À POITIERS, HANS LA CHAMBRE DE L'AUDIENCE DO PRÉSIDIAL
Il n'y a personne parmi vous qui ne commisse l'importance du sujet qui vous a fait assembler ici, et qui ne soit pleinement convaincu que vous pouvez aujourd’hui rendre au roi le plus grand service que vous ayez été et que vous serez en état de lui rendre de votre vie. Vous
savez en quels termes ce grand prince a exprimé le violent désir qu’il avoit de voir tout son royaume réuni sous une même communion; et si son zèle l’a porté à dire qu’il donneroit volontiers un de ses bras pour la conversion de ses sujets, ne serez-vous pas persuades que l’acquisition à l’Église romaine de tout ce qu’il y a de gentilshommes ici lui seroit, sans comparaison , plus agréable que ne l'ont été toutes les conquêtes que ce même bras toujours victorieux a fait depuis quinze années? Seroit-il possible, messieurs, que ces démonstrations d'une amour toute paternelle et véritablement dignes du petit-fds de saint Louis n’excitassent aucun mouvement de rccounoissance dans vos cœurs, mais d'une rcconnoissance qui répondit à la nature et à la grandeur de l'obligation?
Car, enfin, c'est une illusion qui ne peut venir que d’une préoccupation aveugle, de vouloir distinguer les obligations de la conscience d’avec l’obéissance qui est due au roi, dans une occasion où ces deux devoirs sont inséparables, puisque Sa Majesté agit uniquement pour l’intérêt de la religion. Faites, s’il vous plaît, réflexion que vos ancêtres ont témoigné autant d’attachement à l'Église romaine que vous avez depuis montré d’aversion pour elle. Sachez que c’est en rcconnoissance de cet attachement que le Saint-Siège a permis à la noblesse de posséder des dimes, qui sont le partage des ecclésiastiques et que nous pouvons dire, en passant, n’avoir jamais été celui de vos ministres, qui, dans l’invasion générale des biens de l’Église, ont, par un eflct de la Providence divine, respecté le patrimoine des véritables pasteurs de Jésus-Christ. Or peut-on dire que l’Église romaine fût pour lors dans d'autres sentimens que ceux où elle est aujourd’hui? vos pères u’étoicnt-ils pas lors catholiques romains? C’est donc le malheur du siècle passé qui les a ravis à l'Église; il faut que le bonheur de celui-ci répare leur perte, et que votre conversion mette le comble à la félicité du plus glorieux règne qui ait été depuis rétablissement de la monarchie françoise.
Le roi , comme prince très-chrétien , comme fils aîné de l'Eglise, est protecteur de la religion, et, dans celte qualité, obligé à en conserver
la pureté dans son royaume et à détruire toutes les sectes rpii y sont opposées; c’est à quoi il travaille heureusement depuis la fin de la guerre qu’il a si glorieusement terminée contre les ennemis de l’État, et dans laquelle il paroît visiblement que Dieu a favorisé ses armes pour le mettre en état de combattre l’hérésie, car c’est, dorénavant, de ce titre que nous devons qualifier votre religion depuis l’édit qui en a entièrement aboli l’exercice en France.
Vous ne devez pas vous plaindre des moyens dont le roi s’est servi pour l’anéantir. Il faut poser pour fondement que votre religion étoit seulement tolérée et non pas approuvée en France; ainsi l’exercice a pu en être interdit; que l’édit de Nautes avoit été extorqué plutôt qu’accordé, joint qu’il n’étoit que provisionnel, et par conséquent sujet à être révoqué. Si l’on a eu recours aux gens de guerre pour exciter les conversions, ils n’ont été employés que contre ceux qui ont refusé de se faire instruire des véritables sentimens de l’Eglise romaine; mais, au fond, il étoit nécessaire que [le roi] s’en servit comme du seul moyen capable de combattre les préventions de la naissance et d’une longue habitude dans une religion commode, indépendante et qui flatte les sens. Les empereurs chrétiens ont fait revenir à l’Eglise les hérétiques par des voies beaucoup plus rudes dans les premiers siècles de l'Eglise; mais que diriez-vous si l’on suivoit, à votre égard, les mêmes voies qui ont été pratiquées contre les catholiques lors de la naissance de votre religion, si l’on vous traitoit comme l’Espagne traite ceux qui se sontséparcs de l’Eglise catholique? et n’appréhendez-vous point d’irriter, par votre opiniâtreté, un prince également pieux et puissant qui peut regarder sa puissance absolue comme un moyen que Dieu lui a donné pour faire régner la véritable religion dans son royaume, qui sait beaucoup mieux se faire obéir que les princes dans les états desquels l’inquisition est établie, et qui, ne voulant rien que de juste, est en possession de ne trouver aucune résistance à tout ce qu’il entreprend ?
