AFFAIRES DE LA RÉGALE
Le i5 février 1679, j’ai mandé à M. de Châteauneuf que M. l’évêque de Pamiers avoit fait distribuer aux curés de son diocèse des copies latines et françoises d’un bref du pape concernant la régale.
Le 3 mai 1679, j’ai reçu un arrêt du conseil pour faire saisir les revenus de l’évêque de Pamiers, et ai proposé de les employer aux dépenses et charges ordinaires et réglées de l’évêché, et d’appliquer le reste à la subsistance des nouveaux convertis du diocèse.
Le i3 août 1679, le roi ayant eu avis que le cardinal Portocarrero, passant en France, avoit vu l’évêque de Pamiers, je mandai à M. de Châteauneuf, qui m’avoit écrit pour en savoir la vérité, que ce cardinal , ayant été visité par M. Caulet, neveu de l’évêque, lui avoit offert sa bourse et d’acquitter ponctuellement les lettres de change qu’il tirerait sur lui , ayant appris que les revenus de son évêché avoient été saisis.
Le même jour, j’ai reçu ordre de faire saisir les revenus du chapitre de Pamiers, et d’établir pour séquestre le sieur Anceau, receveur des tailles de l’élection de Comminges.
M. l’évêque de Pamiers ayant rendu plusieurs ordonnances au sujet
* Le morceau qui suit D'offre pu le caraclère morcelé da reste des mémoires.
C’est probablement le brouillon d’un travail que Foucault envoya au duc de Beau-
villiers.qui lui avait demandé des renseignements sur cette affaire. (Voy. plus loin, aux mémoire», la lettre de Foucault au duc de Beauvilliers, du i* mai 1696.)
de la régale, le parlement de Paris en a reçu l'appel comme d’abus, interjeté par le procureur général , de ces ordonnances.
Le ao septembre 1679, j’ai envoyé à M. de Chàteauneuf une copie des informations que j’avois fait faire contre un curé et deux vicaires du diocèse de Pamiers, accusés d’avoir dit dans leurs prônes que les pourvus en régale étoient excommuniés, et d’avoir été dans les maisons de leurs paroissiens leur défendre d’administrer des vivres à ceux qui levoient des dîmes pour lesdits pourvus en régale.
Au mois de février 1680, M. l’évêque de Pamiers a rendu une ordonnance d’excommunication contre les pourvus en régale dans le diocèse de Pamiers, et ensuite une autre par laquelle il ordonne des jeûnes, des processions et des prières pour apaiser la colère de Dieu sur son diocèse. Il y a du venin dans les motifs de cette ordonnance , que j’ai envoyée à M. de Chàteauneuf.
Le 28 mars 1680, j’ai envoyé à M. de Chàteauneuf copie de l'ordonnance d’excommunication donnée par M. l’évêque de Pamiers contre le sieur Patarin, pourvu en régale du doyenné dans l'église de Pamiers.
Le 4 avril, M. l’évèque de Pamiers est monté en chaire dans sa cathédrale, revêtu de ses habits pontificaux, et a renouvelé et publié lui-même les excommunications qu’il avoil déjà fulminées contre les pourvus en régale, leurs fermiers, sous-fermiers, procureurs et autres, au nombre desquels il a ajouté les commissaires et exécuteurs des ordres de Sa Majesté et de ceux que j’ai donnés en conséquence. J’ai écrit à M. l’archevêque de Toulouse pour lever cette excommunication, de quoi j’ai rendu compte à M. de Chàteauneuf, et lui ai marqué qu'il étoit bien nécessaire que le roi prévint par d’autres voies les suites que la résistance opiniâtre que ledit sieur évêque témoigne publiquement à ses ordres pouvoit produire.
Le . . avril, j’ai reçu ordre du roi de faire arrêter le sieur Laborde, promoteur de l’évêché de Pamiers; mais il se tenoit caché.
Le iwmai 1680, j’ai reçu deux arrêts du parlement de Paris qui reçoivent le procureur général appelant comme d’abus des ordon-
nanccs d’excommunication rendues par M. l’évêque de Pamiers contre les pourvus en régale et contre les commissaires exécuteurs des ordres du roi, et les lui ai fait signifier.
Le 8 mai 1 680, j’ai mandé à M. de Châteauneuf qu’ayant conféré avec M. l’archevêque de Toulouse sur les moyens d’empêcher les mauvaises suites que pourroient produire les excommunications que M. l’évêque de Pamiers alloit tous les jours publiant lui-même dans les paroisses, même les plus éloignées, de son diocèse, nous étions convenus que ledit sieur archevêque lèveroit nommément par une ordonnance toutes les excommunications dans lesquelles les personnes sont marquées, comme le sieur Palarin et autres, et qu'à l’égard de celles prononcées indéfiniment contre les fermiers et autres qui donnent assistance aux pourvus en régale, il les lèveroit en général et nommerait des confesseurs auxquels pourroient s’adresser ceux à qui ledit sieur évêque en aurait refusé; à quoi j’ai ajouté à M. de Châteauneuf que, pour rassurer les peuples et lever le scrupule que ces excommunications pouvoient avoir jeté dans les esprits, j’estimois à propos que ledit sieur archevêque allât lui-même à Pamiers et qu’il en réitérât la levée.
Au mois de mai 1 680, j’ai reçu ordre de faire sortir de la ville de Pamiers les Ursulines que M. l’évêque de Pamiers y avoit établies.
Le 8 juin 1680, j’ai fait signifier à M. l’évêque de Pamiers et publier deux arrêts du parlement de Paris, dont l'un ordonne la suppression du libelle1 * 3 qu’il a fait publier contre le droit de régale, et l’autre qui reçoit M. le procureur général appelant comme d'abus de son ordonnance d’excommunication contre les pourvus en régale. Nonobstant lesquelles significations faites le 8 juin , ledit sieur évêque a excommunié, le 17, huit pourvus en régale pour avoir pris posses-
1 L’arrêt du parlement est du 3 avril
1 680 (Arrêt de la cour de parlement contre un libelle intitulé Truité de la Régale. Du
3 avril 1680. Paris, François Muguet, 1680; in-4*). Le titre exact du «libelle» est : Traité de la Régale , imprimé par ordre
de M. l'évêque de Pamiers ; in- 1 a , Cologne (Toulouse), 1680 (P. Lelong, Ribl. histor. n* 76a x). Le parlement de Paris connaissait seul des affaires relatives à la régale , en vertu de l’ordonnance d’avril 1667, tit. XV, art 19.
sion de leurs bénéfices, et un de leurs fermiers pour s’être mis en possession des fruits.
Le parlement a reçu le procureur général appelant comme d’abus des dernières ordonnances de M. l’évêque de Pamiers, au commencement d’août 1680; ce prélat est tombé dangereusement malade et est mort le [7 août].
Le 2 1 août 1 680, j’ai mandé à M. de Châteauneuf que, quoiqu’il y eût lieu de croire que la mort de M. l’évêque de Pamiers rendroit le repos au diocèse qu’il laisse vacant, et meltroit les pourvus en régale dans la jouissance paisible de leurs bénéfices, cependant j’avois été informé que le sieur d’Aubarède, soi-disant archidiacre et vicaire général le siège vacant, quoique le roi ait nommé le sieur Paucet à Farchidiaconé comme vacant en régale, étoit monté en chaire dans l’église du Camp1 le 1 8 août, et avoit renouvelé les excommunications fulminées par le défunt évêque, quoique le i3 dudit mois on lui eût signiGé le dernier arrêt qui reçoit le procureur général appelant comme d’abus; à quoi j’ai ajouté que cette entreprise faite par un ecclésiastique sans autorité ni caractère légitime méritoit d'être réprimée; que M. l’archevêque avoit estimé qu’il suffisoit d’en faire dresser procès-verbal par le sieur de Malenfant, mon subdélégué à Pamiers, lequel j’ai envoyé à M. de Châteauneuf; que je croyois nécessaire que le parlement décrétât contre ce prétendu vicaire général et fit informer des faits contenus en ce procès-verbal pour arrêter le cours des entreprises de ce prétendu vicaire général et des chanoines qui l’ont élu ; mais que le remède le plus efficace étoit de donner promptement à cette église un évêque dont la pureté de la doctrine et l’autorité légitime pût rétablir le repos dans les consciences et faire rentrer chacun dans le devoir, ledit d’Aubarède et ceux de sa cabale ayant mis en pratique toutes sortes d’illusions pour abuser le peuple par des miracles supposés, et ayant prêché qu’il ne falloit pas prier pour lame du défunt, mais l’invoquer comme un saint; et, en effet, la populace sc jeta sur le corps et le dépouilla de ses vête- 1 Notre-Dame-du-Camp, à Pamiers.
DE NICOLAS-JOSEPH FOUCAULT, mens, qui furent déchirés et emportés comme des reliques, ayant même jeté des pierres aux régalistes. J’ai écrit aux officiers des lieux de réprimer ces emportemens et d’en empêcher les suites. J’ai aussi écrit à M. l’archevêque qu’il étoit bien à propos d’envoyer à Pamiers, avec caractère et pouvoir pour contenir les esprits révoltés. J’ai encore mandé que je me rendrais à Pamiers, si ces désordres continuoient , pour y apporter les remèdes convenables.
Le sieur d’Aubarède ayant continué de renouveler les excommunications données par le défunt évêque, et les curés du diocèse chassant scandaleusement de leurs églises les fermiers de l’évêché et du chapitre, et les empêchant d'exploiter leurs fermes, j’en ai donné avis à la cour, et M. de Château neuf m’a envoyé, le a a août, un ordre du roi qui relègue le P. d’Aubarède à Gergeau1, et me mande de prendre des mesures, avec M. l’archevêque de Toulouse, pour l’élection d’un vicaire général à Pamiers.
M’étant transporté dans la ville de Pamiers, j'ai trouvé les esprits préoccupés que le roi abandonnoit les droits de régale, depuis que les anciens chanoines ont fait courir des copies d’un prétendu bref du 1 7 juillet 1680, par lequel le pape mande à M. l’évêque de Pamiers que Sa Majesté envoie à Home M. le cardinal d’Estrées pour lui faire connoitre ses sentimens sur le fait de la régale, et l’exhorte à persévérer dans la défense des droits de son église , lui promettant toute sorte de protection. J’ai envoyé à M. de Châteauneuf une copie de ce bref, et lui ai mandé que le P. d’Aubarède étoit parti pour Gergeau deux jours après que l'ordre de sa relégation lui a été envoyé.
J’ai envoyé en même temps à M. de Châteauneuf un procès-verbal de l’état du diocèse que j’ai fait sur les lieux, et ai proposé d’éloigner le P. Recb , ancien chanoine , qui prétendoit avoir été élu vicaire général conjointement avec le P. d’Aubarède, qui pourrait continuer d’excommunier les pourvus en régale, comme aussi le sieur Charlas'-,
1 Jargeau. le diocèse de Comminges, d'abord insti
* Antoine Charlas, né vers i63o, dans tuteur des enfants du président Caulet, à
prêtre séculier demeurant à Pamiers, qui a travaillé à toutes les ordonnances, lettres et écrits qui ont paru sous le nom dudit sieur évêque, et qui étoit pour lors l’unique conseil des anciens chanoines; qu'il y avoit aussi le nommé Gaudé, vicaire perpétuel de Nolre-Damedu-Camp, qui s’est ouvertement déclaré le persécuteur des pourvus en régale, qu’il seroit encore très à propos d’éloigner du diocèse de Pamiers; qu'il faudrait de plus enjoindre à tous les régalisles de se rendre à Pamiers pour y servir assidûment et avec édification leurs bénéfices, étant en plus grand nombre que les anciens chanoines.
J’ai trouvé parmi les papiers du P. d’Aubarède un mémoire en forme de journal de ce qui s’est passé au sujet de la régale depuis le i a janvier 1 680 jusqu’au dernier jour de juillet. Il y est fait mention de deux évêques que M. l’archevêque de Toulouse assure être MM. de Rieux et de Lectoure, étant les seuls évêques qui fussent à Toulouse le jour marqué dans ledit journal.
J'ai encore mandé qu’il y avoit à Toulouse un chanoine d’Alby, nommé Ferrier, chez qui se sont toujours assemblés et s’assembloient journellement les gens de la cabale pour prendre les résolutions de ce qu’ils avoient à faire; que c’étoit un homme savant, mais factieux, auquel M. l’archevêque d’Alby n’a voulu donner aucun emploi, connoissant son esprit ; qu’il étoit encore à propos de l’éloigner; que j’avois découvert l’imprimeur qui a imprimé à Toulouse le traité de la régale qui a paru sous le nom de M. de Pamiers, et que, si le roi désirait être informé par quel ordre et comment cette impression a été faite, il n’y aurait qu’à ordonner à M. le procureur général du parlement de Paris d’en faire informer, et j’ai proposé le sieur d’Héricourt pour faire l’information.
Toulouse, puis pincé, par son frère l’évêque , comme supérieur des séminaires du diocèse de Pamiers. Il avoir été lame de la résistance à la régale. En 167g, il publia un livre. Causa rtgulùt penitas f’j: plicata, qui fui condamné au feu par arrêt du parlement de Toulouse. A la mort de
Caulcl, le chapitre s’adjoignit Charlas; mais, Foucault ayant voulu s'emparer de sa personne . il se cacha et s’enfuit à Rome , où il mourut en 1 6g8 , après avoir employé le reste de sa vie à écrire contre le gallicanisme et en faveur des doctrines ultramontaines.
J’ai prié aussi M. de Chàteauneuf d’écrire à M. l’archevêque de Toulouse d’agir avec un peu de fermeté dans cette affaire et d’appuyer les pourvus en régale de son autorité.
J'ai écrit à la cour que , les choses n’étant pas disposées à Pamiers à élire un chanoine pourvu en régale pour vicaire général , M. l’archevêque de Toulouse devoit commettre un ecclésiastique du diocèse de Toulouse pour faire cette fonction à Pamiers jusqu'à ce que la contestation fût réglée; niais que, quoiqu’il eut rendu cette ordonnance, il m’avoit mandé, depuis deux jours, qu’ayant reçu avis que l’affaire de la régale s’accommodoit à Rome, il n'avoit pas cru devoir envoyer un vicaire général à Pamiers jusqu’à ce qu’il eût reçu de nouveaux ordres du roi ; sur quoi j’ai représenté que ces marques de crainte et ces ménagemens faisoient prendre cœur aux anciens chanoines et les rendoient plus hardis à faire de nouvelles entreprises contre les pourvus en régale et contre les droits du roi, d’autant plus qu’un des principaux points de l’instruction qui m’avoit été envoyée et que j’avois communiquée audit sieur archevêque étoit qu’en cas [que les] anciens chanoines refusassent d’appeler les régalistes pour élire un vicaire général, il étoit du devoir de M. l’archevêque d'en nommer un, le pouvoir de le faire lui étant donné par le concile de Trente ;qu’ainsi son ordonnance dont j’ai envoyé la copie étoit canonique et régulière, ayant été donnée après trois sommations faites de la part du sieur Le Juge, chanoine pourvu par le roi, aux anciens chanoines de s’assembler.
Le 18 septembre 1680, j’ai mandé à la cour que j’avois surpris depuis trois jours un paquet renfermant une lettre de Rome qu’un marchand de Toulouse, nommé Cazes, envoyoit à Pamiers au sieur Charlas, qui étoit le conseil du défunt évêque, et continuoit de l'être des chanoines réguliers. Cette lettre étoit en forme d'instruction de ce qu’il y avoit à répondre à la lettre que messieurs du clergé avoient écrite au roi, lors de la dernière assemblée. Il y étoit aussi parlé des prétendus miracles faits par ledit défunt évêque, dont un ecclésiastique du diocèse de Saint-Pons, le sieur Rauchy, est venu faire
enquête à Pamiers. Celui qui a écrit cette lettre de Rome se nomme Dorât, archiprètre de la ville d’Acqs en Fois, et avoit été envoyé à Rome par le défunt évêque pour agir dans les affaires qu’il y a toujours eues, et particulièrement dans celle de la régale. J’ai donné ordre qu’on interceptât toutes les lettres qui seroient adressées audit Charlas, qu’il seroit à propos d’éloigner de Pamiers.
M. l’archevêque de Toulouse ayant commis le sieur Fortassin pour vicaire général à Pamiers, j’ai reçu des ordres de la cour, par un courrier exprès qui me l’a amené à Pamiers où j’étois, pour le mettre en possession de cet emploi, ce que j’ai fait nonobstant la déclaration du P. Coudol, ancien chanoine, à la signification de l’ordonnance de M. l’archevêque de Toulouse, qu’il en étoit appelant au pape, ce qui m’a obligé de faire signifier ce matin1 au P. Coudol l’ordre du roi pour l’envoyer à Saumur. Il est parti deux heures après. C’est ce que j’ai mandé à M. de Châteauneuf par le retour de son courrier, le 26 septembre 1680.
Le même jour, j’ai écrit à la cour que je n’oubliois rien pour engager les anciens chanoines à venir faire le service avec les pourvus en régale, qu’il y en avoit trois fort ébranlés et sur lesquels je pouvois presque compter, mais que les autres étoient fort opiniâtres, nonobstant l’exemple du P. Coudol et celui du P. Rech que j’ai fait arrêter à mon arrivée à Pamiers et qui est présentement en chemin de la ville d’Acqs.
J’ai fait chercher l’imprimeur du traité de la régale, aussi bien que le sieur Rauchy.
J’ai mandé à la cour qu’au moyen des ordres du roi que j’ai fait exécuter, il y aura peu à appréhender dans la suite de la mauvaise volonté de ceux qui sont opposés au droit de régale , les deux chapitres ayant entièrement changé de face, et les chanoines qui les composent reconnoissant l’autorité de M. l’archevêque de Toulouse et le pouvoir de son vicaire général, le siège vacant à Pamiers; qu’il ne restoit plus qu’à éloigner les PP. Gavaret et Bartholomé, dont les
1 Foucault extrait sans doute cette phrase de sa lettre à M. de Châteauneuf.
DE N ICO LAS- JOSE PH FOUCAULT, bénéfices ont été impétrés en régale et qui sont les restes des débris du chapitre de la cathédrale, ces deux religieux étant les seuls qui occupent présentement la maison où le défunt évéque avoit établi son chapitre et le faisoit vivre en communauté, ce qui étoit d’autant plus nécessaire que, quoique lesdits Gavaretet Bartholonié ne soient plus du corps du chapitre, ils ne laissent pas de le représenter dans leur parti et pourraient même agir en qualité de vicaires généraux, comme a fait le P. d’Auharède, quoique dépossédé; qu’il y avoit aussi un prêtre séculier, nommé Grattecap, ancien promoteur, qu’il serait dangereux de laisser dans le diocèse, étant fort attaché à ces deux réformés; que M. l’archevêque m’avoit fait de grandes plaintes contre le sieur Cazeneufvc, professeur de théologie dans l’université de Toulouse, qui est un des conseils des anciens chanoines, et que l’on prétend avoir travaillé, avec le sieur Ferricr, aux mémoires et lettres qui ont paru sous le nom dudit sieur évêque; il serait aussi à propos de le reléguer;
Qu’il y a aux environs de Pamiers, dans le lieu de Sahure, le sieur abbé Caulet, frère dudit défunt évêque , qui assistoit les réformés de sa bourse, et auquel il serait bien nécessaire d’envoyer un ordre pour se retirer dans la ville de Montclar, près Montauban , dont il est le prieur, n’ayant aucun bénéfice ni autres biens dans le diocèse de Pamiers.
M. le juge mage de Pamiers m'a envoyé, le ai octobre 1680, un exprès me donner avis que le P. Cerles1, l’un des trois réformés qui restent de l’ancien chapitre de Pamiers, a fait afficher aux portes des églises de Pamiers une ordonnance par laquelle il défendoit aux ecclésiastiques et aux peuples du diocèse de reconnoitre le vicaire général envoyé par M. l’archevêque. J’ai rempli du nom de Cerles une lettre de cachet pour l’éloigner du diocèse, mais que3 je croyois nécessaire de le faire arrêter en cas qu’il parût, car il s’éloit tenu caché pendant le séjour que j'ai fait à Pamiers, aussi bien que Charlas
1 Jean Cerles, né à Aubin, au diocèse très que Foucault intercale dans son ré-
de Rodez, en i636,morten 1691. cil, et c'est ce qui cause ces fautes de
* Ce sont toujours des eitraits de let- rédaction.
qui travaille toujours dans un lieu retiré à dresser les actes du parti; y ayant des curés dans les montagnes qui leur donnent retraite, ils peuvent passer en un quart d’heure en Espagne.
