‹ Mémoires de Nicolas-Joseph FoucaultChapitre 63 sur 115 · RÉPONSE · texte numérisé non relu

RÉPONSE

Puisque vous voulez, Monsieur, que je vous mande la Vérité de tout ce qui s’est passé ici depuis que les douze vaisseaux de guerre et l’hôpital qui y ont été brôlés y sont arrivés, je vous dirai qu’ils

parurent à la Hougue ie samedi 3i mai au matin, le vent étant nordest. Ils mouillèrent le soir & la rade assez près de terre, et les ennemis au large à deux portées de canon. M. de Tourville, accompagné de MM. d’Anfreville et de Villette, vint trouver le roi d’Angleterre à la Hougue, où l’on tint conseil sur ce qu’il y avoit à faire, avec M. le maréchal de Bellofonds, M. de Tessé, MM. de Gassion, Sepville, Bonrepaux, et moi présent, et il fut résolu que les vaisseaux se rléfendroient si les ennemis venoient les attaquer. Ce fut ie sentiment du roi d’Angleterre et de M. le maréchal, qui dirent qu’il n'étoit ni de la gloire de notre maître ni de l’honneur de la nation de les faire échouer. M. do Villette, lorsqu’on lui demanda son avis, ditque, si le vaisseau qu’il montoit ctoit à lui et qu’il hit ou corsaire ou marchand, il érhoueroit, mais qu’étant au roi il ne pouvoit proposer d’autre parti que celui de se défendre. Chacun se retira dans la résolution de le faire, et pour cet effet j’envoyai chercher toute la poudre qui est dans les magasins de Valognes et de Carentan pour distribuer aux capitaines qui en avoient besoin. Ils m’en demandoient presque tous, car, outre qu'on ne leur en avoit pas donné suffisamment, celle qu’ils avoient n’étoit que de charbon, ayant été remarqué dans le combat que celle des ennemis poussoit le boulet la moitié plus loin que la nôtre; mais je fus surpris, lorsque j’informai M. le maréchal que ma poudre étoit venue, d’apprendre qu’il avoit changé de dessein et résolu de faire échouer les vaisseaux. En effet, M. de Combes, que j’avois fait venir ici pour l'embarquement, ayant été à la descente de Gènes, eut ordre de marquer les endroits où on les feroit échouer, ce qui fut fait le lundi matin a juin, et les ennemis, qui n’avoienl osé approcher d’eux pendant deux jours à cause de leur bonne contenance, ne les virent pas plutôt sur le côté qu’ils envoyèrent des chaloupes pour les brûler. Voici ce que l’on dit des motifs de l’échouement. M. de Sepville, neveu de M. le maréchal, vint échouer fort sottement en arrivant à la Hougue sur un rocher assez près de terre, et c’est pour la seconde fois, car il y a quelques années qu'il fil la même manœuvre dans la Méditerranée,

