‹ Mémoires de Nicolas-Joseph FoucaultChapitre 19 sur 115 · CLXI · texte numérisé non relu

CLXI

projet, car « Sa Majesté ne juge pas à propos que l'on continue « à mettre des inspecteurs à l’entrée des églises pour con- « noîlre ceux des nouveaux convertis qui les fréquentent ou • non. » On doit s’attacher à empêcher les assemblées et à poursuivre les ministres qui se seraient glissés dans les provinces, punir seulement ceux qui font ostentation de résistance et laisser *

les autres tranquilles. Le roi renonce à empêcher l'émigration et ordonne de retirer les gardes-côtes et de laisser sortir ceux qui voudront s’en aller, mais sans les informer de la liberté qu’on leur laisse à cet égard. 11 est même à désirer que les plus entêtés sortent; seulement on saisira les biens de ceux qui s’en vont. On veillera aussi sur la conduite des ecclésiastiques envers les nouveaux convertis ; on les empêchera de les effrayer par des menaces 1 et de divulguer l’aversion qu’ils trouvent chez eux pour les sacrements ; on se défiera des rapports auxquels le zèle des curés et des missionnaires peut les emporter, et l’on signalera les curés ignorants ou de mauvaises mœurs.

Foucault trouva cette instruction « très-bonneen elle-même; « mais il pensait que, «comme il ne faut pas compter quelle «demeure secrète, elle porte les caractères d'un relâchement «très-préjudiciable aux affaires de la religion4.»

Le peu de religionnaires de la province qui n avaient ni voulu se convertir ni pu gagner les pays étrangers étaient en prison à Poitiers. Sur les ordres de Louvois, on envoya les hommes dans des châteaux forts et les femmes dans des couvents.

Au commencement de 1 687, on cessa de garder les côtes, et, comme Foucault l’avait prévu, il en résulta parmi les nouveaux

* Voyex une dépêche de Louvois, du les deux prêtres furent relégués dons de*

8 décembre 1 886, p. 53 1 , où il réprimande couvents.

Foucault d'avoir envoyé des dragons à la * Mémoires, 8 décembre i686, p. 161. réquisition de deux curés qui menaçaient Le 1 4 août suivant { Mémoires, p. 181), Foules nouveaux convertis de leurs paroisses : coult écrivit à Louvois dan» le même sens.

c.L.xiv INTRODUCTION,

convertis un refroidissement pour les exercices de la religion catholique. Ils reprirent courage jusqu’au point de tenter de se réunir dans des lieux isolés, pour entendre soit des ministres rentrés clandestinement, soit des prédicants improvisés, souvent de simples ouvriers que l'inspiration individuelle suscitait au milieu d eux1. C’est le commencement de ce qu’on a nommé les assemblées au désert. La première eut lieu près du bourg de Pouzauges; elle était presque entièrement composée de cardeurs de laine, métier dans lequel, comme le remarque Foucault2, le calvinisme avait commencé en France. Louvois ordonna immédiatement à l’intendant d'en faire un châtiment si sévère que l’exemple en retînt les autres, de faire raser les maisons où ces assemblées se seraient tenues, et d’empêcher « la continuation d’un désordre qui obligerait Sa Majesté d’en- » voyer tant de troupes dans. le pays , que les peuples en seraient «entièrement ruinés3.» Mais Foucault fit observer à Louvois que la déclaration de juillet 1 686 portait bien la peine de mort contre ceux qui auraient fait partie des assemblées, mais non la démolition des maisons, et qu’il n’était pas permis aux juges d’ajouter des peines à celles qui étaient édictées par les lois, « au-dessus desquelles, remarque-t-il, M. de Louvois ne faisoit « pas scrupule de se mettre4. «Cette réclamation avait pour cause un arrêt du conseil qui avait commis Foucault pour connaître de toutes les affaires de religion. On lui donna aussi l’ordre « d’accabler de troupes les lieux dont les habitans avoient «assisté aux assemblées,» et de «charger extraordinairement «les communautés ou villes tout entières, afin que chacun

1 Dépêche de Louvois à Foucault, du * Mémoires, p. 175. Yoy. l'article S de □ 3 décembre 1686. p. 53a. la déclaration du 1" juillet 1686. dans

* Mémoires, février 1687, p. 174» Isambert. Ancienne lois françaises , t. XX.

1 Dépêches des a4 et a5 janvier 1687. p. 5. p 533.

INTRODUCTION

• connoisse combien il est de conséquence de ne point assister

• à de pareilles assemblées et de ne pas souffrir qu’il s’en fasse

• dans sa communauté1. •

En vertu de ce principe, Foucault proposa d’envoyer une compagnie de cavalerie dans les bourgs de Pouza'uges et de Moncoutant, dont les habitants, « anciens catholiques, n’a-

• voient fait aucun mouvement pour empêcher les assemblées

• des nouveaux convertis, n’en avoient donné aucun avis et n’a- « voient voulu en administrer aucuns témoins'. »

Le procès de l’assemblée de Pouzauges fut entamé par Foucault, assisté des officiers du présidial de Fontenay-le-Comtc.

• Les prisonniers, dit-il, demandent grâce et promettent de « vivre en bons catholiques, mais c’est pour avoir la vie. » Louvois était du même avis1 *: «Sa Majesté, dit-il, ne veut point que

• l’on ait égard aux témoignages de repentir. . . Elle désire que, « sans les écouter, vous leur fassiez leur procès. » Le prédicant futpendu, deux autres condamnés aux galères, et un quatrième banni à perpétuité. Louvois trouva ce jugement trop doux, et prétendit que le roi avait été « surpris de voir que tous les com-

• plices de ce crime n’aient pas été condamnés à mort, suivant

• l’article 5 de la déclaration [du 1" juillet 1686], et particu- « lièrement que l'on en ait condamné un à un bannissement

• perpétuel hors du royaume, puisque c’est donner aux mauvais « convertis ce qu'ils désirent que de leur permettre de sortir4. » Mais Foucault ne crut pas que ce fût par ordre du roi qu’on

1 Dépêches de Louvois à Foucault, des

9 et 1 1 févjier 1687, p. 534-

1 Ces rigueurs ne sont pas les seules qu'on ait déployées contre Moncoutant; On en peut voir l'origine dans les dépêches

de Louvois à Foucault, des i3 et a6 décembre i685, p. 5a4. 5a5, et la conti-

nuation daus deux dépêches de Pontchar* train, des i5 février et il\ juin 1703, Correspondance administr. sous Louis XIV,

t. IV, p. 507 et 5 16.

* Mémoires , février 1687, p. 176, et dépêche de Louvois du iê février, p. 535. 4 Dépêche du à mars 1687, p. 535.

CIAVI

INTRODUCTION

l’eûl taxé de trop de douceur; il déclare que c’est « de son » propre fonds» que Louvois a tiré ce reproche1. Pour se disculper, il écrivit à Louvois que rien de tout cela ne serait arrivé si l’on avait intercepté à la poste les lettres pastorales des ministres émigrés, qui entretenaient le zèle protestant des nouveaux convertis. Déjà depuis un an il avait proposé cet expédient; mais Louvois lui répondit» que le roi ne voulait pas que, « sous quelque prétexte que ce fût, le dépôt sacré de la poste «fût violé,» dépôt, ajoute Foucault, « beaucoup plus sacré « pour Louvois que celui de la religion*. »

Déjà, vers la fin de 1686, les rigueurs s’étaient relâchées, sauf la poursuite des assemblées sur laquelle on ne faiblit pas; il en fut de môme à la fin de 1 687, et le roi envoya aux commandants et intendants des provinces l’ordre secret de ne plus se mêler des conversions et de laisser agir les curés et les missionnaires pour en achever l’ouvrage. A l’occasion de ce relâchement, qui lui paraissait de nature à tout compromettre , Foucault ne put s’empêcher d’envoyer à son père un mémoire destiné à l’archevêque de Paris, M. de Harlay, où il critique ce qu’on fait et indique ce qu’on devrait faire. II demande expressément qu’on en revienne «aux voies, non pas de force » et de violence, mais de contrainte un peu plus que morale. » Nous 11’avons pas besoin d’analyser cette pièce, qui est comprise aux Mémoires3. On voit, à la persistance avec laquelle Foucault insiste sur la saisie des lettres des ministres émigrés, quelle importance il attachait à cette question. Ce mémoire ne fut pas remis à l’archevêque de Paris; Foucault père le jugea trop dangereux , à cause du blâme qu’il jetait sur la conduite des ministres, et il donna conseil à son fils de «ne s’avancer en

1 Mémoires, p. 1 75. — * Dépêche du 37 avril 1686, p. 5ay, et Mémoires, février 1 687. p. 176. — * Fin 1687, p. a 10 et suiv.

INTRODUCTION. clxvii

« rien, pour n’être garant de rien en chose à nuire, * et de se borner à exécuter les ordres qu’on lui enverrait*.

Foucault ne renonça pourtant pas à faire parvenir son avis à la cour. Dans le courant de 1688, il écrivit à Louvois qu'il avait « remarqué avec regret que les religionnaires du Poitou ne «se sont presque tous convertis que par les dragons et par la «prison, et que les nouveaux convertis n’ont paru faire leur « devoir de religion que parla crainte du châtiment. .. qu’il ne « falloit point se relâcher; que ce qu’ils faisoient par contrainte «tourneroit dans la suite en habitude; ce qui est certain, « ajoute-t-il, c’est qu’aucun nouveau converti n’a été forcé de «s’approcher des sacremens par prison ni par logement de « dragons1 2. » En effet, le gouvernement entrait de plus en plus dans la voie de la douceur. Après avoir commencé par fermer les yeux sur l’émigration, il allait plus loin, et faisait ouvertement embarquer les religionnaires qui ne voulaient pas se convertir. Foucault l’atteste : « on en a embarqué un grand nombre «à la Rochelle, où ils ont été reçus par leurs frères avec des « acclamations extraordinaires. » Mais il n’approuve pas que le gouvernement ait pris ce parti , « qui a dépeuplé les provinces3. »

Défense avait été faite4 aux nouveaux convertis de faire les fonctions de maîtres d’école jusqu’en 1 688. Le 1 4 janvier 1688, une nouvelle dépêche de Louvois prescrivit à Foucault de ne laisser rentrer dans ces fonctions que ceux qui en seraient dignes, et d’exhorter les évêques à n’accorder d'autorisation qu’en connaissance de cause5.

1 Voy. aux Mémoire*, p. o i5, celle re-

marquable lcllrc du 5 janvier 1688.

* Mémoires, avril 1688, p. aaa.

* Ibid, septembre 1688, p. a36. L'ex-

pulsion des opiniâtres fut continuée; on en trouve des traces jusqu’en 1705, dans

la Correspondance admin. sous Louis XIV,

t. IV, p. /» 1 3, 457.

4 Dépêche de Louvois à Foucault, du 6 mors 1687, p. 535.

1 VùJ. Mémoires, »4 janv. 1688, p. 3 16, cl la dépêche de Louvois, p. 538.

clwiii

INTRODUCTION

Les bieDs des consistoires protestants et ceux des religionnaircs émigrés donnèrent lieu aussi, en 1688, à une correspondance de Foucault et à des actes du gouvernement qui ne sont pas exposés dans les Mémoires sans quelque confusion , à cause d une erreur de date qui s’y est glissée1. Nous allons tâcher de rétablir ici les faits dans leur ordre exact. Deux édits des 1 5 janvier 1 683 et 2 1 août 1 684 2 * avaient réuni aux hôpitaux la plus grande partie des biens des consistoires. Foucault reçut, dans le courant de 1 687®, l’ordre «de s’aboucher avec les • évêques de Poitiers, de la Rochelle et de Luçon , pour conférer « de l'usage qu’on pourrait faire des revenus des biens saisis « sur les religionnaires fugitifs, » et aussi de ce qui restait des biens des consistoires. Des mémoires qu’ils envoyèrent résulta une déclaration durai, de janvier 16884, réunissant ces biens au domaine et en appliquant les revenus à entretenir des maîtres et maîtresses d’écoles gratuits pour les lieux où on le jugerait à propos, et des établissements religieux « pour l’avan- « tage des nouveaux convertis. » En exécution de cet édit, Foucault saisit par ordre du roi les biens des religionnaires fugitifs5. Mais il les trouva grevés d’une infinité de saisies et d’oppositions, tant de créanciers légitimes que de créanciers simulés qui voulaient en faire passer le produit aux émigrés. Foucault fut d’avis de renvoyer ces affaires devant la justice ordinaire, et de ne pas se laisser aller, comme on le faisait, à rendre les biens des pères aux enfants, qui en envoyaient les revenus à l'étranger. Cependant cette fois encore il ne fut pas écouté. Un édit de décembre 1 689, attribué par Rulhière au désir de con-

1 Voy. le texte des Mémoire», p. aa4«

note 1.

* IsauiLcrt, Anciennes lois françaises,

t.XÎX, p. 4i3 et 455.

3 Et non pas au mois de mai 1688, comme il Ta écrit par erreur.

4 isambert, t. XX, p. 54.

1 Mémoires, janvier 1688, p. 217.

INTRODUCTION

jurer les troubles qu'on redoutait au commencement de la guerre, rendit les biens des fugitifs à leurs plus proches héritiers regnicoles, à condition qu’ils ne pourraient les aliéner pendant cinq ans1. Mais Foucault ne se tint pas pour battu; dix ans plus tard2, il réclamait encore contre la facilité avec laquelle on transmettait les biens des fugitifs à leurs enfants.

La cour ne se départit de son système de relâchement que lorsqu il s’agit des assemblées au désert. En février 16883, il s’en fit plusieurs dans le haut Poitou, aux environs de Saint- Maixent. Les protestants s’y montraient fort exaltés, et provoquèrent l’autorité en avertissant eux-mêmes Foucault, par «un billet non signé,» des assemblées qu’ils allaient tenir. Faute de ministres réguliers, qu’ils appelaient de l’étranger, ils avaient pour prédicant un jeune homme de quinze ans, nommé Magnan, qui leur lisait des psaumes et des sermons. Foucault, ayant pris avec lui ses domestiques et une compagnie de dragons, tomba sur une de ces assemblées, à Grandry. Elle se tenait dans un pré entouré d'un ruisseau et d’une haie, et des hommes armés en gardaient la barrière. Ils voulurent résister et firent feu sur un détachement de dragons qui s’avançait poulies reconnaître. Foucault pénétra aussitôt avec ses dragons et fit tirer sur les révoltés. Il y. en eut sept ou huit de tués ou blessés, et le reste mit bas les armes. On fit une quarantaine de prisonniers, dont six furent pendus, trente et un allèrent aux galères, et deux femmes furent condamnées au fouet. Quant au jeune homme qui avait prêché, on le fit enfermer dans un séminaire pour y être châtié et élevé dans la religion catholique.

Cette prompte répression valut à Foucault les félicitations

1 Isarobert, I. XX, p. 96; Rulhièrc, 1 Mémoires, avril 1699. P Éclaircissements, t. II, p. 1 58. 1 Ibid. p. a 18.

CLXJ!

INTRODUCTION, de Louvois : « Le roi, écrit le ministre, a approuvé la diligence «avec laquelle yous vous êtes porté sur les lieux, et que, s’il « arrive encore que l’on puisse tomber sur de pareilles assem- « blées, l'on ordonne aux dragons de tuer la plus grande partie « des religionnaires qu’ils pourront joindre, sans épargner les «femmes, afin que cela les puisse intimider, et empêcher « d’autres de retomber en semblable faute. » Le roi veut aussi , toujours selon Louvois, qu’on mette une ou deux compagnies de dragons à subsister pendant un mois, « en pure perte, » dans les paroisses où les assemblées ont eu lieu, afin « de faire con- « noitre aux peuples l’intérêt qu’ils ont non-seulement de ne «se pas trouver à de pareilles assemblées, mais encore d’em- « pêcher qu’aucun d’eux n’y assiste, ou, s’ils ne le peuvent pas «faire, d’eu déclarer les coupables et de les arrêter1 *. *

Les assemblées se tenaient sur les confins du Poitou, de l’Angoumois et delà Sain tonge, dans l'espérance que l’action administrative serait moins prompte et moins efficace sur la frontière de trois généralités. Pour remédier à cet inconvénient, Louvois donna un commandement spécial en ces lieux à M. de Saint-Frémont, lieutenant-colonel des dragons de la reine, afin « d’essayer de tomber sur les assemblées qui s’y pourraient «faire3. »

A la fin de 1688, il ne paraît plus d’assemblées; le calme était rentré dans la province , et s’y maintenait par la terrible réputation de l’intendant3. Foucault ne s’occupa plus de la question religieuse que pour disputer à l’évêque de Poitiers la

1 Dépêche de Louvois à Foucault, du i" mors i688t p. 539 ; Mémoires, p. 319.

* Dépêche de Louvois à Foucault, du 26 mats 1688, p. 54o.

1 Cette réputation est attestée par Foucault lui-même, qui raconte par deux fois

( Mémoires , fin 1 685 cl novembre 1688, p. 1/48, 238) que le bruit courut, à Paris, quo les religionnaires l avaient assassine. Aujourd’hui même, le souvenir de Foucault et de sa terrible administration n’est pas éteint en Poitou.

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INTRODUCTION, prérogative d’exhorter la noblesse huguenote à changer de religion et pour demander à Louvois de continuer à entretenir des missionnaires en 1689. C’est alors que des circonstances dont nous avons parlé plus haut le portèrent à demander son changement de l’intendance de Poitiers à celle de Caen.

A Caen , Foucault trouva les choses à peu près dans l’état où il les laissait en Poitou, sauf que les religionnaires étaient moins nombreux en basse Normandie que dans cette dernière province. La besogne des conversions et de la surveillance des nouveaux convertis y fut toujours la même. On y rencontre quelques épisodes intéressants, comme celui de mademoiselle de Brasnay, que l’influence de sa mère faisait toujours retomber dans le calvinisme, mais qui, une fois quelle y fut soustraite, finit, de son plein gré, même un peu malgré Foucault, par se faire carmélite*. Mais toutes les femmes n’offraient pas la même prise à la conversion : en 1703, les filles de Colleville, ancien conseiller au parlement de Rouen, religionnaire zélé, passèrent par-dessus les murs du couvent des Ursulines de Caen, où on les instruisait; • le roi a jugé à propos de faire «mettre le père dans le château de Caen jusqu'à ce qu’il ait « représenté ses filles 3. »

La répression des assemblées occupa Foucault à Caen comme à Poitiers; seulement elles étaient moins considérables en basse Normandie. Quatre cents personnes étaient le maximum des assistants à celles qui se tinrent du côté d’Athis et de Condé-sur-Noireau et qu’il eut à poursuivre en mars 1689. Le jour de Noël 1690, il surprit une assemblée de seize personnes dans une maison particulière; il en fit arrêter six. Le cas était trop peu grave pour l’application rigoureuse des édits qui pu-

1 Mémoire) , novembre i683, p. x3g — 1 Ibid, fin de i6go, p. 171. — J Ibid. p. 35 U-

INTRODUCTION, nissaient de mort ceux qui seraient • surpris faisant des assem- « Idées ou quelque exercice de la R. P. R • Aussi proposa-t-il de les juger aux termes de l'ordonnance, • attendu la consé- « quence, » mais de faire commuer leur peine. C’est ce qui fut fait. Un homme et quatre femmes furent condamnés à être pendus; mais on fil seulement raser et mettre au couvent les femmes et l'homme fut envoyé aux galères. Cependant, selon Foucault, cet homme «qui avoit prêté sa maison, entonnoit « les psaumes et lisoit les prières, inéritoit d’être pendu quand « le roi auroit fait grâce aux autres. » Une aventure toute pareille arriva un an plus tard. Foucault eut à juger une assemblée qui s’était tenue dans une maison particulière à Tinchebray; il condamna le maître de la maison à mort. La peine fut commuée, contre son avis, en celle des galères perpétuelles2.

