‹ Mémoires de numismatique grecqueChapitre 9 sur 9 · TAY · texte numérisé non relu

TAY

- XXVIlI.VologéseIII..jASY. 46 ij^g^

- XXIX. 5„4j3^3

l in de la dynastie j | 53() 227

On a laissé ju.squ'ici confondues, sous le litre d’arjacw incertains, une quantité assez grande de drachmes, qui, à en juger par la fabrique, doivent appartenir à la dernière nioitié de la dynastie.

On semble avoir abandonné leur étude et désespéré de

leur arrangement, peut-être parce qu'elles sont d'un travail barbare, comme si la barbarie n'avait passes degrés, ses variations qui permettent, qui secourent même iiue classiGcation.

Il est facile de remarquer la grande différence de travail qui existe entre les tétradraebmes et les drachmes de la série partbe, différence qui tient à ce que ces monnoies étoient frappées dans des contrées diverses , et qui s'amoindrit légèrement vers la fin de la dynastie , parce que le style des deux fabriques se confond dans une barbarie commune. La diversité de travail est telle, par exemple, dans le rendu de la barbe et des cheveux, que l'on seroit tenté, au premier abord , de croire que ces monuments n'appartiennent pas à de mêmes princes, et cependant le bon sens dit qu'il n'en peut être ainsi.

Mais nous avons heureusement un moyen précieux pour résoudre cette difficulté. Les drachmes de Yononès I" et de Gotarzès (i) portent leurs noms; il en est de même de celles de la reine Mousa , femme de Phraate IV (a). En comparant ces drachmes avec les tétradrachines frappés par les mêmes personnages, on juge parfaitement delà nature de la dissemblance que présentent ces monuments, et on peut , en tenant compte de cette donnée, rapprocher toutes les autres drachmes anonymes et sans dates des tétradraebmes contemporains de chacune d’elles, (üette opération est assez délicate et demande du temps, d'autant plus que les drachmes incertaines ont été fort négligées par les collecteurs, et n’existent pas en assez grand nombre dans les cabinets publics. Je vais toujours faire connoitre les résultats que j'ai obtenus, et l'on jugera du plus ou moins de vraisemblance que présentent mes attributions , comme de la valeur du procédé que j’ai employé.

Il n’est besoin que de considérer les médailles a et3 de notre

(i) Voyei la pl., n"" i et i.

(a) Voyez Raoul-Rochette, deuxieme supplément à la Notice sur (Quelques médailles grecques inédites des rois de la Baciriane et de l'Inde, vign. et p. Sa.

l'iandii" , pour être assuré quu Gntarzùs a frappé des ilrarliiiies anonymes. La fonipléte identité de ces deux pièces ne laisse place à aucun doute.

La barbe courte et roide de la tête qui se voit sur le n° 4> est un trait caractéristicpie du visatje de Vologèse 1". La fabrique relativement assez bonnede cette pièce convient d’ailleurs encore bien à l'époque à laquelle vivoit ce monarque.

En contparant le n” 5 à la vignette qui est en tête de ce mémoire, je trouve une grande analogie de visage; les cheveux longs et frisés sont retenus par un quadruple bandeau sur la drachme comme sur le télradrachnic, la barbe est pointue, l’a-il est ouvert, en un mot je retrouve la tout-àfait le visage du prince que j'ai reconnu pour Artaban IV.

I.a draclime n” (i, que pos.sède M. llollin, est facile a classer. La tiare ovoïde avec une oreillère presque imperceptible, lu barbe courte et pointue, sont des traits qui n'appartiennent qu’à Vologèse IL

La tiare courte et ceinte d'un bandeau, la barbe longue et épaisse qui distingue le buste du n° ", indiquentévidemmentVologèselILLe revers de cette médailleest horriblement barbare.

Les médailles de Phraate III (i), d’.\rtaban III, de Méherdate, portent une tête «le face au lieu «l’un profil. La drachme que j’ai placfh; .s«)us le n° 8 , présente la même particularité, et la nature de sa chevelure dispo.si^ en touffes globuleuses , la forme «le la barbe et «lu bandeau sont tellement semblables à ce que l’on remarque dans le portrait de Vologèse IV, «pt’il est impossible de ne pas re«;omioître l’identité des «leux efligies malgré la différence de position. Il y a «•"la de fort remarquable i{ue cette coiffure est précisément «•elle des anciens rois achéménides, dont les ligures se votent à Persepolis. (Ker Porter, pl. xlvii, xmx, i.)