Le provincial des frères prêcheurs m’a écrit qu'il avoit envoyé à Pamiers pour faire sortir le prieur et les religieux du couvent que cet ordre y a, qui refusoient de reconnoître le sieur Fortassin pour vicaire général, et qu’il y en a envoyé d’autres en leur place, ce qui produira un bon effet dans le diocèse.
Quoique je fusse parti pour me rendre à Montpellier, suivant les ordres de la cour, pour travailler à une ordonnance de règlement pour les tailles réelles, les ordres pour les affaires de Pamiers m’y ont été adressés, ayant pris des mesures pour recevoir promptement les lettres de la cour. J'ai mandé qu’on arrêtât le nommé Pech, accusé d’avoir imprimé le traité de M. de Pamiers sur la régale. Il a été en effet arrêté, et lui ayant fait prêter interrogatoire, il a absolument nié que ce fût lui. 11 a seulement avoué qu'il étoit imprimeur ordinaire de M. de Pamiers, que c’est â lui que s'adressa celui qui fit imprimer à Agen l’acte en forme de lettre que ledit sieur évêque écrivit à M. l’archevêque de Toulouse , ainsi qu’il parait par le journal trouvé dans les papiers du P. d’Aubarède. J’ai cherché moi-même, dans tous les endroits de son imprimerie et de sa boutique, des caractères, du papier ou d’autres choses qui pussent servir à sa conviction, mais je n’ai rien trouvé. J’ai chargé le promoteur de l’archevêché de chercher des témoins et des indices qui puissent nous découvrir si c’est Pech qui a imprimé les actes et mémoires qui ont paru sous le nom de M. de Pamiers. Pour le marchand qui servoit d’entrepôt au commerce de Charlas avecDorat, qui étoit à Rome, ou a trouvé, en examinant de nouveau la suscription effacée de la lettre de Rome qui lui étoit adressée, qu’il se nomme Veisses et non pas Cazes. J’ai envoyé chez lui pour l’arrêter, mais il étoit absent de la ville. J’ai laissé des ordres pour s’en saisir et pour l’obliger à découvrir ses correspondances et à nous donner la clef de ses chiffres.
Le 6 novembre 1680, j’ai fait signifier à madame de Mirepoix, au
sieur Caulet, prieur de Montclar, et aux PP. Bartholomé, Gavaret et â Grattecap, les ordres de leur relégation; à quoi ils ont obéi.
M. de Châtcauneuf m’ayant mandé de lui faire savoir ce que c’étoit que le nommé Guigues, secrétaire de feu M. de Pamiers, je lui ai écrit qu’il étoit hors du diocèse et qu’on ignoroit ce qu’il étoit devenu, mais que, pendant quinze jours que j’ai passés A Pamiers, où je me suis informé de tous les agens et correspondons de l’évéque, je n’ai trouvé ce Guigues dans aucun mémoire.
Le sieur Fortassin m'ayant mandé que le P. Rousse confessoit toutes les personnes de son voisinage qui sont dans la cabale des réformés, j’ai proposé à la cour de le faire sortir du diocèse, aussi bien que cinq curés qui sont les plus opiniâtres à ne point reconnoitre le sieur Fortassin pour grand vicaire général, et qui retiennent dans le parti du P. Cerles un grand nombre de curés du diocèse qui paroissoient disposés à l’abandonner. Us se nomment : Paignon , curé de Siguier; Augé, curé d’Axiat; Aibaignac, curé de Rabat; Estèbe, curé de Montaillou de Prades, etDombès, curé de Bonnac.
Le P. Cerles a continué de rendre des ordonnances, et le sieur Fortassin de les casser.
Le 1 3 novembre 1680, j’ai demandé permission d’aller à Paris , et ai proposé à M. de Châtcauneuf de s’adresser, en mon absence, au sieur de Malenfant, juge mage de Pamiers, pour les affaires de la régale, lui répondant de son exactitude, de sa fidélité et de son zèle pour le service du roi.
Le 1 4 novembre 1 680, j’ai proposé à M. de Châtcauneuf les sieurs Destail, lieutenant particulier au présidial de Pamiers, pour premier consul; Martin Bourgeois, pour second; Dalliot, marchand, pour le troisième, et Las Cazcs, procureur, pour le quatrième et dernier; ayant jugé à propos, dans la conjoncture des aflâires de la régale, de choisir des personnes sûres et hors de soupçon de cabale, pour remplir les charges municipales de la ville de Pamiers.
Je lui mande encore que j’ai appris que le nommé Guigues s'est retiré en Provence.
Le sieur Gavarel ayant été surpris affichant une ordonnance du P. Cerles, il demeure d’accord, par l’interrogatoire que je lui ai fait prêter, qu’il a fait une faute; mais il n'a jamais voulu me déclarer les complices de sa faute et de la cabale, ni me dire qui a imprimé l’ordonnance qu’il a affichée.
A l’égard de Pech, M. l’archevêque de Toulouse m’a mandé qu’il ne pouvoit avoir de preuves qu’il eut imprimé pour M. de Pamiers, et qu’il étoit fort protégé à Toulouse.
Il a paru dans ce temps un bref du pape, à Pamiers et à Toulouse, au bas duquel est une lettre pastorale du P. Cerles, ce qui a donné lieu au parlement de Toulouse de rendre un arrêt portant défenses aux évêques de son ressort de recevoir aucun bref de Rome qu’il ne soit accompagné de lettres patentes du roi; [il ] a décrété prise de corps contre Cerles et Gavaret, et ordonné qua la requête du procureur général il seroit publié monitoire pour découvrir ceux qui ont affiché ce bref. C’est ce que j’ai mandé à la cour le ao novembre 1680.
M. de Cbâtcauncuf m’a mandé, le. . novembre 1680, que le roi n’avoit pas jugé à propos, dans la conjoncture des affaires de Pamiers, que je quittasse la province.
Le 37 novembre 1680, j’ai envoyé à M. de Châteauneuf le mémoire du chapitre de Pamiers, par lequel il demande que, la plus grande partie des canonicats et des prébendes étant remplie par des pourvus en régale, il soit mis fm à l’économat; que leurs raisons me paroissoient bonnes.
J’avois reçu ordre d'adresser ceux de la cour pour les relégations A M. le marquis de Mirepoix1, gouverneur du pays de Foix, mais il m’a prié de les adresser à M. le juge mage de Pamiers; mais le roi a désiré qu’il se chargeât de les faire exécuter.
Le provincial des jacobins avoit changé tous les religieux du cou-
1 Gaston Jean-Baptiste de Lévis et de Lomagnc , marquis de Mirepoix, maréchal de la foi , sénéchal de Carcassonue et de Béziers, gouverneur des pays et comtés
de Foix, d’Onexan et d’Andorre, dont il prêta serment le 37 janvier 1678, mourut le 6 mai 1687.
DE NICOLAS-JOSEPH FOUCAULT, vent de Paraicrs, sur la lettre que je lui avois écrite; mais, le prieur qu'il avoit nommé à la place de celui qui étoit suspect n’ayant pas mieux fait son devoir que son prédécesseur, je lui ai mandé par un exprès â Brives, où il faisoit sa visite, de venir à Toulouse pour y choisir dans le couvent qui y est établi, ou dans un autre, un prieur qui soit approuvé par M. l’archevêque de Toulouse, pour l’envoyer 4 Pamiers; à quoi j’ai ajouté, suivant les ordres de la cour, qu’il eût grande attention à la doctrine qui s’enseigne par les professeurs de philosophie dans le couvent de Pamiers.
Le a 8 novembre 1680, j’ai écrit à la cour que le dernier bref du pape et la lettre pastorale du P. Cerles ont fort enflé le courage des curés dont j’avois proposé la relégation, et avoient fait revenir du côté de ce prétendu vicaire général la plupart de ceux qui s’étoient soumis aux ordonnances du sieur Fortassin; que M. de Mircpoix avoit fait arrêter quelques-uns de ces curés, mais que je croyois à propos que le parlement de Paris commit le juge mage de Pamiers pour faire le procès aux plus mutins d’entre eux, particulièrement contre ceux qui prêchent ouvertement contre le droit de régale et qui cherchent à émouvoir les peuples.
Le 5 décembre i68o, j’ai mandé à la cour que, M. le marquis de Mirepoix ayant fait arrêter, de son autorité privée, un curé et un vicaire du diocèse de Pamiers, cela avoit produit un mauvais effet, la plupart des autres curés regardant cette capture comme une violence et étant sur le point d’abandonner leurs cures; sur quoi j’ai représenté que ces sortes d’cmprisonnemens de curés, faits sans ordre du roi, dans un pays de montagnes ut dans la conjoncture présente où le bref du pape vient d’être rendu public dans toutes les paroisses, pouvoient avoir des suites fâcheuses ; que j’estimois qu’il falloit y aller avec un peu plus de circonspection , et tâcher, comme on avoit fait dans le commencement, de prendre ces curés parles voies de la douceur et des promesses qui en avoient fait revenir un grand nombre qui avoient reconnu le sieur Fortassin pour vicaire général; mais qu’enfln le remède le plus efficace contre tous ces désordres
étoit d’envoyer promptement un évêque à Pamiers1, tout ce qu’on pourra faire jusqu'à ce qu’il y en ait un, par la seule force de l’autorité séculière, ne pouvant servir qu’à aigrir les esprits dans une matière où les peuples croient leurs consciences intéressées à se conduire par les mouvemens de leurs curés et ne reconnoitre d’autre supérieur ecclésiastique que celui auquel leurs pasteurs sont soumis; et, quoiqu’il paroisse à propos de se saisir du P. Cerles, il faut néanmoins prendre garde qu’il ne sera pas plutôt arrêté qu’il paroîtra un autre vicaire général, déjà élu par avance par les anciens chanoines, qui ont depuis longtemps prévu le cas de leur détention ou de leur relégation, et qui se sont substitué les uns aux autres le vicariat général, et à leur défaut aux curés de leur cabale, en sorte que, le successeur du P. Cerles se trouvant cure, il engagera tous les autres à s’unir plus étroitement à lui, et par ce moyen le vicariat général se perpétuera dans la cabale.
Le . . décembre 1 680 , j’ai reçu deux arrêts du parlement de Paris avec une instruction pour leur exécution. Le premier ordonne que les chanoines de Pamiers s’assembleront pour nommer un vicaire général, et cette instruction porte que je prendrai des précautions pour empêcher le chapitre de s’assembler à l'effet d’élire un vicaire général, afin que, faute de s’ètre assemblés, le droit de faire cette nomination soit dévolu à M. l'archevêque de Toulouse. Le second arrêt commet le juge mage île Painiers pour informer de la publication et alEcbe du dernier bref du pape.
A l'égard du premier arrêt, j’ai reçu ordre de le faire signifier au chapitre, et, faute par les chanoines de vouloir s’assembler, et sur le désistement du sieur Fortassin, l’instruction de la cour porte que M. l’archevêque de Toulouse nommera M. l’évêque de Léon2, nommé par le roi à l’évêché de Pamiers, pour vicaire général; sur quoi j’ai représenté qu’il étoit bien nécessaire que ledit sieur évêque de Léon
1 Cosme Boyer, évêque de Lombei , * Pierre Le Neboux de la Brosse , évêque
nommé au siège de Pamiers le 6 septembre de Saint-Pol-de-Léon.
1680, avait refusé.
DE NICOLAS-JOSEPH FOUCAULT, vint incessamentàPamiers, parce que, jusqu’au temps de son arrivée, le diocèse demeurera sans vicaire général, et il pourroit survenir des affaires sujettes à inconvénient par ce défaut.
Il a été tiré une lettre de change de 6,oooH sur Jean, banquier de Toulouse, au profît de défunt M. l’évèque de Pamiers; elle a été envoyée à Paris.
Le 10 décembre 1680, je me suis rendu à Pamiers, où ayant vu le sieur Paucet, qui est à la tète du chapitre et qui est fort intelligent, je lui ai fait voir l’arrêt du parlement de Paris qui ordonne que le chapitre s’assemblera pour nommer un vicaire général; et sur ce qu’il m’a représenté qu’il étoit difficile que le chapitre put faire une nomination valable, y ayant trois chanoines anciens et légitimement pourvus qui sont absens, et qu'il est de l’ordre d’appeler, j’ai été bien aise qu’il m’ait opposé cette raison, qui est très-valable, et je lui ai marqué que, cela étant, les chanoines présens pouvoient se dispenser de procéder à cette nomination, nonobstant la signification qui leur seroit faite de cet arrêt, et que je me chargeois de rendre compte à Sa Majesté des raisons qui les empèchoient de l’exécuter; qu’ils n’avoient qu’à demeurer dans le silence; en suite de quoi je leur ai fait signifier ledit arrêt, de sorte que, sans que le chapitre soit informé que l'intention du roi n’est pas qu’il nomme un vicaire général, le droit de le faire sera dévolu à M. l’archevêque , qui, après la huitaine expirée, nommera M. de Léon.
Ce projet a réussi , nonobstant les avis de quelques chanoines qui croyoient que c’étoit faire préjudice au droit de la régale et à ceux qui sont pourvus en vertu de ce droit, de ne pas exécuter l’arrêt du parlement, et les choses se sont passées sans bruit et sans qu’on ait pénétré les intentions de la cour.
Je me suis ensuite rendu à Toulouse, où j’ai trouvé M. l’archevêque malade de la fièvre, et nous sommes convenus que, pour rendre valable l’ordonnance de nomination de M. de Léon, M. le juge mage de Pamiers, qui a fait signifier, le lu décembre, à la requête de M. le procureur général, l’arrêt du parlement au chapitre, rctireroit, le 19,
du secrétaire dudit chapitre, un certificat portant que les chanoines n’avoient fait aucune nomination, en execution dudit arrêt, en suite de quoi M. l'archevêque nommerait, le a a, M. l’évèque de Léon. J’ai mande à la cour que je ne croyois pas que l’on pût trouver rien à dire à cette procédure, et que M. l’archevêque pourrait seulement commettre un ecclésiastique pour pourvoir aux besoins pressans du diocèse de Pamiers, en cas que M. de Léon ne puisse venir incessamment à Pamiers; que , lorsque M. l’archevêque aura rendu son ordonnance de nomination et quelle aura été publiée, M. le juge mage mettra à exécution l’arrêt qui ordonne qu’il sera par lui informé de ta publication et affiche du dernier bref du pape.
A quoi j’ai ajouté qu’il ne s’étoit rien passé de particulier à Pamiers pendant le séjour que j’ai fait à Pamiers1, les curés opposés à la régale étant toujours unis au P. Cerles, dont je ne voyois qu’un évêque qui les pût détacher.
L’expédition des affaires ordinaires du diocèse de Pamiers a été sursise à Rome pendant quelque temps, depuis la mort de M. de Pamiers.
Le roi a donné aux jésuites de Pamiers la chaire de philosophie qu’avoient les jacobins. J'ai proposé de faire donner 5ooM de pension au professeur, savoir: 3ooH par les états de Foix et qoo" par le roi. J’en ai écrit au P. de la Chaise.
Ayant eu avis que le nommé LaBuquette, garçon imprimeur, que l'on prétend avoir aidé à Pech à imprimer le traité de la régale, s’étoit retiré à Bordeaux, chez le nommé Lacour, imprimeur, j’ai écrit, le 1 8 décembre 1 680 , à M. de Ris, et lui ai envoyé un mémoire des faits sur lesquels il falloit l’interroger. On prétend qu’il pouvoit donner beaucoup de lumière sur cette affaire. Je l’ai mandé à M. de Châteauneuf, qui m’a envoyé un ordre du roi pour la nomination des consuls de Pamiers.
Je lui ai aussi écrit que le couvent des jacobins de Pamiers étoit composé de religieux très-affectionnés au service du roi et soumis aux ordres de M. l’archevêque.
1 J) veut dire à Toulouse.
Le a 6 décembre, j’ai mandé à M. de Chàteauneuf que les arrêts du parlement ont été exécutés, et que M. l’archevêque a nommé m. r évêque de Léon pour faire les fonctions de vicaire général, ce qui s’est fait sans aucune opposition de la part du vicaire général de la cabale.
M. l’archevcque m’a mandé qu’il avoit reçu ordre du roi de nommer un vicaire général à Pamicrs à la place de M. l'évèqtie de Léon.
Il y a eu de la jalousie entre M. le marquis de Mirepoix et M. le juge mage de Patniers, sur l’adresse et l’exécution des ordres du roi au sujet de la régale; j’ai écrit à M. de Chàteauneuf pour les engager à agir de concert, étant tous deux fort zélés pour les intérêts du roi , mais que le juge mage méritoit une protection particulière, ayant depuis un an abandonné les fonctions de sa charge pour vaquer aux affaires de la régale et fait de grandes dépenses, ce qui mérite que le roi y ait égard.
On a mandé à M. de Chàteauneuf et à moi que quelques curés du pays de Foix avoient donné trente-six pistoles à une personne qu’on ne nomme point , pour n’ètre point inquiétés pendant un mois au sujet des affaires de la régale. J’ai mandé à M. de Mirepoix et à d'autres personnes sur les lieux de tâcher de découvrir la vérité de ce fait.
Le P. Ccrles a fait imprimer et afficher des ordonnances aux portes de la ville de Pamiers et à Toulouse, plus hardies, et que l’on peut dire encore plus insolentes, que les précédentes. M. le juge mage a fait une procédure contre le curé de Bonnac, qui 'alloit débitant ces ordonnances chez les curés du diocèse. J’ai mandé à la cour que cela méritoit bien que le parlement de Paris lui fit faire le procès comme à un perturbateur du repos public. M. l’archevêque a fait aussi arrêter l’afficheur de ces ordonnances à Toulouse, que j’ai ordonné qu’on amenât â Montauban où il sera plus sûrement qu’à Toulouse, où la cabale, qui y est très-forte, trouve toujours des moyens de faire donner des avis par ses émissaires dans les prisons, et de leur faire parler par des gens qui les encouragent à ne rien déclarer de leurs secrets.
On ne trouve point de preuve contre Pech, imprimeur, que l’on prétend avoir imprimé le traité de la régale, et M. de Ris m’a mandé que son garçon n’a point paru à Bordeaux.
J’ai mis en liberté le nommé Vaisselié, que M. l’archevêque avoit fait arrêter, l’ayant soupçonné d’avoir afTiché à Toulouse la dernière ordonnance du P. Cerles, ayant vérifié que ledit Vaisselié n’étoit arrivé à Toulouse que le i 8 janvier 1681.
Le parlement de Toulouse a rendu un arrêt contre le P. Cerles, et, quoique le précédent n'ait pas empêché que son ordonnance n’ait été affichée à Toulouse en plein jour, cet arrêt ne laissera pas de produire un bon effet.
Pendant que j’étois à Montpellier, travaillant au règlement des tailles réelles, j’ai eu quelques avis que les ordonnances du P. Cerles pourroient bien avoir été imprimées à Avignon , aussi bien que les autres pièces contre la régale, et que le vice-légat favorisoit cette impression, ce qui m’a obligé d’en parler à M. Morand, intendant de Provence, qui étoit à Montpellier, pour tâcher d'éclaircir ce soupçon et de surprendre l'imprimeur et ceux qui le mettent en besogne.
Pendant que j’étois à Montpellier, j'ai reçu avis, par une lettre du 8 mars 1681, qu’il avoit encore paru à Toulouse un nouveau bref du pape et qu’il y avoit été affiché.
Le 19 mars 1681, j'ai reçu, à une journée de Montpellier, deux lettres de M. de Châteauneuf, l’une adressante au sieur Ragot, archidiacre d’Alcth, et l'autre pour moi , qui m’ordonne de faire saisir les papiers dudit Ragot, qui concerneront la régale. J’ai commis une personne intelligente pour le faire.
Le a 5 mars, j’ai reçu un ordre de la cour qui relègue le sieur Ragot à Morlaix. 11 ne s’est trouvé aucun papier chez lui qui concerne la régale , mais seulement des mémoires des principales actions de défunt M. l’évèque d'Aleth1, dont ledit sieur Ragot écrivit la vie.
1 Nicolas Pavillon, évêque d'Aleth. le formulaire et résisté à l'établissement
mort en 1 677, à l'âge de quatre-vingts ans. de la régale dans son diocèse.