La guerre renaissant eu 1 68g rendit l’espérance aux religionnaires. Ils pensaient que le prince d’Orangc allait les délivrer et les venger, et Foucault eut à faire le procès à un homme qui avait écrit une lettre en ce sens3. Ce fut bien pis en 169a, après la bataille de la Hougue et l'incendie des vaisseaux échoués qui s’ensuivit. Depuis ce moment, les religionnaires de basse Normandie « montroicut de la mauvaise volonté par leurs dis- « cours et par leurs actions. » Foucault reçut du contrôleur général Pontchartrain l’ordre de les surveiller. Mais il fut en même temps obligé de contenir les catholiques de Caen, qui voulaient les brûler dans leurs maisons, persuadés que le désastreux incendie des vaisseaux n’était arrivé que « par l’intel- «ligence des religionnaires avec les Hollandois et le prince « d’Orange. » En cette occasion , il se montra actif et énergique :

1 Déclaration du 1" juillet 1686, ar- 1 Mémoires, décembre 1691. p. î 79.

ticle 5. Ibid, mars 168g, p. 2/19.

INTRODUCTION, il accourut en toute hâte de la Hougue à Caen pour prévenir ces violences; ses ordres sévères sufïirent à les empêcher, tandis qu’il faisait venir près de lui les principaux rcligionnaires pour les tranquilliser et les assurer de la protection du roi *.

En i6g3, il constata une des grandes difficultés auxquelles la révocation de l’édit de Nantes devait douner lieu : c’est que, les nouveaux convertis ne pratiquant pas exactement les exercices de la religion catholique, les curés refusaient de les marier, et alors ils se faisaient entre eux des promesses de mariage sur la foi desquelles ils vivaient ensemble. « Il en arrivera, dit ■ Foucault , que ces mariages seront déclarés clandestins. C’est «un désordre auquel on n’a point pourvu2.» Ce désordre fut en effet très-grand, et on n’y pourvut qu’un siècle plus tard, par l’édit de tolérance du 19 novembre 1787, dont l’objet principal fut de rendre l’état civil aux protestants3. Nous avons vu aussi une autre conséquence de la révocation : c’est qu’il fut impossible d’établir la juridiction consulaire à Caen, en 1694, par suite de la désertion des marchands, dont la plupart étaient religionnaires.

Après quelques années passées dans le slalu quo, le gouvernement recommença, en 1698, à s’occuper des protestants. Foucault reçut, en octobre, l’ordre de désarmer les nouveaux convertis, à la réserve des gentilshommes. Le i3 décembre suivant parut une déclaration du roi qui reprit de nouveau la question. Rulhière préteud que cet édit, inspiré par le cardinal de Noailles, avait pour but de mettre un terme aux persécutions4. En effet, sauf la confirmation des peines portées contre les assemblées et contre l’exercice de la R. P. R. il ne

1 Mémoires, p. 393. ’ Voy. Rulhière, Èalaircistemen Is, paaim.

' Ibid, avril 1693, p 398. * Ibid. t. II, p. 8a.

contenait aucune mesure coercitive pour forcer les nouveaux convertis à pratiquer la religion catholique. On les obligeait seulement, «par des condamnations d’amendes, môme par de « plus grandes peines, suivant l’exigence des cas1, » à faire baptiser leurs enfants à l’église et à les envoyer au catéchisme. Cependant l’apparition de cet édit ne fut pas sans effrayer les nouveaux convertis: « des esprits inquiets semèrent des bruits « que le roi les contraindroit enfin de fréquenter les églises et « les sacremens. » Un mercier de Caen vendit « toute sa boutique « et ses meubles, jusques à son lit, » pour passer dans les pays étrangers. Foucault le fit arrêter, et s’entendit avec l’évêque de Bayeux afin de rassurer les autres et de « pratiquer les moyens « convenables pour les attirer à l’Eglise par les voies les plus « douces 2. »

Quelques jours après la déclaration du i3 décembre, une autre déclaration , datée du a 9 3, fit un pas de plus dans la même voie. Nous avons vu plus haut que les biens des fugitifs, d’abord confisqués, avaient été rendus, par un édit de décembre 1 689, à leurs héritiers regnicoles. L’édit du 29 décembre 1698 rouvrit les portes de la France aux fugitifs, ainsi qu’à leurs enfants émigrés ou nés à l’étranger, qui voudraient faire abjuration dans les six mois, et leur promit, sous cette condition, la restitution de leurs biens. Foucault écrivit au secrétaire d'état, Cbâteauneuf , pour se plaindre que celte ordonnance, quoique juste en apparence, «produit un grand inconvénient c,par rapport à la religion, la plupart de ceux à qui le roi ac- « corde ces biens étant aussi calvinistes que ceux qui les ont « abandonnés. » 11 demandait qu’au moins on fît une enquête à cet égard, ou mieux encore, qu’on laissât les biens en cco-

1 Art. loet 12. Isambcrt, Anciennes lois * Mémoire*, janvier 169g, p. 327. françaises , t. XX, p. 3i4« * Isambert, I. XX, p. 322.

nomat pendant un an avant de les rendre aux nouveaux héritiers, pour s’assurer d’ici là de la sincérité de leur conversion 11 ne paraît pas qu’on ait eu égard à ces observations. En attendant, les religionnaires ne voulurent pas se soumettre à l'obligation qui leur était imposée par la déclaration du 1 3 décembre précédent, d'envoyer leurs enfants aux instructions religieuses. Foucault mit un des récalcitrants en prison, et fit prendre plusieurs enfants pour les envoyer aux séminaires des nouveaux catholiques2.

Les voies de douceur convenues entre Foucault et l’évêque de Bayeux étaient des conférences qui eurent lieu en décembre 1700, dans l'église Saint- Jean de Caen; l’intendant les ouvrit par un discours qui est joint aux Mémoires3, et dans lequel il engage les réformés à abjurer leurs erreurs, en leur montrant les conversions opérées dans le reste de la France, la volonté bien arrêtée du roi et l'impuissance des gouvernements étrangers à les secourir. Les nouveaux convertis avaient la permission de soumettre leurs doutes à un ecclésiastique chargé de les éclairer. Mais des discussions s’ensuivirent; ceux qui portèrent la parole ne le firent point, suivant Foucault, « dans • l’esprit de chercher la vérité; » ils eurent recours « à des sub- « tilités de l’école pour faire perdre de vue le véritable état de «la question;» ils s’arrêtèrent «à des minuties qui ne vont « point à l’essence de la religion et qui ne peuvent frapper que « des esprits foibles. • Aussi se crut-il obligé, le 6 janvier 1701, de mettre un terme aux discussions par un discours, également joint aux Mémoires 4, dans lequel il ne craignit pas d’aborder les questions théologiques. Les conférences furent changées en simples instructions , après lesquelles les nouveaux

' Mémoirti, 3/1 avril > 6gg , p. 329.

' Ibid. p. 33i.

INTRODUCTION, convertis eurent seulement la permission de proposer leurs doutes en particulier.

Passé celte époque, il n’est plus question des religionnaires dans les Mémoires de Foucault.

Nous voici au terme de cette longue analyse. Nous avons cru qu’il était utile de présenter, réunis en ordre systématique, les faits dispersés au hasard de l'ordre chronologique dans les documents que nous publions. Essayons de les résumer ici en quelques mots qui caractérisent les intendances successives de Foucault. A Montauban, il fut l’homme de Colbert et porta l’ordre dans la police et dans les finances de cette généralité vaste et médiocrement atteinte jusqu’à lui par l’action du pouvoir central ; il y prit part à l’importante affaire de la régale. À Pau, il continua d’abord le même genre d’action et travailla à réformer le parlement de Béarn; mais bientôt l'influence de Louvois, qui s'était déjà fait sentir dans les dernières années de l’intendance de Montauban, l’emporta tout à fait, et Foucault ne s’occupa plus que des conversions ; cette affaire remplit les intendances de Pau et de Poitiers. Elle ne l’absorbe plus exclusivement dans l'intendance de Caen , et il y reprend le train ordiuaire de l’administration. Mais la main de Colbert ne se faisait plus sentir, et Foucault ne fut qu’un instrument passif des expédients financiers qui, à partir de 1690, marquent la fin du règne de Louis XIV. La guerre toucha les côtes de la basse Normandie, et les Mémoires nous font assister au grand désastre de la Hougue. Enfin Foucault vieillit; les dernières années de scs Mémoires s'eu ressentent et perdent progressivement de leur intérêt. Mais dans la partie la plus vivante, de 1674 à 1694 environ, ils nous ont donné un spectacle qu'offrent trop rarement les histoires générales et les mé-

UAXVll

INTRODUCTION, iuoires de cour; ils nous ont montré en relief et au premier plan les choses telles qu’elles se passaient dans la vie ordinaire des provinces et dans le contact immédiat du gouvernement et de l’administration avec le pays. C'est là ce qui leur communique un intérêt si vif et ce qui en fait un monument unique parmi les documents qui éclairent l’histoire du règne de Louis XIV.

DE

DE

NICOLAS-JOSEPII FOUCAULT.

Nicolas Foucault, mon bisaïeul, naquit à Poissy en l’année i55o. 11 décéda à Paris le iw mai i6aG, est inhumé en l’église de Saint- Germain-le-Vicil, où il a fondé un obit. On doit dire des vigiles lejour de la Toussaint, et une grande messe le jour des Morts.

H a eu deux femmes. De la première , nommée Charlotte Charpentier, est issu un fils nommé Claude, qui naquit à Poissy en i 58o, et décéda à Paris le ai septembre 1 6 5 1 , et est aussi inhumé à Saint- Germain-le-Vieil.

De son second mariage, avec Elisabeth Alain, sont issus deux fils, Nicolas et Noël, et plusieurs filles, la dernière desquelles est Elisabeth, religieuse à Maubuisson, où elle est décédée le i3 septembre

De Claude et de Louise Brodier, veuve de Thierry Mignot, sont issus trois enfants: un fils, nommé Joseph, et deux filles, Elisabeth et Geneviève; le mariage de Claude est du 3o mai 1607; sa femme est morte le 1 4 septembre 1617, inhumée à Saint-Germain.

Joseph est né le vendredi a juin 1 6 1 3 , et baptisé en l’église Saint-

Germain-le-Vieil par M. de Mesnil, conseiller au Parlement et curé de ladite paroisse.

Mon père aimoit tendrement Louise Mignot , sa sueur, lille du premier lit de Louise Brodier sa mère, qui, suivant ce qu’il en dit dans les mémoires de sa vie, étoit une fille accomplie en beauté et en mérite.

Marie Métezeau, ma mère, fille de Clément Métezeau, intendant des bâtimens du roi, inventeur de la digue de la Rochelle, et de Jeanne Maillard, est née le 10 janvier iGat, et baptisée dans la paroisse de Saint-Paul.

Le G février i64i , mon père a épousé ma mère; elle est décédée le 4 novembre 1670, après avoir eu huit enfans.

Claude Foucault, mon aïeul, a été pourvu, en 161 3, de la charge de grand maréchal féodal de l’abbaye de Saint-Denis1, dont il avoit traité avec Isaac Mahaull, par M. l'abbé de Lorraine, abbé de Saint- Denis. Cet oflice est un fief héréditaire auquel sont attribués plusieurs droits. Il assiste à la procession et au service le jour de Saint-Denis, et tient de la main gauche un côté de la chappe de l’abbé, et de la droite un bâton orné de diamans. Il avoit autrefois un pain et demi par jour, six-vingts boisseaux d’avoine par an, trois cliopincs de vin, mesure de Saint-Denis, par jour, et plusieurs autres rétributions; mais, par non-usage pendant les guerres, ces droits se sont perdus, et les abbés et religieux s’en sont emparés.

Claude Foucault, mon aïeul, ayant résigné cet office entre les mains de M. le prince de Conti , abbé de Saint-Denis, lors prisonnier à Vincenncs2, en faveur de Joseph Foucault, mon père, en 16Ô0,

1 V. Du Cangc, v* Marescallus abbatis.

' Armand de Bourbon, prince de Conli, second fils d'Henri de Bourbon , prince de Coudé , avait Ole destiné , dans sa jeunesse . à l'état ecclésiastique . et eut, en iGâa, les abbayes de Saint-Denis, do (duos . de Lérins et de Molémc. Après la mort de son père, en i646, il renonça à l'église, prit

part aux guerres de la F ronde , et devint généralissime de l'année opposée a celle que le prince de Condé . son frère ainé , commandait pour la reine et Mazarin. Ils se réunirent ensuite contre le cardinal, et furent arrêtés au Palais-Boyal avec le duc de Longueville, leur beau-frère. et emprisonnés à Vincriines , puis à Vlarcoussis et

DE NICOLAS-JOSEPH FOUCAULT M. le prince de Conti lui eu a accordé des provisions et y a ajouté la survivance en ma faveur. J’y ai été reçu le 1 4 juillet 1 65 1 .

Mon père a vendu cet office it M. l’abbé Faure , le i 7 novembre

II a été supprimé lors de l’union de la manse abbatiale de l'abbaye de Saint-Denis à la maison de Saint-Cyr1.

Le 1 7 novembre 1 64 1 , ma mèTC est accouchée de son premier enfant, qui fut une fille, nommée Claude, neuf mois huit jours après que mon père l’eut épousée.

Le 8 janvier i643, je suis venu au monde sur les quatre heures du matin, jour auquel il fit des vents extraordinaires. Ma mère fut en travail pendant trois heures. J'ai été baptisé à Saint-Eustaclie le ta janvier, et ai eu pour parrain Claude Foucault, mon grand-pcre, et pour marraine Poncette Maillard, femme de M. llcsneau, tante de ma mère. J’ai été nommé Nicolas. — Vid. le mémoire écrit de la main de M. Polard, le registre de mon père et autres mémoires.

J’ai eu trois nourrices et deux fois la petite vérole; la deuxième, à dix-huit mois , fort violente. J’étois d’une complexion fort délicate.

J’ai appris à lire, avant sept ans, du sieur Tessier, prêtre de Saint- Eustache , et ensuite du sieur Chenu , prébendier de Saint-Germainl’Auxerrois, qui avoit enseigné la philosophie à mon père, lequel m’enseigna aussi à écrire et la grammaire.

Le 22 août i646, ma mère est accouchée d’une fille, nommée Marie Elisabeth. Elle mourut malheureusement quelques jours après par la faute de sa nourrice, et a été enterrée dans l’église de Verrières.

Le 4 mai ■ 648 , ma mère est accouchée d’une iillc, qui fut nommée

au Havrc-de-Grâc«. Ils sortirent de cette 1 Vroy. H ist. de la maison royale de Sainl-

dernière prison le i3 février »65i. Le Cyr, par Tli. Lavallée. Pari», Fume, 1 853 . prince de Conti ne se démit de ses abbayes p. 106 à 109.

qu'en s 654-

'i MÉMOIRES

Marie-Anne, baptisée à Saint-Eustache. Elle a épousé M. Petit de Villeneuve, conseiller en la cour des aides.

Le 1 8 février 1 65a , j’ai été mis pensionnaire au collège de Lisieux, au sortir des mains de M. Chenu, mon précepteur, chez le P. Mezière, rcgent de sixième, où je demeurai jusqu’au mois d’octobre de la même année, que j’en fus retiré et mis chez le sieur Savary, qui tenoit des pensionnaires, dans la rue Bourtibourg, pendant les guerres civiles, et qui, ensuite , retourna au village dePicpus, où il demeurait auparavant. J’en sortis à la Saint-Remy i655, pour aller au collège de Clermont, où j’entrai en cinquième. Je fus plusieurs fois empereur1, et remportai le troisième prix de prose sous le P. Barbereau, sous lequel j'achevai mes humanités. J’ai été plusieurs fois empereur, et remportai des prix dans toutes mes classes. J’eus le premier prix de prose en troisième et fus de la tragédie. En 1669, j’entrai en rhétorique sous les PP. Dozennc et Davouy. Mon père me retira , en 1660, du college des Jésuites, et m’envoya en celui de Navarre, faire ma philosophie sous M. Léger. J’y soutins une thèse latine à la fin de l’année de logique , et devois soutenir un acte à la fin des deux années et le dédier à M. Colbert; mais je tombai malade d’une fièvre qui m’en empêcha. Ayant achevé ma philosophie, je pris le degré de maître ès arts2 et étudiai en théologie pendant l’année 1 663 , sous les PP. Guichard, grand maître de Navarre, et du Saussoy.

Sur la fin de i664J, je quittai la théologie pour étudier en droit,

1 On appelait, dans les collège», empereur d'Oricnt el empereur d'Occident les élève» qui avaient les deux premières places de la classe.

’ Le degré de maitre ès arts était le début des grades universitaires. On le conférait a la suite de la thèse de philosophie.

’ Foucault commet ici une erreur de

date Plus loin , il nous apprend lui-inéiue que ce fut en i663, au mois d'aoùt. qu'il finit sa théologie. O11 doit donc lire ici ■ 663 au lieu de i664. et, dans la phrase suivante, 1 66a au lieu de i665. Il est impossible de douter de celle rectilication , lorsque, plus loin, on voit Foucault plaider au Parlement dès le commencement de i663.

et allai, en 166 5, prendre des licences à Orléans. Je continuai ensuite l’élude du droit, ayant le P. du Quesnoy pour répétiteur, et ensuite le P. de Marviile, célèbre professeur de l’université de Valence. Etant venu à Paris pour un procès, mon père l'y retint et il demeura auprès de moi pendant six mois.

Je fus reçu avocat au parlement de Paris, où je fus présenté au serment par M. de Gomont, célèbre avocat, et reçu par M. le premier président de Lamoignon.

Clément Métezeau, père de ma mère, est décédé le a 8 novembre i65a, et a été inhumé à Saint- Paul, lieu de la sépulture de ses pères.

En i65a, Joseph, mon frère puîné, mourut de la petite vérole. Il naquit le 5 octobre 1849, et fut baptisé à Saint-Eustache. 11 est inhumé à Saint-Gcrmain-le-Vieil, près de son grand-père.

Au mois de juin i653, mon père a été pourvu d'une charge de secrétaire du roi*.

Le a o août, j’ai été confirmé et tonsuré1, dans l’église de Saint- Germain-l’Auxerrois, par M. de Gelas, évêque de Valence’, auquel Jean-François de Gondi, archevêque de Paris, en avoit donné le pouvoir, et le nom de Joseph a été ajouté à celui de Nicolas, qui est mon nom de baptême.

Le 8 février 1 654 . nia mère accoucha d’un troisième garçon nommé Joseph. Il a été élevé chez M. Savary, à Picpus. H est mort le aâ janvier i664, et a été inhumé à Saint-Germain-lc-Vieil.

1 Le 19 juin, selon La Chesnaye des Bois. C'était un office attaché aux chancelleries des cours souveraines, pour signer leurs acLcs. Foucault père devint plus tard secrétaire du Conseil d'état.