La dernière de ces drachmes , figurée sous le n" 9 , est en-

(i) Resliluées à ce prince ji3r M. Cb. Lenonnant ; V, .Vohc. Jnnaits «/« Unit, orc/tee/., i83y. p. 227, pl. B, n“ 17.

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i;ore plus barbare que celles qui précédent , et c'est un exemple de plus de la constante application de cette loi i\e détérioration.) que M. de la Saussayc a si bien observée dans le inonoyagc de la Gaule. La forme de la tiare et des cheveux, qui paroissent disposés en une seule tresse tombant derrière la tète, se rapportent tout-à-fait à rajustement de Vologèse V. Les restes du D défiguré se reconnoissent encore derrière 1<! buste, et achèvent de compléter la ressemblance de cette drachme avec les tétradrachnies du même roi.

J’ai placé sous le n" lo une drachme qui porte un buste jeune et à peine barbu, coiffé d’une tiare très richement ornée, à la manière d’Artaxerce le Sassanide. C’est à M. Uolliii que j’en dois la communication ; je n’ai jamais vu de tétradrachnie que l’on puisse rapprocher de cette pièce.

La t:\che que je me suis imposée (l'étudier et de classer méthodiquement les monuments de ranti({uité persanne ne sauroit s’accomplir sans une extrême lenteur comme on eu peut juger facilement par ce qui précx’ulc. Cette matière est si ardue et l’obscurité qui règne sur I histoire d(!S Arsacides, en particulier, est si épaisse (juc, bien que la numismatique de ces princes ait été traitée ex professe par un grand nombre de célèbres antitjuaires parmi lesquels figurent des hommes comme Vaillant, Eckhel, Visconti, Sestini , j'ai pu trouver encore à modifier leur travail, à suppléer aux lacunes qu’ils avoient laissées par trop grandes ; et bien encore que j’aie profité de tant de travaux, de tant de monuments nouveaux, je suis loin de me flatter d’avoir dit le dernier mot sur un tel sujet.

J’ai cru cependant que les innovations qui résultent de mes recherches étoient assez importantes pour (jii’il fût utile de les publier, et je dois ajouter aussi <jue j'ai espéré attirer l’attention des antiquaires dont les collections renferment des médailles partîtes encore inédites. Je n’ai jias besoin de dire quel prix j’attacherois à la eomniunication de ces monuments.

Essai de classification des monnaies autonomes de l’Espagne ; par F. DE Saulct, correspondant de l'Acadéniie des Inscriptions et Belles-Lettres. Metz, Lamort, i84o. Un volume in-8°, six tableaux de caractères cel libériens , et une carte de l'Eispagne.

On se rappelle que, lorsqu’au ronimencenient de l’année dernière parut le mémoire de M. Charles Lenorniant , sur l'origine de l'alphabet cettibérien , la Revue annonça que M. de Saulcy préparoit un travail sur la même matière.

Le mémoire de M. Lenormant, simple extrait d’une des leçons professées en Sorbonne par le savant académicien, avoit pour but de constater la transmission à l'antique Espagne de quelques-uns des caractères de l’alphabet phénicien. Cette question importante , aussi habilement traitée, a fait sensation et a ranimé l'attention que méritent à coup sûr les monuments numismatiques de la Péninsule; mais qu'ils n’attiroient point depuis que les travaux de Erro et de Sestini les avoient fait tomber dans le mépris qui s’attache toujours aux résultats arbitraires d’une critique impuissante.

L’attention des philologues ainsi réveillée, M. de Saulcy venoil, dans des circonstances on ne peut plus favorables, présenter son.

ouvrage, dans lequel Use proposoit non plus de déterminer l'oiigine Je l’alphabet celtibérien et la valeur de quclques-unt des caractères qui le composent, l'opinion de M. L^normant est chose admise, mais de classer méthodiquement et d’une manière plausible tontes celles des médaUles espagnoles que leurs légendes nationales avoient fait exclure du livre de Florez.

