CHAMILLART
Le sieur de Sequcville, capitaine dans le régiment de cavalerie d’Aubigné, ayant poursuivi ivre un soldat jusques dans ma maison et manqué de respect à ma femme, a été cassé le 10 septembre 1703.
Toute l’année 1 703 s’est passée en basse Normandie à lever des milices et à les équiper. M. de Montcault a été chargé de les dresser, et y a très-bien réussi.
M. le marquis de Gratot avoit fait une compagnie de gentilshommes aux dépens de la province, mais il a plus songé à son intérêt et à un intérêt sordide qu’au soulagement de la province; cela a été avéré, et la compagnie n’a pas subsisté.
Les ennemis se sont promenés le long de nos côtes et ont brûlé quelques mauvaises maisons sans entreprendre de descente.
On a levé un régiment pour M. le comte de Thorigny, fils de M. de Matignon. J'ai pris beaucoup de soins pour le rendre beau.
M. de Beuvron m’a mandé qu’il a levé neuf régimens de milices en haute Normandie, c’est M. d'igulville’, brigadier, qui en prenoit soin.
M. de Matignon avoit compté sur mille gentilshommes complets.
On a envoyé cent invalides sur nos côtes.
J’ai jugé plus à propos de faire payer, par les paroisses qui doivent fournir des recrues aux officiers du régiment de Thorigny, 6oH par chaque homme, que de les obliger de donner un homme; ce qui a été exécuté.
J’ai empéché qu'on ne levât un nouveau régiment de milices dont M. de Matignon voidoit faire colonel M. de Montaigu, gentilhomme qui n’a point servi.
Les deux compagnies de jeunes gentilshommes que le roi avoit créées, et M. de Matignon, formées dans la généralité de Caen pour la défense des côtes, en septembre 1703, ont été licenciées. M. d’Aigremont avoit dressé ces deux compagnies avec beaucoup de soin; elles faisoient l’exercice comme celles des mousquetaires et étoient très-bien disciplinées.
La petite flotte qui portoit des vins, des eaux-de-vie, des agrès et autres choses à Brest, escortée par deux frégates commandées par le sieur de Touronnc, ayant été poursuivie par des vaisseaux anglois, elle se retira dans l'anse de Sainl-Jean-le-Thomas, près le mont Saint- Michel, où les ennemis vinrent la brûler. Les officiers de la côte 11e se donnèrent aucun mouvement pour secourir cette flotte.
Il y a eu un ordre du roi pour casser tous les officiers des régi—
1 Nicolas de Lcsdo de ta Rivierre d'igul- . «par brevet du a8 janvier 1703. Il résida ville. «On le créa inspecteur général de «dans cette province jusqu'à sa mort, le
• l'infanterie pour In Normandie par com- « afi octobre 1715.* [Chronologie historique
• mission du 1 5 juin 170a. et brigadier militaire, par Pinard, t. VIII, p. 119.)
mens des côtes qui sont gentilshommes, et de les faire servir dans l’arrière-ban, aussi bien que ceux qui ont des enfans dans le service, quoique par les règlemens de l’arrière-ban ces derniers en soient exempts.
La compagnie de cent gentilshommes qu’avoit levée M. de Gratot a donné de la jalousie à M. de Canisy, qui a demandé à M. de Matignon qu’il en commandât la moitié; à quoi M. de Gratot n’a pas voulu consentir, et M. de Matignon a proposé à M. de Canisy de lever une pareille compagnie dans son département, ce qu’il a refusé ctn’étoit pas même possible attendu la grande dépense.
Le rôle des taxes sur la noblesse, qui doivent servir «le fonds pour mettre sur pied cette compagnie de cent gentilshommes, étoit d’abord de i8,ooott sur les deux généralités de Caen et d’Alençon. M. d’Angervilliers, intendant d’Alençon, m’a mandé qu’il n étoit pas juste que les bailliages d’Alençon et de Falaise payassent autant que ceux de Caen et de Coutances, et qu’il offroil le tiers pour la contribution de son département, qui ne fournit que vingt-cinq gentilshommes.
M. de Matignon a réformé quarante gentilshommes de la compagnie de M. de Gratot, qui m’en a l'ait scs doléances.
M. de Gratot , lorsque la compagnie de gentilshommes a été cassée , a pris les meilleurs chevaux pour faire une recrue à la compagnie de cavalerie de son fds, et a gardé les selles et les équipages des autres.
M. de Montcault a fait imprimer à Caen un règlement pour l’infanterie de basse Normandie, qui regarde les évolutions et la discipline des régimens.
Le . . . novembre 1 703 , ma troisième hile 1 a fait profession à
Ayant fait mettre en 1702 les fdles du sieur de Colleville, conseiller du parlement de Rouen, opiniâtre religionnaire, dans le couvent des Ursulines de Caen, elles ont trouvé moyen d’escalader les
Voy. plus haut, page 347, noie 1.
murailles. Le roi a jugé à propos de faire mettre le père dans le château de Caen pour y rester jusqucs à ce qu’il ait représenté ses filles *.
