‹ Mémoires de Nicolas-Joseph FoucaultChapitre 27 sur 115 · LETTRE DE FOUCAULT A SON PÈRE · texte numérisé non relu

LETTRE DE FOUCAULT A SON PÈRE

A Poitiers, ce 3* novembre 1 685

Les gentilshommes de la R. P. R. du haut Poitou s’assemblèrent hier ici au palais. Je leur fis entendre les intentions

1 Angélique n'élait que la seconde fille de Foucault; l'aînée était Marie, née le

a3 arril 1678. (Voy. plu» haut, p. 45 ) * Écrite en marge et difficile 4 lire.

des relaps qui se cantonneront dans leurs maisons et serviront de ministres à leurs familles, et l’on ne sauroit parer à cet inconvénient que par une déclaration interprétative.

Il est bon que M. Pussorl soit informé de ce bon office; mais il faut que ce soit par tout autre que par vous, et que son fermier lui en donne avis. Il a son secrétaire, M. Hersan, qui est trésorier de France au bureau de Poitiers; il faudroit voir si vous ne pourriez rien pour lui, cela plairait fort à son maître. 11 faut tâcher de conserver son amitié par toutes voies. Si M. Boucherai ne l'avoil exclu par son antiquité, on lui aurait dû donner sa place, et, s'il venoit à manquer, l’on peut enfreindre de suivre l’ordre du tableau ; mais , en tout cas , ce chancelier-ci ne le poussera pas comme faisoit le défunt1, qui étoit mordant et à qui un bon mot n’échappoit jamais. Il le respectera , an contraire , car tout le monde demeure d’accord que

1 Le chancelier Le Tellier.

du roi et leur représentai le mieux qu’il me lut possible combien ils avoient intérêt de s’y conformer. Il y eut peu de conversions; mais il y en a beaucoup d’ébranlés et qui se font une fausse honte de renoncer publiquement à une religion où ils sont exhortés par les chefs de parti à persévérer. J’en ai taxé d’office aux tailles une trentaine. Il ne me reste plus que deux élections où les départemens ne sont pas encore faits. J’ai diminué la paroisse de M. Pussorl, qui est la plus soulagée de toutes. Ses métayers ne payent presque point de taille. J’ai cru qu’il étoit plus à propos de lui laisser donner avis de cette diminution par son homme d’affaires que de le lui donner moi-même.

L’aînée des filles que j’ai ici mourut hier; il y avoit trois semaines qu’elle étoit malade. Son mal a commencé par la petite vérole et a fini par un flux hépathique. Ce sont des pertes qui deviennent fréquentes dans ma [famille]. Dieu conserve ce qui reste 1

Ce sera un grand repos pour vous et un grand avantage pour votre famille, si vous pouvez être une fois défait des papiers de la chambre de justice.

Nous attendons tous les jours des nouvelles de l’événement de la maladie de

M. Pussort primera au conseil, M. le chancelier. 11 sera difficile , s’il vient n’y ayant personne qui en ap- à manquer, de bien remplir cette place.

proche. Au surplus, M 1 Pussort l’occuperoit dignement et re-

avoit donné d'étranges impres- ,, .

. . .. lèveroit lort le cœur a la laimlle de

sions de vous au défunt, dont il

lui échappoit toujours quelque M' Colbert. Je n oserois en mon particupetit mot, car il se laissoit étran- lier espérer que ce bien nous arrive, gement prévenir. Dieu lui fasse paix !

J’avois prévu que cette clause, La dernière clause de l’cdit de révoqui ma paru d’abord mal en- cation de celui de Nantes nous fait un tendue, pourroit faire des em- d désordre ici et arrêle les conver barras. Je crois vous en avoir écrit quelque chose. Je ne doute

pas que l’on n’envoie une dé- Je vous assureral- *’ü vous Plail- de daration interprétative. Il n’eût mes respects, pas été mal à propos que vous F.

eussiez fait vos observations sur

les inconvéniens dont l’exécution peut être suivie, car le sens littéral du dernier article paroît directement opposé à la continuation des conversions, tout cela faute d'explication ou par trop de précipitation , car absolument tant plus l'on examinera cette dernière clause, plus elle se trouvera contraire aux intentions du roi qui sont d’achever (?)* et d’empécher qu'il n’y ait des relaps. La suite le va faire voir si l’on n’y remédie5.

J’oubliois de vous marquer qu’il est assez à propos de faire mettre deux petites épitaphes à vos deux eofans, l'une à Pau, l'autre à Poitiers; elles ne contien-

droient que deux lignes ; une telle, fille d'un tel et de scs père et mère.

Ces monumeos, qui subsistent longtemps, peuvent être, dans la suite, de quelque usage pour les familles, pour des cas que l’on ne saurait pas prévoir.

F[OUCAl)LT].

Le 8 novembre, M. de Louvois m’a mandé que, le roi ayant été informé que, depuis la révocation de l’édit de Nantes, les religionnaires qui ne se sont pas convertis croient qu’en vertu de la dernière

' Nom illisible, peut être (ht Trine. lire que ces mots : «le retardement de la

* Mot illisible, lu par conjecture. «quittance de l'affaire de Montargis aur,i

’ Suit un alinéa où nous n'avons pu ■ donné lieu à divertir ce fonds. •

clause de ladite révocation ils ne peuvent être pressés de changer de religion, Sa Majesté désire qu’on apporte plus de sévérité pour les obliger à se faire instruire et qu’on y contraigne les gentilshommes et les roturiers par logement de gens de guerre ; que j’informe contre ceux qui insultent les nouveaux convertis, sous prétexte qu'ils se sont trop pressés de changer de religion, pour être punis par des condamnations d’amendes et par la prison; qu’au surplus on se serve le plus qu’on pourra des voies de la douceur et des exhortations contre le gros des nouveaux convertis, pour les engager à faire leur devoir de religion; qu’il faut faire représenter les titres aux gentilshommes dont la noblesse est douteuse, et faire informer contre les véritables gentilshommes qui ont commis des vexations , et qu’enlin on leur fasse à tous entendre qu’ils n’auront ni paix ni douceur chez eux jusqu’à ce qu’ils aient donné des marques d’une sincère conversion.

Le 8 novembre, j’ai fait mes complimens à M. Boucherai sur sa promotion à la dignité de chancelier. Il a été nommé le î" novembre 1 685.

Le îo novembre, le sieur Paulmier, ministre de Saint-Maixent, et des plus accrédités par sa suffisance dans la province, a été le premier qui se soit converti. J’ai proposé à M. de Louvois de lui faire donner une pension; il avoit 6ooH d’appointemens à Saint-Maixent.

Le i5 novembre, j’ai écrit à M. de Louvois pour me justifier des plaintes que plusieurs gentilshommes de la R. P. R. avoient faites, que je leur envoyois des compagnies de dragons entières chez eux et que je les imposois aux tailles.

Nonobstant ces plaintes, M. de Louvois a mandé à M. de Vérac d’envoyer la moitié d’une compagnie dans une seule maison, et il a fallu faire vendre leurs meubles lorsque les vivres et le fourrage a été consommé; c’est ce que je n’avois jamais voulu souffrir.

Le roi n’a pas voulu que l’on envoyât des gens de guerre chez M. d’Olbreuse, frère de madame la duchesse de Zell1.

1 Éléonore Desmicr, fille d'Alexandre sé, en i665, Georges-Guillaume deBruns- Desmier, seigneur d’OIbreusc, avait épou- wick, duc de Zell et de Lunebourg.

Le roi a écrit aux parlemens que son intention éloit que ceux qui ne se mettroient pas en devoir de recevoir les sacreniens lorsqu’ils seroient en danger de leur vie fussent punis de la peine des relaps, ce qui a été fait pour remédier aux inconvénicns de l’article de l’édit de révocation de celui de Nantes, dont ils infèrent que le roi veut qu’on les laisse vivre et mourir dans leur religion.

Mais j’ai mandé à M. de Louvois que, le Poitou étant fort éloigné de Paris, il sera difficile que le parlement puisse faire des exemples, qui ne sont utiles qu’autant qu’ils sont prompts; que c’est la raison qui a porté Sa Majeté, nonobstant la déclaration de 1679 et l’édit de 1680 adressés au parlement, d’ordonner, par un arrêt du 8 juin 1682, que le procès seroit fait par M. de Bâville aux relaps du Poitou. J’ai envoyé à M. de Louvois un projet d’arrêt pour m’attribuer une pareille connoissance.

Au mois de novembre, le sieur Rocas, ministre du Breuil, s’est converti à l’âge de 86 ans. C’est le deuxième de la province qui ait pris ce parti, tous les autres ayant passé en Hollande et en Angleterre.

Le 29 novembre, j’ai reçu un ordre du roi pour faire arrêter le sieur de la Massaye et l'envoyer au château d’Angers. Il s’étoit signalé par ses menées auprès des gentilshommes de la R. P. R. U ne s’est pas trouvé chez lui.

M. le marquis de Mauzé, qui se tient en Aulnis et qui a des terres en Poitou, m’est venu prier de ne lui point envoyer de logemens de gens de guerre, et qu’il ailoit faire son abjuration à Paris.

M. de Louvois m’a mandé, par sa lettre du 17 novembre 1 685 , que l’intention du roi est que les dragons demeurent chez les gentilshommes de la R. P. R. du bas Poitou jusqu’à ce qu’ils soient convertis, qu’on leur laisse faire le plus de désordre qu’il se pourra.

Le 2 2 novembre 1 685, M. de Louvois m’a mandé que le roi avoit accordé une pension de 900** au frère de M. de Vérac, sur ce que je lui ai écrit.

Le 27 novembre 1686, M. de Louvois m’a mandé de faire donner

trois pistoles aux cavaliers de la R. P. R. qui se convertiront, et deux à chaque soldat.

Le roi a envoyé M. d’Asfeld en Poitou, au mois de novembre 1 685, pour loger les troupes chez les religionnaires.

Au mois de novembre, il a couru un bruit à Paris que les religionnaires de Poitou m’avoient assassine.