1 La tonsure était l'entrée dans les ordres

ecclésiastiques. Il n’en fallait pas davantage pour être capable de jouir d’un bénéfice. On pouvait la recevoir dès 1 age de sept ans.

3 Charles-Jacques de Gelas de Lebcron , évêque de Valence en i6a4, mort en 1 6S4 -

Marie Jassaud, ma femme, est née le t4 juin i655. Elle est fille de Nicolas Jassaud, maître des requêtes, et de Marie de Flandres.

Le 20 août i655, ma mère est accouchée d’une fille qui a été nommée Anne. Elle a fait profession dans l’abbaye de Jarcy le 9 janvier 1674. Je lui ai donné en mon nom îoo** de pension viagère. Le roi l’a nommée à l’abbaye de Jarcy, par la mort de Claude, sa soeur aînée, le 19 décembre 1675.

Le 24 février i658, mon père a eu un brevet de conseiller d'étal et a prêté le serment accoutume.

Madame Desnos, ma tante, est morte le 1 3 janvier 1609.

Le 26 avril 1659, Claude Foucault, ma sœur aînée, a fait profession de religieuse dans le monastère de l’Assomption, dit des Haudriettes5, et, par le contrat de dotation dudit jour, il a été stipulé de donner io,ooott, savoir : 6,oooH argent comptant et 2oott de rente racbelable de 4,oooH.

Le même jour, il a été passé un acte par-devant les mêmes notaires entre les mêmes parties, par lequel les io,oooH ont été réduits à 8,ooott, dont 4,ooott comptant et 4>oooH faisant le principal de 2O0h de rente, lesquels 200H ont été rachetés audit monastère de l’Assomption, moyennant 4,oooH, le 22 août 1679.

Le 2 mai 1673, les religieuses de l’Assomption ont consenti , par un acte devant notaire, que les 200** de pension fussent payés à l’abbesse de Jarcy, sa vie durant.

' Jarcy ou Gercy en Brie, près Brie- Comte- Robert, abbaye de femmes de l'ordre de Saint-Augustin. (Voy. Gallia cftnsimnu , t. VII, col. Ga3, sqq.)

* HJptfùtion. ■ Claude Foucault, ma sœur « aînée , a fait profession de religieuse dan» «le monastère de l'Assomption, dit des « Haudriettes , le 7 avril 1 659. *

Le io mars 1673, Claude Foucault a été nommée, par le roi, abbesse de Jarcy, sur la démission de Françoise de Péréfixe de Beaumont1 * * *, abbesse de ladite abbaye, à la réserve de i,5ooM de pension. Le brevet est signé Arnault de Pomponne.

Le a 3 juillet 1661, j’ai soutenu une thèse de logique et de morale au collège de Navarre, sous M. Léger, professeur de philosophie dans ledit collège, dédiée à Saint-Sébastien.

M. l'abbé de Crusy-Clermont, mort évêque de Fréjus5, soutint la même thèse et répondit alternativement avec moi.

Le a 4 février, le général des cordeliers a envoyé à mon père des lettres de confraternité et d'association aux suffrages et prières de l’ordre.

Le 1 n août, mes lettres d'écolier juré5 m’ont été expédiées par M. Tavernier, recteur de l’Université.

Le 3 4 octobre 1663, ma mère est accouchée d’une cinquième fille, qui a été nommée Catherine-Angélique. Elle a été élevée à Maubuisson, d’où elle n passé à Jarcy. Elle a épousé M. d’Avaray*.

Le 3o juillet, M. du Saussoy, professeur en théologie du collège de Navarre, ,m’a donné un certificat d’étude en théologie depuis la Saint-Rcmy 166a jusqu’au mois d’août i663, ayant pris le traité de l'Incarnation.

1 Françoise de Beaumont de Péréfixe,

sœur de Hardoin de Péréfixe . archevêque de Paris . ancien précepteur de Louis XIV.

* Antoine-Benoit de Clermont-Crus) , évêque de Fréjus, sacré en 1676, mort en

1 On appelait écolier juré celui qui avait étudié cinq ans à l’université de Paris et

qui en avait lettres et certificat du recteur.

‘ Catherine-Angélique Foucault épousa , le 6 novembre 1 6g 1 , Claude-Théophile de Béxiade. marquis d’Avaray, qui devint lieutenant général des armées du roi , ambassadeur en Suisse, chevalier de l'ordre du Saint-Esprit, et mourut le 6 avril 174b. Elle mourut le 28 avril 1728

Le 3o septembre ont été expédiées mes lettres de licencié en droit canon et civil dans l’université d'Orléans.

Le 26 novembre, j’ai été reçu avocat au parlement de Paris, présenté par M. de Gomont, ancien et célèbre avocat.

Le 3o mars, j'ai plaidé une cause à la Tournelle, pour Le Vasseur père, intervenant dans le procès intenté par son fils contre Marguerite Muloté, sa femme. L’arrêt a évoqué le principal, ordonné que les accusés se représentassent en état d’ajournement personnel pour subir l’interrogatoire, et que la Muloté sera tirée de l’abbaye de Sainte-Périne et mise en une maison d'honneur pour y demeurer pendant l’instruction du procès, et qu’elle sera visitée par médecins, chirurgiens et matrones qui dresseront procès-verbal de sa grossesse.

Le 3o mars 1 665, j’ai plaidé une cause en la grand’chambre, pour les enfans de Rose Brussac, parties intervenantes dans la cause de ladite de Brussac, se prétendant femme de feu M.le duc de Noailles, et M. le duc de Noailles, son fils; par l’arrêt, sur la demande de Rose de Brussac et sur l’intervention des enfans, les parties ont été mises bors de cour, et néanmoins, pour certaines considérations, la cour a adjugé 3o,ooott aux enfans3.

Le 1 7 juillet, j’ai plaidé une cause à la Tournelle , pour Charlotte

* Il faul nécessairement supposer que les deux alinéa qui suivent se sont passés en i664» et que Foucault a simplement oublié de noter l'année; car on a vu plus haut qu'en 1 663 il étudiait, non pas en droit, mais en théologie.

* 11 faul éclaircir ce que cette exposition offre d'obscur. François, deuxième du nom, seigneur de Noailles, comte d'Ayen, etc. était mort en iG43. Son fils, Anne, obtint, en i663. l'érection du

comté d'Ayen en duché-pairie. D’après l'Histoire généalogique et chronologique des pairs de F rance , parle P. Anselme ( t. IV. p. 79b), «François, deuxième du nom,

• comte de Noailles , eut cinq enfants , troi'

• garçons et deux filles, d'une demoiselle

• du Limosin , laquelle , après sa mort , se

• voulut dire sa veuve et ses enfants légi

• limes; mois elle perdit son procès, par «arrêt du parlement de Paris du 30 mars

Dieupart, femme de Pierre Bouloche, appelante comme d’abus de la célébration de son mariage. Il y avoit beaucoup d’incidens criminels dans ce procès. L’arrêt ordonne plusieurs décrets et appoints sur l’appellation comme d’abus.

Le ao août, j’ai plaidé une cause aux requêtes du Palais, pour Augustin Grandin et Antoinette Grandin, sa fille, contre Pierre Rousseau, garde du corps, qui demandoit ao,oooHde dommages et intérêts procédans de l’inexécution des articles de mariage arrêtes entre les parties, ensemble la restitution d’un diamant et de la bourse, or et argent que ledit Rousseau avoit ci-devant donnés h ladite Grandin. Sur ces demandes, la cour a ordonné la restitution du diamant, de la bourse, et de l'or et de l’argent, et a condamné Augustin Grandin et sa fille à payer i,oooH à Rousseau, pour tous dommages et intérêts, sans dépens entre les parties.

Le roi ayant établi des commissaires pour travailler à la réformation de la justice1, M. Colbert me fit nommer, par le roi, secrétaire de cette commission, aux appointemeos de 4,ooott par an. Mon père les a toujours touchés. Lorsque j’ai été avocat général du grand conseil, j’ai eu voix délibérative dans cette commission. Cette commission a fini.

Le 3o août, M. Deffita m’a vendu sa charge de procureur du roi des requêtes de l’hôtel1, moyennant 5o,ooo 11 que mon père lui a payés au moyen d’une rente de 3,5oo" due par M. de Bellièvre, dont il a fait transport audit sieur Deffita, par contrat du 1 7 septembre 1666.

1 Sur cette commission , dont le travail aboutit à l'ordonnance civile d'avril 1667, voy. Chéruel, Histoire de V administration monarchique en F rance , t. II, p. a54 et suiv.

* Les requêtes de l'hôtel du roi constituaient une juridiction royale exercée par les maîtres des requêtes, et connaissant

de certaines affaires privilégiées qui lui étaient attribuées par les ordonnance».

Une de ces attributions était tout ce qui concernait les sceaux de grande et de petite chancellerie; c’est pourquoi le procureur du roi des requêtes de l'Iiôtel était en même temps procureur général de»

chancelleries du royaume.

Loret, dans sa gazelle en vers de i(566, a fait mention de ma ré. ception dans celle charge1.

Le 1 " septembre , j’ai été pourvu de la charge de procureur du roi des requêtes de l’iiôtel ès causes qui s’y traitent à l’ordinaire, de procureur général ès causes qui s’y traitent au souverain , et de procureur général en la chancellerie de France et en toutes les autres chancelleries du royaume, sur la résignation de M. Deffita, auquel le roi donna, par le crédit de M. Colbert et la recommandation de mon père, la charge de lieutenant criminel, vacante par la mort de M. Tardieu, qui fut tué et sa femme, par des voleurs5, le jour de Saint- Barthélcmi 1666, pour la somme de ioo.ooo11, quoiqu’elle valût aoo,oooH, à condition qu’il me laisscroit celle de procureur général des requêtes de l’hôtel pour 5o,oooH, quoiqu’il en eût refusé 8o,oooH.

1 Loret ne rédigeait plus la Muse historique en 1666. Il avait pour successeur un certain Mayolas de la Gravettc, auquel un autre poêle journaliste, nommé Charles Robinet, se mit k faire concurrence sous le pseudonyme de Du Lorens*. Tous deux parlent de la réception de Foucault Voici d’abord les vers de Mayolas de la Gravetle :

Monsieur Foucault, très-éclairé ,

Au* bonnes choses préparé,

Avocat rempli d'éloquence.

Dont le génie et la science Font qu’il agit bien prudemment,

Adroitement et justement.

Est aussi choisi pour la charge Que vous trouverei A la marge**;

Et je jure en cet entretien Qu’il s’en acquittera fort bien,

Et qu'il imitera son père Que maint bel esprit considère Pour sa personne et pour l’emploi

* Nous devons ces renseignements à l'obligeance de M. Bavenel, conservateur des imprimé*, à la Bibliothèque impériale.

** En marge : «procureur du ruy an* requesles de fhostel. *

À M. De (Ti ta.

Qu'il a receu de nostre roy.

Pour, dans la chambre de justice ,

De greffier y faire l'oflice.

Qu’il fait valoir fidèlement.

Depuis son estabiissement.

( .Va** Ai«fa>rtç«4 . da 4 »rpUmbr* 1666, b«U. S«int<*-G»er«iè*e. )

Voici les vers de Robinet :

Un autre habile personnage .

Éclairé, vigilant et sage.

Et qui harangue comme il iaut (Cesl monsieur l'avocat Foucault .

Dont le mérite est ample et large) .

Lui succède*** dedans sa charge ,

Qu’il exercera bien, je croy.

Sçavoir de procureur du roy .

Charge que Ton fait aux requestos .

Où se trouvent de bonnes testes.

( üiceitts à* t/m l*n »*. Irltr* *«r» «U it **ji-

tembre i066, BiM. toip- L 5©o, !.. |

s Boileau n parlé de Tardieu et de sa mort, satire x, v. a5o et suiv.

Ji

J’ai été reçu clans celle charge sans examen, messieurs les maîtres des requêtes , président M. de Bercy, doyen des doyens, m’en ayant dispensé, les quatre quartiers assemblés, le 3 septembre.

Le 4 septembre, j’ai été installe par M. Foullé, maître des requêtes, tenant le sceau dans la chancellerie du Palais, en qualité de procureur général des chancelleries du royaume'. Il me fit prendre place à sa droite, sur un siège à dos, après que les lettres eurent été enregistrées par l’audiencier, le garde-rôle ayant dit, après la lecture, qu’il croyoit qu’elles dévoient être enregistrées auparavant à la grande chancellerie, nonobstant quoi on passa outre.

Par arrêt du Conseil d’état, Sa Majesté y étant, donné à Vincennes le 1er septembre 1666, il a été ordonné que la qualité de procureur général ès causes et procès dont la connoissance appartient aux maîtres des requêtes comme juges souverains, ensemble celle de procureur général en la chancellerie de France et en toutes les chancelleries du royaume , sera employée dans les provisions de la charge qui seront expédiées au profit du sieur Foucault, conjointement avec la qualité de procureur du roi pour les affaires ordinaires, sur lequel arrêt lettres patentes ont été expédiées en forme d’édit-nu mois de septembre 1666, registrées aux registres de l’hôtel le 3 septembre.

Le 3 septembre 1 666 , après avoir rendu visite à M. de Montmort, doyen des quatre quartiers et des maîtres des requêtes de quartier, j’ai pris occasion que tous les quartiers étoient assemblés pour mie affaire qui les concernoit. M. Foullé présenta mes lettres de provision et un arrêt du conseil qui confirmoit le pourvoi en la charge de procureur général du roi aux requêtes de l’hôtel, en la possession et jouissance des droits, prérogative et séance de la charge de procureur général des chancelleries de France, dont la qualité avoit été omise dans les provisions de ceux qui l’avoient possédée ci-devant. U se forma quelque difficulté sur le mol d’inspection qui se trouve dans l’arrêt, par lequel il étoitdit, • pour avoir inspection sur ce qui concerne le sceau, » M. d’Ormesson et quelques autres de MM. les maîtres des requêtes

1 Yoy. plus haut note 2 , p 9.

en ayant demandé l’explication, et sur la séance, pour savoir quelle elle seroit; l’un et l’autre fut réglé, et l’on me fit prêter le serment, après m'avoir dispensé de l’interrogatoire, parce que j’avois plaidé.

Le a o septembre, il m’a été expédié une commission de procureur général de la recherche de la noblesse1 *, pour toutes les provinces du royaume, à l’exception de Paris, aux appointemens de 1 ,5ooH.

Incontinent après que j’ai eu la commission de procureur général delà recherche de la noblesse, du 20 de septembre 16G6, M. Chapellier, ancien avocat général de la cour des aides de Paris, a trouvé bon que j’allasse travailler chez lui à l’examen des productions des assignés pour représenter leurs titres, et a prié M. Charruau, son ancien substitut, de venir travailler avec nous. Je lui ai donné 1 ,oooH par an, ce qui a duré jusqu’au dernier décembre i66y.

Le 10 octobre 1666, M. le chancelier Séguier m’a expédié des lettres de conseiller d’état’, et j’ai prêté le serment entre ses mains, étant procureur général des requêtes de l’hôtel.

Le ... . 1 666, j’ai été commis procureur du roi dans la recherche de ceux qui ont bâti des maisons dans les faubourgs de Paris au delà des bornes prescrites par la déclaration de 1 644 3-

Le 20 février, il m’a été expédié des lettres de maître ès arts dans l’université de Paris, qui dévoient être datées du 5 août 1 662 , que j’ai pris le bonnet de maître ès arts.

1 Un arrêt du conseil du 12 mars 1666

avait ordonné de rechercher les usurpateurs des titres de noblesse. Les commissaire* départis en étaient chargés dans les provinces, et ils devaient soumettre le résultat de leur examen à une commission établie À la suite du conseil du roi. C'est devant cette commission que Foucault fut nommé procureur général.

' C’était un litre purement honorifique et ne donnant aucune entrée au conseil.

On appelait ceux qui en étaient jkhji vus conseillers <i brevet.

3 Cette recherche avait lieu en vertu de Y édit du toisé , du 1 5 mars 1 646 (Isambert , Ane. lois Jrançuiscs , 1. XYrII, p. 38) , ordonnance qui avait soulevé des troubles à sou apparition, et que l'on peut considérer comme une des causes de la Fronde. (Voj. Sainte-Aulaire , Hist. de la Fronde, I. 1 p. t46.)

Le 1 7 novembre 1 667, le roi m’a accordé une pension de 1 ,200", à prendre sur le domaine, pour en jouir tant que je serai procureur général des requêtes de l’hôtel.

Les épices de la charge de procureur général des requêtes de l’hôtel ont monté, année commune, pour les conclusions, à i,3oo", dont il en a été payé le tiers à M. du Tillet, avocat du roi, auquel, en cette qualité, il est dû.

Le a avril 1668, Marianne Foucault a été mariée à M. Petit de Villeneuve, conseiller à la cour des aides.

Au mois d’avril, mon père a mis la première pierre du bâtiment que les religieuses de Popincourt ont fait construire.

E11 1669, Poncctte Maillard, veuve de M. Resneau, tante de ma mère, est décédée. Madame Baudouin, ma tante, et ma mère, sa sœur, ont été ses légataires universelles; elle m’a légué 6,000" que mon père a reçus. Us ont été employés à l'acquisition des livres de M. Dubois, avocat au grand conseil, que j'ai payés.

Au mois de juillet, il a été publié un édit portant règlement de l’égc requis pour entrer dans les charges de judicature , des parentés et alliances des officiers, et pour la fixation des prix des charges1. Cet édit a été dressé par mon père, et M. le premier président de Lamoignon en faisoit tant de cas qu’il le regardoit comme l’édit le mieux dressé qui eut été porté au parlement depuis un siècle.

Mon père a été commis à l’exercice de la charge de secrétaire du conseil, saisie et décrétée sur le sieur Catelan, en la chamhrc de justice; la commission est du 7 janvier 1670.

1 Cet édit est du mois d'août 1669. (Voy. Uanibert, Am:. lois fronçais os, l. XV11I. p. 3*5.)

Le. . . janvier 1670, M. Langlois, avocat, m’a prêté 3,5ooHque je lui ai rendus.

Le 3o mai 1670, fête du Saint-Sacrement, j’ai porté le dais à la procession de la paroisse de Saint-Eustache. Il m’en a coûté 8ow pour l’olTrande, présent à l'œuvre, quêteuse et menus frais.

Le 1 5 juin 1 670 , il a été passé, entre mon père, ma mère et moi, un acte sous seing privé, en forme de compte, par lequel mon père a reconnu qu’il avoit touché, depuis le mois de septembre 1 666, tant sur mes gages de ma charge de procureur général des requêtes de l’hôtel que des pensions et appointemcns des commissions extraordinaires que j’ai exercées, particulièrement de procureur général de la recherche de la noblesse et de secrétaire de la réformation de la justice, ensemble des 6,oooHqui m’ont été légués par madame Resneau, lesquelles sommes touchées par mon père se sont trouvées monter à 5o,oooH, et, pour en demeurer quitte par mon père et par ma mère, ils m’ont, de leur part, tenu quitte des 5o,oooH qu’ils ont payés à M. Deflita pour le prix de la charge de procureur général aux requêtes de l’hôtel.

Cet acte, fait double, a été reconnu par-devant notaire, par toutes les parties, le 22 octobre 1670; et, le 1 j ami 1674, j’ai déposé celui que j’avois entre les mains chez Beauvais, notaire.

