MANUSCRITS. PUBLICATION
Le manuscrit original des Mémoires de Foucault appartient à la Bibliothèque impériale (Supplément français, n° i5o); il forme un volume in-folio composé de 288 feuillets, parmi lesquels se trouvent quatre pièces imprimées1. Le titre est conçu en ces termes : « Mémoires de messire Nicolas Joseph Foucault, « conseiller d'état ordinaire, chef du conseil de S. A. R. Madame « Élisabeth Charlotte de Bavière , palatine du Rhin , duchesse " douairière d’Orléans. *
Cet intitulé n’est pas écrit de la main de Foucault, mais de la même qui a mentionné au-dessous la remise des Mémoires à la Bibliothèque du roi, en 1738, par M. de Boze (c’est probablement la main de M. de Boze lui-même). Il n’a donc aucun caractère authentique; et, comme il tendrait à donner une idée fausse du contenu des Mémoires, qui s’occupent surtout des intendances de Foucault, et nullement de ses fonctions de chef du conseil de la Palatine, nous n’avons pas hésité à
1 Trois brochures petit in-4\ savoir :
i* In relation <lc la fête de Poitiers pour l'érection de la statue duJroi, en 1687; a* le canevas de ta tragédie représentée au collège des Jésuites de Poitiers, en 1688; 3* la relation des réjouissances
faites à Caen pour la naissance du duc de Bretagne, en 170/1:01 If l'adiclie annonçant l'ouvcrturo de la classe d'hydrographie et de mathématiques au collège des Jésuites de Caen, le a6 mars îyoh.
INTRODUCTION. v
en supprimer la dernière partie et à n’cn conserver que le nom de l’auteur.
Sauf quelques pièces officielles, une lettre signée du roi, un petit nombre de dépêches et lettres ministérielles et quelques papiers de famille, les Mémoires sont, d’un bout à l’autre, delà main de Foucault lui-même. U les a écrits avec une grande négligence, sur des feuilles volantes d’inégale grandeur. Évidemmentil ne les destinait pas à la publicité, et n’avait d’autre but, dans cette œuvre de sa vieillesse, que de se résumer à lui-même les événements de sa vie passée.
A part un petit nombre de passages exceptionnels, les Mémoires sont invariablement rédigés par alinéa séparés, sans aucun rapport entre eux, et dont chacun contient, le plus souvent, le résumé d’une pièce que Foucault avait conservée dans scs archives. Le style s'en ressent : il a le ton d’une analyse de documents, exacte jusqu’à la reproduction des termes, et parfois les tournures d'une lettre analysée s’y glissent au milieu même de la narration.
L’ordre chronologique est suivi en gros, mais subordonné à la confusion des papiers dans les archives de Foucault. Il notait les événements à mesure que chaque pièce lui tombait sous la main, se répétant quand il en rencontrait deux analogues, et brouillant sans cesse la suite des mois et même des années. Celte manière de procéder a sans doute l’inconvénient d’embarrasser et d’alourdir la marche des Mémoires et de leur ôter tout mérite littéraire; mais on ne saurait disconvenir quelle leur communique en môme temps un grand caractère de certitude et d’authenticité, en dépit de quelques erreurs de dates et de noms, lapsus calami qu’explique assez la vieillesse de fauteur.
En effet, les Mémoires de Foucault n’ont pas été écrits jour par jour tout le long de sa vie; la date à laquelle on en doit rap-
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porter la rédaction se laisse fixer, d’une manière au moins approximative, par quelques erreurs et par certaines allusions. Des interversions de dates, des distractions, comme Caen pour Cahors, sont d’abord la preuve qu’ils furent écrits au plus tôt pendant l'intendance de Caeu. On précise de plus près l’époque au moyen du passage suivant: « Le 39 octobre 1 687, ma femme «1 est accouchée d’une fille . . . C’est le huitième enfant; il en reste « quatre. » Or la famille de Foucault ne fut réduite au nombre de quatre enfants que par la mort de son fils Guillaume, en 1 704. Les Mémoires ont donc été rédigés postérieurement à cette date, et l’on peut croire, avec toute vraisemblance, qu’ils ne font été qu’après 1 706, lorsque le rappel à Paris lui eut donné des loisirs qu’il n’avait pu trouver au milieu des tracas de l’administration provinciale, et que la vieillesse lui inspira la pensée de réunir ses souvenirs. On pourrait même pousser la conjecture encore plus loin : une erreur de plume qui lui fait écrire le 13 janvier 1717, au lieu du 13 janvier 1677 ', et plus loin une allusiou faite, sous la date du 1 8 octobre 1 700, à une mesure prise en 17181 2, autoriseraient à supposer que Foucault n’écrivit ses Mémoires que dans les cinq ou six dernières années de sa vie. Le caractère sénile des erreurs et des répétitions dont ils fourmillent témoigne de la vraisemblance de cette opinion.
Avant sa mort, Foucault remit son manuscrit entre les mains de M. de Boze, son collègue à l’Académie des inscriptions et belles-lettres, qui, dans une note ajoutée plus tard à 1 éloge de Foucault, qu’il prononça, en 1721, devant la docte compagnie3, déclare qu’il l’a «déposé à la Bibliothèque du roi.» Mais, en 1721, M. de Boze parlait sans doute d’une intention
1 Mémoires, p. 4o. el belle s letlrts , par MM. de Boze el l'abbé
* Ibid. p. 336. Goujct; Paris, Guérin. 1740. in- 1 a. I. II.
1 Histoire de l'Académie des inscriptions p. a47-
INTRODUCTION. vu
comme d’une chose faite, car voici ce qu’on lit dans une note qui suit immédiatement le titre du manuscrit, et qui paraît écrite par M. de Boze lui-même : • Ces Mémoires, écrits de la « main même de M. Foucault, ont été donnés et remis à la « Bibliothèque du roi, par M. de Boze, au mois de mars 1738.» Une note d’une autre écriture, insérée immédiatement audessous de la première, fait justice de ce que ces termes pourraient impliquer de trop libéral, en nous apprenant que «ces « Mémoires ont été remis par M. de Boze, par un échange pour « le Psautier de Milan de i48i, tiré des livres de feu M. l’abbé « deTargny1. Le roi eu fit réserver quelques volumes, qui ont « été estimés et payés. »
Nous ne pouvions songer à publier ce manuscrit tel qu’il est, et dans l’état de désordre qu’il doit un peu au relieur et beaucoup à l’auteur. Notre tâche a été rendue plus facile par cette circonstance que nous mentionnions tout à l’heure, c’est qu’il n’existe absolument aucune liaison de sens d’un alinéa à l’autre, et que chacun d’eux est isolé et représente à lui tout seul l’analyse d’une pièce détachée des archives de l’auteur. Dès lors, sans porter la moindre atteinte au sens et sans détruire une cohésion qui n’existait pas, nous avons pu établir partout l’ordre chronologique, qui est le plus simple de tous, et que l’auteur avait eu lui-même la volonté d’introduire et de suivre rigoureusement, car les pages de son manuscrit n’ont pas d’autre intitulé ni d'autre pagination de sa main que les années qu’il inscrivait en tête. Nous 11e nous sommes écarté de la suite des dates que dans d’étroites limites, et pour grouper ensemble des faits qui se-suivaient ou se rapprochaient naturellement.