Le 37 novembre i685, ma femme est accouchée d’un deuxième fils, tenu sur les fonts par M. Dugué et par mademoiselle Foucault, ma sœur. Il a été nommé Guillaume, du nom de son parrain. Il a été nourri à Poitiers. Quand j’ai quitté Poitiers, en 1689, je l’ai laissé entre les mains d'une bourgeoise de Poitiers. J’ai mis Henriette dans l’abbaye de Saint-Jean, et la dernière fille à Dissais1. Peu de temps après je Gs venir le garçon et la dernière GUe à Paris, où elle fut envoyée à Jarcy, et le garçon conduit à Nanterre, le 1 5 juin 1690.

M. de la Massaye s’étant absenté, M. de Louvois m’a mandé, par sa lettre du 10 décembre i685, que, s’il ne se présente dans peu de temps, il faudra faire raser sa maison.

M. de Villette, parent de madame de Maintenon, s’est converti à Niort, le ao décembre 1 685*.

Il y a eu deux cent onze genstilshommes qui se sont convertis depuis le 20 novembre jusqu’au 20 décembre.

Le 27 décembre t685, M. de Louvois m’a mandé de faire mettre en prison les religionnaires chez lesquels il n’y aura plus de quoi nourrir les dragons, et faire raser les maisons de ceux qui s’absenteront.

Au mois de décembre, M. de Vérac a envoyé des dragons chez les gentilshommes de la R. P. R. du Poitou.

Au mois de décembre, j’ai reçu des ordres de M. de Louvois, de

1 Maison de campagne que Foucault avait louée,

’ 1 Le roi donne au marquis de Vil- • lette, cousin germain de madame de

> Maintenon , et chef d'escadre, une pension de 3.ooo *. Il s' cal converti depuis ■ peu. • ( Journal de Dont) eau , 10 mars • 686.)

faire raser quelqu’une des maisons de gentilshommes de la R. P. R. qui refuseront de s’instruire. J’en ai fait raser une appartenant au sieur de Chambray.

Au mois 1 685, j’ai demandé au roi deux régimens d’infan-

terie, pour s'en servir en cas de besoin contre les religionnaircs opiniâtres et séditieux.

Je n’ai pas été d’avis que l'on fit le procès aux relaps qui se sont convertis.

Le roi [a] accordé, sur mes remontrances, t58,320H de diminution sur les impositions du Poitou, pour 1 686 , dont il y en a 5o,oooH pour les nouveaux convertis.

Le i* janvier, M, de Louvois m’a envoyé un arrêt du conseil qui défend aux médecins de la religion prétendue réformée d’exercer leur profession.

Le 8 janvier, j’ai reçu une lettre de cachet pour faire transférer la dame de Vervant, du couvent des Ursulincs d’Angoulème dans l’abbaye de Puybcriand, en Poitou; depuis, elle a été conduite à l’abbaye de la Trinité de Poitiers, et ensuite au Port-Royal à Paris.

Le roi ayant été informé que les ministres qui sont sortis du royaume, en exécution de l’édit du mois d’octobre dernier, ont résolu d’y revenir, déguisés en marchands et en cavaliers, pour séduire les nouveaux convertis, que ceux qui servoient de ministres dans une province doivent aller dans une autre qui en soit fort éloignée, Sa Majesté désire que je n’oublie rien pour en découvrir quelqu'un , pour en faire une punition qui prévienne leur mauvais dessein.

Le 9 janvier, M. de Louvois m’a envoyé un ordre du roi, sur mon avis, pour envoyer le sieur de la Chauvinière, gentilhomme de la R. P. R. du Poitou, au château de Pierre-Encise, cela pouvant contribuer à sa conversion.

M. de Louvois m’a écrit, le 1 2 janvier, que, le roi ayant considéré que la plus grande partie des soldats suisses et autres étrangers de

Au mois de janvier, j'ai fait planter des arbres le long de la rivière du Clain, depuis l’abbaye de Saint-Cyprien , dans l’étendue de six cents toises, pour servir de promenade aux habitans de Poitiers, et l’année suivante j’ai fait revêtir le côté de la rivière.

Au mois de janvier, tous les religionnaires de Poitiers et de Châtellerault étoient convertis, et il en rcsloit dans la province environ cinq à six cents prisonniers ou fugitifs qui ne l'étoicnt pas.

Au commencement de février 1686, il ne restoitpas cinq cents religionnaires en Poitou , encore tous fugitifs ou prisonniers.

Le sieur Bérard, prêtre, avoit un talent particulier pour élever des perdrix. Il les faisoit couver par des poules; il les rassembloit au son d’un petit tambour pour les repaître, et il les conduisoit devant lui, partout où l’on vouloit, comme des poules d’Inde. J’en ai fait conduire par ce prêtre à Chambord, à Versailles et à Meudon.

Le sieur de Saint-Philbert , gentilhomme des plus considérables en biens, s’est converti aussi bien que la dame de la Lourrie, ce qui a attiré un grand nombre de conversions. La prison éloignée a plus attiré de gentilshommes à l'Église que les dragons; c’est la prison qui a converti le sieur de Gagemont.

La reine Jeanne de Navarre faisoit condamner à l’amende les catholiques qui alloient à la messe; mais j’ai mandé à M. de Louvois qu’il valoit mieux se servir du ministère des dragons pour obliger [les] nouveaux convertis d'aller à la messe les dimanches, que de la voie de l’amende dont il restoit des vestiges dans les suites.

Les prêtres de l’Oratoire , que M. l’évêque de Poitiers avoit fait venir pour faire la mission dans son diocèse, ont refusé d’aller prêcher dans les bourgs et villages, prétendant qu’ils avoient été envoyés pour prêcher seulement dans les villes. Je l'ai écrit à M. de Louvois.

J’ai mandé à M. de Louvois qu’un obstacle considérable aux conversions, dans plusieurs paroisses, éloit la vie scandaleuse des curés, que les évêques ne peuvent ranger à leur devoir par des procédures régulières, à cause des appels comme d’abus de leurs ordonnances. Je lui ai envoyé les noms de trois de ces curés pour les envoyer dans

le séminaire de Richelieu, qui est très-réglé; c’est le seul moyen de les mettre à la raison. Cet ordre m’a été envoyé.

J’ai demandé à M. de Louvois un arrêt qui me commette pour faire le procès aux religionnaires qui se mettent en devoir de quitter le royaume, et lui ai mandé que j’allois faire l’instruction de celui du sieur de la Massaye.

Le 8 février 1686, M. de Louvois m’a envoyé plusieurs exemplaires de la manière dont on doit faire usage du remède trouvé par le prieur de Cabrières pour les descentes, Sa Majesté l’ayant rendu public depuis la mort dudit prieur *.

J’ai reçu un ordre du roi, du 8 février 168G, pour faire conduire au château de Pierre-Encise les sieurs de Vesançay, de Mauroy et de Gagemont, gentilshommes de la R. P. R. du Poitou, attendu leur opiniâtreté à ne se point convertir.

Ayant proposé à M. de Louvois de faire assister de quelque argent les religionnaires fugitifs qui reviendroient en France, il m’a mandé, par sa lettre du 1 3 février, que le roi 11e juge pas i propos de leur faire distribuer de l'argent par son ordre , à cause des plaintes que pourroient faire ceux qui se sont convertis de bonne grâce, qu’ils seroient moins bien traités que les autres; mais que le roi trouvera bon que j’emploie jusques à i5o ou 200 pistoles à cela, connue si c’étoit de mon argent, et que, sur le mémoire que j’en enverrais de mois en mois, il m’en ferait rembourser.

Le 38 février 1686, j’ai écrit à M. Le Pelletier que la dépense à faire pour les réparations et augmentations des églises du seul diocèse de Poitiers où il y a des nouveaux convertis, qui contient presque les deux tiers du Poitou, reviendroient à 46,485H, et qu’il faudrait un second fonds pour les diocèses de la Rochelle et de Luçon.

1 • Le prieur de Cubrière» , qui était « venu à i* cour pour donner au roi tou»

• ses secrets , mourut ici. Le roi a une

• partie de scs remèdes, mais il y en a

so

• beaucoup de perdus par sa inoil. • {Journal de Danyn ni, afl novembre i685, à Versailles.)

Le roi ayant établi des ateliers publics pour faire travailler les pauvres aux chemins, M. Le Pelletier a augmenté, sur mon avis, le fonds destiné pour le Poitou de a 0,000 tt, au mois de février 1 686.

J’ai reçu un ordre du roi du a mars 168G, pour envoyer madame deVérac, femme de M. de Vérac, lieutenant général du haut Poitou, dans un monastère.

J’ai reçu une lettre de M. de Seignelay, du 3 mars 1G86, par laquelle il me marque que l’intention du roi est d’empêcher les religionnaires de sortir du royaume, aussi bien que les nouveaux convertis, et que, pour cet effet, il faut établir des gens de confiance sur les côtes de Poitou, qui puissent empêcher leur embarquement ; que le roi pourvoira à cette dépense. Je lui ai envoyé un état de ce qui restoit encore de religionnaires en Poitou.

Le 4 mars 1686, M. de Louvois m’a mandé que l’intention du roi étoit de faire augmenter les églises du Poitou, qui, par la quantité de nouveaux convertis, ne peuvent contenir ceux qui doivent assister au service divin. Sa Majesté désirant, pour cet effet, que je fasse faire au plus tôt les plans, devis et marchés nécessaires, et que je lui envoie un état de ce [que] cela devra coûter pour mettre cette année les églises en l'état porté par lesdits devis, le tout de concert avec MM. les évêques, et de régler la dépense de manière quelle n’engage Sa Majesté qu’à ce qui sera absolument nécessaire pour que les habitans de chaque paroisse puissent avoir le couvert.

Le 4 mars, M. de Louvois m’a écrit que, le roi ayant été informé que, dans plusieurs paroisses où il y a des religionnaires, les curés qui, auparavant leurs conversions, pouvoient se passer de vicaires, ne pouvoient plus le faire, Sa Majesté désiroit que je conférasse avec MM. les évêques pour savoir comment on pourroit pourvoir à ces besoins, soit en obligeant les gros décimateurs à entretenir des vicaires, ou en chargeant les curés qui ont un revenu suffisant de le faire, ou les habitans d’y contribuer; que, si aucun de ces moyens ne se trouve praticable, Sa Majesté veut bien entrer dans cette dépense, et que j’aie à lui mander sur cela mon avis.

