‹ Mémoires de Philippe de Commynes Notice sur Philippe de Commynes preuves. Mémoires de Philippe de Commynes preuvesChapitre 31 sur 78 · Tome 11 , page · texte numérisé non relu

Tome 11 , page

L'enlree du Roy nostre sire à Romtne1.

Le Roy fist son entrée à Romme le mecredi , dernier jour de décembre, avec grant puissance de gens d'armes armez, et bien appoinctez, et les capitaines qui les conduisoient honnorablement par ordre, tant à pié que à cheval. Et y entra nostredict seigneur de soir, sans ce que le pape en sceust riens jusques à lendemain; et quant il le sceust, envoya à nostredict seigneur luy requérir donner sauf conduyt au duc de Calabre , ainsi que cy après plus à plain est declairé par les lettres qui s'ensuivent, dateez à Romme le x il" jour de janvier.

S'ensuyt la rescription du Roy à monseigneur uY Bourbon

Or donc, mon frère, de Nappes1 vous escripviz bien au long de mes nouvelles et Testât en quoy, pour l'eure, estoientmes affaires. Depuis, nostre Sa i net Pere le pape a plusieurs foiz envoyé ses ambassadeurs devers

1 Tel est le titre d'une pièce imprimée eu caractères gothiques, et composée de quatre feuillets in-quarto. JNous la reproduisons en entier, sauf les seize dernières lignes, qui comprennent une sorte de table des matières. La lettre du roi a été collatiounée par nous sur ( original existant aux Archives du royaume ( Section judiciaire) , dans le tome IV «les Lettres originales des rois de France . le paragraphe que nous avons place entre crochets manquait à l'imprimé.

* Pfepi, à neuf lieues de Home

moy, et moy, de ma part , ay envoyé devers luy des myens : et tellement ont esté traicteez les choses que, quant il a veu que j'approuchoye avecques partie de mon armée ceste ville de Romme, et que en icelle j'avoye bonne intelligence, il a donné chemin au duc de Calabre et à ses gens, et s'en est allé ledict duc de Ca labre dedans le royaume de Napples : et avant son partement, nostredict Sainct Pere, entre autres choses qu'il demandoit, me feit requeri par plusieurs legatz et cardinaulx bailler seureté et sauf conduit audict duc de Calabre et à ses gens pour plus seurement eulx retirer, de paour de la rencontre de nos gens, laquelle, à sa requeste, luy octroyay liberallemcnt. Et la print et accepta nostre Sainct Pere en la forme dont je vous envoyé le double cy encloz. Aussi nostredict Sainct Pere a mis à plaine délivrance les cardinaulx Àscanyo et de Saint Scverin, et les m'a envoiez au devant, avant mon entrée en ceste dicte ville.

Depuis ces choses , je me suis tousjours approuchié et suis entré en ceste dite ville avec la force de gens d'armes et gens de pié que j'ay voulu; mais, à l'occasion de ce que encores n'y a riens conclud entre nostredict Sainct Pere et moy, touchant ce que je luy ay requis et demandé pour ma seureté, je ne l'ay veu ne parlé a luy, combien que je m'en soye mis en tout devoir et raison : toutesfois je suis tousjours après pour besongner avec luy et y conclurre, et ce fait, je despescheray la poste, par laquelle je vous feray entièrement savoir tout ce que fait y sera.

Mon frère, veu la grant declaracion que nostredict

Sa i net Pere a fait jusque* cy de porter et favoriser mon adversaire en gens, places, argent et autres aydes et praticques qu'il a menées et conduites secrètement à mon desavantaige et préjudice, je suis conseillé surtout envers luy asseurer mon passaige et mon cas; car si je ne le faisoye, vous entendez assez l'inconvénient et mal qui m'en pourrait avenir.

Au demourant, mon frère, j ay receu unes lettres de vous du xv* de décembre, par lesquelles me faictes savoir que avez mandé aux cappitaines estans sur les extremitez du royaume qu'ilz facent retirer les gens d armes, tenir chacun en sa garnison, qui a esté très bien fait; et vous prye, mon frère, y avoir l'œil, et vous en donner garde, ainsi que je suis seur que bien faire savez.

Pareillement a esté très bien advisé de faire mettre sus et tenir pretz les arriéres bans et francs archiers, pour ce, se aiïaire venoit en quelque endroit de mon royaume, que l'en les peust plus promptement recouvrer et s'en servir.

