Tome I , page 6, noie
Coppic des lettres de messirc Robert Neville1, secrétaire, qu'il escripvy après son partement de Rouen de devers le Roy, eu octobre, touchant plusieurs et diverses matières très subtilement comprinses ès dites lettres.
Mon très honnouré seigneur, monsieur le lieutenant, je me recommande a vostre bonne grâce. J'ay esté à Rouen devers le roy Loys'et luy ay présenté les lettres, et m'a fait très grant chiere , et ayme cordialement monseigneur. Je vous diray le tout quant seray de par de la. Je luy ay demandé congié, trois ou quatre foiz , pour m'en venir devers monseigneur de Boutgoingne; car je y vouloie estre avant l'ambassade, qui est le chancellier de France, le comte d'Eu, l'arccvesquedeNarbonne, frère de messire Pierre de Breszé, et autres seigneurs de parlement de Paris, et y ont eu audience incontinent qu'ilz sont venuz, pourquoy n'ay peu rien faire encores touchant mon fait. Le chancellier s'en retourne sans responce; mais, quelque soit , ilz ont très bien parlé à monseigneur de Bourgoingne et à tout son conseil. Le bas tard de Robempré n'a pas esté oublié : les Bourguignons amassent mieulx ne l'avoir point prins. Monseigneur de Charolloys a voulu parler; mais le chancellier de Frar. ce luy a dit qu'il n'a voit
' Dugdalc ne fait pas mention de ce cousin du comte de Wanvick. 1 <* Or estoit il le mois de septembre 'i4^4)> et le Roy estoit encore à Matinyde lez Rouen, w (Cbastem.au, 5r>2 )
nulle charge d'en parler à luy. Monseigneur de Bourgoingne envoie une grosse ambassade devers le roy Loys, qui est son nepveu de Ravestain (et est de Vaste] de devez), ung de ceulx de Crouy, le seigneur de Lannoy,.... 1 ou l'cvesque de Tournay et autres. Et croyez , monsieur le lieutenant , que de cest costé n'y puet avoir que paix ; car le pere est le filz, et le filz est le pere. Je presentay mes lettres à monseigneur de Bourgoingne du Roy, mon souverain seigneur, et de monseigneur; et m'a parle bien peu monseigneur de Bourgoingne du Roy, mais de monseigneur mon maistre largement, en médisant à quoy il a tenu que mou beau cousin de Warvy n'est venu par de cà ainsi comme il avoit promis* : et pour ce que je m'estoie fait fort qu'il ne fauldroit point, je suis en mal du Roy, mon souverain seigneur, et Lannoy et Crouy ; mais il n'y a que demie paix à faire , et sera faicte en bref. Mais se mon beau cousin feust venu, je eusse mis paine de faire paix ou trêves, a l'onneur et prouflit des deux Roys et de leurs royaulmes, et de nos païs de par de cà ; car l'un ne puet avoir mal que l'autre n'en ait sa part :
' Cette lacune, d'un mol ou deux, existe dans le manuscrit.
« Les ambassadeurs anglais, « Jehan Vanneloc et le capitaine de Guines, » vinrent à Ilesdin, trouver le roi et le duc de Bourgogne. Après avoir présente leurs lettres de créance, « qui n'estoient pas grant chose, car n'avoient charge ne pooir de rien conclure. » ils obtinrent qu'on prolongerait * cette journée de conveneion promise, jusques au premier octobre { \ ), auquel certainement ne faudrait pas (le roi d'Angleterre) d'y envoyer son ambassade notable, si comme Pavoit promis , et esperoit on que le conte de Warwic Y veuroit en personne .... Ce que point ne lit. >■ { Cn,\si kli.ais. 5n-5ii .)