DE NICOLAS- JOSEPH FOUCAllLT. 155

M. de Louvois m’a écrit, le 10 mars 1686, que le roi ne vouloit pas que l’on contraignit los nouveaux convertis à aller à la messe par amende, mais qu'on envoie loger chez eux des gens de guerre.

Au mois de mars 1686, le roi établit un séminaire à Poitiers, et prit pour cet effet la maison bâtie par Pinet, receveur général des finances de Poitiers, que M. Rouillé fit pendre pour ses concussions. M. de Bàville avoit occupé cette maison depuis quelle avoitélé confisquée, et la fit donner aux prêtres de Saint-Lazare pour le séminaire.

Le 9 avril 1686, j’ai jugé au présidial de Poitiers et condamné à être traîné sur la claie le cadavre d’une femme du lieu de la Motte , qui , ayant abjuré l’hérésie depuis trois mois, a refusé, avant de mourir, étant en pleine connoissance et liberté d’esprit, de recevoir les sacremens, nonobstant les instances de son curé.

M. Le Pelletier m’a écrit, le 1 4 avril 1 686, que le roi trouvoit bon, suivant mon avis, que je fisse distribuer aux pauvres du Poitou le bled que M. de Bezons, intendant d’Orléans, avoit fait voiturer à Cbâtellerault , par forme d’aumône, et que, pour éviter que les intendans des autres provinces ne demandassent de pareilles grâces poulies pauvres de leur département, je pourrois faire entendre aux peuples que ce soulagement que l’on procure aux pauvres provient d'une amende dont Sa Majesté m’a permis de disposer en leur faveur.

Le aa avril 1686, M. de Barbezieux m’a envoyé une ordonnance du roi portant que les cavaliers, dragons et soldats qui se marieront i l’avenir, seront déchus de l’ancienneté qu’ils auront acquise jusques au jour de leur mariage.

Au mois d’avril 1686, le sieur Bérard, vicaire de la paroisse de qui élevoit des perdreaux pour les jeter dans le parc à Ver-

sailles, en a porté, par mon ordre, à M. de Louvois pour Meudon.

Madame de Vérac a été mise dans un couvent, au mois d’avril

Madame de Vervant, qui avoit été transférée de l’abbaye de Puyberland en celle de la Trinité de Poitiers, étoit retenue de se convertir par la crainte qu’elle avoit de son mari, qui étoit passé en Angle-

terre, et qui lui écrivoit des lettres menaçantes sur ce changement de religion. C’étoit un homme très-violent qui avoit épousé [en premières noces] la sœur de madame de Vervant, violentée par sa mère, et qui mourut le jour même de ses noces par la frayeur qu’on lui avoit donnée de l'humeur de M. de Venant. Madame de Vervant promit de se convertir s’il paroissoit qu’elle y eût été contrainte, et pour cet effet elle fut conduite à Paris par mademoiselle Foucault, ma sœur, et mise au couvent du Port-Royal, où elle a fait son abjuration.

Le i 8 mai 1 686, j’ai proposé à M. Le Pelletier de faire donner par le roi au sieur Paulmier, ministre exemplairement converti , la charge de conseiller au présidial de Poitiers [vacante] par la mort du sieur Rapaillon, en perte d’office, et qui n’a laissé ni veuve ni enfans.

Le 1 9 mai 1 686, M. le chancelier Boucherai m’a mandé qu’il étoit informé que les règlemens faits pour les chancelleries près les compagnies supérieures et celles des présidiaux, bailliages et sénéchaussées, n’y étaient pas exécutés, mais que les officiers créés pour les exercer n'y faisoient aucune résidence, et que le sceau du roi n’y étoit point tenu avec dignité. II me marque de lui faire savoir si, dans tous les sièges de la généralité de Poitiers, il y a des officiers pourvus des offices créés par l’édit de 1 55 y 1 et autres suivans, et de leur faire représenter leurs provisions pour voir si les noms ne sont point en blanc ou s’ils n’ont point été rayés pour en substituer d’autres.

Le roi ayant résolu de venir à Baréges, dont les eaux avoient été jugées propres au mal qui a produit l’opération qu’on lui a faite, M. de Louvois m’a mandé, le 22 mai 1686, de faire raccommoder les chemins de son passage. Ce voyage n’a pas été fait1.

Au mois de mai 1686, j’ai rendu un jugement au présidial de Poitiers contre six religionnaires qui ont 'été arrêtés en l’île de Ré,

' Nous uc trouvons, ni en >557, ni •près, aucun édit auquel on puisse appliquer ce qu'indique ici Foucault. Peutêtre y a-t-il une erreur de date, chose assez fréquente dans scs mémoires.

1 Sur le projet de voyage du roi à Baréges , voy. le Journal de Dangcau , du 2 1 au 2 7 mai 1 686 , et , dans notre appendice , les dépêches de Louvois des 22 et 27 mai 1686.

voulant passer à l'étranger. J’ai condamné aux galères perpétuelles deux gentilshommes et un avocat, et trois femmes au bannissement perpétuel, qui n'est pas une peine pour des fugitifs; aussi ai-je proposé au roi de faire mettre ces trois femmes dans des couvens. On a voulu dire que la confiscation de corps et de biens, qui est la peine indite par l'édit de révocation de celui de Nantes contre les religiounaires qui quitteroient le royaume, étoit la mort; mais elle ne peut être entendue que du bannissement perpétuel, qui est une véritable confiscation de corps et de biens, la peine de mort demandant une prononciation plus expressive et qui ne doit point être équivoque; autrement, les femmes scroient condamnées à des peines plus fortes que les hommes.

Au mois de mai, j’ai fait distribuer, par ordre du roi, des bleds aux pauvres de Poitou.

Le i* juin 1686, j’ai écrit à M. l’archevêque de Paris que le fonds pour les missionnaires du Poitou étoit épuisé; que le clergé pourroit nous secourir d’un fonds pour continuer nos missions; qu’on pourroit tirer des missionnaires de la province, sans en faire venir d’étrangers; que la maladie du roi avoit refroidi le zèle des nouveaux convertis, mais que sa guérison l’a réchauffé.

J'ai écrit une pareille lettre à M. le chancelier le 10 juin 168G.

J’ai condamné au sénéchal1 de Fontenay le cadavre d’une femme nouvelle convertie et qui avoit refusé, en pleine connoissancc, de recevoir les sacremens avant mourir, à être traîné sur la claie. J’ai demandé la confiscation de ses biens pour ses enfans, qui font leur devoir.

Ayant fait mettre en prison le nommé Tesnon, nouveau converti, qui avoit gardé chez lui sa mère, sa fille, son beau-frère et deux de ses valets, religionnaires, et qui avoit déclaré à mon subdélégué qu’il ne les ferait point convertir, M. de Vérac, nouveau lieutenant de roi du haut Poitou, envoya ses gardes le tirer, à force ouverte, de la pri-

&c. Il veut dire i U sénéchaussée.

son, parce que ce Tesnon étoit fermier de M. Le Coq, beau-frère de M. de Vérac. J’en ai porté mes plainles à M. de Louvois, qui ne m’a procuré aucune satisfaction de cette entreprise.

Au mois de juin, j’ai obtenu un fonds pour faire travailler aux réparations du palais de Poitiers, dont la salle est très-grande.

Le 18 juillet 1686, j’ai rendu des témoignages favorables de la conversion du sieur Paulmier, ministre de Saint-Maixent , pour le faire distinguer dans la distribution des pensions du clergé, il avoit 600 w d'appointemens comme ministre; M. Pélisson1 m’a mandé que le roi lui avoit accordé 4oo ** de pension , et que le clergé lui donneroil le surplus de ce qui est accordé aux ministres convertis par l’édit qui supprime celui de Nantes.

Je lui ai mandé que nos nouveaux convertis faisoient leur devoir, qu’on ne les pressoit pas de s’approcher des sacremens, crainte de profanation; qu’il n’avoit pas paru qu’il s’en fût commis aucune depuis leur réunion.

Le . . juillet 1 686, j’ai reçu un ordre du roi , par le canal de M. de Croissy, pour envoyer à Arles le sous-prieur de l’abbaye de Saiut- Cyran. 11 étoit accusé de grandes correspondances et intrigues avec des personnes suspectes d’opinions nouvelles.

M. de Seignelay m’avoit mandé, au mois de juillet 1686, qu’il falloit empêcher les ânes de couvrir les cavales au-dessus de treize panmes, mais je lui marquai que ce serait ruiner absolument le haut Poitou, attendu que le commerce des mulets est ce qui y porte beaucoup d'argent , et que les paysans se déferaient de leurs grandes cavales, s’il ne leur est pas permis de les faire couvrir par des ânes. Les mulets qui en viennent se vendent , à neuf mois, jusques à 1 So*1, et étant aussitôt enlevés aux foires par les Auvergnats et les Béarnois , au lieu que les poulains à pareil âge ne se vendent au plus que a 5 à 3o écus, encore faut-il qu’ils soient de belle espérance. Le même

1 Pélisson, l'ancien commis de Fou- «quelques pensions pour les nouveaux

quet, «étoit maître des requêtes; il avoit «convertis. » (Journal de Dangeau , 7 fé-

• soin des économats et étoit chargé de vrier 1693.)

avis avoit été donné à M. Colbert, qui jugea à propos de laisser les choses en l’état où elles étoient, c’est-à-dire de laisser la liberté, aux paysans de faire couvrir leurs cavales par des ânes, de quelque hauteur qu’elles soient. J’ai cependant fait couper et même confisquer plusieurs petits chevaux.

