SI SELLA HE PAUAT
l’ATTENDS QV’IL DECLARE LA CVERRE.
On fait allusion, dans ce tableau, aux armes qu’il forgea pour Enée, et il témoigné qu’il est prest de travailler pour un monarque chez qui il ne trouve pas moins de pieté et de courage que chez le héros de Virgile.
Le quatrième tableau representoit Mars, la main sur la garde de son épée, avec ce mot :
Cm IVSSEEIT.
l'REST A SVIVRE EN TOVS LIEVX LES ORDRES DE LOVIS.
Pour marquer l’estât où est le roy de faire de nouvelles conquestes.
Le theatre qui porloil cette machine estoil soutenu de huit pilastres très-bien ornez. Après qu’on eut laissé quelque temps aux spectateurs, dont la place, les echaffaux, les feneslrcs, les balcons et jusques aux toits des maisons estoient remplis, pour considérer la disposition et l’ordonnance de ce feu, on le fit jouer d’une manière agréable et terrible tout ensemble. C’cstoit un beau spectacle de voir partir, à plusieurs reprises, un gros de fusées volantes qui semoient l’air d’un million d'étoiles; mais c’estoit quelque chose d'assez affreux que le bruit redoublé des hoëtes, des pétards et de la déchargé continuelle des pots à feu qui ecartoient admirablement tous ceux qui se trouvèrent dans le voisinage. L'heureux succez de ce feu d’artilicc fournit pendant une demi-heure beaucoup de plaisir au peuple, et finit trop tost à sou gré; mais la feste ne finit pas pour cela; elle fut continuée chez M. l’intendant.
La Place Royale n’offrant plus d’autre spectacle qu’une illumination vive, qui auroit agréablement fixé les regards pendant toute la nuit si on ne s’estoit attendu encore à d’autres plaisirs, les plus honncsles gens se rendirent à son hoslcl et furent arrestez à la porte par un nouvel objet. C'estoienl trois longues tables disposées en triangle, couvertes de viandes, abandonnées à la discrétion du peuple. Elles estoient dressées dans une petite place dont la figure est triangulaire, et où l’on abordoil par trois rues, à l’entrée desquelles il y avoit des arcades ornées de festons; les officiers de M. l'intendant, placés au milieu de ces trois tables, avoient soin de les servir à mesure qu’on les dégarnissoit, et de faire retirer ceux qui avoient soupe, pour faire place aux autres; tandis que ceux qui n’en pouvoient approcher aboient se consoler à une fontaine jaillissante de vin, qui couloit depuis le matin à l’entrée de son bostel.
Ce spectacle ayant diverti quelque temps la compagnie, elle entra, à la faveur d’une nouvelle illumination, qui faisoit voir de tous costez cette maison en feu, dans deux grandes sales éclairées comme le reste; quatre tables, de vingt-cinq couverts chacune, furent trouvées servies et furent occupées par toutes les dames, que les hommes voulurent
UE NICOLAS-JOSEPH FOUCAULT, servir. La symphonie, qui dura pendant le repas, remit dans une assiette tranquille les esprits de ceux qui avoient esté étourdis pendant tout le jour du mélange confus du bruit des tambours, du canon , du feu d’artifice et des acclamations continuelles du peuple, et on ) goûta d’autant plus de plaisir que tout s’y passa sans la confusion ordinaire dans ces sortes de festes.
Le souper fini, la compagnie crut traverser une basse-cour pour passer au jardin; mais, comme si elle se fût évanouie par enchantement, les dames furent agréablement surprises de se trouver sur une terrasse ornée de fleurs et de deux fontaines jaillissantes, par laquelle on desccndoit dans un grand et magnifique salon qu’elles n’avoient jamais veu , tout disposé pour le bal. Ce salon estoit formé par un carré de trente-deux arcades de i5 pieds de hauteur; il estoit de ôo pieds do long sur /jo de large, et son plat-fonds élevé de 3o pieds; mais, par le moyen d’une perspective pratiquée dans le jardin, on avoit fait paroitre dans le bout une galerie fort longue et fort éclairée qui y faisoit un tres-bel accompagnement. Toutes les arcades estoient ornées de festons de fleurs et de piliers qui les soûtenoient couverts de miroirs. L’espace qui étoit depuis le cintre des arcades jusqu’au plat-fonds est fermé par de très-riches tapisseries, et dans la principale face estoit élevé un buste du roy de 3 pieds de haut, environné d’un soleil, dont le tour et les rayons estoient couverts de lumière, accompagné de fleurs de lys et d'LL couronnées sans nombre; le tout disposé avec des lumières vives; ce qui faisoit une illumination de plus de deux mille brillans. Dans la face du salon opposée à celle où estoit le buste, et au dessus de l’arcade qui faisoit l’ouverture de la galerie, ou avoit mis sous un dais un fort beau portrait du roy, de la main de Mignard. Ce fut dans cette sale que plus de quatre-vingts dames qui avoient soupé chez M. l'intendant, et toutes celles qui vinrent après souper, soutinrent parfaitement bien la réputation où les Poitevines sont de bien danser. Les amphithéâtres qui avoient esté dressez derrière et le long des arcades furent bientôt remplis par toutes les personnes qui eurent la curiosité de voir cette assemblée, dont madame Foucault
iS.
