‹ Mémoires de Nicolas-Joseph FoucaultChapitre 74 sur 115 · LETTRE D'ANNE FOUCAULT · texte numérisé non relu

LETTRE D'ANNE FOUCAULT

• Ce i .‘i novembre.

• Monsieur mon très-cher père,

• Je prends la liberté de vous écrire,

• non pas dans l’espérance d’avoir le bon- ■ heur de vous voir à ma véture, laquelle

• se fera ce a 6 novembre. Ma joie scroit « bien grande si j'osois me flatter d’avoir

• bientôt l’honneur de vous voir, mais je

• ne l’ose faire dans la crainte que j’ai d'en « être privée. Je suis avec respect ,

• Monsieur mon très-cher père ,

• Votre très-humble et très-obéissante

« hile et servante ,

« Saur FoüCACLT. *

1 Nous n’avons pas retrouvé cet édit, qui permettait probablement des aliénations de hautes justices seigneuriales. Plus tard, la jurisprudence des parlements les rendit facultatives aux seigneurs sans permission du roi

Au mois de janvier 1703, j’ai vendu le fief de Carcassonne à M. Aubert, receveur général des finances de Caen, la somme de. . . M. le chancelier de Pontchartrain a désiré que je donnasse la préférence à M. de Marescot.

Le a 3 février, madame d'Olonne m’a donné son portrait de l’âge de dix-huit ans; c’étoit la plus belle femme de son siècle. Elle est morte â l’âge de. . .'

En 1 703, le roi a accordé à mon fils, avocat du roi au Châtelet , une dispense pour passer du Châtelet au conseil, ce qui étoit sans exemple. M. de Harlay, premier président du parlement, fit sur cette grâce extraordinaire des remontrances au roi, qui n’y eut point d’égard. M. le chancelier de Pontchartrain me manda , le t 5 avril 1 70.3, que M. Chamillart avoit beaucoup contribué à l'obtention de cette grâce et qu’il m’en félicitoit. — (Vid. aussi la lettre de M. Chamillart ci-jointe et celle que j’ai écrite à M. le chancelier.)

Monsieur,

Versailles, le 1 5 avril 1703.

J’ai obtenu du roi la grâce que vous avez désiré que je demandasse pour M. votre fils. Cette grâce est si singulière qu’en même temps que je vous apprends que Sa Majesté vous l’a accordée, je ne puis assez vous en marquer l’étendue ni en relever le prix. Elle m’a paru si extraordinaire que je vous dirai que, quelque désir que j’aie toujours eu de vous faire plaisir, je balançois néanmoins à entreprendre im aussi grand ouvrage et pour lequel je savois même que le roi avoit quelque opposition. Mais je vous avoue que l’amitié que M. Chamillart a pour vous et l’empressement avec lequel il m’a sollicité en votre faveur m’a déterminé à ne penser qu’à ce qui pouvoit faire

1 Catherine-Henriette d' Angennes, comtesse d'Olonne, morte le i3 juin 1714.

• Elle avoit, dit Dangeau, quatre-vingts ■ ans passés, et dans sa jeunesse elle étoit

• la femme en plus grande réputation de

■ beauté. • Saint-Simon ajoute que la comtesse d'Olonne était sœur aînée de la maréchale de la Ferlé , et que , restées veuves toutes deux , elles furent célèbres par leur galanterie, puis se convertirrnt.

réussir votre affaire; et j’ai si bien pensé et si bien agi, qu’elle a eu tout le succès que vous pouviez espérer. Vous voyez par ce récit que c’est à M. Chamillart à qui vous avez la principale obligation. Vous ne pouvez trop le remercier et je ne puis trop vous féliciter.

Je suis,

Monsieur,

Votre affectionné serviteur,

PONTCIIARTRAIN.

M. Foucault.

Monsieur,

Marly, le 11 avril 1703.

J’ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m’écrire le 1 8 de ce mois. J'avois parlé au roi pour la dispense de M. votre bis, et sans le secours de M. le chancelier, que j’y trouvai disposé très-favorableinent, il auroit eu bien de la peine à l’obtenir. Je n’attends point de vous des remerciemens. Pour les choses qui pourront vous faire plaisir, je n’y serai pas moins sensible que vous même, étant. Monsieur,

Votre trcs-humble et très-affectionné serviteur.

M. Foucault.

CIIAMILLàRT.

Le sieur de Sequeville, capitaine dans le régiment de cavalerie d’Aubigné, ayant poursuivi ivre un soldat jusques dans ma maison et manqué de respect à ma femme, a été cassé le 10 septembre 1 703.

Toute l’année 1 703 s’est passée en basse Normandie à lever des milices et à les équiper. M. de Montcault a été chargé de les dresser, et y a très-bien réussi.

