ENTREE À SAINT-JEAN DE MA FILLE
« Il me semble qu'il y a longtemps ,
• Monsieur, que je n'ai reçu de vos nou- «veües, que je vous en ai donné des « miennes. Je ne sais si c'est le mauvais « temps qui nous jette dans celte paresse , ■« car il fait une saison la plus ennuyeuse «depuis deux mois; nous ne voyons que - des pluies dans ce pays ici. Mon frère de
• Chastillon , qui est parti de ce malin pour
• Paris , n'a point pensé se tirer de son bas
• Poitou; et vous, Monsieur, quand sor-
■ tirez-vous de votre province pour aller à
• Paris? Je souhaite que ce ne soit qu’au > beau temps , espérant que la belle saison
• vous fera prendre le chemin de la Loire.
• J'ai ici une petite personne qui est bien i impatiente que l'hiver soit passé. Lite
• vous fait une demande à laquelle elle me
• prie fort de me joindre, qui est, Mon-
• sieur, de lui permettre de prendre le «petit voile au mois de mars ou avril, «afin quelle puisse être en état, après
■ celte petite épreuve , de le prendre en « cérémonie , où elle compte que vous as- < sisiere*. Ses quinze ans s'accomplissent
au mois de juin; elle ne parle d'autre
• chose que de l'envie qu'elle a d'circ re- « ligicuse, et, si vous ne lui accordez pas
• sa demande, c'est la plus vive douleur « qu'elle puisse ressentir. Elle va attendre
• avec bien de l'impatience sur cela votre « réposne. Comme vous m'avez dit bien des
• fois que vous me la sacrifies, je crois « qu’il est bon de ne la pas [refuser] , puis- « qu'elle est dans de si bons senlimens ; ce
■ n'est pas quelle n'en a jamais eu de dif-
■ férens. C'est une enfant d'une grande « docilité , et a de la raison plus qu'il ne « semble qu'il y en devroil avoir dans un « si petit corps. Tout ce qui est de la reli- « gion lui fait plaisir et rien ne lui fait peur.
• Elle a fort envie , Monsieur, de vous voir, « et que la prise d'habit se trouve en ce « lcmps-là. Prenez donc vos mesures afin
• de donner à vos amis de ce pays le plai- « sir de vous voir celte [année], connue « vous leur avez promis. Il faut donc es-
■ pércr que quatre-vingt-dix-neuf sera sans «guerre, et par conséquent vous aurez « moins d'aiTaire. Vous voulez bien , Mon- « sieur, que je vous y souhaite toute sorte
• de bonheur, et vous supplie d'èlre per- « suadè que l’on vous estime autant que
• l’on a fait en toutes celles qui se sont
• passées depuis que l'on a eu l'honneur « de vous connoilre.
«Chastillon, abbesse de Saint-Jean. »
• C« s iSfg.
• Je prends la liberté de vous écrire, «mon bon papa, au commencement de
• celle année, pour vous renouveler les as-
• su rances de mon profond respect et obéis
• sauce . en vous demandant la continuation «de votre amitié, que j'estime plus que
• toute chose au monde , et aussi pour vous « demander de m'accorder la grâce que je
■ vous ai déjà demandée plusieurs fois , qui
Le i(\ avril j’ai mandé à M. de Châteauoeuf que le roi adjuge les biens des rcligionnaires fugitifs à leurs héritiers présomptifs par sa
• est de me permettre de prendre le voile « au mois de mars prochain. On le prend < snni cérémonie, seulement pour être
• conforme aux nôtres religieuses ; l'on fait «six mois de preuve pour voir si l'on aura
• la force de supporter la règle, mais Ma- « dame a la bonté de m'en ôter trois. H y «a une demoiselle fort bien faite et qui
• a beaucoup d’esprit qui veut être rdi- «gieuse; j’espère que nous ferons notre
• noviciat ensemble. Madame me fait es-
• pérer, mon bon papa , que vous viendrez
• cet été. Je souhaiterois bien que ce fût
• au mois de juin, parce que j’aurois mes
• quinze ans et que ce seroit le temps de ■ ma prise d’habit. Je voua prie de me faire
• savoir quand vous le pourrez, afin que je
• règle mon temps sur le vôtre. Je l’nt-
• tends avec impatience, puisqu’il doit faire
• le bonheur de ma vie. Je vous assure ,
• mon bon papa , que c’est véritablement •< du fond de mon coeur que je vous parle,
• étant le meilleur parti que je puisse
• prendre et le plus sûr pour faire mon - salut. Je vous supplie donc de ne me pas
• refuser une si grande grâce ; je vous la
• demande pour étrenne. étant la plus belle
• que vous me puissiez donner. Je ne ces- « serai de vous la demander jusqu’à ce que
• vous me l’ayot accordée. Oserai*je vous «demander, mon bon papa, des nouvelles « de mes frères? Vous m’aviez dit que vous « vouliez que j’eusse un commerce de let- « très avec l’alné, mais je vois bien que les
• affaires qu’il a l’empêchent de me donner
• ce plaisir. Je me fais aujourd'hui celui de
• lui écrire. J’ai une véritable impatience
• d’avoir l'honneur de vous voir, afin de
• vous pouvoir dire les sentimens de mon
• cœur et vous Assurer que je suis avec un «profond respect, mon bon papa, votre
• très-humble et très-obéissante fille et
■ servante ,
• Henriette Foucàilt. •
« VESTIIHE D’HENRIETTE k SA INT- JEAN
• Ce i Wrri*f iSy*.