et sur cela me dist que m'en allasse, et que dedens deux ou trois jours seroie délivré. Toulesfoiz je ne luy ay pas encores dit ma créance. Je suis délibéré de no parler point à monseigneur de Charolloys; car il est en la grâce de son pere tout et oultre. Touchant le vichancellier de Brelaigne1, il s'en fault assez de ce qu'il a dit en Angleterre. J'ay tout veu et sceu à Rouen le contraire de cela qu'il a dit. Le duc de Bretaignea envoié ung chevalier bien privé de sa maison , devers le roy Loys, luy olFrir le service du duc de Bretaigne et corps et biens et tout ce qu'il a , en excusant le duc de quoy il l'a envoié en Angleterre, et que ce n'est pas pour amour qu'il a aux Anglois; car il ne les amoit ny ne les ama oneques, ny n'amera jamais, se n'est par force : et cela qu'il a fait, c'est à l'occasion d'unes lettres que le roy Loys avoit envoiee au Roy d'Angleterre et à monsieur de Warvy , par lesquelles lettres contenu que, quant le Roy d'Angleterre et monsieur de Warvy vouldroient, ilz destruiroient le duc de Bretaigne de corps et de biens , et luy feroient bien reparer les trêves qu'il avoit rompues, et autres choses qui seroient longues à raconter. Bref, le chevalier a si bien parlé au roy Loys, qu'il s'en relourne en Bretaigne très content : et s'en va après luy le frère* de l'amiral , qui est ung des grans seigneurs de Bretaigne. Et, selon ce que j'entens , fera le due ce que le roy Loys vouldra, et est force que ainsi le face; car tous les
* Jean de Rouville. Voy. tome 1, ai, noti 5
* Artus «le Montauhan. ( Anselme, IV, 8n.)
nobles de son pais sont conlre iuy, et y a jà mil hommes d'armes de l'ordonnance de France à l'entour des marches de Bretagne, et est le mareschal de France et messire Pierre de Breszé , lequel a dit au roy Loys que, quant il vouldra, il luy amènera le duc par le poing. S'il le fait, je ne seay , mais il s'en Tente : quelque soit, par delà on le tient ung gentil chevalier, et est fort amé et craint de Normandie. Les plus grans de Bretaigne sont avecques le roy Loys, le seigneur de Laval o son filz aisné, le conte de Panthievre, le seigneur de Rez et la pluspart des nobles. Touchant l'entreprise de Bordeaulx, il en est fait; car deux o les trois principaulx sont mors, et plus de dix mille autres. Tous les seigneurs de France sont avecques le roy Loys : le duc île Bourbon est en ceste ville de Lisle1 et s'en part pour s'en aller devers son roy, et a bien parlé pour son roy à monseigneur de Bourgoingne et à monseigneur de Charolloys; madame sa mere est meilleure pour nous qu'il n'est, beaucoup. Le duc de Berry, le duc d'Orléans, le duc de Nemours, le filz de Alencon , le conte de Nevers , quinze ou seize que dues que contes sont avecques le Roy. Touchant le conte d'Armignac, quelque chose que dit le vichancellier, il est mieulx en la grâce du Roy qu'il ne fut oncques, et veult avoir la charge de venir faire guerre en Bretaigne. Le conte de Comminge, mareschal de France, qui est son oncle et est gou-
' H arriva dans cette ville le 1 4 octobre 1464. Voy. tome I, i5, note 1.
