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OPINIONS ET THÉORIES DES AUTEURS

Les expériences que j'ai données ont montré que la quantité de gaz varie avec la pression, que le travail de formation ou d'absorption est incessant, qu'il se fait avec une lenteur considérable, comparée à la durée instantanée des contractions musculaires invoquées dans les théories proposées sur ce sujet; elles ont montré aussi que les muscles ne modifient pas le volume de l'organe dans les conditions habituelles. Ces deux résultats désormais acquis, j'ai pu formuler des conclusions avec cette réserve que telle espèce de Poisson qui ne s'est point rencontrée parmi les nombreuses que j'ai soumises à l'expérimentation peut se trouver, dans la nature, offrant une organisation différente et s'écartant plus ou moins, dans la fonction d'équilibration, de la manière d'être de nos Poissons.

Ainsi, par exemple, on trouve dans J. Mûller, Beobachtimgen iiber die Schwimmblase der Fische, mit Bezufj auf einir/e neuen Fiscligaltungen {Archives, 1842, p. 319) : « Toute particulière » est l'organisation que j'ai découverte chez plusieurs espèces » de Poissons fluviatiles chez lesquels la condensation et la raré- » faction sont placées sous l'action de deux forces puissantes et » opposées, de telle feçon que la condensation résulte de l'élas- » ticitéd'un ressort, tandis que la raréfaction dépend de l'action » et de la^ persistance d'une puissance vitale musculaire qui )) annihile l'action du ressort. »

« .... Ces Poissons s'élèveront à la surface par l'action mus- » culaire, à l'inverse de ce qui a lieu chez la plupart des Pois- » sons...

» Ce sont les genres Auchenipterus , Synodontis, Melapte- » rurus et Evanemiis. »

Ces lignes intéressantes de Mûller ont rapport à des esi)èces

que je n'ai jamais eu roccasion de voir vivantes, ni môme de disséquer. Elles invitent à des recherches physiologiques; car c'est une bonne règle à suivre que de ne pas déduire la fonction de la connaissance pure et simple de l'anatomie. Ainsi, sans rien préjuger dans cette question, je rappellerai que les muscles puissants intrinsèques de la vessie natatoire des Grondins pouvaient bien être supposés actifs dans la fonction admise de la condensation de l'air intérieur par action musculaire. Or, il est arrivé qu'en faisant sur ces Poissons les expériences décrites pour juger ce point, j'ai vu qu'ils n'agissaient en aucune façon. Je l'ai constaté directement, et j'ai fixé dans plusieurs tracés la variation de volume de ce Poisson quand il s'élève ou qu'il descend; j'ai toujours trouvé cette variation en rapport avec la pression extérieure, jamais avec une contraction de la vessie. Je veux dire par là que c'est à l'expérimentateur à juger, par rapport aux Poissons dont parle Miiller et à ceux qui peuvent se rencontrer encore, la question de l'activité de la vessie natatoire dans la locomotion, question que je résous par la négative pour toutes les espèces que j'ai eues à ma disposition.

Les deux résultats rappelés plus haut étant acquis, je vais pouvoir examiner les opinions des auteurs sur ce sujet.

Il n'est pas rare de rencontrer, avant que les preuves soient données, un sentimentjuste, une intuition de la vérité dans les écrils des auteurs; mais telle est la marche des sciences expérimentales, que les idées les plus justes fussent-elles émises par les hommes les plus considérables, ne doivent être réellement et définitivement admises que la preuve une fois faite.

Si donc il se rencontre dans l'histoire de ces opinions un sentiment exact de la vérité, le travail expérimental que je donne conserve encore son à-propos, comme justifiant et prouvant ce qui n'était qu'une croyance et une intuition ; néanmoins, comme on va le voir, il y a une remarquable concordance parmi les aifteurs qui ont parlé du rôle de la vessie natatoire, et l'opinion exprimée par eux est celle que je combats.

Borelli admet, connue le prouvent les extraits cités plus bas, une contraction musculaire pour augmenter la densité du

Poisson quand il descend, et il admet, quand le Poisson monte, un relâchement des muscles qui dans l'état ordinaire exercent une certaine pression moyenne, relâchement qui permet l'expansion de l'air intérieur et diminue la densité.

