‹ Memoires de NicolasJoseph FoucaultChapitre 41 sur 133 · RELATION DE CE QUI ST.ST PASSÉ A L'ÉRECTION DE I.A STATUE DU ROY · texte numérisé non relu

RELATION DE CE QUI ST.ST PASSÉ A L'ÉRECTION DE I.A STATUE DU ROY

DANS LA VILLE DE rOITIEHS, LE VIN’GT-CIXQDIÈME AOUST 1G871.

Les anciens, qui vouloient que les siècles à venir ne perdisseut rien des grands hommes que le ciel fait naistre de temps en temps, pour servir de modelé aux autres, ne se sont pas contentez de célébrer leurs héros dans les écrits immortels qu’ils nous ont laissez, ils ont voulu encore nous en donner l’image sensible, et, par le moyen

' Comme celle relation , intercalée dam le texte de» mémoires, y est imprimée et non manuscrite, nous avons cru devoir en respecter scrupuleusement l'orthographe.

Elle forme une brochure de 3a pages petit iu-4*. Au bas du titre se trouve la

mention suivante : A Poitiers, chez Jeun Fleuriaa , imprimeur ordinaire du iloy, de l'Université et de Monseigneur l'Evêque, et Jcnn-Bnptiste Braud, marchand libraire, rue des Cordeliers , à l'image de saint Joseph. — Avec permission.

des statues et des médaillés qu’ils leur ont consacrées, les présenter à nos yeux aussi bien qu’à nos esprits. C’est par là que nous connoissons encore aujourd’huy ceux qui vivoient il y a plus de deux mil ans, et que dans ces précieux restes et ces débris de l’antiquité nous prenons plaisir de considérer comment estoient faits ces grands hommes, que les Grecs et les Romains nous ont tant vantez.

La France, qui s’estoitun peu négligée sur ce sujet jusqu’à présent, commence enfin à se réveiller, et à prendre le bon goût des anciens sous un régné heureux qui fait refleurir les beaux-arts; et comme elle n’a jamais eu de héros plus digne de l'immortalité que Louis le Grand, elle n’a jamais eu aussi tant d’émulation quelle en fait paroître à luy eriger des statues, et à faire fraper des médailles qui puissent conserver à tous les siècles sa figure et les traits de son visage, et faire voir à ceux qui viendront après nous cet air de majesté qui anime sa personne, et qui est mcslé de tant de douceur.

M. le maréchal de la Feuilladc est le premier qui a donné l’exemple de lui faire élever des statues. Cette vive ardeur qu’il a pour la gloire du roy lui a inspiré un nouveau dessein pour contribuer à la rendre immortelle : il vient de luy élever avec la derniere magnificence une statue qui sera le monument éternel des victoires de son prince, et en môme temps celui de son zèle et de sa reconnoissaucc1.

C’est à son imitation que les villes et les provinces ont demandé instamment la permission d’eriger de semblables monumens, qui leur puissent mettre devant les yeux ce qu’elles ont de plus profondément gravé dans le cœur. La ville de Poitiers a esté de ce nombre , et, pour mieux faire éclater son zele, elle a usé d’une diligence extrême, afin que, si elle ne peut pas l’emporter sur les autres villes pour le reste, elle ait au moins cet avantage de les devancer dans l’execution. Voici comment la chose s’est passée :

Les marchands, qui font un corps considérable dans la ville, touchez d’une juste reconnoissance des bienfaits qu’ils reçoivent tous les

1 Le monument élevé par le maréchal de la Fiuillade à In gloire de Louis XIV fut inauguré ü Pari» le 38 mars 1686.

jours du roy, par la protection qu’il donne aux arts et au commerce, ont cru qu'il estoit de leur devoir de donner quelques marques extérieures de cette reconnoissance, en élevant une statue du roy sur la porte du lieu où ils s’assemblent pour rendre la justice. Mais M. Foucault, intendant de la province, leur ayant inspiré d'en faire un monument public et de l’erigcr dans une place, où, estant plus en vue, elle feroil plus d'honneur à leur zelc, ils ont suivi le conseil qu’il leur a donné, et ont bien voulu faire la dépense de ce monument, qu’ils ont élevé avec tout le succez qu’on eu pouvoit attendre.

Ce monument est une statue du roy en pied, dans une altitude noble, majestueuse et digue du beros quelle représente. On y remarque son air et ses traits, autant que le cizeau est capable de les exprimer. Il est représenté habillé à la romaine, avec un manteau royal semé de fleurs de lys, qui lui pend derrière les épaulés. Cette statue est posée sur un piédestal d’une tres-belle architecture, enrichi de sculpture et de tous les ornemens qui y conviennent. Quatre termes, representans des esclaves des differentes nations subjuguées, soûticnnent les quatre coins de l’architrave, et font voir dans des airs et des attitudes particulières des sentimens différons. Les quatre faces du piédestal sont occupées par quatre ovales qui renferment des tables de marbre noir où sont gravées les inscriptions, le tout a une distance de huit pieds, entouré d’une balustrade de fer doré. Enfin, ce monument est tel, qu'il y a sujet d’aplaudir au zcle de ceux qui l'ont érigé, et à l'habileté de celuy qui l’a exécuté. C’est le sieur Girouard1, dont le mérité a cela de particulier, qu’il n’est pour ainsi

1 Jean Girouard, né à Poitiers vers 1G60, mort en 1730. Il fut sans doute élève de son père, qui était maître sculpteur établi à Poitiers. Outre la statue en pierre de Louis XIV, on lui attribue quelques autres monuments de sculpture dans la même ville et dans les autres de la province, notamment à Sainl-Maixcnt. Il travailla aussi en Bretagne.

La statue colossale de Louis XIV, œuvre de Girouard, a été gravée dans le temps par J. Dolivar, et dessinée en 1 699 pour l'amateur Gnignières. (Voy. la topographie de la Vienne, au cabinet des estampes de la Bibliothèque impériale.) Elle a été détruite le id août 1793. La tête seule est encore conservée au musée des antiquités de l'Ouest, à Poitiers, avec une partie du

dire éleve que de lui-même, puisque c’est seulement sur les beaux morceaux qui nous restent des anciens qu’il s’est formé dans une grande jeunesse, et qu’il a mérité d’être employé aux travaux de Versailles, où il a fait voir l’excellent naturel qu’il a pour la sculpture1.

Les marchands ayant fait ce qui dépendoit d’eux, le corps de ville, au nom de tous les habitans, a cru qu’il estoit de son devoir de seconder leur zele, et ayant choisi la plus belle place de la ville pour poser cette statue, a voulu se signaler par de grandes réjouissances le jour qu’elle a esté élevée, et a commencé par decorer la place, qui estoit autrefois le vieux Marché, et qu’on doit appeler désormais la Plack Royale.

Quatre arcs de triomphe la fermoient aux quatre rues qui y aboutissent; le premier estoit dédié au roy par celte inscription :

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