■ Je suis si pénétrée, mon bon papa,
• de toutes les marques de bonté que vous
• me donnez, que je ne sais comment vous
• en marquer ma reconnoiasance. Ma pe- « lite capacité n'a point assez de jugement
• pour vous pouvoir exprimer tout ce que
• je sens de tendre et de respectueux pour
• vous. Je vous assure que je n’oublierai
■ jamais la grâce que vous m'accorde* à
• ce renouvellement d’année et qu’il y a si
• longtemps que je désire. J’ai appris avec
■ bien du chagrin , mon bon papa , que
■ vous avez été malade : il paroit bien que t le Seigneur n’exauce pas mes vœux : s’il
■ les avoit écoutés, vous seriez en parfaite
• santé. Je l'importunerai tant que j’espère
■ qu’il se laissera fléchir à mes prières. Je «souhaiterois bien, mon bon papa, que
• vous eussiez la bonté de me marquer le « temps que vous viendrez en ce pays id.
• Madame , mon illustre abbesse, veut bien «avoir la bonté de me donner le voile
• blanc ce carême , et je ferai ma prise d’ha-
• bit lorsque vous serez ici. Vous voulez
■ bien , mon bon papa , que je m’adresse à
■ l’ordinaire qui est M. Ravenau, pour lui
■ demander mes meubles et ce qui me sera
• nécessaire pendant mon novidat, ellors-
• que vous viendrez, vous aurez la bonté
déclaration du 29 décembre dernier1; et, quoique cette succession anticipée paroisse juste, cependant elle produit un grand inconvénient par rapport à la religion, la plupart de ceux à qui le roi accorde ces biens étant aussi calvinistes que ceux qui les ont abandonnés; et, quoiqu'il soit dit par l’article 8 que ceux à qui ces biens seront remis feront profession de la religion catholique, apostolique et romaine, cependant on 11e fait aucune enquête à cet égard. Il faudroil l’attestation du curé, certifiée par l’évêque; mais le mieux seroit de laisser ces biens entre les mains de l’économe des biens des fugitifs, pour y demeurer pendant un an et être employés à la subsistance et en-
• de faire le marché pour ma dot. J 'attend» « ce temps- la avec une véritable impatience, puisque j'aurai le plaisir de vous
• dire à vous-mème que je suis et serai
■ toute ma vie , avec tout le respect et la
• soumission que je vous dota . votre très- « humble et très-obéissante fille et servante,
• Hmutrrr. Fouc\olt. »
• A Cto, <• *1 «o4t 1700.
■ Je suis de retour de mon voyage de
• Poitou depuis quelques jours. J'ai trouvé « ici deux de vos leltres auxquelles je ré-
■ ponds et a une troisième que je reçois
■ aujourd'hui. La conjoncture de la mort
■ de madame Jassaud pourra vous donner
• de l'occupation. Je vous prie de voir dans
• deux jours madame Foucault.
■ Pour faire ma fille religieuses Tbouars,
■ il m'en coûte deux mille livres une fois
■ payées et trois cents livres de pension
• viagère comptées par avance, en sorte
• que le tout joint aux pensions que
• M. Ravcnau , receveur des tailles de « Tbouars, avoit ci-devant payées pour ma « iillc, je me suis trouvé redevable en sou
• endroit de trois mille et tant de livres.