1 ,e 2 4 octobre 1670, Marie Métezeau, ma mère , a fait son testament , par lequel elle veut que ses obsèques soient modestes, et en laisse la disposition, aussi bien que des prières, à mon père. Elle donne à Claude Foucault, son ainée, religieuse a l’Assomption, une pension viagère de i5oM; elle donne une croix de diamans de 4,ooow à madame de Villeneuve; à Anne, seconde fdle, une croix de 1,000", et à Angélique, troisième fdle, une pareille croix de t,oooH. Elle fait encore quelques autres legs particuliers à scs amis. Elle se rapporte à son mari de la récompense de ses domestiques; et, après les legs acquittés, elle veut que sa succession soit partagée en six parts, dont j'en prendrai trois, et, en cas que les trois autres enfants aimassent mieux retenir les quatre quints des propres que de prendre les trois autres

portions, en ce cas elle me fait son légataire universel et me donne généralement tout ce quelle peut me donner par la coutume1. Elle fait mon père son exécuteur testamentaire.

Ma mère est morte le 4 novembre 1670, à quatre heures du soir; les frais funéraires montent à 4,275** i5’.

Le 3o mars 1671, j’ai obtenu des lettres d’induit’ sur l’abbaye de Saint-Martin de Pontoise, en faveur du sieur Croste , en qualité de procureur général des requêtes de l’hôtel.

Le a3 avril 1671, j’ai été pourvu de la charge d’avocat général du grand conseil3, sur la résignation de M. de Marillac; elles ont été registrées au grand conseil le 6 mai, et j’y ai été reçu et prêté le serinent sans subir l’interrogatoire.

J’ai acheté cette charge 97,000**, par contrat du 25 mars 1 67 1 . Le contrat est quittancé à commencer la jouissance le iCT avril 1671, aux gages de i,5oo** et de 4oo** de pension.

Le 22 avril, il m’a été expédié des lettres de dispense d’âge: il falloit avoir trente ans et je n’en avois que vingt-huit.

J’ai continué la fonction de procureur général de la recherche de la noblesse depuis que j'ai été reçu avocat général au grand conseil et ai eu voix délibérative dans la commission de la réformation de la justice.

' Four l’intelligence de ce tellement, qui soulevait une des questions controversées de U coutume de Paris, voy. la coutume, art. 290, Claude de Ferricre sur cet article, gl. 1, n" as et suiv. et Ricard, Traité du donations. 3’ partie, n*’ io56. io63 cl îàôo.

' L'induit était un privilège accordé aux officiers de haute judicature, pour requérir, sur un évêché ou sur une abbaye.

un bénéfice vacant , |>our eux-mêmes , s'ils étaient capables de le recevoir, ou pour un tiers qu'ils désignaient.

1 11 y avait au grand conseil deux avocats généraux qui servaient par semestre. Sur cette cour souveraine, qui faisait originairement partie duConscil d élai .et en fut détachée par Charles VIII, dans son ordonnance du 3 août 1 497, voy. Chéruel . llùt. de fadmin. mon. en France, 1. 1 , p. 1 29 et 346.

Le grand conseil ayant été complimenter le roi sur ses conquêtes, j’ai porté la parole pour le parquet1.

Le i "janvier, j’ai passé ma procuration ad resignandum de la charge de procureur général des requêtes de l’hôtel à M. Maboul, en exécution du traité fait avec lui de ladite charge, moyennant 78,000", dont il s’est obligé de payer 38, 000" comptant. Le même jour, je lui ai rendu les provisions en main.

Le 38 février, j'ai acheté le Traclatas Iractataum, en vingt-huit volumes1, 5âo", des sieurs Guignard et Villiers, libraires; il contient un grand nombre de petits traités particuliers dont plusieurs sont devenus très-rares. Ce recueil a été fait par l’ordre du pape Grégoire XIII, et a été imprimé à Venise en t584-

Le ao octobre 167a, le roi m’a accordé des lettres patentes portant établissement d’une pension de 600 ", à prendre sur le fonds du revenant-bon des gages des officiers du grand conseil; cette pension m’a été donnée en qualité d’avocat général du grand conseil.

Le 2 3 novembre 1672, les lettres ont été registrées à la chambre des comptes.

Je n’ai été payé des appointemens des commissions de la réformation de la justice et de la recherche de la noblesse que jusqu’en 1 673.

1 Foucault se trompe ici de deux un.

Ce n'est pas en l'an 1671, mais en 1 673 . qu'eut lieu cette cérémonie. Voici le passage de la Gazette de 1673 qui s'y rapporte:

s Le ao (octobre 1673) le grand con-

• seil vint féliciter Sa Majesté sur son heu-

• reux retour, étant présenté par le mar- «qui* de Seignelay, secrétaire d'état. Le

• président Barentin, qui portoit la parole

• pour cette compagnie, lit un très-beau

• discours, et le sieur Foucault, qui en est

• avocat général, un compliment qui fut

• des mieux reçu de Sa Majesté, ctapplaudi < de toutes les personnes de qualité pré-

• sentes à celte action. ■

* Cet ouvrage, cité le plus souvent comme Foucault le nomme, a pour litre exact : Trac talus unirem juris in a/mm congesti , XVJll materias VA' V voluminibus camprchendentes . curante F. Ziletto, Venet. i58b, in-f*. C'est par erreur que Foucault lui attribue vingt-huit volumes au lieu de vingt-six, tables comprises.

Le 6 janvier 1673, mon père a payé à M. de Villeneuve 5, 000" sur les 10,000*' qu’il s’étoit obligé de lui payer par son contrat de mariage, lorsqu’il passeroit à une charge plus considérable que celle de conseiller de la cour des aides, dans laquelle cependant ledit sieur de Villeneuve est mort.

Le . . mars 1673, mon père a acheté la charge de secrétaire du conseil 3oo,ooo**, dont le roi lui a donné 5o,ooo" et fait remise de la première année du droit annuel montant à i,888M 18*.

Les gages sont de 14,070", gages de conseiller d’étal i,5oo", acquit patent1 pour les expéditions du roi 3, 000", sept minotset demi de sel. Les droits de ces charges étoient autrefois considérables; ils ont été réduits â 10" par arrêt et 6" par commission. La qualité de conseiller d'état est attribuée à ces charges.

Le 1 o mars 1673, Claude Foucault, ma sœur aînée, a été pourvue de l’abbaye royale de Jarcy-cn-Brie, sur la résignation de madame de Beaumont, à la charge de i,5oo" de pension viagère.

Ma sœur est morte le 17 décembre 1675, et Anne Foucault, sa sœur, a été pourvue de la même abbaye, n’ayant que vingt et un ans.

Le roi, par sa déclaration du (3o novembre 1673)®, s’étant relâché de la rigueur de l’ordonnance du qui règle l’âge

et le temps de service pour parvenir aux charges de judicalure, moyennant la finance qui seroit réglée, j’ai consigné aux parties

1 Les acquits patents étaient des ordres ou mandements du roi pour faire payer comptant par ses trésoriers une certaine somme. On les nommait ainsi parce qu'ils étaient expédiés en parchemin à la grande chancellerie sous forme de lettres patentes.

* 1 sam ber t, Ane . lois françaises , t. XIX,

p. 121; règlement dans lequel le roi, par des considérations surtout fiscales , sc relâche de la rigueur des édits de i665.

août 1669 et février .167 a , sur l’âge requis pour entrer dans les charges de judicalure. C'était trente-sept ans pour les maîtres des requêtes, et Foucault n'avait que trente et un ans en 1674.

casuelles 1 1 5o,oooH pour une charge de maître des requêtes, suivant la fixation, et 1 6,938 de dispenses, savoir : cinq années et quelques jours d’àgc, n’ayant pour lors que trente et un ans, pour sept années cinq mois et quelques jours de service qui me manquoient, à raison de 2,000 '* pour chaque année de manque. On m’a tenu compte des quatre années de service de procureur général des requêtes de l’hôtel.

Depuis cette consignation, le roi a créé huit charges de maître des requêtes par son édit du mois de janvier 1674, qui sont demeurées aux revenus casuels sans être levées, jusques au i5 février, que M. Colhert ht entendre à mon père qu’il se présentoit une occasion favorable d’établissement pour moi, qui étoit de prendre une desdites huit charges de maître des requêtes, qu’il me feroit nommer à une intendance, de trois qui vaquoient, à mon choix; mon père m’envoya chercher au grand conseil et me ht cette proposition, que j’acceptai. Le soir même, mes provisions furent portées à Versailles pour être scellées. Mon père y apprit que MM. de Ménars, Bercy et Morant avoient demandé trois de ces charges et avoient été agréés; M. de Villeneuve, conseiller à la cour des aides, mon beau-frère, refusa d’en prendre une.

Deux jours après, M. Colbert me présenta au roi. Je lui dis que je venois l’assurer de mes respects et de ma fidélité à son service. Il me répondit qu’il étoit bien aise que je prisse une des nouvelles charges, étant persuadé que je le servirois bien dans tous les emplois qu’il me confieroit, et qu’en toutes rencontres il me donneroit des marques de son affection; que M. Colbert me diroit les avantages qu’il avoit joints à ces charges. Je fus ensuite rendre compte à M. le chancelier d’Aligre de ce qui se passoit; il scella mes provisions et mes dispenses extraordinairement.

Dispense d’âge et de service du 18 février 1674, moyennant 1 6,938 H dont le roi me fit remise.

1 On appelait parties casuelles les droils des offices, et, par dérivation, ie bureau

et deniers publics provenant de la vénalité où on les payait.

Le même jour, j’ai prête le serment entre les mains de M. d’Aligre, chancelier.

Le a 3 février, mon nom a été publié aux chambres du parlement, pour l'enregistrement de mes dispenses. Le dernier février, elle a été registrée, toutes les chambres assemblées.

J’ai ensuite visité M. le premier président, les trois plus anciens présidens au mortier et toute la grand’chambre, et, le 3 mars, j’ai été reçu à la grand’chambre, où j’ai seulement pris place sans assister à aucun jugement de procès, attendu que je n’avois pas dix années de service en compagnie souveraine.

Le dernier février, la commission d’intendant de Montauban a été expédiée en mon nom, à la place de M. de Brou1.

La commission d’intendant de Montauban a été accompagnée de lettres du roi pour M. le maréchal d’Albret J, gouverneur de Guyenne , pour le parlement de Toulouse dans le ressort duquel est la généralité de Montauban, pour la cour des aides de Montauban, pour les présidiaux et les principales villes de la généralité et pour l’exécution de l’édit de Nantes, pour les trésoriers de France et pour M. de Boumazel, sénéchal de Quercy.

J’ai reçu avec ma commission d’intendant une commission particulière du roi pour faire exécuter ce qui reste à faire dans la généralité de Montauban, concernant l’édit de Nantes, celui de 1629 et autres donnés en conséquence.

Le 3 mars, j’ai été reçu au parlement.

Le A mars, j’ai visité tous MM. les maîtres des requêtes, et, le 5 , j’ai prêté le serment aux requêtes de l’hôtel , président M, de Bercy.

Le 5 mars, j’ai pris séance aux requêtes de l’iiôtel.

Le >4 mars, j’ai assisté au conseil pour la première fois.

1 Denis Feydeau, seigneur de Brou, sens , maréchal de France en i653,gou-

inlendant de Montauban, puis de Boucn. verneur de Guyenne en 1670, mort à

mort le 10 novembre 1691. Bordeaux le 3 septembre 1676.

’ César Phébuad' Albret, comte deMios-

Le 3o mars, j'ai été prendre place au grand conseil, M. Barentin président.

Le 4 avril 1674. commission à M. Foucault pour exécuter ce qui reste à faire dans la généralité de Montaukan, concernant l’édit de Nantes.

Le 20 février 1674, j’ai emprunté de M. Le Fouin, greffier du conseil, 3o, 000 M à constitution , dont il a été payé le 10 août 1679, par les mains de M. Charpentier, de mes deniers.

Le 3 avril, M. Pirot, payeur des rentes, m’a prêté 1 0,000 H; rendus.

Le 1 5 avril 1674, mon père et moi avons passé un acte sous seing privé, par lequel nous nous sommes quittés respectivement de tout ce que nous pouvions prétendre l’un à l’encontre de l’autre, savoir, de ma part, tant des arrérages, loyers, fruits et revenus des biens de la succession de ma mère, qu’autres deniers qu’il pourroit avoir reçus pour moi, et de celle de mon père pour mes pensions, nourritures, alimens, entretiens, tant de moi que de mes domestiques et équipages, même pour la somme de i6,oooH que j’ai déclaré devoir à la communauté d’entre mon père et ma mère , pour partie du prix de la charge d’avocat général au grand conseil, dont mon père me fait la remise, au moyen de quoi je lui cède de ma part et transporte i4,oooH qui me restent dûs par M. Maboul du prix de la charge de procureur général aux requêtes de l’hôtel; cet acte a été reconnu devant notaires, le 29 avril 1674*

Le 16 avril, M. Gilbert, conseiller au parlement, m’a prêté 1 2,000 par un acte sous signature privée, apporté par ledit sieur Gilbert, le 3i mars 1676, chez Beauvais, notaire, et reconnu par ledit sieur Foucault, par devant ledit Beauvais et Clément, son compagnon.

Le 1 o septembre 1681, lesdits 1 2,000 H ont été par moi remboursés ès mains du sieur Vallin, tuteur onéraire des enfants mineurs de M. Gilbert.

Le même jour, M. Barentin, président au grand conseil, m’a prêté 3,3ooM sur billet; rendus.

Le 19 avril 1674, j’ai payé t,5ooH au greffier des requêtes de l’hôtel pour mon droit d’entrée.

Le 1 j’ai vendu la charge d’avocat général au grand

conseil à M. le président de Maupeou, pour son fils, moyennant iao,ooott, et le môme jour, et par-devant le même notaire, le fils me passe une obligation de 5,oooH, dans laquelle il déclare que c’est à sa prière que j'ai consenti que le contrat ne portât que 1 so.ooo1*, et qu’il est convenu avec moi de m’en payer ia5,oooH, M. Bailly ayant vendu la sienne i3o,ooott.

M. de Maupeou étant mort5, le père et son frère depuis ont refusé de me payer ces 5,oooK, mon débiteur étant mort insolvable et endetté.

J’ai eu un procès avec M. Maboul, en 1674, au sujet des gages et pensions attribués à la charge de procureur général des requêtes de l’hôtel que je lui ai vendue et dont il prétend qu’il n’avoit pu jouir, attendu que la pension de t,aooH étoit personnelle pour moi. Nous convînmes d’arbitres pour nous juger; savoir, MM. Barcntin, île la Margrie et de Besnard Rezé. Ce procès a été jugé par la sentence arbitrale du 28 janvier 1675.

Le 1a novembre 1674, rnon père a emprunté de M. Le Fouin, greffier du conseil, sous le nom d’Euldes, tant en son nom que se faisant fort de moi, a i,oooM, dont il a passé contrat de constitution de 1 ,000 H de rente.

Les appointemens d’intendant de Montauban sont de i8,3oow, y compris ceux du secrétaire et des hocquetons. Je n’ai été payé que de huit mois de l’année 1674. M. de Brou, à qui j’ai succédé , étant demeuré à Montauban jusqu'au 1" mai de la même année.

J’ai reçu, pendant l’année 1674, de mes appointemens d’intendant, de mon père et pour gratifications, a4.fi64rt, en ce non compris les deux sommes empruntées de MM. Gilbert et Pirot.

‘ D'npréa le Dictionnaire de In noblesse, fui reçu avocat général au grand conseil

de La (, licorne des Bois, t. IX, p. 63i. le fi juin 1674.

Pierre de Maupeou. fils ainé du président. ’ Il mourut te ao octobre 1679.

La dépense de l’année 1674 monte à 39,681", en ce compris les 10,000" de M. Pirot, qui ont été employés en achat de vaisselle d’argent qui a coûté 10, 43a".

Le ag avril 1674, M. Colbert m’a expédié un passe-port de mes hardes1 à Montauban, sans payer aucuns droits.

Je suis parti le 1» mai de Paris, et ai pris la route de Bordeaux pour voir M. de Sève, qui en étoit intendant et qui l’avoit été de la généralité de Montauban, et pour prendre ses instructions sur les affaires de cette généralité.

Je passai à Orléans où M. de Ménars, beau-frère de M. Colbert i et intendant de cette généralité, me Ht un accueil très-gracieux et prévenant.

J’ai passé par Poitiers, où M. de Marillac étoit intendant.

Je suis arrivé à Bordeaux le 1 a mai. M. de Sève m’avoit envoyé une chaloupe à douze rameurs, qui m’a conduit de Blaye à Bordeaux en deux heures. J’allai descendre chez lui , où il voulut que je logeasse. Nous conférâmes sur l'état des affaires de la province. Le lendemain il me mena chez M. le maréchal d'Albret, qui me fit beaucoup d’honnêteté et me dit qu’il feroit toutes les [avances] pour m’engager à mieux vivre avec lui que n’avoit fait M. de Brou, mon prédécesseur. Je payai cette marque de bonté de beaucoup d’encens, dont M. de Sève m’avoit averti qu’il étoit fort avide. M. de Sève étoit généralement aimé et estimé dans ta province; il n’en étoit pas de même du maréchal auquel on ne se boit pas. M. le maréchal me rendit le lendemain matin ma visite, et nous invita, M. de Sève et moi, à dîner chez lui.

J’allai rendre visite à M. de Montagu, lieutenant général de la

1 J1 était levé, dans l'intérieur du royaume, sur les marchandises, et en général sur les objets mobiliers qui voyageaient . des droits d’octroi , péages . pontonnages, etc. dont une partie au moins était un reste des telonta féodaux. Mais le contrôleur général des finances pouvait

accorder des passe-ports pour dispenser du payement de ccs droits, sauf aux fermiers à les décompter.

* Colbert avait épousé, en 1648, Marie Charon. fille de Jacques Charon , seigneur de Ménars.

province et gouverneur du château Trompette, à M. le premier président d’Aulède, et à MM. les présidens à mortier. J’ai dîné dieu le premier président. J’ai été voir aussi M. le procureur général de Pontac. J’ai été chercher M. l'archevêque de Bordeaux, mais il ne voyoit personne. Il s’était démis un pied et étoit au lit. Il m’a envoyé le jour même un gentilhomme me faire compliment.

M. le maréchal d’Albret écrivit à mon père une lettre très-gracieuse sur mon sujet.

J’ai reçu des visites de tout le parlement et de la noblesse à Bordeaux.

On étoit à Bordeaux en crainte d’une descente des Hollandois, qui avoient une flotte considérable en mer.

Je suis parti de Bordeaux le i5 de mai, et suis venu coucher à Langon. M. de Sève m’a donné une barque à onze rameurs qui m’y a conduit, et a pris soin de la faire remplir de rafraichissemcns. Le sieur de Breteuil, qui étoit auprès de M. de Sève, m’a accompagne jusques à Langon par son ordre. Les consuls de Langon m’ont présenté le vin de la ville.

J'allai voir en chemin madame la comtesse de la Sclvc , en son château de Grignon. J’ai couché le 1 5 à Castelgeloux 1 , dépendant du duché d’Albret.

Le 20 mai, je suis arrivé à Montauban, où je reçus les coraplimens de tous les corps ecclésiastiques et séculiers de la ville.

