Tome I, page 195, note
Nouvelles eseriptes par maistre Ànthoine de Loiscy, licentier en lois, à monsieur le président de Bourgoigne, en date du ni* jour «le novembre, et receues à Dijon le xuu* jour dudict mois, bien lard, mil imc LXVIH.
Et quant aux bonnes nouvelles, ceste cité de Liège fut prinse d'assault par mondict seigneur et ses gens, le Roy estant présent avec mondict seigneur, dimenche passé, penultiesme jour du mois d'octobre, entre dix et xi heures avant midy : et furent noz gentilz Bourgoignons les premiers entrans qui eusrent les premiers orions, desquelx mondict seigneur est très content pour ce quilz ont Tonneur. Mais Hz ont esté mal partys du butin; car nozdicts Bourgoignons, pour ce qu'ilz entrèrent les premiers, furent commis d'eulx tenir ensemble sur le graut marché du Perron, ledict dimenche, pour attendre, et ne furent logiez jusque* le lendemain ; et entre deux les Picars et autres des pays de par deçà butinèrent les meilleures bagues. Après ce que les Bourgoignons furent entrez, et que l'en eut crié m / ' H le guignée ! » mondict seigneur entra dans, avec lui tous, crians ■< ï ïve Iwurgoigne! » et après le Roy, qui vint sur ledict marché, criant aussi luy mesme « / ive Jiourgoïgne! » L'en a butiné toute ladiete eité, chacun eu son quartier, et les Bourgoignons onltre le pont devers la riviete, qui est lemain-
dre, mais que monsieur leraareschal qui est en l'église de Sainct Poi ; toutes les églises, ainsi que la cité, ont esté pillées, réservé Sainct Lambert, qui est la grant église, que mondict seigneur a réservée. Le mercredy avant ledict assault, les Liégeois saillirent dehors la cité, et à une lieue, sur le logis de mondict seigneur, et firent très vaillamment; car ilz vindrent jusques à la chambre de mondict seigneur, et tuèrent beaulcopde noz gens, et, comme l'en dit, environ deux cens, que ungs que autres, tant Bourgoignons , François, Savoyens, Picars, que autres; mais il n'y a nulzde grant nom qui soit mort, car la piuspart sont paiges et varletz. Et, entre les autres que je congnoissoye , a esté mort Loys du Pin , qui se tenoit avec monsieur l'abbé de Sainct Bénigne, trespassé, et le bas tard de Ruppe, et des Savoyens et François plus que d'autres. Et le sarnedy para vaut, et avant ce que mondict seigneur et les Picars fussent arrivez avec nozdicts Bourgoignons, et qu'ilz avoieut desja fbrragié Tongres, lesdicts Liégeois en grant nombre vindrent courir aux champs sur nozdicts Bourgoignons, mais ilz furent bien servis et reboutez; car nosdicts Bourgoignons les rechasserent jusques ès portes de la cité , et tuèrent desdicts Liégeois bien de cinq à six cens. Lejeudy, aussi devant ledict assault, nozdicts Bourgoignons vindrent logier ès faubourgs de la cité; et dès ledict jeudy jusques au dimenche dudict assault se firent plusieurs escarmouches, èsquelles l'en tua plusieurs desdicts Liégeois, et y eust blessié beaulcop de noz gens, tant de serpentines, coulevrines que de trait, et autrement,
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mais il n'y a point de dangier de mort : desquelx blessiez est monsieur Barques, monsieur de Beaul champs , monsieur de Glermont et autres gentilzhommes qui sont blessiez tant seulement ès jambes. L'en a bien tué desdicts Liégeois , tant à l'assault que ès escarmouches, que à l'entreprinse qu'ilz firent, environ de trois à quatre miles, comme l'en dit par de cà; ilz s'en sont bien fuys et alez, en fesant ledîctassault, de six et sept milles, qui sont tirez devers Dinant et contre Masiere sur Meuse , comme l'en a rapporté à mondict seigneur. Item l'en a fait à ceste fois environ deux cens chevaliers, tant de noz Bourgoignons du duchié, que du conté de Bourgoigne, de Savoye et Mascou : desquelx sont, pour ceulx de Dijon , messire Guillaume de Villers, messire Phelippe de Sevry, nepveu de monsieur le bailly de Dijon, messires Guillaume Henry et Guiot de Cicon , Guiart de Saulx, Bernard deFleury, et autres que je ne sauroyc nommer. Le Roy se départit mercredy, second jour du présent mois de novembre, de ceste dicte cite, et s'en tira contre Huy; mondict seigneur le convoya et plusieurs autres seigneurs: etaujourd'uy, son premier président, et autres ses conseillers et officiers , s'en vont à Seintron , devers le conseil de mondict seigneur, pour illec besoingnier desbesoingnes d'entre le Roy et mondict seigneur. J'ay entendu que le traictié devant Paris, eu tant qu'il touche mondict seigneur, se tiendra : et , avec ce, mondict seigneur aura à perpétuité, pour luy et les siens, les terres el villes que l'en appelle racheptees ou engaigiees, selon qu elles sont compt inses oudict naie-
tié de Paris. Je me travaillera}, avant que je retourne, descavoir tout à la vérité, se faire se peut; car je double qu'il ne me faille aler audict Seintron , pour ce que mondict seigneur m'a jà dit, par deux fois, « Attendez, » et qu'il ne peut croire que ladicte guerre soit en Bresse, et aussi qu'il veult escripre autres choses par de là , et vous advertir plus avant de ses besoingnes et nouvelles. L'en ne scet encore à la vérité se nostre armée desdicts Bourgoignons s'en retournera par de là, ou s'elle ira ailleurs; car l'en a aujourd'uy crié que nully ne se departist sans prendre congié de son capitaine et à peine de la liart. Avec le Roy sont et ont esté monseigneur de Bourbon , monseigneur de Lyon, du Liège et de Beljeu, monseigneur le conncstable, monseigneur de Craon et plusieurs autres: avec mondict seigneur, les seigneurs de par deçà et cculx de Bourgoigne. L'en ne besoingne présentement aucune chose en justice , se non que tous les joui s l'en fait nyer et pendre tous les Liégeois que l'en trouve, et de ceulx que l'en a fait prisonniers, qui n'ont point d'argent pour eulx rançonner. Ladicte cité est bien butinée, car il n'y demeure riens que après feux ; et , pci expérience, je n'ay peu finer une feuille de papier pour vous escripre nu net, ainsi qu'il appartient , cl que je suis tenu cl vouldroye bien faire, mais pour riens je n'en ay peu recouvrer que en ung viez livre. L'en dit que mondict seigneur ne départira point de cy jus ques à mardy prouchain. De ce que il vetill faire de ladicte cite, encore n'en est il nouvelles, combien qu'il a lait crier que (ouïes les femmes et rulliius s'en ni ! '
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alassent où bon leur semblerait, et que chacun fist poui ter son butin dehors ladicte cité. J'ay entendu , combien je ne le scay pas de vray, que ladicle cité sera accourtee et diminuée devers le cousté de la rivière. Il y a eu des prisonniers et beaucoup , desquels l'en reçoit argent à force, et s'en vont. Escript en ladicte cité de Liège, le jeudy au soir, 111e jour du présent mois de novembre '.
(8 novembre 1408. )