M. Lenormant avoit emprunté aux médailles des éléments paléographiques nécessaires à l'exposition de son système historique, aussi vaste qu’ingénieux ; M. de Sanlry a profité de ces connoissances en linguistique pour achever la tiche qu’il s’étoit imposée , d’expliquer les monuments eux-mémes. On comprend que, bien que s’exerçant sur le même sujet, les deux honorables antiquaires ont dù produire des écrits aussi différents que le but même que chacun d’eux s’étuit proposé d’atteindre. Mais quoiqu’étudiant chacun de son cAté, ils se sont rencontrés en plus d’un point, et c’est là une preuve réciproque de la valeur des résultats qu’ils ont obtenus.

On s'est trop hâté d’assigner un âge reculé aux monnoies purement celtibériennes ; c'est un des travers de l’esprit humain que d’aimer à vieillir les monuments dont on n’a pu réussir à expliquer l’origine. Mais la foiblesse de notre critique ne peut pas s’excuser par la prescription, et, certes, l’extrême antiquité de ce que nons considérons comme des mystères n’ennobliront pas notre ignorance. L’esthétique, cette conquête des études modernes, vient heureusement nous prêter son secours, et l'observation intelligente de l'empreinte que laisse sur chaque oeuvre sortie de la main des hommes, cette grandeécole involontaire qui s'appelle le siècle, et à l’infiuence de laquelle les plus excentriques créatures ne peuvent se soustraire, fournit des moyens empiriques de dater tous les monuments.

Le zodiaque de Oenderah, dont l'existence viellissoit le monde de six siècles aux yeux des philosophes d’il y a quarante ans, porte le nom de l’empereur Néron. Les inscriptions cunéiformes de l’Asie, qui dévoient contenir les fastes du règne de Sémiramis, ne donnent que les titres royaux de Darius, fils d’Hystaspe. Il en est encore de même des médailles celtibériennes : on a voulu faire remonter leur fabrication au berceau de la civilisation ibérique, con-

suiércr leurî» lépemK’s rommc anléricurcs aux relations des Espagnols avec les autres peuples, sans remarquer que leurs types, imîration évidente des nu»nnoio.s romaines, ne peuvent pas appartenir à une époque plus reculée que le second siècle avant Vère chrétienne.

M. de .Saulcy établit ainsi la limite supérieure de l^antlqiiité des inonnoi»^s ccllibcricnnes ; quant à la limite inférieure , elle lui paroît fixée par la date même de ta réduction de TEspagne en province romaine, c’est-à-dire l’an i^o avant Tère chrétienne ( an de Rome Gi I ); il faudroit donc admettre que toutes les loonnoies ccltibériennes ont été fabriquées dans IVspare d'un très petit nombre d’années. Or, quoique beaucoup d’entre elles présentent les rarnetères d’une conlemporanéité évidente, il en est encore une quantité assez convidérabic qui ne peuvent avoir été frappées qu’à d’assez longs intervalles, tandis que celles qui nous semblent les plus modernes nous montrent un rapport de style si marqué avec les monnoiesqui portent le nom d’Auguste, que l’on ne peut supposer qu’elles soient pins anciennes d’un siècle. Il faut encore con- .sidércr que plusieurs des villes qui mil battu monuoic avec des légendes ccUibériennes n'en ont pas laisse portant des légendes latines ; telles sont Cissa, Uelinantica, Olbia, Sogeda, Ipngro, etc. ; il faudroit en conclure que l’émission auroit été arrêtée tout d’un coup en certaines localités, tandis que d’autres auroient fait frapper des moniioies avec des légendes bilingues ou latines. Je scrois plus disposé à croire que quelques villes ont continué jusqu’au règne d’Auguste ( exclusivement ) à faire usage de la langue nationale. l.’existoncc dos légendes bilingues et la conservation des anciens types sur les monnoies gravées sous les Romains, et tels sont ceux d’Abdera, d’Ilorda, d’Emporium , de Bilbilis, d’Osca, de Castiilo, etc., dénotent de la part des conquérants une tolérance qui a fort bien j)u s’étendre jusqu’à l’emploi exclusif de la langue celtibéricnne. En augmentant ainsi la période pendant laquelle les villes auroient frappé des monnoies autonomes, et il me semble qu’il est impossible de le faire en remontant au-delà du second siècle, on se donne un moyen d’expliquer la variation que