verneur de Guienne, qui est ung très gentil chevalier otant que j'en ay point veu ou royaulme de France et de quoy ung c ha se un dit plus de bien, gouverne le Roy paisiblement; et n'y oseroit le conte d'Armignac faire rien sans son congié, pas pisser. Et pareillement le duc de Nemours, qui est conte de la Marche, qui est ung gracieulx seigneur et doulz, est frère puisné d'Armignac et mignon du roy Loys; et pareillement le conte d'Armignac nf oseroit rien faire que cela que ces deulx voudroient, ne il n'y a nulle alliance entre le duc de Brelaigne et luy. J'ay parlé à aucuns de Guienne, qui m'en ont bien dit largement. Je ne vous en dy plus, mais les trêves nous seront bonnes. Je rescrips à monseigneur : envoies les lettres incontinent. Touchant raaistre Pierre Puissant l, je l'ay laissé à Monstereul en garde au cappitaine , pour ce que nous le trouvasmes variable : et me dist Alexandre que, si nous le menyons avecques nous, pour ce qu'il varioit, que nous n'aurions point bonne chiere du roy Loys, et pour son conseil je le laissa y ; car c'est un mauvais ribault, et a tout nyé sa première confession. Et, avant que parlasse au roy Loys, ny à paine n estoie dessendu qu'il Tenvoia quérir par le mareschal de ses logeis*, qui est le plus diligent et le plus vif esprit et le plus fin de son royaulme. Il fut allé et venu en deux jours et demy de Rouen à Monstereul ; c'est le chastiefol du Roy. Quant quelqu'un fait aucune chose
* Pierre Puissant était , en 1481, secrétaire <le Maximilien cTAntrtche. ( LESGLIT. IV, partie i, Mj.)
* Tristan l'Un mite, prévôt (1rs maréchaux «le l'hôtel tir Louis XI
qui bien ne soit, le Roy le fait prendre par luy. Il ne craint rien à servir son mnistre. Il a fait parler a maistre Pierre Puissant les plus grans de son conseil » et y a dit de grans choses, en deschargeant le roy Loys et en chargeant d'autres de bien grans. J'ay toute sa depposition et son procez , car le roy Loys Fa voulu que j'ay esté en tout avecques les seigneurs de son conseil : et me Ta voulu bailler, trois ou quatre foiz, pour le retourner et gens pour l'acompaigner. Je ne l'ay point voulu prendre, en me excusant que n'avoie charge de monseigneur que de l'amener et non de le remener : et pareillement ay dit à maistre Adam Rolland1 et au lieutenant du bailly de Rouen, qu'il n'y a homme de cà la mer qu'il l'osast prendre. Je ne scay s'ilz l'ont dit au Roy, mais il avoit conclud de l'envoier devers vous par le mareschal de ses logeis, qui est bien fin homme. Ne le prenez point, car il est bourgois de Bruges et le fauldroit rendre honteusement; car tous ceux de l'Estepeseroientarrestez, qui seroit grant desplaisir à monseigneur et dommage avecques. De la venue du mareschal , vous le saurez quant il envoiera quérir son saufeonduit. Je vous advise de cecy , car j'en ay ouy parler par deçà bien largement. 8e la mer a gasté la chaussée , digues et ville de Calays , ainsi qu'on dit par deçà, il n'est jà besoing que ledict mareschal y aille, mais à Guynes bien. Si ainsi est que soit à Calays, qu'on lui monstre les plus honnestes gens de la ville; car il le saura bien dire, cela qu'il aura
• Adam Roland, sécrétant! de Louis XI.
veu. Et s'il demeure deulx ou trois jours en la ville et qu'il aille partout, comme s'il faut qu'il face (car nous allons partout de par delà), il en dira bien, quant il sera de par delà* ; car il ne scet rien qui soit , que le tout il ne dye au roy Loys. A vous en dire, c'est ung terrible homme, et s'il parle à nu 11 y de Calays , il saura bien qu'il a ou corps. Avant que je le congneusse , je luy dis beaucoup de choses; mai» celuy que vous savez me dist que je me gardasse de luy. Le roy Loys m'avait très grant chiere pour honneur de monseigneur, et m'a fait des biens largement. Il envoie une ambassade en Angleterre, ung très saige chevalier, et est grant homme en la maison de France.
Mon très honnouré seigneur, monsieur le lieutenant, si voulez que je puisse, mandez le moy et je l accompliray de bon cueur au plaisir de Nostre Seigneur, qui vous doint bonne vye et longue. Escrîpt à Lisle, le xvnc jour de novembre (1464)'.
1 Hib. Hov., Ms., fonds lialuze, n° i)f>75b, foi. ?3, recto.
218 MÉMOIRES DE COMMYJSES. [ 1465]
(7 juin 1465.)