‹ Memoires de NicolasJoseph FoucaultChapitre 3 sur 133 · POTIER, MARQUIS DE GÈVRF.S · texte numérisé non relu

POTIER, MARQUIS DE GÈVRF.S

VILS D6 rr.rau n duc.

C1IANSÛK.

Givre* . je te supplie .

Ouille, quand tu feras l'amour.

Ta généalogie De I.utcxn bourg ;

Car en Lorraine »

Chose certaine ,

Ta es Potier comme A la cour.

SUR LE U RM K.

Semble, a voir te petit Givres,

Pour un peu de bien qu*il a.

Semble , a voir le petit Gèvres ,

Que *on bien l’anoblira.

Hélas! ma mcrc, Ica Potiers Ne firent jamais de verre ;

Hélas! ma mère, les Polirn Né furent jamais vitriers.

La première «le ces chansons se retrouve seule au Heeueit Maarepus (Mss.

«le la Bibi. iinp.J, t. Il, p. a5i. parmi les pièces datées de 1 646 à 1666, mais sans aucune note explicative.

' Mémoires, édit, in-ia, donnée par M. Chéruel. t. X, p. 5.

1 Journal d'un bourgeois de Cucn, publié d’apres un manuscrit de la bibliothèque de Caen, par G. Mancxd. Caen, i8â8, in-8*. « 1709. — Celle année 1 709, depuis le

• mois do janvier, le froment et autres

• grains ont été d’une graude cherté . . . « Il y eut des soulèvemens de la part des « artisans qui manquèrent de pain , parce ■ qu'on a mis bas dans presque toutes les

• manufactures, particulièrement dans la

XXXII INTRODUCTION

passait dans son déparlement pour un accapareur de blés. L’année 1709 ayant été affligée de disette, une émeute eut lieu à Caen, le 1 7 mai, à cause de la cherté des grains. Le peuple se souleva contre un commissaire de police nommé Hébert, que la rumeur publique accusait d’accaparer les blés, de connivence avec l’intendant. Magny réprima vigoureusement la sédition, mais il fut révoqué de trois mois après1 : était-ce pour

«ville de Rouen, ou on s'est trouvé à la

• veille d'un grand pillage. . . Il a pensé

• arriver pareil désordre à Caen . au mois « de mai ,1c 17, peu de jours après Rouen. « I.a populace, au nombre de plus de deux

■ cents, alla à la maison du nommé Hébert . commissaire de police et huissier de la

• ville, où il ne resta pas une vitre ni une : fenêtre entière ... Le bruit et désordre

• n'auroit pas cessé si tôt si M. Foucault, -intendant, ne fût venu à pied, en personne, assisté de M. le lieutenant géné-

■ ral de police et de plusieurs officiers,

- tant d’épée que de robe, qui se transpor-

• tèrent sur les lieux ; et ils n'y auraient

- pu rien gagner s'ils ne s'étoient servi •> d'une cinquantaine de mousquetaires du

• régiment de Brancas de présent en gar-

• nison en cette ville , ayant la boyonnctle

• au lioul du fusil. . . Le peuple ne vint

• point a bout de son dessein ; les soldats

• qui survinrent empêchèrent que les

• portes ne fussent enfoncées. . .

• La cause de ce désordre est que le

• prix du blé augmente de jour en jour. « ce qui ayant révolté le peuple qui aper-

• çut ledit Hébert ledit jour, 17 du mois

• de mai , dans la grande rue Saint-Jean ,

• faisant balayer les rues , étant alors vis-è-

• vis de l'hôtel de M. Foucault, intendant,

• ce peuple mutiné a fait main basse sur

• lui , a déchiré sa robe de justice par mor-

• ceaux, et a foulé aux pieds sa perruque

• dans la boue. Il s’est sauvé heureusement,

• après quoi on alla attaquer sa maison,

• comme il est expliqué ci-devant.

• Ledit Hébert a fait des magasins

• de blé dans le temps qu'il enchérissoit et

• qu'il aurait dû le vendre. Il étoit de con- « nivence avec mondit sieur Foucault, in-

• tendant.

• Le roi a révoqué ledit sieur Foucault.

• qui s'est retiré en sa terre de Magny.

• proche Bayeux. •

• Jturnal de Danjeau, du mardi i3 août 1709, à Versailles :

• Il y a du changement parmi les inten-

• dans de province On a rappelé de

■ Caen le fils de M. Foucault, et on y en

• voie M. de la Briffe. > L’addition de Saint- Simon au Journal de Dangeau porte ici :

• Le (ils de Foucault étoit un fou d’esprit

• qui tomba depuis d'abime en abime et

• qui y est resté. »

Le Journal d'un bourgeois de Caen continue :

« 12 septembre 1709. — Le jeudi 1 3 sep-

• tembre 1709. M. Foucault, intendant en

• la généralité de Caen, fils de M. Fou-

• cault, ci-devant intendant à Caen, est

• parti pour se rendre au conseil. 11 n’a

• été regretté do personne, le peuple se

• plaignant de lui à cause des blés.