Nota. — Voir la lettre de M. Charpentier à mon père, datée de Montauban, le a i mai 1674. pour la suite du voyage jusques à Montauban.

J’ai été descendre, en arrivant à Montauban, chez M. d' Alliés, qui m’a très-bien régalé. J'ai couché chez lui un jour, et le lendemain dans la maison que la ville donne aux inlendans, appartenant à un gentilhomme nommé M. de Montbeton.

En attendant un secrétaire de Paris, je me suis servi du sieur Temple, qui avoit été à M. Pellot.

1 On écrit aujourd'hui Coateljaloux.

M. d'Ossonue, premier président de la cour des aides, m'a rendu la première visite, et, ne m’ayant pas trouvé, j’ai été le voir.

M. Bcrtier, autrefois grand prédicateur, étoit évêque de Montauban, lorsque j’y suis arrivé. Je lui ai trouvé l’esprit fort baissé et ne faisant plus de fonction épiscopale.

Je n’ai point assisté à la procession du saint sacrement, parce qu’il auroit fallu aller après le premier président de la cour des aides, ce que M. Pellot et M. de Sève n’ont point voulu faire.

M. le maréchal d’Albret, gouverneur do la province, a fait une convocation d’arrière-ban, sur l’avis qu’il a eu que les Espagnols avoient des desseins sur la frontière et d’assiéger Bayonne, et, sur ce qu’il m’en a mandé, j’ai envoyé chercher des canons, des grenades, des armes, des boulets et autres munitions de guerre à Toulouse et dans les villes de mon département, que je lui ai envoyés. Je lui ai aussi envoyé un grand nombre de gentilshommes en bon équipage , avec 5oo hommes de milice , dont Montauban en a fourni 200.

J’ai envoyé à M. le maréchal d'Albret deux mille sacs de blé et pareille quantité d’avoine, et en ai fait faire provision d'autant de sacs à Audi et à Montauban.

L’arrière-ban et les milices 1 convoqués pour la défense des côtes, en cas de descente des ennemis, m’a d’abord donné beaucoup d'occupation. La noblesse des généralités de Bordeaux et de Montauban

‘ Dans la signification rigoureuse du mot , l’arrière ban s’appliquait à la convocation des arrière-vassaux ou vassaux médiats du roi , par opposition au ban , qui désignait les vassaux immédiats. Telles sont encore les expressions dont se servent les lettres patentes du 11 août 1674 : «Nous « mandons et ordonnons a tous noble».. . «vassaux, tenant de nous des fiefs et ar- « rière-fiefs, sujets a notre ban et arricre- • ban, . . » (bambert. Ane. lois françaises.

t. XIX, p. 139 ) Mais dans le langage ordinaire on ne citait que l’arrière-ban. et l’on désignait sous ce nom la convocation de la noblesse tout entière, mandée par le roi pour servir dans ses années. On donnait le nom de milices aux troupes que fournissaient les paroisses ou qui étaient levées par ordre du roi dans les généralités, par opposition aux troupes réglées, qui se recrutaient par enrôlements volontaires.

DE NICOLAS-JOSEPH FOUCAULT, formoient un corps de 4oo à 5oo hommes, et les milices 10,000. La dépense qui a été faite pour cette levée a été inutile, les Espagnols n’ayant point assiégé Fontarabie, et les Hollandois n’ayant pas fait de descente à Bayonne, comme on i’apprehendoit, le port étant sans défenses.

J'ai été obligé de régaler la noblesse qui a passe par Montauban et sur la route de Bayonne, lorsque je m’y suis transporté.

Dans le voyage que j’ai fait à Bayonne, j’ai couché le 16 juin* dans un village nommé Mugron, dont étoit originaire un secrétaire de M/le chancelier d’Aiigre, qui en est devenu seigneur et en a porté le nom.

Je suis venu à Cahors pour la première fois le. . . juin 1674* I,e sieur Fouillac, grand vicaire de M. Sevin, évêque de Cahors, est venu à un quart de lieue m’offrir sa maison; les consuls sont venus au-devant de moi; on a tiré le canon; les habilans étoient sous les armes sur le pont, et ont fait plusieurs salves. M. Charpentier en a eu tant de frayeur en passant sur le pont, entre une double haie de mousquetaires, qui firent une salve, qu’elle lui causa une foiblesse dont il ne revint qu’après une diète et un sommeil de douze heures à l’évèché; j’y ai soupé et couché. J’ai visité quelques écluses de la rivière du Lot, et suis retourné à Montauban pour exécuter des ordres que m’a envoyés M. Colbert.

Un consul de Nogaro, où j'ai couché le >4 juin 1674, et qui est médecin, me dit, dans sa harangue, que le roi m’avoit envoyé dans la province pour la purger de tous les fainéans et gens de mauvaise vie, et qu'au sentiment d' Hippocrate, [ce qui] formoit les humeurs peccantes étoit l’oisiveté. Je gardai mon sérieux, mais les assistans ne se crurent pas obligés à la même gravité.

De Nogaro, j’ai couché le i5 juin à Grenade, où je trouvai les rues jonchées de soldats de milice, qui dormoienl d’ivresse ou de fatigue.

1 II y a erreur sur le quantième du Mémoires nous apprennent que le 16 juin mois; car, quelques alinéa plus loin, les Fouraull était à Dax.

Au mois de juin 1674, je me suis rendu à Dacqs1, à la prière de M. le maréchal d’Albret et de M. de Sève, pour prendre des mesures avec eux sur les munitions de guerre et de bouche qu’il falloit tirer de la généralité de Montauban, y ayant disette de grains dans celle de Bordeaux. Javois déjà l’ait voiturer 6,000 setiers de blé à Dacqs. J’ai demandé sur cela les ordres à M. Colbert.

Je suis arrivé le 16 à Dacqs, où j’ai été descendre chez M. le maréchal d'Albrct, arrivé nouvellement de Bayonne, qui est venu audevant de moi; et, après un entretien d’une demi-heure sur le sujet de mon voyage, je l’ai quitté pour aller voir M. de Sève, avec lequel je soupai et me suis entretenu sur nos affaires communes.

M. l’évèque d’Acqs m’est venu voir; c’étoit l'abbé de Fromentière. Les consuls sont aussi venus le 16. Tous les gentilshommes de la généralité de Montauban, qui étoientà Dacqs, et le présidial en corps, sont venus me voir. J’ai diné avec M. de Sève, et, après dîner, M. le maréchal d’Albret m’est venu voir. lïd. le reste dans la suite de la lettre de M. Charpentier à mon père, du 37 juin 167/j.

J’ai été de retour de Bayonne à Montauban le a5 juin 1674. et y ai solemnisé par des réjouissances publiques la prise de Besançon.

J’ai mandé à M. Colbert que la guerre avec l'Espagne avoit ruiné le commerce dans la province. Il s’étoit seulement entretenu dans les passages des Pyrénées, nonobstant la guerre avec la Hollande, jusques à la rupture ouverte avec l’Espagne, qui a fait fermer les passages , les habitans des Pyrénées françoises et espagnoles ayant le privilège de continuer entre eux le commerce, nonobstant les déclarations de guerre entre les deux nations, tant que leurs intérêts les y engagent et qu’ils le jugent à propos.

La convocation de la noblesse et leur passage ont encore beaucoup coûté, aussi bien que la levée des milices, les consuls s’étanl servis des deniers de la taille pour cette dépense. Les villes se sont rachetées de l'établissement de la jurande des arts et métiers’. O11

1 Ancienne orthographe de Dm. La ‘ Le» office» de. jurande» avaient été forme primitive était la ville iTAcqt établi» par un édit de mor» 1673. dans

a encore fait des taies pour les francs-fiefs des procureurs, greffiers et autres, les revenans-bons et la marque du papier1.

Au mois d’avril 1674, il a été établi un droit sur le papier’. J^i fait visiter par mes subdélégués tous les moulins à papier de mon département, qui se sont trouvés monter à dix; et chez les marchands, il ne s’est trouvé que six mille rames de papier.

L'édit de la marque du papier a été révoqué s.

Je suis retourné à Montauban sur la fin de juin, où j’ai travaillé au recouvrement des droits de franc-fief*, M. Colbert ayant cette affaire fort à cœur.

Le recouvrement des taxes des francs-fiefs dans la généralité de Montauban avoit été commencé par M. de Brou ; les trois rôles étoient de 694,000 H, en trois forfaits, y compris les taxes des procureurs; j’ai achevé ce recouvrement.

Quoiqu’il n’y eût plus de descente à craindre, M. le maréchal d’Albret n’a pas voulu renvoyer la noblesse et les milices chez eux,

un bul fiscal, pour subvenir au* frais de Ia guerre de Hollande.

' Foucaull confond dam une rédaction défectueuse des choses tout à fait distinctes Les ■ procureurs, grefliers et autres » n'ont rien de commun avec les taxes des francsfiefs. et probablement il» ne sont mentionnés ici que par rapport Ma marque du papier, et aux édits de» 19 mars et juillet 1673 qui les astreignaient à se servir de formules imprimées pour leurs actes de procédure. Quant à la taxe des revenansbons, nous n'avons trouvé aucun renseignement à son égard.

* Lambert , A ne. lois françaises , t. XIX , p. 1 35. Cet édit a deu* objets : rétablissement d'un impôt sur le parchemin et le papier qui sc fabriquaient dans le royaume, et la révocation de deux déclarations, des 19 mars et a juillet 1673, qui forçaient les «huissiers, procureurs et autres mi-

nistres de justice, » à employer, dans leur*, procédures, des formules imprimées sur papier timbré.

* Par un édit d'août 167/1» cité dans Depping, Corrcsp. admin. sous le règne de Louis XIV, l. 111, introd. p. xvn.

4 Le droit de franc-fief était payé au roi par les roturiers a cause des iîefs et biens nobles qu'ils possédaient. 11 n’était pas levé annuellement, ou, du moins, après l'avoir tenté en i655, on y avait renoncé en 1 656. (Lambert, t. XVII, p. 335-7-) Mais de temps en temps on recherchait les roturiers possesseurs de Iîefs , et on les taxait à trois années de revenu pour vingt ans de possession. Par deux édits, de novembre i656 et mars 167a. le roi leur offrit la faculté de se racheter et de libérer leurs biens. Les poursuites ordonnées par Colbert avaient pour but d'activer ce radiai.

et leur a même assigné des quartiers aux environs de Bayonne. Cependant, M. Colbert m’a mandé de faire payer les droits de francsfi?fs aux gentilshommes' convoqués et qui ne servent point dans les troupes réglées; et, d'autre côté, le parlement de Toulouse et celui de Bordeaux donnent à ces gentilshommes et aux commandans des francs-fiefs1 des surséances à toutes poursuites civiles et criminelles contre eux; MM. d’Aguesseau et de Sève en ont donné de générales, ce qui ne s’étoit jamais fait, l’usage ayant été jusques à présent de ne les accorder que sur le certificat du secrétaire d’état ayant le département de la guerre; et il a fallu fournir à la subsistance de ces troupes, Les villes les plus petites ont fourni trois hommes; celle du second ordre, cinq, et les capitales, dix. Les bourgs ont voulu passer pour villes, et toutes les villes ont fait des efforts pour se mettre au-dessus de leurs classes. 11 n’y a pas un homme qui n’ait coûté 5oH, et beaucoup qui sont revenus aux villes «5o et 200 rt, les miliciens ayant été habillés et armés de pied en cap.

Les ennemis n'ont pas donné le moindre indice qu’ils voulussent faire une descente. C’est une terreur panique de la cour, fondée sur des avis de personnes suspectes.

Le 2 juin, la ville de Toulouse m’a député trois de ses capilouls pour me faire compliment sur mon arrivée dans la province. Je leur ai donné à dîner le lendemain.

M. Bertier, évêque de Montauban, est mort le 28 juin 1674, âgé de soixante et dix ans. J’en ai donné avis à M. Colbert.

Au mois de juin, M. de Sève m’a demandé de l’argent de nos recettes, pour employer aux affaires du roi dans la conjoncture présente.

M. Caulet, évêque de Pamiers, est venu ine voir à Montauban.

M. Colbert m’a mandé , au mois de juin 1 674, de me servir de sub-

L'expression de gentilshommes n’est pas tout à fait exacte; les droits de francstic fs notaient pas dus par les nobles de race, tuais seulement par le» roturiers.

pour les héritage» qu'ils possédaient noblement. Les roturier» étaient sujets à l'arrière ban à cause de ces mêmes biens.

* Sic. Lisez : des milices.

délégués1 le moins que je pourrois. J’ai dans mon esprit prévenu sa lettre. Ils avoient abusé de la confiance de M. Pellot, qui signoit des ordonnances à leur rapport , et , s’ils l’ont fait paroitre présent à toutes les affaires, ils lui ont fait rendre beaucoup de mauvais jugemens.

Le frère de Haynault est venu, au mois de juillet 1674.2 Montauban, pour me servir de sous-secrétaire.

Au mois de juillet 1674. les habitans de Cahors ont proposé à M. Colbert de transférer la cour des aides qui y avoit été établie.

Le 3o mai, je reçus une plainte du sieur de Cahusac, lieutenant principal du présidial2 de Montauban, contre le sieur de la Chaise, conseiller du même siège , dont il me dit avoir reçu un soufflet, et me requit de me transporter au présidial pour en informer, et, quoique cette affaire fût de la compétence du parlement de Toulouse, cependant, comme c’étoit une violence publique, je me transportai au présidial, où j'entendis plusieurs témoins, et, quoiqu’ils eussent vu l’action, cependant, comme ledit sieur de Cahusac n’étoit pas bien voulu dans sa compagnie, la preuve ne fut pas complète, et je pris le parti d’accommoder l’affaire, La Chaise étant un homme de mauvaise réputation, de beaucoup d'esprit, et à qui M. Pellot, dont il avoit été subdélégué, entreprit de faire le procès, mais il n’y réussit pas. J'ai accommodé cette affaire, les parties m’ayant remis leurs intérêts.

Au mois d’août 1674, le roi a rendu un arrêt qui ordonne au sieur de la Chaise, conseiller au présidial de Montauban, de se défaire de sa charge pour avoir donné un soufflet, en présence de plusieurs officiers du siège, au sieur de Cahusac, lieutenant particulier. Cet arrêt a été donné sur mon avis; ledit La Chaise étoit un homme

1 L'intendant commettait des subdélégué» , afin de le remplacer pour une affaire

spéciale ou d’une manière permanente, dans une ville ou dans un bourg de sa généralité. Il était à sa discrétion de les nommer comme de les révoquer. Ln édit d'avril 1704 créa, il est vrai, des subdélégués en titre d'office ; mais ils furent sup-

primés plus tard par un autre édit d'août

* lin lieutenant principal, ou plus exactement un lieutenant général de présidial, était un magistrat a peu près correspondant à ce que serait aujourd'hui le viceprésident d’un tribunal de première instance

de très-mauvaise vie et grand scélérat. M. Pellot lui avoit fait son procès pour concussions et malversations commises par lui dans la fonction de son subdélégué.

Au mois de décembre 1674, j’ai proposé à M. de Louvois de ne point mettre de gens de guerre en quartier d’hiver dans Négrepelisse, appartenant a M. de Turenne; il m’a mandé que l’intention du roi étoit que, sans distinction, je distribuasse les troupes dans toutes les paroisses. Il étoit brouillé avec M. de Turenne. D’autre part, M. Colbert m’écrivit, de son propre mouvement, que le roi trouveroit bon que j’exemptasse de logement la terre de Négrepelisse, qui étoit la seule que possédât M. de Turennne, qui avoit bien mérité cette distinction. Pour accorder les deux ministres, je mis quelques places de l’état-major dans Négrepelisse ; mais c’étoit des places mortes 1 qui ne coûtèrent rien à la paroisse, et cette affaire n’eut point de suite.

Au mois de décembre 1674 . on a proposé de me marier à la fille unique de M. Donneville, président au mortier de Toulouse; mais il vouloit qu'on l’assurât de son rappel à Toulouse, et le roi étoit trop indisposé contre lui pour oser en faire la proposition. Il avoit été exilé pour avoir parlé avec trop de chaleur contre la vérification de quelques édits, et avoir fait un parti dans le parlement contre le sieur de Fieubet, premier président.

Il y a eu du désordre dans l’hôpital de Beaulieu, près Figeac, ordre de Malte : cinq religieuses se sont révoltées contre madame de Vaillac, leur abbesse. M. Sevin, évêque de Cahors, les a excommuniées et a envoyé à l’abbesse un règlement auquel elles ont refusé de se soumettre. Le grand prieur de Saint-Gilles, de qui dépend cette maison , a prétendu que c’étoit une entreprise de la part de M. de Cahors, qu’il n’étoit point en droit de faire des règlemens dans une maison dépendant de l’ordre tle Malte. Le roi m’a ordonné de prendre connoissance de ces contestations, et j’ai été commis, par arrêt du conseil, pour me transporter dans ce monastère, entendre toutes les parties, dresser mon procès-verbal de leurs contestations et envoyer

1 C'est-à-dire des places qui n'étaient pas occupée».

le tout avec mon avis au conseil. Vid. le procès-verbal et l’avis. Il y avoit huit religieuses opposées à l’abbesse; niais trois sont rentrées dans l'obéissance. Leur vue étoit de se faire transférer dans une maison du pays de Foix , où elles iraient former une nouvelle communauté.

En i 674 .j’ai fait construire des écluses sur la rivière du Lot pour la rendre navigable. Cette dépense a monté à f>6,666"et a porté également sur les généralités de Bordeaux et de Montauban.

M. Charpentier n’a jamais voulu prendre connoissance des affaires qui regardent la finance et le roi, mais seulement de celles des particuliers*.

Anne Foucault, ma troisième sœur, a fait profession à Jarcy, le a8 janvier 1 675. Je lui ai donné 1 ooH de pension en mon nom.

Au mois de janvier 1670, M. Charpentier, chanoine de Saint-Gcrmain-l’Auxerrois, qui étoit venu avec moi à Montauban, est retourné à Paris.

Gendron est arrivé dans le même temps à Montauban, pour me servir de secrétaire.

Au mois de janvier 1676, j’ai fait faire, par ordre du roi, des réparations aux bains et chemins de Barége. La dépense a monté à 1 ,200**. Ces réparations ont été faites à l’occasion du voyage que M. le duc du Maine, fds naturel du roi et de madame de Montespan, conduit par madame de Maintenon,y a fait, pour l’allongement des nerfs d’une jambe dont il est boiteux.

Au commencement de février 1675, le vice-sénéchal d’Auch a arrêté un ouvrier faux nionnoyeur, trouvé saisi de quatre pistolcs et de quinze écus blancs faux. J'ai envoyé à M. Colbert un projet d’arrêt qui me commettoit pour lui faire le procès.

Le 17 avril , 675, j’ai proposé de créer une élection dans le pays

1 A I* lin de l'année 1 6y4 . un trouve « dans la généralité do Montauban, je nai l'alinéa suivant, non achevé - Le roi ayant « pav cru en devoir. . . •

« envoyé des troupe» en quartier d'hiver

de Foix, dont le roi lircroit des secours plus considérables que ceux qu’il reçoit, les deniers qui se lèvent sur les communautés1 de ce pays tournant, pour la plus grande partie, au profit de ceux qui en sont les administrateurs; cela n'a pas été suivi.

