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Tome II, page 299, noie

Lettre de l'urchevesquc de Vienne à monsieur de Langeac , au sujet des affaires de Naples , et de la paix entre le pape et le roy dom Ferrand.

Mon très cher seigneur et bon amy, à vous de très bon cœur me recommande. Je ne doute point que vous n'ayez bien entendu Ja paix avoir esté faite entre nostre saint pere le pape et vostre parent et affin le roy de Naples; mais pour ce que, par aventure, n'estes pas adverty des moyens par lesquels ils sont condescendus à faire et traiter ladicte paix, je les vous ay voulu escrire et sommairement raconter. Depuis que vous escrivis une lettre à laquelle vous très sagement me fistes response, advint que monsieur le prince de Tarente l, vostre frère, luy estant en Calabre, à rencontre du prince de Bisignan, en champ de bataille devers l'isle de Sicile, vindrent quatre cens hommes d'armes armez fie légères armeures au secours dudict monsieur le prince, et les autres passoient continuellement le far. Et ce voyant, ledict prince de Tarente,

1 Voyez tome II, page i5, note i.

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d'un très constant et vaillant courage , assaillit le prince de Bisignan , qui très vilainement luy tourna le dos, et s'enfuit : à cause de ceste victoire a eu beaucoup de chasleaux et places du prince de Bisignan ledict prince de Tarente. Cependant le prince deCapoue, vostre neveu, assiegeoit la place de Saint Severin, qui est à quatre lieues de Salerne, dont se renomment les princes de Salerne, Bisignan et tous autres de ceste maison , laquelle place promit, par appointement fait et ostages baillez, de eux donner au roy Ferrand, si dans huit jours elle n'a voit secours : dont quand il vint au huitiesme, le prince de Salerne accompagné des gens d'armes de l'Eglise, desquels estoit capitaine le frère de monsieur le cardinal Sancti Pétri ad Vincula , et aussi des gens des Genevois, desquels estoit capitaine messire Augustin de Campo Fregoso, avec encore une autre grande multitude de gens à pied, et vindrent en bataille contre ledict prince de Capoue : tellement que quant vint que l'on batailloit amèrement eu ambiguë et douteuse fortune, enfin fallut que ledict prince de Salerne tournast le dos vilainement et s'enfuist , et la place de Saint Severin lors se donna au roy Ferrand, et là fut blessé amèrement messire Augustin de Campo Fregoso , dont après en est mort. Dèslors se retira le prince de Salerne dans Salerne, là où il faisoit doute de seulement demeurer par la rumeur qui estoit en la cité, veu que tout le peuple disoit qu'il estoit las de la guerre, et qu'ils demandoient la paix. Ce temps durant, monsieur le duc de Calabre, vostre frere, réduisit et as-

sembla toules les troupes de la ligue d'Italie, se joignit avec les Ursins, alla près des portes de Rome, fit un pont sur le Tibre, et mit le camp du costé duquel on entre à Rome venant de Naples, où il ne peut arrester, pour la grande quantité de mouches, et fut force qu'il levast le siège ; et si des lors ne luy eust esté force de le lever, la paix eust esté plutost faite qu'elle n'a esté; et ce pendant le duc de Calabre ne lit nul dommage aux Romains, à celle fin qu'ils n'eussent cause de eux plaindre de luy. Et advint que, dans l'entre temps, le seigneur Robert de Saint Severin , capitaine du pape, alla parler avec le duc de Calabre, sans le sceu du pape, de quoy le pape fut fort troublé, et y envoya un gentil homme nommé monsieur de Faucon de Prouvenec, qui estoit allé à Rome pour monsieur de Lorraine, par devers ledict sieur Roberto, pour luy dire que Sa Sainteté estoit moult troublée, et s'emerveilloit de ce qu'il estoit allé parler sans son sceu et consentement à son ennemy : auquel monsieur de Faucon le sieur Roberto res pondit qu'il a voit entendu que Sa Sainteté traitoit la paix, et luy, doutant qu'il ne le laissast, y avoit voulu prévenir, combien qu'il se garderait bien de faire chose qui fust contre rexistimation de Sa Sainteté : et huit jours après ledict sieur Roberto s'en alla devers le pape, feignant, comme l'on dit, d'avoir mal à une jambe, et demeura au palais du pape bien huit jours; et disent aucuns que ce fut luv qui persuadoit au pape faire la paix , et autres disent que non Kl. Finalement il se partit de Rome, et retourna aux champs; et ce pendant le due de Calabre oppres-