J’ai proposé à M. Le Pelletier, par ma lettre du 7 août 1686, de faire des gratifications aux receveurs des tailles qui ménagent leurs paroisses; et, comme j’ai remarqué, dans la visite que je venois de faire des élections, que le sieur Besse, receveur des tailles de Poitiers, et le sieur du Coudray, receveur des tailles de Mauléon, avoient apporté beaucoup d’application à soulager les paroisses et à diminuer les frais, j’ai proposé à M. Le Pelletier de leur donner à chacun mille livres, ce que le roi a eu agréable.

J’ai reçu une lettre de M. de Seignelay, du 2 3 août 1686, par laquelle il me mande que le roi a été informé que, dans plusieurs villes et bourgs du Poitou, il y a un grand nombre de vagabonds et gens sans aveu qui commettent des vols et autres crimes, et que, comme ces sortes de gens doivent être arrêtés et conduits aux galères sans autre forme de procès. Sa Majesté désire que je donne les ordres nécessaires aux prévôts de les faire arrêter, afin qu’on les puisse faire attacher aux premières chaînes qui iront aux galères.

Le 22 octobre 1686, le roi m’a permis d’aller faire un voyage à Paris.

Les nouveaux convertis, ayant toujours peine à s’approcher des sacremens, en ont moins à entendre la prédication; mais la plupart des curés n’ont pas de talent pour les prêcher convenablement, et j’ai proposé à M. de Louvois d’envoyer des prédicateurs bons coutroversistes, que l’on distribueroit dans les cantons où il y a nombre de convertis, et surtout dans les lieux où il y avoit des temples, qui prêcheroient les dimanches à la manière des ministres, c’est-à-dire qui expliqueroient l’Evangile et feroient des prières à la fin de leurs sermons, comme il se pratique en plusieurs endroits. Ils s’accoutumeront, par cette méthode, aux mystères de notre religion.

Le 2 4 octobre , M. de Louvois m’a mandé que le roi vouloit bien entretenir, jusques à la Pentecôte, douze ou quinze prédicateurs extraordinaires dans les paroisses du Poitou où il y a des religionnaires.

Les 28 et 3i d’octobre 1686, j'ai proposé au roi de faire croiser, sur les côtes de Saint-Michel en l’Erme, une chaloupe pour empêcher les religionnaires de sortir du royaume, [ ]* et me prie

de faire acheter cette chaloupe et d’y mettre neuf hommes pour la conduire.

Le dernier octobre 1686, j’ai mandé à M. de Seignelay que le roi avoit pris une voie sûre d’assurer la conversion des gentilshommes, en leur donnant des pensions et plaçant leurs enfans.

Le 4 novembre, je suis parti pour Paris, et ai été de retour à Poitiers le 1er janvier 1687.

Je demandai audience au roi pour lui rendre compte des affaires de la religion, la veille de l’opération qui lui fut faite, et dont il n’avoit communiqué la résolution qu’à peu de personnes. Il me dit qu’il ne pouvoit me la donner le lendemain, et, lorsqu'il commença à être visible, et tjue j’allai lui faire mon compliment sur sa convalescence, il me dit : « Vous voyez présentement la raison qui ne m’a voit

* pas permis de vous donner audience. » Je lui répondis:» Sire, cette » raison m’a fait trembler dans ce temps-là, pour le mal que Votre

* Majesté a souffert; mais le courage avec lequel elle a affronté l’opé-

* ration m’en a fait espérer l’heureux succès qu’elle a eu1 * * * 5. »

Le roi, sur ma représentation, a accordé des gratifications à mes suhdélégués pour les peines et les dépenses qu’ils ont faites à l’occasion des conversions.

Le 24 novembre, M. de Montcspan m’a écrit une lettre, par la-

1 II y a quelque chose doublié, qui read

le reste peu intelligible. « El me prie» in-

dique peut-être une réponse ministérielle.

* La grande opération fut faîte au roi

le 18 novembre 1686. (Voy, Récit de la

grande opération faite eu roi Louis XIV, en 1686, par M. Le Roi, bibliothécaire de la ville de Versailles, dans le tome V des* Mémoires de la société des sciences naturelles de Seine-et-Oise. )

quelle il m’a offert 20,000 écus sur le bruit qui a couru que je voulois traiter de la charge de premier président à Toulouse.

Au mois de novembre 1686, le roi a rendu un arrêt qui ordonne que tous les procès concernant les saisies et régies des biens des religionnaires ou nouveaux convertis qui sont sortis du royaume soient jugés par les intendans.

M. de Louvoism’a recommandé, par sa lettre du 6 décembre ifi86, le sieur de la Cour, chargé de la régie des droits à prendre sur les chevaux de louage du royaume. Cette affaire a donné lieu è bien des vexations par les extensions qu’on y a données et par la rigueur avec laquelle ces droits ont été levés.

Le 8 décembre 1686, il a été expédié et envoyé, dans toutes les provinces où il y a des religionnaires, une instruction adressée aux commandans et aux intendans, par laquelle le roi leur prescrit la conduite qu'ils doivent tenir à l'égard desdits religionnaires pour l’exécution des édits, déclarations, arrêts du conseil et ordres de Sa Majesté. Cette instruction, qui leur recommande surtout la modération dans les punitions qu’ils seront obligés de faire, est très-bonne en elle-même , mais il ne faut pas compter quelle demeure secrète ; et [elle] porte le caractère d’un relâchement très-préjudiciable aux affaires de la religion, dans un temps où les cœurs des nouveaux convertis ne sont pas encore fortifiés dans la communion avec l’Eglise romaine, et seront infailliblement déterminés à reprendre leur créance, persuadés par leurs ministres et par les relaps que le roi n’entend point qu'ils soient contraints d’aller à l’église. Cette instruction doit être jointe au mémoire, avec la lettre que j’ai écrite à mon père, le 21 décembre 1687.

• Le Roi, ayant été informé des mauvais effets que produisent les » diverses manières dont on use à l’égard des nouveaux convertis dans - les différentes provinces de son royaume, a trouvé bon de faire • dresser la présente instruction, afin qu’étant envoyée à tous ceux « qui y commandent et aux commissaires départis on icelles, leur

» conduite puisse devenir uniforme à l’egard desdits nouveaux con-

• vertis.

« L’intention de Sa Majesté est que les gouverneurs et scs lieute-

■ nans généraux ou commandans pour elle dans les provinces de "son royaume, et les commissaires départis en icelles, tiennent la « main avec la dernière exactitude à empêcher qu’il ne se fasse au-

■ cune assemblée desdits nouveaux convertis, et que, s’il s’y en fait

■ quelques-unes, les coupables en soient punis des peines portées par > les édits et déclarations de Sa Majesté.

« Qu’ils n’oublient aucun soin ni diligence pour essayer de faire

• arrêter les ministres ou prédicans qui pourraient s’ôtre glissés dans

- les provinces; qu’ils fassent pour cet effet payer exactement les

- récompenses promises par la déclaration de Sa Majesté, du 1er juillet

• de cette année, à ceux qui donneront moyen de faire arrêter les-

■ dits ministres, et tiennent la main à ce que lesdits ministres ainsi

• arrêtés, ou ceux qui, ne l’étant point, se seraient voulus mêler de

■ prêcher, soient punis conformément aux susdites déclarations de » Sa Majesté.

« Qu'ils n’apportent pas moins de soin pour empêcher qu’aucun

• de ceux qui pourraient n’être pas convertis sincèrement ne fassent

• des assemblées chez eux pour y lire la Bible ou y chanter des

• prières, et ne se mêlent d’empêcher les autres nouveaux convertis « de s’affermir dans les pratiques de la religion catholique ; et Sa Ma-

• jeslé trouve bon qu’ils fassent punir par prison, par amende ou par

• logement de gens de guerre, ceux qui auraient commis de pareilles " fautes, desquelles il ne serait pas possible d’avoir assez de preuves « pour leur faire faire leur procès par les juges ordinaires. Elle trouve

■ bon même que ceux qu’ils soupçonneront d’ètre mal intentionnés, « et capables de détourner lesdits nouveaux catholiques de faire leur

• devoir, soient par eux relégués dans des villes de l’étendue de leur

• gouvernement toutes catholiques, et où il n’y ait personne capable

• de se laisser séduire à leurs mauvais discours. A l'égard des femmes, « Sa Majesté leur permet de les envoyer dans des couvens avec la par-

« ticipation des évêques, lesquels couvens ils observeront de choisir « fort éloignés de la demeure ordinaire desdites femmes, afin qu'elles « soient moins en état d’y faire du mal, et en même temps plus mor- « tifiées d’être éloignées de leurs habitudes et de leurs parens.

• Sa Majesté ne juge point à propos que les ecclésiastiques qui

• seront employés par les évêques pour prêcher et instruire lesdits « nouveaux convertis mêlent parmi leurs exhortations aucunes me- < naccs pour les porter à fréquenter les églises ni à s'approcher des » sacremens; et Sa Majesté aura bien agréable que lesdits gouver- « neurs et lieutenans généraux ou commandans, et lesdits commis-

• saires départis dans ses provinces, excitent en particulier les évêques

• de leur département à donner de tels ordres aux ecclésiastiques « qu’ils envoyeront dans leurs diocèses ou à leurs curés, qu’il n’arrive « plus que les susdits ecclésiastiques menacent lesdits nouveaux con- « vertis dans leurs exhortations.

« Sa Majesté ne juge pas non plus à propos que l’on continue à « mettre des inspecteurs à l’entrée des églises pour connoitre ceux

• des nouveaux catholiques qui les fréquentent ou non, et elle estime « qu’il vaut mieux attendre du temps, et des instructions que les évê- « ques prendront soin de leur faire donner, que les nouveaux calho- « liques soient persuadés de fréquenter les églises, que de les y faire > aller par force et par la crainte d’une prompte punition.