■ dont je lui ai fait un billet payable par
< vous ; mais vous ne serez point pressé de
• l'acquitter, ledit sieur Ravcnau n'étant
• point pressé de recevoir cet argent. Cela «sera bon dans la fin de l'année; vous « pouvez le lui mander, j’en suis convenu
• mec lui. Vous me ferez plaisir de liuir d'affaire avec le sieur Avril.
» Je suis surpris du peu d'attention que
• M. de Fcuquières a à ses affaires; il faut
• veiller à ses intérêts et aux miens, en
• continuant les poursuites du décret.
• Il y a à travailler au bas du grand escalier de ma maison de la rue de Riche-
■ lieu. Menez-v M. Le Rcurg et failes-y
■ travailler. Je donnerai la maison de la - rue Saint-Germain pour 9000 rt, si je ne
• puis en avoir davantage : vous pouvez le
• dire à M. Le Bourg.
«Je vous ferai réponse au premier jour
• sur le surplus de vos lettres, n’ayant pas
• le temps de le faire aujourd'hui.
• Foucault *
«A M. Champcnoit , rue de la Ti»CT«udmc.
• pré* Fancim b&pital Saint-Gervai* , kcIlci M* de Qtelilcviile , a Paria.»
1 Ijarobert. I. XX, p. 3aa.
tretien des enfans, après lequel temps expiré, ou mcttroit ceux qui auraient fait preuve de la sincérité de leur conversion en possession des biens des fugitifs.
Au mois d'avril, les religionnaires de Caen ayant déclaré aux curés qu’ils n’cnverroient point leurs enlans aux instructions, j’ai fait prendre plusieurs de ces enfans et les ai fait mettre aux séminaires des nouveaux et nouvelles catholiques. J’ai même fait mettre en prison un fermier de madame la comtesse de Fiesque qui avoit envoyé tous ses enfans, au nombre de cinq, chez des religionnaires. Il y avoit dans celte année trois cents familles de nouveaux convertis. Les officiers de justice n’ont aucun égard aux plaintes des curés. Le sieur Ruel, procureur du roi, s’enivre avec les nouveaux convertis. Il souffre qu’ils se marient sans ministère de prêtres depuis la dernière déclaration du roi, et a même souffert, quoique averti, qu’ils lissent des assemblées. J’ai mandé à M. de Châteauneuf qu’il mériterait que le parlement de Rouen lui fit son procès pour ses concussions, mais, attendu les longueurs, que le plus expédient serait de lui ordonner de se défaire de sa charge.
Le 1 o mai , j’ai reçu un arrêt du conseil que j’avois demandé pour obliger le sieur Ruel, procureur du roi du présidial de Caen, de se défaire de sa charge pour malversations.
J'ai reçu une lettre des Carmes de Montauban assemblés en chapitre de la province de Guyenne, datée du i 7 mai 1699, par laquelle ils me donnent de nouvelles marques de leur reconnoissance.
Les trésoriers de France ont accepté la proposition que je leur ai faite [pour] la commission de procureur du roi de l’intendance. L’un d'eux en a fait les fonctions au mois de mai.
Le roi a réuni les charges de procureurs du roi des intendances aux bureaux des finances.
Au mois de juin, j’ai trouvé une maison propre à renfermer les filles et femmes condamnées pour faux-saunage et qui récidivent tous les jours, n’ayant pas d'autre métier. Le fermier des gabelles fait la dépense et prend soin de leur nourriture. U y en a une qui a subi
quatre fois la peine du fouet et qui a déclaré qu’elle ne feroit jamais d’autre métier.
Le 20 mai, j’ai demandé permission d’aller à Thouars pour assister à la prise d'hahit d’une de incs filles.
Au mois de juin, j’ai obtenu la permission d’aller à Thouars.
Le 8 septembre, j’ai reçu la lettre circulaire que M. Chamillart a écrite à tous les intendans, pour leur donner avis que le roi l’avoit nommé contrôleur général à la place de M. de Pontchartrain fait chancelier.
Le dernier septembre, j’ai reçu une lettre de M. Chamillart conçue en ces tenues : • Vous avez un ami contrôleur général ; • M. de Pontchartrain est chancelier. Je vous embrasse de tout mon « cœur. •
Le . . . septembre 1 699, j’ai écrit une lettre de félicitation à M. Chamillart sur sa promotion à la charge de contrôleur général. — ( Vid. la lettre.)
