Affaires militaires
Les fonctions militaires des intendants étaient nombreuses et variées; elles comprenaient beaucoup de choses qui tombent
1 Publiée dans Depping , Corrtip. ndminutr. t. IV, p. 606.
’ Dépêche À Foucault, du 33 juillet t683, p. Sot.
’ Mémoires, t4 mars 1689, p. a Irj.
* La première, du a3 janvier 1 705, est donnée dans notre Appendice, p. 553; la seconde, du 3 février suivant, a été publiée dans Depping, Corrtip. administr.
t. IV, p. 636.
INTRODUCTION
aujourd’hui sous ia compétence d autorités très-diverses. L’intendant avait, dans les limites de sa généralité, la levée et l'administration de l’arrière-ban et des milices1, la haute main sur le recrutement de l’armée régulière et de la marine, une immixtion dans l’administration des régiments, l’intendance militaire pour les logements et les vivres des troupes, la police et la justice prévôlale pour tous les excès quelles pouvaient commettre envers l’habitant; il surveillait et construisait, au besoin, les fortifications, et enfin prenait part, s’il le jugeait à propos, aux opérations militaires qui s’accomplissaient sur le territoire de sa province. Nous allons résumer ce que les Mémoires nous apprennent sur la conduite de Foucault dans ces diverses fonctions.
La convocation de l’arrière-ban , souvenir de ( organisation féodale et de l’obligation imposée aux vassaux de prendre les armes à l’appel de leur seigneur, donnait de grandes occupations à l'intendant, car c’était lui, ou du moins ses subdélégués, qui dressaient, concurremment avec le gouverneur de la province, l’état de la noblesse, et désignaient ceux qui devaient faire le service par eux-mêmes et ceux qui, dispensés du service personnel, devaient fournir une contribution pécuniaire, dont la même autorité fixait le montant, et qui servait en beaucoup de casa aider les gentilshommes trop pauvres pour s’équiper eux-mêmés. Ce secours ne suffisait pas encore, et presque toujours il fallait y joindre une suspension des droits des créanciers à l’égard des gentilshommes occupés par l’arrièreban. Cette institution, sans beaucoup de résultats utiles, paraît avoir pesé comme un impôt assez lourd sur la noblesse des provinces.
1 Arrêt dn conseil du 19 septembre torique des institutions, mœurs et coutumes 1668, cité dans Chéruel, Dictionnaire his - de la France, v’ milice.
INTRODUCTION
La levée des milices avait lieu sur les paroisses et communautés, dont le contingent était fixé à l’avance, et qui désignaient elles-mêmes, et fort arbitrairement, ceux de leurs garçons qui devaient partir. Elles étaient tenues de les envoyer tout équipés, et employaient souvent à cette dépense l’argent de la taille, ce qui constituait une confusion dans les comptes financiers et une perte pour le roi.
On levait l’arrière-ban et les milices dans les cas où, en l’absence de troupes régulières, le territoire se trouvait inopinément menacé. Ce fut ce qui arriva en 1674, dans les premiers mois de { installation de Foucault à l’intendance de Montauban.On crut, sur de faux avis *, que les Hollandais voulaient attaquer Bayonne et les Espagnols Fontarabie. Foucault et le maréchal d’Albret, gouverneur de Guyenne et Gascogne, appelèrent aussitôt les milices et l’arrière-ban. Les généralités de Bordeaux et de Montauban réunies fournirent environ 5,ooo hommes d’arrière-ban et 10,000 de milices. Les villes capitales fournissaient 1 o hommes, celles du second ordre 5, et les plus petites 3 ; toutes s'efforçaient de monter au-dessus de leur classe, et les bourgs voulaient passer pour villes. Pas un des hommes de milice ne coûta moins de 5oH, et beaucoup revinrent aux villes jusqu’à 200 H, car on les babillait et on les armait de pied en cap. Tout cela, joint à la subsistance de ces troupes une fois réunies, aux vivres et aux munitions que Foucault dut tirer comme il put du pays et des environs, causa de grands frais inutiles, l’ennemi ne s'étant pas montré.