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plusieurs des caractères ont subie dan» leur forme , variation (jii’U est difficile de ne pas admettre, et qui a produit la homop/ior/rs ilont M. de Saulcy^ nous a donné le tableau ( pl. v. ). Cest avec le plus grand soin que j*ai e^taminé ce tableau, et il m'a paru que les efforts faits par l'auteur pour le réduire, avoient été jusqu'où il est possible à la critique actuelle d’atteindre. On doit avouer que neanmoins le nombre de figures différentes qu’affectent certaines lettres est encore très grand , et c'est là une des pierres d’achoppement qui ont contribué le plus à faire tomber dans de graves cr> rcurs les écrivains qui ont précédé M. de Saulcy , tandis que la pru> dence excessive de quelques philologues leur falsoit regarder comme non susceptibles d’interprétation des légendes qui fournis* sent bien plus d’éléments phoniques que n’en comporte un alphabet ordinaire. On auroit tort cependant de s'exagérer outre mesure la difficulté qu'apporte dans le déchiffrement des médailles celtibé- Tiennes cette homophonie qui sc retrouve sur tant de monuments nurnismatiques. La nécessité où se trouve le graveur de tracer sur le coin les légendes à rebours , la petitesse des caractères, l’ignorance de cette classe d’artistes, qui est remarquable à toutes les époques, expliquent suffisamment ce fait. Cest ainsi que sur les médailles perses arsacides et sassanides, sur les inonnoies merovingiennes, carlovingicnnes , anglo-saxonnes, etc., on observe une multiplicité de caractères qui font comprendre que le graveur ne savoit pas lire , non plus que ceux dans les mains de qui sa monnoic devoit circuler. C'est là un trait particulier aux races barbares; aussi ne voit-on guère que les monnoîes grecques, romaines et musulmanes qui eu soient exemptes. Une circonstance beaucoup plus embarrassante , pour la critique, que l’existence de plusieurs formes pour la même lettre , c'est l'emploi du même caractère avec des valeurs différentes , parce qu’alors, quelque explicable d'ailleurs que cela soit d’après les raisons que j'ai données pour rendre compte de V homophonie ^ il reste toujours dans l'esprit quelque crainte sur la légitimité d’une lecture qui pourroit être infirmée , si nous savions tous les noms des villes de l'Espagne antique , et nos connoissances sont loin d’étre complètes à cet égard , puis-

ijiic, pour ne citer qu’une province, sur les quatre cent soixante' treize villes que comprenoit la Tanraconoise , il en est encore deux cents dont les noms ne sont cités nulle part.

On va voir cependant avec quel discernement M. de Saulcy s'est décidé à admettre dans son tableau alphabétique des caractères semblables avec des valeurs différentes.

On trouve sur les médailles, un peu grossièrement frappées, d'une ville qui appartient probablement à la Bétique , les variantes IRIPPO, IRIh^O , IRIJxpO : donc les caractères P, f ont absolument la même valeur. Sur un moyen-bronze portant une tête à clicvcux bouclés, d’un côté, et, au revers, un cavalier galoppant la lance en arrêt , se lit la légende latine BILBILIS. Une pièce du même module, au même type et de la même fabrique , nous montre le mot , qui est évidemment l’équivalent du latin

Bilhilis, c’est-à-dire BLBLIS, avec deux voyelles brèves supprimées, suivant le mode d’orthographe oriental. Voici donc la lettre ê, qui tout-à-l’heure étoit un P, qui devient ici un L; ce qui est encore prouvé par ces deux variantes ; /1P|V [t At^N»

Lbieshen, qui se lisent sur les médailles de Lybia des Bérons. La lettre M, que l’on vient de voir figurer avec la valeur de S, et qui se présente encore dans les mots M k

liLUAWN, Jrsones, Segbriis, Jioshn (Urso, Segobrica, Ileosca ), paroit ne pouvoir être que le M, dans Kê /A A N > fbhnan , que tous les philologues ont reconnu pour le commencement de Helmantica.