et demeura deux mois prisonnier à Toulon. Or, par l’ordre de l’échouement général, la faute de M. de Sepville $e couvrait. On dit encore que M. le maréchal appréhendoit que M. d’Anfreville, son gendre, ne périt en défendant son vaisseau. Quoi qu’il en soit, vous serez surpris d'apprendre qu’ayant plus de deux cents chaloupes et trois frégates ayant douze canons chacune, allant h la raine, nos vaisseaux aient été brûlés par une chaloupe qui ramena son brûlot n'en ayant pas eu besoin. 11 m’a paru qu’en faisant armer ces chaloupes et surtout celles des vaisseaux du roi, et faisant tirer de lenrs canons par nos batteries et des troupes dans les vaisseaux et dans les barques de la Hougue , les chaloupes des ennemis n’en auroient pas osé approcher, et c'est ce que j’ai ouï dire à tous les gens du métier. Mais personne ne donna ordre à rien , et ce fut une confusion à faire pitié et qui jeta l’épouvante parmi nos soldats, qui à peine vouloicnt tirer derrière les parapets de la Hougue et de l’üe de Tatihou, et liroient à deux portées de mousquet sur les ennemis, qui crioieut liée le < roi, et curent l'insolence, après avoir brûlé les vaisseaux du roi. de venir mettre le feu aux Vaisseaux et barques marchands qui étoieut ■ près de terre. Ils avoient même amené deux brûlots, qui échouèrent sur une pêcherie faute d'eau et y mirent le feu. Ils eurent même la permission et le loisir d’entrer dans une belle gribane et un autre bâtiment qu’ils appareillèrent et emmenèrent avec eux pourso récompenser de la perte de leur brûlot, ils en auroient même emmené d’autres, si le retour de la mer ne les avoit empêchés. Tout cela se passa à la vue du roi d’Angleterre et de M. le maréchal de Bellefonds, qui y assistèrent comme à un feu d'artifice pour une conquête du roi, et il n’y a personne qui n’ait vu leur indolence avec indignation; car pourquoi avoir perdu trois jours sans les employer à faire jeter les canons dans la mer et à en sortir les agrès et ustensiles pour soulager les vaisseaux et les empêcher de crever en échouant? Tous les canons étoieut chargés et ont fait beaucoup de désordre aux fortifications lorsqu’ils ont tiré. 11 y en a eu même beaucoup de fondus par l'ardeur du feu, et il est â craindre que ceux de fer ne puissent

plus servir. On ne pouvoitsans risque se tenir sur le rivage. C’est uue grande faute de les avoir laissés sur les vaisseaux. En second lieu, puisqu’on ne vouloit s’opposer à ce que les ennemis les brûlassent, ne falloit-il pas les brûler nous-mêmes, comme ils firent il y a deux ans, lorsqu’ils furent battus? J’ouLliois de vous dire que l’on ue donna même aucun ordre pour distribuer de la poudre et des balles aux soldats, qui la nuit de la première expédition n’étoient pas dans les redoutes et retranchemens de la côte, en sorte que, si les ennemis avoient voulu, ils se seroient rendus maîtres de l’ile de Tatihou. Le seul ordre que je vis donner fut de raser les nierions de la batterie de la Hougue, dont l’usage est de couvrir les canons, de sorte que, si les ennemis avoient mis un vaisseau côté à travers devant cette ouverture, ils auraient démonté notre canon et. écrasé lout*ce qui aurait paru à cette batterie. M. de Bonrepaux a demeuré dans sa chambre pendant tout ce désordre, dans une fort grande quiétude. Les marins, petits et grands, ne le ménagent pas et le publient trèsincapable du métier qu’il fait. Il n’a pas donné avis à M. de Tourviilc de l’état des ennemis, et il nous disoit tous les jours qu’ils n’avoient pas un vaisseau du premier rang ni quarante assemblés, et cependant il y a près de trois semaines qu’ils étoient quatre-vingt-dix vaisseaux à l'ile de Wight. En vérité, le roi est bien à plaindre d’avoir été si mal servi. Pour prévenir le mal et pour y remédier, si M. de Vauvré avoit été chargé des soins qui ont été remis à M. de Bonrepaux, on prétend que tout aurait été autrement. Tous les marins généralement disent des biens infinis de lui, et ce sentiment universel est ordinairement la voix de la vérité. Je ne sais si le roi sera informé sans

déguisement de tout ce qui s’est passé, mais je souhaiterais, pour l'amour que j’ai pour sa personne et l’attachement que j’ai à ses intérêts, qu’il en fût bien informé. Je ne me plains de personne et ne veux du mal à qui que ce soit, et je ne vous mande tout ceci que parce que vous l’avez souhaité. Je vous supplie de n’en faire part qu’à M. Le Pelletier de Souzy, qui ne voudra pas me commettre. Je vous renvoie la lettre que vous m’avez adressée pour M. de Villette,

qui est parti d’ici devant hier. J’oubtiois de vous dire que toutes les chaloupes ont toujours été échouées dans le temps que l’on en pouvoit avoir besoin.