M. le marquis de Gratot avoit fait une compagnie de gentilshommes aux dépens de la province, mais il a plus songé à son intérêt et à un intérêt sordide qu’au soulagement de la province; cela a été avéré, et la compagnie n’a pas subsisté.

Les ennemis se sont promenés le long de nos côtes et ont brûlé quelques mauvaises maisons sans entreprendre de descente.

On a levé un régiment pour M. le comte de Thorigny, fils de M. de Matignon. J'ai pris beaucoup de soins pour le rendre beau.

M. de Beuvron m’a mandé qu’il a levé neuf régimens de milices en haute Normandie, c’est M. d'Igulville brigadier, qui en prenoit soin.

M. de Matignon avoit compté sur mille gentilshommes complets.

On a envoyé cent invalides sur nos côtes.

J’ai jugé plus à propos de faire payer, par les paroisses qui doivent fournir des recrues aux officiers du régiment de Thorigny, 6oH par chaque bomrne, que de les obliger de donner un homme; ce qui a été exécuté.

J’ai empêché qu’on ne levât un nouveau régiment de milices dont M. de Matignon vouloit faire colonel M. de Montaigu, gentilhomme qui n’a point servi.

Les deux compagnies de jeunes gentilshommes que le roi avoit créées, et M. de Matignon, formées dans la généralité de Caen pour la défense des côtes, en septembre 1703, ont été licenciées. M. d’Aigremont avoit dressé ces deux compagnies avec beaucoup de soin; elles faisoient l’exercice comme celles des mousquetaires et étoient très-bien disciplinées.

La petite flotte qui portoit des vins, des eaux-de-vie, des agrès et autres choses à Brest, escortée par deux frégates commandées par le sieur de Touronne, ayant été poursuivie par des vaisseaux anglois, elle se retira dans l’anse de Saint-Jean-le-Thomas, près le mont Saint- Michel, où les ennemis vinrent la brûler. Les officiers de la côte ne se donnèrent aucun mouvement pour secourir cette flotte.

Il y a eu un ordre du roi pour casser tous les officiers des régi-

1 Nicolas de Lodo de la Rivierre d’Igulville. ■ On le créa inspecteur général de

• l’infanterie pour la Normandie par com-

• mission du i5 juin 1702, et brigadier

• par brevet du 28 janvier 1703. Il résida

• dans cette province jusqu'à aa mort , le

• 26 octobre 1 7 1 5. » [Chronologie hulortqur militaire, par Pinard, t. VIII, p. 119.)

mens des côtes qui sont gentilshommes, et de les faire servir dans l’arrière-ban, aussi bien que ceux qui ont des enfans dans le service, quoique par les règlcmens de !'arrière-ban ces derniers en soient exempts.

La compagnie de cent gentilshommes qu’avoit levée M. de Gratot a donné de la jalousie à M. de Canisy, qui a demandé à M. de Matignon qu’il en commandât la moitié; à quoi M. de Gratot n’a pas voulu consentir, et M. de Matignon a proposé à M. de Canisy de lever une pareille compagnie dans son département, ce qu’il a refusé et n’étoit pas même possible attendu la grande dépense.

Le rôle des taxes sur la noblesse, qui doivent servir de fonds pour mettre sur pied cette compagnie de cent gentilshommes, étoit d’abord de i8,ooott sur les deux généralités de Caen et d’Alençon. M. d’Angerviliiers, intendant d’Alençon, m’a mandé qu’il n’etoit pas juste que les bailliages d’Alençon et de Falaise payassent autant que ceux de Caen et de Coutanccs, et qu’il olfroit le tiers pour la contribution de son département, qui ne fournit que vingt-cinq gentilshommes.

M. de Matignon a réformé quarante gentilshommes de la compagnie de M. de Gratot , qui m’en a fait ses doléances.

M. de Gratot, lorsque la compagnie de gentilshommes a été cassée . a pris les meilleurs chevaux pour faire une recrue à la compagnie de cavalerie de son lils, et a gardé les selles et les équipages des autres.

M. de Montcault a fait imprimer à Caen un règlement pour l’infanterie de basse Normandie, qui regarde les évolutions et la discipline des régimens.

Le . . . novembre 1703. ma troisième fille' a fait profession à Jarcy.

Ayant fait mettre en 170a les filles du sieur de Colleville, conseiller du parlement de Rouen, opiniâtre religionnaire, dans le couvent des Ursulines de Caen, elles ont trouvé moyen d’escalader les

1 Voy. plus h»ut, pape 347, n0,e * •

murailles. Le roi a jugé à propos de faire mettre le père dans le château de Caen pour y rester jusques à ce qu'il ait représente ses fdles1.