Il avait, comme Caulet. refu«é de signer
Le même jour, j’ai mandé à M. de Châteauneuf que je ne doutois point qu'il ne fût informé que le parlement de Toulouse fait le procès au P. Cerles et qu’il sera bientôt en état d’ctre jugé. On est persuadé qu’il paroîtra encore quelque chose de nouveau de la part dudit Cerles avant les fêtes de Pâques, et j’ai donné ordre, en passant à Toulouse, qu’on tâchât de surprendre quelqu’un de ces porteurs de paquets qui renferment les imprimés des brefs et d'ordonnances, car pour lors on ne les affichoit plus.
Dans ce temps il a été présenté au pape une supplique par le P. Cerles; c’est une pièce bien hardie et pleine de suppositions.
Le 1 7 avril 1 68 1 , j’ai mandé à M . de Châteauneuf que le parlement de Toulouse avoit jugé le P. Cerles le 1 6, et l’avoit condamné à avoir la tête tranchée. Cet arrêt fera un grand éclat dans la province et contiendra dans le devoir les gens de la cabale. Cet arrêt a été exécuté par effigie dans la grande place de Toulouse, avec un grand appareil et un concours extraordinaire de peuple. Cette exécution sera réitérée à Pamiers et dans les principaux lieux du diocèse où ses ordonnances ont été affichées.
J’ai appris que cet arrêt et son exécution réitérée a ramené beaucoup de curés à la soumission aux ordres de M. l’archevêque. L’arrêt de mort contre Cerles a été exécuté à Pamiers1; mais, les gens de la cabale ayant fait évader l’exécuteur, qui s’étoit venu cacher à Montauban, je l'ai fait prendre et conduire à Pamiers, où le juge mage de Pamiers l’obligera à faire le devoir do sa charge.
Le C août 1 68 1 , j'ai envoyé à M. de Châteauneuf une copie de l'acte de protestation que le P. Cerles, nommé par M. de Pamiers, a fait afficher aux portes des évêques assemblés à Toulouse pour nommer les députés qui doivent assister à l’assemblée générale «lu clergé, contre ces deux assemblées provinciale et générale.
Le parlement de Bordeaux a jugé le procès du vicomte de Vaillac ,
1 Euiculé pur effigie. (Voy. notre introduction.)
contradictoirement, à la Réole; il a été condamné à mort et exécuté au mois de janvier )68o.
Au mois de janvier, M. Colbert m’a écrit pour me prier de faire une recrue de soldats pour le régiment de Champagne, dont M. de Rlainville, son fils, étoit colonel1 *.
Au mois de mars 1680, il a été créé, sur mon avis, un vice-sénéchal3 à Montauhan, dont six archers, qui seront créés, résideront à Cahors.
Au mois de mai , M. de Louvois est venu à Baréges pour y prendre les bains; je l’ai accompagné jusqu’à Saint-Gaudens.
Au mois de juin 1680, M. d’Aguesseau, intendant de Languedoc, et M. de Ris, intendant de Bordeaux, sont venus, par ordre du roi, à Montauhan, pour conférer avec moi sur le règlement que M. Colbert a proposé au roi de faire pour les tailles réelles3, Montauhan étant le centre des trois départemens; notre conférence n’a duré que quinze jours.
J’ai proposé à M. Colbert, dès l’année dernière, de faire l'arrondissement des élections, en leur donnant à chacune les paroisses les plus voisines du centre et les plus convenables par des échanges, ce qui faciliterait extrêmement le recouvrement des tailles. Je lui ai envoyé les cartes de la position présente des élections.
Le 1 7 juillet 1680, j’ai envoyé à .\1. Colbert le travail que j’ai fait avec la carte de la généralité de Montauhan pour l’arrondissement des élections.
Au mois de juillet 1680, j'ai envoyé plusieurs Bohèmes et faux monnoyeurs aux galères.
1 Armand Colbert . marquis de Blaintille et d'Ormoy, quatrième lits de Colbert. Il fut tué à la bataille d'Hochstctt , le
■ 3 août 1706.
* Les vice -sénéchaux présidaient le tribunal de la sénéchaussée et correspondaient ainsi, dans les pays de droit écrit, aux lieutenant' généraux des bailliages
Ils avaient en outre des attributions de police. (Sur la création du vicc-sénérhal duQucrcy, voyex, dans notre Appendice, tes dépêches de Colbert à Foucault, des ta juillet et a 1 septembre 167g, là mars et a mai 1680.)
* Sur les tailles réelles, voyex notre in. traduction.
J’ai beaucoup travaillé pendant les trois années précédentes et la courante à la vérification des dettes des communautés, qui a fini au mois d’août 1 680. Il a été rendu des arrêts qui règlent les termes des payemens.
Au mois d’octobre, M. Colbert m’a envoyé un arrêt qui exclut les reiigionnaires de tous emplois de recettes des deniers du roi1.
Le 18 décembre 1680, j'ai mandé au P. de la Chaise que j’avois eu avis que ma sœur abbesse de Jarcy étoit dans le dessein de quitter son abbaye, et que je le suppliois de ne pas permettre que des personnes qui abusent de sa jeunesse pour enlever ce bénéfice à ma famille en obtiennent le don sur sa démission.
Le chapitre général des religieux carmes, tenu à Montauban en 1680, a statué que je serois reconnu et mis au nombre des principaux bienfaiteurs de l’ordre , pour avoir rebâti la moitié de leur église de Montauban avec la sacristie, donné un tabernacle, une chaire trèsbelle, un retable, et fait faire d’autres ouvrages, ce qui a été confirmé par une délibération prise dans le chapitre provincial tenu à Aiby le 5 mai 1681, dont il m’a été envoyé un extrait en parchemin, signé du provincial et des définiteurs.
Le i*r janvier 1681, je suis parti pour Montpellier avec M. de Ris. Nous y sommes arrivés le 8, et y avons trouvé M. d’Aguesseau, M. d’Herbigny, intendant de Dauphiné, et M. Morand, intendant de Provence. Nous y avons travaillé au règlement des tailles réelles; j’y ai mené M. de Redon, conseiller en la cour des aides de Montauban. Ce travail a duré deux mois et a été achevé. M. de Ris, qui alloit à Paris, a été chargé de le présenter à M. Colbert. Ce règlement n’a point eu d’exécution.
Au mois de février 1681, j’ai fait le voyage de Montpellier avec
1 Voy. la dépêche de Colbert à Foucault, du 18 octobre 1680, dam notre Appen* dire.
M. de Ris, pour travailler aux tailles réelles. — Vid. la relation de ce voyage.
Le a 6 février, ma femme est accouchée à huit heures du soir d'une fille, à Montauban. Elle a été nommée Marie-Angélique par deux pauvres, aux noms de M. Jassaud d’Arquinviiiiers et de mademoiselle Foucault, ma sœur.
Le a3 avril, j’ai envoyé à M. le chancelier un projet d’arrêt pour l’établissement de six docteurs agrégés et d’un professeur en droit françois dans la faculté de droit de l’université de Cahors. M. le chancelier avoit cru de pouvoir choisir un des quatre professeurs en droit pour remplir la chaire du droit françois; mais je lui ai représenté que ces professeurs sont tous renfermés dans l’étude du droit romain, et que j’avois jeté les yeux sur le sieur Dolive, conseiller de la cour des aides depuis vingt ans, qui entend parfaitement les ordonnances et tout ce qui a rapport au droit françois, homme riche et qui se passerait d’appointemens et de rétribution s’il le falloit. 11 est fils d'un professeur en droit qui s’est acquis de la réputation. Il a été nommé pour remplir cette chaire.
M. le chancelier m’a envoyé des règlemens pour le rétablissement de l’étude du droit dans l’université de Cahors, et des arrêts du conseil pour l'établissement d’un professeur en droit françois et de six docteurs agrégés à la faculté de droit.
Le dernier avril, j’ai condamné au présidial de Montauban un faux monnoyeur, nommé Gardebosc, aux galères perpétuelles.
Le 1 8 juin, j’ai proposé à M. Colbert d’établir un écuyer à Montauban pour mettre à cheval les jeunes gentilshommes, et d’imposer sur toute la généralité 5ooM pour lui louer une maison à Montauban.
J’ai proposé, au mois de juin, à M. le chancelier de réformer les collèges fondés dans la ville de Cahors, qui sont dans une grande confusion.
Le 1 68 1, j'ai mandé à M. de Chàlcauneuf que j’avois engagé
les professeurs de l’université de Cahors à consentir à l’agrégation du collège des jésuites à leur université, à l’exemple de ce qui a
été fait à Toulouse, et je lui ai envoyé un projet de lettres patentes pour confirmer ladite agrégation.
Au mois de juin 1681, j’ai fait travailler le sieur Piquié au* cartes géographiques des élections de la généralité deMontauban, pour en rendre le ressort régulier. Je les ai envoyées à M. Colbert avec celles des monts Pyrénées.
Au mois de juillet 1 68 11, j'ai envoyé à M. Colbert deux cents manuscrits de l’abbaye de Moissac; il a donné aux chanoines i.aoo11. applicables en des ornemens.
Le a3juillct 1681, j’ai proposé à M. de Louvois de faire venir de Roussillon deux compagnies de cavalerie dans le haut Itouergue et dans le hautQuercy, pour seconder les missionnaires ecclésiastiques11.
Le 6 août 1681, j’ai écrit une lettre au P. de la Chaise, par laquelle je lui ai mandé les bonnes dispositions où je trouvois être les ministres et principaux religionnaires de Montauban pour leur retour à l'Eglise romaine; que leur conversion attireroit infailliblement celles de toutes les villes de Quercy, du Rouergue et du bas Languedoc, qui ne cherchoient qu’une porte honnête pour rentrer dans l'Eglise; qu’ils demandoient, pour cet clfet et pour sauver leur honneur, qu’on fit une conférence où les points controversés seraient agités, et ceux qui sont les plus considérés et les plus accrédités dans le parti m’ont assuré que c’étoit la seule voie qui pût faire réussir le grand projet des conversions; que celles de rigueur, de privation des emplois, les pensions et les grâces seraient inutiles.
' Foucault commet ici une contusion.
Ce qui est de juillet i6Si, c'est l'ordre donné par Colbert (dépêche à Foucault du 16 juillet 1681 ) d’offrir des ornements à l’abbaye de Moissac. Mais l’envoi dos manuscrits avait eu lieu trois ans plus tôt, en 1678. [ Vov notre introduction.) On en trouve la confirmation dans le passage suivant de l’Essai historique sur la bibliothèque dultoi (par Leprince), 1783,
in- 13, p. 304 : «L'année 1678 vit entrer
■ dans la bibliothèque du ministre les ma-
• nuscrits tirés des archives de l’abbaye de
• Moissac par M. Foucault , commissaire
■ départi en la généralité de Montauban , « et envoyés b Paris par le même inten-
■ dant. •
* Louvois n’y consentit pas. ( Voy. dans notre Appendice, sa dépêche b Foucault du 7 août 1681.)
Ayant fait depuis la même proposition à M. le chancelier Le Tellier, dans un voyage que je fis à Paris, il la rejeta absolument, disant qu’une pareille assemblée auroit le même succès que le colloque de Poissy, que le pape trouveroit mauvais que l'on fit une pareille conférence sans sa participation, et me défendit d’en parler au roi. Sa timidité naturelle, dans une entreprise qu’il jugeoit périlleuse, est peut-être cause que l’ouvrage des conversions, qui auroit pu réussir par les conférences, soutenues d’autres moyens doux, a causé la ruine d’un si grand nombre de religionnaires et la perte du commerce et des arts.
Au commencement de septembre 1681, j’ai eu avis que la peste étoit à Barcelone.
Le 9 septembre 1681, M. Charpentier, fondé de ma procuration, a remboursé M. Le Fouin, conseiller au parlement de Paris, des 31,000'* que mon père et moi avions empruntés de M. Le Fouin, greffier du conseil, son père, et 800 " d’intérêts; ces a 1 ,800 " faisant partie des 51,739" que ledit sieur Charpentier avoit reçus, comme procureur fondé de moi et ma femme, de MM. les officiers de la grande chancellerie et secrétaires du roi, lesdits 5 1 ,7 a g H étant de la dot de ma femme et reçus, le 9 septembre 1681, desdits sieurs secrétaires du roi.
Le 1 3 septembre, madame Foucault, tante de mon père, religieuse a Maubuisson, est décédée; c’étoit une sainte fille; mon père a fait l'histoire de sa vie. Elle étoit née le 3 avril 1 607; elle a fait ses vœux le a 5 février 1639.
J’ai fait mon voyage à Paris au commencement de novembre 1 68 1 , et ai été de retour à Montauban le 1 5 mars.
Le 33 décembre 1681, M. du Gué de Bagnols m’a payé a4,ooo" qu’il devoit à M. de Jassaud, mon beau-père, et que ledit sieur de Jassaud avoit donnes à ma femme par notre contrat de mariage, et de plus 3,330" d’arrérages que devoit ledit sieur de Bagnols.
M. Daussonne, premier président de la cour des aides de Monlauban, a prétendu que les consuls dévoient l’aller voir avant moi
dans les occasions où ils nous doivent rendre visite, ce qui ne s'est jamais pratiqué, mes prédécesseurs et moi ayant toujours été visités les premiers.
J’ai reçu, pendant cette année et les suivantes, des arrêts pour exclure les religionuaires des charges publiques et des emplois dans les villes.
Le . . février, j’ai été prendre place à la grand'chambrc, et y ai opiné1, ayant servi quatorze ans en compagnie souveraine.
Le a mars 1682, mon père a acquis une grande maison, sise sur le quai do l’Ecole , appelée l'hôtel de la Grateuse , faisant face sur ledit quai et sur la rue Saint-Germaiu-l’Auxerrois, de Jean Huzé, trésorier des gardes-du-corps de M. le duc d'Orléans, moyennant la somme de quatre-vingt-trois mille livres.
Au mois de mai 1 682 , M. Colbert, évêque de Montauban, et moi, avons proposé à M. de Châtcauncuf d’établir, dans Montauban, une maison où l’on pût retirer les fdles nouvellement converties, et nous avons jeté les yeux sur celle de la Visitation, les religieuses de cet ordre de Toulouse offrant d’envoyer six de leurs religieuses auxquelles elles payeroienl leurs pensions pour commencer cet établissement, même de donner 6,000 pour entreprendre un bâtiment pour les loger, n’y ayant que des Ursulines et des Urbanistes2 à Montauban, qui ne sont point en état de recevoir des pensionnaires.
Le 24 juin 1682, j’ai mandé à M. le chancelier que j’avois condamné en 1 ,000 H d’amende un gentilhomme qui avoit réfugié des Bohèmes dans sa maison, et que j’estimois à propos de donner une
1 Par suite Je l'origine commune des compagnies souveraines . toutes issues de la cour du roi, les maîtres des requêtes étaient censés conseillers du parlement de
Paris, et y étaient reçus comme tels au bout d'un certain temps de grade. Cependant. depuis 1600, il avait été décidé
qu'ils n'y pourraient siéger plus de quatre à la fois, f Voy. la Roche-Klavin, Traité lar lei treize parlcmeiu Je France, in-fol. Bordeaux, 1617, p. 3t.)
' Religieuses de Sainte-Claire, ainsi nommées du pape Urbain qui leur a donné la régie.
déclaration qui renouvelât les dispositions des anciennes ordonnances. qui ordonnent la perte de la justice et la réunion au domaine des fiefs des gentilshommes qui donneront retraite aux Bohèmes dans leurs châteaux, et j'ai envoyé le projet de cette déclaration à M. le chancelier
Au mois de juillet 1683, j’ai été commis, par arrêt du conseil, pour juger, au présidial de la Rochelle, le procès que M. Le Bret, intendant de Limoges, a instruit au sieur Lambert, président en l'élection d'Angoulème, pour fausse monnoie; mais cet accusé et ses complices ont trouvé tant d’appui auprès des officiers du présidial, qu’il a été renvoyé absous.
J’ai fait une fête à Montauban pour célébrer le jour de la naissance de monseigneur le duc de Bourgogne, au mois d’août 168a. On en a fait une relation1.
1 Déclaration du roy contre les vagabons et gens appelez Bohèmes et Bohémiennes et ceux qui leur donnent retraite . Regis trée en parlement le 4aoust i682. Pari», François Muguet, 168a , in-4’.
* « Le 3o du moi» dernier, le marquis
• d'Àmbres . lieutenant du roi de la pro- « vin ce, accompagné des consuls, et le sieur «Foucault, intendant de la généralité de < Montauban . à la tête du présidial , ae ren- « dirent à la cathédrale, où se trouva la « cour des aides en robes rouges, et ils y as- « sislèrcnt au Te Deum chanté en musique.
« Le soir il y eut un feu d’artifice , où le « roi étoit représenté sur un trône, mon-
• soigneur le dauphin un peu plus bas sous
• un pavillon, et monseigneur le duc de «Bourgogne au-dessous. U y avoit aux «quatre coins du théâtre quatre figures
• qui , après l’ouverture du feu , se détachè-
• renl pour mettre leurs armes aux pieds « du jeune prince.
« Dans les espace» entre ces figures . il
« y avoit des devises, dont les corps étoient
• trois lys de différente grandeur. Un tor- «rent descendant d’une montagne, dont « les eaux étoient reçues dans un bassin , « duquel sortoit un jet qui les renvoyoit
• aussi haut que leur source ; un soleil « avec deux parélies; trois aigles, dont l’une
■ fort grande étoit élevée dans les nues, « l’autre moins grande voloit au-dessous , et
■ la troisième venoit d’éclore; les espaces
■ qui étoient entre les figures et les devises
• étoient remplis par des brandies de lau-
• ricr et d’olivier entrelacées.
• Ce feu commença par quatre soleils « qui jetèrent quantité de feux , et il fut
• tiré au bruit du canon et suivi d’un grand » repas que les consuls donnèrent dans « l'hôtel de ville.
• Tous les habit&ns firent aussi des
■ feux devant leurs maisons, et les jésuites
■ firent un feu d'artifice qui fut tiré au
• bruit do la mousqueterie.
• Le lendemain, les consuls firent jouer
Au mois de novembre, le clergé a fait un avertissement pastoral aux religionnaires du royaume ; il a été envoyé à Montauban , où il leur a été signifié.
Au mois de novembre 1 68a , les officiers de la religion prétendue réformée du présidial de Montauban ont reçu ordre de se défaire de leurs charges. Je le leur ai fait signifier.
Le 9 décembre , j’ai envoyé à M. Colbert plusieurs actes curieux que j’ai tirés des archives de l'abbaye de Moissac, dont le plus ancien est une bulle du pape Sergius, de 1009, par laquelle il exhorte les chrétiens à venir rétablir avec lui le saint sépulcre que le roi de
• un autre feu d'artifice sur l'eau, et, du-
• ranl ce divertissement , il y eut un petit «combat entre deux espèces de galères
• sur lesquelles étoit toute la jeunesse de la « ville, et qui brilloicnt par un très-grand
• nombre de lumières. Cette fête se ter- - mina par un souper que le sieur Foucault
• donna avec toute la magnificence possible.
■ Le 1* du mois de septembre, cet in- « tendant voulut se distinguer et fermer les •• réjouissances par une fête entière. 11 fit,
• le matin , armer quime cents habitans
■ de la ville, commandés par des bour-
■ geois et divisés en quatre compagnies
■ d’infanterie cl une de cavalerie, qui, en
■ bel équipage et fort bon ordre , défilèrent
■ devant lui, la cavalerie le sabre à la
■ main, et les officiers d'infanterie, aussi, « la pique et les drapeaux déployés.
« Il fit dresser, pour cette milice et pour
• tout le peuple , plusieurs tables devant
■ son hôtel, qui furent toujours couvertes « et bien remplies, et entre ces tables il y
• avoit une fontaine de vin, qui ne cessa < point de couler jusques au soir.
«Alors les troupes se rendirent à une
• petite lie qui se forme , près du grand
• pont, par la jonction du Tarn et du Tc*-
«cou, et ils bordèrent entièrement cette
■ île du côté de la rivière, l'infanterie sur
■ les ailes et la cavalerie au milieu.
« Il y avoit en cette ilc un feu d’arti- «fiée, il y en avoit un autre sur la ri-
■ vière ; et tout y parut en feu à l’entrée de
■ la nuit, de même qu’au palais épiscopal .
■ qu'à l'hôtel du sieur Foucault, qu'aux « terrasses et les balcons , et jusqu'aux toits
■ des maisons de la ville et des faubourgs,
• éclairés par une infinité de bougies , de
■ lanternes et d’autres lumières.