Les vaisseaux brûlés à Cherbourg , quoiqu’ éloignés de tout secours, ont tenu longtemps les ennemis en respect et n’ont péri qu’aprés avoir fait une résistance au delà de ce qu’on pouvoit désirer d’eux.

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Les nouveaux convertis ayant, depuis le combat de M. de Tourville et le brûlement de nos vaisseaux, montré de la mauvaise volonté par leurs discours et par leurs actions, j’ai reçu une lettre de M. de Pontcharlrain pour les faire observer, et punir ceux qui s’écarteroient de leur devoir. Celte lettre est du 7 juin 1692. Il me recommande de ménager l’exécution de cet ordre avec prudence, et répandre des bruits que les ordres sont de châtier sévèrement, mais éviter autant qu’on le pourra de le faire.

Les hahitans catholiques de Caen, ayant appris le brûlement de nos vaisseaux à la Hougue, se sont persuadés que ce malheur étoit arrivé par l’intelligence des religionnaires avec les Hollandois et le prince d’Orange. J’ôtois pour lors à la Hougue, et, sur l’avis que j’ai reçu que les catholiques menaçoieiit les religionnaires, qui ne font pas la vingtième partie des hahitans de Caen, de mettre le feu à Jours maisons, je me suis rendu en toute diligence à Caen pour prévenir ce désordre. J’ai pour cet effet recommandé au commandant du château de Caen, aux échevins et aux officiers de justice.de contenir les catholiques et de faire punir sévèrement et sur-le-champ les auteurs du désordre, s’il en arrivoit. J’ai môme envoyé chercher quelquesuns des principaux religionnaires, que j’ai rassurés, en les assurant de la protection du roi, pourvu qu’ils se conduisent en bons et fidèles serviteurs de Sa Majesté. Cest ce que j’ai mandé A M. de Pontchartrain.

Le roi d’Angleterre a couché ù Caen, le 20 juin, pour retournerà Saint-Germain.

Pendant lus mois de juin et de juillet, les ennemis ont fait de petites

descentes de cinquante hommes sur nos côtes, où iis ont brûlé un moulin et quelques maisons.

M. de Combes, ingénieur, et moi, avons proposé, après que nos vaisseaux ont été brûlés, de faire un port à la Hougue, comme un ouvrage indispensable pour la conservation et salut de nos vaisseaux, le roi n'ayant aucun port dans la Manche. Il coûtera à la vérité trois 4 quatre millions, mais, faisant des ouvrages pour 5oo,oooH d’abord, on mettroit toujours ce port en état de défense.

Les frequentes approches des vaisseaux des ennemis du nos côtes m’ont engagé de proposer au roi de répandre toutes les troupes réglées et les milices le long de nos côtes.

Ayant fait arrêter des voleurs de grand chemin au nombre de sept qui ont été assassiner le nommé La Motte-Bailly, gros marchand de toiles, sa femme et ses enfans, dans sa propre maison, et en ont emporté tout l’argent qu’ils y ont trouvé, j’en ai jugé tua. nommé Jonquille, en vertu d’un arrêt du conseil, le aa juillet 169a , et l’ai condamné à être rompu vif. J’ai sursis au jugement de quatre autres, y en ayant eu trois arrêtés à Paris et qui doivent être envoyés à Caen. Jonquille a tout avoué sur la sellette.

Le a8 août, j’ai envoyé à M. de Ponlchartrain le jugement que j'ai rendu au présidial de Caen contre les nommés Potier et Forestier, complices de Jonquille. Ils ont été rompus vifs avec deux de leurs complices.

Il y avoil cette année à la foire de Guibray pour 7,800,000 w de marchandises, dont il s’en est vendu environ les deux tiers.

Le 8 septembre , j’ai fait chanter le Te Deum à Caen pour la victoire de Steinkerque Le sieur de la Croisette, lieutenant de roi du château de Caen, ne s’y trouva pas, parce qu’il prétend avoir un prie-Dieu au milieu du chœur, ce qui n’est dti qu’au gouverneur de la province ou au lieutenant général; aussi les échevins refusèrent-ils de lui en donner un, sur un ordre de M. de Matignon.