J'ai parlé du mode d’orthographe oriental ; il est bon , je pense) de donner quelques explications à ce sujet, qui puissent faire bien comprendre cette expression.

La langue françoise est à peu près la seule qui soit positive dans ses sons; ses mots, bien prononcés, se composent de syllabes presque généralement égales entre elles pour la quantité, les exceptions étant ordiuairement déterminées par des signes accessoires. Chaque syllabe doit contenir une voyelle au moins. Les Français ont donc peine à concevoir que les articulations de la voix ou consonnes puissent se juxl.iposcr et produire des sons, sans que le degré d'in-

leriMlc de ccs sons ou voyelles soit parfiiitement fixe et iniliqué dans récriture par aucun signe alpliabéliqne. Cependant, dans une langue qui se rapproche beaucoup de la nôtre, quant aux mots, l'anglais, les voyelles, quoique écrites, ne sont pas positives , leur son n’a rien d'absolu ; non-seulement il change suivant la position relative de ces voyelles, mais encore il a souvent un degré intermédiaire qui n'est, a proprement parler, contenu dans aucune des six voix a , e, /, u, o, ou. Dans les écritures sémitiques, ces sons intermédiaires on voyelles brèves (si brèves, qu’elles sont quelquefois inappréciables) ne sont pas figurés. Néanmoins cet usage n’entrave point le lecteur, et de eette façon , la simplicité orthographique sc trouve alliée à l’euphonie, puisque l’on peut légèrement modifier le son d’une syllabe, suivant les besoins de l'oreille. De la sorte, on peut, par exemple, conserver jiour les cas obliques loiijoiirs la même flexion, sans être forcé de faire succéder brutalement un son ouvert à un son aigu , et vice versd. C'est ainsi qu’en turc, quoique le pluriel soit toujours marqué par la syllabe Ir sans voyelle, jamais on ne se trompera sur le son qu’il faut Ini donner ; les mots Aapoii, tc/uiÀmai feront toitjours kapoular, ichakmaklar \ tandis que Kieupck et Bizimki feront Kicupekler et Sizimkiler. Quoique cette règle ne soit écrite nulle part , j’ai remarqué que les Turcs n’y dérogent jamais. Leur oreille délicate est grièvement blessée par l’oubli que font sotivent les Européens de cette loi d'harmonie. Admettant tout-à-fait l'origine phénicienne de l'alphabet ccllibérien, que M. Lenormant a si bien démontrée, j’applique à la lecture des légendes espagnoleslcsystènicqiicje viensd’indiquerjj’obtiens,dansJ>Al“, , AçpX'’^, aM 0 ^ , < f,

^ili,Kcisé, Atvpakhé , Kilin , Aslapè, Kessé , qui sont autant tic noms connus de villes péninsulaires.

Une autre particularité que l'écriture espagnole paroit avoir en commun avec l’arabe, c’est la faculté de représenter un sou redoublé par un seul caractère. Cela ressort de l’examen des légende.-. OSET et OSSET sur la raonnoie de la même ville, de la forme de qui est quelquefois écrit ^|t)f^,ctquc Pline traduit par Ctrra; enfin de cette considération, que tous les noms tarraconuis

que Pline termine en i/>po sont orthographiés avec un seul P sur les médailles.

Si le système graphique des légendes espagnoles est sémitique , il n'en est assurément pas de même de ta langue dans laquelle ces légendes sont conçues. Sans affirmer que cette langue soit un <1es dialectes du basque, on ne peut se refuser à reconnoitre, entre ret idiôme et les mots que donne le déchiffrement des médailles , une analogie frappante.

Les noms de 1 1 LLl/^ Jleôshcn, jsf , Oneben,

N I* , Kérinkcn, ^ M*N, Kilin, i Libiesken,

, Seliiken,

Jlerkesken^

Iliberinckcn , H^K^KN, Vrkek en , Karoneshen (i), ont tous la même ter-

minaison en f ou Cette désinence, qui n'est jamais exprimée dans les transcriptions de Pline ni des autres écrivains latins, est donc évidemment l'indice d'un cas oblique. Il est extrêmement carieux de retrouver cette flexion en marquant, dans la langue basque, le génitif pluriel (a). Si l'on suppose, ce qui est très vraisemblable que le ^ est, comme le T dans le grec, la marque de l'ethnique (3), on arriveroit à ce résultat, que les inscriptions cidessus signifient ; des habitants d'Ileosea, de Lyhia, d'Vraca, etc., ce qui rentre , comme on voit , dans les habitudes monétaires des autres peuples.