1 Le fonds do l'abbé Targny. autrefois verses autres matières. (Lcprincc, Essai garde de la Bibliothèque, était composé historique sur la Bibliothèque du roi, 178a, de manuscrits sur la théologie et sur di- p. aai.)
INTRODUCTION
Dans un grand nombre d’alinéa , Foucault laisse en blanc le quantième ou même le mois. Lorsque aucun document extérieur ne nous a aidé à préciser la date, nous avons rejeté les alinéa de ce genre à la fin du mois, si c’était seulement le quantième qui manquait, et à la fin de l’année, si c’était le mois.
Nous avons dû prendre aussi un parti pour les répétitions des mêmes faits, qui sont nombreuses dans le manuscrit. 11 nous a paru que celles qui faisaient absolument double emploi pouvaient être supprimées sans inconvénient; nous avons donné en note toutes celles qui fournissaient la moindre variante, et enfin nous avons conservé dans le texte même celles dont le double emploi n’était pas bien sûr, ou qui offraient un véritable intérêt.
L’orthographe de Foucault étant assez capricieuse, et ne pouvant offrir, d'ailleurs, aucun intérêt littéraire ni philologique, nous avons pris le parti de la corriger, comme aurait pu le faire en 1720 un bon imprimeur, si l’auteur avait songé à cette époque à publier ses Mémoires, qui s’arrêtent en 1719. Cette méthode, qui facilite la lecture, a été appliquée à tous nos grands classiques, et à plus forte raison nous a-t-il semblé qu elle devait l’être à un ouvrage dont l’intérêt est dans le fond, et nullement dans la forme. Nous l’avons étendue aux Correspondances ministérielles qui suivent les Mémoires, avec d’autant plus de motifs, que la copie de la Correspondance de Colbert, à laquelle nous avons eu recours, est elle-même écrite suivant une orthographe très-réformée et conforme en plus d’un point à celle que nous avons adoptée.
Un mot maintenant sur les documents que nous avons ajoutés aux Mémoires. Nous nous sommes donné pour tâche de rechercher dans les dépôts publics de Paris toutes les correspondances
INTRODUCTION. »x
officielles qui pouvaient concerner Foucault, afin d’en éclairer ses Mémoires et de publier les pièces d’un intérêt sérieux. Dans ce but, nous nous sommes d'abord adressé aux Mélanges de Colbert, connus sous le nom de Collection verte (M ss. de la Bibl. impér.): ils contiennent les lettres adressées à Colbert par les intendants, et s’arrêtent à la fin d’août 1677. Nous en avons tiré quelques pièces de la main de Foucault ou se rapportant à ses Mémoires, assez peu de chose en somme. Nous avons compulsé ensuite les dépêches de Colbert, contenues aux Mélanges de Clairambault (ibid.) sous le titre de Registre des dépêches de monseigneur Colbert à MM. les intendans et autres, depuis le [1" janvier 1679] jusqu'à [/« fin d’août 1683]. Ici les documents utiles abondent. Ils sont de deux sortes : Foucault recevait non-seulement les dépêches qui n’étaient adressées qu’à lui, mais aussi les circulaires expédiées soit à tous les intendants, soit à un certain nombre d’entre eux, parmi lesquels il était désigné. De toutes ces pièces, nous publions in extenso celles qui le méritent; et quant à celles qui sont d’un moindre intérêt, nous avons pensé qu’plies avaient au moins l’avantage de donner une idée de l’activité du grand ministre; c’est pourquoi nous les avons mentionnées à leur date, avec indication sommaire de leur contenu. Nous espérons qu’on nous saura gré de ce spécimen, le plus complet qu’on ait encore publié de la correspondance entière de Colbert avec un de ses subordonnés.
Après Colbert, Louvois était le premier qui devait attirer notre attention. Les minutes de ses dépêches forment une magnifique collection aux archives du Dépôt de la guerre. On en compte près de trois mille adressées à Foucault, relatives, pour le plus grand nombre, à des questions particulière d’administration militaire. Devant une telle abondance, nous avons
X INTRODUCTION
dû nous restreindre au strict nécessaire, et ne choisir, pour la publication, que les pièces les plus importantes au point de vue des Mémoires.
Enfin la dernière collection «à laquelle nous ayons en recours est le Recueil des lettres du chancelier Pontchartraiu (Mss. de la Bibl. impér. fonds Mortemart). Cette correspondance a infiniment moins d’importance et d’étendue que les deux autres; nous en avons extrait quelques pièces offrant un certain intérêt, et nous avons indiqué le reste sommairement.
En terminant ces préliminaires, on nous permettra de nous féliciter de la bienveillance avec laquelle MM. les employés des deux Dépôts publics que nous avons consultés ont mis à notre disposition les pièces dont nous avions besoin ; et nous saisirons aussi cette occasion de témoigner notre gratitude «à quelques personnes dont l’amitié nous a été d’un grand secours, notamment à M. Chéruel, qui a bien voulu éclairer de ses conseils la publication de ces Mémoires, qu’il connaît mieux que personne, et à M. Eudore Soulié, conservateur du Musée de Versailles, déjà préparé aux travaux de ce genre par sa grande publication du Journal de Dangeau, et qui nous a apporté, en plus d’un endroit, l'affectueux et utile concours de sa savante collaboration.
BIOCIUPHIK DE FOUCAUI.T.
Les origines de la famille paternelle de Foucault sont obscures. Il nous apprend seulement que son bisaïeul, Nicolas Foucault, né à Poissy en i55o, mourut à Paris en 1626, et fut enterré en l’église de Saint-Germain-le-Vieil, où il avait
INTRODUCTION, fondé un obil, ce qui indique une certaine aisance1. Son fils, Claude Foucault, aïeul de Nicolas-Joseph, né à Poissy en i58o, fut pourvu, par achat, en i6i3, de la charge de grand maréchal féodal de l’abbaye de Saint-Denis. Cet office avait eu, au moyen âge, un sens et des fonctions réelles de surveillance sur les chevaux de l’abbaye, sur ses vassaux et sur ses domestiques, avec la police qui s’y rapportait; mais, par la suite des temps, il était tombé à l’état de simple fief héréditaire, dans lequel le grand maréchal féodal de l’abbaye n’avait plus pour fonctions que d’assister à la procession et au service divin le jour de la fête de saint Denis, en tenant, de la main droite, un bâton orné de diamants, et, de la gauche, un côté de la chape de l’abbé. Le non-usage en temps de guerre avait laissé perdre et prescrire par les religieux une partie des droits attribués à cette charge, tels qu’un pain et demi par jour, cent vingt boisseaux d’avoine par an, trois chopines de vin, mesure de Saint-Denis. Cependant elle valait encore quelque chose, car Claude Foucault eut soin de la transmettre à son fils, qui en passa d’abord la survivance à notre Foucault. Mais ce dernier n’en profita pas; son père la vendit en 1679, et elle fut supprimée peu de temps après, lors de la réunion de la manse abbatiale de Saint-Denis «à la maison royale de Saint-Cyr.