C’est, messieurs, avec beaucoup de peine que je me vois obligé de vous faire entrevoir les malheurs qui vous menacent et que nous
vous conjurons tous de vouloir détourner. Votre religion n'a point d’assez profondes racines pour résister aux secousses et aux agitations qu’on lui donne. Ne voyez-vous pas clairement que c’est l’esprit de Dieu qui souffle et qui forme les orages qui l’ont mise par terre? Si vous étiez dans le vaisseau des élus, il résisteroit aux tempêtes, et tant de milliers d’âmes qui sont revenues au port feroient encore profession de votre prétendue réforme.
Nous venons d’apprendre, par une relation de ce qui s’est passé tout nouvellement en Languedoc, «pie cent soixante mille âmes viennent d’y abjurer tout nouvellement leurs erreurs, que toute la noblesse et quinze ministres ont pris le même parti.
Qu’attendez-vous donc, messieurs, après cette défection générale de votre parti, après ce nombre innombrable de conversions, pour revenir à nous? Il y a de la témérité de se vouloir défendre lorsqu’on n’est plus en état de le faire et que la déroute est universelle. N’estii pas temps enfin que vous vous déterminiez à suivre un exemple que vous n’avez pas voulu donner? celui de M. le marquis de Vérac, dont la vertu est au-dessus de l’envie et dont le roi vient de reconnoitre le mérite et récompenser le zèle et les services, n’est-il pas capable de vous toucher? Vous ne trouverez point dans la suite une porte aussi honorable que celle qu’on vous ouvre présentement pour sortir de votre engagement et pour rentrer dans l’Eglise, et vous vous repentirez dans peu d’avoir sacrifié vos biens et votre repos à un faux honneur qui vous attirera de véritables disgrâces.
Les gentilshommes du bas Poitou qui , à la réserve de quelquesuns qui ont pris le bon parti, avoient paru si unis dans leur opiniâtreté lors de l’assemblée qui s’est tenue à Luçon, se détachent tous les jours et sont obligés d'avouer qu’une vaine honte les avoit retenus.
Quelle gloire seroit-ce pour vous de prendre , avant sortir d’ici , une généreuse résolution de vous convertir, par une prudente et authentique délibération ! Mais à quel danger vous exposez-vous si vous vous séparez dans des seulimens qui irritent les puissances du ciel et de la terre contre vous et qui attirent leur courroux sur vos per-
DE NICOLAS-JOSEPH FOUCAULT, sonnes et sur vos familles? Si ce malheur vous arrive , chacun déplorera votre endurcissement, mais vous ne serez plaints de personne. Faites réflexion «4 l’étal où vous êtes et profitez du dernier avertissement que le roi vous donne par nia bouche. Que s’il vous reste quelque doute sur les véritables sentimens de l’Eglise romaine que vos ministres vous ont déguisés jusqu’à présent, vous avez, dans cette ville, M. l’évêque de Poitiers, qui n’a pas moins de lumières et de connoissances pour vous conduire dans la voie du salut qu’il témoigne de zèle et de passion de vous y voir rentrer.
Au reste, messieurs, j’apprends que plusieurs personnes toujours disposées à se laisser tromper par les fausses apparences , et qui sont des interprètes suspects de l’édit qui révoque celui de Nantes, expliquent malicieusement et étendent , contre l’esprit de la loi , une clause que le roi a eu la bonté d’y faire insérer pour la sûreté de ceux de votre religion et pour le bien du commerce, et prétendent en tirer cette conséquence, que Sa Majesté les laisse en liberté de conscience, dans le temps qu’elle la leur ôte formellement en ordonnant la démolition de tout ce qui reste de temples en France et qu'elle en bannit tous les ministres; c'est sur ces points essentiels de l’édit que ces aveuglés commentateurs devraient ouvrir les yeux et attacher leurs pensées, et je ne doute pas, messieurs, que, plus éclairés et de meilleure foi qu’eux, vous n’y ayez fait de plus justes et de plus solides réflexions.
Le 2 novembre, l’a inée1 de mes filles mourut à Poitiers delà petite vérole; elle a voit nom Angélique. Elle étoit née le 2 5 lévrier 1681.