Le 28 septembre, M. de Châtcauncuf m’a envoyé la permission d’aller à Paris.
Le sieur Renouf, doyen de l’église du Saint-Sépulcre de Caen, ayant fait des chansons scandaleuses contre plusieurs personnes, j’ai reçu un ordre du roi qui le relègue en la ville du Mans.
On a fait cette année, par ordre de M. de Pontchartrain, beaucoup de chargemens de blé de la généralité de Caen pour celle de Rouen. Beaucoup d’usuriers en ont fait des magasins.
Le 20 octobre 1699, j’ai reçu une lettre de M. Chamillart par laquelle il m’a mandé qu’il y auroit incessamment des mouvemens dans les intendances de Touraine, Champagne, Alençon, Bourges et Moulins; que, si ces mouvemens pouvoieDt me procurer une place au conseil, il me conseilleroit de quitter Caen pour une de ces intendances, mais que je devois attendre à Caen quelque chose de meilleur, et que, si dans la suite il avoit du crédit, je m’en apcrcevrois. Il est cependant devenu contrôleur général, secrétaire d'état et premier ministre ayant tout pouvoir sur le roi , et n’a rien fait pour moi. Il a
DE NICOLAS-JOSEPII FOUCAULT, depuis seulement eu intention de me faire intendant des finances à la place de M. de Caumartin, dont il n'étoit pas content. Le roi lui dit qu’il n’avoit qu’à l’obliger de se défaire de sa charge; mais, au lieu de le faire sur-le-champ, il en parla à madame de Maintenon, qui ne lui conseilla pas de s'aliéner toute la famille de M. de Caumartin, et surtout M. de Pontchartrain, lors chancelier, son parent et son protecteur. M. Chamillart déféra à l’avis de madame de Maintenon et je demeurai intendant de Caen1 * * *.
M. Chamillart m’a envoyé, le a4 octobre, une déclaration portant règlement pour le commerce des grains dans tout le royaume *.
Au mois d’octobre 1G99, on a créé des lieulenans de police dans les villes5.
Le 6 novembre, M. Chamillart m’a envoyé un projet de capitation et de taille réelle, tiré du livre de M. de Vauban; mais ce projet, sujet à trop d’incouvéniens, n’a pas eu de suite*.
Au mois de je reçus de M. Le Pelletier, pour rétablisse-
ment de la taille réelle dans toutes les provinces du royaume, [des lettres] par lesquelles il me chargea de lui envoyer un mémoire de la manière dont cet établissement pourrait être fait dans la généralité de Caen.
1 Répétition : « M. Chamillart n’étant « point content de M de Caumartin, qui le « traversoil dan» tous les traité» qu'il vou-
• loit faire, s’en plaignit au roi, qui lui de- « mandoit pourquoi il le soulfroil, et qu'il
• n’y avoit qu’à l'obliger de se défaire de « sa charge. M. Chamillart en prit la réso- « lotion et dit à M. de Matignon qu’il avoit « songe à moi pour cette charge; mois, en « ayant parlé à madame de Maintenon, elle ■ lui conseilla de ne point déposséder « M. de Caumartin, ami et allié de M. de
• Pontchartrain, chancelier, qu’il se ren-
• droit irréconciliable, étant déjà en froi- «deur avec lui. M. Chamillart la crut et
• M. de Caumartin est demeuré en place. •
1 Cette déclaration, en date du 3i août 1699 (Isambert, t. XX, p. 34i). décidait qu'à l’avenir on ne pourrait plus faire le commerce des grains sans en avoir obtenu la permission du gouvernement.
3 Isambert , t. XX , p. 346. Ces olhciers étaient institués à l'exemple du lieutenant général de police créé pour Paris par l'édit de mars 1667.
* Le 16 novembre, suivant le Journal d'un bourgeois de Caen , Vauban lui-méme arriva dans celte ville, visitant par ordre du roi les forliûcations de toute la Normandie. On tira cinq coups de canon à son arrivée , et autant à son départ.
Au mois de novembre i 69g, j’ai sollicité M. l'archevêque de Rouen et MM. les évêques de Normandie, pour faire tomber à M. l’abbé Petit, mon neveu, la députation à l’assemblée prochaine du clergé, ce qu’ils ont fait.