Joseph Foucault, père de l'auteur des Mémoires, naquit à Paris en 1G12. Les Mémoires sont muets sur la carrière qu’il embrassa d’abord, mais le Journal des bienfaits du roi (ms.) le désigne comme greffier de la chambre des comptes. F.n 1 655, il fut pourvu d’une charge de secrétaire du roi, et nommé.
1 Les Mémoires ne disent pas n quelle profession se rattachait ce personnage; d'où l'on peut conclure, selon M. P. Clé-
ment, qu'il avait commencé sa fortune dans le commerce.
xn INTRODUCTION,
en 1 658, conseiller d’état à brevet, titre honorifique qu’on ne doit pas confondre avec celui de conseiller d’état ordinaire. En 1661, Colbert, qui le protégeait, le fit nommer greffier de la chambre de justice chargée de juger le surintendant Fouquet. Les procès-verbaux de cette affaire furent rédigés par lui1. Ce fut aussi lui qui dressa ledit d’août 1669, portant règlement de l’âge requis pour entrer dans les charges de magistrature. Le premier président de Lamoignon faisait grand cas de cette rédaction. L'année suivante, il exerça, par commission, la charge de secrétaire du conseil d’état, qui venait d’être saisie sur le sieur Catelan par la chambre de justice. Il l’acquit définitivement en 1673, moyennant 3oo,oooH, dont le roi lui donna 5o,ooo. Les gages étaient de près de j 6,000“, sans compter les droits et profits. Mais, au bout de trois ans, en 1676, il la revendit au prix de /ioo,oooH, et se défit également, pour 5o,oooH, de la charge de secrétaire du roi, probablement dans l’intention de prendre sa retraite, car il avait alors soixante-quatre ans. 11 avait épousé, en 1 64 1 . Marie Métezeau, fille de Clément Métezeau, intendant des bâtiments sous Louis XIII, inventeur de la fameuse digue qui fut élevée au siège de la Rochelle, et qui construisit une partie de la galerie de réunion entre les Tuileries et le Louvre, celle qui allait depuis le Vieux-Louvre jusqu’au premier guichet du côté des Tuileries2. Joseph Foucault eut huit enfants de ce mariage, savoir :
1 II» sont conservés aux Cinq cents Je
Colbert, 11“ a35-a45 (Mss. liibl. inipér.). sous le lilre de Registres de lu chambre de justice , cl précédé» d’un récil de l'arrestation de Fouquct, rédige |>ar Joseph Foucault, d’après le* documents officiels.
Cette dernière pièce a été publiée par
M. Chéruel, dans son Histoire de {‘administration monarchique en France. à l'appendice du a' volume.
1 Clément Métezeau, d'une famille originaire de Dreux, était (ils de Thibaut Méleicou , architecte de Henri IV, et neveu de Paul Métezeau, prêtre de l'Oratoire.
INTRODUCTION
Claude Foucault, née en i64), décédée en 1675, abbesse de Gercy ou Jarcy-en-Brie;
Nicolas1 Foucault, auteur des Mémoires, né le 8 janvier i643;
Marie-Élisabeth Foucault, née en 16/16, morte au bout de quelques jours ;
Marie-Anne Foucault, née en 1648; elle épousa M. Petit de Villeneuve, conseiller à la cour des aides;
Joseph Foucault, né en 1649, mort de la petite vérole en 1662 ;
Joseph Foucault, né en 1 654 , mort en 1 664 ;
Anne Foucault, née en i655, religieuse à Jarcy, où elle succéda comme abbesse à sa sœur Claude, en 1676 ;
Catherine-Angélique Foucault , née en 1 662 ; elle épousa le marquis d’Avaray.
Madame Foucault mourut le 4 novembre 1670, laissant un testament par lequel elle avantageait autant que possible son fils Nicolas-Joseph, seul enfant mâle qui lui restât.
En 1676, Foucault père se remaria à mademoiselle Bossuet, sœur du grand évêque. Ce mariage, désapprouvé parla famille de la femme comme par celle du mari, 11e fut pas heureux. Mademoiselle Bossuet avait eu l’adresse de tirer de Joseph Foucault, dans l’année qui précéda et dans celle qui suivit leur union, deux billets montant ensemble à 50,000". Dès 1677, «le divorce s’étant mis dans le ménage, » elle demanda la séparation de corps et le payement de ses billets. Par ordre de Colbert, le duc de Chevreuse accommoda l’affaire;
qui avait contribué, avec le cardinal de Bérullc. à la fondation de cet ordre religieux. (Sur ce personnage, vov. Arcère, Histoire de la tille de la Rochelle et (la pays d' A ulnis, t. If, p. a 68 et 707, et Ph. de
Clicnneviércs. Archives de l’art français , t. I, p. a/»a , note. )
' Nie. Foucault reçut le second prénom de Joseph lorsqu'il fui confirmé et tonsuré , a l'âge de dix ans, le ao août i653.
XIV INTRODUCTION
mademoiselle Bossuet reçut 3o,ooott et la faculté de se retirer
où bon lui semblerait.
Foucault père mourut le 6 juillet 1691, à l’àge de soixante et dix-neuf ans. C’était un homme énergique et d’un jugement solide. Le peu de lettres de lui qui accompagnent notre publication fait vivement regretter la perte des Mémoires de sa vie qu’il avait composés, au témoignage de son fils1.
Passons maintenant à l’auteur des Mémoires, et voyons d’abord son enfance et sa jeunesse.
Né, comme nous l’avons dit, le 8 janvier iG43 (il a soin de noter l’heure, «sur les quatre heures du matin,» et l’aspect particulier de ce jour, où, dit-il, « il fit des vents extraor- » dinaires »), il eut pour parrain son grand-père, Claude Foucault, et pour marraine une tante de sa mère. Sa complexion était fort délicate, et il eut deux fois la petite vérole, la seconde fois très-violente, à l’âge de dix-huit mois. Il n’apprit à lire que peu avant sept ans, et ses maîtres de lecture lurent un prêtre de Saint-Eustache et, par une singulière rencontre avec
1 Le président Héuaull, dans scs Mémoires. publics par son arrière-neveu, M. le baron de Vigan , Paris , 1 855 , le représente comme peu aimable et assez bizarre. Voici ce <]u'il dit du père et du tits. p. 5 :
«Mon père donna à Molière, pour son « Malade imaginaire, la robe de cliambre « et le bonnet de nuit de M. Foucault , son « parent, l'homme le plus chagrin et le
■ plus redouté de sa famille, et qui tra-
■ vailioit mule la journée en robe de chaut-
• bre Il avoit été secrétaire de la
< chambre de justice où fut condamne « M. Fouquet, et fut père de M. Foucault, ‘ conseiller d’étal , e> de madame la mar-
« quisc d’Avaray. Ce M Foucault , conseiller d'état, avoit été successivement intendant de Montauban, de Béarn, de «Poitou cl de Caen. Il s'éloit distingué. « lors de la révocation de l'édit de Nantes . « par tous les soins qu'il prit pour la con-
«version des protestants M. de Bù-
« ville l'avoil remplacé dans le Poitou , • avant de parvenir, après M. d’Aguesseau . « à l'intendance de Languedoc, où il exerça « une espèce de vice-royauté jusqu'à sa « mort .