[Mon frère, en escripvant ces présentes, est arrivé la poste et la lettre que vous avez envoyée, et ay receu plusieurs lettres de vous : et quant à ce que par les unes me faictes savoir la bonne dilligence que avez faicte d'envoier les lettres nécessaires pour l'emprunt du clergé, je vous en mereye et vous prye y tenir la main en manière que j'en aye nouvelles le plustost que faire rc pourra. ]

Vous avez bien fait de communiquer au maresclial de Baudricourt touchant les alfaires du pays de Bout-

gongne, et de l avoir renvoyé pour y secourir et donner ordre audict pays.

Mon frère, pour ce que je scay qu'il fault faire des voyages et autres fraiz pour mes affaires, j'escriptz aux generaulx Gaillard et de Normandie pour faire payer tout ce que ordonnerez.

Au surplus, j'ay sceu qu'il a esté fait quelque désobéissance au balliage d'Alencon par les officiers qui y sont, et m'a l'en adverty que ladicte désobéissance est grandement contre mon auctorité. A ceste cause, je vous prye vous enquérir et informer, et, en ce que requerra donner provision, faites le; et ayez bien regard que telles choses n'ayent point de lieu en mon royaume, car vous savez assez les inconveniens et maulx qu'elles peuvent causer en ung pays.

Mon frère, faicles moy souvent savoir de voz nouvelles et ce que surviendra , et je vous manderay des myennes. Et à Dieu, mon frère, qui vous ait en sa saincte garde. Escript à Rom me , le xue de janvier.

Mon frère, j'ay eu nouvelles et lettres de mes gens, que j'ay envoyé devant pour tousjours entrer en pays, que deux contez' estans en mon royaume de Napples se sont reduictes et mises en mon obéissance, et qu'il y a èsdictes contez ung grant nombre de bonnes places, desquelles je pourroye estre servy et secouru en mon affaire et entreprinse.

Et pareillement ay esté adverty que ceulx de La-

' « Le Roi .unit fait deux corps d'armée, <loni l'un devoil entrer «tans le pays rnnrmi par 1rs Al>rii//r*, H l'autre par la terre de La hour >• (Sismondi , \ll . 191

368 MÉMOIRES DE COMMYNES. [ 1494 j

quille* ne désirent que eulx mettre entre mes mains et n'attendent sinon que je leur envoyé des gens pour ce faire : et espère en briefz jours, à l'ayde de Dieu, vous eu mander bonnes nouvelles, et de toutes autres choses. Ainsi signé Charles. Robertet.

Et dessus : A mon frère le duc de Bourbonnoye et d' Auvergne.

S'ensuit la reacription que a faictc monseigneur de Bourbon à roesaeigneurs

de l'ostel de la ville de Paris.

Très chiers et bons amys, il a pieu au Roy me escripre et faire savoir de ses bonnes nouvelles par la poste qui est aujourduy arrivé : et pour ce que je suis asseuré que en desirez fort scavoir, vous eu ay bien voulu advertir, et vous envoyé le double des lettres dudict seigneur, affin que voyez comment, Dieu mercy, ses affaires se portent très bien , dont je suis très jouyéux et croy que si serez vous , et tousjours de ce que je sauray en serez adverty. Et , très chiers et bons amys, Nostre Seigneur vous ait en sa digne garde. Escript à Molins, le xxm' jour de janvier. Ainsi signé Pierre. Robertet.

S'ensuit comme les cardinauk vindrent parler au Roy, luy estant dedens

Homme.

Et depuis deux jours après que le Roy nostre sire entra à Romnie , le cardinal de Vallence vint par devers luy avec plusieurs autres cardinaulx. Et adonc le

' A qui la.

Roy leur dist que pour sa demande il vouloit trois choses. La première, que le pape luy donnast conseil et aide pour conquérir le royaume de Napples. La seconde, que, pour asseurance de ce, il lui donnast ledict cardinal de Vallence en ostage. Et la tierce , qu'il voulloit avoir en possession une forte place nommée le castel Sainct Ange pour se retirer quant bon lui semblèrent. Outre plus, dist qu'il vouloit avoir le Turc lequel, ainsi qu'on dit, se veult faire crestien. Laquelle demande fut faicte au pape. Et pour response dist que à la plus moindre peticion il n'en feroit riens, et que, quant le Roy auroit le castel Sainct Ange, que Pétri ad Vincula voudroit estre le plus fort dedans , et qu'il ne sauroit où se retirer. Et touchant le demourant, qu'il ne demandoit riens au Roy, qu'il fist ce qu'il avoità faire. Et après, le Roy luy donna encores terme de six jours pour penser aux choses dessusdictes.