Les expériences II et III montrent que ces deux suppositions sont fausses.

Borelli admet aussi que le Poisson est toujours en équilibre, qu'il se repose à toutes les profondeurs, ayant toujours la densité de l'eau.

Les expériences II et III montrent encore que cette supposition est fausse toutes les fois qu'il passe rapidement d'une profondeur à une autre.

Il n'en est pas moins vrai que Borelli était parfaitement engagé dans la voie scientifique, qu'il cherchait à rapporter à des conditions physiques les phénomènes de l'organisme; que son sentiment était juste à certains égards, et ainsi qu'il avait, comme par intuition, vu que le Poisson muni de vessie natatoire devait être en équilibre à toutes les hauteurs. Nous avons vu que le Poisson arrive à posséder cet équilibre, mais avec le temps et par un moyen tout différent de l'action musculaire.

Les expériences du chapitre IV montrent que cet équilibre parfait, je veux dire cette identité entre la densité du Poisson et la densité de l'eau, existe plutôt en puissance qu'en réalité; qu'il y a, par le travail incessant qui s'effectue dans les parois de la vessie natatoire, une diminution de la densité du Poisson quand elle est trop forte, une augmentation quand elle est trop faible, et que le Poisson n'est en parfait équilibre qu'au moment où il traverse dans ses évolutions le plan mathématique où la pression extérieure et la quantité actuelle d'air qu'il possède dans sa vessie natatoire lui donnent précisément la densité de l'eau.

Borelli [De motu animalmm, Lugduni Batavorum, 1685) dit, pr. ccx, Cogita modo pisœm esse machina m : Le » Poisson est une machine semblable à un cylindre, et contient » dans son abdomen une vessie pleine d'air qui, dans l'état

» moyen, est assez comprimée pour rendre sa densité exacte- » ment égale à celle de l'eau qui l'environne, en sorte que le » Poisson immergé peut rester absolument immobile. Mais s'il » veut devenir plus léger, de façon que sa machine s'élève » d'elle-même, il faut qu'il relâche ses muscles pour permettre » à l'air d'obéir à sa force élastique et de se dilater ; au con- » traire, s'il veut qu'elle devienne plus lourde et qu'elle desï» cende d'elle-même au fond, il est nécessaire qu'il contracte sa » vessie aérienne à l'aide de ses muscles abdominaux pour )) n'occuper qu'un volume plus petit. »

Pr. ccix {CerUm est ex Archiniede quod...) : « Il est établi » par Archimède qu'aucun corps plongé au-dessous de la sur- » face de l'eau, et qui n'appuie pas sur le fond, ne peut rester )) immobile, à moins d'avoir la même densité que l'eau, si la )) masse de son corps n'est pas égale en poids à une égale masse )) du hquide; et comme nous voyons que les Poissons, à quel- )) que profondeur qu'ils soient placés, reposent immobiles et » sans aucun effort ni impulsion de la queue ou des nageoires, )) il faut reconnaître qu'ils ont exactement la même densité » que l'eau. »

Je passe à des citations d'auteurs contemporains.

Biol {Mémoires de la Société d'Arcneil, t. P'", p. 253) dit: (( On sait que beaucoup de Poissons contiennent dans l'intérieur )) de leur corps une vessie remplie de gaz et que l'on nomme s vessie natatoire. Elle leur sert pour monter et descendre dans » l'eau, parce que, selon qu'ils dilatent cet air ou qu'ils le » compriment, leur pesanteur spécifique diminue ou aug- ;) mente. »

L'attention des savants n'avait pas été encore fortement appelée sur les phénomènes de la contraction musculaire, sur la fatigue que le travail musculaire engendre, et par conséquent sur l'invraisemblance d'efforts aussi prolongés et aussi énergiques que ceux que suppose la théorie traditionnelle. J'ai eu l'occasion de rappeler les travaux de Biot sur la nature chimique de l'air de la vessie natatoire, et de luontrer qu(; les résultats qu'il a signalés avaient été à tort mis en doute (voy. Comptes

rendus de F Académie des sciences, t. LXXIX, p. 1434). Biot ici accepte une idée reçue : c'est l'idée traditionnelle déjà formulée par Borelli et à laquelle répond l'expérience II.

