‹ Mémoires de Philippe de Commynes Notice sur Philippe de Commynes preuves. Mémoires de Philippe de Commynes preuvesChapitre 13 sur 78 · Tome I, page 195, noie · texte numérisé non relu

Tome I, page 195, noie

Lettre de Jean de Mazilles , échanson du duc de l'ourgogne, et capitaine de Saulx, à sa sœur, touchant la prise de In ville de Liège.

Très chiere seur, de très bon cuer à vous me recommande, et à tous mes bons amis et amies de par de là; et y comprens mes beaux pères, monsieur maistre Esticnne et dan Gauthier. Plaise vous savoir que, la Dieu grâce, je et toutes mes gens sommes sains et entiers. De mes chevaulx lung a esté blessié, et l'autre malade ès mains de mareschaulx, à INamur ; et les autres sont bien maigres, et ne mangent point de graines, réservé dufoing. Il a bien fait le temps pour morfondre gens et chevaulx ; car, depuis nostre parlement de Bourgongne, il ne feit trois jours, l'util

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après l'autre , de beau , et fusmes plus enrouilliés et dessirez que loux. Vous savez assez comment nous avons passé par Lorrenne et par Ratellois sans avoir crainte de Salesart ne d'autres capitainnes de France, ne des Lorrains aussi , combien qu'ilz avoient charge de nous combatre, et nous ont plus craint à les aproucher que nous n'avons eulx. Quant nous aprouchames le pays de Henault, monseigneur le duc envoya messire Pierre de Harquantbault devers nous pour nous guider de ce chemin que devions tenir, et se nous manda qu'il avoit accort et traitié avec le Roy, qui estoit venu devers ly, dont nous eusmes grans merveilles. Assez tost après, ainssy que nous marchions contre le pays de Lyege, nous vindrent nouvelles que monseigneur dudict Lyege et monsieur de Humbercourt avoient estez prins en la ville de Tongres par ceulx de la cité de Lyege, et leurs gens rué jus, jusques au nombre de xu* combatans, dont en y eust plusieurs mors ; de laquelle chose fusmes bien troublez , et marchasmes hastivement celle part pour ly cuidier bailler secours; mais Mz les avoient desjà menez en ladicte cité, quant nous entrasmes audict Tongres : ouquel lieu demeura smes huit ou neuf jours en attendant que les Lyegeois nous vinssent combatre , et pour reffaire no/ ehevank qui estoient fort lassez. Delà vinsmes loiger à trois lieues de ladicte cité, en plusieurs villaige* ; et feismes plusieurs loigiz, sur aucuns desquel x les Lyegeois cui derent venu f râper, au nombre de xu"' combalans, t omme I»' m'a eerlillié le lierault île monseigneur «l<

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Lyege et d'autres, et avoicnt leur artillerie : desquelx xum avoit bien environ cinq on six cens combatans bien montez et bien armez, et vindrent marchier en belle ordonnance jusques au plus près d'aucuns desdicls loigis : et leur livrèrent aucuns de noz gens une escaremouche, où y ly eust mors et blessiez plusieurs gens d'ung cousté et d'autre. El feirent savoir nosdictes gens à mondict seigneur le mareschal comme lesdicts Lyegeois les escarremouschoient et queroient de combatre ; et cstoit environ neuf heures au matin. Alors toutes les compaingnies de noz gens lurent adverties, et, incontinent les nouvelles sceues, mondict seigneur le mareschal et sa compaingnie marchèrent et coururent à rainne laschedeux grans lieues sans cesser, tellement que les pouvres ciievaulx furent à la grosse alainne : et, sans marchander, vindrent noz gens combatre et courir sus ausdicts Lyegeois, tellement qu'ilz furent rompus et mis en desaroy , et à la partit] mis en fuite , reserve les mors, où y ly eust grant nombre de leur cousté et peu du nostre; et furent roidement chassiez, tousjour> en les murdrissans, jusque* aux barrières de leurdicte cité : et nous meismes en ung hault en bataille, au plus près d eulx, pour veoir s'ilz nous reviendroient courir sus de rechiei ; lesquelx ne revindrent point, réservé certains de leurs chevaucheurs qui nous suyvirent de loing quant nous encommencasmes à nous retraire, et nous servirent bien de leur artillerie et de trait, nous estansen bataille devant ladietceité : et à celle journée furent faiz plusieurs chevalliers. Ce mesme jour, que fut le sameiiy devant la saint Svmoi; , en nous re-