1 Gagnée , le 4 août 169a ■ |»ar le maréchal de Luxembourg contre le prince d'Orange.

Le a octobre, j’ai fait le second département des tailles de l’élection de Sainl-Lô.

Le 3o décembre i 69a, j’ai envoyé à M. de Pontcbarlrain un projet d'arrêt du conseil qui m'autorise à faire imposer dans les villes et bourgs les sommes nécessaires pour la subsistance des pauvres, attendu la disette des grains, qui a été grande cotte année.

Le roi ayant demandé des secours pour subvenir aux dépenses de la guerre, la ville de Caen a offert 4o,oooH à prendre sur une augmentation d’octrois.

Le roi a créé des charges de greffiers conservateurs des registre» des baptêmes, mariages et sépultures. J’ai proposé à M. de Pontchartrain de faire tenir ces oQioes par les juges et greffiers des bailliages royaux, qui sont obligés de parapher ces registres.

Le roi a créé des maires, assesseurs1 et commissaires des revues. Le lieutenant général de Caen a offert 4o,oooN de [la charge] de maire de la ville.

Il a aussi été créé des notaires apostoliques3, des médecins du

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1 L'édit qui créa des maires et assev * Les notaires apostoliques, primitive-

seurs héréditaires et en titre d’office dans ment nommés par le pape ou par les

chaque ville et communauté du royaume. évêques, avaient pour fonctions de rece-

à l'exception de Paris et de Lyon . est voir les actes en matière bénéficiai*. Un

d’août 169a (Isambert, l. XX, p. i58). édit de décembre .1691 (Isambert, t. XX,

Il fut suivi, le 5 décembre 1693 { ibid . p. 1 43) les institua en titre d'office. Le but

p. ao3), d'un arrêt du conseil réglant les principal de cette ordonnance était cerfonclions, rangs et droits de res nouveaux tainement buri.il; mais elle supprima en

officiers. Par un édit de mai 1702 (ilrûi. même temps les nominations eedésiasti*

p. 4 10). on leur donna encore des lieu- que», qui ne se refînaient à personne et

tenants; et un édit de décembre 1706 tombaient souvent sur des sujets indignes.

[ibid. p. 49Î) créa des maires et des lieu- Dans la plupart des villes, les notaires

tenants de maires alternatifs et triennaux. royaux rachetèrent ces litres et les réu-

Depuis cette époque jusqu'à la révolution nirent aux leurs. (Voy. dans Lambert,

de 1789, ces offices furent plusieurs fois t. XX, p. 173, un édit de février i6gi,

abolis cl rétablis. (Voy. Depping, Cotres- qui réunit à Paris les offices des notaire?*

pondance administrative sous le règne de apostoliques à ceux des notaires au Cbâ-

Louis X IV, 1. 1, Introduction, p. xliii, et telet )

passim dans le volume. )

roi1 et [des charges] de jurés royaux \ de greffiers de rôles des tailles.

Le t 5 février, j’ai envoyé à M. le chancelier une copie du jugement que j'ai rendu au présidial de Caen , contre le nommé Bardcl , célèbre faussaire. Il étoit notaire et a été condamné à mort pour avoir fabriqué des actes de justice et commis un grand nombre de concussions et de vexations sur le peuple , sous le titre d’huissier du Châtelet et en la connétablie, sans provisions. J’ai jugé ce procès en vertu d’un arrêt du conseil.

Le 1 9 février, M. Charpentier, chanoine de Saint-Germain-l’Auxerrois, décéda à Paris. Il avoit été mis auprès de moi en 1666, lorsque je fus pourvu de la charge de procureur général des requêtes de l'hôtel, et il y avoit demeuré jusques en i 675, qu’il retourna à Paris de Montauban où je l’avois mené. Il a depuis ce temps, et en mon absence, pris soin de mes affaires jusques à sa mort. C’étoit un homme sincère, vertueux, capable et qui m'étoit fort affectionné.