11 Y a eu disette de grains en 1699.
M. le duc de Beauvilliers, gouverneur des enfans de Frauce, ayant écrit à tous MM. les intendans, de la part de M. le duc de bourgogne, de travailler à un mémoire contenant l’état de leurs généralités, ample et exact, j’ai fait et lui ai envoyé celui de la généralité de Caen*, dont il a paru content. M. le duc de Beauvilliers me l’a marqué par sa lettre de remerciement qu’il m’a fait par ordre de M. le duc de Bourgogne, le 2 a avril.
Par la déclaration du 16 décembre 1698, il est porté que les publications qui seront faites, même pour les propres affaires du roi, ne pourront être faites qu’à l’issue de la messe, pour empêcher que le service ne soit interrompu. M. le chancelier de Pontchartrain m’a mandé, par sa lettre du i3 juin 1700’, que, sous prétexte que les habitans sortent de l’église aussitôt que la grande messe est finie, les publications ne se font point ou so font devant peu de personnes; que, pour faire cesser ce prétexte. Sa Majesté a cru qu’il falloit dire aux curés que, lorsqu’ils auront des publications à faire, ils en avertissent les habitans à la fin du prône, et que j’aie à le leur faire savoir.
Au mois de juin 1700, j'ai fait réédiGer les écoles de l’Université de Caen; le roi leur a donné les halles. M. de Nesmond, évêque de Bayeux, et moi, avons mis la première pierre de ces hàtimens.
Je suis parti pourThouars, le 22 juillet, suivant la permission que M. Chamillart m’en a donnée.
1 Sur ce travail de Foucault, voy. notre chartrain. dans Depping , Correspondance introduction. administrative soas le régné de Louis XIV ,
* Voy la circulaire du chancelier Pont- t. II, p. 3a i.
Au mois d’août 1700, M. le chancelier de Pontchartrain m’a accordé le privilège de l’impression du procès-verbal de la conférence de MM. les commissaires du conseil avec ceux du parlement, pour la rédaction de l’ordonnance de 1667. J’ai fait mettre le privilège sous le nom du sieur de Seneuse. libraire. C’est mon père qui a rédigé ce procès-verbal.
Le 1 5 août, j’ai fait un écrit avec le sieur de Seneuse, libraire, par lequel il s’est engagé de faire imprimer le procès-verbal de l’ordonnance civile de 1667, rédigé par mon père, et de me donner la valeur de i,oooH en livres à mon choix. Ce traité a été exécuté, et j’ai fait présent à tous MM. les conseillers d'état d’un exemplaire dudit procès-verbal, dont ledit sieur de Seneuse m’a délivré trente exemplaires , outre les livres portés par ledit marché. J’en ai aussi présenté à M. le chancelier Pontchartrain et à M. Desmare tz, contrôleur général; ledit Seneuse a dédié le livre à M. l’abbé Bignon1 II.
M. de Bezons, conseiller d’état, étant mort au mois de septembre2, j'ai écrit, le ao septembre, & M. Chamillart, pour demander pour moi cette place au roi. — (Fid. la lettre.)
Au mois de septembre, j’ai reçu ordre de faire saisir les biens de M. le cardinal de Bouillon3 dépendans de scs bénéfices.
I Répétition ; « Le i5 août, j'ai fait un
• traité avec le sieur Seneuse, libraire à « Paris , par lequel je lui ai cédé le prîvi-
• lége d'imprimer le procès-verbal de l‘or-
• dont tance de 1667 et 1670, moyennant « 1,000* qu'il doit me donner en livres et
• une douzaine d'exemplaires dudit procès-
• verbal. Ce traité a été exécuté en »
II n'est pas probable que le traité avec Seneuse ait été exécuté directement. En tout cas, il ne reste pas de trace du livre publié par lui. Le procès-verbal de l’ordonnance de 1667 fut publié d'abord à Lyon sous la rubrique de Lille en 1697, et sous celle de Louvain en 1 700. La première édition revue et corrigée sur l’ori-
ginal communiqué par Foucault est celle de Paris, 1709, in-4\ chez les libraires associés. Du moins est -elle la première connue qui contienne le privilège du roi accordé à Foucault et cédé par lui à P. Emcry et à scs associés, peut-être cessionnaires de Seneuse, ainsi que lu dédicace à l'abbé Bignon (voy. Barbier, Diet . des oavr. anonymes , n” 14,891).