• Ledit jour, ta septembre, M. Pierre

INTRODUCTION. . xxxm

donner satisfaction aux accusations de la foule, ou pour les motifs allégués par Saint-Simon? C’est ce que nous ne saurions décider. Personne ne le regretta, « le peuple se plaignant « de lui à cause des blés. »

Saint-Simon ajoute qu’après son retour à Paris, Magny,

« n’osant plus se présenter au conseil [d’état], ni espérer plus « aucune fortune de ce côté-là, se défitHl«,sa charge de maître «des requêtes, prit une épée et battit longtemps le pavé, et,

" après la mort du roi, essaya de se raccrocher par une charge «d’introducteur des ambassadeurs, que le baron de Bretcuil «lui vendit1.» Foucault, plus exact ou plus indulgent, rapporte qu’à son rappel Magny vint servir au conseil, où il lit avec succès le rapport de plusieurs affaires; mais que, s’étant dégoûté de ce travail et croyant qu’une charge dans la maison du roi serait plus conforme à son inclination, il vendit sa charge de maître des requêtes et engagea son père à demander pour lui au roi l’agr.éipent de la charge d’introducteur des ambassadeurs dont était pourvu M. de Breteuil. Mais madame de Maintenon avait prévenu l’esprit du roi contre Magny, parce qu’étant à Caen il aurait condamné aux galères, pour vois et malversations, un commissaire de marine qu'elle protégeait. En conséquence, le roi refusa l’agrément qu’on lui demandait, en enveloppant son refus de tous les égards possibles pour ne pas mortifier Foucault.

L’affaire fut reprise après la mort du roi, et Magny, ayant obtenu l’agrément du régent, acquit la charge de M. de Breteuil moyennant 2 5o,oooH. Après l’avoir exercée pendant près

« Amault de la Briffe, chevalier, marquis » Il étoil RI* de M. de la Briffe, ci-devant

• de Ferrières, est arrivé en celte ville de ■ procureur général au Parlement de Pa-

< Caen , en la place dudit sieur Foucault , • ris. •

* pour être intendant de celle généralité. 1 Aoc. cil.

INTRODUCTION

de trois ans, il en sortit par suite d’une fâcheuse aventure. La duchesse de Berry, fille du régent, ayant donné, le 28 février j 7) 8, une fête au duc et à la duchesse de Lorraine, Magny, qui avait assisté au concert, se mit du souper sans y être invité. M. de Saumery, premier maître d'hôtel de la duchesse, lui en fit de grandes réprimandes qu’il reçut fort mal, et auxquelles il répondit par des insolences qui atteignaient, à ce qb’il paraît, la duchesse elle-même. M. de Saumery, outré, le saisit à la cravate pour le mener devant elle; mais il s’échappa 1 et se sauva dans la ville, où, dit Saint-Simon4, « il continua le len- “ demain à débiter force sottises. » Cependant la duchesse de Berry, très-irritée, avait obtenu du régent un ordre pour mettre Magny à la Bastille. Ce fut son père lui-même qui l’y conduisit, le 2 mars.

Dès le lendemain, Foucault sc présentait devant le régent pour lui demander la cause de la disgrâce de son fils, et faisait aussi sa visite à la duchesse douairière et à la duchesse de Berry, qui le reçurent avec bonté et lui firent des compliments de condoléance. La détention de Magny ne dura pas longtemps. Dix jours après son entrée à la Bastille, le 13 mars, il fut élargi, mais à condition qu’il n’exercerait plus les fonctions de sa charge, et qu’il s’en déferait dans quelque temps, de manière à sauver les apparences. Dès qu’il fut sorti, son père le présenta au régent et à la duchesse douairière, qui l’accueillirent avec bonté; mais la duchesse de Berry ne voulut pas le recevoir, «sa vue ne pouvant que lui faire peine. »

A partir de ce moment, la mauvaise humeur de Magny le livra aux ennemis du gouvernement : il se jeta dans la conspiration de Cellamare. Son père prétend, il est vrai, qu’on ne

' Journal de Dangeau, du i" mars 1718. — ’ Mémoires , loc. cil.

xwv

trouva point de preuves contre lui , et que, s’il prit la fuite, ce lut uniquement parce qu’il se crut compromis pour avoir donné de l’argent et un cheval à l’abbé Brigault, dépositaire des actes de la conspiration, avec lequel il était lie depuis plusieurs années d'un commerce d’amitié et de plaisirs. Cependant cette version, très-naturelle dans la bouche d’un père, paraît insuffisante pour expliquer la fuite de Magny, que Saint- Simon 1 et madame de Staal 2 accusent formellement d’avoir eu sa cabale et d’avoir pris part au complot. Quoi qu’il en soit, il se tint d’abord caché à Paris3'; mais, appréhendant qu’on ne vînt à découvrir le lieu de sa retraite, il quitta bientôt le royaume, et passa d’abord en Italie, de là dans les Pays-Bas, et enfin en Espagne, où il était encore à la mort de son père.