» «On aperçut à ces clartés, en éloigne-
■ ment sur la rivière, quantité de barques
• ajustées en petites machines toutes bril-
• lantes et de différentes figures , dont les «unes étoient des cœurs enflammés, du
■ milieu desquels il partoit souvent un « grand nombre de fusées volantes, fl y « avoit un double rang de lampes de plu- « sieurs couleurs sur los bords, à la pointe
■ et à la poupe , et au haut du màt un
■ fanal avec quantité de lanternes aussi de « différentes couleurs, mêlées parmi les « cordages ornés de banderoles de taffetas « gris de lin blancs , avec quanti té de devises.
• A mesure que ces machines commen-
■ çoient , on entendoil des concerts de vio-
8 h MÉMOIRES
Babylonc avoit détruit à la suscitation des juifs, qui souffraient impatiemment les fréquens pèlerinages que les chrétiens faisoient dans la Terre-Sainte. Cette bulle est le seul acte qui ait paru de ce pape1.
Le 19 décembre, ma femme est accouchée d’une quatrième fille à Montauban; elle a été nommée Marie-Thérèse par deux pauvres. Elle est décédée et enterrée à Pau dans l’église de Saint-Martin, le 19 septembre 1 684 - Le parlement assista au convoi.
Au mois de décembre, mon père a congédié le sieur Brossart, précepteur de mon fils, qu'il accusoit de manque d’assiduité et de dissipation à des occupations frivoles.
Au mois de décembre 1682, j’ai proposé à M. le chancelier Le Tellier et à M. de Chéteauneuf la démolition du temple de Montauban, sur des contraventions aux édits qui défendent aux ministres de recevoir à leur cène des nouveaux convertis, les temples de Bergerac et de Montpellier ayant été démolis sur ce fondement.
J’ai rendu un jugement avec les officiers du présidial de Montauban
« Ions , de tambours et d'autres instrumens » qui étoient dans chacune des mêmes bar- « ques , remplies de la jeunesse de la ville.
« Quand les unes et les autres se furent
■ jointes, elles se rangèrent sur deux
■ lignes, se saluèrent par quelques dé-*-
■ charges» et on but ensuite la santé de « monseigneur le duc de Bourgogne ,
■ parmi une infinité de cris de joie, et on
■ tira un grand nombre de fusées.
« La cavalerie et l'infanterie qui éloient
■ dans l'ile y répondirent par leurs mous*
■ quels, et, en même temps, la petite
■ flotte se mit sur une ligne et s'avança en
• bon ordre vers file, témoignant y vouloir
• aborder. Cela donna lieu à un combat
• fort divertissant, qui finit au bruit des
• bombes pour signal du feu d’artifice.
• 11 commença à jouer par tout ce qu’il «y a de plus ingénieux et de plus nouveau
■ dans l’artifice.
« Les fusées volantes atteignoient, de la
■ rivière d’où elles étoient lancées , celles
■ qui étoient parties du clocher des cannes, «et les unes et les autres, en retombant, « traçoienl une grande variété de chiffres
■ et d’étoiles mêlés d’une pluie de feu.
■ Cependant on entendoit le bruit du
• canon et des bombes , et des concerts de
■ haulbois.de flûtes, de trompettes et de
• tambours.
■ Le sieur Foucault, pour terminer la « fête avec toute la magnificence possible , « donna encore un grand régal à tout ce
■ qu’il y avoit de personnes de considéra-
■ lion de la ville. »
{ Gazelle de J68’J , p. 6&0 à 6&i)
1 Cette bulle, qui est conservée aux manuscrits de la Bibliothèque impériale.
Chartes de Baluze, bulles, n* 2, a été publiée par M. Lair, dans la Bibliothèque de l’École des Charles , 4* série , t. III , p. a46.
contre le sieur de Capdeville, gentilhomme d’Armagnac, convaincu d’avoir donné retraite dans ses châteaux à des Bohèmes. — Vid. le jugement.
J’ai reçu une ordonnance de 4,ooo w pour les deux voyages que j’ai faits à Montpellier pour le règlement des tailles réelles, et à la Rochelle pour le jugement du procès du sieur Lambert.
En 1 68a , le roi a établi des compagnies de jeunes gentilshommes; j’en ai envoyé de la haute Guyenne à Toumay cent soixante : cent d’ancienne noblesse, et les autres issus de parens vivant noblement. Il en est encore parti depuis pour Metz.
Les religionnaires de la haute Guyenne ont tenu, par permission du roi, un synode à Saint-Antonin en Rouergue. J’en ai envoyé à M. de Cbâteauneuf les procès-verbaux, qui m’ont été remis par les commissaires devant lesquels ce synode a été tenu.
J’ai fait ôter la charge de châtelain1 de Caussade au nommé Calvct, descendant du fameux Calvet, official de Montauban, qui, ayant abjuré la religion catholique, établit la religion prétendue réformée dans la province.
Les 6 et 7 janvier i683, j’ai donné avis à M. le chancelier et à M. de Cbâteauneuf des violences commises par les gardes de M. le marquis d’Ambrcs dans les communautés et surtout â Moissac, où il les avoit envoyés pour obliger les habitans à nommer les consuls qu’il leur ordonnoit d’élire. J’ai aussi donné le même avis à M. Colbert, et peu de jours après ils m’ont envoyé, par un courrier exprès, des ordres pour anéantir tout ce que M. d’Ambrcs avoit fait, et rétablir les
* Mot trèa-mal écrit. Noua croyons lire chastelain M. Adhelm Bernier. qui doùne cet alinéa dans les fragmenta de Foucault qu'il a publiés , a lu chancelier , S'agil-il d’un de ces châtelains royaux ou prévôts qui étaient juges au premier degré de 1a jus-
tice royale, ou bien d’un de ces chanceliers qui avaient la garde du sceau dans les sénéchaussées , viguerics et autres sièges du Languedoc P II y avait à Caussade une justice royale d’où dépendaient trois autres sièges subalternes.
habitans des paroisses dans la liberté de se choisir des consuls, ce qui a été exécuté.
Au mois de janvier, on a proposé de marier mademoiselle Foucault, ma sœur, au fils de M. Petit, premier médecin de M. le Dauphin.
Au mois de janvier i683, M. de Grandmaison, intendant des eaux et fontaines de Paris, m’a accordé quatre lignes d'eau pour ma maison de la rue de Richelieu.
Le . . janvier i683, j’ai fait signifier l’avertissement pastoral du clergé au consistoire de Montauban; cette signification a été faite avec douceur et charité de notre part et reçue avec respect par le consistoire.
Au commencement de février i683, le parlement de Toulouse ayant décrété de prise de corps les ministres de Montauban pour contraventions aux édits, j’ai mandé à M. le chancelier, à MM. les ministres, à M. l’archevêque de Paris et au P. de la Chaisè, (pie ce décret n’avoit causé aucune émotion parmi les religionnaires, et que l’on pouvoit sans aucun danger faire démolir leurs temples. Ils se sont contentés de ne point paraître dans les rues les dimanches, à l’heure du prêche.
Au mois de février 1 683, le roi a donné une déclaration qui unit aux hôpitaux les biens des consistoires.
M. de Seignelay m’a mandé que l’intention du roi étoit d’établir dans la marine des compagnies de jeunes gentilshommes, et m’a chargé d’en chercher, Agés au moins de seize ans.
J’ai condamné les nommés Le Mercier et Daniel à être pendul, pour avoir exigé de l'argent des marchands et notaires, sous prétexte de commissions qu’ils supposent avoir pour faire exécuter les règlcmens pour les manufactures et le papier timbré; ils faisoient voir une commission de M. Colbert et un cachet qu’ils avoient fait graver aux armes du roi, avec lequel ils marquoient les étoffes, donnant même des lettres de maîtrise. Les principales concussions ont été commises à Alby et dans plusieurs villes du Languedoc, n’ayant demeuré que huit jours dans mon département.
Le 6 mai, Marie-Anne, ma sœur, est accouchée de Marianne, sa fille aînée, qui a été faite religieuse à Pincourt, le 5 mai 1698.
Le [ 1 1 ] mai , M. de Jassaud du Gué frère de ma femme , a épousé madame Foucher, âgée de plus de quarante ans et nièce de M. de Mâcon , dont il a eu de grands biens. Elle a fait un fidéi-commis de la plus grande partie de son bien â M. le président de Jassaud , qui l'a gardé pour lui.
M. Colbert m’a mandé de chercher quelque personne capable d’écrire l’histoire de la province, ce que je n’ai pu trouver*.
Le a3 juin 1 683, j’ai mandé à M. de Châteauneuf, à M. le chancelier et au P. de la Chaise, que le temple de Montauban a été démoli en exécution de l’arrêt du parlement de Toulouse; que cette démolition avoit été faite en présence du commissaire nommé par le parlement, en dix-oeuf heures, après les trois jours donnés aux religionnaires pour le faire, expirés. Us ont fait paroitre en cette occasion une soumission entière. Cette démolition a été faite naturellement et sans préméditation dans l’octave du Saint-Sacrement. J’ai mandé qu’il étoit juste de leur donner un ministre pour baptiser leurs enfans, ainsi qu’il avoit été fait à Montpellier, non l’un de ceux de Montauban, afin d’effacer entièrement les vestiges de l'exercice de la religion prétendue réformée qui vient d’ètre aboli, mais tel autre qu’on voudra choisir dans la province, qui soit sans emploi.
J’ai fait publier l’arrêt dn conseil qui défend aux ministres des
1 Guillaume de Jassaud , seigneur de la Borde, Vernon et du Gué, conseiller en la grand'chambre du parlement de Paris, mort le 6 décembre 1 7 18. Sa femme mourut sans enfants en 1 699, et il se remaria ; Tévéque de Mâcon dont elle avait hérité était Michel Colbert de Saint-Pouange , mort en 167G.
* La circulaire de Colbert aux intendants, pour les inviter k rechercher et k
lui signaler les savants qui pourraient écrire rhistoirc des provinces, est du 16 juin i683. Elle a été publiée dans Dep ping, Corrttp . ad min, i. IV, p. 606. Foucault ne sut trouver personne pour remplir le vœu du ministre. * Mais, ajoute «M. Chéruel ( liist . de Vadmin. morutreh. • en France, I. II, p. 3 48), la savante congrégation des bénédictins de Saint-Maur ■ devait bientôt répondre k cet appel. •
églises interdites d’établir leur domicile plus près de six lieues desdites églises.
Le 7 juillet, j’ai mandé à M. de Châteauneuf que j’avois fait signifier l’avertissement pastoral du clergé au consistoire de l'Islc-Jourdain , et que, comme il n’y a que sept familles composées de vingt-cinq ou trente âmes , dans celte ville, religionnaires, et que l’on vient de six à sept lieues à la ronde les dimanches au prêche de ladite ville, le temple n’étant pas assez grand pour contenir tous ceux qui y viennent , j’étois d’avis de faire démolir ce temple, ceux du voisinage ayant été interdits.
J’ai été aussi d’avis d’admettre à Caussade les PP. récollels, n’y ayant que l'église paroissiale, et les religionnaires étant en plus grand nombre que les catholiques.
Au mois de juillet, le temple de Montauban a été démoli par arrêt du parlement de Toulouse, suivi d’un ordre du roi; les religionnaires ayant refusé de l’exécuter, cette démolition a été faite par les catholiques en sept heures de temps. Pendant cette démolition les boutiques ont été ouvertes, et les religionnaires n’ont marqué aucune inquiétude. Ce temple avoit été bâti en 1609; l’évêque envoyoit demander aux ministres par quelles rues il leur plaisoit que la procession passât le jour du Saint-Sacrement.
Les religionnaires de Montauban, depuis la démolition de leur temple, alloient à celui de Villemade, qui n’est qu’à un quart de lieue de Montauban. Il y a eu partage, entre le commissaire catholique et le religionnaire, sur la démolition de ce temple; j’ai mandé qu’il étoit à propos de le faire juger.
Le 9, j’ai fait signifier l’avertissement pastoral du clergé aux consistoires de Villemade et de Réalviile, diocèse de Cahors.
Au mois de juillet 1 683, j’avois 48, 000* à la caisse des emprunts.
Au mois d’août, mon père a pensé à traiter pour moi , avec M. Pellot, de la charge de premier président de Rouen.
J’ai envoyé à M. de Seignelay vingt-quatre jeunes gentilshommes, pour servir en qualité de gardes dans la marine, le 9 août.
Le 9 août, j'ai mande à M. Colbert que, s'il avoit agréable de m’envoyer les mémoires des négociations faites à Rome par le ministère de M. le cardinal d’Estrées, et dont MM. de Croissy et de Châteauneuf doivent avoir les mémoires, je lui ferois une relation exacte de ce qui s’est passé à Pamiers au sujet de l’affaire de la régale, en ayant ramassé les mémoires. 11 ne me les a pas envoyés *.
Le îo août, je suis parti de Montauban avec le sieur de la Feuille, pour aller faire la visite de la rivière de Garonne, avec M. de Ris, intendant de Bordeaux, depuis Bordeaux jusqu’à Toulouse, pour voir les ouvrages qu’il faut faire pour rétrécir son lit dans les endroits où il est trop étendu, et la mettre en état de navigation pendant toute l’année.
Le 22 août, j’ai mandé à M. Colbert que je me suis rendu à Langon, près Bordeaux, où M. de Ris m’attendoit, et qu’avec le sieur de la Feuille nous sommes remontés par la rivière jusques à l’embouchure du canal de la communication des mers dans la Garonne, à une demi-lieue de Toulouse.
Le dernier jour d’août, nous avons fait célébrer dans l’église de Montauban un service solennel pour le repos de l’âme de la défunte reine *.
J’ai proposé à plusieurs ministres d'accepter l’emploi de venir à Montauban pour y baptiser les enfans, mais ils l’ont refusé par deux raisons : la première, parce que l'arrêt qui leur permet de faire ces baptêmes ne leur donne pas la liberté de consoler les malades, et la seconde , qu'il leur donne un magistrat pour assister à ces baptêmes. J’avois même proposé aux habitans de la religion prétendue réformée de nommer eux-mêmes un ministre, ce qu’ils ont refusé aux conditions de l’arrêt du conseil. J’ai mandé à M. de Châteauneuf que je croyois qu’il étoit à propos que le roi leur nommât un ministre pour faire ces baptêmes, et que, faute par les religionnaires de faire
1 Voyw, dans notre Appendice, la dé- * La reine Marie-Thérèse d’Autriche pèche de Colbert à Foucault, du 19 août était morte le 3o juillet.
1 683; c'est la dernière qu’il lui ail écrite.
baptiser leurs enfans par ce ministre, ils seroient portés à l’église pour y être baptisés. Ils les portoient k Villemade, et souvent les onfans mouraient en chemin. J’ai proposé au roi le sieur Borics, ancien ministre de la ville de Layrac ; le roi l’a agréé , et il a été deux mois à Montauban sans baptiser un enfant, les pères ayant envoyé leurs enfans baptiser à Villemade. J'ai proposé de rendre un arrêt portant défenses aux ministres des lieux voisins de Montauban d’administrer le baptême aux enfans des reiigionnaires de Montauban, à peine d'interdiction de leur exercice.
Le 6 septembre , M. Colbert est décédé. Mon père et moi lui avions l’obligation de nos établissemcns. 11 a donné du relief à notre famille par les charges et les emplois qu’il nous a procurés. C’est le plus grand ministre pour les finances et la police du royaume qui ait jamais été.
M. Colbert est mort le 7 septembre1, et M. Le Pelletier a été nommé contrôleur général le même jour.
J’ai fait mes complimens à MM. de Croissy, de Seignelay et Le Pelletier.
M. de Louvois a été nommé surintendant des bàtimens après la mort de M. Colbert, au mois de septembre. Je lui en ai fait mon compliment.
Le 8 septembre, j’ai reçu un arrêt du conseil pour faire remettre aux greffes des bailliages et sénéchaussées les registres des baptêmes, mariages et mortuaires des consistoires des lieux interdits.
Le 1 5 septembre, j’ai envoyé à M. de Seignelay cent quarante-trois jeunes gentilshommes pour gardes de la marine.
Le clergé a fait un avertissement pastoral aux reiigionnaires, qui a été signifié aux consistoires de mon departement, dans le mois de septembre.
Au mois de septembre , j’ai établi un hôpital général à Cahors.
J’ai proposé au roi, de concert avec M. Le Jay, évêque de Cahors, de créer une chaire de mathématiques dans l’Université de Cahors,
‘ Foucault se trompe ici d'un jour; il vient de donner la date juste, qui est le 6.
et pour cet effet de supprimer les deux chaires des arts ceux qui les professent n’entrant que trois ou quatre fois l’année, et n’ayant que peu d’écoliers, qui vont tous au collège des jésuites. J’ai inëtne trouvé moyen d’engager ces deux professeurs des arts de se démettre volontairement de leurs chaires en faveur des PP. jésuites, en se réservant une partie de leurs gages et les honneurs attribués aux régences. Je leur en ai fait passer un acte.
Au mois de novembre, j’ai fait instituer une chaire de mathématiques dans le collège des jésuites de Cahors.
Le 1 1 novembre, j’ai proposé à M. Le Pelletier M. d’Hautesserre , conseiller en la cour des aides de Montauban, pour remplir la charge de procureur général de la même compagnie, vacante par la mort du sieur du Roc. L’agrément lui en a été accordé.
Au mois de novembre, les religionnaires des Cévennes ont tenté d’engager ceux de Montauban dans leur révolte, ce qu’ils ont refusé, nonobstant les sollicitations des nommés Caussade et Verdier, avocats séditieux. J’ai mandé à M. de Chàteauneuf qu’il faudrait les reléguer.
Au mois de décembre, le roi a restreint le pouvoir accordé aux intendans de subdéléguer, tant en matière civile que criminelle. J’ai envoyé à M. de Chftteauneuf un mémoire des inconvéniens de cette restriction. J’en ai envoyé autant à M. le chancelier.
Dans la ûn de cette année , le roi a rendu des arrêts qui ont exclu du consulat les habitans de la religion prétendue réformée de plusieurs communautés où le consulat étoil mi-parti.
En 1 683, j'ai fait planter un cours à Montauban et bitir une porte de la ville.
Au commencement de janvier i684, le roi ayant retiréM. du Bois, intendant de Béarn, dont tous les ordres de la province lui avoient fait des plaintes, Sa Majesté, par la protection de M. le chancelier Le Tellier, l’a envoyé à Montauban, et moi à Pau. M. du Bois a été le
1 On nommait ainsi les cours de philosophie.
premier intendant en Béarn et n’cn faisoit les fonctions que sur une lettre de cachet. M. de Croissy m’en a envoyé une pareille, qui m’ordonne simplement de passer en Béarn à la place de M. du Bois que Sa Majesté envoie à Montauban, pour exécuter par moi les arrêts du conseil et autres ordres qui me seront envoyés. Cette lettre est du 4 janvier 1 684 et est accompagnée d’une lettre de M. de Croissy.
J’ai été proposé pour la charge de premier président de Bordeaux, vacante par la mort de M. d’Aulède; mais il falloit donner 300,000'* de brevet de retenue, ce qui ne me convenoit pas.
Le 13 janvier i684, j'ai écrit au roi pour l’assurer que je continuerai d’apporter la même application au bien de son service et au soulagement des peuples en Béarn comme j'ai fait à Montauban.
J’ai aussi écrit à M. Le Pelletier, à M. de Châtcauneuf et à M. de Croissy', en réponse de l’avis qu’ils m’ont donné de ce changement d’emploi et des termes gracieux de leurs lettres.
J’ai encore écrit, le 1 g janvier, à M. le duc de Grammonl*, pour lui demander sa bienveillance.
Le 19 janvier 1 684, j’ai assisté au Te Deam chanté dans la cathédrale de Montauban pour la naissance de M. le duc d'Anjou*.
Au même mois, j’ai reçu ordre de défendre aux carmes déchaussés de Cahors de reconnoître le P. Charles de Saint-Bruno pour général de leur ordre , attendu qu’il a été élu au préjudice de l'exclusion que le roi lui avoit donnée; à quoi il a été obéi.
Le 36 janvier, j’ai prié M. Le Pelletier de m’envoyer une commission de procureur du roi du domaine en Béarn, en faveur de M. d’Héricourt, dont je lui ai marqué le mérite et les services depuis dix-huit ans dans les affaires du domaine et des eaux et forêts en Languedoc et en haute Guyenne.
' Claude l.e Pelletier, contrôleur général après la mort de Colbert; Balthasar Phélypeaux, marquis de Châtcauneuf, et Charles Colbert, marquis de Torcy et de Croissy, secrétaire d’état.
1 Antoine-Charles de Grammont avait
succédé , en 1 673 , è son frère aîné dans le gouvernement de Navarre , Béarn et Saint- Jean-Pied-de-Port. Il devint duc de Grammont après la mort de son père en 1 678 , et mourut à Paris le a 5 octobre 1730.