Une autre terminaison, qui se présente fréquemment sur les médailles, donne encore lieu à un rapprochement avec la langue basque. Oeiiegs, 9 /rjone s, V H î»

(r) lleoKat Onobâ,Ncrii, Cileni, Lybia , Ba&coneh , SeiiMCain, Ilergetm, Illiberii, Urcenccs, Carouiensc&.

(a) C'est ainsi que Ton trouve, dans le Nouveau Testament : Ut ai* ludutn rfguea : Tu es Judæorum rcx.

(3) De Side, inUTDN ; de Mas.^Iia, MAïïAAIHTnH ; de Dium, AUTONi d’Ani|)bipolis, ÂM'HIIOAITDN; d’Emporium , EMnOPITON , etc. En l>asque, on Tonne l’cilmlqut? avec un G : ceux de Bayona ( Bayonne) sc dit Bayona-

coen f gCD. plur.

Bursabes, P<fl<t^iSegobrilies, N|>9LU ^ f'\Nenbes,l^tY'

ne nous auroient-ils pas conservi! la forme ablative du nom de ces villes? Eo basque, Guizonaz , Baynnaz signifient par l’homme, />ar Bayonne (de Ouizon, Bayona). Ne seroit-il pas possible de traduire les mots que je viens de reproduire : (monnoie frappée) par Velia , par Bursa^a, /«/■ Segobrica , etc.?

Personne plus que moi, peut-être, ne redoute les absurdités qii' entraîne trop souvent la manie de rapporter au celte ou au basque des noms propres dont la transmission peut avoir été fort infidèle; mais, ici, je crois que je n’ai pas dépassé les limites assignées à la saine critique en cherchant, dans des mots bien certainement écrits à une époque où la langue ibérique étoit parlée, non pas des étymologies plus ou moins contestables, mais la raison d’une forme commune à tous, forme qui subsiste encore dans une langue antique, appartenant précisément an pays d’où proviennent les médailles qui m’occupent.

D’autres observations intéressantes peuvent être faites au sujet de ces monuments. C’est ainsi que M. de Saulcy a relevé, sur des monnoies an même type, et toutes semblables d'ailleurs, les variantes r<^A^O:^:K^'etr^A^ON4:|C^ , lliberiken et Itiberineken, f\m rendent admirablement compte delà synonymie don- • née par Pline; « iliberi, quod Liberini ( atiàs : Eliberi, quod a Elibcrini ) a. Quel doute pourroit-on conserver sur une attribution qui s’accorde si heureusement avec le témoignage de l’écrivain latin?

Après avoir interprété environ cent vingt légendes celtibériennes, et en avoir analysé une cinquantaine qui s’appliquent sans doute aux villes dont les noms ne nous sont pas parvenus, et qui, comme on le sait, sont plus nombreuses que celles que nous connoissons, M. de Saulcy n’avoil pas encore terminé sa lùche; il lui restoit à débrouiller la difficile série des monnaies de la Bétique, dont les légendes, conçues en langue et en écriture tuidulc, avoient opposé une infranchissable barrière au zèle de scs devanciers. $estini, ru parlant d’une médaille de cette sotte, se contente d’indi-

quer la légende qu'elle porte par ces mots : Epigraphe hispanen^ sis y ce qui, ainsi que le remarque fort judicieusement M. de Saulcy, n'ctoit pas difficile à trouver. Erro se lance, au même sujet, dans des interprétations qui feroient envie à nos plus intrépides ccltoinanes : il traduit un mot de sept lettres par cette phrase curieuse : Puchln siluado en ana subida que tienc en la alto un profundissimo pozo lleno de agua. Tels éloient les secours que prétuient à M. de ^aulcy les écrivains antérieurs. On peut donc bien légitimement lui faire honneur des résultats qu'il a obtenus. Dans son système, les légendes turdules procèdent de droite à gauche, ce qui est d'autant plus à remarquer que la Betique est précisément le pays où se trouvent situées les villes phéniciennes Gades, Malaca, Abdcra, et que cette marche de l’écriture est un indice évident de tradition sémitique. L'influcncc phénicienne ou même lybiquc sc fait sentir dans la forme des caractères, qui ressemblent foitcment a CCS inscriptions inconnues que l'on recueille sur la côte d’Afrique.