• Sa Majesté ne juge pas à propos que lesdits gouverneurs, cura- « mandans ou intendans, donnent à connoitre qu’ils ayent reçu cet « ordre de Sa Majesté, mais bien qu’ils se conduisent à cet égard de « manière qu’il paroisse que ce relâchement vient plutôt de leur « manque de soin et de la distraction que leur cause le reste des alfaires « dont ils sont chargés, que d’un exprès commandement de Sa Majesté. « 11 ne peut être que bon, pour cet effet, que ceux dans les dépar- « temens desquels il y a de ces inspecteurs établis ne les retirent « point tous à la fois, et qu’ils ne fassent ce qui leur est prescrit à cet « égard qu’en quatre ou cinq semaines, retirant les uns sous prétexte « qu’ils ont des assurances de la bonne conduite des nouveaux con-

- vertis d’un district, et les autres parce qu’ils supposeront avoir reçu

• quelques plaintes de la conduite de ceux qu’ils avoient chargés de « ces emplois-là. Ils pourront, en même temps qu’ils en retireront « quelques-uns, ordonner à ceux des anciens catholiques qu’ils esti- > nieront les plus zélés de leur proposer d'autres gens pour remplir « ces emplois, afin que le bruit ne se répande point qu’ils doivent

• les supprimer tout à fait.

« En même temps que lesdits gouverneurs, commandans et com-

• inissaires départis exécuteront ce que dessus, ils doivent observer « de prendre des mesures pour être parfaitement informés du nom « de ceux desdits nouveaux convertis qui seroient assez indiscrets

■ pour se vanter qu’ils ne vont jamais à la messe, qui mangeraient

• de la viande avec ostentation les jours défendus, et qui prendraient « soin de répandre qu’ils sont comme ils étoient auparavant leur abju-

• ration, et se feraient en un mot une gloire de donner un mauvais « exemple, l’intention de Sa Majesté étant que ces sortes de gens soient « punis avec la dernière sévérité, afin que l’exemple qui sera fait en

• leurs personnes contienne les autres et les empêche de tenir une

• pareille conduite, en sorte que des punitions éclatantes, faites de « temps en temps à très-peu de gens, portent les nouveaux convertis

• qui ne le sont pas de bonne foi à se conduire de manière qu’ils ne

• causent aucun scandale.

• Le Roi, ayant reconnu le préjudice considérable qu’a causé au « commerce le soin que l’on a pris de garder les côtes et les frontières

• pour empêcher les nouveaux convertis de sortir du royaume, a ré-

■ solu d’en faire retirer les gardes petit à petit, en sorte que, sous pré-

- texte de la difficulté que les bâtimens de mer auraient à tenir la mer

• dans la saison de l’hiver, et de la trop grande fatigue que la garde

• exacte qui a été faite par le passé dans les passages par terre cause -aux troupes et au peuple, il ne se fasse plus aucune garde pour

• empêcher la désertion desdits nouveaux convertis dans la fin du

• mois de janvier prochain.

L’intention de Sa Majesté est que ceux des commandans de ses

DE NICOLAS-JOSEPH FOUCAULT, provinces auxquels la présente instruction sera envoyée, qui auront des ports de mer dans l’étendue de leur commandement, retirent peu à peu entre ci et ce temps-là les troupes qu’ils ont logées sur lesdites côtes, en sorte qu’il n'y en ait plus aucunes dans la lin dudit mois de janvier prochain.

■ Ils se serviront des prétextes qu’ils jugeront à propos pour retirer lesdites troupes, soit parce qu’il y aura trop longtemps que les lieux ou elles sont en seront chargés, soit parce qu’il y manquera du fourrage, et ils observeront de tenir sur cela une telle conduite que le bruit ne puisse pas se répandre dans les pays où ils commandent que les gardes ont été levées en exécution des ordres de Sa

« Ils ne se mettront point en peine de rien faire dire à ceux qui « commanderont lesdits bàtimens de mer que Sa Majesté a entretenus

• jusques à présent sur lesdites côtes, parce quelle aura soin de leur « faire donner les ordres qui seront nécessaires pour l’exécution de

• ce qui est en cela de sa volonté.

• En meme temps que la discontinuation des gardes qui se sont

• faites sur les côtes donnera plus de facilité de sortir du royaume à « ceux qui en ont bien envie, les commissaires départis dans les pro-

■ vinccs doivent renouveler leurs soins pour faire saisir les biens de

■ ceux qui s’en absenteront, empêcher qu’ils n’en puissent disposer, « et mettre Sa Majesté en état de connoitrc, dans la fin du mois de «mars prochain, en quoi consisteront dans leurs départemens les

• biens de ceux qui se sont absentés depuis le mois d’octobre de «l’année dernière, et qui sortiront entre ci et ledit mois de mars

■ prochain des terres de son obéissance, afin que Sa Majesté le « puisse appliquer aux usages que sa piété et sa prudence lui inspi-

• reront.

• L'intention du Roi est que toujours les peines ordonnées par sa

• déclaration du 29 avril 1686 *, contre les cadavres et les héritiers

1 En voici le texte : • avons pris pour la conversion vie no«

• Louis, etc. quoique les soins que nous «sujets de la R. P. R. nient heureusement

, de ceux qui, à l’article de la mort, refuseront avec scandale les « sacrcmens et déclareront qu'ils veulent mourir dans la religion protestante, soient exécutées avec la dernière ponctualité, et que les • commissaires départis prennent le même soin de l’administration

■ réussi , par la bénédiction que Dieu y a «donnée, la plus grande partie de ceux «qui ont abjuré leur erreur ayant profité

■ des bonnes instructions qui leur ont été

• données , cl rempli les devoirs de bons

■ catholiques, nous apprenons néanmoins « avec rogret qu'aucuns de ceux qui ont

■ fait abjuration ont refusé dans l’extré- «mité de leurs maladies, par des sug- « gestions secrètes , de recevoir les sacre-

■ mens de l’Église, et, après avoir dé- « cia ré qu’ils persistoient dans la R. P. R.

• qu’ils avoient abjurée, étoicnl morts

■ dans leur erreur; et d'autant qu'il est 4 nécessaire d’agir contre la mémoire de « ceux qui ont abusé de la profession pu-

■ blique qu’ils avoienl faite de se réunir à « l’Église catholique, et qui ont été asset

• malheureux de mourir dans cet état, « nous avons estimé devoir prescrire à nos «juges la manière dont ils doivent pour- « suivre et punir un tel crime, et les peines

• qui seront ordonnées contre ceux qui « reviendront en santé après avoir fait pa- « reil refus et déclaration. A ces causes , etc. «voulons et nous plaît que, si aucuns de « nos sujets de l'un et de l'autre sexe qui « auront fait abjuration de la R. P. R. ve* « nnnl à tomber malades, refusent aux cu- « rés , vicaires et autres prêtres de recevoir

■ les sacremens de l’Église, cl déclarent «qu’ils veulent persister et mourir dans « la R. P. R., au cas que lesdits malades

• viennent à recouvrer la santé, le procès > leur soit fait et parfait par nos juges, et

• qu’ils les condamnent, à l’égard des

■ hommes, à faire amende honorable, et «aux galères perpétuelles, avec conlisca-

• tion de biens ; et è l'égard des femmes cl

• ülics, k faire amende honorable et être

• enfermées, avec confiscation de leurs « biens; et quant aux malades qui auront « fait abjuration et qui auront refusé les

• sacremens de l’Église, et déclaré auxdits

■ curés, vicaires ou prêtres, qu’ils veulent « persister et mourir dans la R. P. R. et se- « ront morts dans cette malheureuse dispo-

• silion , nous ordonnons que le procès sera « fait aux cadavres ou & lenr mémoire , en la

• manière et ainsi qu’il est porté par les ar-

• ticles du titre XXII de notre ordonnance

• du mois d’aoùt 1670 sur les matières « criminelles, et qu'ils soient traînés sur la « claie , jetés à la voirie et leurs biens con-

■ ûsqués. Voulons que sur les avis donnés

■ à nos juges par les curés, vicaires ou

■ prêtres, auxquels les refus auront clé

• faits, et sur la déclaration des malades de « vouloir mourir dans la R. P. R. nonobs- « tant leur abjuration, et qu’ils seront morts

• en cet état, nosdits juges informent des- «dits refus et déclarations, et, en cas qu'il

• n’y ait point de juge royal dans le lieu « où iis seront décédés, que les juges des

■ seigneurs ayant haute justice en infor- « ment , pour les informations être envoyées « aux greffes de nos bailliages et sénéchaus < sées d’où ressortissent les juges desdib.

• seigneurs , pour y être procédé à l'entière

■ instruction et aujugemont desdits procès ,

• et, en cas d’appel, en nos cours de par

• lement. •

• des biens de ces sortes de gens-là que Sa Majesté leur a prescrit ci-

■ dessus à l’égard de ceux qui sont déjà sortis du royaume ou qui eu

■ sortiront ci-après. Mais l’intention de Sa Majesté n’est point que l'on « prononce cette peine contre ceux qui par une mort subite auront

• été privés des sacretnens, ou parce que, les accidens de la maladie

• ne les ayant pas laissés dans leur bon sens, ils n'auront pas été en « état de satisfaire à leur devoir sur cela.

• En un mot, cette punition ne doit être mise à exécution que

• contre ceux qui, par le scandale avec lequel ils auront refusé les

• sacrcmens, l’auront rendue absolument nécessaire à leur égard, et

• lesdits commissaires départis doivent exciter de bouche les évêques

• de leur département, ou, en leur absence, leurs grands vicaires, à

• donner de telles instructions aux curés de leurs diocèses , qu’ils ne

■ mènent de juges ni de notaires chez les nouveaux convertis qui

• seront en danger de mort qu’à la dernière extrémité et en cas

• seulement que les malades et leurs parens voulussent se faire un

• honneur dans le public de refuser les sacrcmens; et lesdits curés

• doivent être avertis que, tant qu'ils pourront cacher l’aversion que

• lesdits nouveaux convertis mourans témoigneront de s’approcher

• des sacremens, il vaut beaucoup mieux qu'ils le fassent que de le

• publier par des procédures.