J’ai chargé le sieur Hardy du soin entier de mes affaires, dont il avoit déjà pris connoissance du vivant de M. Charpentier et pour le soulager.

Le 3 1 février1, j'ai reçu l’édit et l’arrêt du conseil que M. de Pontchartrain m’a envoyés au sujet de la création des charges de contrôleur, commissaire et trésorier de l’arrière-ban*.

1 L'édit de création de médecins du roi en titre d'office est de février 1691 (isambert, t. XX, p. ihi), 11 s'agissait de désigner les médecins et chirurgiens qui seraient chargés de ce qu'on appelle aujourd'hui la médecine légale. Depuis 1 606 jusqu'en 1692, le premier médecin du roi avait joui du privilège de • commettre

■ des chirurgiens dans les villes, bourgs • et autres lieux du royaume, pour faire

■ les visites et rapports. >

' Il s'agit sans doute de l'édit de

mars 1691 {Isambert, t. XX, p. 121), qui, dans un but purement üscal, transformait en titres d’offices héréditaires les fonctions électives qui régissaient les corporations de marchands et d'arts elmélicrs. Les jurés royaux ou jurés-syndics avaient le privilège de visiter, d'auner, peser, mesurer, etc.

* Lises : < le 28 février, • ou • le 3 1 janvier. »

* L'édit est de janvier 1693 (Isambert.

t. XX, p. 173).

Le roi a créé dea charges d’essayeurs d’étain1. .

Il s’est présenté une difficulté au sujet des jugemens cjue les élus rendent contre les faux-sauniers, qui est de savoir si, les juges ordinaire» sa condamnant point aux galères tes criminels qui ont passé cinquante-cinq è soixante ans, parce qu’ils ne saut phisi eu état de servir suri les galères, l'intention du roi n’est pas quei les élus ne puissent pas, comme les juges ordinaires, commuer la pente des faux -sauniers. Connue il y a parité de raison, j’ai écrit à M. de Pontchartrain, le 27 avril, [que] mon avis éloit qu'il fut donné nnx élus uu pouvoir pareil à celui donné aux juges ordinaires, mais que je croyois qn attendu que les un» et les autres en ponrroinnt faire [abus] , j’estunejs que Sa Majesté devoit s© réserver le droit de commuer toutes les peinés- ■ I b

J’ai renouvelé lies défense» portées par les arrêts du conseil , et par mes ordonnées rendues en conséquente, aux communautés de députer au conseil sans ma permission. >

Le roi a créé, au mois d’avril, des charges de lieutenant des maréchaux de France2 dans chaque bailliage. I i

Au moi» d’avrtl, tas habitons [de Caen j ont offert au roi 5o,ooott pour être déchargés des droits de franc-alleu5, comme il avoit été fait à Rouen. J’ai mandé à M. de Pontchartrain que Caen avoit payé de • :: oit j-îcc.iv t >.'> n.-’.'jiio e! : !; tin .ildi.iV'

‘ L'édit qui érige des essayeur» el con- entre getUiiafbonunc» ut autre--. i*i»nt pro tréleurs en litre d’oflice (les ouvrages d'étain est de mai 1691 (Impr. de François Muguet. Pans, 1691, iu-4") : il n'est pas cité par Lambert. Dé» l'année >676, on avait Unie d'imposer sur la vaisselle d'étain un droit fiscal qui avait été iort mal accueilli. :r i.ni - ■ t.J

' L'édit qui institue un lieutenant des maréchaux et un archer-garde de la counétalilie en chaque bailliage et sénéchaussée est de mars >6g3 (Isambert, t. XX , p. >7&). Le» lieutetuints des maréchaux jugeaient les différends et contestations

fussion desarmes, tant à cause des chasses, droits honorifique» des église», prééminences dea fief» et seigneuries, que des autres querelles mêlées avec le point d'honneur. On les appelait pour cette raison 7 âges de point s/' honneur. ,

1 Lnédtt droûl vfiga 1 Lambert, t XX .

p. 1 64) avait frappé tl'un inipdt, montant à la valeur du dixiéme des propriété» , tons le» francs-alleux inféodés en France; lés villes obtenaient, moyennant finances , la faculté de s'exempter de cet impôt et de» recherches qu'il entraînait.

grandes sommes au roi depuis peu de temps, et qu'il faudroil faire porter cette somme par les propriétaires les plus accommodés des maisons de la ville.

