, et une partie de ses revenus avait été consacrée à doter le séminaire et à fonder des établissements religieux propres à ranimer la dévotion et la discipline; le chapitre surtout, tombé dans le plus grand relâchement, avait été ramené à la régularité et soumis à une

1 Voyez, dans la Bibliothèque historique 5 Isamhert , ri w termes Ion franc» nés ,

du P. Lelong, In longue liste de> ouvrages t XIX , p. 67.

de l'ancien droit consacrés à celle question.

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INTRODUCTION, règle presque monastique. Placé ainsi très-haut par son zèle et sa piété, ami de l’abbé de Rancé et de saint Vincent de Paul, Caulel était incapable de prendre en considération le côté politique et mondain des choses. Déjà scs résistances avaient commencé dans l’affaire du formulaire; la déclaration de 1 6j3 le trouva aussi inflexible. Le roi y mit beaucoup de patience et de longanimité et souffrit sa désobéissance jusqu’à la fin de 1677. Mais Caulet avait l’humeur trop remuante pour profiter paisiblement de ce répit, et il provoqua les rigueurs du gouvernement, qui semblait l’oublier. Le comté de Foix,pays d’étals, dont l’évêque de Pamiers était le président né, dépendait en partie de la généralité de Montauban et en partie de celle de Languedoc. Déjà, en 1664, Caulet avait profité de ce titre pour entrer en lutte avec l’intendant Pellot, à propos de la nomination des consuls de Pamiers; en 1677, il se mit en opposition ouverte avec Foucault, pour un trésorier dont ce dernier demandait la destitution1. Au même instant il se posait comme cvêquc à l’encontre du gouvernement, et ordonnait aux prêtres de son diocèse de refuser la confession et l’absolution, même en temps de Pâques, à tous les militaires, officiers, cavaliers et soldats qu’on y avait mis en quartier d’hiver, jusqu à ce qu’ils eussent restitué aux communes ce qu’ils en avaient reçu. Et comme ces hommes objectaient qu’ils n’avaient rien pris que suivant les ordres du roi, il répondait qu’il valait mieux quitter le service que d’être à charge aux peuples. Le roi jugea d’abord à propos de dissimuler, « à cause du grand âge de M. de • Pamiers3;» mais, comme après tout Caulet, né en 1610,

1 Dépêche de Pellot à Colbert, du 3i * Dépêches de Louvois à Foucault, des avril j()6/| , et dépêche de Caulet à Colbert, 7 juin et i4 juillet 1677* P* ^°7» cl

du 37 juillel 1Û77* dans Dcpping, Cor- moires. 1677, p. 44rtsp. adtntn. t. I, p. 706 et 6a5.

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INTRODUCTION, n’avait que soixante-sept ans, la patience finit par écliapperà Louis XIV.

Au mois de décembre 1677, Foucault reçut, pour le faire signifier, un arrêt du conseil du 27 novembre précédent, qui enjoignait à Caulet d’avoir, sous deux mois, conformément à la déclaration de 1673, à faire enregistrer par la chambre des comptes son serment de fidélité, condition désormais indispensable, pour toute la France, de l'installation des évêques dans leur siège et de la cessation du droit de régale. Pour toute réponse, l’évêque accusa réception, mais sans envoyer le serinent demandé.

La désobéissance était flagrante. Au mois de mars suivant, Foucault saisit les revenus des biens de l’évêché situés dans sa généralité, pendant que M. d'Aguesseau en faisait autant pour les biens situés en Languedoc. C’était la régale qui s’ouvrait pour cause de rébellion. Caulet, continuant sa résistance passive, se contenta de faire venir devant lui celui qui était chargé de la saisie, pour lui représenter qu’il ne pouvait exéenterune pareille commission sans offenser Dieu mortellement. Deux mois plus tard , pour le priver de tontes ses armes, le roi le déclarait déchu de la présidence des états de Foix et lui en interdisait l'entrée '.

Jusqu'ici nous avons eu à rapprocher et à éclairer des documents épars. A partir de ce moment, contrairement aux habitudes de ses Mémoires, Foucault consacre à l’a (Taire de la régale un travail d’ensemble, clair et suivi1 2, que nous n’aurons qu’à résumer.

1 Mémoires, mars et iG mai 1678, p. 45, 46.

* Ibid. 1679, Affaires de la régule, p. 57 et suiv.Ce travail fut, suivant toute proba-

bilité, rédigé en 1694. é la demande du duc de Beauvilliers. (Voj. Mémoires, mai

«;xl INTRODUCTION.

Depuis la saisie des revenus de l'évêché, le droit de régale y avait été ouvert, et le roi avait nommé aux bénéfices vacants. Caulet, soutenu par la plus grande partie de son clergé, excommunia, en février 1680, les pourvus en régale, et ordonna des jeunes, des processions et des prières pour apaiser la colère de Dieu dans son diocèse. Le 4 avril, il renouvela ses excommunications en chaire, et les étendit aux commissaires et exécuteurs des ordres du roi. Le parlement de Paris, auquel l’ordonnance de 16(17', confirmative en cela de l’ancien droit, attribuait une compétence exclusive en matière de régale, reçut son procureur général appelant comme d’abus de tous les actes de l’évêque de Painiers. Pendant ce temps, sur le conseil de Foucault, les pourvus en régale et les autres excommuniés s'adressaient à l’archevêque de Toulouse, métropolitain de Pamicrs, qui leva immédiatement toutes les excommunications prononcées par Caulet. Celui-ci les continua en faisant appel au pape. Le 17 juin, il excommuniait encore huit nouveaux pourvus en régale et un de leurs fermiers.