’ 11 était né le 19 décembre i683.
Le 26 janvier, j’ai écrit à M. de Croissy pour demander au roi eu ma faveur la même grâce qu’il avoit accordée à M. du Bois, qui est de loger dans le château de Pau.
Au mois de janvier i684. M. le chancelier I.e Tellier m’a envoyé un arrêt portant exemption en faveur des sujets du roi du pays de droit écrit de prendre des lettres de bénéfice d'âge et d’inventaire1 * * *.
J’ai condamné le nommé Roquaire aux galères, au présidial de Cahors. Le roi lui a accordé des lettres de commutation de peine , à laquelle il a préféré de servir aux galères.
M. l’évêque de Lescar1 s’étant fait députer de la province pour un sujet assez léger, et le roi en ayant été informé, M. Le Pelletier m’a écrit par ordre de Sa Majesté, le . . février i684, de lui dire que le roi n’approuvoit pas cette députation; mais il étoit parti, lorsque j’ai reçu cet ordre, il y avoit quinze jours, et je l’ai mandé à M. Le Pelletier.
M. du Bois-Baillet étant arrivé le 9 février à Montauban, nous nous sommes instruits réciproquement de l’état des affaires des deux départemens. J’ai demandé â M. le chancelier de faire agréer au roi que j’occupasse dans le château de Pau l’appartement où logeoit M. du Bois, ce qui m’a été accordé.
Je suis arrivé à Pau le Ier mars.
J’ai été logé dans le château de Pau, meublé des meubles de la couronne,
M. de la Vie, premier président de Pau, avoit été relégué à Fontenay en bas Poitou, l’année précédente, pour malversations commises dans la fonction de sa charge, et surtout pour avoir pris des présens qui étoient des contributions5. Il m’a écrit de Fontenay,
1 On appelait ainsi de» lettres royaux de petite chancellerie nécessaires dans les
pays coutumiers pour l'émancipation des
mineurs et pour l'acceptation des succes-
sions sous bénéfice d'inventaire. Les pays de droit écrit avaient toujours prétendu
être exempts de l'obligation d’en prendre,
et l'arrêt dont il est question ici ne fit que leur reconnaître ce droit, que des édits bursaux avaient tenté de leur enlever.
* Dominique Desclaux de Mcsplées.
* C'est-à-dire des cotisations faites pour le gagner.
à mon arrivée à Pau, une lettre d’honnêtetés à laquelle j’ai répondu.
J’avois mandé à M. Le Pelletier que j’aurois besoin d’un arrêt général qui me subrogeât à M. du Bois-Baillet pour juger toutes les affaires qu’il avoit instruites jusques à son départ, 11 m’a seulement envoyé, le 6 mars, deux arrêts, l’un pour achever la réformation du domaine et le papier terrier, et l’autre pour (a vérification des dettes des communautés; et, à l’égard des autres affaires, il m’a mandé qu’il m’enverroit un arrêt particulier pour chaque affaire.
Le ç) mars i684, j’ai donné avis à M. de C.roissy de mon arrivée à Pau, où je n’avois trouvé aucun arrêt du conseil ni ordre du roi pour travailler aux affaires de la province.
Le 1 5 mars , M. Le Pelletier m’a envoyé deux arrêts du conseil , l’un pour achever la réformation du domaine de Béarn et le papier terrier, et l’autre pour la vérification des dettes des communautés.
Je lui ai demandé un arrêt général qui me subrogeât à toutes les affaires particulières dont M. du Bois a connu.
11 m'a accordé M. d’Héricourt pour procureur du roi de ses commissions.
La connoissance des affaires de la religion en Béarn a été interdite au parlement de Pau par l’édit du mois d’avril 1668, et a été renvoyée, par le règlement du conseil du i5 septembre 1670, à M. le comte de Guiche, lors gouverneur du Béarn, et à M. d’Aguesseau, intendant de Bordeaux; l’article 8 de ce règlement portant que, par provision, le sieur comte [de] Guiche connoitra de toutes les contestations qui naîtront sur l'exécution dudit édit du mois d’avril 1670®, pour icelles juger par provision seulement, et pour le définitif conjointement avec ledit sieur d’Aguesseau; et comme je n’avois aucune commission pour connoitre de ces sortes d’affaires, et que M. le duc de Grammont avoit établi un subdélégué à Pau pour les juger, j’ai mandé à M. de Croissy que je ne croyois pas convenable que , Sa Majesté ayant un commissaire dans la province, les affaires fussent
1 Erreur, pour i G68.
DE NICOLAS JOSEPH FOUCAULT, traitées devant un commissaire de M. de Grammont; que j’attendois sur cela les ordres du roi.
Je me suis rendu assidu au parlement de Pau1 pour examiner les abus qui s’y commettoient dans l’administration de la justice, dont j'ai donné avis dans la suite à M. le chancelier.
Le 1 5 mars, j’ai envoyé à M. le chancelier un règlement qui a été fait au parlement sur plusieurs chefs, dont le plus important va à décharger l’audience des défauts que l’on avoit accoutumé d’y prendre, ce qui consommoit la plus grande partie du temps destiné aux affaires contradictoires; il a été arrêté que ces défauts seront pris au greffe, suivant le titre V de l’ordonnanoe de 1 667 *.
Au mois de mars i684, M. le maréchal de Bellefonds me manda que le roi avoit résolu de faire faire une algarade1 aux Espagnols , et me pria de lui amener le plus grand nombre de gentilshommes du Béarn que je pourrois.
Le aa mars 1684, j’ai rendu compte à M. de Louvois de l’expédition que M. le maréchal de Bellefonds a faite à Honcevaux, où il a marché avec deux mille hommes par ordre du roi, qui lui avoit mandé d’aller faire une algarade aux Espagnols. M. le maréchal m’en donna avis et me pria de lui mener le plus de gentilshommes que je pourrois rassembler. Je lui en menai deux cents de Béarn et de Navarre. Nous allâmes la veille reconnoitre les chemins. Nous côtoyâmes les montagnes pendant une heure de chemin et ne trouvâmes que très-peu de neige. Nous passâmes dans des villages où tout étoit fort tranquille. On nous fit boire du vin de Péraltc, qui est excellent et qui se conserve dans des vaisseaux de bois de cerisier.
M. le maréchal chargea un gentilhomme de pousser plus avant sur la route de Roncevaux, pour voir si les neiges trop hautes n’a-
1 Le parlement de Pau fut constitué 1 Article 3 du titre cité,
par la fusion des deui conseils souverains 3 De l'espagnol algara, a Igarada, vo-
de Pau pour le Béarn, et de Saint-Palais nant de l'arabe algârak, qui signifie une
pour la Navarre, lors de la réunion défini course, une incursion sur le territoire
tive du Béarn à la couronne, en octobre ennemi. ( Dict . ar . lat. de G. -G. Freytag,
i6ao. t. m, p. 3oi.)
voient point rendu le chemin impraticable; mais il se contenta de faire une demi-lieue et revint dire à M. le maréchal qu’il n’avoit point trouvé de neige, et que le chemin jusques à Roncevaux étoit trèspraticable, qu’il n’avoit trouvé ni troupes réglées ni milices sur la montagne. Cependant, étant partie le lendemain de Saint-Jean-Pieddc-Porl à quatre heures du matin, notre petite troupe n’arriva qu’à dix heures du soir, ayant trouvé trois pieds de neige à deux lieues de Roncevaux. J’y arrivai le premier par un accident : je montois un cheval d'Espagne fort vigoureux et qui souffroit impatiemment la neige qu’il avoit jusques au ventre, et je craignois, par les efforts qu’il faisoit pour en sortir, qu’il ne se jetât dans le précipice qui étoit sur notre droite, car nous étions fort serrés par la montagne sur la gauche, le chemin n’ayant pas plus de quatre pieds de large. Je jugeai donc à propos de descendre de cheval; et je n’eus pas plus tôt mis pied à terre que le cheval, sans hésiter, se jeta dans le penchant du précipice et descendit jusques au fond, en sorte que je fus obligé de faire à pied une lieue de chemin dans la neige. 11 y avoit vingt soldats commandés pour ranger la neige et faciliter le chemin. J’avançai jusques à eux pour les faire diligenter, et il ne nous parut sur les hauteurs que quelques pelotons de paysans armés de fusils, qui auroient pu, s’ils avoient osé, nous disputer le passage; mais ils se contentèrent d’étre spectateurs de notre marche. Vingt hommes auroient pu nous empêcher de passer. Le plus grand obstacle qui s’y trouva fut M. de la Valade, lieutenant du roi de Navarrenx, qui, étant d’une prodigieuse grosseur et hors d’état de se donner de lui-même et sans aide aucun mouvement, avoit cru de son honneur d'être du voyage, quoi que M. le maréchal et tous ses amis eussent pu lui dire; il s’ étoit fait porter par des Suisses de la garnison de Navarrenx qui se relayoient, et, comme ils alloient très-doucement et faisoient de temps en temps des pauses, cela retarda notre marche, et on le fit partir au retour deux heures avant le jour pour éviter un pareil inconvénient.
Les étals de Navarre, qu’ils appellent junte, étoient assemblés à Pampclune, à six petites lieues de Roncevaux, dont ils nous envoyèrent
offrir les clefs. Mais M. le maréchal de Bellefonds n’avoit pas ordre de faire cette conquête, et nous n’avions d’ailleurs que deux mille hommes de troupes, et il y avoit plus de dix mille hakitans dans Pampelunc ; ainsi on se- contenta de les assurer de l’affection que le roi avoit pour eux.
J’arrivai le premier à Roncevaux, où je trouvai les religieux de l'abbaye qui sortoient de l’église où ils avoient été remercier Dieu de ce que les François n’avoient pu passer à Roncevaux; ils furent donc dans une grande surprise de nous voir. Je leur fis entendre en latin que nous venions les visiter, par ordre du roi, comme ses sujets, et pour leur offrir toute protection; qu’ils avoient pour fondateur un roi de France et qu’ils n’avoient aucun sujet de rien appréhender de notre venue. Ils se rassurèrent donc et donnèrent ordre, autant que la précipitation de notre arrivée le put permettre, à la réception de M. le maréchal et à notre logement. M. de Bellefonds étant arrivé leur confirma ce que je leur avois dit. Il trouva un mauvais souper, préparé chez le prieur où il étoit logé, de volaille étique et qui venoit d’être tuée, avec un assaisonnement d’ail et de safran, dont personne ne mangea. Heureusement j’avois fait charger sur des mulets des pâtés, langues et bonne provision de viandes froides, qui vinrent fort à propos et qui furent bientôt expédiées; mais ce qui parut le plus extraordinaire et, en même temps, le plus agréable, c’est que nous fumes servis à table par une demi-douzaine de très-belles fdles, qui s'acquittèrent de très-bonne grâce de leur emploi. Je logeai chez le sous-prieur, chez lequel je vis une très-jolie fille qui disparut un moment après que je fus arrivé. Ce bon sous-prieur fit garde toute la nuit à la porte de la chambre où je couchois, qui étoit la sienne et où apparemment il avoit son trésor.
Le lendemain matin nous entendîmes la messe dans l’église de l’abbaye , où l’on nous fit voir les armes de Roland et la chaîne qui a donné lieu aux armoiries do Navarre, et nous partîmes de Roncevaux à sept heures du matin. Une partie de nos régimens avoit couché è un bourg appelé Bourguet. Tout revint en bon ordre par un autre
chemin, où nous ne trouvâmes pas de neige. Tous les soldats étoient chargés de jambons et de barricots de vin que leurs hôtes leur avoient donnés, car c’est le pays des jambons, et je ne reçus aucune plainte d’exactions des soldats.
J’ai mandé à M. de Louvois cette expédition pour en rendre compte au roi et assurer Sa Majesté du zèle de ses sujets, et de la bonne volonté de ceux de la Navarre espagnole de rentrer sous son obéissance, comme à leur prince légitime, successeur de Charlemagne, leur fondateur. J’ai envoyé à M. de Louvois les noms des gentilshommes de Béarn et de Navarre qui ont suivi M.de Bellefonds.
Cette algarade n'a eu aucun retour de la part des Espagnols. J’ai cependant ordonné aux milices de notre frontière de se tenir sur leurs gardes, et ai recommandé au commandant de SaintrJean-Pied-de- Port d’observer les démarches des Espagnols et de m’en donner avis.
Il est vrai qu’un mois après notre expédition, j’ai eu avis que trois cents hommes de troupes réglées gardoient les passages de la haute Navarre et qu'ils ont 1
Au mois de mars 1 684 , la chambre des comptes de Pau ayant fait saisir les revenus de M. l’évèque d’Oloron, faute d’avoir rendu sa foi et hommage des terres qu’il possède dans la mouvance du roi, elle s’est plainte à M. le chancelier des menaces faites è son huissier de le battre en faisant cette saisie. M. d’Oloron s’est plaint de sa part du mépris que la chambre des comptes marquoit en toute rencontre avoir pour lui et des injustices qu’elle lui faisoit. M. le chancelier m'a renvoyé leurs lettres pour les accommoder, ce qu’il ne m’a pas été difficile de faire à mon avènement dans la province, où cet évêque étoit peu considéré.
Le 22 avril i 684, j’ai mandé à M. le chancelier qu’ayant été trèssouvent au parlement depuis mon arrivée dans la province , j’avois trouvé qu’il y avoit trois bureaux, à deux desquels on travailloit aux affaires civiles, et au troisième aux affaires criminelles; qu’il n’y a qu’un seul président, qui est M. de Gassion, qui préside aux au- 1 Le reste de l'alinéa manque dans le manuscrit.
DE NICOLAS-JOSEPH FOUCAULT, dieuces et au premier bureau , ce qui m’empêche d’aller au deuxième et à la Tournelle'; que de quatre présidons créés pour le parlement, M. de la Vie, premier président, est relégué; M. de Marca est hors d’état de présider et est retiré à la campagne; M. Desquile, le dernier, n’a que trente ans et ne peut présider de dix ans ; que ce défaut de présidens causoit un préjudice notable au bien de la justice; s'il airivoit meme que M. de Gassion tombât malade, le parlement se trouveroit sans président, et je me trouverais hors d’état d’aller au palais; que les deux bureaux où je ne puis aller ont autant de besoin d’être éclairés que le premier.
Je l’ai assuré que je donnerais tous mes soins pour établir la discipline dans l’intérieur de la compagnie; que j’avois fait en sorte que les officiers du parlement obligent leurs enfans de fréquenter le barreau pour se rendre capables de succéder aux charges de leurs pères ;
Qu’à l’égard de la distribution de la justice, les usages de la procédure sont extraordinaires et abusifs; que les plus sensés des officiers conviennent qu’il est de l’avantage des peuples et de l’intérêt même du parlement de recevoir l’ordonnance de 1667; que les états la demanderont;
Qu’il y a encore un grand bien à établir dans la province ; c'est d'établir une jurisprudence fixe sur les matières du fond, ayant trouvé dans plusieurs affaires, au jugement desquelles j’ai assisté, qu’il y a des arrêts de préjugé pour et contre , et que jusqu’à présent il n’y a eu aucune certitude ni maxime dans les arrêts de ce parlement; que
1 On appelait bureaux dans les anciens parlements les séances secrètes dans lesquelles les conseillers réunis entendaient les rapports et délibéraient sur les affaires. Pourquoi l’intendant, qui avait entrée au parlement comme mai ire des requêtes, ne pouvait-il pénétrer dans les bureaux qui n’avaient pas de président? On peut supposer qu'il en était empêché par une
question de préséance : étant , en vertu de son titre de mai Ire des requêtes , membre du parlement de Paris, et par conséquent supérieur aux conseillers du parlement de Pau, l'intendant ne consentait pas à se trouver sous la présidence d un simple doyen pris parmi les conseillers de ce dernier parlement.
l’on pourrait faire une assemblée de cinq ou six officiers des plus éclairés et mieux intentionnés de la compagnie, et de quelques personnes intelligentes du corps des états, avec lesquels je pourrois travailler à dresser des mémoires pour faire un bon règlement, tous les ordres de la province le désirant.
Je lui ai aussi mandé qu’il n'y avoit point eu encore d'occasion d’exécuter le règlement pour les requêtes civiles, concernant le litre XXXV de l’ordonnance de 1667, n’y en ayant encore eu aucune de présentée depuis qu’il a été envoyé; ce règlement étoit bien nécessaire, et devoit diminuer le nombre des affaires qui étoient jugées deux fois au parlement.
M. le chancelier a répondu à cette lettre que ce que je lui mandois au sujet du manque de présidens et de la variété de la jurisprudence dans les jugemens étoit à considérer; qu’il faudrait que je prisse des mesures pour faire entrer les états dans cette affaire, et faire tenir des conférences avec moi et aucuns des anciens du parlement.
J’ai reçu un ordre du roi, du a ) avril i684, sur ce qu'au préjudice du passe-port que le comte de Melgar a donné au marquis de la Meilleraye, il l’avoit fait arrêter prisonnier dans le Milanez. Sa Majesté m’ordonne de faire arrêter tous les sujets du roi d’Espagne qui passeront dans l’étendue de mon département, sans avoir aucun égard aux passe-ports qu'ils pourraient avoir de Sa Majesté , et que je lui en donne aussitôt avis; et depuis cette lettre j'en ai reçu une autre du 16 mai i684, portant exception des courriers qui seront dépêchés par l’empereur au comte de Mansfeld, son ambassadeur à la cour d’Espagne, et qui seront munis de passe-ports ou de billets de M. le marquis de Louvois.
M.LcPclletier m’a envoyé, au mois d’avril, un arrêt du conseil pour vérifier et mettre en ordre les titres qui sont dans les archives de la Chambre des comptes de Pau, et pour obliger les particuliers qui en ont en leur possession de les rapporter au garde desdites archives. Il m’avoit auparavant envoyé le projet de cet arrêt pour avoir mon avis sur ses dispositions; j’avois aussi estimé nécessaire de régler la
forme de la présentation et apurement des comptes, comme aussi celle de la réception des foi et hommage, aveux et dénombremens.
J’avois proposé à M. Le Pelletier, par ma lettre du 6 avril 1 684, de faire payer au sieur d’Héricourt, procureur du roi du domaine, une somme de i,aooH ou de î ,oooM, pour rétribution de son travail, sur le fonds de lods et ventes ' de deux terres vendues depuis peu et qui sont dans la mouvance, pour soulager les finances du roi; mais il m’a répondu que le roi accordera volontiers une gratification au sieur d'Héricourt en considération de ses services, mais que son intention n’est pas d’assigner ces sortes de gratifications sur les droits de lods et ventes qui lui appartiennent, et dont elle peut gratifier ceux que bon lui semble, et il m’a envoyé, le 29 mai, une ordonnance de 1,000 H pour ledit sieur d’Héricourt, sur le domaine de Béarn.
Au mois d’avril 1 684 , mon père m’a invité de venir à Paris, voulant faire le partage de scs biens entre scs enfans.
Le 17 mai i684, je suis venu à Pontacq avec M. l’ évêque de Tarbes, pour travailler aux conversions; il y en avoit encore pour lors cinq cents; nous en avons, en deux jours, converti une centaine.
Au mois de mai , j’ai fait créer un vice-bailli pour servir dans le ressort du parlement de Navarre.
Au mois de mai, mon père a congédié le sieur Brossart, précepteur de mon fils5, et a mis mon fils chez, du Catel, qui lient des enfans en pension dans le faubourg Saint-Antoine.
Au mois de mai 1 684, M. de Croissy, secrétaire d’état des affaires étrangères , m’a proposé au roi pour l’ambassade de Constantinople , mais le roi lui a dit que je serois plus utile à son service, dans la conjoncture des affaires de la religion, en France qu’à Constantinople.
' Jus rate emfûomt. Les lods ( laudes ) étaient, en droit féodal, une redevance que le vassal pavait au seigneur pour lui faire agréer l’aliénation d'un fonds qui était dans sa mouvance. Les lods et ventes
sont devenus aujourd'hui les droits de mutation.
1 11 y a ici un double emploi probable avec erreur de date. Foucault a déjà placé le même fait en décembre 168a.
