‹ Mémoires de Nicolas-Joseph FoucaultChapitre 16 sur 115 · CXI.IV · texte numérisé non relu

CXI.IV

INTRODUCTION

Su. — Affaires des protestants et de la révocation de l'édit de Nantes.

C’est à la fin de 1677 que se rencontre, dans les Mémoires de Foucault1, la première mention des réformés. A cette époque, pour les ramener à l’unité de .religion, le gouvernement se bornait encore à les priver des faveurs dont il disposait, tandis qu’il en comblait ceux qui se convertissaient. Foucault demanda alors Goo11 de pension pour les filles d’un ministre converti depuis douze ans par l’intendant Pellot2 et qui jouissait lui-même de 8ooH de pension du clergé. Un peu plus tard, au commencement de 1679, ayant reçu un arrêt du conseil qui excluait les réformés des «charges politiques» de la ville de Monlauban, il en sollicita immédiatement un semblable pour toutes les autres villes de la généralité.

En 1680, une circulaire de Colbert, datée du 18 octobre, annonça aux intendants que plusieurs arrêts du conseil avaient exclu les rcligionnaires de tous les emplois qui touchaient aux finances, et que les receveurs et fermiers avaient trois mois pour exécuter cet ordre, dans l’espoir que les menaces de révocation pourraient amener beaucoup de conversions. Rulhière nous apprend 3 que le plus grand nombre des emplois de finances était alors possédé par des protestants; « on sait, dit-il, » avec combien de peine M. Colbert consentit à ce règlement, «et vil sortir des finances une foule d'hommes dont il aimait « la probité et la modestie. » L’exclusion ne s’adressait qu’aux calvinistes, et Colbert maintint dans leurs offices des fermiers d’octrois de la généralité de Montauban qui étaient luthériens4.

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' Depping, Correspond, administ. ». IV,

; Eclaircissements historiques sur les causes

de la révocation de l'édit de .\antes. Paria, 1788, 1. 1, p. 174. 175.

’ Dépêche a Foucault du a janvier» 68 1,

INTRODUCTION

La mesure s'accomplit difficilement, et, dans ses dépêches à Foucault, Colbert fut obligé d’insister plusieurs fois , notamment1 à propos d’une dénonciation qui avait été adressée au chancelier Le Tellier.

L'affaire entra dans sa seconde phase en 1681. Comme on avait exempté les nouveaux convertis du logement des gens de guerre, M. de Marillac, intendant en Poitou, imagina d’en reporter le fardeau sur ceux qui ne se convertissaient pas; et, non content des occasions où ce logement avait lieu naturellement, il les fit naître en envoyant tout exprès en certains lieux de la cavalerie et des dragons. Cette innovation fut d’abord approuvée par Louvois9; mais les gens de guerre ayant commis, dans les logements où on les cantonnait, de graves désordres approuvés et encouragés par la présence de l’intendant en personne, les protestants se plaignirent au roi, et en même temps l’émigration commença parmi eux. Le roi s’émut vivement, fit cesser les logements et révoqua Marillac. A l'imitation de ce dernier, Foucault avait écrit à Louvois, le a3 juillet 16815, afin d’obtenir deux compagnies de cavalerie dans le haut Rouergue et le haut Quercy, « pour seconder les missionnaires « ecclésiastiques. » Louvois lui répondit par un refus*. Sans attendre cette réponse, Foucault écrivait, le 6 août, au P. La Chaise pour lui dépeindre les bonnes dispositions des ministres et des principaux religionnaires de Montauban, dont le retour au catholicisme déterminerait celui du reste de la province, « qui ne cherchoit qu’une porte honnête pour rentrer dans « l’Église. * Pour sauver leur honneur, ils demandaient une

' Dépêche a Foucault, du 17 août 1682, p.486; rnj. aussi dépêches au même, du 10 septembre 168a et du 28 janvier i683, p. 488, 491.

* Dépêche de Louvois 4 Marillac, du

1 8 mars 1 68 1 , citée dans Itulliière , ÉclaircissemenU , 1 1, p. 201.

* Mémoirti , p. 79.

* Dépêche à Foucault, du 7 août >681 , p. 509.

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conférence où l’on agiterait les points controversés. «Ceux, - ajoutait-il, qui sont les plus considérés et les plus accrédités

• dans le parti m’ont assuré que c’étoit la seule voie qui pût « faire réussir le grand projet des conversions; que celles de

• rigueur, de privation des emplois, les pensions et les grâces « seraient inutiles. » Colbert se chargea de lui répondre1 qu’il rendrait compte au roi de cette proposition, mais que, » dans les «temps passés, ces conférences n'ont jamais réussi. » A la fin de l’année, Foucault, se trouvant à Paris, renouvela sa proposition de conférences au chancelier Le Tellier, qui la rejeta absolument et lui défendit d’en parler au roi, disant qu'une pareille assemblée aurait le même succès que le Colloque de Poissy, et que le pape (avec lequel on était alors en difficulté pour les affaires du gallicanisme) trouverait mauvais qu’on la fit sans sa participation. «Sa timidité naturelle, remarque «Foucault, dans une entreprise qu’il jugeoit périlleuse, est « peut-être cause que 1 ouvrage des conversions, qui aurait pu

• réussir par les conférences soutenues d’autres moyens doux, « a coûté la ruine d’un si grand nombre de religionnaires et la « perte du commerce et des arts3. •

A ce moment commença la série des mesures qui préparèrent la révocation de l’édit deNantes, en ôtant successivement aux calvinistes les fonctions publiques, les professions libérales et l’exercice de leur culte. Le nombre des conversions augmentant, on organisa un couvent à Montauban pour y recevoir les nouvelles catholiques. Foucault proposa de démolir le temple de cette ville pour contravention, parce que de nouveaux convertis y étaient entrés et y avaient reçu la cène. Le commonitoire adressé, en novembre 1682, par le clergé gallican aux religionnaires du royaume, fut signifié en janvier 1 683

1 Dépêche de Colbert à Foucault, du 22 août 1681, p, Û70. — 1 Mémoires, p. 80.

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