11 estcheut du chastel Sainct Ange bien xl toises de la muraille, sans y toucher : de quoy les Hommains se esbahissent et dient que c'est Dieu qui les veult pugnir. On fait tous les jours contre guet dedens Ronime, nuyt et jour, pour garder que les ruflians ne facent plus de meurtre, et aussi pour la seurté du Roy ; et tient uostre sire le Roy très bonne justice , et ne veult nullement qu'on pille Romme. Le prevost de lostel du Roy, nommé Turquier, a fait pendre cinq de noz gens en Campe de Flours*, dont il y en avoit deux Mores qui

' Zizim, frère <le Bajazot.

• Campa di Finir . une tles places de Ilomc.

avoient aidé à piller la maison d'ung Rommaîn. Le Roy ne veult pas qu'on pille riens

(4 mai 1494.) Tome II, page 326, note 1.

Instructions aux sieurs d'Urfe , grant escuier, et de Bea union l , conseillers et chambellans du Roy, et à maistre Jehan de La Primauldaje, aussi conseiller dudict seigneur, secrétaire de ses finances et contrerolleur gênerai de Bretaigne, de ce qu'As auront à faire à Jennes , où ledict seigneur les envoyé présentement *.

Premièrement. S'en yront à Jennes pour faire l'armée du Roy pour la mer, et prandront leur adresse, conseil , faveur et avde au moyen du seigneur Ludovic

7 mm y '

pour dresser de toutes choses neccessaires l'appareil et l'eflect de ladicte armée et pour la seureté et conduicte de leurs personnes, et le tout par le conseil et advis du seigneur Ludovic.

Item. Plus, ledict grant escuier mettra sus et armera, au port de Jennes, six carracques 3 et douze gal- Iees de toutes les choses qui sont neccessaires pour la guerre, les advitai liera et artillera comme il appartient, y mettra cappitaines, patrons et maistres de

• ItiBi.. ro^. Ms., portefeuille de FonUnieu, 1 49.

1 Cette pièce est ici mal classée. Elle devrait être placée avant le numéro XW1X.

' « Carccpies genne\oises (génoises) sont les plus grands navires et du plus grand poi l , et sont faictes pour 1rs marchandises et à mit; besoin g porter grand nombre dr gens et autres choses. » i'Jai , />« inc'd *ur f //*'»/. </<• fa marine, p, 4' )

navires et contre maistres, et tous autres officiers que en tel cas appartient et qu'il verra estre affaire, et mesmcment ceulx qui luy ont esté nommez.

Et s'il advient que ledict grant escuier fust adverti que aucuns ennemys entreprinssent de venir courir sus à ladicte armée, ledict grantescuier lèvera et pourra lever tel nombre de gens de guerre et en armes qu'il verra estre affaire, et iceulx mettre dedens lesdictes carracques et ga liées pour la résistance desdictes entreprises et deffences de ladicte armée : et les souldoyera et fera paier, par lesmainsdudicttresorierPrimauldaye,àtelle soulde qu'il verra estre pour le mieulx, et par l'advis et conseil des patrons et cappitaines commis avecques luy.

Item. Semblablement requerra et sollicitera le seigneur Ludovic de mettre sus les quatre carracques et douze gallees qu'il a promises au Roy armer, advitailler et souldoyer à ses despens, pour estre tout en ung temps et ung jour prestes comme ceulx dudict seigneur : et se prendra garde à ce que la diligence se face d'une part comme de l'autre pour estre preste à recevoir la bataille pour la deifence de ladicte armée, si les ennemys l'entreprenoient.

Et auquel cas que, durant le temps que ledict grant escuier sera au port de Jeunes faisant ladicte armée , il advenoit que les ennemys du Roy entreprinssentde courir sus a lad ictearmee, ledict grant escuier se mettra luy mesmes en mer avec toute la puissance qu'il porta finer pour résister et recevoir la bataille, se mestier fait.

Et si ledict grant escuier congnoissoit qu'il ne fusl assez fort des gens de guerre qu'il lèvera en rive de

Jennes, il porra mander à diligence de ceulx des ordonnances du Roy et autres , tant Souysses gens de pié que à cheval , qui sont à la soulde dudict seigneur en Piémont, en tel nombre qu'il verra estre affaire pour résister ausdictes entreprises, et en si bonne forme que la puissance et auctorité en demeure au Roy. Et pour ce faire luy ont esté baillées lettres aux cappitaines pour luy obéir.

Item. Plus, pour estre pourveu à temps et obvier aux inconveniens qui en porroient avenir, fera provision de la quantité de victuailles qu'il verra estre affaire pour pourveoir promptement lesdicts navires et gallees, et pour le temps et nombre de gens qu'il verra estre neccessaire pour ladicte résistance. Et le tout par le conseil et advis desdicts trésoriers et patrons commis avecques luy.