Le président Hénaull se trompe : ce ne fut pas Bâville qui succéda à Foucault, mais bien Foucault qui succéda à Bâville en Poitou.
INTRODUCTION. xv
une comédie célèbre, l’ancien maître de philosophie de son père, alors préhendier de Sainl-Germain-l’Auxcrrois, qui lui montra aussi l’écriture et la grammaire A l’âge de neuf ans, en i652, il entra comme pensionnaire au collège de Lisieux; mais il en fut retiré la môme année, et mis chez un sieur Savary, «qui tenoit des pensionnaires dans la rue Bourtibourg, «pendant les guerres civiles. » Il en sortit en i655, pour entrer en cinquième au collège des Jésuites ou de Clermont, où il lut plusieurs fois «empereur,» c’est-à-dire premier de sa classe, et remporta chaque année des prix. C’est avec un visible plaisir qu’il se souvient d’avoir eu le premier prix de prose en troisième et d’avoir «été de la tragédie. » Ln 1660, son père le retira du collège des Jésuites, et le mit dans celui de Navarre pour y faire sa philosophie. Cette classe occupait alors deux années; à la fin de la première, il soutint une thèse latine; il eu devait soutenir une autre à la fin de la seconde et la dédier à Colbert, protecteur de sa famille, mais une maladie l’en empêcha.
Au sortir du collège, il prit le degré de maître ès arts, qui équivalait à peu près à notre baccalauréat ès lettres, et, depuis la Saint-Ileiny (1er octobre) 1662 jusqu'au mois d’août i663, il fit une année de théologie. Cette étude était une affaire de dévotion, et peut-être aussi de précaution. Déjà, dix ans auparavant, en recevant la confirmation, Foucault avait été tonsuré, et rendu capable ainsi d’obtenir des bénéfices. A l’année de théologie succéda une année de droit, qu’il paraît avoir passée chez son père avec des maîtres particuliers, et au bout
' L'anccilole de la robe de chambre, que nous avons citée plus haut, prouve certainement que Molière avait entendu parler de la famille Foucault. Serait-il trop hardi de supposer que le père du prési-
dent Hénault avait pu aussi raconter devant lui l'Iiistoire du maître de philosophie réduit à sc faire maître d’école, et qu’il s’en souvint en écrivant le Bourgeois gentilhomme?
XVI ' INTRODUCTION
de laquelle, en i664, il fut reçu licencié en droit canon et civil à Orléans, et avocat au parlement de Paris. Il y plaida, dans le courant de i665, quelques affaires que les Mémoires rapportent d’une façou peu claire; mais il ne tarda pas à quitter cette profession pour les fonctions publiques, auxquelles l’appelaient naturellement la position de sou père et sa faveur près de Colbert.
Au mois d’octobre i665, Colbert le nomma secrétaire, aux appointements de 4,oooH, d’une commission chargée de procéder à la réformation de la justice, et composée de Pussort, conseiller d’état, des maîtres des requêtes Voisin, Caumartin, Hotmail et Le Pelletier, et des avocats Auzanct, Lhost, Ragueneau, Bilain et Gornont1, La grande ordonnance civile d’avril 1G67 fut un des résultats du travail de cette commission. Foucault paraît aussi avoir travaillé, avec M. d’Herbigny et avec les avocats Gornont et Bilain, à la préparation du Code maritime. Du moins, il est certain que Colbert eut l’intention de les charger de ce travail J.
En 1666, M. Deffita, qui devenait lieutenant criminel à la place de Tardieu, dont l’avarice a été chantée par Boileau, vendit à Foucault sa charge de procureur du roi des requêtes de l’hôtel et procureur général des chancelleries de France. Cet office valait bien 80,000 n; mais, comme on venait de céder «à Dcflîta , moyennant i5o,oooH, la charge de lieutenant criminel, qui en valait 200,000, Colbert exigea de lui, en même temps, qu’il traitât avec Foucault au prix de 5o,oooH seulement. Les épices de cette charge ne montaient pourtant qu’à i,3oott, dont il fallait déduire un tiers pour l’avocat du roi; mais, en 1667, le roi accorda à Foucault une
1 Chérucl , Hist. Je l'administr, monar - * Colbert, cité dans Cliéruel, o uvr. cit.
chique en France, t. Il, p. 257. p. 245.
INTRODUCTION. xvn
pension de 1,200", tant qu'il remplirait cette fonction. Il y fut reçu le 3 septembre 1666 et installé le jour suivant.
Immédiatement après, le 30 septembre 1666, il recevait une commission de procureur général de la recherche de la noblesse pour tout le royaume, excepté Paris, aux appointements de i,5oo"; mais il n’y gagna par an que 5oo ", car il en donnait 1,000 à un ancien magistrat qui l'aidait dans l’examen des titres. On le commit en même temps procureur du roi dans la recherche de ceux cjui avaient bâti, dans les faubourgs de Paris, des maisons au delà des bornes prescrites par l’édit du toisé de 1 644- Toutes ces fonctions comportaient le titre de conseiller d’état à brevet, dont les lettres lui furent expédiées le 10 octobre 1666.
Les choses durèrent ainsi jusqu’au commencement de 1671, où Foucault acquit de M. de Marillac, moyennant 97,000 ", la charge d’avocat général du grand conseil, qui n’avait pourtant de gages que i,5oo" et 4oo " de pension; mais, en octobre 1672, le roi y ajouta une pension de 600 ". Pour occuper cette nouvelle fonction, Foucault eut besoin d’une dispense d’âge, car on exigeait trente ans et il n’en avait que vingt-huit. Il conserva en même temps scs commissions de procureur général de la recherche de la noblesse, et de secrétaire de la commission pour la réformation de la justice, où il acquit même voix délibérative par son nouveau titre.
Au commencement de 1672 , la charge de procureur du roi des requêtes de l’hôtel fut vendue à M. Maboul, moyennant 78,000", avec un bénéfice de 28,000".
Le 3o octobre 1673 1 , le grand conseil étant allé à Versailles féliciter le roi sur son heureux retour de l’armée de
1 El non 1671. comme le disent par erreur les Mémoires. (Voy. l'cxtrail de la Gazelle . cité à la note i de la page îG.)
xvni INTRODUCTION.