Le produit des droits d’amortissement dans la généralité de Caen, depuis que le recouvrement a commencé, montoit à 3/j9,64ott.

Au mois d'avril i 693, j’ai fait accorder une chaire de droit au sieur de Vaucouleurs.

S. A. R. Monsieur étant arrivé à Pontorson, j'ai pris des mesures avec M. de Nointel, intendant de Bretagne, pour la subsistance de sa maison1.

J’ai perdu 4,oooH au lansquenet, au jeu de S. A. R., pendant le séjour que j’ai fait à Pontorson.

La plupart des religionnaires qui ont fait abjuration ne pouvant se marier à l'église, les curés refusaut de leur administrer le sacrement de mariage s'ils ne font le devoir de catholiques romains, ils se faisoient des promesses de mariage, sur la foi desquelles ils habitoient ensemble; il arrivera que ces mariages seront déclarés clandestins. C’est un désordre auquel on n’a point pourvu.

M. deBougy, mestre de camp de la cornette blanche’, après avoir fait son abjuration, a passé en Hollande sous un passeport que le roi lui avoit accordé pour aller prendre, des eaux à Aix-la-Chapelle. J’ai fait saisir la terre de Bougy par ordre du roi.

Au mois de mai 169.3, on a établi un camp du cdlé de la llougue, sous le commandement de M. de Matignon , lieutenant général de basse Normandie.

Le à mai 1693, j’ai proposé de faire une redoute è la tête des ponts de Douve, qui défendra l’entrce de Carentan; car, si les ennemis

1 Le roi avait donné, le 3 mai 1693, à «on frère, le commandement de tou les 1er troupes sur le» côtes , depuis Dunkerque jusqu’à Bayonne. Monsieur partit de Paris le 38 mai. et arriva le 3i a Vitre, qu'il avait choisi pour son séjour. Mais les vivres cl les fourrages commençant à devenir

rares à Vitré, il transporta son camp a Pontorson, le 17 juillet, et y resta jusqu'à son départ pour Versailles, où il était de retour le 1 a août.

' Ce titre équivaut à ce qu'on nomme mit aujourd'hui colonel du 1" régiment de cavalerie légère.

s’étoient rendus maîtres de Carentan, il neseroit pas possible de les chasser de la péninsule de Coulances, qui est un pays de postes, entrecoupé de rivières, de hauteurs, de forêts et de haies, et abondant en grains et en fourrages.

On a fait depuis trois années des redoutes le long de la côte de la Hougue, qui ne sont que de sable et que les vents détruiront. Ce qui a été fait de plus utile, ce sont deux tours, l’une à la Hougue et l'autre dans file de Tatihou.

Au mois d’août i 6q3, j’ai fait bâtir deux maisons dans la rue de la Jniveric et dans celle de qui m’ont coûté 36,oooH.

V ayant eu une grande disette de grains cette année dans tout le royaume, le conseil a voulu être informé de la quantité des blés qui ont été recueillis l’année dernière. J’ai proposé de s’informer des décimateurs de ce qu’ils en ont recueilli; c’est ce que j’ai mandé à M. Pussort. qui a été chargé d’entrer dans ce détail, le 11 septembre.

