‹ Mémoires de Philippe de Commynes Notice sur Philippe de Commynes preuves. Mémoires de Philippe de Commynes preuvesChapitre 37 sur 78 · AU ROY · texte numérisé non relu

AU ROY

Sire, je vous ay escript deux fois de reuc par Boulongne, pour ce quej'ay perdu la praticque de m'ayder des courriers de ceste seigneurie. Par la derreniere faisois meueioj des gens que ceulx cy et le duc de Millau dévoient euvoyer à Rome, lesquelz commencèrent hyer à payer et à faire partir les chiefzdes gens de pié et d'aucuns chevaulx legiers : et pour ce qu'ilz n'ont point leur nombre entier à beaucop près, ilz s'en vont a dilligenceà Rome les faire là. Et ont envoyé ceulx cy cinquante mille ducalz comptens; je ne scay si Millau en paye sa part, et les ont voulu faire payer par changes; mais ilz n'ont trouvé nul qui en ait voulu prendre la charge. Au xxe de ce moys doivent estre à Rome ceulx qui ont esté ordonnez par eulx pour la seureté du Pape, et envoyent des gens d'armes en bon nombre à Ravenne.

Le roy des Romains reçoit argent aussy iey, mais je ne scay la somme; mais je scay bien qu'il en îeceuvra largement, tant à cau.se de reste ligue <jue de son ma-

riaige', mais je suis bien certain qu'il en reçoit icy, et en quelles mains il tombe , et luy envoyé ung marchant alemant beaucop drap d'or et drap de soye pour estre à Pasques h Disebourg5; mais ilz persévèrent icy de dire qu'il sera à Trente audict jour : et croy, Sire , pour certain, qu'il sera brief après en Italie3, et en grant compagnie, et que l'inlencion des aucuns est qu'il yra le plus près de vous qu'il pourrast; et scay bien que ung ambassadeur a aujourd'uy »lit que l'argent leur fauldra, ou qu'on verra qui aura du meilleur de vous deux. Vous avez tous deux des gens de biens, l'assemblée en seroit bien périlleuse : et vous parle voulentiers clerement de cecy, aflin que vous deslibercz bien tout ce que vous avez alï'aire avant le besoing, et que vous ne mettiez point sa venue en doubtc; et si l'acord se povoit trouver, vous feriez bonne euvre.

Le mede; in qui me pence, qui est de Flandres, monsieur de Citaiu le congnoist bien. Il est aussy saige homme de son estât qu'il en y a point en Italie; il a pensé ung de ses Alemans icy, et m'a dit , à cest après disner, qu'ils luy ont dit que si vous ne touchiez à riens de l'Empire, ny ne reteniez de celuy de l'Eglise, que

1 II avait . m 1 Jp', , épousé LUaiicho-Marie, fille de (1 aléas-Marie, «lue de Milan. « l a renomme r couroit en court que le josne dur de Milan, son IVere, et son onrle, avoient doté ladicte lUvne de sept cens mille ducat* comptans, et pour les jovaulx quatre crus nulle, et les paï ens de deux cens mille. » (MoLINET, IV, 4 1 0-4 1 i .)

1 Duisbtirg ?

1 le 8 octobre i {»,<>, i»Iaxiimlitii<èloh a (nues, d<m il sVinbarquoil pour se tendre à la Spem (Siswixul, XII, 4-iS.)

vous n'aurez point de débat ensemble. Je luy ay dit que vous ne pensastes oncques usurper ne sur l'un ne sur l'autre; mais que par force ne vous feroit l'on rieus faire. Je le dy pour ce que je croy qu'il vous sera parlé de toutes ses restitucions. 11 m'a dit aussy qu'il avoit entendu que le duc de Millan envoyoit gens à Pise; ung autre m'a dit que messire Gualeace ou Fracasse vont au devant du roy des Romains , car ne doubtez point que de ce costé il sera faicte la dilligence telle comme à vous, sire, pour l'avancer (sic).