Au mois d’avril 1675, j’ai fait arrêter, à Cahors, des faux rnonnoyeursetfabricaleurs de faux papier timbré auxquels j’ai fait le procès.

Au mois d’avril 1675, j’ai informé, par ordre du roi, des vexations que faisoit M. le marquis de Foixa, gouverneur du pays de Foix, les trois états en ayant porté des plaintes à Sa Majesté. J’ai envoyé cette information à M. Colbert. 11 a été relégué à Sisleron, et a reçu ordre de se défaire de son gouvernement.

Le i5 juin 1675, j’ai jugé, au présidial de Montauban, des pêcheurs du lieu de Redon, sur la Garonne, qui ont assassiné deux archers du domaine. Deux ont été condamnés, par contumace, à la roue, et un troisième à être pendu, et a été exécuté. Il auroit subi la même peine que les deux autres, s’il n’avoit été sexagénaire.

Le. . . juin, j’ai condamné deux dragons du régiment de Tessé à être pendus, pour avoir tué un consul et un habitant de Beaumont qui avoient voulu* violer la femme de leur hôte.

Mon père a épousé en deuxième noce, le 20 juillet 1675, mademoiselle Bossuet, sœur de M. l’évêque de Condom; point de communauté; 2,oooh de rente annuelle de douaire préfix, 3,oooH d’ameublement une fois payés; n’est point demeuré de minute chez Beauvais, notaire, qui a passé le contrat demeuré double pour chacune des parties; mademoiselle Bossuet n’avoit aucuns biens.

Ce mariage n’a pas été heureux. MM. Bossuet n’y avoient pas consenti; les enfans de M. Foucault n’avoient pu l’empêcher. Les humeurs du mari et de la femme devinrent incompatibles. La lemme

1 Appelées , dans le langage actuel , les communes.

* Jean Roger de Foix , dit le marquis de Foix, nommé gouverneur de la province de Foix en 1671. 11 devint plus tard capi-

taine des cent-suisses du duc d'Orléans, frère de Louis XIV.

3 II y a là une omission évidente. On doit probablement rétablir : ■ qui avoient - voulu [les empêcher de] violer. . , *

DE NICOLAS-JOSEPH FOUCAULT, avoit lire de son mari deux billets, l’un une année avant le mariage, et du 1 6 juillet 1674, de la somme de a 0,000 M payable au porteur; l’autre du t5 janvier 1676, de 3o,ooott, payable à M. Chevalier.

Le divorce s’etant mis dans le ménage, la femme demanda eu 1677 le payement de ces billets, dont déclaration avoit été faite à son profit; elle demanda aussi d’être séparée d'habitation. Toute l’année 1677 se passa en procédures pour le payement de ces billets justpies au commencement de 1678, que M. le duc de Chevreuse entreprit, par ordre de M. Colbert, d’accommoder les parties, et leur fit passer une transaction par laquelle la femme se retira de la maison de son mari pour entrer en telle autre, particulière ou religieuse, qu'elle voudra choisir. On lui donne 3,oooH comptant, pour l’ameuhlement stipulé par son contrat de mariage, et, pour demeurer quitte des 5o,oooH portés par lesdits deux billets, ensemble du douaire de a,oooH, on lui donne la somme de 3o,oooHen propriété comptant, qui seront employés en acquisition de rentes sur la ville, sans qu’elle en puisse disposer ni en recevoir le rachat du vivant de son mari , qu’en sa présence et de son consentement. J’ai copie des deux contrats, collationnée par les notaires qui les ont passes.

Au moyen de ces conventions, les deux billets de 00,000 n ont été rendus à M. Foucault; la transaction est du 3o octobre 1 678.

Lesditcs rentes sur la ville ont été remboursées à madame Foucault, du consentement de mon père, et commuées en d’autres rentes aussi sur la ville, par contrat du . . . avril 1 682. J’en ai les copies.

Au mois de juillet, j’ai été visiter les ouvrages faits par M. Biquet pour la communication des mers par un canal qui traverse tout le Languedoc. Je fis ce voyage dans une barque que ledit sieur Biquet avoit fait préparer. Il m’accompagna dans ce voyage et tne régala magnifiquement. M. de Froidour, grand maitre des eaux et forêts, a fait la description de ce canal, qui a été imprimée '.

1 Lettre de [ Louis] Froidour, grand maitre font en Languedoc pour la communication des

des eaux et forêts de Toulouse, contenant la deax mers. Toulouse , 167a. in-8*. relation et la description des travaux qui se

Le 1 1 septembre 1676, j’ai proposé à M. Colbert de me donner M. d'Héricourt, conseiller au présidial de Soissons, pour procureur du roi de la commission du domaine, à la place du sieur Auvinct, incapable de cette fonction; ce qui a été accordé.

Au mois d’octobre 1675, j’ai proposé à M. Colbert de faire le procès au sieur Thevcnin, commis au recouvrement des taxes faites sur les notaires, pour les frais excessifs qu’il faisoit sans donner de quittances.

Le 2 3 novembre 1675, M. de Villeneuve (étant] chagrin du deuxième mariage de mon père, j'ai passé un acte devant notaire, par lequel je lui ai payé 8,000" pour l’indemniser des avantages qu’il prétendoit m’avoir été faits par le testament de ma mère et de ce que les effets qui lui avoient été donnés par son contrat de mariage avoient été évalués à un trop haut prix, ce qui nous exposoit à un procès.

Nota. — Ces 8,000" m’ont été depuis rendus au moyen du partage des biens de mon père, par acte du 6 février 1 685 , passé devant notaires.

J’ai fait un voyage à Paris à la Saint-Martin de 167$ pour me marier.

Le 1 7 novembre , mon contrat de mariage avec Marie de Jassatul a été passé, étant intendant à Montauban. M. de Jassaud, doyen des maîtres des requêtes, et Marie de Flandre, ses père et mère, lui ont donné 1 20,000", dont le tiers entrera en communauté. Le douaire est de 4, 000" par chacun an, le préciput de 10,000". Mon père me donne 100,000" en avancement d’hoirie; je déclare que la charge de maître des requêtes m’appartient et la moitié dans les biens délaissés par ma mère. Mon mariage a été célébré le novembre 1675, dans l’église de Saint-Louis, île Notre-Dame, paroisse de M. de Jassaud1.

Le même jour 17 novembre, M. et madame de Jassaud m’ont cédé les effets suivans pour demeurer quittes desdits 1 20,000" : savoir, 24,000** à eux dus par M. de Bagnols, conseiller au Châtelet;

1 Marie de Jassaud survécut dix ans à son mari : elle mourut le a 5 septembre 17^1 .

5o,ooo H dus par les officiers de la chancellerie et secrétaires du roi; 2 0,000 ^ à eux dus par M. de Valcourt; plus 8,ooott d’argent comptant, et enfin 900 tt de rente qu’ils se sont constitués; toutes lesquelles sommes font celle de 1 20,000 tt, et lesdits sieur et dame de Jassaud m’ont remis tous les titres desdites sommes cédées.

Claude Foucault, mon aînée, abbesse de Jarcy, est morte le 17 décembre 1675.

Elle a porté 2 00H de pension qu elle avoit à l’Assomption, à Jarcy, suivant le consentement des religieuses de l’Assomption, porté par l’acte du 2 mai 1673. Elle a été nommée par le roi à l’abbaye de Jarcy, par brevet du 20 mars 1673, sur la résignation faite en sa faveur par madame de Beaumont, moyennant 1 ,5oo de pension. Ma sœur a été transférée de l’ordre de Saint-Augustin dans celui de Saint-Benoît 1 ; le pape ayant d’abord refusé de donner des bulles sur la nomination du roi, le grand conseil a permis à ma sœur de prendre possession en vertu du brevet, et de jouir des fruits de l’abbaye, à la charge de la réitérer lorsqu’il aura plu au pape lui accorder des bulles. L’arrêt est du 18 mai 1673.

Le... décembre, le roi a donné à Anne Foucault, ma sœur puînée, l’abbaye de Jarcy, vacante par la mort de Claude, sa sœur aînée, décédée le 1 7 décembre de la même année, à la charge de la pension de i,ôooH en faveur de madame de Beaumont, que payoit son aînée. Mon père a remercié le roi le 28 décembre 1676.

J’ai fait faire pendant le cours de cette année et les suivantes plusieurs ouvrages sur la rivière du Lot pour la rendre navigable; il y a été construit onze écluses.

M. le marquis de la Valette ayant prétendu (pie M. de Fonlrailles, oncle de sa femme, étoit tombé en démence, et que ses domestiques disposoient de sa personne et de ses biens, a obtenu un arrêt du conseil qui me commet pour interroger ledit sieur de Fontrailles et le

1 Foucault veut probablement dire ou dernier ordre qu'appartenait l'abbaye de contraire ,« de l’ordre de SaintBenoit dans Jarcy. (Voy. Gallia chrutiana, tome VII,

celui de Saint-Augustin,! car cYlnil à ce col. Ga 3.}

faire visiter par des médecins. Je l’ai interroge sur le fait de la religion et sur l’administration de ses biens, et il m’a répondu fort sensément sur tous les interrogatoires, ne m’ayant paru aucun dérèglement dans son esprit; il s’est seulement emporté sur le fait de sa sœur et surtout sur son avidité pour ses biens, mais il m’a prié de ne point faire rédiger ce qu’il m’a dit à son égard dans mon interrogatoire. Il a été maintenu dans la jouissance de son bien, sur mon avis, par arrêt du conseil. Il en avoit été dépossédé par des arrêts précédcns. Les médecins n’ont trouvé en lui aucune cause de dérangement d’esprit. Il y a eu une assemblée de parens qui l'ont reconnu sain d’entendement '.

M. Fouquet, évêque d’Agde, ayant, été relégué à Villefranche de Rouerguc, y composoit des gazettes1 qu’il faisoit distribuer par ses émissaires dans la province, et les envoyoit par tout le royaume. Comme il étoit parent de ma femme, je l’ai fait avertir et averti moimême de cesser ce commerce , de quoi il n’a tenu compte. J’ai écrit à M. de Cbâteauneuf pour le prier d’obtenir du roi qu’il fût retiré de Villefranche. 11 a été envoyé à Toumus, en Bourgogne.

Les troupes ont fait beaucoup de désordres dans leurs quartiers, cette année , à Cahors, à Villefranche, à Auch; et j’ai été obligé de punir plusieurs officiers et de faire pendre des cavaliers, dragons et soldats.

1 • Louis d'Aslarac, marquis de Mares- - lang, de Fontraille* et autre» lieux . séné-

• chai d'Armagnac, servit avec distinction

■ es guerres de Flandres, de Catalogne et

• d'Italie. Il fut depuis impliqué dans les

• intrigues de la cour contre le gouverne-

• ment , et particuliérement dans la conju-

■ ration du seigneur de Cinq-Mars contre

• le cardinal de Richelieu, fut porteur du

• traite fait par M. Gaston, duc d'Orléans,

• avec le roi d'Espagne , et ne revint en

• France qu'après la mort du cardinal et

• avoir fait son accommodement. Il lit une

■ donation de tous ses biens . étant à Paris

• le ft mars 1677 . a Jean -Paul de Rocbechouart de Rarkasan. son petit-neveu,

• et mourut le 16 juillet suivant, sans avoir

■ été marié. — Sa sœur, Paule d'Aslarac,

• épousa : 1* en 1 64o, Roger de Boussolts .

• comte d'Espauaii, baron de Luc. lieute-

• nant général des armées du roi , mort en

• 1 646 ; 2° Louis-Félix de Nogaret, mar-

■ qui» de la Valette , lieutenant général de»

• armées du roi, mort en i6q5. • (Histoire généalogique et chronologique, etc. par le P. Anselme, 3' édit. t. II, p. 6 a /« . )

* Ces gazettes, qu'on appelait gazette» à la main, étaient des libelles manuscrits. (V oy. Chérucl , Hitl. <le l'adm. monarch en France, t. 11, p. 280.) Depping. Corresp. admin. tous le règne de Louis XIV , I. II, introd. p. xxxvn , xxxviu , donne de curieux

J’ai fait aussi des exemples sur des gentilshommes qui cxerçoient des violences sur les peuples, surtout dans le voisinage des Pyrénées, et sur des notaires et sergcns faussaires.

Le 5 janvier, ma femme est arrivée à Montauban; elle y a été reçue avec les cérémonies ordinaires; M. d’Arquinvilliers étoit avec elle.

Le 8 janvier 1 676, j’ai remercié le roi, par une lettre, de l’abbaye de Jarcy qu’il a donnée à ma sœur Anne.

Le père de la Chaise , confesseur du roi , a fait en sorte que le roi ti’a point nommé de religieuse à Jarcy, comme il est de l'usage à chaque mutation. Angélique, ma quatrième sœur, y a été nommée.

Le a 6 janvier, mon père a vendu, à M. Coquille, sa charge de secrétaire du conseil 4oo,ooort, et celle de secrétaire du roi, à M. Piques, 5a,ooow.

Le 18 mars 1676, j’ai envoyé à M. Colbert le jugement que j’ai rendu au présidial de Cahors1 contre un habitant du lieu de Pruines en Rouerguc , qui a assassiné son seigneur d’un coup de mousqueton. 11 a été condamné à être rompu vif et exécuté.

Dans le même mois de mars, les habitans d’Asprièrcs ont aussi comploté d’assassiner leur seigneur. Ils ont tué quatre de ses domestiques.

Le 7 avril, ma femme a fait une fausse couche d’un enfant jugé mâle et de trois mois.

Le 1 1 avril 1676*, mon père a épousé en secondes noces mademoiselle Bossuet, dont il a eu fort sujet de se repentir. — Vid. les actes et mémoires de ce mariage.

Le i5 avril, j’ai fait mes complimens à mon père sur son second mariage.

exemples de ce que ce» pièce» contenaient. (Voy. aussi P. Clément, Hisl. de Colbert,

1 Le texte dit Caen au lieu de Caliors,

et celte erreur est un indice de l'époque à laquelle les mémoires ont été écrits.

* Erreur d’année , ce mariage a été déjà raconté à la date du 20 juillet 1675.

Mon père in’a proposé, au mois de juillet, de traiter d'une charge de president au grand conseil.

Au mois de juillet 1676, j'ai fait reléguer deux gentilshommes qui avoient fait un syndicat1 avec plusieurs autres gentilshommes pour ne point reconnoître les juges ordinaires dans les procès qu’ils auraient et pourraient avoir contre M. l’évêque de Conserans.

Le 1 a août 1676, j’ai envoyé à M. Colbert le jugement que j’ai rendu, avec sept gradués, contre des faux monnoycurs et fabricateurs de faux timbre de papier marqué dans le Quercy; le nommé Seguy, arpenteur de Montpexat.a été condamné à être pendu et exécuté; il a tout avoué à la question. Cinq des fabricateurs de Cahors ont été condamnés par contumace À être pendus. Le nommé Douvrier, professeur en médecine de l’université de Cahors, étoit un de cescinq; j’ai proposé le sieur Senault , habile médecin, pour remplir sa place. La fausse monnoie et le faux timbre se faisoient publiquement à Cahors, où les juges ne faisoient aucune diligence pour les faire prendre et punir.

Le 1 g août, j’ai rendu un deuxième jugement, par lequel le nommé Jean Passemantier, de Cahors, qui avoit fabriqué les faux moules du papier timbré, a été condamné aux galères perpétuelles, et le fils de Seguy, aux galères pour trois ans.

La ferme du papier marqué a augmenté , par ce jugement , de 9,000**.

Les récollets établis dans le bourg de la Roque en Quercy ont demandé au roi d’ètre transférés à Cahors. J’ai été commis, par arrêt du conseil, pour dresser procès-verbal des raisons de leur demande et de celles de l'opposition des consuls de Cahors, et non -seulement j’ai été d’avis que ces religieux demeurassent à la Roque, mais même que l’on délivrât, s’il étoit possible, la ville de Cahors d’une partie des couvens qui en dévorent les habitans.

Au mois de septembre 1678, le roi a donné une déclaration pour l’établissement d’un hôpital général dans les villes et gras bourgs du royaume. M. l’évèque de Montauban et moi avons envoyé h M. de

1 Cest-à dire une association.

DE NICOLAS-JOSEPH FOliCAULT.

Châteauncuf un projet de lettres patentes pour commencer ces établisscmens par la ville de Montauban.

Le 10 octobre, j’ai proposé à M. de Louvois et à M. de Châteauneuf d’établir une garnison dans le château de Foix, pour empêcher les courses de la garnison de Puycerda dans le pays de Foix, le gouverneur de Puycerda ayant même envoyé des ordres à plusieurs villages dépendans du pays de Foix d’envoyer leurs contributions.

Le 37 novembre, j’ai jugé au présidial de Villefranche en Bouergue le procès criminel aux sieurs d’Albignac, sieur de Ferrière, de Cantobre et leurs complices, pour meurtres, assassinats, violences publiques, exactions et oppressions commises dans la ville de Nant, dont ils ont été déclarés atteints et convaincus par le jugement. C'est madame d’Alègre, dont M. de Seignelay avoit épousé la bile1, qui avoil engagé M. Colbert A faire purger ses terres de ces brigands, et qui m’avoit fait renvoyer la connoissaticc de cette affaire. Le sieur de Cantobre fut arrêté à Montpellier et conduit par le sieur de Clérac, grand prévôt de Guyenne, A Nant, où je lui ai instruit et A ses complices le procès*.

Il y avoit un notaire complice pour avoir passé de faux actes, qui avoit cent six ans; il ne fut pas jugé A cause de son grand âge.

J’ai condamné aux galères cinq Bohèmes au présidial de Montauban, au mois de novembre.

Au mois de décembre 1676, j'ai juge avec les commissaires de la chambre du domaine le procès instruit au nomme Du Sol, lieutenant de la justice de Castel-Ferrus, et A quatre notaires, fameux faussaires qui tenoient à Castel-Ferrus bureau ouvert de faussetés. Il y avoit preuve de plus de sept cens qui ont rempli de procès toutes les juridictions de Gascogne, et même le parlement de Toulouse.

1 Le marquis de Seignelay y avait épousé, le 28 février 1675, Marie-Marguerite d'A* lègre, fille unique de Claude-Yves, marquis d’Alègre, et de Marguerite Gilbert de Roquefeuil.

* Cette affaire parait faire double emploi avec une autre dont il sera question le 9 novembre 1677 ; probablement Foucault a reçu la délégation pour en connaître en 1676 et a jugé en 1677.

Le seigneur «le Castel-Ferrus les protégeoit. Ils avoicnt fait un faux codicille en sa faveur, qui a donné lieu à un grand procès à Toulouse. J'ai instruit aussi son procès pour d’autres faussetés et pour exactions dans sa terre.

Au mois de décembre 1 676, j’ai jugé aveclcs officiers du présidial de Villcfranche le procès instruit au sieur Bastide, consul de Montauban , pour malversations commises dans la fonction de cette charge; il a été banni pour trois ans de la généralité de Montauban, déclaré incapable d’exercer aucune charge de judicalure publique ni municipale , et condamné de se défaire dans six mois de celle d’assesseur criminel au présidial de Montauban , dont il étoit pourvu. Ce jugement a été suivi d’un règlement que j’ai fait et que le roi a agréé pour l'admiuistration des affaires de la ville. Ledit Bastide m’avoit récusé, mais sa récusation a été jugée frivole par arrêt du conseil.