Saint-Simon, seule autorité que nous possédions sur la vie de Magny à cette époque, raconte4 qu’il fut bien reçu en Espagne, où, quoiqu’il n’eût jamais été que de robe, il devint colonel, et bientôt après brigadier. Il était en outre majordome de la reine quand Saint-Simon alla à Madrid comme ambassadeur. « Il expédioit fort promptement ce qu’il touchoit, trou- « voit fort mauvais de ne pas faire assez tôt fortune, et l’indi- « gence où il se jetoit lui-même. La mauvaise humeur le rendit x fort impertinent et le fit honteusement chasser, tellement «qu’après la mort du régent il repassa les Pyrénées, dans

1 Mémoires, édit, in- 12, donnée par Chéruel, t. X, p. 5, cl t. XI. p. 53. Le même (additions au Journal de Dangeau.

du 8 décembre 1718, t. XVII, p. 43o) dil ; « Magny, introducteur des ambassa-

• (leurs . fut commode à des gens qui 1 avoient un commerce étroit et caché

• à entretenir avec l’ambassadeur d'Es-

• pagne. * Si Magny lut « commode • à certaines gens.ee ne fut pas au moins comme

introducteur des ambassadeurs, puisqu'il n’en exerçait plus les fonctions depuis son affaire chez la duchesse de Berry, au mois de février précédent.

' Mémoires, collection Michaud et Poujoulat, 3* série, t. X, p. 7.33.

1 La disparition de Magny date du 1 1 décembre 1718. ( Journal de Dangeau , à lu date. )

* Mémoires, toc. cil.

INTRODUCTION

« l’espérance du changement des temps. Mais, comme les brouii- « Ions n’étoient plus nécessaires à ceux qui les avoient recher- « elles pendant la vie de ce prince, Magny demeura sur le pavé, « chargé de mépris et de dettes, pour le malheur d’une fort * honnête femme et riche, qu’il avoil épousée lorsqu'il étoit à «Caen1 *, et qu’il avoit sucée et abandonnée. Il a depuis traîné «une vie obscure et misérable, et est retourné enfin en Es- « pagne, où le même mépris et la même indigence l’ont suivi. »

Magny avait un fils, Nicolas- Joseph Foucault, qui fut conseiller au Parlement de Paris, et mourut sans postérité en i 767. Quant à Magny lui-même, il survécut longuement à son fils, rentra en France, et y mourut dans son château de basse Normandie, en 1772, daus sa quatre-vingt-seizième année1.

Les chagrins que Foucault reçut de la conduite de son fils ne furent adoucis que par le commerce des lettres, des beauxarts et de l’érudition, auxquels il ne cessa de se livrer jusqu’à sa mort. Nous avons dit combien ses études classiques avaient été soignées. Il s’y entretint constamment pendant la longue période de ses fonctions d’intendant. Nous verrons plus loin les preuves qu’il en donna, notamment comme ordonnateur de fêtes publiques et comme protecteur des sociétés savantes3;

1 Saint-Simon commet ici une légère inexactitude. Nous avons vu que Magny épousa mademoiselle de ltagaru, en 1 70/4, deux ans avant d'aller a Caen.

’ • Nicolas -Joseph Foucault, marquis a de Magny, lieutenant de la grande véne- « rie du roi. lieutenant général de Sa Ma- "jeslé catholique et gentilhomme d'entrée - de sa chambre, ci-devant majordome de

• la reine d'Espagne, et ancien introduc-

• leur des ambassadeurs et princes étrangers à la cour de France, est mort dans

• son château de Magny, en basse Nor-

tmandic, dans la qualre-vingt-seixiémc

• année de son âge. On pouvoit le regarder

• comme le plus vieux militaire de son

• temps et le plus ancien magistral, car il «avoit été avocat du roi au Châtelet en «1C99 et intendant de Caen en 1704.* ( Gazelle de Frxmce du vendredi 7 août

* On ne peut compter au nombre des titres littéraires de Foucault la découverte et la publication du manuscrit du Lactanec, Üe morlibus pcrseculorum , dont Rulhicres ( Eclaircissements sur les cuates

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