soit moult la chose ecclésiastique, et aussi les rebelles du royaume de Naples estoient fort oppressez; car les secours qu'ils attendoient d'ailleurs demeuroient trop à venir : par quoy le onziesme jour d'aoust, à quatre heures après soleil couché , la paix et accord fut conclu et passé entre le roy de Naples et le pape, combien que telle heure ne me plaist pas fort; et incontinent que le roy de Naples entendit la conclusion de la paix avoir esté faite, fît prendre prisonnier son secrétaire, qui, combien scavez, avoit esté au Roy bien vingt ans, messire Avello Archamond, qui avoit esté ambassadeur pour le roy Ferrand à Rome bien l'espace de quinze ans, où il avoit gagné un grant trésor, per fas vel ne/as, et messire François Coppula, des gentils hommes du siège de la Porte Neuve de Naples , et messire Po Cathalan, qui avoit esté corsaire et patron d'une galère, et maintenant estoit président in som~ maria, que l'on dit les comptes : lesquels pris, les a mis en forte prison, et réduit les biens d'iceux à ses mains, desquels, comme l'on dit, en aura en argent comptant plus de quatre cens mille ducats. Les causes pourquoy il les a mis prisonniers, sont plusieurs. La première est qu'il craignoit le duc de Calabre, car il leur serabloit qu'il les menacoit. Si adviserent les seigneurs du royaume que, s'ils ne se gardoient, le Roy les feroit prendre et bouter en prison l'un après l'autre, et qu'il devoit commencer au comte de Montorio, ainsi qu'il a esté fait. L'autre cause est, comme l'on dit, que ceux icy continuellement escrivoient au pape qu'il ne fist point paix avec le roy Ferrand, car le roy

de Naples estoit si desnué d'argent qu'il n'en pouvoit plus, et ne pouvoit plus soustenir la guerre; et beaucoup d'autres choses que pour maintenant je ne raconte point. Entre tant , le sieur Roberto , capitaine du pape, envoya un sien secrétaire devers monsieur de Lorraine, qu'il rencontra à Montargis, avec lettres île créance, et, après beaucoup de vaines promesses, dit ledict secrétaire à mondict seigneur de Lorraine, de par sondict maistre, que hardiment pouvoit aller ledict duc de Lorraine à Rome, et, combien que la paix fust faite, que sondict maistre sieur Roberto luy promettoit le mettre dans le royaume de Naples, lequel il auroit en peu de temps. Or donc, quant, comme dessus ay dit, ledict sieur Roberto alla à Rome, et qu'il y demeura huit jours, s'il traita la paix ou la guerre, j'en laisse le jugement aux sages. Monsieur le cardinal d'Angers 1 a escrit, depuis, que la paix a esté acceptée du pape par faute de bons capitaines, et que si monsieur de Lorraine y alloit, encore feroit il quelque chose; et à monsieur le cardinal Sancti Pétri ad Vincula, qui estoit, ces jours devant passez, à Gennes pour solliciter monsieur le duc de Lorraine et les Genevois contre le roy Ferrand, on luy a retenu la charge pour son honneur d'aller légat au royaume, appointer les seigneurs du royaume avec le Roy : si il le voudra accepter ou non , je ne scais. Il me semble que vostre seigneurie, s'il vous plaist , devroit escriie au roy de Naples, au dm- de Calabie el au prince, ou

' Iran Italur

à l'un d'eux, en les conjouissant de la paix et victoire par eux eue et ensuivie : et vous prie que leur escriviez comment je suis leur bon et loyal serviteur, et autres choses que vous semblerez d'escrire. Me recommandant tousjours à vous, à madame vostre femme, et benedictio familiœ vostrœ; et si leur voulez escrire, me pourrez envoyer les vostres , car je les envoyeray seurement, aidant Nostre Seigneur qui vous ait en sa garde. Escript à Paris, le huit septembre mil quatre cens quatre vingts six.

Derechef vous prie que, s'il ne vous plaist d'escrire aux autres , que au moins escriviez à monsieur le prince, car j'ay messager pour envoyer les lettres, si me les envoyez.

Totus v ester Angélus Cato , archiepiscopus et cornes Viennœ

(15 janvier 1492.) Tome II, page 317, note 3.

Lettre d'Antoine de La Capra , alias de Geysberg [Geissberg], chevalier, au roy Charles VIII.