F.n attendant ce règlement, j’ai fait surseoir à l’élection des consuls. Le sieur de Rabasleins, juge mage de Montauban, a obtenu une ordonnance de M. de Montaigu, lieutenant de roi de basse Guyenne, qui porte qu’il sera passé outre à l'élection. J’en ai donné avis à MM. Colbert et de Cbiteauneuf, le 1 3 janvier 16771.

La nommée Réaile, qui se disoit lille de M. de Turenne, a présenté un placet au roi pour être reconnue telle; mais, ce placet m’ayant été renvoyé, j’ai trouvé qu’elle étoit fdle d’un maitre de poste de la ville de Tonneins, en Agénois, et qu’elle étoit tombée dans une aliénation d’esprit. Je l’ai fait enfermer dans l’hôpital de Montauban.

Les habitans des Pyrénées françoises qui habitent la frontière jouissent d’un ancien privilège qui est de recevoir du sel que les Espagnols apportent de Cardonne et d’Aragon pour leurs bestiaux. Les fermiers généraux ont prétendu que ce commerce se portoil au delà des bornes marquées par les privilèges qu’ils appellent des lies et passelies1. J’ai

' Le texte porte 1717 par une erreur * On désignait par les mots, de liet et

évidente , qui semble indiquer que les Me- paueUcs ou passeries la liberté de commerce

moires ont été écrits au plus tôt en 1717. dont jouissaient les habitants de la fron-

DE NICOLAS-JOSEPH FOUCAULT, été commis, par arrêt du conseil , pour, en présence du sieur du ftuau Pallu, fermier général, régler les bornes de ce privilège, avec un commissaire député par le roi d’Espagne. Ce privilège s’exerce même en temps de guerre entre les deux nations, ce qui est arrivé dans le temps même que M. le maréchal de Navailles assiégeoit Puycerda, qui n’est éloigné de Saint-Girons et de Couzerans que de treize lieues. J’ai travaillé avec le commissaire espagnol et ai envoyé à M. Colbert mon procès-verbal. Le conseil a confirmé le règlement provisionnel

que je fis au mois de 1676, du consentement du directeur du

convoi de Bordeaux1.

Au mois de janvier 1677, j’ai reçu ordre du roi d’informer de la mort prétendue violente du nommé Martin, valet de Sainte-Croix, fameux empoisonneur. Son père , son frère et quelques autres parens ont été entendus et donnent des indications qui méritent d'être suivies.

Le aa février, à quatre heures quarante-deux minutes du soir, ma femme est accouchée, à Montauban, d’un premier fils, qui a été tenu sur les fonts par deux pauvres, et nommé Nicolas-Joseph. Le i5 mars 1678, les cérémonies du baptême ont été suppléées, ayant été ondoyé le jour de sa naissance.

Le 28 février, mon père m’a proposé de traiter avec M. d’Argouges de la charge de premier président de Bretagne, moyennant ioo,oooH. Elle a 6,oooH d’appointemens du roi, et i2,ooott de la province lorsque les états se tiennent.

tiers française avec leurs voisins d’Espagne, ei aussi l'étendue de terrain où s'exercait cette liberté. (Voy. dans l'État de la France de Boulainvilliers, le mémoire de l'intendant de Guyenne, et ici, ta dépêche de Colbert à Foucault en date du 8 juillet iG8î.)

1 On appelait à Bordeaux droit de convoi une perception Gscale levée sur le sel

et sur plusieurs autres denrées. On présume que ce droit tirait son nom de ce qu'il aurait été établi après la reprise de la Guyenne sur les Anglais en 1 653 , et qu'on en aurait appliqué le produit à l'entretien de navires armés pour convoyer les bâtiments marchands le long des eûtes et les protéger contre les attaques des Anglais.

Le 28 février 1677, mon père m’a cédé des effets pour la somme de 1 00,000 tt qu’il m'a promis par mon contrat de mariage.

Le 7 avril 1677, j’ai congédié le nommé Gendron que M. de Châteauneuf m’avoit donné pour secrétaire, qui prenoit à toutes mains et sans aucun ménagement. Il répondit aux reproches qu’un de ses amis lui faisoit qu’il n’étoit pas venu en Gascogne pour y apprendre la langue *.

Au mois d’avril 1677, j'ai été commis par arrêt du conseil, avec deux trésoriers de France de Montauban, pour achever la confection du papier terrier des domaines du roi*.

Le 3 mai 1677, j’ai porté ma plainte à M. de Châteauneuf du manque de respect que le sieur de Rabastcins avoit marqué pour moi dans un Te Deam, où il avoit refusé de sc lever et de me suivre avec les autres officiers du présidial après la cérémonie achevée. 11 a reçu ordre de me venir faire des excuses en présence du premier président de la cour des aides, du vicaire général de M. l’évêque, et des consuls, mais il s’est tenu caché pour ne pas exécuter cet ordre.

Le 27 juin 1677, j'ai reçu une lettre de cachet, par laquelle le roi témoigne au sieur de Rabasteins qu’il est mal satisfait de la conduite qu’il a tenue à l’égard de M. l'évêque de Montauban et au mien, et lui enjoint de se mieux comporter à l’avenir, à peine d’être interdit des fonctions de sa charge.

Le sieur Laflitau, procureur du roi du présidial de Montauban, ayant offert aux habitans de Moissac de les faire exempter de quar-

' Répétition. ■ Au mois d'avril j’ai été obligé de me défaire d'un secrétaire nommé Gendron que M. de Châteauneuf m’avoit donné , l'ayant convaincu de plusieurs exactions faites de plusieurs particuliers dont il exigeoit de l'argent, même des communautés. »

* On appelait terrier ou papier terrier, en style de droit féodal, le recueil des foi et kooimage , aveux et dénombrements, déclarations et reconnaissances passés à

une seigneurie par les vassaux , censitaires, empli y téo tes et justiciables. Le domaine royal possédait dans toute l’étendue de la France une foule de seigneuries détachées, dans l'administration desquelles il s’était glissé une grande confusion. Pour y mettre de l'ordre, Maiarin résolut, en i65q (règlement du a6 mors) , de faire faire un terrier complet des domaines du roi. C'est ce travail que Colbert fit continuer. (Voy. notre introduction.)

DE NICOLAS-JOSEPH FOUCAULT, lier d’hiver, moyennant t,5ooH, le roi l’a interdit des fonctions de sa charge au mois d'octobre i O77.

J’ai jugé le procès le 7 novembre, au présidial de Villcfranche, aux nommés Pujol frères, célèbres voleurs et meurtriers dans les montagnes de Rouergue, à Aubrac, du côté de l’Auvergne, U n’y en a eu qu’un de pris, qui a été exécuté sur les lieux. — Vid. le jugement1.

Dans le même mois, j’ai condamné au présidial de Villefranche deux faux monnoyeurs, l’un à être pendu et l’autre aux galères, et un soldat à être pendu à Moissac, pour avoir exigé de l’argent de son hôte et volé dans une foire.

Le 9 novembre, j’ai jugé au présidial de Villcfranche le procès criminel à trois gentilshommes nommés d’Albignac frères, et leurs complices, pour meurtres, assassinats, violences publiques et autres crimes commis dans la ville de Nant, située dans le haut Rouergue, en vertu d’un arrêt du conseil du 27 novembre 1676. Le chevalier d’Aire a été condamné à être rompu vif, Ferrière d’Arrigas et la Talvègne, d’avoir la tête tranchée , et plusieurs de leurs complices à être pendus, d’autres aux galères, leurs maisons démolies. L’exécuteur de la haute justice ayant mal fait son devoir, un des pendus fut tiré vif de la potence, et ayant été au cabaret pour réparer ses forces, quelques-uns des archers qui avoient assisté à l’exécution le reconnurent et lui demandèrent si ce n’étoit pas lui qui venoit d’être pendu. (I leur répondit que c’étoit son frère, auquel il ressembloit; mais un d’eux ayant regardé 4 son col et y ayant trouvé les marques de la corde, ils reprirent ce misérable et l’allèrent remettre au gibet dont il s’étoit tiré. Us étoient apparemment ivres, mais, s’ils n’avoient pris la fuite, je les aurais fait punir. Le château de Cantobre a été rasé. Un notaire, âgé de plus de cent ans, avoua qu’il n’a voit jamais passé un acte véritable; on l’amena dans une bière; je ne voulus pas le faire pendre.

1 Voy. sur celte affaire, uo extrait d'une »r/e), t. 1 77bi», p. 34g. Noua le donnons lettre de Foucault à Colbert, du ai mai dans notre appendice.

1677, tiré des Mélangea Colbert (collection

M. Caulet, évêque de Pamicrs, a refusé et fait refuser l’absolution aux officiers et cavaliers qui ont passé l’hiver dans son diocèse, s’ils ne rendoient aux communautés ce qu'ils ont reçu de leur quartier d’hiver; et sur ce qu’ils ont représenté qu’ils n’avoient rien pris que suivant les ordres du roi, il leur a répondu qu’il valoit mieux quitter le service de la guerre que d'être à charge aux peuples.

Au mois de décembre 1677, M. de Châteauneuf m’a envoyé un arrêt du conseil qui enjoint à M. Caulet, évêque de Pamiers, de faire enregistrer à la chambre des comptes son serment de fidélité dans deux mois, pour le lui faire signifier, ce que j’ai fait. II n’a rien répondu; il s’est contenté de m’écrire que l’arrêt lui avoit été signifié.

Le sieur Coras, ministre de Montauban, étant converti 1 , j'ai proposé au roi de donner 600 H de pension à ses deux filles. Leur père avoit 800 n de pension du clergé.

Le roi , ayant prétendu être en droit de nommer des prieures aux monastères de l’ordre de Sainte-Claire, a nommé la dame de Savignac au monastère de Pugel en Quercy. J’ai été commis pour la mettre en possession, et y ayant envoyé le sieur de la Boissière, président en l’élection de Cahors , pour exécuter cet ordre, il a été obligé de faire faire ouverture des portes et a eu de la peine à sc garantir de la fureur de plusieurs filles qui lui ont jeté du sable et de la chaux dans les yeux , et qui l’ont chassé à coups de pierres et de bâton. Ces violences, précédées par celles qu’elles faisoient journellement à la dame de Savignac, leur ont été inspirées par deux cordeliers qui gouvemoient cette maison, sujette à la juridiction des cordeliers. J’ai fait informer de ces violences et mandé à la cour qu’il étoit à propos de transférer dans d’autres couvens quatre religieuses, chefs du parti contraire à l’abbcssc, et qui entretiennent les autres dans la révolte aux ordres du roi. Cet ordre m’a été depuis envoyé, et les deux cordeliers ont été envoyés dans le couvent de leur ordre

1 II était converti depuis 1 665. (Voy. 1 4 jan v. 1 665, dans Dcpping, Corrtsj). adm.

lettre de l'intendant Pellot h Colbert, du sous le règne de Louis XIV, t. IV, p. 3og.)

DE NICOLAS-JOSEPH FOUCAULT, à Auch. Ayant reconnu l’extrême aversion et même le mépris que toutes les religieuses de Puget avoient pour la dame de Savignac, j’ai proposé à M. de Châteauneuf de la tirer de cette maison et d'y envoyer une autre supérieure du même ordre et dont elles connoissent le mérite. J’ai proposé la dame de Camas, religieuse aux Sainte-Claire de Cahors, fille du doyen des trésoriers de France de Montauban.

Le 1 1 mars 1678, j’ai payé à M. Langlois de Montliyon 3,5ooH que je lui devois par acte sous seing privé du 5 janvier 1671 , reconnu devant notaire le 6 des mêmes mois et an.

Le 3o mars 1678, mon père a vendu à M. Pussort, conseiller au conseil royal, la maison qu’il avoit à Fontainebleau, appelée le Pavillon de l’hôtel de Guise, que M. le duc de Guise avoit donnée à mon père, cette vente faite pour le prix de 4.ooott. Mon père m’a dit plusieurs fois que M. Pussort s’étoit engagé à me remettre cette maison par son testament, ce qui n’a pas été fait, cette maison ayant passé à ses héritiers après sa mort.

Le a 3 avril, ma femme est accouchée à Montauban d’une première fille. Elle a été tenue sur les fonts par deux pauvres et a été nommée Marie. Elle est venue au monde fort contrefaite par la faute de sa mère qui , pour ne pas devenir trop épaisse , se faisoit serrer le corps à force. Elle est religieuse à Jarcy.

Au mois de mars 1 678, j’ai fait saisir, en vertu de l’arrêt du conseil du 37 novembre 1677, tous les revenus de l'évêché de Pamiers qui sont dans le département de Montauban, et, comme il y en a une partie située en Languedoc, j’ai envoyé à M. Daguesseau une copie collationnée de cet arrêt. M. de Pamiers ayant appris cette saisie, il a fait venir celui qui étoit chargé de la faire, pour lui représenter qu'il ne pouvoit, sans offenser Dieu mortellement, exécuter cette commission, ce qui m’a obligé de mander à M. de Châteauneuf la nécessité qu’il y avoit d’empêcher que ledit sieur évêque ne prenne connoissance des

affaires où le roi a intérêt et qu’il n’entre à l’avenir aux états dont il est président-né.

Le 16 mai, j’ai reçu un ordre du roi qui interdit à M. de Pamiers l’entrée aux états du pays de Foix.

Au mois de mai 1678, les jésuites ont entrepris de rebâtir le collège de Montauban , ruiné pendant les guerres et pour les fortifications faites en 1 65a. Le roi les a aidés.

Au mois de juin 1678, il y a eu des contestations entre les officiers du présidial de Montauban et les trésoriers de France pour le rang dans l’église lors des cérémonies. Avant l’établissement de la cour des aides à Montauban, le présidial marchoit avant le bureau des finances, mais le roi ayant réglé que, lorsqu’il y a une compagnie supérieure dans une ville , le bureau des finances la suit immédiatement aux processions et aux Te Deum, le présidial qui avoit précédé le bureau souffroit impatiemment ce changement et ne se trouvoit point aux cérémonies. M. l’évêque de Montauban s'en plaignit à la cour, qui m’envoya un ordre au mois de juillet pour obliger le présidial à marcher après le bureau.

Le 26 août 1678, M. de Pomponne, secrétaire d’état, m’a écrit une lettre très-gracieuse par laquelle il me remercie de la manière honnête dont j’ai traité les affaires qui concernent l’établissement des bureaux des saisies mobiliaires qu’il avoit procurés au public *.

Le sieur de Sigognac, gentilhomme de la religion prétendue réformée, de Montauban, qui avoit été commis par le roi pour juger avec les intendans des contraventions aux édits de pacification dans l’étendue de la généralité de Montauban, étant décédé, j’ai proposé à

1 II s'agil ici de bureaux publics établis par un édit de septembre 1674 {Isambert, I. XIX, p. 146) pour remédiera l’inconvénient des séquestres et gardiens insolvables ou infidèles, et en général incapables de répondre des objets saisis et placés sous leur surveillance. Par cet édit, le roi accorde à M. de Pomponne, sccré

taire d’étal, la faculté d’établir des bureaux dans toutes les villes et bourgs du royaume, «pour mettre en sûreté toutes

• les saisies mobiliaires , et les déposer es

• mains de commis fidèles et capables d'en « répondre , » et lui abandonne « pour quel-

• ques années tout ce qui pourra provenir «dudit établissement. •

M. Le Tellier, chancelier, la personne du sieur d’Alteyrac, gentilhomme de Montauban, pour remplir sa place.

Au mois d’août 1678, j’ai fait commettre le sieur de Villcmade, gentilhomme de Montauban , pour remplir la place de conseiller de la religion prétendue réformée, vacante par la mort du sieur de Sigognac , pour juger avec moi les affaires qui concernent l’exécution des édits de pacification.

La déclaration de la paix avec les Hollandois1 a été publiée au mois de novembre.

Il est arrivé quelque désordre sur le sujet des tailles dans les paroisses de la généralité de Montauban qui confinent à l'Auvergne, dans le mois de novembre 1678. Pour punir les révoltés, on y a envoyé le régiment de cavalerie de la Rablière.

Le i5 décembre 1678, j’ai reçu une lettre de M. de Louvois qui me marque que le roi a résolu de réduire les compagnies des régimens de cavalerie qui sont dans la généralité de Montauban à 4o hommes et de réformer les cornettes. M. du Saussoy, brigadier de cavalerie, a été chargé de cette réforme.

Le a4 décembre, j’ai reçu une pareille lettre pour les dragons.

Au mois de décembre, j’ai demandé à M. de Châteauneuf et à M. Colbert un arrêt pour faire le procès aux coupables de quinze meurtres, commis dans le haut Rouergue depuis six mois.

Il s’est fait pendant cette année et la suivante une recherche contre les consuls qui ont traité de l’étape avec les troupes.

Au mois de décembre 1678, j’ai condamné en trois années de bannissement le nomme Mazard, pour avoir fabriqué de la fausse poudre, quoique les anciennes ordonnances le condamnent à mort3.

La cour des aides de Montauban ayant voiüu prendre connoissance des affaires qui regardent les dettes des communautés, j’en ai écrit à M. le chancelier Le Tellier, qui m’a envoyé un arrêt qui en attribue la juridiction aux intendans et l’interdit aux cours des aides. J’en ai

1 La paix avait été lignée à Nimègue , 1 ’ Cet alinéa eut raturé dan» le manus-

dans la nuit du 1 0 au 1 1 août 1 678. crit.

aussi écrit à M. Colbert auquel j’ai fait voir que j’ai fait levenir des sommes considérables aux villes de la généralité dans lesquelles j’ai envoyé des commissaires pour faire rendre les comptes aux consuls. Une seule communauté a été déchargée de 60,000 H.

Au mois de janvier, j’ai reçu une déclaration qui défend la saisie des bestiaux, même pour les deniers du roi *.

J’ai aussi reçu un arrêt du conseil qui exclut les habitans de la religion prétendue réformée des charges politiques de la ville de Montauban, et ai proposé à la cour d’en rendre un pareil pour toutes les autres villes.

Le 22 février 1 67g, j'ai mandé à M. Colbert que je croyois à propos de permettre le cours des monnoies étrangères dans le royaume, mais qu'il se débiloit un grand nombre de pièces de 4 sois fausses dans mon département, qu’on pourrait réduire cette monnoie, qui est d’un bas aloi, à 3 sols 4 deniers. Il a été réglé par un arrêt la quantité de pièces de 4 sols qui peuvent entrer dans les payemens.

Le 26 avril, j’ai mandé à M. de Châteauneuf que M. l’évêque de Rodez donnoit son consentement à l’établissement d’un couvent d’Ursulines dans la ville d’Entraigues, dont le seigneur pourvoirait à la subsistance, et que j’attendois les ordres pour cet établissement. L’ordre pour cet établissement m’a été envoyé.

Madame la duchesse d’Arpajon ayant prétendu que l’on avoit voulu empoisonner son mari fort avancé en âge, elle en a fait informer et emprisonner des domestiques contre lesquels il s’est trouvé de grands indices. Il demeurait au château de Sévérac en Rouergue. M. d’Arpajon est décédé le 26 avril 1679, et par son testament il a exhérédé

1 H résulte de la correspondance de Colbert (circulaire du 6 janvier 1679, dans Depping , Corresp. admin. I. III , p. 37) , que la déclaration n’était pas aussi absolue que le prétend Foucault. La saisie pour

les deniers du roi n’était pas complètement interdite; mais il était recommandé aux officiers du fisc de l'éviter autant que possible. (Sur toute cette question, voy. notre introduction.)

le fils du marquis d'Arpajon , son fils, et a institué sa fille son héritière universelle, ce qui a produit de grands procès dans la suite1 * * *.