M. le chancelier m’ayant particulièrement recommandé de réformer les abus qui se commettoient dans le parlement de Pau, dans la distribution de la justice, et d'empêcher les injustices et la corrup- . tion , je lui ai rendu compte de tout ce que j’y ai remarqué. Il a renvoyé mes lettres à M. Pussort1, pour en faire rapport au roi; et comme j’avois mandé à M. le chancelier que M. de Cazaux, procureur général, avoit enlevé la femme d’un avocat, qu’il tenoit chez lui , sans que les plaintes du mari aient pu l’obliger à la lui rendre, ma lettre a été au roi par M. Pussort. Le roi et M. le chancelier étoient d’avis de lui enjoindre de se défaire de sa charge, et ce pendant interdit; mais M. Pussort représenta que cet avis lui paroissoit trop fort, que, dans un pays éloigné comme le Béarn , il falloit tâcher de ramener les esprits par des menaces avant que de frapper le coup. On revint
aux opinions et il passa à l’avis de M. Pussort, et l’arrêt
Le i”juin 1 684, j’ai écrit à M. le chancelier que, quoique parle règlement du a 8 février i 08 a il soit porté que les informations et autres pièces secrètes des procès criminels seront portées au greffe du parlement, je n’ai pu obliger jusqu’à présent M. le procureur général à y satisfaire; qu’il refuse d’y remettre les informations qui lui sont envoyées par les procureurs du roi des parsans2, qui sont des
«dans d’étranges bévues. Ainsi Davity,
• dans son Histoire des peuples du monde,
• a dit, en parlant des Béarnais, que «ce «peuple descend des Persans, et qu’il
■ reste encore des capitaines qu’ils ap-
• pellent Persans. *
«Le mot pantin, en béarnais parsaa,
■ dérive du latin part. Le Béarn était an*
■ ciennement divisé en parsans ou cantons
• Celte division était civile, financière,
« militaire , et le nombre des parsans va « riait selon la division.
• î * Les parsans civils étaient au nombre « de treize. Chacun avait un procureur du « panan chargé d’informer d'office ou à la
• réquisition des parties et de remettre les
1 Henry Pussort. mort en 1697, doyen du conseil d’état et conseiller au conseil royal des finances, était, dit Saint-Simon , - frère de la mère de M. Colbert , et le die- " tateur de toute cette puissante famille. > 1 Cantons de Béarn. Nous devons à l’obligeance d’un savant distingué. M. BascJe de Lagrèze, conseiller à la cour impériale de Pau et correspondant du ministère de l’instruction publique et des cultes, de curieux renseignements sur ce sujet trèspeu connu. Nous les reproduisons ici :
* Les historiens de Béarn ne se sont • pas donné la peine d’expliquer le mot 2 de panant, et les auteurs étrangers , en recherchant son origine . sont tombé»
officiers établis au nombre de treize dans le Béarn, divisé en autant de cantons, pour faire les informations, et qui sont obligés de les envoyer au procureur général pour être décrétées , sous prétexte qu’avant l’ordonnance de 1667 et le règlement de 1683 il étoit de l’usage de les garder au parquet et d’y donner des conclusions sans ordonnance de soit montré, quoique ce règlement déroge à tous usages contraires, de sorte qu’il est au pouvoir du procureur général, homme très-peu appliqué aux fonctions de sa charge et auprès duquel les sollicitations sont toutes-puissantes. Je l’ai exhorté plusieurs fois, sans me commettre avec lui, de se conformer à ce règlement, et, comme je vois qu’il ne tient compte de mes remontrances, j’en ai donné avis à M. le chancelier, afin qu’il l’oblige à exécuter ce règlement. Ces procureurs du roi des parsans n’envoient ordinairement que les informations où il y a des parties instigantes, et tirent souvent de l’argent de celles qu’ils font d’office sans partie civile et qu’ils suppriment.
M. le chancelier m’a envoyé, le dernier juin i684, un arrêt du conseil qui oblige le procureur général du parlement de remettre au greffe les informations qu’il retenoit, avec une lettre qui l’accompagnoit. Je lui ai fait signifier l’arrêt et remis la lettre, et sur-le-champ il a fait venir le greffier au parquet pour dresser un inventaire desdites informations, qui se sont trouvées en grand nombre, pour les en tirer et s’en charger.
J’ai écrit une autre lettre à M. le chancelier, le 8 juin i684, que
• informations au parlement. Leur» .sièges «étaient à Sauvestre, Moncin, Oioron,
• Aspe, Salies, Ossau, Montaner, Sauve-
• terre, Pau, Vicbilh, Orthez, Nay et Na-
• varrenx.
< a* Le nombre des parsans pour la
• linancc était de six, savoir : Vicbilh, Or-
• liiez et Sauvetcrrc , Oioron , Pau et Navar-
• renx. Chaque parsan financier avait un
• receveur de tailles, qui percevait les de-
• nier» de la donation faite au roi.
• 3* Les parsans militaires étaient au
• nombre de trente. Ils fournissaient cha-
• cun une compagnie de milice. Ces trente
• compagnies étaient commandées par au-
• tant de capitaines, qu'on appelait capi
• laines des parsans. La réunion de ces «compagnies formait le régiment des
• bandes béarnaises, fort de trois bataillons < de dix compagnies chacun ; savoir : celui «de Morlanne, celui d’Orthcz et celui « d'Oloron. »
le plus grand obstacle que je trouvois aux mouvemens que je me donnois, pour établir une bonne discipline dans le parlement, venoit de M. le procureur général, qui entretient le désordre dans le palais, où il ne venoit que pour troubler les bureaux dans la visite des procès, passant continuellement d’une chambre à l’autre sans y être appelé, et seulement pour distraire les juges en leur tenant des discours frivoles et leur donnant du tabac, ou pour solliciter des affaires dans lesquelles scs parons ou ses amis ont intérêt; que je lui avois plusieurs fois remontré qu’il ne doit entrer dans les bureaux que pour voir si les juges sont assidus à leurs charges, lorsqu’il a des remontrances à faire ou lorsqu’il y est mandé; mais tous mes avis on» été inutiles; qu’il abandonnoit la poursuite des affaires criminelles où il n’y a point de partie, laissoit des années entières des accusés dans les prisons sans instruire leur procès; qu’il avoit un clerc de la religion prétendue réformée dont il n'a jamais voulu se défaire, quelques instances qu’on lui ait faites, et qu’il continuoit de mener une vie scandaleuse avec la fdle d’un avocat.
J'ai aussi mandé à M. le chancelier qu’il se présentoit beaucoup d’aflaires, concernant les contraventions aux édits et règlemens faits au sujet de la religion prétendue réformée, pour lesquelles les parties se pourvoient devant moi; mais que, comme je n’avois aucune commission pour connoîtrc de cette nature d’affaires, dont la connoissance avoit été renvoyée, par arrêt du conseil du »5 février 1670, à défunt de M. le comte de Guicbe, lors gouverneur du Béarn, et à M. d’Aguesseau, qui en étoit intendant, pour les juger conjointement, je le suppliois de me marquer la conduite que je devois tenir à cet égard avec M. le duc de Grammont, qui a succédé à M. le comte de Guichc et qui a nommé ici im subdélégué pour connoître des affaires de la religion.
Le 17 juin ■» 684, M. le chancelier m’a envoyé la copie d’une 1^ lettre | qu’il écrivoil à M. de Cazaux, par laquelle il lui mandoitque, s’il ne satisfait au règlement concernant la remise des informations au grefl’e, il sera interdit; que, s’il ne met hors de chez lui son clerc
religionnaire et n’en prenne un catholique, dans vingt-quatre heures du jour de la réception de cette lettre qu’il m’adresse pour la lui remettre, Sa Majesté le destituera de sa charge. M. le chancelier ajoute qu’il a appris qu’il laisse des années entières des prisonniers dans les prisons sans faire aucune diligence pour terminer leurs procès, ce qui a fort déplu à Sa Majesté; qu’il voit l’intérêt qu’il a de changer de conduite.
L'arrêt me fut envoyé, portant qu’il remettroit au greffe des procès criminels qu’il retenoit depuis longtemps sans en poursuivre l’instruction, qu’il congédieroit son secrétaire; mais M. le chancelier y ajouta une lettre, comme je l’avois seulement proposé, qui le meuacoit de le faire punir sévèrement si, dans le mois, il ne se défaisoit de cette fdlc, Sa Majesté ayant fort à cœur l’amendement ou le châtiment de cet officier.
Il arriva dans ce temps un fait singulier à l’occasion de la fille d'un avocat. M. l'évêque de Lescar, homme aussi extraordinaire que le procureur général, tantôt vivoit en intelligence avec lui et tantôt ils étoient brouillés. M. de Lescar me vint trouver un jour pour me faire part d’un dessein qu’il avoit, et me demander mon avis sur son exécution. (I me dit qu’il y avoit [longtemps?] que sa conscience lui reprochoit sa condescendance pour le procureur général, sur la vie scandaleuse qu’il menoit, n’ayant pu l’obliger à mettre hors de chex lui la fdle d’un avocat qu’il entretenoit; qu’il éloit résolu, avant que d’en venir aux monitions canoniques, d’avoir recours au parlement, et de demander l'assemblée des chambres pour se disculper envers la compagnie, s’il étoit obligé d’agir par les voies canoniques. Je crus donc devoir profiter de la conjoncture de leur brouillerie pour le bien de la justice et de l’ordre , et approuvai la résolution de M. de Lescar, en lui disant qu’il ne pouvoit trop tôt la mettre â exécution.
Les chambres s’étant assemblées deux jours après, M. de Lescar adressa la parole, moi présent, à M. de Gazaux, et, autant peut-être pour le mortifier que pour le corriger, lui ht un narré de tous les désordres de sa vie, et conclut par supplier la compagnie de trouver
bon qu’en cas que M. de Cazaux ne rendit pas cette fille à son père, il se servit des voies canoniques dont l’Église se sert contre les adultères publics.
M. de Cazaux, après avoir entendu patiemment et paisiblement M. de Lescar, se leva en pied, et, après l’avoir remercié des égards qu’il avoit eus pour lui et de ses prudens et charitables avis, il lui promettoit de renvoyer cette fille à son père, pourvu qu’il s’engageât par serment, devant la compagnie, de ne la point prendre pour lui.
Cette réponse excita l’indignation des graves magistrats et la risée de la jeunesse. Ainsi finit cette scène à Pau, mais elle eut [du retentissement] à la cour, car, l’ayant mandé à M. le chancelier, il en fit rire le roi, mais en même temps il y eut un ordre expédié, portant que M. de Cazaux viendroit rendre compte au roi de ses actions.
Cet ordre a produit un grand bien dans le parlement, où chacun s’est observé. Le changement que j’ai remarque dans la conduite des officiers a répondu à mon attente.
Le 18 juin, j’ai mandé à M. le chancelier que la décence des habits s’observoit présentement dans le parlement de Pau , et que la discipline s’y rétablissoit.
Le sieur de Brossé, avocat général, ayant refusé de se charger, sur le registre du greffier, des informations et procès criminels, suivant l’ordonnance de 1670, sous prétexte que cela ne se pratiquoit point à Pau , j’en ai averti M. le chancelier le 2 2 juin.
Le 2 3 juin, M. Pussort m’a écrit qu’il étoit persuadé que l’on devoit à mes soins et à ma bonne conduite l’esprit de réformation que conunençoient de prendre les officiers du parlement de Pau , et de ce qu’ils se relâchoient de l’opiniâtreté qu’ils avoient toujours témoignée pour conserver leurs anciens usages, quoique vicieux; que, sur le rapport qu’il avoit fait au roi de mes lettres que M. le chancelier lui avoit renvoyées, il y avoit eu des ordres expédiés contre M. de Cazaux; que M. le chancelier lui avoit marqué être fort satisfait de ma manière d’agir.
Depuis ce temps les états et le parlement ont offert de recevoir l’or-
DE NICOLAS-JOSEPH FOUCAULT, donnance de 1G67, sur ce que je leur ai plusieurs fois représenté que c’étoit leur intérêt, parce qu'ils en exécutaient déjà une partie au moyen des déclarations particulières qu’on leur avoit envoyées, portant abrogation de plusieurs de leurs usages, et qu’étant, par ce moyen, obligés de la recevoir par parcelles, ils auraient plus tôt fait et feraient mieux leur cour de la recevoir en son entier; que c’étoit même le moyen d'obtenir de Sa Majesté des modifications convenables à la situation du pays et à l’étal des justiciables.
Le a a juin i684, j’ai mandé à M. le chancelier que le parlement de Pau refusoit d’enregistrer le cahier des états, suivant la coutume, parce que le nouveau syndic refusoit d’y faire enregistrer l’acte de sa nomination et de prêter le serment au parlement, n’y ayant point de règlement qui l’y oblige; que, comme je voyois que ces prétentions respectives alloient donner lieu à des députations, je m’étois chargé, du consentement des parties, de lui proposer d’écrire au procureur général du parlement et au syndic des étals de me remettre les titres de leurs prétentions, pour en dresser procès-verbal et [le] lui envoyer avec mon avis.
Le a 3 juin iG84 , M. le chancelier m’a mandé de tenir la main à l'exécution des arrêts qui condamnent à l’amende les sergens qui s’ingèrent de signilier des arrêts, même du conseil, sans être scellés; que les hoquetons servans près les intendans ne doivent pas non plus le faire; qu’outre la règle, l’honneur du sceau y est intéressé.
Le 18 juin i684, j'ai mandé à M. le chancelier que, les habitans du Béarn de la religion prétendue réformée étant exclus de toutes charges et emplois, ceux qui n’élèvent pas leurs enfans aux armes et au commerce les font étudier en droit, et les envoient à Pau pour y être reçus avocats et en faire la fonction, en sorte que, d’environ deux cents avocats qui composent le barreau de ce parlement, il y en avoit au moins cent cinquante de la religion prétendue réformée, et même c'étoient les plus employés, et que, comme il s’en présentoil tous les jours pour être reçus, j'avois empêché qu’ils ne l’aient été jusqu’à ce que je fusse informé dos intentions du roi sur ce sujet; qu’il
semblait convenable que les avocats catholiques fussent plus forts, au moins du tiers en nombre, que ceux de la religion prélendue réformée; que j’altendrois sur cela ses ordres; et que cependant je continucrois de faire surseoir à la réception de ceux qui se présenteroient.
Par la même lettre, je lui ai mandé que la déclaration concernant la décence des habits des magistrats s’observoit exactement dans le parlement de Pau, et que le bon ordre s’y établissoit insensiblement.
Ma femme est accouchée à quatre heures et demie du soir, à Pau, dans le château, le ao juin, d’une fille qui a été nommée Henriette. Elle est née dans le lit où est né le roi Henri IV. Elle a été élevée
dans son berceau, que madame de petite-fille de sa nourrice,
nous avoit prêté. Elle a été tenue sur les fonts par deux pauvres.
Au mois de juin, la charge de premier président de Rouen ayant vaqué par la mort de M. Pellot, mon père a désiré que je la demandasse, mais elle a été donnée à M. de Ris.
Le 6 juillet, j’ai envoyé à M. Le Pelletier le procès-verbal que M. de Ris et moi avons fait de la rivière de Garonne jusqu’à son embouchure dans le canal de communication des mers. La plus grande aflaire éloit depuis Agen jusqu’à l’embouchure dudit canal, le lit de ladite rivière étant fort plat et fort large dans toute celte étendue, et changeant toutes les années de lit, ce qui étoit difficile à guérir; car, depuis Agen jusqu’à Langon, les eaux des rivières de l’Aveyron, du Tarn, de la Baise, du Lot, et de plusieurs autres petites rivières et ruisseaux qui se jettent dans la Garonne, depuis et même au-dessus de Moissac, la grossissent et la rendent navigable dans les plus basses eaux.
Le 6 juillet i684, M. le chancelier m’a mandé que, depuis que je suis en Béarn, on commence à s’apercevoir que les choses qui regardent la justice y prennent un bon chemin , par ma patience et mon application; cependant qu’il recevoit des lettres des gens du roi, par lesquelles ils se plaignent que je ne les traite pas avec assez d’hon-
nèlcté et que je me déclare contre eux ; que je dois éviter de me commettre personnellement avec eux, et que je me contente, après leur avoir fait connoitre honnêtement leurs défauts, de l’avertir s’ils ne se corrigent pas, et qu’il y sera incessamment pourvu.
J’ai répondu à M. le chancelier, le 16 juillet, que j’ai, suivant la règle qu’il m’a prescrite, évité de me commettre personnellement avec les officiers du parlement, lorsque je leur ai représenté ce qui étoit de leur devoir; que j’ai commencé par les officiers du parquet, parce que j’ai reconnu que le mauvais exemple qu’ils donnoient étoit en partie cause du peu de discipline qui s’observoit dans la compagnie; mais ces officiers souffrent impatiemment et prennent à injure qu’on relève leurs manquemens. Je l’ai fait avec tout le ménagement, et, si j’avois manqué de civilité pour eux, ils ne viendraient pas manger, comme ils font très-souvent, clics moi, par où l’on petit juger du caractère des esprits du pays.
A l’égard du sieur de Cazaux, il m’avoit mandé que le roi a été informé de sa vie scandaleuse; qu'il entretenoit une fille depuis longtemps au vu de toute la province, quoiqu’il ait fait en dernier lieu ses pâques, qui sont les seules qu'il ait faites depuis vingt ans; que le roi lui avoit ordonné de me mander que si, dans tout le mois de juillet. Sa Majesté n’apprenoit qu’il ait quitté cette fille, non-seulement il l’abandonnerait à son évêque, pour procéder contre lui par les censures prescrites par les canons, mais encore que Sa Majesté le fera punir sévèrement; qu’afm qu’il ne puisse prétendre cause d’ignorance des intentions du roi, qu'il faut que je lui fasse voir cette lettre; que j’aie à l’informer de ce que ledit sieur de Cazaux aura fait, afin qu’il en rende compte au roi. Sa Majesté ayant fort à cœur l’amendement ou le châtiment de cet officier.
C’est l'évèque de Lcscar qui a donné cet avis à M. le chancelier.
J’ai fait voir cette lettre à M. de Cazaux, et il m’a promis de rompre tout commerce avec cette fille, de la renvoyer chez son père ou de la mettre dans un couvent; c’est ce que j’ai mandé à M. te chancelier.
Le t) juillet 1 <>84 . j’ai reçu une ordonnance du roi avec une lettre
de M. de Courtenvaux, pour faire sortir des troupes tous les Espagnols qui s’y trouvent enrôlés , et empêcher qu’il n’y en soit admis à l’avenir, et ai envoyé cette ordonnance aux commandans des garnisons de Navarrenx et de Saiut-Jean-Pied-de-Port.
Le a o juillet 1 684. j’ai mandé à M. le chancelier que .m’étant particulièrement appliqué , depuis que je suis dans la province, à insinuer au parlement l'intérêt qu’il avoit, aussi bien que les justiciables, à recevoir l’ordonnance de 1667, j’y avois enfin réussi, nonobstant la grande résistance que j’ai trouvée dans les esprits , prévenus que cette ordonnance ne pouvoit être exécutée dans leur ressort sans avilir et ruiner entièrement leurs charges; que le parlement avoit pris une délibération depuis trois jours, par laquelle ils ont résolu de s’y soumettre et de supplier Sa Majesté d’agréer seulement que les articles qui sont d’impossible exécution dans le Béarn et dans la Navarre, à cause de la pauvreté de ces pays, en soient retranchés; mais qu’étant nécessaire que les états se joignent au parlement pour faire la même demande, et comme ils doivent s'assembler au commencement du mois de septembre, je prendrai ce temps pour les disposer à faire cette démarche , après laquelle je croyois qu’il étoit de la justice et de la bonté du roi de pennettre au parlement et aux états de nommer des députés des deux corps, pour examiner en quoi consistent ces articles d'impossible exécution , d'autant plus que les intérêts du parlement et ceux des peuples peuvent être différons et même opposés. Je pourrais assister aux conférences qui se tiendront à cet effet , pour tâcher de concilier les esprits et leur faire sentir leurs véritables intérêts.
J’ai écrit à M. le chancelier, le a3 juillet i684, que le sieur de Sales, conseiller au parlement de Pau, ayant été volé d’une somme de 3,5oott par de jeunes gens qui ont forcé sa maison de nuit, l’un d’eux a été condamné à être rompu vif; mais, comme il avoit accusé un de ses complices qui est d'une des plus considérables familles de la ville, les parens ont suborné un capucin qu’ils lui ont fait donner pour l’assister â la mort, et l’ont engagé à décharger ce jeune homme
pour sauver l'Iioaueur d'une famille, quoiqu'il l'eut accusé & la confrontation, devant et après la question; et, pour empêcher que l’arrêt ne fût mis à exécution, ces mêmes parens ont fait absenter les jurats qui sont obligés par le devoir de leur charge de faire préparer tout ce qui est nécessaire pour l’exécution des criminels condamnés, et de donner main-forte; en sorte qu'à neuf heures du soir rien n’étoit prêt pour cette exécution , et, sur l’avis que j'en reçus, je me rendis au palais , où je trouvai les juges assemblés et qui étoient sur le point de donner un arrêt pour faire recevoir la rétractation du condamné et le renvoyer dans les prisons, ce qui lendoit à faire évader le condamné, et m’obligea d'envoyer chercher les jurats et de leur ordonner de tenir toutes choses prêtes pour l’exécution, qui fut faite à dix heures du soir.