Cependant Innocent XI recevait l'appel de Caulet et le soutenait par un bref du 17 juillet 1G80; il lui mandait que l’aflairc allait se traitera Home avec le cardinal d’Estrées envoyé par le roi, et l'exhortait, en attendant, à persévérer dans la défense des droits de son Eglise. Mais ce bref arriva trop tard pour Caulet, qui était mort le 7 août.

Foucault espérait que cet événement allait rendre le repos au diocèse, mais il n’en fut rien; les esprits étaient trop surexcités pour s’apaiser. Caulet trouva des continuateurs de son œuvre et de sa résistance dans le chapitre de Notre-Dame-de- Pamiers2 qu’il avait si vigoureusement réformé. Le peuple le regardait comme un saint, et à ses funérailles il se jeta sur ' Til. XV, «rl. ig,»4. — ’ NoIre-Dame-du-Camp.

INTRODUCTION. cxu

ses vêtements, se les partagea comme des relicpies, et termina la journée en jetant des pierres aux régalistes. Les chanoines, se sentant soutenus par cette effervescence populaire, continuèrent à méconnaître l’autorité du roi, et élurent entre eux un vicaire général du siège vacant, au mépris de la nomination en régale dn sieur Paucet. Le P. d’Aubarède, élu du chapitre, monta en chaire le 18 août pour renouveler les excommunications fulminées par le défunt évêque, et les curés du diocèse, obéissant à cette impulsion, chassèrent scandaleusement de leurs églises les pourvus en régale.

Dès le a a août, un ordre du roi relégua le P. d’Aubarède à Jargeau. 11 obéit; mais le chapitre avait prévu le cas de la relégation et de la détention de ses vicaires généraux; les chanoines s’en étaient d’avance substitué les fonctions les uns aux autres, et, à leur défaut, aux curés de leur parti, de telle sorte qu’au P. d’Aubarède succéda immédiatement le P. Rcch, qui fut aussitôt arrêté et relégué «à Dax; mais la place fut prise non moins vite par le P. Cerle. Une nouvelle lettre de cachet fut lancée contre ce dernier; mais il sc dérobait, et Foucault crut qu’il serait prudent de ne pas le découvrir, de peur que, de substitution en substitution, le vicariat général des récalcitrants n’arrivât jusqu'aux curés de leur cabale, qui s’uniraient entre eux et l’éterniseraient.

Cependant Foucaidt avait agi de son côté. Les anciens chanoines n’avant pas voulu admettre ceux qui avaient été désignés en régale à nommer avec eux le vicaire général de l’intérim, l’intendant s’était adressé à larchevêque de Toulouse, pour qu’en sa qualité de métropolitain il se chargeât de cette nomination, et qu’il envoyât à Pamiers un homme â lui. L’archevêque eût mieux aimé temporiser et attendre 1 arrangement qui, disait-on, devait se conclure à Rome. Il finit cependant

par envoyer comme vicaire général un sieur Fortassin, qui ne paraît pas avoir déployé une grande énergie dans l'affaire. Le 17 septembre 16801, le P. Cerle appela de celte nomination au Saint-Siège, et fil afficher aux portes des églises de Ramiers une ordonnance qui défendait aux ecclésiastiques et au peuple du diocèse de reconnaître le vicaire général envoyé par l’archevêque. Une lutte sans fin s’engagea entre Fortassin et lui, l'un faisant toujours de nouvelles ordonnances, et l’autre ne se lassant pas de les casser. Mais ce 11’était plus le temps des grandes résistances à l’autorité royale, et le diocèse, bien qu’évidemment sympathique aux anti-régalistes, ne les soutenait pas, et laissait les plus compromis continuer la lutte à leurs risques et périls. Le chapitre lui-même faiblissait, et le nombre des récalcitrants s'y était réduit à trois, dont deux relégués, et le troisième, le P. Cerle, caché.

Tout se serait dès lors apaisé si le pape n’eût répondu à l’appel que lui avait fait le P. Cerle, par un bref qui approuvait vivement sa conduite et celle du chapitre, et condamnait implicitement par cela même les procédés de l’archevêque de Toulouse et les prétentions du roi à la régale. Le P. Cerle ne manqua pas de le faire afficher à Pamiers et à Toulouse; à quoi le parlement de cette ville répondit par un arrêt défendant aux évêques du ressort de recevoir aucun bref de Rome qui ne fût accompagné de lettres patentes du roi, et décrétant prise de corps contre le P. Cerle. Mais cet arrêt ne suffisait pas pour empêcher l’effet du bref, et le courage des opposants était fort relevé. Foucault écrivit à la cour qu il ne restait plus qu’un seul remède vraiment efficace à cette situation difficile : c’était de nommer au plus tût un nouvel évêque à Pamiers. La cour le savait bien, et elle avait déjà désigné l’évêque de Lombez;

1 D'après Mo réri , v* Ceriâ.

INTRODUCTION

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