t râlant vinsmes environner ung villaige et assaillir ung fort moustier où ilz s'estoient retraiz pour nous pourter dommaige environ cinq cens Lyegeois : et les conduisent ung chevallier, leur capitaine, bien vaillant homme , et fut assigee nostre artillerie devant ledict moustier qui estoit fermé à l'environ de certaines parois : et furent là faites de grans vaillances d'une part et d'autre, et se vendirent bien les villains, lesquclx à la fin y demeurèrent tous mors avec leurdict capitaine; et ne print l'on point cedict jour ung seul prisonnier, aius fut tout mis à l'espee. Nous y perdismes peu de nosdictes gens , mais il en y eust des blessiez ; el fut brullc ledicl moustier el villaige. Ce fait, nous retraiasmes, qu'il estoit une grant heure de nuyt, en noz loigiz. Le mecredy ensuivant, vinsmes bouter les feux en aucuns villaiges et maisons qui estoient au plus près des fourbours de ladicte cité, aflin de les cuider atraire pour nous de rechief venir combatre; et partirent lesdicts Lyegeois à grant puissance de leurdicte cité pour garder de bruller leursdicts fourbours et nous courir sus ; lcsquelx , après ce que de rechief l'on feit plusieurs chevalliers, furent vigoureusement recueillis et reboutez jusques aux porto de ladicte cité : et en y eust grant foison des mors, tant au lonç dechemins comme dans les maisons et jardins desdicts fourbours. Et vint planter son enssaingne mondict seigneur le mareschal devant et au plus près de la porte de ladicte cité, et tout le demeurant de tioz autres gensdarmes loigeicnl aux tour bon rs, a l'environ de ladicte cité , ou nous demrui asmes li ois |»>ui > et quatre

nuys, lousjours armés , sans dormir et peu mengier, et nozchevaulx loigiezà la pluye soubz lesabres èsjardins. Et nous estans ainssy loigiez, survindrent le Roy et mouseigneur le duc, assez bien encompaingués, loigier en certaines maisons au dessus et assez près desdicts fourbours , et fut assigee nostre artillerie en plusieurs lieux pour batre la muraille et portes de ladicte cité, sans cesser jour et nuyt : et pareillement lesdicts Lyegeois ne cessoient de nous batre de leur artillerie , ilesches, dars, arbalestres et de grosses pierres qu'ilz gectoient contre nous à flandolles. Et nous bailloient chacune nuyt plusieurs alarmes, ouvroient leurs portes pour saillir sur nous; mais ilz nous trouvoient si prestz et si près d eux qu'ilz se reboutoient incontinent dedans leurs portes. Hz ont fait, par aultres portes, plusieurs aultres saillies de nuyt, tant sur Phelippes Monseigneur de Savoye , que sur monseigneur d'Argué de Beauchamp et d'autres , où nous avons perdu des gens de bien et plusieurs blessiez : et mesmement, dernièrement , firent une saillie sur le Roy et mondict seigneur, et tuèrent des gens du guait de mondict seigneur et d'autres gens plusieurs ; et y demeura plus de leurs gens que des uostres, cl lut ce soir mondict seigneur on grant dangier. Le dymenche après, à heure de neuf heures, baillâmes I assault par le quartier de mondict seigneur le duc, par le quartier de Phelippes Monseigneur de Savoye, et par le quartier de monseigneur le mare^cliai , que *onl trois assaulx en divers lieux a l'em Monde ladicte rite*, lui belle chose de vcom mai clin de granl eouraige les hommes d'armer