J'ai mandé ce que dessus à M. le chancelier, et lui ai marqué la nécessité qu'il y avoit d'établir une compagnie de prévôt des maréchaux pour tenir la main aux exécutions.
M. le chancelier m’a mandé, le 3i juillet, que le roi y feroit considération, et il a été depuis établi un prévôt des maréchaux à Pau.
Par la même lettre du a3 juillet, j’ai mandé à M. le chancelier que le parlement m’avoit prié de lui représenter que, quoique dans tous les parlcmens du royaume les officiers qui servent pendant les vacations ont des gages affectés à ce service, néanmoins il n'y a point eu de fonds fait pour la chambre des vacations du parlement de Pau.
Le 3o juillet i684, j’ai écrit à M. le chancelier, pour lui représenter que, le mauvais état de la santé de mon père ne lui permettant pas de vaquer à scs affaires, et, ayant un grand intérêt de prendre des mesures et des précautions pour en empêcher le dépérissement, je le suppliois d’obtenir du roi la permission que je fisse un voyage à Paris; que ce voyage ne serait pas même inutile pour les intérêts durai et ceux de la province; que je n’y séjournerais que deux mois dans un temps de vacations, pendant lequel toutes les affaires publiques demeurent en suspends; que ce voyage me mettra en état de lui rendre un compte plus exact de l’état du Béarn et de la Navarre
que je ne pourrois faire par mes lettres; que je ne parlirois point que les états, qui doivent s’assembler au i" septembre, n’aient arrêté de demander l’ordonnance de 1667.
Ce congé 111’a été accordé, et, m’étant rendu à Paris vers la fin du mois d'août, je me suis rendu à Fontainebleau, où la cour étoit, et ayant demandé au roi une audience particulière, pour lui rendre compte de l’état des affaires du Béarn, il me l’a accordée pour le lendemain. 11 n'étoit pas encore l’heure qu’il m’avoit donnée qu’il demanda si j’étois arrivé, et, étant entré dans son cabinet, il inc dit d’abord que j’avois affaire à des esprits bien difficiles à gouverner. Je lui répondis qu’ils étoient fort soumis, que la mémoire d’Henri IV leur étoit précieuse, et que j’osois dire à Sa Majesté que leur vénération et leur amour qu’ils avoient pour ce grand roi avoient passé en la personne de son petit-fils. Le roi m’interrompit et me dit qu’ils avoient raison de l’aimer, car il avoit aussi beaucoup d’affection pour eux. Je demandai au roi la permission de les en assurer de sa part, étant certain que cette marque de bonté pour eux augmenteroit encore leur zèle pour son service, et me rendroit de plus en plus facile l’exécution de ses ordres, ce que le roi me permit très-affectueusement; à quoi j’ajoutai qu’avec des manières douces et de la raison on les persuadoit, mais que la rigueur étoit un grand obstacle au succès des affaires qu’on avoit à traiter avec eux. Le roi reprit que c’est par cette conduite qu'il1 avoit révolté les Béarnois, mais qu’il s’altendoit que ma prudence et mes manières, opposées à la sienne, répareroient le mal qu’il avoit fait. Je lui rendis compte ensuite des affaires de la religion du Béarn et du plan que j'avois fait pour faciliter la conversion des religionnaires. Je lui montrai la carte que j’avois fait faire du Béarn, avec la situation des villes et bourgs où il y avoit des temples; je lui lis voir qu’il y en avoit un trop grand nombre et qu’ils étoient trop proches les uns des autres , qu’il sulliroit d’en laisser cinq , et j’affectai de ne laisser subsister que les temples, justement au
1 Le roi désigne évidemment du Bois-Baillet, prédécesseur de Foucault dans l'intendance du Béarn
DE NICOLAS-JOSEPH FOUCAULT nombre de cinq, dans lesquels les ministres étoient tombés dans des contraventions qui emportoicnt la peine de la démolition du temple, dont la connoissance étoit renvoyée au parlement, en sorte que, par ce moyen, il ne devoit plus rester de temples en Béarn. Le roi approuva donc le retranchement des temples et la réduction à cinq.
Je dis aussi à Sa Majesté que j’avois engagé le parlement à recevoir l’ordonnance de 1667, et que je m’étois chargé d'assurer Sa Majesté qu’il lui donneroit cette marque de sa soumission; qu’il la supplioit seulement d’avoir égard à ses remontrances sur quelques articles qui 11e pouvoient pas convenir à la province, ni s’accommoder à ses us et coutumes.
Le roi me témoigna une grande satisfaction des mesures que je prenois pour la conversion des reiigionnaires, ne doutant point qu'elles n'eussent le succès qu’il en attendoit;
Qu’il me savoit gré d’avoir engagé le parlement à recevoir l’ordonnance de 1667, et qu'il me feroit expédier tous les édits, déclarations et arrêts du conseil dont je pourrois avoir besoin pour l’exécution de tout ce que je lui avois proposé; que je n’avois qu’à remettre à M. le chancelier mes mémoires, et qu’il lui dirait de me donner incessamment mes expéditions, pour mettre à lin des projets si utiles au bien de la religion et à la justice. Cette audience dura une heure et demie, et, ayant fait appeler les ministres, il leur fit le récit de tout ce que je lui avois dit, et leur parla de moi plus avantageusement que je ne méritois. Il recommanda à M. le chancelier de m’expédier, mais il voulut communiquer mes mémoires à MM. Le Pelletier, contrôleur général des finances, pour les impositions et les dépenses des états, de Croissy, que les affaires de la religion regardent aussi bien que le règlement des états, et M. Pussort, pour la réception de l'ordonnance.
Ces messieurs examinèrent donc mes mémoires, m'entendirent plusieurs fois pendant cinq mois et me retinrent à Paris; et, au commencement de février i685, j’en partis chargé des édits et arrêts que j’avois demandés, après avoir pris congé du roi, qui me renouvela les
assurance» de la satisfaction qu’il avoit de mon application aux affaires du Béarn, par rapport à son service et au bien de la religion.
J'ai reçu permission d'aller à Paris par une lettre de cachet du 7 août i684- J'ai été do retour à Pau le a a février tô8ô.
Par la déclaration du a 1 août 1 684, le roi a uni les biens des consistoires de la B. P. B. aux hôpitaux, ce qui a été d’un grand secours pour la subsistance des pauvres.
Le mardi 17 septembre i684, Thérèse, ma seconde fille, est décédée à Pau, et a été inhumée dans l'église de Saint-Martin; le parlement assista en corps à ses funérailles, ayant à sa tète M. le président de Gassion, et a conduit le deuil.
M. du Bois avoit rendu un si grand nombre de mauvaises ordonnances, et particulièrement sur les déclarations que les communautés doivent donner des biens nobles qu'elles possèdent, que les états s’en sont plaints au roi et ont demandé que je procédasse à une nouvelle vérification de ce qu'il a fait, pour épargner .aux communautés les frais des poursuites au conseil, sur l'appel de ses ordonnances. M. Le Pelletier m’a renvoyé leur requête pour avoir mon avis, mais je n’ai pas cru devoir me charger de ce travail.
Il y avoit plus de cent cinquante avocats de la religion prétendue réformée au parlement de Pau, qui n’ont point pris de licence. J’ai mandé à M. le chancelier que j’avois empêché que le parlement continuât d’en recevoir jusqu’à nouvel ordre du roi, et qu’il étoit bon que le nombre des avocats catholiques excédât au moins d'un tiers celui des religionnaires.
J'ai fait rendre un arrêt du conseil portant défenses de recevoir aucuns avocats au parlement, de la religion prétendue réformée.
J’ai fait aussi révoquer le subdélégué que M. le duc de Grammont avoit nommé en Béarn, les gouverneurs n’en devant point avoir.
En 1684, j’avois 3o,ooottsur le clergé du diocèse de Ca hors, et 30,oooH à la caisse des emprunts.
Le 3o janvier, M. de Croissy m’a envoyé un arrêt du conseil qui défend la bassette.
Le 3o janvier i685, M. de Croissy m’a envoyé un arrêt du conseil portant que les ministres seront employés dans les rôles des tailles à proportion de leurs biens.
Le a a février 1 685, j’ai été de retour de Paris à Pau.
Le a a février i685, j’arrivai à Pau, où tous les corps me témoignèrent à l’envi la joie qu’ils avoient de mon retour. Il n’y eut que ceux sur qui les réformes dévoient tomber dans le parlement et dans les états, qui, dans le fond de leur âme, m’auroient autant aimé à Paris qu’à Pau, mais ils n’en témoignèrent rien au dehors.
Je portai au parlement, deux jours après mon arrivée, les édits et déclarations concernant les alTaires de la religion, dont je lui avois fait renvoyer la connoissance , et, après qu’ils eurent été registres et publiés, je fis, sans perte de temps, signifier aux consistoires des temples proscrits l’arrêt qui en ordonne la démolition dans le mois, ce qui a été exécuté avec soumission, quoiqu’ils en soient très-consternés, ce que je mandai à M. le chancelier par ma lettre du 5 mars i685.
Je fis attaquer, après la démolition de ces quinze temples, les cinq restans par le procureur général, pour contravention aux édits et arrêts du conseil. Leur procès fut bientôt fait, et les arrêts qui en ordonnèrent la démolition furent [exécutés] sans perdre de temps, en sorte qu’en moins de six semaines il ne resta pas un temple dans tout le Béarn. Leur démolition engagea les ministres de sortir de la province, et, par leur désertion, ces faux pasteurs me laissèrent le champ libre aux conversions.
Le 22 février, M. Le Pelletier m’a mandé que le roi n’approuvoit pas la députation , faite par l’abrégé des états de Béarn , de la personne de M. l’évêque de Lescar pour un fait fort léger, et que je lui fisse entendre qu’il eût à ne point partir pour la cour.
Le 3 mars, M. de Croissy m’a envoyé un arrêt du conseil', qui fait défenses aux seigneurs de la R. P. R. d’admettre à l’exercice de ladite religion, dans leurs maisons ou châteaux, aucunes personnes qu’ils n'aient fait leur domicile pendant un an dans l'étendue de leurs justices.
Le 10 mars, j’ai reçu ordre de me transporter dans l'abbaye de Pontault, pour y rétablir l’ordre.
Par l’édit du mois d'août 1 669 et la déclaration du 1 4 juillet 168a, il est défendu aux rcligionnaires de sortir du royaume sans permission. Le 10 mars i685, M. de Croissy m’a envoyé une lettre de cachet, pour observer les gentilshommes et empêcher qu’ils n’y contreviennent.
Le i5 mars, j’ai proposé à M. de Croissy d’obtenir du roi la pension de 1,300 M, que Sa Majesté accorde à toutes les maisons de nouvelles catholiques, à celle de Caen*, fondée par madame la marquise de Saint-Chaumont1 * * * 5, qui lui adonné io,oooH, non sulïisans pour cet établissement.
Le roi avoit réservé, par sa déclaration donnée sur mon avis, cinq temples pour tout le Béarn; les religionnaires demandèrent qu’ils fussent agrandis, étant trop serrés pour les contenir tous; c’étoit l'avis de M. de Croissy, mais je m’y suis opposé, et ils n’ont point été augmentés.
Au mois de mars i68â, il a été établi un vice-sénéchal en Béarn, sur ma représentation. J’ai propose le sieur Palaiseau, gentilhomme, pour remplir [la place].
Le 5 avril, j’ai écrit à M. de Harlay, archevêque de Paris, que les quinze temples du Béarn condamnés ont été démolis, que des cinq qui restent j’en ai fait interdire deux pour des contraventions aux
1 Cel arrêt du conseil cm du 5 février
if>85. (Isambert, A ne. lois franç. t. XIX»
p. âgo.)
* C’est Pau qu’il faut lire. Cette erreur
de lieu prouve que les Mémoires ne furent
écrits que dans la vieillesse de l'auteur.
’ Suzanne Charlotte de G rammont, ma* riéc à Henri Mille, marquis de Saint- Chaumont. était tante du duc de Gramuiont, gouverneur de Béarn.
édits, que j'cspérois que les trois restans auraient bientôt la même destinée; que cependant j’ai fait faire une mission par des jésuites dans une petite ville du diocèse de Lescar, qui a produit plus de trois cents conversions; que le moyen d’achever l’ouvrage des conversions étoit d’obliger tous les ministres des temples interdits de s’éloigner au moins de dix lieues du Béarn, attendu qu’il n’a que onze lieues de long sur sept à huit lieues de large. Je lui ai écrit en faveur de l’abbé d’Arboucave
Le 5 avril, j’ai écrit au P. de la Chaise en faveur de l’abbé d’Arboucave, neveu de M. l’évèque de Tarbes, et lui ai rendu témoignage du zèle et des soins qu’il avoit pris pour les conversions. Mon témoignage et ma recommandation lui a valu i’évèché de Dax.
Le 5 avril, j’ai mandé à M. Pussort que, depuis mon retour en Béarn, il s’y est converti cent cinquante-trois chefs de famille, qui, avec leurs enfans, composent plus [de1 huit cents âmes.
Le 5 avril 1 685, j'ai mandé è M. le chancelier qu'une des principales raisons que les religionnaires opposoient aux missionnaires est que le roi permettoit que l’on fît encore profession de la R. P. R. dans son royaume, ce qui marquoit la nécessité de leur ôter les cinq temples qui leur restoient en Béarn, ce qui , joint aux missions et aux gratiGcations, achèverait sans doute, dans peu, l’ouvrage des conversions; qu'il y avoit déjà ceux de Jurançon autrefois à Pau et celui d’Ossau interdits, qu’il y avoit des preuves de contravention aux édits dans les trois autres; que, depuis deux mois que j’étois de retour dans la province, il s’étoit converti onze cents personnes y compris les enfans, qu’il y avoit beaucoup de gentilshommes ébranlés et qui seraient déterminés par des pensions.
Les cinq derniers temples ont été démolis par arrêt du parlement de Pau.
Le 1 1 avril 1 685, j'ai demandé à M. le chancelier une déclaration interprétative de celle du 3i janvier 1683, qui veut que les enfans
1 Bernard d'Abadie d’Arboucave.
bâtards soient élevés à la religion catholique, en ce qu'elle porte la clause de quelque âge qu'ils soient, plusieurs officiers du parlement croyant, sur le fondement de cette disposition, qu’un bâtard de vingtcinq ans, qui a toujours fait profession de la R. P. R., en doit faire abjuration; mais qu’il y avoit tout lieu de juger, par les motifs de cette déclaration, que celte disposition ne s'étend pas aux bâtards qui avoicnt atteint l'âge de quatorze ans lorsque la déclaration a été donnée; en effet, les motifs sont de pourvoir à l’éducation des enfans bâtards, comme il a été pourvu à celle des enfans exposés. Pestimerois donc qu’il faudroit donner une nouvelle déclaration, portant que les bâtards qui auraient passé quatorze ans lorsqu’elle a été donnée seront obligés de choisir, devant les juges des lieux, la religion qu’ils entendraient professer.
Je lui ai mandé par la même lettre que le parlement avoit, le jour précédent, décrété prise de corps contre le ministre de Garlin, qui est un des cinq exercices réservés en Béarn, pour plusieurs contraventions aux édits et déclarations; qu’il n’en restoit plus que deux que j’espérois devoir être bientôt interdits sur de pareilles contraventions; après quoi les conversions iront vite, ayant remarqué que leur nombre augmente à proportion que celui des exercices de la R. P. R. a diminué.
Le 12 avril, M. de Croissy m’a envoyé deux arrêts; le premier, qui défend aux babitans des villes et communautés de Béarn et de Navarre de faire aucune députation hors du pays sans m’en avoir fait connoitre les raisons et le besoin et avoir eu mon consentement.
Le îâ avril iG85, j'ai demandé à M. de Louvois des ordres en blanc pour faire loger une ou plusieurs compagnies dans les villes remplies de religionnaires, étant certain que la seule approche des troupes produira un grand nombre de conversions; que je tiendrai si bien la main à ce que les soldats ne fassent aucune violence, que je me rendrai responsable des plaintes qu’il en pourrait recevoir. 11 est à observer que le roi n’avoit pas envoyé des troupes en Béarn par rapport aux affaires de la religion , mais pour former le camp que
Sa Majesté avoit résolu d’établir sur la frontière d’Espagne. M. de Louvois m’ayant envoyé plusieurs ordres en blanc, il s’est converti six cents personnes dans cinq villes ou bourgs, sur le simple avis que les compagnies étoient en marche.
Le roi a fait envoyer à tous les intendans des ordres d’envoyer A MM. les secrétaires d’état un mémoire de tous les collèges qui sont dans leur département.
J’ai reçu un arrêt du conseil, du 3o avril, portant injonction aux ministres et proposans qui se trouveront dans les lieux où l’exercice public de la R. P. R. aura cessé à l'occasion des procès mus pour raison des contraventions aux édits et déclarations du roi, [qu’ils] seront tenus de s’en éloigner au moins de trois lieues. Cet arrêt m’a été envoyé par M. de Croissy.
J’ai été commis par arrêt du conseil, au mois d’avril i685, pour procéder à la vérification et récolement des inventaires des titres et chartes de la chambre des comptes de Navarre, en présence de deux officiers de la chambre.
J’ai fait établir i Pau un séminaire pour y former des ecclésiastiques aux ministères de la religion.
Les temples de Bellac et de Saint-Gladie ont été les derniers démolis.
Le 3o mai i685, M. de Croissy m’a envoyé un arrêt du conseil qui défend aux ministres des temples interdits et [aux] proposans de se tenir plus près de six lieues desdits endroits. Cet arrêt est nommément rendu pour le Béarn.
M. de Croissy ayant proposé d’envoyer en Béarn des ministres pouT baptiser les enfans de ce qui reste de reügionnaires , je lui ai mandé que, dans la disposition présente d’une conversion générale dans très-peu de temps, ce seroit exposer ceux qui chancèlent et endurcir les opiniâtres que de leur envoyer un ministre , qui rassureroit les premiers et confirmeroit les autres dans leur opiniâtreté ; que dans ma dernière tournée j’avois converti cinq mille âmes, et qu’avant le 1 5 de juin il s’en convertiroit pour le moins autant, en
sorte que j’espérois que dans deux mois l’ouvrage des conversions seroit achevé dans le Béarn. La reine Jeanne donna une ordonnance ecclésiastique portant défense aux prêtres et aux moines de baptiser les enfans.
Au mois de mai, il a été écrit une lettre anonyme à M. le chancelier. remplie d’invectives contre moi, et surtout on m’y taxoit de prendre des présens. Il m’a renvoyé cette lettre avec des témoignages d’estime pour moi et de satisfaction de ma conduite.
Le iô juin, M. de Croissy m’a mandé que le roi n'avoit pas approuvé que les baptêmes des enfans des prétendus réformés se fissent par les curés, parce que sa conscience ne pouvoit .soulfrir qu’un enfant baptisé à l’église par un prêtre fût rendu à ses parens pour y être élevé à la R. P. R., et m’a envoyé un arrêt qui me permet de choisir un ou deux ministres pour faire faire lesdits baptêmes dans la maison de ville, en présence du juge ou consul du lieu.
Il ajoute, par le dernier article de sa lettre, qu’il m’a proposé au roi pour l’ambassade de Constantinople, mais que Sa Majesté a jugé que ma présence étoit nécessaire en Béarn pour y achever ce que j’y avois si bien commencé.
Le 1 6 juin, il m’a envoyé un arrêt du conseil qui défend de recevoir des libraires de la R. P. R.
J’ai fait faire l’abjuration du calvinisme au sieur Goulard, ministre d’Oloron, dans la cathédrale de la ville, en présence de M. l’évêque et de plus de huit mille personnes de l’une et de l'autre religion. Il leur a rendu un si bon compte des motifs de sa conversion, que plusieurs religionnaires, touchés des vérités que les ministres avoient toujours pris grand soin de leur cacher et qu’il leur a nettement et fidèlement exposées, se sont convertis avec lui, et la plus grande partie des autres m’ont promis de se faire instruire, après leur avoir fait entendre que l’intention du roi n’étoit pas qu’ils embrassassent la religion romaine sans la connoitre, mais bien qu’ils en examinassent sans prévention les dogmes et les principes.