• 11 sera de l’industrie desdits commissaires départis d’avertir de

• bouche de ce qui est en cela de l’intention du Roi les premiers pré-

■ sidens et procureurs généraux des parlcmens de leur département, « aussi bien que les principaux juges en première instance, afin que « le désir d’exécuter les ordres qu’ils croyent avoir ci-devant reçus et « les avantages qu’ils pourroient en tirer en multipliant ces sortes de « procédures ne les portent point à agir avec trop de chaleur ; et

• lesdits commandans et commissaires départis s’expliqueront néan-

• moins de sorte qu’ils ne voient point que l’intention du Roi ne soit

• pas que l’on n’exécute plus la déclaration du 29 avril dernier, mais

• bien qu’elle ne le doit être que contre ceux lesquels, par le scandale

• de leurs déclarations et par les discours de leurs familles, auroient

• pris un trop grand soin de Taire éclater les mauvais sentimens dans

• lesquels ils sont morts.

« Sa Majesté s’attend que l’exécution de ce qui est expliqué ci-

• dessus de ses intentions mettra en état la plupart des nouveaux « convertis, qui sont assez malheureux pour ne l’ètre encore que de » nom, de vaquer à leur commerce et à leurs affaires avec plus de > tranquillité qu’ils n’ont fait jusques à présent; que la douceur qu’ils « y trouveront , et l'impossibilité de jouir de leurs biens quand ils « seront passés en pays étrangers, ôtera à beaucoup le désir qu'ils

• avoient de sortir du royaume, et que, s’il y en a quelques-uns qui

• ne laissent pas de prendre ce parti , ce sera des gens tellement en-

• tétés sur le fait de la religion dans laquelle ils ont été élevés, qu’ils

• ne pourroient manquer d'exciter des séditions dans le royaume et

• nuire beaucoup à la parfaite conversion de ceux qui y resteront.

• Sa Majesté recommande surtout auxdits commandans et cotn-

• missaircs départis de donner tout leur soin pour faire que les « enl'ans desdits nouveaux convertis ne manquent point d’assister aux « catéchismes et instructions qui se feront dans leurs paroisses, les

• jours que le travail nécessaire à l’entretien de ceux qui en auront

- besoin ne les en détournera point.

» Sa Majesté estime que rien ne sera plus propre, pour l’exécution ■■ de ce que la présente instruction contient de scs volontés, que les

• continuels voyages que lesdits commandans et commissaires départis » feront dans les communautés où il y a le plus de nouveaux catho-

• liques, lesquels même ils se pourront partager entre eux, s'ils le « jugent ainsi à propos, afin de les pouvoir visiter plus souvent.

« Ils doivent, dans ces voyages, affecter dans les discours qu’ils

• auront avec les principaux nouveaux convertis de leur insinuer qu’il

- n’y a de parti pour eux que de s’instruire de bonne foi; que, s’ils •• savoient qu’il y eût quelqu’un dans la communauté qui ne fît pas « bien son devoir, et qui, par exemple ou par discours, détournât les « autres de le faire, ils en feroient un tel exemple que personne ne » serait assez hardi pour tenir dans la suite une pareille conduite.

« Ils doivent affecter de caresser ceux qui paroîtront être bien

- intentionnés et convertis de bonne foi, et leur faire tous les plai- « sirs qui pourront dépendre d’eux, en sorte que les discours qu’ils « tiendront aux uns et les bons traitemens qu’ils feront aux autres

- puissent également contribuer à contenir chacun dans son devoir.

■ Ils doivent s’abstenir, dans ces visites, d’ajouter une entière créance

- à ce que les curés ou les missionnaires pourront leur dire , l’cxpé-

• rience ayant fait connoitre que la plupart desdits curés agissent par « passion, et que le trop grand xèle des missionnaires que l’on envoyé

■ dans lesdits pays leur fait souvent se tromper dans leur jugement;

■ et, comme ils n’ignorent pas les aversions que les provinciaux ont

• les uns pour les autres, ils ne doivent rien oublier pour essayer de « ne point devenir les ministres de la passion de ceux qui , sous pré-

■ texte de leur donner des avis, se voudroient mettre en état de « venger leurs querelles particulières.

• Sa Majesté a fait avertir dès l’année passée les archevêques et évé- « ques de son royaume que Sa Majesté les appuyeroit de son autorité

■ pour ôter les curés de leurs diocèses, qui seroient de mauvaises

• moeurs ou que leur ignorance rendroit incapables d'instruire les nou-

• veaux convertis. Sa Majesté apprend avec déplaisir qu’il en reste

< encore plusieurs de mauvaise qualité dans des paroisses où il y a

• beaucoup de nouveaux convertis. Elle aura bien agréable que lesdits

- commandans et commissaires départis ayent une attention particu-

- lière, dans les visites qu’ils feront dans lesdites communautés, à a’in- « former secrètement des mœurs desdits curés et de la satisfaction que

■ les nouveaux convertis les mieux intentionnés témoigneront avoir

■ d’eux, afin qu’ils puissent, lorsqu’ils verront les archevêques ou évê-

< ques des diocèses desquels lesdits curés seront, leur en faire rapport « et les exciter, le plus honnêtement qu’il leur sera possible, à changer

• ceux desdits curés qu’ils auront reconnus n’être pas propres à ins-

• truire lesdits nouveaux catholiques.

« Comme rien n’est plus important que le sens de ce qui est eon-

• tenu en la présente instruction, afin que les mal intentionnés non-

• veaux convertis ne soyent point en état d'en abuser pour inspirer de « mauvais scntimens à ceux desdits nouveaux convertis qui le sont de

• bonne foi, Sa Majesté recommande bien particulièrement à ceux aux- ■ quels ladite instruction sera envoyée, de ne la communiquer à per-

• sonne et de la tenir enfermée en lieu où ils puissent répondre à Sa

• Majesté quelle ne sera point vue.

• Sa Majesté recommande aux commandans desdites provinces de

• concerter avec les commissaires départis en icelles la manière dont

• tous les points contenus en ladite instruction seront exécutés, en « sorte que chacun agissant de concert puisse mieux réussir à la par-

• faite exécution des saintes intentions de Sa Majesté, qui n'ont pour

• but que l’entière réunion de ses sujets à la religion catholique et le

• maintien de la tranquillité, si nécessaire au bonheur des peuples

• soumis à son obéissance.

■ Fait à Versailles, le vin' décembre 1 686.

LOUIS

• LF. TELI.IEB1. »

Le . . décembre 1686, M. de Bas, doyen du parlement de Pau. m’a mandé que sa femme s’étoit convertie, et qu’il eût souhaité que ce grand œuvre eût été mon ouvrage.

En 1 686, le père Dupin, jésuite, a commencé l’histoire de la religion dans le Béarn, mais la mort ne lui a pas permis de l’achever.

11 y a eu, en 1686, une grande mortalité dans les paroisses du bas Poitou; il y avoit la moitié des hahitans de morts dans quelquesunes où j’ai passe. On prétend que ce sont les excessives et longues chaleurs qui font causée; elles sont bien mauvaises dans les pays de marais.

Y ayant eu disette de grains en Poitou, en 1686, j’ai proposé à M. le Pelletier, contrôleur général, d’en faire venir d’Orléans. Il a écrit à M. de Bezons de m’envoyer pour 2,000 écus, ce qui a été

' Contre-seing de Louvois.

exécuté. Je l’ai fait débiter dans les endroits qui en avoicnt le plus de besoin.

En 1686, j’ai reçu ordre d’imposer les gentilshommes religionnaires à la taille, ce qui a produit beaucoup de conversions.

11 y a eu des ordres précis, dans tout le cours de l’année 1 686, de veiller sur les côtes du Poitou à ce que les religionnaires ne sortent point du royaume.

On a fait démolir trente-huit temples en Poitou.

Le roi a accordé 45,ooott pour l'augmentation des églises du diocèse de Poitiers, dans les paroisses où il y a des nouveaux convertis, et, au mois d’août 1687, elle a encore accordé 6,oooHpource qui reste à faire. Le diocèse de Luçon a eu en son particulier 20,000 tt pendant i685 et 1686.

Le sieur de la Chauvinière, gentilhomme du bas Poitou, est celui qui a paru le plus opiniâtre et qui s’est remis volontairement en prison à Niort. Son fils s’est converti; le père a été envoyé à Pierre- Encise.

Les femmes et filles de la H. P. B. craignoient plus les couvcns que les dragons, et il s’en est beaucoup converti de celles que les dragons n’avoient pu convertir, qui n’ont pu résister à l’aversion qu'elle avoient pour les couvens.

La moitié des habitans de Niort étoit de la R. P. h. M. de Villette, parent de madame de Maintenon, et M. de Fontmort, président du bailliage, s’étant convertis, ont beaucoup contribué à la réunion des deux parties des habitans sous une même communion.

Le sieur de la Primaudaye , qui paroissoit à la tête du parti, s’est converti. Je m’étois attaché à chercher les moyens de l’attirer à l’Eglise, et, par les ménagemens que j’ai gardés avec lui, il s’est converti et [al attiré beaucoup de gentilshommes et d’autres personnes, par son exemple, à l’Église. Madame de la Forest, sœur de M. Dangeau, est du nombre, et son exemple a déterminé la conversion de beaucoup de femmes.

Au commencement de janvier 1687, le roi a envoyé des ordres pour faire retirer les frégates qui croisoient sur les côtes du Poitou, de Bretagne et d’Aunis, aussi bien que les gardes qui étoient sur les côtes pour empêcher les religionnaires de sortir du royaume, ce qui a causé du refroidissement parmi les religionnaires aux exercices de la religion, ayant cru que le roi se relâchoit et tolcroit leur sortie. Pour empêcher le mauvais effet de ces ordres exécutés avec trop de précipitation, j’ai continué de faire faire la garde, mais avec moins d’exactitude, et elle n’a cessé de se faire qu’à la lin du mois de janvier.

Le 1 1 janvier 1687, M. de Louvois m’a envoyé des ordres pour envoyer six religionnaires, prisonniers à Poitiers, à Pierre-Encise, et cinq dans la citadelle de Besançon; et les femmes, moitié dans des couvens du diocèse de Beauvais, et moitié dans des couvens de celui d’Amiens.

Ayant mandé à M. de Louvois qu’il s’étoit fait une assemblée de nouveaux convertis du côté de Pouzauges, il m’a écrit, le a 4 janvier 1687, que> s* Ie fait se trouve véritable, je fasse promptement un châtiment si sévère de ceux qui se seront assemblés, que l’exemple qui en sera fait retienne les autres.