Sire, tant humblement comme faire je puis à vostre bonne grâce je me recommande. En ensuyvant ce que à Pasques derrenier passé je vous ay adverti d'aul-

• Histoire de Charles VIII, 555-55;.

curies graus entreprises faictes par les princes d'Alemagne contre vous et vostre royaulme, et à cause de cest advertissement, vous m'envoyastes ung gentilhomme nommé Robert de West, vostre varlet de chambre , jusques à Lyon ; lequel me trouva à Gebnefve, et sceus vostre lettre de créance, et par luy je vousadvertis des nouvelles adonc courantes; lesquelles je croy que avés trouvées véritables touchant les entreprises'adonc faictes en Bourgongne. Et avec ycelluy vostre gentilhomme sceus plusieurs promesses qu'il me fit de vostre part. Sy luy promis de vous tousjours advertir de toutes choses d'importance mouvantes contre vous et vostre couronne. Aussy, depuis, pareillement promis à vos ambassadeurs, à monseigneur de Montauben et aultres estans derrenierement à Berne, de vous advertir à diligence se quelque chose survenoit qui fut à escripre ; mès il n'est riens survenu d'importance depuis jusques maintenant que, pour tenir et ensuyvre la promesse que jà vous ay fet, je vous advertis que je me suis trouvé, et cela tout pour vray , que depuis que l'empereur et le roy rommains, et tous les princes d'Alemagne avec tout l'empire, ont sceu la prise que vous avez faictes et mis en vostre main la ville de Rennes, et le changement de la Rayne, avec toute la ligne de Souhaube que grant temps ad ce faire avoyet acordé , sont délibérés de vous mener bonne guerre, et de vous assaillir en trois lieux et en trois bendes, et le continuer à tout leur pouhoir et puissance; car ils seèvrent bien qu'il/, n'ont pas afayrr à petit prince que à vous, et n'y a prince, ville ne

362 MÉMOIRES DE COMMYNJ&. [1492]

communauté qu'il ne soit de bon vouloir, excepté le conte palatin, pour lequel a esté ordonné une journée, à Taparicion derreniere passée, en la ville de Austburg, aussy pour donner ordre aa fait de l'armée. Sy tiens pour vray que force luy sera de foire comme les aultres, ou qu'il sera prince de la principaulté de l'élection de l'empire, et ne sera jamès réputé pour prince, mes en danger d'estre destruit. Et toute la nacion d'Alemagne est fort indignée contre vous à cause du changement de la Ray ne. Au regard de messeigneurs des Ligues, ilz ne se trouveront pointa la dessusdicte journée d' Austburg , à cause de mieuhc besoingner avec eulx à part; car le roy rommain se veult transporter personnelement à Constance auprès d'eulx pour besoingner avec euix , et ce à Nostre Dame Chandeleuse prochain venant.

Sire, depuis que j'ay veu celles grans entreprises, considérant que je suis des subgectz de l'empire et de la nacion d'Alemagne, je ne me suis osé fier à homme vivant, ne aux Ligues ne ailleurs ; car en ceste matière me gist, pour vous servir, la vie et tous mes biens, synon à monseigneur de Syon , lequel je scay et ay tousjours trouvé bon et leal serviteur du roy vostre pere et de vostre couronne , devers lequel je suis secrètement venu à Syon, affin de communiquer de toutes les matières avec luy, qui savoit jà par devant une partie de ces entreprises. Sy l'ay prie avec moy de vous advertir de tout, lequel j'ay trouvé de bon vouloir et tousjours vostre bon et leal serviteur; et avons expédié ee présent porteur, son scrsileur, pour vous

advertir de tout. Sy vous prie que le veullés avoir pour recommandé; car il est ung prince pour vous servir; car il n'est point obligé à prince, quelque soit, ne à messeigneurs des Ligues , synon tant qui luy plest.

Sire, je m'en retourne à grant diligence, secrètement, à Constance affin d'estre à lad icte journée de la Chandeleuse , là où je saré tout le tu autem, affin d'avertir monseigneur de Syon pour vous notiffier incontinent le tout; ou, se il m'est possible, je me rendray devers luy personelment; car plus près ne m'oseroye transporter, de présent, de vostre pays, pour double d'estre suspect. Aussy je ne me confie en homme vivant, comme le temps passé, synon audict monseigneur de Syon.

Sire, sy vous plest, despecherés ce présent porteur, serviteur de monseigneur de Syon, a diligence, et Tarez pour recommandé affin qu'il retourne plustot.

Sire, s'il est chose en quoy je vous puisse servir, le moy commandant, je l'acompliray à l'aide de Dieu, qui, Sire, vous ait en sa saincte garde. Escript à Syon, le xve jour de janvier (1491, v. s.).

Vostre très humble et très obéissant serviteur,

Anthonim de La Capra de Geysberg, chevalier1.

• UiHL.Bor., Ms., /;Wv Saint-Germain Har/ajr, n"5n,fol

(31 décembre, 12 et 23 janvier 1494.)

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