Hem. Plus, requerra le seigneur Ludovic ou ses commis de luy bailler les dessus dicts souldoyers, gens feables et seurs , et de lieu non infectz de mortalité.

Et après avoir bien pourvu et mis bon ordre au fait de ladicte armée pour obvier à l'inconvénient que dessus est dit, ledict grant escuier donnera ordre au surplus du parfait de ladicte grant armée, et sollicitera et fera solliciter et visiter les autres ports de mer tirans de Jennes en Prouvence, èsquelz lieux ladicte armée de navires et de gallees se fait. Et saura si les patrons desdictes gallees, et maistres des navires, auront sur les lieux les choses à eulx neccessa ires pour armiger lesdictes gallees et navires tant de victuailles que de mariniers et cheurmes de gai 1er es. Et ès lieux où il se

trouverait faulte d'aucune des choses à eulx nécessaires, il y donnera l'ordre et provision qui luy sera possible audict lieu de Jennes.

Item, Veult et entend ledict seigneur que ledict grantescuier advertisse et à ce contraigne tous les cappitaines et patrons de ladicte armée de mer de rendre leurs navires et gallees dedens le dernier jour de juing au port de Gennes, auquel lieu le Roy entendetveultque sa dicte armée soit assemblée audict jour pour recevoir et enbarquer les gens de guerre qui seront rais sus.

Et auquel cas que la mortalité cessast en Pi ouvenccs, et que à Nice n'en eust point, ledict grant escuier pourra adviser les lieux plus propices pour enbarquer gens et chevaulx , et èsdicts lieux leur donner jour pour recevoir lesdicts gens de guerre, et aprrs eulx rendre à rassemblée audict port de Jennes.

Item. Se pourvoyera de gallions 1 et de sagistres* et autres fustes qu'il pourra congnoistre, que l'on puisse

• 11 en était des galions comme des caraques, des nefs, des galéaces, galères, etc. Si tous se ressemblaient quant à la construction et les parties principales de l'armement, lous n'avaient pas la même dimension , tous n'étaient pas du même tonnage. Voici ce que Pantero-Pantera (p. £t, armata navale) dit des galions : a 1 galeoni sono " cosi chiamati per la forma loro, como quelli clie Chien qu'ils soient " rangés parmi les nefs) s'assimigliano et hanno lorma di galee, che « sono più longhe dellc navi. (x)uesti hanno la poppa alla lastardella , » et sono stessi o continuati , et cl t rit 1 1 dalla poppa alla prore : cami- '< nano assai più dellc navi in ogni tempo, tanto eol venlo del fianco - chiamato delPoste, corne in poppa. Usano le vêle conie le navi « maggion. 1 più piccioli hanno ordinariamente due ropcrte, et i • maggiori lie » (Ju , Ihn inc'tl. sur l Hist. de la manne , p. -7

1 Sagittaires, saeties. \ <»\ . ./,,/* tome F. p ;fii , lu., >h '

acoustrer pour porter chevaulx jusques au nombre de troys [ou quatre] mille. Et les logera et assemblera comme dessus est dit au lieu plus aisé pour recevoir les chevaulx.

Item. Fera faire des pontons le nombre qu'il verra estre neccessaire pour tirer l'artillerye.

Et de toutes les choses dessusdictes à toute diligence advertira le Roy, et après avoir donné ordre et mis en estât la dessusdicte armée, ledict grant escuier en baillera la charge, conduyte et administration, et par instruction, à monseigneur d'Orléans.

Et ce fait, s'en retournera à toute diligence devers le Roy, quelque part qu'il soit.

Item. Ledict grant escuier envoyera dehors quelques brigandins 1 ou autres fustes qu'il advisera pour savoir des nouvelles.

Item. Fera provision de lars et autres chars sallees, et semblablement de fromageries, en Sardaigne, et aussi de poix et riz.

Item. Fera faire les remmes des quatre gallees de Marceille, et toutes autres choses que verra estre neccessa ires pour l'appareil desdictes gallees et autres navires, de quelque condition qu'ilz soient, pour le parfait de ladicte armée de mer.

Item. Fera préparer la galeace et une gallee pour la personne du Roy, se besoing est. Faità Lyon, le uiic jour

' Brigandins ou brigantins étaient de la famille des galères, mais beaucoup plus petits, n'avant qu'un mât et ne bordant que seize rames au plus de chaque l>ord. Leurs rames étaient longues et légères. (Jai , D<h . inetl. sur l fiist, de lu marine, p. 78. 1

demay, Tan mil ccocim" et quatorze. Charles. Ro-

BERTET*.

( 17 janvier 1 49.». )

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