Hollande, Foucault porta la parole après le président Barentin , et fit un compliment « qui fut des mieux reçu de Sa Majesté « et applaudi de toutes les personnes de qualité présentes à « cette action. »
Le roi ayant créé, par édit de janvier 1674, liuit nouvelles charges de maître des requêtes, Colbert fit entendre au père de Foucault que son fils devait en prendre une, et qu’il serait nommé aussitôt à une intendance de province, à son choix parmi trois qui vaquaient. Cette ouverture fut acceptée avec empressement, et la charge acquise moyennant i5o,oooH, plus 17,000“ environ pour dispenses d’âge et de temps de service. Le 1 7 février, Foucault fut présenté par Colberl au roi, qui le reçut très-gracieusement. Le 18, il prêta serment entre les mains du chancelier d’Aligre, et, le 3 mars, il fut reçu au parlement, dont les maîtres des requêtes étaient membres, et prit place à la grand’chambre. Dès le dernier février, il avait reçu la commission d'intendant de Montauban, en remplacement de M. de Brou. Au commencement de juin, il vendit sa charge d’avocat général au grand conseil à M. de Maupeou, moyennant 120,000", réalisant à cette vente un bénéfice de plus de 20,000".
Les appointements d’intendant de la généralité de Montauban étaient de i8,3oo", y compris les gages du secrétaire et des hoquetons, constituant ce qu’on appelle aujourd’hui les frais de bureaux. En y ajoutant quelques gratifications et ce que lui donna son père, il eut â sa disposition, pour l’année 1(174, 24,600". Mais son installation lui coûta beaucoup plus, et il dépensa 39,700 ", y compris 10,000 " pour se monter de vaisselle d’argent. Quelques emprunts, soigneusement notés dans les Mémoires ainsi que tous ses comptes d’intérêt, pourvurent à ces nécessités extraordinaires.
INTRODUCTION
Foucault quitta Paris le icrmai, et arriva le 20 à Montauban, après avoir passe par Bordeaux, où il conféra avec M. de Sève, intendant de la généralité de Bordeaux, et qui l’avait été auparavant de celle de Montauban.
Dès qu'il se vit installé dans son intendance, son premier soin fut de chercher à se marier. On lui proposa d’abord la fille unique d’un président à mortier du parlement de Toulouse, exilé de cette ville pour avoir fait de l’opposition au premier président Fieubet et «à la vérification de quelques édits; le futur beau-père posait comme condition qu’on obtint son rappel ; mais le roi était trop indisposé contre lui pour qu’on osât en faire la proposition, cl l’affaire manqua. Il s’en lia bientôt une autre, et le 24 novembre 1675, Foucault épousa, à Paris, en l’église de Sainl-Louis-en-l’lle, mademoiselle Marie de Jassaud, fdle de M. de Jassaud, doyen des maîtres des requêtes, parent de Fouquel. Elle était âgée de vingt ans et apportait à son mari une dot de 120,000**. De son côté, le père de Foucault donnait à son fils 100,000** en avancement d’hoirie, et reconnaissait comme lui appartenant la charge de maître des requêtes et la moitié des biens laissés par sa mère. Foucault se trouvait donc dans une brillante position de fortune. Nous verrons plus loin qu’il sut en faire un noble usage.
Il eut de son mariage huit enfants, savoir :
i° Nicolas-Joseph Foucault, né à Montauban, le 22 février 1677;
20 Marie-Anne Foucault, née à Montauban, le 23 avril i (>78 ; elle vint au monde « contrefaite, par la faute de sa mère, « qui, pour ne pas devenir trop épaisse, se faisoit serrer le corps « à force; » religieuse à Jarcy;
8° Marie-Angélique Foucault, née à Montauban, le 26 février i(i8i, morte «à Poitiers, le 5 novembre 1 685;
XX INTRODUCTION
1 1° Marie-Thérèse Foucault, née à Montauban, le 19 décembre 1681, morte à Pau, le 19 septembre 1 684 ;
5° Henriette Foucault, née à Pau, le 20 juin 1 G84 ; elle vint au monde dans le lit où était né Henri IV, et fut élevée dans son berceau; religieuse à Saint-Jcan-de-Bonneval près Thouars;
6° Guillaume Foucault, né à Poitiers, le 7 novembre 1 685 , mort en 1 70/1 ;
70 Anne Foucault, née à Poitiers, le 29 octobre 1687; religieuse à Jarcy;
Et 8° une autre fille, qui ne vécut pas.
La mort de Colbert (6 septembre 1 683) fut une grande perte pour Foucault. « Mon père et moi, dit-il , nous lui avions « l’obligation de nos établissements. Il a donné du relief è notre « famille par les charges et les emplois qu’il nous a procurés. « C’est le plus grand ministre pour les finances et la police du « royaume qui ait jamais été. « 11 eut bientôt à s’apercevoir de l’étendue de la perte qu’il faisait,' car, au lieu de lui donner de l’avancement et de le rapprocher de Paris, on l’envoya, au mois de janvier suivant, remplacer à Pau M. du Bois-Baillet, dont toute la province se plaignait. Le chancelier Le Telüer, qui protégeait ce dernier, le fit permuter avec Foucault, contre lequel il avait de mauvaises impressions1. Foucault perdit beaucoup au change, tant pour la distance de Paris que pour l’importance de la généralité, celle de Béarn étant la moindre du royaume : double malheur pour lui, car le besoin de faire valoir ses services et de regagner la faveur perdue fut peutêtre un des motifs du zèle exagéré qu’il déploya contre les religionnaires.
11 supporta bravement son échec, et écrivit immédiatement
1 Voy. Mémoires, p. 1 45-
INTRODUCTION. xxi
au roi, pour l'assurer qu’il porterait la même application au bien de son service et au soulagement des peuples en Béarn qu’il avait fait à Montauban. Cependant il songeait toujours à quitter l’intendance pour une charge, tantôt de président au grand conseil, tantôt de premier président du parlement de Bretagne, ou de Rouen, ou de Bordeaux, ou de Toulouse; tantôt pour l’ambassade de Constantinople, qu’il désira trèssérieusement, et que demanda pour lui Colbert de Croissy, son protecteur depuis la mort du grand Colbert. Mais c’était le moment où Foucault avait entrepris ses poursuites contre les religionnaires du Béarn, et plus tard contre ceux du Poitou; aussi Croissy eut-il beau revenir à la charge, le roi refusa toujours, par des motifs que Foucault juge honorables pour lui, c’est-à-dire en déclarant que, dans la conjoncture des affaires de la religion, Foucault lui serait plus utile en France qu’à Constantinople, et qu’il devait rester pour achever ce qu’il avait « si bien commencé. *
Le 1er mars 1684, il s’installa à Pau, dans le château de Henri IV, et la même année, dans un voyage qu’il fit à Paris, il obtint du roi une audience dont nous dirons quelque chose plus loin, en parlant des affaires de la religion. Le roi l’accueil- • lit fort gracieusement, et cette faveur, aiusi que sa conduite envers les réformés, disposa mieux pour lui le chancelier Le Tellicr, qui, ayant reçu une lettre anonyme remplie d’invectives contre Foucault, et où on l’accusait «de prendre des présens, » se contenta de la lui renvoyer avec des témoignages d’estime et de satisfaction de sa conduite.