Le a 5 janvier, il m’a écrit une autre lettre pour faire le procès à ceux qui se seront assemblés, et pour faire raser les châteaux et maisons où ces assemblées auront été faites.

Le 27 janvier, autre lettre pour faire saisir les biens des ministres sortis du royaume par permission du roi en i 685.

Le a5 janvier 1 687, j’ai proposé de donner des vicaires aux curés qui ont un trop grand nombre de paroissiens, et surtout de nouveaux convertis, pour suffire à leur instruction, comme aussi des maîtres d’école dans les paroisses où il est nécessaire d’en avoir d’habiles à instruire les enfans des mystères et des obligations de la religion.

J’ai fait chanter, au mois de janvier 1687, des Te Deam en ac-

tions de grâces pour la santé du roi , et des prières pour sa conservation.

Au mois de janvier 1 687, j’ai fait partir, suivant les ordres du roi , dix-huit femmes religionnaires pour le diocèse de Beauvais, où elles doivent être mises dans des couvens. J'ai mandé à M. de Louvois qu’il en pardroit encore dix-huit incessamment pour le diocèse d’Amiens, et qu’il y en avoit encore douze à éloigner du Poitou, pour lesquelles j’attendrois les ordres du roi. J’ai reçu ces ordres, qui envoyent ces douze femmes à Besançon et à Lyon. Il y en a une, nommée la dame de Passau, qui s’est convertie à la veille de son départ.

Au mois de janvier 1687, j’ai fait unir le collège de Pigareau1 à celui des jésuites de Poitiers. Les seigneurs de Pigareau ont fondé ce collège. M. le marquis de Cléremhault, dont le nom est de Gillier, est à leurs droits comme seigneur de Pigareau. Ce collège est très-ancien. On a donné 200" de pension au principal, et 5o H à chacun des deux boursiers, leur vie durant. Le roi a donné 3, 000 H pour mettre les bdtimens en état de loger les écoliers nouveaux convertis.

\(. l'évêque de Poitiers auroit souhaité que ce collège, sous le nom de séminaire, eût demeuré sous son inspection; mais le père de la Chaise n’a point voulu passer cet article, disant que les évêques n’ont aucun droit d’inspection sur les collèges des jésuites, et que celui de Pigareau ne porteroit point le nom de séminaire. M. de Cléremhault demandoit aussi que la cession du collège fût faite à condition d’une fondation de quelques prières; à quoi le père de la Chaise s'est encore opposé, les fondations de prières étant absolument défendues par leurs constitutions, ce qui a été inviolablcment exécuté.

J’ai engagé l’Université à consentir à l'union du collège de Pigareau à celui des jésuites. 11 y avoit des oppositions, les jésuites ayant

1 Le P. Amelmo écrit Puyganvau, Le rnarqui» de Clérenibault se nommait René Gillier de Puygarrcau.

des ennemis à Poitiers comme dans les autres villes du royaume , y ayant partout des jansénistes.

Il y a eu information de commodité et incommodité faite par le lieutenant général de Poitiers.

Le i" février, M. de Louvois m’a envoyé une ordonnance de 2,4oow, poür l'entretien des vicaires dans huit paroisses du diocèse de Poitiers, et des maîtres d’école dans les petites villes et bourgs qui ne sont pas en état de les gager.

Le 4 février 1 687, j’ai mandé à M. de Louvois qu’il avoit été arrêté trente à quarante personnes qui s’étoient embarquées avec le sieur de la Gliauvinière, gentilhomme du Poitou. On a prétendu que c’est le sieur de la Uoche-Giflai t, gentilhomme qualifié, qui a des terres sur les confins de Bretagne et de Poitou , qui a sollicité le sieur de la Chauvinière et beaucoup d’autres religionnaires de passer en Angleterre, où il a passé par permission du roi , et qui jouit d’une pension considérable sur le bien qu'il a donné à sa fille en la mariant à M. de Thianges.

Les religionnaires qui se sont assemblés près Pouzaugcs et qui sont prisonniers demandent grâce, et promettent de vivre en bons catholiques, mais c’est pour avoir la vie. Ce sont presque tous cardeurs de laine. C’est par les gens de ce métier que le calvinisme a commencé en France.

Les anciens catholiques des bourgs de Pouzauges et de Moncoulant n'ayant fait aucun mouvement pour empêcher les assemblées des nouveaux convertis, n’en ayant donné aucun avis, et n’ayant voulu administrer aucun témoin de ces assemblées, j’ai proposé au roi d’y envoyer une compagnie de cavalerie.

M. de Louvois m’a écrit, le 9 février, que l’intention du roi est que l’on accable de troupes les lieux dont les habitans ont assisté aux assemblées, et m’envoie un arrêt pour leur faire le procès.

Autre lettre, du i4 février, qui ne veut pas que l’on ait égard aux témoignages de repentir qu’ont donnés quatre nouveaux convertis, arrêtés pour s’être trouvés aux assemblées d’auprès Pouzauges. et que le roi désire qu’on leur fasse le procès.

.VI. de I.ouvois m’avoit mandé qu’il falloit faire démolir les maisons des rcligionnaires qui s’étoient assemblés près Pouzauges; mais .je lui ai marqué que la déclaration du mois de juillet 1686 portoit bien peine de mort, mais non pas la démolition des maisons, et qu’il n’étoit pas permis aux juges d’ajouter des peines à celles portées par les lois, au-dessus desquelles M. de Louvois ne faisoit pas scrupule de se mettre.

J’ai enfin reçu, après avoir longtemps attendu, l'arrêt du conseil qui me commet pour juger, avec les officiers du siège de Fontenay, les nouveaux convertis qui se sont assemblés du côté de Pouzauges. De quatre accusés qui étoient prisonniers, le nommé Bigot, qui faisoit fonction de ministre dans ces assemblées , a été condamné à être pendu , deux envoyés aux galères, et le quatrième banni à perpétuité, le tout suivant qu'ils ont été trouvés plus ou moins coupables1. Bigot, pendant l'instruction du procès, même sur la sellette, avoit paru repentant; cependant il a repris ses erreurs lorsqu’il a entendu la lecture de son jugement. Il n’a point fait de profession publique de la religion dans laquelle il mouroit, il a seulement chanté un psaume; mais, comme il avoit la voix foible, le chant du Salve par le peuple l’a étouffée et on ne l’a point entendue. Il n'a accusé aucun gentilhomme, ministre, ni autre personne de marque; et quoique j’aie mandé à M. de Louvois, par ma lettre du 2 a février, jour de ce jugement, que j'avois cru qu’il suffisoit, pour l’exemple, de condamner le prédicant à la mort, les autres pouvant s'être laissé entraîner dans ces assemblées, cependant il a trouvé que j’avois été trop indulgent, et que je devois condamner les quatre que j’ai jugés à la mort. Je n’ai pas cru que ce fût par ordre du roi qu’il m’ait taxé de trop de doit-

1 Répétition: «Au mois de février, j'ai

• fait le procès à des rcligionnaires du bas « Poitou qui avoient fait des assemblées où

• il y avoit eu des prêches faits par un

• mai ire d'école qui a été pendu, deux « condamné» aux galères, et un quatrième j banni. »

Le Journal de Dangcau, des 3i mai et 21 juin 1713, nous apprend qu'à lu paix dTtrechl Louis XIV accorda à la reine Anne la liberté des galériens français protestants. même de ceux qui étaient condamnés pour d'autres causes que la désobéissance.

ceur, et suis persuadé que c’est de son propre fond qu’il a tiré ce reproche. Je lui ai encore marqué qu’il ne falloit pas chercher ailleurs la cause de cette licence que dans les lettres pastorales que les ministres sortis du royaume écrivoient aux nouveaux convertis; mais il étoit beaucoup moins touché de l’intérêt de la religion que du profit immense que lui apportoit le port des lettres étrangères, et le prétexte dont il se servoit étoit de dire qu’il falloit bien se garder de violer le dépôt des lettres, beaucoup plus sacré pour lui que celui de la religion.

J’ai envoyé à M. le chancelier, le même jour, une copie de ce jugement.

Le. . février 1687, j’ai jugé, avec les officiers du siège de Fontenay, contre des nouveaux convertis qui s'étoient assemblés plusieurs fois en bas Poitou, au nombre de cent personnes, et [avoient] fait pendant la nuit l’exercice de la R. P. R. Le nommé Rigot, promoteur et le prédicant de cette assemblée, a été condamné à être pendu; deux de ceux qui s'étoient le plus signalés dans cette assemblée, aux galères perpétuelles, et le quatrième, moins chargé que les trois autres, au bannissement à perpétuité. Cet exemple étoit nécessaire pour arrêter une licence qui commcnçoit A gagner les paroisses du bas Poitou où il y a des nouveaux convertis.

Le ta février 1687, j’ai demandé à M. Le Pelletier uu fonds de 4 à 5,ooo rt au delà de celui qui a été donné par le roi, pour le distribuer aux pauvres.

Au mois de février, j’ai reçu ordre de faire transporter à Versailles les orangers de la Meilleraye et de Verteuil, que M. le duc Mazarin a donnés au roi. M. de Louvois a voulu, nonobstant les représentations que je lui ai faites, les faire voiturer par les neiges et les glaces. Ils sont arrivés sans feuilles à Versailles et plusieurs morts. Je lui avois mandé que le roi pouvoit prendre des villes en hiver, mais non pas faire sortir des orangers de leurs serres.

La dépense de la conduite des orangers de Verteuil et de la Meilleraye, à Versailles et à Fontainebleau, a coûté g,oooH.

J’ai pensé, au mois de février, à l’acquisition de la terre de Mareuil, en bas Poitou. Elle vient de la maison de la Marck, et a été adjugée à madame la duchesse de Duras.