La nommée Marie Bucaille a été condamnée en i 700, par arrêt du parlement de Rouen, à avoir la langue percée et au bannissement perpétuel, pour sacrilèges et débauches avec un P. Saulnier, cordelier, que sa fuite mita couvert des peines qu’il méritoit. Cette fille avoit longtemps abusé le public par de prétendues révélations, tantôt contrefaisant la possédée et tantôt l’illuminée, mais toujours vivant dans une débauche avérée avec le P. Saulnier. Elle fut renvoyée à Valognes pour l’exécution du premier chef de l’arrct; mais l’exécuteur gagné ne lui perça point la langue, et elle demeura \ Cherbourg au lieu d’exécuter son Lan. Elle y contrefaisoit la béate et y semoit une mauvaise doctrine, ayant même des sectateurs. Cherbourg est le lieu où le cas de conscience a pris naissance. Sur l’avis que j’en ai donné à la cour, elle a été mise aux filles de la Chai'ité de Caen *.
Au mois de janvier 170/1, M. le chancelier de Pontcliarlrain a fait recevoir mon fils maître des requêtes au parlement, sans examen.
Au mois d’avril 1 704» j'ai fait un voyage à Paris.
Le a avril 1704, le roi m’a accordé des lettres de conseiller d’état du semestre de juillet1 * 3 * 5; la mort.de M. de Harlay de Bonneuil a fait vaquer une place d'ordinaire dans le conseil, qui a été remplie par M. [Chauvelin], conseiller d'état de semestre '. Le 7 avril, j’ai prêté le serment entre les mains de M. le chancelier.
1 Vov. Floquet, Histoire lia parlement de Normandie, I. VI, p. 169.
1 Sur l'histoire de Manu Uucaillc et du P. Saulnier. voy. Floquet. ouvr. cit. I. V, p. 73 1.
3 Les conseillers de semestre étaient
distincts des conseillers ordinaires, et ne
devaient le service que pendant six mois
par an. ( Voy. Chéruel , Histoire de l'administration monurch. en France, 1. 1 , p. 3/19.)
* • M. de Ilarlay. qui a été plénipotentiaire à la paix de Ryswick, mourut la
• nuit à Puris; il éloit conseiller d'état •. ordinaire. Le roi fait monter en In place
• d'ordinaire M.Chauvelin , qui étoit le plus . ancien des conseillers d’état de semestre,
Le 1 5 mai, le présidial de Caen, l’Académie et l’Université m’ont fait leurs complimens sur ma promotion à la place de conseiller d’état. Je leur ai fait les remerciemens ci-joints.
A l’Académie.
L’honneur que vous m’avez fait de me nommer protecteur de votre Académie vous engage de prendre part à mon élévation. Je serois cependant moins sensible à la grâce que le roi vient de me faire, si elle ne me dor.noit en même temps l’espérance de procurer des avantages à votre compagnie et de rendre mon zèle utile au service des personnes qui la composent. Ce zèle commence d’avoir son effet par la protection dont M. le chancelier veut bien honorer votre corps. Il lui accordera des lettres pour son établissement, les plus avantageuses qu’aucune autre académie ait obtenues. Je suis persuadé, Messieurs, que vous répondrez par vos ouvrages â l’idée qu’il a conçue de la délicatesse et de la solidité de vos esprits. Cette prévention, quelque juste et fondée qu’elle soit, mérite que vous n’oubliiez rien pour la soutenir et pour lui en marquer votre rcconnoissancc.
Au Présidial.
Je reçois, Messieurs, vos félicitations avec rcconnoissancc; mais j’avoue qu’elles me feroient encore beaucoup plus de plaisir, si la place qui vous engage de me les faire mamettoil plus en état de vous procurer les soidagemcns dont vous avez besoin. Tenez-moi compte au moins de ma bonne volonté, et attendons tous d’un meilleur temps les effets de l’amour que le roi a pour ses sujets et du désir extrême que j’ai de vous rendre mes services.
• et donne à M. Foucaull, intendant à
• Caen , la place de conseiller d'état de
• semestre. • ( Joui t «I Je Dan.jctiu , a avril
« M. Foucault, ajoute Saint-Simon dans « ses noies sur Je Journal de Dnngcau , s'est
« fait un nom dans la république des lettres • par le goût lui et cher de sa curiosité ■ en médailles cl en antiquités de toutes «sortes, qu'il rechercha déa sa jeunesse. «C'éloit un fort honnête homme, et qui «ne fut pas heureux en son Hls. «
A la Vicomté1.
Vous me faites justice, Messieurs, de prendre part à ce (pii me regarde, vos intérêts m’étant en recommandation particulière. Je voudrais bien vous en pouvoir convaincre par des effets, ayant pour le corps, pour le chef et pour chaque officier en particulier de votre compagnie, toute l’estime et la considération que vous méritez.
Au mois de juin 1704, j’ai fait établir le tarif2 * dans la ville de Bayeux, qui auparavant payoit la taille.
Le 7 juillet5 1704, j’ai fait une fête à Caen pour la naissance de M. le duc de Bretagne4. — (Vit/. la Relation.)