Au mois de novembre 1688, au moment où la guerre allait éclater de nouveau contre la Hollande et où le prince d’Orange débarquait en Angleterre, on pensa encore à l’armement des milices, surtout dans les provinces maritimes, pour défendre 1 Mémoires, juin 1674, p. ï4-
t.XMV
INTRODUCTION
an besoin les côtes; Foucault, qui était alors en Poitou, écrivit à Louvois1, se faisant fort de mettre sur pied 6,000 hommes d’inlanterie, tous anciens catholiques. Le règlement du 39 novembre imposa moins de sacrifices à la province : 011 ne lui demanda que 760 hommes; et encore l'élection de la Rochelle, qui formait une intendance à part, fut comprise dans ce contingent.
La levée des milices s’était opérée sans difficulté dans les généralités de Montauban et de Poitiers; le caractère des peuples s’y prêtait. 11 n’en fut pas de même en basse Normandie, et Foucault arrivant à Caen, en 1 689, y trouva une population disposée à mettre en œuvre tout ce que • la plus line chicane » pouvait inventer pour s’exempter de prendre les armes1. Malgré ces mauvais vouloirs, la nécessité pressant, il leva, équipa et disciplina un beau régiment de 900 hommes qu’on envoya servir en Guyenne, pendant que les milices du Poitou et de la Champagne venaient garder les côtes de la basse Normandie, avec l’arrière-ban bas normand, levé en même temps à cet effet. La noblesse qui le composait était si obérée, que Foucault fut obligé de lui donner des provisions sur ses revenus saisis. A la fin de l’année, on fit rentrer les milices dans leurs provinces d’origine, et on en leva de nouvelles dans l’hiver de 1689—1690. Elles sortirent encore au printemps suivant. Le régiment de la généralité de Caen ne rentra plus alors que le 2 3 février 1691, fort délabré et réduit au tiers de son effectif. 11 fallut le réparer et le mettre en état de servir encore l’année suivante. L’arrière-ban fut également convoqué au mois de mars 1691.
En 1708, la guerre de la succession d’Espagne remit les
# 1 Mémoire t , i3 novembre 1688, p. a36. — * Ibid, mars et avril i68«j. p. a48,
et a5i .
INTRODUCTION, milices en mouvement. Le marquis de Beuvron en leva neuf régiments en haute Normandie. En basse Normandie on n’en leva pas plus qu’à l’ordinaire, mais on les équipa et on les dressa avec beaucoup de soin. Cent invalides furent envoyés pour garder les côtes, et l'on essaya de former, dans le meme but, deux compagnies de cent gentilshommes chacune; mais la mauvaise entente de leurs chefs avec M. de Matignon, lieutenant général de la province, obligea de les licencier.
Les intendants s’occupaient aussi quelquefois du recrutement de l’armée régulière. A la demande de Colbert, Foucault leva, dans la généralité de Montaubau, io3 hommes pour le régiment de Champagne, dont le chevalier Colbert de Blainville, fils du ministre, était colonel1. En 1682, il rassembla des compagnies de jeunes gentilshommes qu’il expédia en Flandre. En i683, Seignelay le chargea de lever, pour la marine, une autre compagnie de jeunes gentilshommes âgés de moins de seize ans. Lors des préparatifs de guerre de 1688, Louvois lui écrit9 de chercher des officiers qui se chargent de lever des compagnies d’infanterie et de cavalerie : on leur donnera 5, a 5oH par compagnie de cavalerie de 35 maîtres (iôoH par cavalier), et gooH par compagnie d infanterie de 45 hommes (aoN par homme). En 1703, il s’occupa encore de lever un régiment pour M. de Thorigny, fils de M. de Matignon; on pouvait le recruter par les milices, mais Foucault jugea plus expédient de demander aux paroisses 60 pour chaque homme qu elles devaient fournir3.