La nommée Marie Bucaille a été condamnée en i 700, par arrêt du parlement de Rouen, à avoir la langue percée et au bannissement perpétuel, pour sacrilèges et débauches avec un P. Saulnier, cordelier, que sa fuite mit à couvert des peines qu’il méritoit. Cette fille avoit longtemps abusé le public par de prétendues révélations , tantôt contrefaisant la possédée et tantôt l’illuminée, mais toujours vivant dans une débauche avérée avec le P. Saulnier. Elle fut renvoyée à Valognes pour l’exécution du premier chef de l’arrêt; mais l’exécuteur gagné ne lui perça point la langue, et elle demeura à Cherbourg au lieu d’exécuter son ban. Elle y contrefaisoit la béate et y semoit une mauvaise doctrine, ayant même des sectateurs. Cherbourg est le lieu où le cas de conscience a pris naissance. Sur l’avis que j’en ai donné à la cour, elle a été mise aux filles de la Charité de Caen3.

Au mois de janvier 1 70 4, M. le chancelier de Pontchartrain a fait recevoir mon fils maître des requêtes au parlement, sans examen.

Au mois d’avril 1 704 , j’ai fait un voyage à Paris.

Le a avril 1 704. le roi m’a accordé des lettres de conseiller d’état du semestre de juillet3; la mort de M. de Harlay de Bonneuil a fait vaquer une place d’ordinaire dans le conseil, qui a été remplie par M. [Chauvelin] , conseiller d’état de semestre *. Le 7 avril, j’ai prêté le serment entre les mains de M. le chancelier.

1 Voy. Floquet, Histoire du parlement de Normandie, t. VI, p. 169.

’ Sur l'histoire de Marie Bucaille et du P. Saulnier. voy. Floquet. ouv r. cil. I. V, p. 73i.

' Les conseillers de semestre étaient distincts dea conseillers ordinaires, et ne devaient le service que pendant six mois

par an, (Voy. Qiéruel , Hittoirt de l'administration monarch. en France, 1. 1, p. 349-) * • M. de Harlay, qui a été plénipoten-

• tiairc à la paix de Ryswick , mourut 1a

• nuit 4 Paria ; il étoit conseiller d'état

• ordinaire. Le roi fait monter en la place

• d'ordinaire M. Chauvelin , qui Atoit le plus

• ancien des conicillers d'état de semestre,

Le i5 mai, le présidial de Caen, l’Académie et l’Université m’ont fait leurs complimens sur ma promotion à la place de conseiller d’état. Je leur ai fait les rcnierciemens ci-joints.

A l'Académie.

L’honneur que vous m’avez fait de me nommer protecteur de votre Académie vous engage de prendre part à mon élévation. Je serois cependant moins sensible à la grâce que le roi vient de inc faire, si elle ne me donnoit en même temps l’espérance de procurer des avantages à votre compagnie, et de rendre mon zcle utile au service des personnes qui la composent. Ce zcle commence d'avoir son ell’et par la protection dont M. le chancelier veut bien honorer votre corps. 11 lui accordera des lettres pour son établissement, les plus avantageuses qu’aucune autre académie ait obtenues. Je suis persuadé, Messieurs, que vous répondrez par vos ouvrages à l'idée qu’il a conçue de la délicatesse et de la solidité de vos esprits. Cette prévention, quelque juste et fondée qu’elle soit, mérite que vous n’oubliiez rien pour la soutenir et pour lui en marquer votre reconnoissance.

Au Présidial.

Je reçois, Messieurs, vos félicitations avec reconnoissance; mais j'avoue qu’elles me feraient encore beaucoup plus de plaisir, si la place qui vous engage de me les faire me mettait plus en état de vous procurer les soulagemens dont vous avez besoin. Tenez-moi compte au moins de ma bonne volonté , et attendons tous d'un meilleur temps les effets de l’amour que le roi a pour scs sujets et du désir extrême que j’ai de vous rendre mes services.

• et donne à M. Foucault, intendant à

• Caen . la place de conseiller d'état de >• semestre. • ( Journal de Lhngeau , a avril

• M. Foucault , ajoute Saint-Simon dans

• scs notes sur le Journal de Dangeau , s'est

• fait un nom dans la république des lettres ■ par le goût fin et cher de sa curiosité

• en médailles et en antiquités de toutes

• sortes, qu'il rechorcba dès sa jeunesse. «C'éloit un fort honnête homme, et qui « ne fut pas heureux en son fils. »

A la Vicomté *.

Vous me faites justice. Messieurs, de prendre part à ce qui me regarde, vos intérêts m’étant en recommandation particulière. Je voudrois bien vous en pouvoir convaincre par des effets, ayant pour le corps, pour le chef et pour chaque officier en particulier de votre compagnie, toute l’estime et la considération que vous méritez.

Au mois de juin 1704, j’ai fait établir le tarif* dans la ville de Bayeux, qui auparavant payoitla taille.

Le 7 juillet* 1704, j’ai fait une fête à Caen pour la naissance de M. le duc de Bretagne*. — ( Vid . la Relation.)

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