par dessus les murs d'icelle cité, tant à gravir murs que à monster par eschielles : et furent les ensaingues de monseigneur le mareschal et de monseigneur de Ranty, qui avoient esté loigiez ensemble èsdicto fourbours , les premiers dedans ladicte cité, en laquelle avoit bien à celle heure de xvi à xvnr combatans, qui furent tous espou vantez quant ilz veirentsi baudement gravir leurs murailles : et en ung moment entrasmes dedans, et criâmes : « Bourgoingne » et « Ville gaigniee, « et y eust grant nombre de leurs gens mors et noyez à leur fuite. Nous alasmes chaudement gaignier le marchié et l'esglise de Saint Lambert, où furent prins plusieurs prisonniers qu'ilz ont esté gecter en la rivière. Nostredicte enssaingne fut grant pièce en bataille sur ledict marchié en espérant qu'ilz se rallieroient pour nous combatre, pour ce qu'ilz s'estoient retraiz en une hisle delà le pont; mais jamais depuis ne se rallièrent, ainsse mirent à fuyte. Cependantque nous tenions ordonnance sur ledict marchié, ou quel furent faiz de rechief plusieurs chevalliers, les autres gens d'armes et archiers pillèrent tous noz loigis et rompirent toutes les ordonnances de monseigneur : par quoy les gens de monseigneur le mareschal n'ont riens guaignié, ou bien peu, réservé qu'ilz ont tiré à honneur et à bien garder leur prince. Toutes les esglises, au nombre de plus de m Ie, ont esté pillées, desrobees, désolées, et ce dit l'on qu'elles seront brullees et toute ladicte cité aussi; et est moult grant pitié de veoir les maulx qui se font. Monseigneur doit brief envoyer bruller le pays de Franchemont , ouquel les Lyegeois se sont re-

Iraiz. L'on eslime estre mors desdicts Lyegeois, pour tous poutaiges, de 1 ni à vm hommes. Le Roy et sa compaingnie vindrentsur ledict marchié après mondict seigneur le duc, et pour loi t le Roy sur son chappeau la croix saint Andrié, et se cria ly mesmes : « Vive Bourgoingne! » Et demeura en la cité, loigic avec mondict seigneur, deux ou trois jours; puis s'en est allé, comme l'on dit, à Brucelles atendre mondict seigneur : etdil l'on qu'ilz n'auront jamais guerre l'une contre l'autre. C'est grant chose d'avoir veu la puissance de mondict seigneur, qu'est assez grande pour combatre ung empereur. Je cuide que les Bourgoiguons s'en retourneront brief en Bourgoingne. J'ay fait la révérence à mondict seigneur, qui m'a fait 1res bonne recueillance, et suis à présent conté aux escros, et le suivre quelque part qu'il voise jusques mon terme de servir soit passé, qui sera brief. Je vous eusse plus tost escript, se je eusse trouvé par qui. Je vous prie que par le premier venant me escripvez de vostre estât et nouvelles , et santés en tout au miculx que pourrez : priant à Nostre Seigneur qui, très chiere seur, vous ait en sa saine te garde et doiul ce que desirez. Escript en la cité du Lyege, le viir jour de novembre mil CCCC LXVHl, Jehan de Mazili.es.

Monseigneur le due et nous tous sommes en bonne santé, Dieu grâces, lequel fui adverty, avant son parlement de la cilé de Lyege, que les Liégeois sYstoicul reliai/ en granl nombre au pays de rranchcinonl , qu rsi lui i pa\sde montai g nés, « I • - valecsel de bois, et

y a plusieurs eslroys passaiges et rivières périlleuses à passer , et a plus de vc ans que princes ne gens d'armes ne s'esloient trouvez audict pays pour y faire guerre ne dommaige, réservé mondict seigneur qui s'y est trouvé tout au long et au large. Et au premier villaige où nous vinsmes loigier, les Lyegeois baillèrent uneesearemouche à nozgens et y eust tué quatre de nosdictes gens et point des leurs ; car ilz se retrayrent en leurs bois quant ilz veirent la puissance de mondict seigneur marchier contre eux, et passèrent la rivière; et fut mondict seigneur le duc et autres seigneurs sur le bourd de l'eau parlamenterà eulx, et y eust seze Lyegeois qui se rendirent a la voulenlé de mondict seigneur en luy criant mercy , et ne sont point mors. Depuis mondict seigneur séjourna en ce mesme villaige quatre nuys et trois jours, qu'il geloit moult fort, et nous tousjours armez et couchiez soubz les arbres, et boire de l'eau. Ce temps pendant , mondict seigneur envoya de ses gens devant une forte place nommée Franchemont, pour icelle gaignier d'assault, et fui ladicte ville legiercment gaignee; car lesdicts Lyegeois lavoient habandonnee

1 IUdl . Ko* , Ms , nL S,4484, fol. 197. — VI. Gachaixl a donne des extraits de celte lettre dans un rapport, à la commission d'histoire tome III, 20-09, ^cs bulletins «le celle commission

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(12 novembre 1468.)

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