A ceste propre heure est venu devers moy le secrétaire principal de ceste seigneurie; car se sont leurs messaiges, et est présent à toutes choses, et est celuy qui a hanté en France, dont j'ay parlé par autres lettres, et est bien saige homme : et depuis qu'ilz me signifièrent ceste ligue, ne suis bougé de mon logeis pour la Qevre qui m'estoit prinse ung jour devant, laquelle j'ay encorcs, par quoy ilz n'avoient riens sceu de mes nouvelles, ny moy des leurs : et m'a dit qu'il me venoit visiter de par le duc, et m'a offert médecins et autres choses nécessaires; et après avoir parlé de ce propos une pièce, s'est voulu départir. Quant il a veu que je ne luy disoye riens, il est entré à me dire qu'il se esbaissoit comme, l'autre jour, jem'estoyetantmescontenté, et que oncques ceste seigneurie n'entendit riens faire contre vous, ny empescher à la possession du royaume qu'ilz vous onl laissé prendre à vostre aise; mais que, par sa 1b y , il/, ont eu paour et d'autres aussy. .le luy ay dit que le due <ic Millan faignoit d'avoir reste paour pour la leur faire plus grande, allin de les

fourrer en ce hrouilliz, qui sera plus grant qu'ils ne l'ont entendu et plus long. H a dit que, sans nulle doubte, que en nulle chosedu monde ilz ne vous feront empeschement,saufquede leur pouvoir ilzvouldroient sauver ce qui est d'Italie de vos mains, excepté le royaume, et que vous po iives bien considérer, aux poursuites qu'ils ont eues, qu'ilz vous pourroient bien faire pis s'ilz vouloient; mais qu'ilz n'entendent avoir riens mué de ce qu'ils vous ont promis dès le commencement.

Ils ont envoyé un grip à leur cappitaine gênerai1, qui est en Courfou, mander qu'il assemble là leurs galees soulilles, qu'ilz ont dehors, qui sont environ trente. Ce lieu est près de Fouille, et le dy pour s'en prendre garde pour ce que je diray après. Hz en ont encores quinze qu'ils veullent faire partir, qui ne sont encores achevées, commauceans toutes et y besoiguent en une merveilleuse dilligence , et, comme il en y a une preste, ilz mettent ung cappitaine dessus et autres ofliciers Veniciens, et les envoyent icy près, en Esclavonyeet en Dalmatye, pour prendre le reste des gens; et fais mon compte que dedans huit jours elles seront toutes parties. 11 y a trois naves qu'ilz foui neufves, dont il en y a une fort grosse; le bailly de Herry l'a veue : ceulx là yront aussy; mais je fais mon compte qu'elles ne sauraient parlir de troys sepmaincs : et auront quarente cinq gualecs et quelques sept naves en tout; mais ils en peuvent bien finer là , plus largement

1 Antonio (fimi.tm. Sismom»j, Ml, >HiJ

s'ilz veulent : et de tout temps ilz font là leur assemblée, pour ce que c'est là saillie de leur gouffre.

Aucuns marchans de Pouille qui sont de Trane1, qui sont en ceste ville, à qui il a esté prins de leurs biens pour ce que Ton disoit qu'ilz estoient absens, sont allez au duc, ennuyt', pour luy demander lettres de recommandacion, car ilz vouloient aller vers vostre vice roys en Pouille. Hz n'ont peu parler à luy; mais il est sailly ting secrétaire à qui ilz ont dit leurs cas, lequel sur le champ a respondu qu'ilz eussent patience trois ou quatre jours, et qu'ilz pourroient bien veoir quelque autre chose qui leur plairoit. Et en ceste propre substance a ennuyt parlé l'ambassadeur du roy Alphons à ung petit vieillot qui est icy, dontautresfois ay escript à monsieur le seneschal; et cela, Sire, est la cause pourquoy j'envoye ceste lettre par homme exprès, vous suppliant, Sire, me mander qu'il vous plaira que je deviengne avant que le temps empire: et aussy à grant peine me soulfriroient icy ; car depuis l'onziesme du mois passé ne receu lettres de vous, et n'oubliez pas mon huille (sic) quej'ay demandée, ou autre chose pour me tirer d'icy, si c'est vostre plaisir.

Je ne scay, Sire, s'il y a plus riens en Pouille qui tienne, car on parle d'Otrantc et du chasleau de Brandis; les gualeaees qui doivent apporter leurs Stradiotz seront brief avecques leur eappitaine gênerai de leur retour, et m'a l'en dit qu'ilz les feront descharger en

1 Tranî.

* h'fi luty, aujourd'hui.

* Gabriel d'AIIii'ct, baron <h I'Emuitc.

la terre de l'Eglise. La perle de leurs deux gualences de Flandres et de la nave gardent bcaucop de gens (Tertre en eeste ville : il y avoit quarante gentilshommes dessus.

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