Depuis cette lettre [à] M. Pussort, j’ai reçu la déclaration du roi1 qu’il m’a envoyée, qui veut que les intendans nomment des commissaires dans les élections pour vérifier l’état des grains. J’ai reçu aussi un arrêt du conseil qui enjoint aux marchands, laboureurs et fermiers, de vendre leurs blés aux termes de la déclaration du roi; mais tout cela n’a été bon qu’à faire renchérir les blés, les usuriers en ayant fait des magasins, et je me suis bien trouvé d’empêcher les grands amas de blés, mais d’en laisser le commerce libre; ce qui a fait que la basse Normandie a moins souffert de la disette des grains que les autres provinces. J’ai vérifié, dans toutes les élections où j'ai fait ma visite, la quantité de blé qu’il y avoit, mais toutes les déclarations se sont trouvées fautives.

Au mois d’octobre, j’ai fait défense aux amidonniers de Caen de faire de l’amidon jusques à nouvel ordre , attendu la disette des crains.

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1 Déclaration du 5 septembre 1693 (Isambert, Ane. lois franç. I. XX. p. 1 98).

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Au mois d'octobre, on a fait un traité pour la finance des lettres de réhabilitation de noblesse1.

Au mois d'octobre, j’ai établi une monnoic à Caen en exécution des ordres, et ai proposé les anciens officiers de celle de Saint-Lô supprimée, pour y travailler, et ai loué une maison dans le cœur de la ville 700m pour cet établissement.

Le i i novembre, j'ai mandé à M. de Pontchartrain que j’avois réglé les différends qui étoient entre le préposé à la vente des charges de pourvoyeurs et vendeurs d’huitres et les pêcheurs de Granville, et qu’ils étoient tous contens.

J’ai envoyé à M. Pussort l'état des grains des paroisses de l’élection de Caen, suivant l'estimation des gerbes qui se sont trouvées dans les granges. I) m’a demandé un mémoire du blé qu’il falloit pour nourrir un homme par année ; mais il y a beaucoup d’endroits où ils ne mangent que du sarrasin avec du lait. Je lui ai envoyé les états des grains de toutes les élections.

M. Chamillart m’a écrit, le 19 décembre, que l'on vouloit m’envoyer à Rouen à la place de M. Bignon, et qu’il l’avoit empêché. Le fondement de ce changement est la mésintelligence qui étoit entre M. de Matignon et moi, qui se piaignoit de ce que j’avois entrepris M. de Fontenay, son allié, sur des exactions qu’il avoit faites sur le * régiment de milices qu’il commandoit. 11 se piaignoit aussi que j'avois fait casser un capitaine de la côte, et que je m’étois fait adresser une commission pour un autre, sans lui en rien [dire]. 11 est vrai que j'avois fait casser ce capitaine pour malversations commises dans les fonctions de sa charge, mais je n’ai point eu de part à la nomination de son successeur. M. Chamillart nous a raccommodés.

J’ai fait un voyage à Paris sur la fin de 1693.

1 l’n édit de décembre 1692 (Isambert, noblesse, enregistrées dans les cours des t. XX , p. 1 7» ) imposait à ceux qui avaient aides . une finance nouvelle pour leurfaire obtenu des lettres de réhabilitation de sortir leur plein et entier effet à l'avenir.

Au commencement de 1694. j’ai fait un voyage à Paris.

Le . .janvier 1694, M. de Pontchartrain, secrétaire d’état cl contrôleur général des finances, m’envoya un courrier à Caen, chargé d’une lettre par laquelle il me mandoit que le roi lui avoit ordonné de m’écrire de ine rendre on poste et en toute diligence è Paris pour une affaire très-importante. Lorsque j’y fus arrivé, il me dit qu’il avoit été mis à la Bastille un Normand qui avoit affiché des placards dans plusieurs places de Paris, séditieux et traitant le roi de tyran et excitant le peuple à s’en défaire, il me mena chez le roi, qui me dit que je pouvois connoître , par ce qu’avoit dû me dire M. de Pontchartrain, de quelle importance étoit l'affaire qui l’avoit obligé de me mander; qu’il connoissoil assez mon zèle pour ce qui regarde sa personne pour n’avoir pas besoin de l’exciter k faire tout ce qui dépendait de moi pour découvrir ce que c’étoit que ce prisonnier et scs complices; qu’il me feroit expédier des ordres en blanc pour faire arrêter toutes les personnes que je jugerois à propos, de quelque condition qu’elles fussent, et qu’il rcmettoit entièrement cette affaire entre mes mains. Sa Majesté roc renvoya à M. de la Bcynie pour me donner les instructions et mémoires qu’il avoit sur cette affaire.

