‹ Mémoires de Philippe de Commynes Notice sur Philippe de Commynes preuves. Mémoires de Philippe de Commynes preuvesChapitre 4 sur 78 · Tome I , page 6 , note · texte numérisé non relu

Tome I , page 6 , note

Réception des ambassadeurs de Louis XI dans Amiens. Lettre du Rni et discours du cbancelïer.

Aujourd'hui joeudi , XVe jour de novembre mil cocc lxiiii, arrivèrent en la ville d'Amiens monseigneur le conte d'Eu , monseigneur le chancellier de France, monseigneur l'arcevesque de Nerbonne, monseigneur de Rambures, ambassadeurs du Roy nostre sire, et firent commandement à messieurs maieur et eschevins qu'ilz feissent assembler de bonnes gens de ladicte ville en grant nombre, en la halle d'icelle, pour oyr ce que mesdicts seigneurs les ambassadeurs leur volroient dire et exposer de par le Roy. Et, en obeyssant à leur bon plaisir, mesdicts seigneurs maieur et eschevins firent assambler ledict jour aprez diné, au son de la cloque, les bonnes gens de la dicte ville en grant nombre : et eulx illee venus, messieurs les ambassadeurs présentèrent les lettres du Roy à mesdicts seigneurs maieur et eschevins, dont la teneur s'ensieut :

k A nos ehiers et bien aine/ les maire et eschevins de nostre lionne ville et cité* d' Amiens. De par le Roy.

«Chers et bien unie/., nous envoyons nostre très

cher et araé cousin le conte d'Eu, noslre amé et féal chancellier, et noz amez et feaulx conseillers, l'archevesque de Nerbonne, nostre cousin le sire de Rambures et aultres pardevers nostre très cher et amé oncle le duc de Bourgongne , et leur avons chargié vous dire aulcunes choses touchant la matière pour laquelle les avons envoyez devers nostredict oncle. Si les voeulliez croire de ce qu'ilz vous en diront de par nous, et y adjoustez foy et credenee comme à nous mes m es. Donné à Rouen, le xxixcjour d'octobre. Ainsy signées : Loys et Rolant. »

Aprez lesquelles lettres leues en ladicte halle, en la présence du peuple y assemblé , mondict seigneur le chancellier a dit et proposé :

« Que quant les personnes partovent de ce monde, ilz n'emportoient aultre chose que leur bonne renommée aprez leur mort, et que c'estoit le principal fait à quoy toute bonne personne contendoit et debvoit contendre que à bonne renommée ; meismes aulcuns des paiens du temps passé, qui vivoient naturellement et ne sentoyent leurs ames estre perpétuelles, amoient mieulx eulx tuer et ochire que de cheoir es mains des infammes, et que par ce ilz fussent vaincus, parquoy leur renommée fusl nulle et admirée; et pareillement Lucresse, la noble dame romaine, avoit mieulx amé à soy ochire et tuer que à morir à honte en son peschié : et tant d'au I très vaillans hommes et femmes a voient commis et pourchassé bonne renommée que on nen sauroit «lire le

208 MÉMOIRES DE COMMYN F.S. [ 1464 j

nombre. Or, estoit ainsy que la bonne renommée du Roy, nostre souverain et naturel seigneur, s'espandoit partout : estoit doulx , begntn et misericors, qui amoit son peuple comme soy meismes, car son noble royaulrae estoit ung corps mistique dont il est le chief et les princes de son sang et son peuple estoyent les membres; et ainsy, quant le chief et ses membres estoient unis, le corps estoit en bonne disposition et sancté. » Et aprez plusieurs remontrances que feist mondict seigneur le chancellier, en aleguant les loix et droitz civilz en la sainte escripture en plusieurs points, et que vérité ne poeut estre muchiec, quia veritas de terra orta est , il commencha par dire qu'il estoit venu à la noticie et congnoissance du Roy que le duc de Bretaigne avoit voulu prendre allyance avec le roy Edouart d'Angleterre : et, pour i celles al lyances former et parfaire, avoit envoyé le Vif , son chancellier, de Rretaigne oudict pays d'Angleterre, en l'abitd'ung jacobin, descongnen de son estât et de son nom, car on le nomme maistre Jehan de Roville, et est natif de Normendie (et il se faisoit nommer frère Jehan Puynour) : et en cest estât s'en estoit aie audict pays d'Angleterre. Et pour ce que le Roy avoit entendu qu'il debvroit retourner de son >oyagc par les pays de Hollande et de Zellamle, où estoit monsieur de Charolois, le Roy avoit esté conseillé d'envoyer le bistard de Reubempré à tout v ou vi hommes, aveuc les marinniers en ung bateau, pour prendre ledict chance! lier et le amener au Roy pour savoir de son estât et de ladicte allyance, sans ce que le Roy eust parlé en ;iul-

cune manière audict bastard , raais ses conseillers le a voient envoyé, lequel bastard y estoit allé et lui avoit esté délivré seulement vi" escus : et quant il esloit venu par delà, et qu'il demandoit et enqueroit comment monsieur de Charolois se portoit, où il alloit souvent jouer et esbattre, se il alloit point sur la mer et quant il y alloit, s'il menoit grant compaignye avec lui, et pluseurs aultres choses, ce esloit venu à la congnoissance de monsieur de Charolois, pourquoy il l'avoit fait prendre prisonnier et le mettre en prison fermée, où il esloit ancoires. Mais pour ce que le Roy avoit esté aucunement adverty que pluseurs, eu son royaulme, murmuroient que, se ledict bastard de Reuberapré estoit allé oudict pays, cestoit pour prendre mondict seigneur de Charolois et l'amener devers le Roy, duquel cas le Roy ne aultres de son conseil n'avoient oncques parlé ne fait parler en quelque manière, car le Roy congnoissoit bien les gratis biens et plaisirs que monseigneur de Bourgongnc lui avoit fait quant il estoit dolphin, et avoit ce emprimé et empraint en son cueur comme en marbre et un l oubl irait jamais, et par ainsy, pour quelque chose qu'il lui pcust avenir, il ne volroit faire, dire ne penser contre lui ne contre monsieur de Charolois, son lilz, aulcune chose préjudiciable contre eulx , ne aulcun d'eulx nuyre en quelque manière, et n'en avoit oncques commis, chargié ne fait chargier, ne parlé ne fait parler audict bastard de Reubempré ne aultres , et pour ce que pluseurs sont de mal dire, le Roy fa i soit dire ces choses par messieurs les ambassadeurs, en m. 14

exortant tous ses subgiez que de ce ou se tesist d'eu parler, et que jamais on n'en parlast ung seul mot. Et que s'il venoit à la congnoissance du Roy ne de ses gens que aulcuns en murmurassent ou parlassent, comme on fait souvent en tavernes, cabaretz et lieux publiques, le Roy vouloit que ceulx qui en parleroient fussent prins prisonniers et pugnis comme eu tel cas appartenoit : et de ce mondict seigneur le chancellier, comme chief de la justice souverainement de ce royaulme, chargea les gens et officiers du Roy nostredict seigneur, et messieurs maieur et eschevîns. Et il lui fut respondu que mesdicts seigneurs et les gens du Roy vouloient tousjours obéir et servir le Roy comme leur souverain et naturel seigneur, et en feroient tellement, s'ilz en trouvoient aulcuns coupables, que le Roy, nostredict seigneur, et son noble conseil en debveroit estre contens. Et à tant se d&partirent de ladicte halle mesdicts seigneurs les ambassadeurs. Du xv' jour de novembre, l'an mil cccc

Page 1