II
— Est-il vrai, lui demanda la reine, que, pendant le dernier voyage de Sentinelli à Rome, tu as ouvert les lettres qu'il m'adressait et celles que je lui envoyais en réponse?
— C'est vrai... Je suis coupable... mais grâce!... grâce de la vie !
— Lâche! dit Christine. Montre du moins quelque force d'âme et sois homme en face de la mort !
Tirant de la poche de sa robe une espèce de brochure et la lui mettant sous les yeux :
— Est-ce toi, dit-elle, qui as payé l'auteur de ce libelle infâme, où l'on m'accuse d'avoir eu trente amants et d'en avoir empoisonné vingt?
— Pilié! pitié! s'écria le malheureux, dont le visage livide et chargé d'angoisse était horrible à voir.
— Est-ce toi? Réponds.
— Que Votre Majesté me pardonne... La jalousie me dévorait le cœur. Au nom de mon dévouement passé, madame, au nom de vos aïeux, laissez-moi vivre !
— T'es-tu confessé? demanda-t-elle avec un calme effrayant. Monaldeschi s'affaissa sur lui-même en poussant un cri
sourd. Il comprenait qu'il n'y avait plus d'espérance.
Christine fit signe aux gardes ; ceux-ci relevèrent le comte et le reconduisirent à la place qu'il avait quittée.
— Oh! madame, pardonnez-lui! m'écriai-je. C'est affreux! M'avoir amenée pour assister à cet épouvantable spectacle... Non, non, vous ne le tuerez pas !... Une femme ne peut donner ainsi un ordre de mort !
— Je ne suis pas femme, répondit-elle; je suis reine, et j'ai le droit de punir un traître.
NINON Dli LENCLOS 131
Elle (Hendille l)r;is.
Je vis, à la lueur des loiclics, biillcr l'épôede Senlinelli. Une Inlle eiîroyablo ont lieu entre le bourreau (|iii fiappail cA la victiuio (|uise débaltaK.
Le san^^ luissela jusqu'à moi ; je m'évflnouis d'horreur.