Je fus voir M. de la Reynie, qui me fit voir les placards, qui avaient été affichés par le nommé Héliard et qui étoiout capables d’exciter une sédition. Il y ajouta les copies des interrogatoires qu’il avoit prêtés, et, lorsque je fus chargé de ces pièces, je retournai en poste à Caen, d’où je partis aussitôt pour Cou tances, dans le voisinage duquel se tenoit M. le comte de Montgommery, que l’on croyoit s’ètre servi d’Héliard comme d’un instrument pour afficher ces placards, ayant dit par ses interrogatoires qu’il y avoit un grand seigneur qui le faisoit subsister, qui avoit des livrées jaunes doublées de rouge ; ce qui étoit vrai. Étant à Coutances, je m’adressai au sieur de Bauval, mon subdélégué, homme d’esprit et avisé, auquel je fus obligé de prendre confiance. Je lui demandai s’il y avoit un paysan dans quel-

que paroisse de son élection qu’il sût se nommer Héliard, et quel métier il faisoit. Il me dit qu’il y en avoit un à Coutances qui alloit prendre des taupes dans les jardins des environs, et qu’il avoit ouï dire qu'il étoit absent, mais qu’il connoissoit des gens desquels il pourroit en savoir des nouvelles exactes, sans qu’ils pussent savoir son dessein. En effet, il apprit qu’Héliard étoit du village de Carantilly à trois lieues de Coutances, âgé d’environ soixante ans, preneur de taupes, sujet au vin, d’esprit égaré, ayant fait à Coutances une infinité de folies, les enfans courant après lui. On a souvent été obligé de le faire sortir de l’église à cause des extravagances qu'il y faisoit, parlant souvent d’un grand prince qui le doit mettre à son aise.

M. de la Reynie avoit cm que cet homme n’agissoit pas de son chef, et qu’il étoit l’émissaire de M. de Montgoinniery, ou de M. de Saint-Martin, de Graville , et je reçus des ordres pour les faire arrêter; le premier se tenoit à Chanteloup, à quatre lieues de Coutances, et M. de Saint-Martin, proche de Touques, généralité de Rouen.

Mais, par les perquisitions que je fis, je trouvai que les placards en question avoient été dictés par Héliard à deux enfans , qu’il n’avoit aucune habitude avec MM. de Montgoinmery et de Saint-Martin, et que c’ étoit un fanatique qui étoit parti de Coutances avec quinze sols d'argent, une douzaine de ces placards et un pot de colle; qu’il avoit été à Rouen afficher des placards en deux endroits, et qu’ ensuite il étoit venu afficher les autres à Paris, où il avoit été pris; ainsi je ne fis emprisonner personne, et je mandai â M. de Pontchartrain que cet homme étoit un fol furieux qui n’avoit point eu de complices dans tout ce qu’il avoit fait, et que je croyois que, si le roi ne jugeoit pas à propos de lui faire faire son procès, comme je n’cstiniois pas qu’on dut le faire, il failoit s’assurer de sa personne avec de grandes précautions, ayant dit souvent que, s’il pouvoit s’échapper, ce seroil pour se défaire du roi. On le resserra donc fort étroitement à la Bastille, où on l’avoit même enchaîné. 11 y est mort, il y a quelques années.

Le 2 i avril 1694, [M. de Chamillart] m’a écrit une lettre dans la-

DE NICOLAS-JOSEPIl FOUCAULT. 303

quelle il me propose d’acheter la terre de Magny. La lettre est cijointe.

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