‹ Mémoires de Philippe de Commynes Notice sur Philippe de Commynes preuves. Mémoires de Philippe de Commynes preuvesChapitre 38 sur 78 · AU ROY · texte numérisé non relu

AU ROY

Sire, je vous ay cscrit puis deux jours et deux fois paravant, depuis ceste ligue, par le chemin de Boulongne. Ces gens icy ont eu paour que vous ne vinssiez droict à Rome dès que vous seau riez ces nouvelles, qui est la cause pourquoy ils ont pense y pourveoir : et pour vous empeseher de n'entreprendre, ils font tirer toutes leurs galères en une petite isle plus près de Pouiile que n'est Corfou , et me semble qu'il n'y doit avoir que soixante milles: et y pourront estre assembles d'icyà trois sepmaincs, et font leur compte que, si vous entreprenez riens, qu'ils mettront gens en Fouille, et eela sur quoy ils fondoient ce reconfort qu'ilz donoieut à ces marcha n s de Touille, dont j'ay fait mention par mes autres lellres. De quatre galères qu'ilz arment en ceste ville, les trois sont parties ceste nuict et leur Provediteur, qui est le frère de messire Gemme George. Ils ont eu lettres certaines, et j'en ay veu, de la perdition de deux gualences de Flandres et une nave, sans s'en estre eschapé ungseul homme <le huict cens.

Au soir arriva ung courrier de marchans, party le 25 de l'autre mois de Bruges. Lng marchant de Flandres et ung Florentin m'ont monstre lettres faisans

mention de l'allée de celuy qui se dit le duc d'Yorc' en Angleterre, s'il peut, et qu'il en faisoit les apprests. Il est passé par Wormes il n'y a que six jours, et dit que le roy des Romains y estoit, et qu'il amassoitforce gens pour venir en Italie, et que par tout son chemin en venant n'a ouy parler d'autre chose : et à Disebourg ont fait monstre, en environ, vic hommes à cheval des environs dudict lieu. Le nombre de ses gens se fait bien graut par les Alemans d'icy, je le crois advancé maintenant; mais sa venue, je ne la mets en nulle doubte, s'il ne luy survient autre chose.

Ceste Serenissime a fait grans ambassadeurs messire Zacharis Sartoyn , qui fut en France, et celuy que vous visles en Ast avecques le duc de Millan , messire Francesco C appel, qui aussy fut eu France, et ung autre en Espagne; ilz passeront par Languedoc. On leur peut dire qu'ilz retournent qui voudra , sans autre rudesse , et vont pour se tenir ferme une pièce. Ils en adjoustent encore ung à celuy qu'il/ont à Milian, et ung à Rome, qui fait par tous les lieux de la ligue deux. L'ambassadeur d'Espagne* m'a envoyé vcoir, qui est encore malade aussy bien que moy, disant qu'il avoit lettres d'Espagne, et que leur apprest estoit fort graut , mais qu'il n'esloit nouvelle qu'ilz bougeassent ; et conseille comme desja vous ay dit, Sire, par deux fois.

Ung secrétaire que le duc d'Urbain a en ceste ville me vint hier venir, et estoit venu pour accorder son

' Porkiu WncrUtxk.

■ Lorcuzo Suarez «!<• \lotnloçn \ Fi^iioroa. fSisMoxiii, XII,

maistre à cette seigneurie, et m'advertissoit qu'ilz ne vouloient faire nulles despenses nouvelles si vous ne vouliez faire autre chose, et s'offre , si vous le voulez , pour le party qu'il cstoit avec le roy Ferrand. Vous scavez quels gens il a en sa situacion, mais si vous avez le sieur de Pcstre (sic) et luy, et Florentins vos amys,vous tiendriez une barrière au travers de l'Italie et d'une mer à l'autre. Et me deplaist, Sire, de si longuement avoir escoulé cette liberté de Pise, car à tous ceux qui viennent au contraire en ceste Italie, a esté matière de doubte, et semblera advis aux Florentins, à ceste heure, que la ligue leur portera ayde. 11 leur fut hier, icy, olï'ert d'y entrer s'ilz vouloient : ilz disent que ce fut avecques offre de leur rendre leurs places , mais je n'en suis pas certain.

Les menasses aperessent chascune heure, et ne dit nul de cette ville pis, sinon qu'ilz ne vous veuillent point nuyre au fait du royaume, mais vous ayder à retourner seurement chez ces gens de Millau. Je parle ung petit gros, mais ce sont eux qui ont la plus grant paour : pour cent hommes cjui viendront en Piémont, on dira icy cinq cens.

On fait grant apprest, Sire, en teste ville pour dimenche : et sera notice cette ligue 1 en présence du duc et de tous les ambassadeurs qui en sont , relournans

• Elle fut conclue le mardi, ôi mats i »f)j f\. s.). « l.e peuple lie Venise célébra cette ligue, le lendemain «les.» signature, |»ar des réjouissances infinies 1rs fêtes recommencèrent encore le i > avril, «li manche «les Hameaux, jour où elle lut publiée en même temps dans tous les Étals e..nle«l( i< >■ :' Ssmovd» , XII, ;;<•. >;7>

d'une procession, lesquels tiendront chascuns ung palme1 en la main, et aussy à Millan et aux autres lieux de cette ligue, selon le commandement de ce bon pape.

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