La plus grande partie des habitans de la R. P. R. d’Oloron se sont
convertis depuis la conversion de leur ministre, et les autres se font instruire. C’est ce que j'écris à M. de Croissy, et que M. de Casaux apportoit tous les obstacles qu’il pouvoit, aussi bien que sa femme, religionnairc, aux conversions.
Le Ier juillet i685, le P. de la Chaise m'a mandé que le roi prenoit plaisir à lire mes relations et mes lettres concernant les conversions du Béarn, et même que Sa Majesté les gardoit.
J’ai mandé à M. de Croissy, le i 3 juillet, qu’il y avoit à présent seize mille âmes convertis dans le Béarn, cl que ce qui restoit suivroit bientôt.
Le i 4 , je lui ai mandé que les habitans de la H. P. B. de Pau s’étoient convertis par délibération dont je lui ai envoyé l’acte; que nous avions jugé au parlement les ministres de Pau qui avoient contrevenu aux édits, et qu’ils avoient été condamnés au bannissement du ressort du parlement pour cinq ans.
Les religionnaires d'Orthez ont envoyé un courrier au roi pour savoir si les intentions de Sa Majesté étoient d’abolir absolument l’exercice de la R. P. R. dans le Béarn. J’ai prié M. de Croissy de ne nous point envoyer de ministres pour baptiser les enfans nés dans la R. P. R. et de nous renvoyer M. de Lescar, avec des missionnaires, pour instruire les nouveaux convertis, aussi bien qu'à MM. les évêques d’Oloron et de Dax. Ii faut même une mission extraordinaire qui parcoure tout le Béarn , et les meilleurs prédicateurs n’y sont pas trop bons pour tenir la place de leurs ministres, qui prèchoient bien. Tous les curés du Béarn sont ignorans et souvent de mauvaises mœurs; qu’il falloit encore établir des vicaires. J'ai proposé de mettre le député d'Orthez à la bastille.
Il y a eu trois mille huit cents religionnaires d'Orthez qui se sont convertis, de quatre mille qu’il y avoit; ce qui m’a obligé de mander à MM. les ministres qu’ils pouvoient assurer le roi de la conversion totale du Béarn, de vingt-deux mille qu’il y avoit n’en restant pas mille; que les gentilshommes commençoient à se détacher.
Le sieur d’Audrehon. ministre de Lembeye, m’étant venu voir, me
dil qu’il sentoit de grands mouvcmcns dans son cœur pour embrasser la religion catholique, mais qu’il avoit encore besoin d'un mois pour prendre sa résolution; sur quoi, l’ayant fait entrer dans la chapelle du château de Pau, où M. l’évêque d’Oloron recevoit l’abjuration d’un ancien avocat de Pau et où il y avoit beaucoup de monde, je lui demandai s’il ne sentoit rien dans son cœur qui le sollicitât, à la vue de son véritable pasteur, de s’aller jeter entre ses bras. Il m’avoua qu’il se sentoit ému , et dans le moment je le pris par le bras et le conduisis vers l’autel, où il se mit à genoux devant M. l’évêque, qui lui donna l’absolution. Cette action fut d’une grande édification.
J’ai proposé de rechercher la noblesse des gentilshommes opiniâtres religionnaires; mais M. de Croissy a mis le trouble dans les consciences des nouveaux convertis en m’envoyant un arrêt du conseil qui établit un ministre pour baptiser les enfans des religionnaires, la province étant à la veille d’en être entièrement purgée; que ces enfans doivent être portés à l’église; que c’est renouveler l’exercice de la R. P. R. en Béarn *.
Il [a] encore été fait une chose contraire au bien de la religion, ayant été permis au sieur de. la Placette, ministre de la ville de Nay, de sortir du royaume avec sa famille et de vendre ses biens, la plupart des ministres aimant mieux, par le principe d’un faux honneur, sortir du royaume , lorsqu’ils en ont la permission , que d’y demeurer. Ils se convertiroient s’ils étoient obligés de s’éloigner du lieu de leur exercice sans sortir du royaume et sans pouvoir vendre leurs biens. En effet, il s’en étoit converti six depuis deux mois, qui auraient passé en Hollande et en Angleterre, s’ils en avoient pu obtenir la permission. La femme et les enfans du sieur de la Placette étoient disposés à se convertir lorsque cette permission leur a été donnée.
Les nouveaux convertis ont demandé le livre deM.de Meaux, Dr l'Exposition de la doctrine de l’Eglise catholique; j’ai mandé qu’on en fit venir.
Rédaction évidemment empruntée a une lettre.
Au mois de février1, M. Cramoisy, libraire, m’a envoyé, par ordre de M. de Louvois, cinq mille cent dix volumes de l'Exposition de la doctrine de l’Eglise, de M, de Meaux; du Catéchisme historique de M. l’abbé Fleury; de l’Explication des parties de l’oflice et des cérémonies de la messe, et des Courtes prières et ordinaire de la messe, pour distribuer aux nouveaux convertis.
Le 18 juillet, j’ai mandé au roi l’état des conversions de la province. — Vid. la lettre au registre des lettres de i685.
A M. Foucault, conseiller en mes conseils, maître des requêtes ordinaires de mon hôtel et commissaire départi pour l’exécution de mes ordres en Béarn.
Monsieur Foucault, j’ai été bien aise d’apprendre, par votre lettre du 1 8 juillet, le bon effet qu'ont produit vos soins et votre application à tout ce qui pouvoit procurer la conversion de mes sujets de la religion prétendue réformée dans toute l’étendue de ma province de Béarn, et vous ne devez pas douter que ce service ne me soit d’autant plus agréable que le succès en est très-avantageux à notre religion et d’un fort bon exemple pour les autres provinces de mon royaume. Sur ce, je prie Dieu qu’il vous ait, Monsieur Foucault, en sa sainte garde. Écrit à Versailles, le ae jour d’août i685.
LOUIS
COLBEl\TJ.
J’ai écrit à M. le chancelier, le as juillet, que le sieur de Saint- Pau, ministre converti, qui a beaucoup de talent pour le barreau, désireroit se faire recevoir avocat, aussi bien que le sieur Goulard, ministre d'Oloron; qu’ils lui demandoient une dispense du temps d’étude. M. le chancelier m’a envoyé ces dispenses. L’exemple de ces deux ministres et la grâce que le roi leur a faite en a fait revenir trois autres à l’Eglise.
1 L'indication du moi, est erronée. faut lire juillet , août ou septembre
Le, grande, conversion, n’avaient pa, ' Colbert de Croissy, frère du grand encore commencé en février |685. Il Colbert.
Le ati juillet, M. deCroissy m’a donné avis que le roi avoit donne ordre d’arrêter le sieur Dusseau, député des rcligionnaircs du Béarn, et m’a envoyé six lettres de cachet pour reléguer les gentilshommes que je jugerois à propos.
iM. de Mesplées, évêque de Lescar, bien loin de m’aider et de prendre part à l'ouvrage des conversions de son diocèse, n’a rien oublié pour les éloigner. Il avoit écrit de Paris aux gentilshommes les plus considérables du parti d’entrer dans quelque accommodement, et leur avoit offert de ménager en leur faveur, dans l’assemblée du clergé, un relâchement sur les points qui leur font peine, et ils avoient si bien pris confiance sur celte promesse, qu’ils vouloienl attendre la réponse de M. de Lescar, avant de se déterminer; de sorte que, pour réparer le mal, je fus obligé d’assembler au château de Pau tous les chefs des principales familles de la R. P. R. de Pau, et de leur faire entendre qu’il n’y avoit point de tempérament à espérer sur les articles de notre créance; qu’un concile général avoit décidé tous les points contentieux et établi les véritables dogmes que l’on devoit suivre; que le clergé de France ne pouvoit donner atteinte à ses saintes décisions; que le roi même , comme protecteur de la religion, emploierait son autorité pour les faire observer. Je leur lis, sur ce sujet , un discours auquel la plus grande partie parut se rendre, et quoiqu'ils eussent tous résolu, avant l'assemblée, de ne s’engager à aucune réponse positive qu’ils n’eussent reçu celle de M. de Lescar, néanmoins ils me prièrent de leur accorder un quart d’heure pour délibérer sur ce que je leur avois proposé; ce que leur ayant permis, je les laissai en liberté de délibérer sur la résolution qu’ils avoient à prendre et me retirai. Leur délibération ne dura qu’un quart d’heure et aboutit à me demander un mois de temps pour s’ins- Iruire. Je retranchai la moitié du terme, et nous [nous] séparâmes lotis contens.
Ils n'uttendirenl pas que le terme fût expiré, et ils se convertirent tous par une délibération unanime dans laquelle ils reconnurent que leurs pères n’avoient pas eu de motif légitime pour se séparer
de la communion de l’Église romaine. J’envoyai au roi leur délibération.
Nota. Voir l’édit de révocation de celui de Nantes, et surtout le dernier article.
M. de Torcy m’a envoyé, au mois de juillet, un arrêt du conseil portant l’établissement d’un ministre pour baptiser les enfans de la R. P. R., mais je n’ai pas jugé à propos de l’exécuter.
Depuis le 22 février que j’ai été de retour de Paris à Pau, jusques au mois d’août, il s’est converti plus de quinze mille âmes. Il y en a eu beaucoup qui, à l’approche des gens de guerre, ont abjuré sans les avoir vus. La distribution d'argent en a aussi beaucoup attiré à l’Eglise. Le Béarnois a l’esprit léger, et l'on peut dire qu’avec la même facilité que la reine Jeanne les avoit pervertis ils sont revenus à la religion de leurs pères.
La ville d’Orthez a été la dernière à se convertir. J’y ai envoyé des gens de guerre qui les ont réduits. Ils m’avoient demandé quinze jours pour se faire instruire . mais c'étoit pour attendre le retour d’un courrier qu’ils avoient envoyé à la cour pour demander la liberté de faire l’exercice de leur religion. Ce terme expiré, ils me demandèrent encore huit jours pour donner le temps à leur courrier d’arriver. Je leur refusai, et, de quatre mille religionnaires qu’il y avoit à Orthez, il s’en convertit deux mille avant l’arrivée des troupes, en sorte que, pendant le séjour que j’y lis avec des missionnaires, ils se convertirent tous, à la réserve de vingt familles opiniâtres et qui avoient résolu, quelque chose qui arrivât, de ne point changer. Ils avoient à leur tête un gentilhomme nommé Brasselayc, qui étoit aussi allé à la cour et qui a été mis à la Bastille.
De vingt-deux mille religionnaires qu’il y avoit en Bcam, il s’en est converti vingt et un mille jusques à la (in de juillet 1 685-
Le 3 août, j’ai mandé à M. le chancelier que le parlement a rendu depuis huit jours un arrêt contre le nommé Jean Pedelabal , du lieu de Garlin, convaincu d’avoir sollicité publiquement et en particulier les religionnaires à demeurer fermes dans leur religion, pour raison
de quoi il a été condamné au bannissement hors du royaume pour vingt ans et en 6oort d’amende. Six jours après son arrêt rendu, il m’a fait dire qu’il vouloit se convertir; ce qu’il fit hier avec toute sa famille. Sa conversion, celle de sa femme et d'un nombre d’enfans, mérite tout ce que j’ai demandé k M. le chancelier.
Le 5 août, j'ai envoyé à M. Le Pelletier le jugement que j’ai rendu avec les officiers du sénéchal de Tarbes contre des écoliers qui ont assassiné un employé aux fermes du roi. Il y en a eu deux condamnés à être pendus et exécutés par effigie.
La vie scandaleuse du sieur de Gazaux, l'opiniâtreté de sa femme et de la dame de Bas, femme du doyen du parlement de Pau, dans le calvinisme, ont retenu beaucoup de personnes.
J’ai fait donner la charge de procureur du roi en la vice-sénéchaussée de Béarn au sieur Goulard, ministre converti d’Oloron.
M. de Croissy m’a envoyé, le 16 août, des ordres du roi en blanc pour reléguer les gentilshommes opiniâtres. J’avois fait assembler la veille une partie de la noblesse de la R. P. R. pour leur faire entendre les intentions du roi. Il y eut une douzaine de gentilshommes qui se convertirent; les autres demandèrent quinze jours pour se faire instruire. Je lui ai renouvelé mes remontrances sur la permission donnée aux ministres de sortir du royaume et de vendre leurs biens.
J’ai mandé, le 16 août, à M. de Louvois que des gentilshommes delà R. P. R. de Béarn se convertissoient en nombre; que M. de Boulllers avoit été témoin du retour â l’Eglise de douze, à la tête desquels était le comte de Viala, l'un des plus qualifiés gentilshommes de la province. Plusieurs ont demandé quinze jours pour s’instruire, en sorte que je ne serai point en obligation des ordres de relégalion que M. de Croissy m’a envoyés, l’instruction et la patience devant couronner l’ouvrage. Je lui ai envoyé un mémoire des grâces que plusieurs de ces gentilshommes demandent. 11 est à remarquer que MM. les évêques de Lescar et de Tarbes ont été ahscns de leurs diocèses pendant tout le temps des missions.
Le 18 août, j'ai mandé à M. l’archevêque de Paris qu’il étoit bien nécessaire de donner des pensions aux ministres convertis, et d'empêcher ceux qui ne le sont pas de sortir du royaume.
M. de Croissy s’est plaint de ce que j’avois écrit à M. l’archevêque de Paris et au P. de la Chaise sur le sujet de la permission aux ministres de sortir du royaume; mais je me suis justifié en lui mandant que je m’adressois toujours directement à lui; qu’il étoit le premier informé par mes lettres de ce qui se passoit; qu’il est vrai que je leur avois communiqué ma peine sur ce sujet, mais du temps après lui avoir écrit, et que M. Dalon, premier président, ne manquoit point tous les ordinaires de leur écrire.
Le 37 août, il s'est converti quatre-vingt-dix-sept femmes dans la petite ville de Salies. Je fis aussi plusieurs conversions d’hommes en présence de M. le marquis de Boufllcrs.
Il restoit trois à quatre cents personnes à convertir lorsque je suis parti du Béarn. J’ai converti avant mon départ le sieur Dantigrand , ministre sans contredit le plus considéré de la province par son éloquence et par sa capacité. 11 avoil quatre-vingt-cinq ans, et il prêchoit avec la même vigueur qu’il faisoit à quarante. Il y avoit cinquante ans qu’il faisoit la fonction de ministre, et il y avoit longtemps que je travaillois à le ramener à l'Église. Il me vint trouver le matin du 36 août 1 685, avec son gendre, pour faire son abjuration. J’ai mandé à M. Le Pelletier, le jour même, qu'il étoit bien important de lui accorder une bonne pension. Il a rendu raison des motifs de sa conversion devant plusieurs gentilshommes qui m’avoient demandé quinze jours pour se faire instruire.
J'ai proposé au P. de la Chaise et à M. Le Pelletier de demander au roi un fonds pour bâtir une nouvelle église à Pau, sous l’invocation de saint Louis, qui serviroit de monument perpétuel à la piété du roi et â son zèle pour la religion. Le roi Louis XIII avoit donné 6,000 M aux rcligionnaires de Pau, en 1630, pour acheter une place pour bâtir un temple, en leur ôtant l'église paroissiale, qui est la chapelle du château, que la reine Jeanne leur avoit donnée, l’an-
cicnne n’étant pas assez grande pour contenir tous les anciens et nouveaux catholiques, en août 1 685.
J'ai été nommé intendant de Poitou dans le mois d'août de cette année; le roi m’a voit nommé intendant en Languedoc, mais M. le chancelier Le Tcllicr fit changer cette destination. Je suis arrivé à Poitiers le 7 septembre.
Un grand nombre de gentilshommes sont venus, la veille de mon départ de Pau, se convertir en ma présence.
Le sieur Vidal, avocat à Pau, porta la parole pour les autres religionnaires qui se réunirent à la communion catholique.
Le sieur deSault, gentilhomme de Béarn, de la R. P. R., a été mis. à la Bastille pour mauvais discours, sur mon avis.
Il Y a eu vingt-deux mille conversions en Béarn.
J’ai engagé le parlement à recevoir l'ordonnance de 1667, que le roi leur envoyoit par parties.
Le roi ayant, par arrêt du conseil du 28 septembre 16881, réuni à son domaine le puits d’eau salée situé dans la paroisse de Seize , en basse Navarre, avec défenses aux habitans du pays de se servir du sel d’Espagne, quelques séditieux ont fait courir le bruit que le roi vouloit établir la gabelle dans la Navarre, et ont excité une sédition qui a été apaisée par l’emprisonnement de deux de ces séditieux, auxquels j’ai proposé de faire le procès. J’ai fait le procès à ces séditieux, dont deux ont été pendus et deux condamnés aux galères perpétuelles.
Le 4 septembre, le roi a rendu un arrêt portant que tous seigneurs, gentilshommes ou autres personnes de la R. P. R. ayant hautes justices, pleins liefs de haubert ou simples fiefs, ne pourront dorénavant, en conséquence des articles 7e et 8e de l’édit de Nantes, continuer de faire l’exercice de ladite religion dans leurs châteaux ou maisons, si lesdites justices ou fiefs n’ont été érigés avant ledit, édit et ne se trouvent encore possédés sans interruption par les descen-
1 Dale fausse, puisqu'on 1688 Koucoull n'était plus en Béarn: c'est probablement i685 qu'il faut lire.
dans on ligne directe ou collatérale de ceux qui en jouissoient dans le temps dudit édit.
Je suis arrivé à Poitiers le 7 septembre, et y ai trouvé M. de Bàville qui m’attendoit et qui m’a donné toutes les instructions des affaires du Poitou. M. de Bâville logeoit dans la maison de Pinet, receveur général , condamné à être pendu par M. Rouillé du Coudray, mais il la fit donner par le roi au séminaire de Poitiers. J’en ai loué une appartenant à M. Barentin, conseiller au parlement.
M. de Vaubourg, qui avoit passé par Poitiers pour aller en Béarn, est aussi revenu sur ses pas. Je lui ai donné toutes les lumières que j’avois de l’état du Béarn.
Lorsque je suis arrivé en Poitou, il y avoit encore quatre-vingts familles de religionnaires à Poitiers, et cent soixante à Châtellerault. J’ai mandé à M. de Louvois que je ferois tout ce que je pourrois pour les convertir par délibération des consistoires.
Le 16 septembre , j’ai mandé à M. de Louvois qu’il ne restoit pas cent familles de la R. P. R. dans le haut Poitou; qu’il s’en est converti un grand nombre dans le bas pays depuis mon arrivée; qu’il y avoit deux cent cinquante familles religionnaires dans la ville dePouzaugcs, dont le temple a été démoli depuis un mois; que ces familles ont été presque toutes converties, à quoi ont beaucoup contribué les soins de M. le marquis de Toucheprés, qui en est seigneur, qui a meme voulu que l’on mît des dragons chez ses métayers.
J’ai reçu un arrêt du conseil du 1 5 septembre , portant défenses à tous chirurgiens et apothicaires faisant profession de la R. P. R. de faire aucun exercice de leur art par eux ou par personnes interposées, à peine de 1, 000 ** d’amende.
Au mois de septembre, j’ai engagé les religionnaires de Châtellerault à prendre une délibération pour se réunir à l'Église romaine. C’est la seule ville de Poitou qui ait pris ce parti.
Les sieurs de Nancla, lieutenant-colonel du régiment de Sainte- Maure, et Thévenin, capitaine dans le même régiment, ont pris la résolution de se convertir, et j’ai mandé à M. de Louvois qu’ils
demandoient la permission d’aller en Saintonge, d’où iis sont, pour tâcher d’engager leurs familles à changer avec eux, et qu’il falloit causer leur congé de la nécessité d’aller vaquer à leurs affaires.
Au mois d’octobre 1 685, j’ai fait assembler à Luçon tous les gentilshommes de la R. P. R. au nombre de plus de cent, auxquels je fis une exhortation pour les obliger à se convertir; mais je n’en pus gagner que dix-huit. Ils s’étoient assemblés la veille dans une prairie, où ils se promirent les uns aux autres de ne point changer de religion , et, pour s’engager encore davantage, ils signèrent tous une requête au roi qui fut dressée sur-le-champ, et élurent des députés pour la porter.
Dans ce même mois , l’édit de Nantes a été révoqué.
M. de Louvois m’a envoyé copie de cet édit, le 16 octobre i685, avec une lettre qui explique de quelle manière il doit être exécuté.