* Louis Bazin, seigneur de Bezons, conseiller au parlement de Paris en 1 668, conseiller d'élal en 1 686 , cl ordinaire en 1698, était intendant de Bordeaux, où il mourut le 9 août 1700.
* Le cardinal de Bouillon avait refusé d'obéir À l’ordre que Louis XIV lui avait
J’ai reçu une lettre de M. Chamiliart, du 8 octobre 1700, avec deux mémoires contenant le projet d’une nouvelle capitation, l’un de lui et l’autre de M. Le Pelletier. Il me charge d’en faire l’opération dans des paroisses de quelques élections; mais les difficultés ont fait échouer ce projet.
J’ai proposé, en 1701, MM. le marquis de Saint-Pierre, de la
Roque et • gentilshommes, pour travailler avec moi à cet
ouvrage, M. le marquis de Canisy s’étant excusé sur ses incommodités.
Le 1 8 octobre 1 700, M. Chamiliart m’a écrit une lettre à laquelle étoit joint un mémoire pour l’établissement d’une nouvelle capitation qui étoit proprement une taille réelle , puisque les terres étoient taxées à proportion de leur valeur. Ce projet n’a pas été suivi et a été repris en 1718 par M. le régent, mais on doute qu’il réussisse.
M. Chamiliart m'a écrit, le . . . octobre, qu’il aurait bien souhaité tirer M. son frère de Dol, dont l’air lui est très-contraire; qu’il avoit pensé que , M. l’évêque de Bayeux ayant marqué vouloir demander au roi un coadjuteur, je pourrais lui proposer de lui faire donner une abbaye, moyennant quoi il donnerait sa démission pure et simple de l’évêché de Bayeux. Cette proposition n’a pas eu d’effet. M. de Nesmond est demeuré et mort évêque de Bayeux. On croit que sa famille, c'est-à-dire M. de Lamoignon et madame la présidente de Nesmond, l’en ont détourné, et peut-être M. de la Chétardie, curé de Saint-Sulpice.
Le roi ne vouloit point admettre de coadjuteurs aux évêchés.
J’ai fait mon compliment à M. Chamiliart, le 26 novembre, sur ce que le roi l’a fait ministre d’état.
envoyé à Rome de rentrer en France le ta septembre. » On sut, dit Dangeau à < cette date . que l’arrêt contre M. le car-
• dinal de Bouillon étoit expédié. Les in-
• lendans dea provinces où sont situés
• ses bénéfices ont ordre d'en saisir tous
« les revenus , tant ceux qui échoiront que
• ceux qui sont échus. Le tiers de ces re-
• venus sera employé aux réparations , « un tiers sera distribué aux pauvres des
• lieux, et l'autre tiers sera mis en sé-
• quealre. »
Au mois de novembre, j’ai travaillé avec madame la duchesse douairière de Ventadour et M. l’évêque de Coutances, à Sainte-Mariedu-Mont, à chercher les moyens de faire subsister les pauvres de cette paroisse, dont le nombre est de deux cents, tant hommes que femmes, madame de Ventadour en occupant une partie par le travail qu’elle leur donnoit. 11 y a un hôpital fondé dans cette paroisse par madame la maréchale de Sainl-Géran, et augmenté par madame de Ventadour. Il jouit de 2,000 H de revenu. Je l’ai mandé à M. Chamillart, et que nous allions travailler à ôter la mendicité dans les paroisses voisines. Je lui ai proposé de faire convertir les aumônes qui se font abusivement aux portes des abbayes, au profit des hôpitaux.
Le... décembre 1700, j’ai fait assembler les principaux religionnaires de Caen dans l’église de Saint-Jean, pour y faire des conférences. Le sieur Grandcolas a été choisi par M. l’évêque de Bayeux pour les faire. Je leur ai fait le discours ci-joint k l’ouverture des conférences; mais, voyant qu’elles dégénéroient en disputes d’école, j'ai fait entendre aux religionnaires que dorénavant on ne feroil plus de conférences, mais qu’on leur exposera l’Evangile, la doctrine de l’Église et la tradition, sans admettre ni dispute ni controverse; qu’ils pourront ensuite proposer leurs doutes en particulier et en toute liberté k celui qui leur aura exposé le sens de l’Ecriture. Le discours que je leur ai fait le 6 janvier 1701 est ci-joint1.