fit tres-bion les honneurs. 11 y eut profusion de confitures et de toutes sortes de rafraichissemens, et il ne manquoit à la satisfaction de tout le inonde qu’une de ces longues nuits des pays du nord, qui pût faire durer le plaisir plus longtemps. Toute cette nuit se passa en réjouissance, aussi bien que les trois jours suivans, pendant lesquels la maison de M. l'intendant demeura ouverte, pour satisfaire la curiosité du peuple, que la nouvelle structure du salon y attiroit en foule. On peut dire que le peuple n’a pas eu besoin d’être excité, et que sa joye couloil de source, paraissant que l’amour qu’il a pour un roy si digne d’estre aimé estoit ce qui l’animoit.
I.e lendemain, 26, les officiers du présidial, à la teste desquels estoit M. de Razes, president, qui ne laisse échapper aucune occasion de signaler son zele pour la gloire et le service du roy, ne croyant pas avoir suffisamment rempli leur devoir en assistant au Te Deum que fit chanter M. l’intendant dans l’eglise cathédrale , en firent chanter un autre dans l’eglise des Cordeliers. L’action fut solemnellc et fut suivie d’une feste que donnèrent les jésuites apres midy, dont voicy le détail :
Toute la ville s’y estant rendue sur le bruit de ce qui s’y devoit faire, on trouva un theatre élevé dans la court, orné de trcs-belles décorations et chargé d’acteurs fort proprement vestus. La première action qu’on donna aux spectateurs fut l’explication d’un tableau énigmatique que M. l’intendant avoit fait faire à Paris. Ce tableau, qui estoit d’une extraordinaire grandeur, representoit Hercule sortant des enfers et traînant après luy Cerbcre, qu’il avoit enchaîné. Sa massue qu’il tenoit de la main droite estoit garnie de six médailles qui representoient ses plus glorieux travaux : quelques furies sembloicnt luy insulter et s’opposer à son dessein , tandis que Jupiter, sur un nuage, luy applaudissoit de cette action. Iris, deesse de l’admiration, en marquoit son étonnement, et la Justice, la balance à la main, sembloit en peser le prix et la valeur. Cette cnigme fut expliquée sur l’or, le soleil et le diamant. Les rapports qu’on y trouva parurent assez fideles, et les six médailles des travaux d'Hercule fournirent une tres-belle occa-
DE NICOLAS-JOSEPH FOUCAULT, siou de parler du roy, à la gloire de qui se rapportait toute la feste. Mais le véritable mot estoit la statue qu’on luy avoit érigé. M. de Carcassonne, fils de M. l’intendant, en fit l’explication, et fit voirqu’Hcrcule, sortant des enfers, estoit la statue sortant de la carrière; que les furies qui sembloient luy insulter estoientles divers outils et instrumens dont le sculpteur s’estoil servi pour la faire; que Jupiter, roy des dieux, qui paroissoit applaudir à Hercule, estoit là pour signifier l’agrément qu’il a plu à Sa Majesté de donner au dessein des marchands; que Thémis marquoit la présence des magistrats qui assistoient à la ceremonie; et que l’Iris signifioit l’admiration des peuples, qui voyoient avec une extrême joye le portrait ressemblant d’un prince dont l’auguste presence fait la joye et le bonheur de tous ceux qui ont l’honneur de l’approcher. Ensuite, s’étendant sur l’explication particulière des six médaillés qui estoient peintes sur la massue d’Hercule, il trouva des rapports si justes entre les travaux de ce héros fabuleux et les glorieuses actions du roy, qu’il satisfit parfaitement l’assemblée, qui estoit des plus nombreuses.
Cette enigme expliquée , on en proposa une autre. C’estoit Amphion qui jouoit du luth, et qui , par son harmonie, faisoit remuer les arbres et les plaçoit en droite ligne sur le bord d’une rivière. La ville de Thcbes paroissoit dans l’éloignement, et des muses, sur le haut d’un rocher, luy montraient la lyre d’Orphée parmi les constellations du ciel, afin de l’animer et de l’exciter à continuer un jeu qui faisoit de si beaux effets. Cette enigme fut expliquée sur la trompette, dont le son range des troupes en bataille, et le fleuve qui paroissoit dans le tableau donna occasion à celuy qui parloit de toucher le passage du Rhin, et de dire de très-belles choses à la gloire du héros qui conduisoit cette célébré action. Le véritable mot estoit i.e Cours. C’est une promenade que M. l'intendant a fait faire sur les bords de la riviere du Clain, aux portes de la ville, qui n’avoit aucun de ces sortes d’embellissemens.