L’intendance militaire était également dans la compétence
' Dépêche» de Colbert à Foucault et à * Dépêche du 3i août 1688, Mémoire*, M. de RU, du 13 décembre 1679, et au p. 32G. chevalierColberl,du 33 mar» 1680. p. 43g ’ Mémoires, p. 353.
et M&-
CW VI
INTKODUCTION.
des inleuclants. Foucault s'occupa, dès le mois de juin 1674, de tirer des approvisionnements militaires de la généralité de Moutauban, pour venir en aide à celle de Bordeaux. Les étapes, comme on l'a vu, étaient de sou ressort; c’était lui qui distribuait les logemeuts des gens de guerre et qui les mettait en quartier d’hiver1. Une fois, à cette occasion, il se trouva engagé, malgré lui , dans les mauvais vouloirs de Louvois pour Turcnne et Colbert; mais il sut s’en tirer avec adresse. C’était à la fin de 1C74 : Foucault, ayant des logements à distribuer, proposait à Louvois d’en exempter Négrepelisse, unique terre du maréchal de Turenne, « qui avoit bien mérité cette distinc- « tion. » Louvois lui répondit3 avec sa hauteur habituelle » que « linlention du roi n’est pas qu’aucun village, à qui que ce soit «qu’il appartienne, soit exempt du logement des cavaliers, et « qu'il eût été bien à propos que Foucault ne se fût pas dis— «pensé de s’y conformer pour des considérations pareilles à » celle qu’il lui a communiquée. « Un même temps, une lettre de Colbert instruisait Foucault que le roi trouverait bon qu’on exemptât Négrepelisse. Il parvint à contenter tout le monde en y assignant seulement quelques places de l’état major qui étaient « des places mortes, » c est-à-dire qui n’étaient pas occupées et ne figuraient que sur le papier sans rien coûter à la paroisse.
Chargé aussi de distribuer la solde et l’ustensile3, l’intendant poussait ses attributions jusqu’à se mêler de réduire et d'augmenter, suivant les occasions, l’effectif des régiments. En décembre 1678, après la paix de Nimègue, il fut chargé de réduire à 4 o maîtres les compagnies de cavalerie et de dragons, et de réformer les cornettes; en décembre 1688, quand la
1 Mémoires , fin 1 689 , p. 267. 3 Dépêches des 1 7 el 3 1 décembre 1 676.
9 Dépêche du 1 6 décembre 1 674. p« 5o5. p. 5o6.
INTRODUCTION
guerre recommença, il rétablit ces mêmes compagnies à leur effectif premier, qui avait encore été diminué dans l’intervalle.
A l’intendant appartenait aussi la police militaire. Les Minutes de Louvois sont pleines de dépêches chargeant Foucault de poursuivre les délits commis par les militaires contre les habitants '. 11 lui enjoint2 de surveiller les quartiers d’hiver et de les visiter souvent, d’empêcher que les militaires n'y exercent d’exactions, et de faire arrêter les officiers qui ne se prêteraient pas au maintien exact de la discipline, afin que le roi, en puisse faire des exemples. Foucault fut en effet obligé, en 1675, de sévir contre les désordres commis par les troupes en quartier d’hiver : il fit punir plusieurs officiers et pendre des soldats. Plus tard, Louvois lui expédia l’ordre3 de ne plus faire couper aux déserteurs que l’extrémité du bout du nez en les envoyant aux galères, «pour les marquer seulement,» parce qu'une plaie trop intense les rendait incapables de supporter les fatigues de la mer. Barbezieux, fils du ministre, lui fit tenir à son tour, le 22 avril 1686, une ordonnance du roi4 décidant que les cavaliers, dragons, sergents et soldats qui se marieraient à l’avenir, seraient déchus de leur ancienneté et ne pourraient plus la prendre que du jour de leur mariage. La police de Foucault s’étendait aussi sur les gentilshommes de l’arrièreban. En 1689, il informa5 contre les violences qu’ils avaient commises à Alençon. Le 22 mai 1 6g4, il fit parvenir des plaintes à la cour contre les abus commis par un colonel de milices qui refusait arbitrairement les hommes que lui présentaient les
1 Nous n’avons pas reproduit ces dépê* “ Mémoires, 3i janvier 1686, p. 1 5 1 .
ches. qui sont en très-grand nombre et se 4 Du C avril précédent; Isambert, An-
rapportent toutes à des cas particuliers. ciennes lois françaises, t. XIX, p. 545.
* Dépêches du 3 octobre 1677 et du * .\fémoires, 18 juillet 1689, p. a5a.
5 avril 168a, p. 5o8, 509.