Foucault fut récompensé de son zèle contre les religionnaires par l’intendance de Poitou. Il y fut nommé au mois d’août 1 685 , et arriva à Poitiers le 7 septembre, retrouvant ainsi, après moins de deux ans d’éloignement, une généralité
XXII INTRODUCTION
plus importante et plus proche de Paris que celles de Pau et
de Montauban.
Sur ces entrefaites, le chancellier Le Tellier, qui ne lui avait, jamais été complètement favorable, vint à mourir le 3i octobre i685. Foucault aurait voulu voir arriver à sa place Pussort, qui était de la famille de ses protecteurs; mais ce fut Boucherat qui succéda à Le Tellier. L’intendant ne négligea pas de faire sa cour au nouveau chancelier, dans la personne de son petit-fils par alliance, M. de Vieuxbourg, qui avait été pris de la petite vérole en passant par Poitiers pour aller rejoindre en Languedoc le régiment dont il était colonel. Foucault en fit prendre de grands soins, dont Boucherat le remercia par une lettre qui est conservée aux Mémoires.
A la fin de 1686, il fil un voyage à Paris, et demanda une audience au roi pour lui rendre compte des affaires de la religion. C’était justement l’époque de la grande opération, et Foucault ne fut reçu que lorsque le roi fut entré en convalescence. Le compliment qu'il adressa à Sa Majesté à cette occasion est précieusement conservé aux Mémoires, et son auteur en paraît fort satisfait.
Foucault avait tout lait en Béarn pour se concilier Louvois. et c’était, en effet, par son influence qu’il en était sorti et avait obtenu la généralité de Poitou, comprise dans le département de ce ministre. Mais les rapports continuels entre eux réveillèrent les antipathies du protégé de Colbert. 11 se buta surtout contre deux créatures de Louvois avec lesquelles il se trouvait en contact, et entama contre eux une lutte inégale qui finit par lui rendre la position’ insoutenable. Le premier de ces deux hommes était le marquis de Vérac, autrefois religionnaire opiniâtre, et maintenant zélé convertisseur. Louvois le comblait de faveurs; il l'avait nommé lieutenant de roi du haut Poitou,
INTRODUCTION, où, s’il faut en croire Foucault', le nouveau converti aurait signalé sa ferveur par les plus violentes dragonnades. Louvois dans ses lettres ne dissimulait pas ses sentiments, et quelquefois il y mêlait les réprimandes à Foucault d’éloges de M. de Vérac J que la comparaison devait rendre blessants pour le premier. M. de Vérac profita de cette position pour se dispenser de tous égards envers l’intendant; et un jour que celui-ci avait fait mettre en prison un nommé Tesnon, accusé de garder chez lui des femmes de sa famille non converties et d’avoir déclaré au subdélégué qu’il ne les ferait point convertir, M. de Vérac, qui protégeait ce Tesnon comme fermier de son beau-frère, envoya tout simplement ses gardes le tirer de la prison à force ouverte. Cette fois Foucault crut avoir trouvé l’occasion, et il se hâta d’envoyer à Louvois un courrier exprès pour l'informer à l’instant même de cet acte de violence. Louvois lui répondit par deux lettres coup sur coup. Dans la première1 * 3, il justifie M. de Vérac sur ce que Tesnon aurait opéré sa conversion et celle de sa famille, et, au nom du roi, il engage Foucault à bien vivre avec lui, sauf à surveiller sa conduite et à informer le ministre, « s’il n’alloit pas aussi droit qu’il a paru qu’il alloit • jusques à présent dans les affaires de la religion. » Mais dès le lendemain, 6 août, Louvois, ayant appris dans l’intervalle que Foucault avait fait commencer une information, approuve tout haut l’acte violent de Vérac, « contre lequel, dit-il à Foucault, « et contre ceux qui agissent par les ordres du roi, vous pouvez « bien croire qu’il ne vous appartient pas défaire informer sans « un ordre de Sa Majesté4. »
Foucault dut céder et se résigner à n’avoir « aucune satis-
1 Mémoires, i5 novembre ■ 685, p. i46. ’ P. 539, lettre de Louvois A Foucault.
1 I.eltre de Louvoi» à Foucault , du 8 du 5 août ifi8G.
nov. i685, dans notre Appendice, p. 5ao. 4 P. 5.3o, id. du 6 août 1686.
INTRODUCTION, faction de cette entreprise. » La faveur de M. de Vérac alla toujours en croissant. Il avait été nommé lieutenant général dé la province à titre provisoire1; il le devint à titre déGnitif ; et, aussi bien vu de Pontchartrain2 qu’il l’avait été de Louvois, il obtint pour son fils la survivance de sa charge.
L’autre protégé de Louvois était le comte de l’Orme de la Massays (ou Massaye), militaire distingué, dont la faveur s’explique aisément. Il avait été d’abord religionnaire opiniâtre, et Louvois avait envoyé à Foucault3 * l’ordre de l’arrêter à cause de ses menées pour empêcher les autres gentilshommes du pays de se convertir. Il avait même ajouté que, si l’on ne pouvait l’atteindre, il faudrait raser sa maison0. M. de la Massays para ces coups en se convertissant, et, par suite de circonstances que nous ignorons, il s’arrangea pour donner à Louvois l'honneur de cette conversion et se faire conduire par lui à l’église. Foucault prétend qu’au fonck il n’était nullement converti; mais Louvois, qui, dit-il, «se pftëvenoit aisément et « très-souvent mal à propos en bien et en mal, » ne l’en combla pas moins de faveurs.. Sa contestation avec Foucault eut lieu à propos de son beau-frère, le sieur des Minières, religionnaire persévérant, qu’on avait enfermé, en mai 1687, au château de Saumur, et qui avait laissé ses deux fdles, nouvelles catholiques, chez une de leurs tantes. Foucault, jugeant que cette parente les élevait mal, les ôta de chez elle et les lit mettre au couvent. La Massays réclama près de Louvois, et demanda qu’on les lui rendît pour se charger de leur éducation. Une lettre de Louvois du 27 août 1C875, «sans s’informer, dit Foucault,
1 P. 517, lettre de Louvois à Foucault, s Appendice, p. 5a4, lettre de Lou-
du 10 octobre ifi85. vois à Foucault, du aa novembre i685.
1 Depping, Corresp. admiitiilr. sous le * Mémoires, 10 décembre 1 685, p. t48.
rèijne de Louis A IV, t. IV, p. 457. * Voy. notre Appendice, p. 536.