Le 3 mars 1 687, j’ai mandé à M. de Louvois que le chevalier de Curzay mène une vie scandaleuse, ayant une femme dans sa maison, dont il a eu plusieurs enfans dont un a été baptisé sous son nom; qu’il commet beaucoup de violences dans son canton, dont il est difficile d’avoir la preuve, parce qu’il est fort redouté. On l’accuse d’avoir mis la nuit le feu dans une maison vendue sur lui par décret. M. l'évèque et son curé lui ayant fait plusieurs sommations de chasser cette femme , ses parens n’ont pu l’obliger d’aller servir à Malte, et j’ai été d’avis de le reléguer dans quelque province éloignée du Poitou , et de faire mettre la femme qu’il a chez lui dans un couvent de repenties, les juges ordinaires n’osant pas entreprendre de lui faire le procès.

Le 8 mars 1687, j’ai proposé à madame de Maintenon de faire entrer à Saint-Cyr la demoiselle de la Haye, noble, sans bien, et qui n’avoit que quinze ans.

J’ai reçu une lettre [de M. de Louvois], du 1 1 mars 1687, pour envoyer à Pierre-Encise plusieurs religionnaires qui s’etoient cachés et qui ont été arrêtés, et les femmes dans des couvens des diocèses de Meaux et de Noyon.

M. de Cbâteauneuf m’a demandé, par sa lettre du . . mars 1687, l’arrêt du conseil du 1" septembre 16871, rendu sur l’avis de M. de Bâville, qui donne la préséance aux gentilshommes des baronnies et châtellenies du bas Poitou sur les sénéchaux et juges des seigneurs hauts justiciers, dans les assemblées et cérémonies publiques. Je lui ai répondu que je ne l’avois point trouvé parmi les papiers de l’intendance, et qu’il devoit s’adresser à M. de Bâville qui, apparemment, l’avoit emporté.

Au mois de mars 1 687, j’ai obtenu du roi le don d’une charge de conseiller au présidial de Poitiers, vacante aux parties casuelles, en

1 Erreur de date; d’ailleurs. Foucault avait remplacé Bâville eu Poitou depuis le mois de septembre i685.

faveur du sieur de Chaseau.t, élu à Poitiers, en considération des services qu’il a rendus dans l'ouvrage des conversions. J’ai demandé à M. le chancelier la grâce de le dispenser de venir se faire recevoir à Paris, attendu le besoin que j’en avois pour l'intérêt de la religion. C’est celui de tous les officiers du présidial de Poitiers qui a le plus de probité et d’intelligence , et dont je me suis servi le plus utilement dans toutes sortes d’affaires, étant très-zélé pour le bien public.

Au mois de mars, j’ai affermé la terre de Dissais, appartenant à l’évêché de Poitiers, de M. de Saillant, évêque de Poitiers.

Le. . mars, il m’a été donné une ordonnance sur le trésor royal, de 4,590tt, pour remboursement des frais faits à l’occasion des rciigionnaires arretés et auxquels le procès a été fait.

Le 10 avril 1687, j’ai envoyé quinze femmes huguenotes à Paris, pour les faire mettre dans des couvens.

Le i4 avril 1687, j’ai reçu un ordre du roi pour faire mettre aux filles repenties de Poitiers la femme que le chevalier de Curzay entretient chez lui, et pour le reléguer à Montbrison. J’ai mandé à M. de Louvois qu’il supplioit le roi de lui accorder la grâce d’aller à Malte , où il pourroit subsister, n’en ayant pas le moyen à Montbrison.

Le iG avril 1687, j’ai fait partir pour Noyon seize femmes et filles religionnaircs.

Le roi a accordé, sur ma représentation , aux biles de la congrégation de Notre-Dame de Chûtellerault, G.ooo** à prendre sur les biens saisis des rcbgionnaires, et 6oo** de pension sur le trésor royal; c’est ce que m’a mandé M. de Louvois par sa lettre du 26 avril 1 687.

Parmi les femmes de la R. P. R. qui dévoient être conduites dans des couvens éloignés du Poitou, il s’en est trouvé trop âgées et infirmes pour souffrir la fatigue de ces voyages. Le roi a trouvé bon qu’à mesure quelles recouvreront leurs forces on les mette dans des couvens du Poitou, par la lettre de M. de Louvois du 29 avril 1687.

Le 3 mai 1687, j’ai proposé à M. le chancelier d’établir un professeur de droit françois dans la faculté de droit de l’Université de

Poitiers, comme il y en a dans les autres universités du royaume, et d’en faire pourvoir le sieur Jardel, ancien avocat, consomme dans les affaires du palais.

Par une lettre de M. de Saint-Pouanges, du 1 3 mai 1 687, en l’absence de M. de Louvois, il me mande que le roi désire que je fasse arrêter le sieur des Minières, gentilhomme de la R. P. R. qui tient une mauvaise conduite, et que je l’envoie dans le château de Saumur.

L’office de sénéchal de robe longue à Fontenay-le-Comte , en bas Poitou, a été créé en faveur de Michel Tiraqueau, frère d’André qui a écrit1 *, à condition qu'il dcmeurcroit supprimé par sa mort, ce qui est arrivé. Cet office est demeuré supprimé pendant dix sept années, après lequel temps le roi l’a fait revivre en faveur de Pierre Brisson, lieutenant particulier de Fontenay, frère de M. Brisson, président au parlement de Paris1, originaire de Fontenay. 11 a passé, par sa mort, à ses enfans, jusques à Barnabé Brisson, dernier titulaire, par le décès duquel il a vaqué aux revenus casuels. M. Le Pelletier m’a demandé à quelle somme on pourroit taxer cet office, et je lui ai mandé qu’il pouvoit l’être à 12 à i3,ooott, attendu qu’il a peu de gages, d’émolumens et de fonctions, les partageant avec les autres officiers du siège.

Au mois de mai 1687, j’ai fait arrêter, par ordre du roi, le marquis de Faur, accusé d’avoir maltraité les habitans de ses terres et de plusieurs violences, et entre autres d’avoir été lui-même enlever un paysan dans sa maison et de l’avoir fait attacher â un poteau, où il lui a fait donner les étrivières, pour n’avoir pas voulu lui déclarer le lieu où s’étoit retiré le fermier judiciaire3 du Vigean pour éviter ses violences.

1 Érudit et jurisconsulte, né à Fontenay-le-Comle, en 1480, mort en i558.

’ Né à Fontenay -le-Comtc , mort président du parlement de Paris, le i5 no-

vembre i5gt.Son frère, Pierre Brisson, sénéchal à Fontenay-le-Comte, mourut en

1 5go. Il a laissé, comme le président . des ouvrages d’histoire et d'érudition.

' On appelait fermier judiciaire celui auquel le bail d'un héritage saisi réellement avait été adjugé par autorité de justice.

Les gentilshommes de la R. P. R. qui m’ont paru les plus opiniâtres sont les sieurs de Gagemont, de Choisy, capitaine du château de Chefbretonne appartenant â M. le comte de Roye , des Minières, de la Chauvinière. Le sieur des Minières a été conduit à Saumur, et le sieur de Gagemont à Pierre-Encise.

M. de Louvois m’ayant envoyé un fragment de lettre qui lui donnoit avis qu’un curé de Poitiers, nommé Gautier, étoit le correspondant des religieuses de la Fougereuse et de toutes les personnes suspectes de jansénisme dans la province, c’est ce que j’ai vérifié, et [j’ai] appris que le jansénisme a été introduit dans le monastère de la Fougereuse par des directeurs, et qu’il s’y est entretenu par le commerce que les religieuses ont eu avec la cabale de Paris. J’ai mandé à M. de Louvois que ce Gautier étoit un homme dangereux; qu'il avoit souvent des conférences avec les jansénistes de Poitiers; que M. de la Hoguette, pendant qu’il étoit évêque de Poitiers, lui avoit défendu de confesser d’autres personnes que ses paroissiens, mais qu’il n’avoit laissé d’en confesser d’autres paroisses. 11 entretenoit aussi commerce avec dom Bataille, sous-prieur de l’abbaye de Saint-Cyran, qui a été envoyé par ordre du roi dans le couvent des Bénédictins de Poitiers. J’ai mandé qu’il falloit éloigner ledit Gautier de la province.

Le roi a, sur ma représentation, accordé 3,oooH aux Glles de l’Union chrétienne de Poitiers, pour acheter une maison au mois de mai 1687.

Les missionnaires ont travaillé fort utilement pour les conversions.

Au mois de juin 1687, la veuve d’un ministre de Ghâtellerault s’étant cachée dans la maison d’un de ses proches pour éviter d’être recherchée pour la religion, les officiers de Ghâtellerault, en ayant eu avis, se sont transportés dans celte maison, et, sur le bruit quelle entendit, elle s’alla jeter dans un puits, d'où elle fut retirée et conduite aux filles repenties de Poitiers.

Les biens des religionnaires fugitifs ou emprisonnés s’affermant à vil prix pr la difficulté qu’il y a de trouver des fermiers, qui appréhendent le retour desdits religionnaires, j’ai proposé de les réunir

au domaine du roi pour y demeurer incommutablcmcnt acquis après le temps réglé par les ordonnances, pendant lequel les religionnaires pourront se convertir et le roi pourra leur rendre leurs biens. Les créanciers pourroient aussi , pendant ce temps, faire leurs diligences pour être payés.

Le a4 juillet 1687, j’ai proposé à M. Le Pelletier de faire venir à Poitiers M. d’Héricourt, pour travailler avec moi au papier terrier du Poitou. Il y a travaillé & Montauban et en Béarn.

Le 1 4 août 1687, j’ai mandé à M. de Louvois que j’exécutois, avec le plus d’exactitude qu’il étoit convenable, le contenu dans l'instruction qu’il m’avoit donnée, mais que j'appréhendois qu’elle ne donnât lieu à un grand relâchement [chez] les nouveaux convertis dans l’exercice de la religion, et que j’en voyois déjà les commcncemens.

Le corps des marchands de Poitiers ayant fait faire une statue du roi pour mettre sur la porte de la juridiction consulaire, elle a été trouvée trop grande pour cet emplacement et digne d’être mise dans une place publique, ce qu’ayant proposé au corps des marchands, ils y ont consenti, et je l’ai fait élever sur un piédestal dans la plus grande place de la ville, le jour de saintLouis 1 687. (Vid. la relation.)

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