La compagnie, ayant écouté avec plaisir l’explication de ces deux cnigmes, fulregalée d’une piece de théâtre où l’on représenta Louis
le Grand comme le plus grand des roys. Pour le faire plus agréablement et d’une maniéré qui fût plus du genie et du tour de la poésie, on crut devoir représenter le rov et les princes ses voisins sous l’idée et le nom des dieux de l’antiquité, avec qui ils ont des rapports plus singuliers. Le roy y parut sous le nom d’Apollon, que les anciens confondoient avec le soleil , symbole de notre grand monarque. Pluton , dieu des richesses, des enfers et des marais, figura les Ilollandois et les peuples des Pays-Bas. Jupiter représenta l’empereur, à cause de l’aigle impériale, et Neptune supposa pour les Génois, les Algériens et les autres peuples maritimes.
Le Destin, qui, dans l’idée des anciens, avoit un droit de souveraineté sur tous les autres dieux, qui estoient soumis à ses arrêts, déclara d’abord qu’il vouloit se défaire de la suprême puissance en faveur d'Apollon et luy donner le premier rang sur Pluton , sur Neptune, sur Mars, sur Jupiter même. Il luy fit ensuite remporter sur eux à peu près les mêmes victoires que le roy a remportées sur ses ennemis; de maniéré que les endroits les plus eclatans d’une si belle vie s’y virent parfaitement et d’une manière Ires-naturelle, quoyquc sous des symboles étrangers. Après tous ces triomphes, Apollon parut formant un arc en ciel et donna la paix aux autres dieux, pouvant continuer à faire la guerre, pour marquer la paix que le roy a accordée si généreusement à toute l’Europe. Tous la receurent avec joye. On finit par luy décerner des arcs de triomphe et des statues dans les places publiques. Cette action estoitde cinq actes, mcslée de plusieurs entrées de ballet. Elle fut suivie de la distribution des prix que donna M. l’intendant, et qu’il s’est engagé de donner toutes les années, avec une condition qui doit tenir lieu au collège d’une extrême faveur, c’est qu’on y prononcera tous les ans, le jour de saint Louis, un panégyrique du Roy. -
Les jours suivans furent employez à chanter des Te Deuin, cl à des prières publiques pour la conservation et la prospérité de Sa Majesté. Madame de Navailles, abbesse de Sainte-Croix, estant d’une famille dont le zcle s’est signalé heureusement pour la gloire du roy, ne s’est
DE NICOLAS-JOSEPH FOUCAULT, pas oubliée dans cette occasion. Apres avoir lait docorer et illuminer son église avec beaucoup de soin et d’éclat, elle fit chanter le 27 une messe et un Te Dcam où assistèrent tous les corps de ville, et où la beauté de la musique, qui estoit excellente, céda à l’cloquence du R. P. Dubois, jesuite, qui prononça un panégyrique du roy avec un succcz qui surprit l’assemblée, n’ayant eu que vingt-quatre heures pour s’y préparer, tant il est vrai qu'il n’y a rien d’impossible quand 011 est animé du zele de la gloire du roy. Cette ceremonie fut d’autant plus belle quelle fut suivie d’une aumône generale. Le bureau des finances, le corps de ville, le chapitre de Saint-Hilaire, madame l’abbesse de la Trinité et le corps des marchands, qui a voulu faire la clôture de la feste, en ont aussi fait chanter en musique, auxquels M. l'intendant a assisté. Enfin, tous ont voulu signaler leur zele dans cette occasion, jusqu’aux ecoliers de droit, qui, ayant eu permission de s'assembler et d’entrer dans la réjouissance publique, ont esté, en corps et sous les armes, rendre leurs devoirs à la statue, auprès de laquelle ils ont fait tirer un feu d’artifice.
C’est par là qu’a fini la feste, mais non pas la joye du peuple, qui sera tous les jours renouvelléc par la veuc de l’objet qui la cause. Cette joye paroist peinte sur le visage de tous ceux qui, passant sur la Place Royale, ne manquent pas de regarder la statue du roy. Ce qu’il y a de surprenant, c’est que, quoyqu’il y ait eu, pendant quatre jours que la feste a duré, un concours infini de peuple dans la ville, dont on a fait monter le nombre des seuls etrangers à plus de vingt mille personnes, il n’y est pas arrivé le moindre desordre parmi le tumulte et la confusion dont ces sortes de réjouissances sont ordinairement accompagnées.
INSCRIPTIONS DES QUATRE FACES DU P1ÉDESTAI, QUI SOCTIENT la statce do roï