INTRODUCTION. xxv
«si ce qu’on lui mandoit étoit véritable, « ordonna aussitôt à l'intendant de remettre les enfants entre les mains de la Massays. Au lieu d’obéir purement et simplement, Foucault temporisa et envoya des représentations, qui finirent par lui attirer, de la part du ministre irritable et absolu, l’ordre humiliant de faire conduire les jeunes filles chez M. de la Massays par un homme à lui1. L’année suivante, il lui ordonna de décharger la paroisse de la Massays de 5oott de tailles, dont, suivant lui, on l'avait augmentée2. Foucault obéit, mais il prétend , dans aes Mémoires, que, l’année précédente, au lieu d’être augmentée, cette paroisse avait été déjà soulagée, et qu elle se trouvait une des moins chargées de l’élection. Pour combler ses dégoûts3, Louvois exigea qu’il engageât M. de Pardaillan-Parabère à se défaire de sa charge de lieuteuant de roi du bas Poitou, sous prétexte qu’on n’en voulait plus qu'un daus la province, mais, en réalité, pour donner cet office à M. de la Massays4.
Foucault, blessé de ces procédés et voyant son crédit et sa faveur perdus près de Louvois qui, à ce qu’il croit, «étoit « ennemi déclaré de tous les amis de M. Colbert et de ceux qui « étoient attachés à sa famille, » finit par prier Seignelay de le tirer de Poitiers et de le mettre en une généralité qui ne fût plus dans le département du secrétaire d’état de la guerre. Seignelay obtint du roi d’envoyer Foucault à Caen, et cette nouvelle commission lui fut expédiée le a5 janvier 1689.
Foucault s’y rendit au mois de mars, en passant par Rouen,
* Voy. Appendice, p. 537, lettre de Louvois à Foucault du g décembre 1687.
Il y a des obscurités dans celte lettre, d'où il semble résulter qu'au moment où elle fut écrite le sieur des Minières aurait été reléché et aurait eu avec lui ses filles déjà sorties du couvent. Mais ce qui
reste parfaitement clair, c’est l'humiliation infligée à Foucault.
’ Voy. Appendice, p. 54 1, lettre de Louvois du 18 septembre 1688.
’ Ibid. p. 54a, 19 janvier 1689.
' Le comte de Pardaillan tint bon. et la Massays n'eut sa place qu'en 1694.
INTRODUCTION, pour y conférer avec l’intendant, qui était Michel Chamillart. Il avait fait sa connaissance deux ans auparavant, lorsque ce dernier, encore simple maître des requêtes, avait passé par Poitiers en tournée d’inspection financière. Depuis ce temps ils furent amis intimes, et Chamillart, parvenu au pouvoir, prodigua à Foucault des promesses et des démonstrations de zèle qui, il est vrai, n’aboutirent à rien.
A son départ de Poitou et à son arrivée en Normandie, la faculté de droit de Poitiers et l’université de Caen le complimentèrent, et il y répondit par deux petits discours latins qu’il a conservés dans ses Mémoires et qui font honneur à ses humanités.
Par son importance, par sa proximité de Paris, par la facilité comparative avec laquelle elle s’administrait, l'intendance de Caen représentait un véritable et sérieux avancement; aussi lui suscita-t-elle quelques envieux à la cour. Chamillart, encore intendant à Rouen, tuais qui allait souvent k Versailles, l’en avertit dès le mois de novembre 1 689. Foucault, estimant avec raison que Paris seul pouvait lui offrirdes fonctions plus élevées, fit tous ses efforts pour ne plus changer d’intendance, et il réussit, puisqu’il y resta pendant plus de dix-sept ans et n’en sortit que pour entrer au conseil d’état. Il lui fallut cependant parer quelques coups. Eu 1 693 , on voulait l’envoyer à Rouen, à cause d’une mésintelligence qui avait éclaté entre lui et M. de Matignon, lieutenant général de basse Normandie. Il en fut de même en 1 695. Dès 1 694 , on lui avait proposé l’intendance de Lyon , qu’il refusa également. Chamillart et Pontchartrain l’aidèrent à faire agréer au roi tous ces refus. Pour se fixer encore davantage en basse Normandie, il y acquit de Chamillart la terre de Magny, érigée en marquisat, et située sur les confins du pays bessin et de la plaine de Caen. Il lui en coûta sa charge
INTRODUCTION. xxvn
de maître des requêtes, estimée i4o,ooott, qu'il eut permission de vendre au mois d’octobre 1 694. On lui conféra en même temps des lettres d’honoraire.
L’intendance de Caen le mit en rapport avec de grands personnages, notamment avec le roi Jacques II, comme nous le verrous plus loin. En 1693, le duc d’Orléans s’étant établi à Pontorson comme commandant des côtes, Foucault fut admis à lui faire sa cour, et paya l'honneur de s’asseoir à son jeu en y perdant 4,ooo,t au lansquenet1.
Un instant il put se croire appelé à de hautes destinées. En 1699, Chamillart, nommé contrôleur général, lui avait écrit aussitôt un billet qui, dans son laconisme, semblait promettre beaucoup : « Vous avez un ami contrôleur général; M. de Pont- « chartrain est chancelier. Je vousembrasse de toutmon cœur. » Mais cette bonne volonté resta stérile. Chamillart eut un jour l’idée de le faire intendant des finances, 4 la place de M. de Cauinartin, dont il était mécontent. Mais c’était indisposer une famille puissante, à laquelle appartenait le chancelier luimême. Madame de Maintenon en dissuada Chamillart, "et, « ajoute tristement Foucault, je demeurai intendant de Caen. »
C’est pendant son séjour à Caen que Foucault s’occupa de rétablissement de ses enfants, ou, pour mieux dire, qu'il abandonna les trois filles qui lui restaient pour l’établissement de son fils aîné. La première, qui était infirme, et qui, comme l’écrivait sa tante l’abbesse de Jarcy, n’avait pas » un point de « vie2, » fit profession comme novice à Jarcy, à l’àge de treize ans,
1 Mémoire* , p. 398. M. P. Clément croit que ce fait « dénote un goût marqué pour «le jeu.» il nous semble, au contraire, que ce souvenir des Mémoires, qui n’est
peut-être pas exempt de rancune, est la preuve que Foucault était peu accoutumé
aux pertes de cette espèce, lin joueur d'habitude n’en aurait pas pris note.
* Lettre de l’abbesse à Foucault, du 3 1 septembre 1 703 , aux notes des Mémoires. p. 347.
INTRODUCTION, et cinq ans plus tard, en 1696, elle y prit l’habit, avec une dot de 5oott de pension pour le couvent et de 3ooH viagères pour elle. La seconde, Henriette, entra au couvent de Saint- Jean-de-Bonneval près Thouars, en 1689; elle n’avait pas encore cinq ans révolus. Elle y prit l’habit en 1 699 , à quatorze ans et demi. Sa dot fut de 2,000** une fois payées et de 3oo** de pension viagère. La dernière, Anne, entra en noviciat, en 1 702, à Jarcy, où étaient sa tante l’abbesse et sa sœur; elle avait près de quinze ans. La correspondance relative à sa vêture est annexée aux Mémoires 1 ; elle est très-touchante, et la pauvre enfant y insiste avec beaucoup de grâce et de vivacité pour que son père veuille bien augmenter un peu la mince dot qu’il lui constitue à son entrée en religion. Il s’agissait de savoir si la pension viagère serait de 100 ou de 200 H. Les Mémoires ont négligé de nous apprendre ce qui fut accordé. Elle fit profession en 1703.