J’ai été commis après la mort de M. d’Arpajon pour apposer le scellé à Sévérac où il est décédé, mais le juge mage de Rodez l’avoil fait et travailloit à l’inventaire lorsque je m’y suis transporté. M. le marquis d’Ambres5 avoit envoyé le lieutenant de ses gardes avec cinquante hommes pour se saisir du château , mais je les ai fait retirer.

Le roi m’a renvoyé au mois de les contestations entre

madame la duchesse d'Arpajon, mademoiselle d’Arpajon et madame la marquise d’Arpajon au sujet du séquestre des biens de la succession de M. le duc d’Arpajon. Le fond du procès a duré pendant longues années, et enfin les biens ont été adjugés à mademoiselle d’Arpajon, en vertu du testament de son père.

Au mois d’avril, j’ai fait présent à M. Fouillac des Conciles du Louvre5, du père Labbe, en reconnoissance des médailles et des voyages qu'il a faits pour voir les manuscrits deMoissac et autres curiosités*.

Au mois d’avril, j’ai été commis par arrêt du conseil pour faire le procès au sieur Garrisson, ci-devant greffier du bureau des finances de Montauban, pour soustraction d'actes de nomination et de cautionnement de quelques commis aux recettes des tailles. C’étoit le plus riche religionnaire de la ville de Montauban.

1 Le a A Avril 1 65g . Catlierine-IIcn-

rietle <1 Harcourt, alors âgée de trentesept ans , était devenue la troisième femme de I-ouis . duc d’Arpajon. Agé de

plus de misante ans. L’année suivante, elle mit au monde un enfant qui mourut au berceau, et, le 17 mai 1660, le fds du duc d'Arpajon et de sa première femme , Jean-Louis d'Arpajon, fut exhérédé par son père. Il mourut avant lui, laissant un

Bis. En 1661, la ducliessc d'Arpajon de-

vint mère d’une fille , au pro&l de laquelle le duc d'Arpajon exhéréda encore son

petit-&ls. C'est ce qui donna lieu au procès dont parle Foucault.

' François deGelas de Voisins, marquis d' Ambres, lieutenant général de la Haute- Guyenne , avait épousé . en 1 660 , Charlotte de Vemon de Bonneuil , veuve de Jean- Louis d'Arpajon , fds du duc d'Arpajon.

’ Désignation ordinaire d'un ouvrage dont le titre exact est : Conciliorum omnium gencraliam et provincialium collectio rtgia. Parûiis, e typographia rtgia , i64A> In-fol, 37 volumes.

* Voy. l’introduction.

Au mois de mai, ia paix avec l’Empereur a été publiée.

Le a8 juin 1679, j’ai mandé à M. Colbert que le chevalier de Brouès, prévenu d’une infinité de crimes, pour lesquels il étoit intervenu plusieurs jugemens de mort, et entre autres un de M. Pellot, contre lui, continuoit de commettre des vols et des violences dans l'Armagnac, d'avoir même volé l’argent de la recette ; j'avois donné plusieurs ordres aux vice-sénéchaux de l’arrêter, mais qu’ils n’avoient osé le faire, ledit Brouès marchant toujours accompagné de plusieurs coupe-jarrets; et sachant qu’ils étoient enfermés dans le château du sieur de Saint-Léonnard , l’un de leurs complices, je m’y suis transporté moi-mème, et après qu’ils ont eu fait mine de se vouloir défendre et soutenir un siège, ils se sont tous rendus, et je les ai lait conduire en prison. J'ai proposé d’établir un vice-sénéchal à M011tauban. M. Colbert, sollicité par M. l’archevêque de Toulouse, parent de Saint-Léonnard, a assoupi cette affaire et a été le seul du conseil qui n’a pas approuvé que je me suis transporté moi-même devant le château.

Au mois de juin 1679, j'ai fait emprisonner le sieur de Saint- Léonnard, gentilhomme, accusé de plusieurs crimes, et entre autres d’avoir enlevé l'argent de la taille, sur les grands chemins, des mains des consuls qui le portoient à Montauban. Il se tenoit dans son château et se mettoit en défense contre les prévôts. J’allai l’y assiéger moiiucnic et le fis mettre en prison. J’envoyai les informations et le procèsverbal de capture à M. Colbert et à M. de Chàteauneuf, secrétaire d’état de la province. M. Colbert prévint M. de Chàteauneuf et rapporta l’affaire devant le roi, ayant été sollicité par M. de Carbon, archevêque de Sens et de Toulouse \ parent de Saint-Léonnard, avec lequel il traitoit une affaire importante et qui lui tenoit au cœur pour sa famille. Le procès fut renvoyé par arrêt du conseil devant les juges ordinaires.

Le 1 a juillet 1 679, j’ai mandé à M. Colbert qu’il étoit convenable

1 Jpan de Montpeint de Carbon, archevêque de Toulouac, puia de Sens en 1674. mort en i685.

et meme nécessaire d’achever le bâtiment commencé par M. Bcrtier, évêque de Montauban, pour le logement de l’évêque, les religionnaires ayant démoli l'ancienne maison épiscopale, qui même avoit été enfermée dans les fortifications de la ville. J’ai évalué la dépense à faire à a 0,000 H.

Au mois de septembre 1679, j’ai proposé â M. Colbert de planter des arbres le long de la rivière du Tarn, hors la ville, pour conserver le terrain que la rivière emportoit et pour faire un cours sur une esplanade.

J’ai fait arrêter, par ordre de la cour, le vicomte de Vaillac, accusé d'un assassinat qualifié dans la ville d’Agen , et d'avoir enlevé la femme d’un de ses parens, au mois de novembre 1679.

Le 9 novembre, j’ai justifié le président Caulet, frère de M. de Pamiers, et son fils, auprès de M. de Châteauneuf. On les accusoit de donner de mauvais conseils audit sieur évêque, ce qui ne s’est pas trouvé véritable.

J’ai fait chanter, le 20 décembre, le Te Deam pour la paix générale1.

En exécution d’un arrêt du conseil, j’ai jugé avec les commissaires du domaine de Montauban un insigne faussaire nommé Catalan, dit Fabre; il faisoit un commerce public de faux actes qu’il fabriquoit luimème, qu’il a débité dans le comtat d'Avignon, dans le Lyonnois, le Dauphiné , Provence et Languedoc, qui ont donné lieu à une infinité de procès. Il avoit fabriqué plusieurs dénombretuens. Il a été condamné à être pendu; préalablement appliqué ù la question, il a tout avoué. Il avoit tiré de la seule ville de Montauban i,5ooH de deux gentilshommes.

Le roi a fait imposer sur toutes les paroisses de la généralité de Montauban 66,000 H, pour le bâtiment de la maisou épiscopale de Montauban.

M. l’évêque de Vabres1 ayant, de son autorité privée, fait sortir de

1 Le» derniers traités qui achevèrent la ’ Louis de Baradat. pais de Nimègue sont d'octobre 1679.

Saint-Aflrique les Cordeliers, le roi m’a envoyé un ordre pour les y rétablir.

Le sieur Postcric, exempt de la prévôté de l’hôtel', ayant servi en cette qualité MM. Tallemant, Hotmail , Le Jay , Pellot et de Sève, intendant de Guyenne, j’ai prié M. de Châteauneuf de m’envoyer un pareil ordre pour le faire servir auprès de moi dans les occasions où j’en aurai besoin. Il m’a envoyé cet ordre.

On a travaillé pendant le cours de cette année à rendre la rivière du Lot navigable; c’est le sieur de la Feuille qui a donné les dessins et fait les plans des ouvrages.

J’ai proposé de réparer les deux ponts de Cahors qui menaçoient ruine, et qui auroienl coûté plus de 200,000 M s’ils étoient tombés; qu’on pourroit les réparer moyennant /io,oooN.

Le 1 “■ septembre , mon père, ayant choisi sa sépulture ù l’Assomption, a passé un contrat avec [les religieuses], par lequel elles lui ont accordé un caveau dans leur nouvelle église, moyennant i,3ooH qui leur ont été payés.

Le 3 décembre, ma femme est accouchée à Paris d’une troisième fille , nommée Marianne, morte à Paris le 20 mai 1 685, et est inhumée à l’Assomption.

J’ai proposé le mariage de ma sœur Angélique avec M. de Montbrun1 * * * * * * * 9, lors conseiller au parlement de Toulouse et depuis président. 11 a épousé depuis la sœur de M. d’Armenonville en troisièmes noces.

M. Desnos, qui avoit épousé la sœur de mon père et qui jouissoit

1 On appelait exempts, dam l'ancienne

organisation militaire , des cavaliers exemp-

tés du service de simple soldat et chargés ,

comme nos sous-o (liciers, de commander

en l’absence ou par délégation des capi-

taines et des lieutenants. La prévôté de

l'hôtel du roi était un tribunal ayant juri-

diction dans la maison du roi et soin de

la police à la suite de la cour. Les gardes de la prévôté de T hôtel formaient une

compagnie et procédaient, sous le commandement de leurs exempts, à des arrestations et autres actes à opérer eu exécution des ordres du roi et des arrêts du conseil.

* Jean-Louis de Laurency, marquis de Montbrun, président à mortier au parlement de Toulouse, épousa Marguerite- Thérèse Flcuriau d’Armenonville.

DE NICOLAS-JOSEPH FOUCAULT, du don mutuel qu’ils s'étoient fait, étant décédé, j’ai eu pour ma part, dans la succession de ma tante, a,66oM.

Au mois de j’ai prêté cinq louis d’or à M. le duc d’Elbeuf ’,

qu’il ne [ m’a ] pas rendus.

M. le cardinal Portocarrero, ayant passé en Guyenne, fut visité par le sieur Caulet , neveu de l’évêque de Pamiers, et ce cardinal ayant appris que son revenu étoit saisi, il dit au neveu qu’il pourrait tirer sur lui telle lettre de change qu’il voudrait, et qu’il l’acquitterait.

M. de Chàtcauncuf m’a envoyé l'arrêt du parlement de Pans qui reçoit le procureur général appelant comme d’abus des ordonnances rendues par M. l’évêque de Pamiers. Je le lui ai fait signifier.

Au mois de février [ i G8o] *, M. l’évêque de Pamiers a donné une nouvelle ordonnance d’excommunication contre les pourvus en legale de bénéfices dans son diocèse; elle a été suivie d’une autre par laquelle il ordonne des processions et des prières pour apaiser la colère de Dieu sur son diocèse. H a excommunié le sieur Patarin, pourvu en régale d’un canonicat de Pamiers, au mois de mars.

Au mois d'avril, il a monté en chaire, revêtu de ses habits pontificaux, pour renouveler et publier lui-même les excommunications qu’il avoit déjà fulminées contre les pourvus en régale, leurs fermiers, sous-fermiers, procureurs et autres, au nombre desquels il a ajouté les commissaires et exécuteurs des ordres de Sa Majesté. J’ai écrit à M. l'archevêque de Toulouse pour faire lever cette excommunication, mais j’ai mandé à M. de Châleauneuf qu'il étoit bien nécessaire que le roi prit d’autres voies pour prévenir les suites de l’opiniâtreté dudit sieur évêque.

1 Charles de Lorraine, troisième du nom , duc d'Elkcuf, pair de France, gouverneur de Picardie, né en i6ao, mort à Paris le à mai 169a.

1 Ce qui suit anticipe sur l'année 1680 des mémoires , et fait double emploi avec le morceau qui vient ci-dessous, intitulé

AJJ'twrs de lu régale; mais nous n’avons pas craint de nous écarter de l'ordre chronologique adopté, et de laisser quelques répétitions, alin de donner autant que possible, dans son ensemble et dans ses détails, cette importante affaire.

5't MÉMOIRES

J’ai reçu ordre de faire arrêter le sieur de la Borde , promoteur de Pamiers; mais il n’a pas paru dans la ville.

J’ai fait signifier à M. de Pamiers deux arrêts du parlement de Paris, qui reçoivent M. le procureur général appelant comme d'abus des ordonnances d’excommunication rendues par M. de Pamiers. Le premier arrêt ordonne la suppression du libelle qu’il a fait publier contre le droit de régale; le second reçoit appelant comme d’abus le procureur général, des ordonnances qu’il a rendues contre les pourvus en régale dans son diocèse, après les avoir communiquées à M. l’archevêque de Toulouse. J’ai écrit à M. de Cbâteauneuf que je croyois à propos que M. de Toulouse allât lui-même à Pamiers pour rassurer les peuples par sa présence, et qu’il y réitérât la levée de l’excommunication.

M. l’évêque de Pamiers est mort le 10 août'. Incontinent après sa mort, le sieur d’Aubarède, archidiacre et nommé vicaire général, le siège vacant, quoique Sa Majesté eut nommé le sieur Paucet à l’archidinconé, comme vacant en régale, est monté en chaire le 18 août, et auroit renouvelé les excommunications prononcées par le défunt évêque contre les pourvus en régale, nonobstant la signification des a nets du parlement de Paris, faite le i3. M. l’archevêque de Toulouse, qui pouvoit le faire mettre en prison, s’est contenté de faire dresser procès-verbal de cette entreprise par le sieur de Malenfant, mon subdélégué, sur lequel procès-verbal j’ai mandé à M. de Chàteauneuf qu’il étoit bien nécessaire que le parlement décrétât, mais que le plus court remède ctoit d’envoyer un évêque à Pamiers. Les anciens chanoines ont fait courir le bruit qu’il avoit été fait des miracles après la mort de M. de Pamiers, ayant prêché qu’il ne falloit pas prier Dieu pour son âme, mais l’invoquer comme un saint. En effet, le peuple se jeta sur le corps et le dépouilla de ses vêtemens qui furent déchirés et emportés comme des reliques, ayant même jeté des pierres aux régalistes. J’ai enjoint aux officiers des lieux de contenir le peuple. J’ai même mandé à M. l’archevêque d’envoyer un

1 La Gazette de France dit le 7.

ecclésiastique sur les lieux, qui eût caractère pour pouvoir réprimer l’insolence de ces chanoines révoltés.

Sur le fondement des ordonnances du père d’Aubarède , les curés ont chassé scandaleusement de leurs églises les fermiers de l’évèché et du chapitre, et les empêchent, par toutes sortes de voies, d’exploiter leurs fermes.

Le 29 août, j’ai reçu un ordre du roi qui relègue le P. d’Aubarède à Gergeau, et suis parti le lendemain malin pour me rendre à Pamicrs, pour faire élire un vicaire général. J'y ai trouvé les esprits fort préoccupés que le roi alloit abandonner le droit de régale, depuis que les anciens chanoines ont fait courir des copies d’un bref du 1 7 juillet dernier, par lequel le pape mande à défunt M. de Pamiers que Sa Majesté envoie à Rome M. le cardinal d’Estrées pour lui faire connoitre ses sentimens sur la régale , et l’exhorte à persévérer dans la défense des droits de son église. L’éloignement du P. d'Aubarède, qui a obéi à l’ordre du roi , étoit nécessaire pour désabuser le peuple. J’ai dressé un procès-verbal, qu’il faut voir, de ce que j’ai fait à Pamiers, et ai été d’avis de reléguer le P. Rech, nommé, conjointement avec d'Aubarède, vicaire général, le sieur Cbarlas, prêtre séculier, qui a travaillé à toutes les ordonnances, lettres et écrits qui ont paru sous le nom de M. de Pamiers, et qui étoit alors l’unique conseil des anciens chanoines, comme aussi le nommé Gaudé, vicaire perpétuel de Notre-Dame-du-Camp, qui s’est ouvertement déclaré le persécuteur des pourvus en régale, après quoi il falloil ordonner à tous les régalistes de se rendre incessamment à Pamiers, pour y desservir leurs bénéfices, étant en plus grand nombre que les anciens chanoines.

J’ai trouvé, dans les papiers du P. d’Aubarède, un mémoire en forme de journal de ce qui s’est passé au sujet de la régale depuis le 1 2 janvier dernier jusqu'au dernier jour de juillet. Il étoit fait mention, dans ce journal, de deux évêques que M. l’archevêque de Toulouse assure être MM. de Rieux et de Lecloure. J’ai marqué encore qu’il falloit éloigner un chanoine tTAlby, nommé Ferrier, chea qui se

sonl assemblés et s'assembloient journellement les gens de la cabale pour prendre leur résolution sur les affaires de la régale. C’étoit un homme savant, mais factieux, auquel M. l’archevêque d’Alby n’a jamais voulu donner d’emploi dans son diocèse.

J’ai découvert l’imprimeur qui a imprimé le traité de la régale de M. de Pamiers. J’ai été d’avis que le parlement fit informer contre lui , et ai prié M. de Cbàteauneuf d’écrire à M. l’archevêque de Toulouse d’agir avec un peu plus de fermeté qu’il ne faisoit. Il avoit rendu une ordonnance par laquelle il commettoit un ecclésiastique pour faire fonction de grand vicaire, comme il en avoit le pouvoir par le concile de Trente, faute par le chapitre de s’être assemblé pour en nommer un; mais ledit sieur archevêque n’a pas voulu faire signifier cette ordonnance, sous prétexte qu’il avoit appris que l’affaire de la régale s’accommodoit à Rome.

Vid. toute la suite de mes lettres de 1680 à M. de Cbàteauneuf.

Le 4 septembre 1 680 , j’ai mandé à M. Colbert que je m’étois transporté à Pamiers pour faire exécuter l’ordre du roi qui enjoint au P. d’Aubarède, soi-disant vicaire général de Pamiers, le siège vacant, de se rendre à Gergeau. Ce religieux avoit renouvelé les excommunications prononcées par le défunt évêque contre les pourvus en régale. Tous les corps ecclésiastiques et séculiers adhéroient aux maximes du défunt évêque, à la réserve des jésuites et des cordeliers, les officiers séculiers et le peuple n’osant communiquer avec les pourvus par le roi , parce que les prédicateurs le défendoient dans leurs sermons et que les confesseurs leur refusoient l’absolution; à quoi j’ai ajouté que le moyen le plus efficace de rétablir la paix dans ce diocèse étoit d’y envoyer au plus tôt un évêque.

Au mois de septembre 1 680 , j’ai fait un second voyage à Pamiers, pour y faire arrêter un ancien chanoine et en faire partir d’autres, relégués en plusieurs villes éloignées. J’ai mis en possession le vicaire général nommé par M. l’archevêque de Toulouse.

J’ai fait arrêter, à Pamiers , un imprimeur accusé d’avoir imprimé le traite de la régale qui a paru sous le nom de M. l’évêque de Pamiers.

Le parlement de Paris a rendu un arrêt portant que le chapitre de Pamiers s’assemblera pour nommer un vicaire général à la place des PP. Aubarède, Rech et Cerles, non valablement nommés par le chapitre, sinon qu’il en sera nommé un par M. l’archevêque de Toulouse; ayant reçu ordre de faire en sorte que le chapitre ne s’assemblât point, afin que, ce droit de nommer étant dévolu à M. l’archevêque, il puisse nommer M. de Léon, nommé à l’évêché de Pamiers, pour vicaire général. Cerles a été nommé vicaire général par les réformés.

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