M. dcSauIcy a déchiffré les noms d'Ipagro, d’Astapa, d'ispalis, d’Ilipa, d'AUübi, d’Orippo, d’Iaspis, d’Jllici, de Sœtabis, au revers de monnoies qui portent au droit le nom latin A'Obulco, et ((ui , étant toutes de la même fabrique , doivent avoir été frappées tlans celte dernière ville, en commémoration de scs alliances avec les cités que je viens d’énumérer. D’autres légendes turdules sur des monnoies à'Obulco sc préteroient à des explications en apparence assez naturelles, mais qui ont semblé à l’auteur troj> liypothétiques pour qu’Ü sc crut autorisé à les ranger auprès de celles dont la valeur ne lui paroit pcis douteuse, et qui , je dois le dire , satisferont les philologues iin])artiaux. Au reste M. de Saulcy fait à leur attention un appel qui sera certainement entendu : les légcudes qu'il n’a pas réussi à traduire, il lésa du moins reproduites dans les tableaux lithographiés qui accompagnent son livre et cha- ([ue antiquaire porirn» ainsi trouver matière à exercer son ardeur rt sa sagacité.

Il est positif que {diisicurs inscriptions copiées surdos médailles pial conservées sont incomplètes ou défectueuses; il est important

i]'y substituer des leçons plus correctes, lorsque des médailles dans un meilleur état viendront à être découvertes.

Ainsi la légende placée sous le numéro i Sy est restée inexpliquée , tandis qu'une médaille du cabinet de M. de la Saussaye nous en fournit une impression très distincte et qui, je pense, est susceptible de traduction.

Je crois que le root <loit ^tre lu HUpàUl et qu'i

nous donne en conséquence la forme csp.ignolc du nom que Ptoleméc écrit Jllijmia. Une médaille de fabrique demi-romaine porte la légende II.flLA dans laquelle la voyelle O ou A peut avoir été omise suivant l’usage exposé plus haut, et l’I redoublé du denier de M. de la .Saussaye fait fort bien entendre comment le nom de la ville est devenu Niebla dans les temps modernes. Le denier d'argent, comme le bronze gravé dans Florez (pl. xxx,n" 3), représente un cavalier armé d’une lance et le rapport de type fortifie la classification que j’ose proposer.

M. de Saulcy, dans ses attributions, a toujours le soin de tenir compte des différences que présente le type du cavalier courant; il a établi péremptoirement, qucce cavalier est armé d’une lance sur les médailles du sud et du centre del’Kspagac; qu’il tient à la main une palme, sur les monnoies des villes du nord et du nordest, qu’enfin on le trouve portant un bouclier rond sur quelques monuments du sud.

Il seroit presque impossible de retracer ici toutes les observations que M. de Saulcy a faites penilant le cours de i’inimcnse travail auquel il s’ est livré pour arriver à la classification des monnoies de l’Espagne. On s'aperçoit facilement qu’il s’est entouré de tous les documents , de tous les témoignages que l’antiquité nous a laissés au sujet de ces monuments. Aussi dans son patient

labeur aTance-t-il sans cesse d'un pas ferme et sûr. Dans mainte occasion il a fait preuve d'une rare habileté. Je crois qu’il étoit impossible de déméler, avec plus de bonheur qu’il ne l'a fait, chacun des caractères qui forment certains monogrammes ou ligatures. En somme cet Essai constitue un livre précieux pour l’histairc, pour la géographie, pour la linguistique, une riche mine de renseignements à laquelle viendront puiser tous ceux qui désormais, s’occupant du passé de la péninsule , voudront s’appuyer sur des recherches réelles faites avec le sérieux, avec la critique sans lesquels de nos jours une œuvre philologique ne sauroit obtenir de crédit.

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