Outre scs trois filles , Foucault avait aussi un second fils. En 1703, il demanda pour lui un bénéfice au P. de la Chaise; ne l’ayant pas obtenu, le jeune homme se tourna vers la marine. 11 s’embarqua pour les Indes, et il y mourut en 1704.
Il ne restait plus*à Foucault que son iils aîné, à l’élévation duquel il avait sacrifié tous ses autres enfants. « Il n’a tenu « qu’à lui d’en profiter, dit son père, mais Dieu n’a pas permis «qu’il me donnât cette satisfaction2.» L’enfant, né en 1677, fut mis aux Jésuites de Poitiers, et plus tard il étudia le droit. On l’appela d’abord M. de Carcassonne, du nom d’un fief que possédait son père3; puis, quand ce dernier eut acquis de Chamillart la terre de Magny, le fils en prit le titre, et c’est sous le nom de Magny qu’il est connu dans les Mémoires du temps.
' P. 347. — ’ Mémoires, août 1706, p. i-jo.— * Ibid. p. 197, 35 1.
INTRODUCTION. xxix
En 1699, Foucault le pourvut d’une charge d’avocat du roi au Châtelet, et, en 1703, il obtint pour lui, par le crédit de Chamillart, une dispense pour passer du Châtelet au conseil, « ce « qui étoit sans exemple. » Pourtant le jeune homme avait déjà annoncé 1 ses dispositions dans une occasion dont les Mémoires parlent d’une manière énigmatique; il avait été impliqué dans « l’affaire de Barrault, caissier deThéveniu. » Foucault en ressentit un vif chagrin et dut payer pour accommoder les choses; ce qui ne l’empêcha pas, un an plus tard, de demander hardiment qu’on proposât son fils pour l’intendance de Lyon. Comme on pense bien, cette prétention n'eut pas de succès.
Cependant Foucault vieillissait; il avait éprouvé, en 1702, une violente maladie, dont il lui restait une rétention d’urine. Les fonctions si actives d’intendant provincial lui pesaient de plus en plus; il redoubla ses efforts pour obtenir un siège au conseil d’état. Ses premières démarches pour y parvenir dataient de la vente de son titre de maître des requêtes, en 1 694 ; après plusieurs échecs, il réussit enfin, en 1 704, et fut nommé conseiller d’état de semestre. En même temps Magny était reçu maître des requêtes et faisait, la même année, un riche mariage avec la fille d’un de scs nouveaux collègues, M. de Ragaru. Ce 11e fut pourtant qu’au bout de deux ans, au mois d’août 1 706, que Foucault obtint de passer sa commission d’intendant de Caen à son fils et de revenir à Paris prendre part aux travaux du conseil d’état. Après être resté six semaines avec Magny pour le mettre au courant, il quitta Caen à la fin de septembre.
Quelques mots suffisent pour récapituler la fin de sa vie administrative. Il ne parle de ses fonctions de conseiller d’état
1 Mémoires, décembre 1700. p. 34a-
INTRODUCTION
\xx
de semestre que pour dire que le chancelier le désigna pour signer le contrat du clergé, le i3 juillet 1711. Resté fidèle à Chamillart dans sa disgrâce, il note dans ses Mémoires les visites qu'il lui fit dans sa terre, où le ministre s'était retiré. 11 nous apprend également, mais sans s’expliquer davantage, que, peu avant cet événement, Chamillart s’était adressé à lui, en deux fois, pour emprunter i4o,oooH.
En 1 7 1 a , il lut nommé chef du conseil de Madame, duchesse douairière d’Orléans, belle-sœur du roi. 11 assista, avec cette princesse, aux derniers jours de Louis XIV, et s’exprime en termes très-favorables sur l’attitude qu’elle garda pendant ces circonstances ‘. Madame avait demandé au régent, son fils, une place pour Foucault dans les conseils établis pour remplacer les ministres. Une difficulté que les Mémoires n’expliquent pas clairement empêcha sa nomination; en récompense, il fut nommé, l’année suivante, a G novembre 1716, conseiller d'état ordinaire, à la place de Bâville, le célèbre intendant de Languedoc, qui donnait volontairement sa démission. Mais Foucault avait alors près de soixante et quatorze ans et ne paraît pas avoir servi bien activement; du moins, ses Mémoires ne contiennent plus rien de relatif aux affaires publiques, sauf un procès dans lequel le régent eut occasion de montrer son indulgence assez peu raisonnée1 * * * * * * * 9. La fin en est remplie par quel-
1 Mémoires, i" septembre 17 15 , p. 376.
* Ibid. 17 18-171 9. p- 388-390. Il s’agit
d'une lettre de menaces, écrite au régent, à propos des affaires de la Constitution.
En >718, on poursuit comme auteur de
celte lettre un curé qui s'en défend de
toute» ses forces, et meurt en prévention
ii la Bastille. En >719, le vrai coupable
sc découvre et avoue . et le régent lui fait
grâce aussitôt.
Ajoutons une antre affaire dont les Mémoire» ne parient pas, mais dont nous avons retrouvé, dan» V/nrenlairt des papiers de Clairambnull (Mss. de la Bibl. imp.J, fol. 4o3 verso . la mention suivante : * Arrêt du
• conseil du 3 avril 1709, qui commet
• Foucault pour la maison de Gèvres. » Le volume des Papier» de Clairambault, qui contenait cet arrêt, a été détruit; mais c’est peut-être à celte affaire que »e rat-
INTRODUCTION
ques affaires de famille, notamment par les démarches an moyen desquelles il réussit à faire indemniser, par le régent, M. d’Avaray son heau-frcre, ambassadeur de France en Suisse, dont la maison avait bridé à Soleure, avec tout son mobilier, et surtout par les affaires de son lils, qui empoisonnèrent ses derniers jours.
Magny, en effet, ne réussit pas dans l’intendance de Caen. Saint-Simon raconte que «les folies qu’il fit dans une place si «sérieuse, et les friponneries dont il fut convaincu furent si « grossières et si fortes, qu’il fut rappelé avec ignominie1. » Les Mémoires de Foucault sont muets sur les causes et le moment précis de ce rappel. On y lit seulement que, le 29 septembre 1708, le contrôleur général Desmaretz communiqua au père une lettre anonyme de plaintes contre le fils, pour y faire telle attention quelle pourrait mériter. Mais le Journal d’un bourgeois de Caen est plus explicite2. Il nous apprend que Magny
tachent deux couplets satiriques sur la maison de Gêvrcs, insérés à la fin des Mémoires de Foucault :