Delaroche {Annales du Muséum d'histoire naUirelle, 1809, p. 262, Observations sur la vessie aérienne des Poissons) dit : « Les muscles propres qui sont fixés aux parois de la vessie » natatoire dans un grand nombre d'espèces ont probable- » ment pour usage de comprimer plus ou moins fortement le gaz » qu'elle renferme, non, comme le supposent ceux qui ont » adopté l'hypothèse de Borelli, pour changer la pesanteur » spécifique du Poisson, mais au contraire pour le maintenir » toujours au même point. Les Poissons ne peuvent s'élever » ou s'abaisser sans que la pression exercée sur eux par le poids » de l'eau qui les recouvre diminue ou augmente, et, par » conséquent, sans que le gaz renfermé dans leur vessie tende » à se dilater ou à se condenser; il faut, pour que leur pesan- » teur spécifique ne varie pas, qu'il y ait une cause toujours » agissante qui empêche cette condensation et cette dilatation. » Telle paraît être la fonction des muscles propres de la vessie. »

L'expérience II montre que le volume modifié par la pression après l'ascension ou après la descente n'est point ramené à son état primitif par l'action des muscles. Je ne puis m'empêcher de remarquer ici que si Delaroche accepte une manière de voir que les faits ne justifient pas, cependant il fait une supposition qui devait être faite, une supposition aussi légitime que celle de l'action musculaire favorisant la descente ou l'ascension par un changement de volume convenable. Je le dis ici parce qu'on verra plus loin que cette idée de Delaroche a été plusieurs fois critiquée ; elle était juste cependant, et les faits que l'expérience VI apporte le montrent, en ce sens que le volume modifié par la pression tend réellement à redevenir normal ; il y arrive par un mécanisme particulier, celui de la quantité du gaz devenant proportionnelle à la pression, et non par le jeu des muscles, mais il y arrive.

Cuvier {Annales du Muséum, 1809, Rapport fait à la classe des sciences physiques et mathématiques sur le mémoire de

M. Delaroche relatif à la vessie aérienne des Poissons. — Commissaires : MM. Lacépède, Vauquelin; Cuvier, rapporteur) dit page 181 : « Aussi croyons-nous qu'il n'y a que la troisième et ;) principale partie de l'opinion commune qui résolve réellement )) le problème : c'est celle qui dit que la vessie est là pour aider le » Poisson à s'abaisser et à s'élever, selon qu'elle est comprimée » et dilatée, et nous avouons que nous ne voyons pas pourquoi » M. Delaroche rejette cet emploi. » Et page i83 : « Ainsi nous » croyons devoir nous en tenir aux idées de Borelli sur l'emploi » de la vessie aérienne des Poissons. »

La réponse expérimentale que nous avons faite aux idées de Borelli est celle qui convient ici.

J. Millier {Untersucfmngen ilber die Eingeweide der Fische, Berlin, 1845 : Anhang, Erlautenmg zuder Ahhandlimg ïiher die Schwinmblase hetreffend die Statik der Fische, p. 54 ; Esreicht also bei einem mit der Schwiwmblase) dit : « Chez le Poisson » muni d'une vessie natatoire, il se produit une contraction » énergique de cette vessie, soit à l'aide de ses muscles propres, )) soit, quand il n'en possède pas, à l'aide des muscles des parois )) abdominales, pour faire enfoncer le Poisson, et inversement. »

On voit encore ici l'opinion de Borelli reproduite. J'ai répondu en citant Borelli.

Stannius {Anatomie der Wirbelthiere, p. 220, Berlin, 1854, Die Schwinmblase ist) dit : « La vessie natatoire est un organe )) dont le rôle physiologique dans l'organisme du Poisson con- » siste dans une formation gazeuse dont la compression ou l'ex- » pansion volontaire ou involontaire peut avoir pour consé- » quence un changement dans la densité de l'animal ou un )) déplacement du centre de gravité. »

Je parlerai, dans le chapitre VI, de la question du déplacement du centre de gravité que je considère comme pouvant être tout à fait distinguée de la question hydrostatique proprement dite, non pas seulement en ce sens qu'elle n'a été posée que relativement aux espèces qui ont une vessie natatoire formée de deux poches distinctes, mais parce que la contraction qui refoule l'air extérieur d'une portion de l'organe dans l'autre n'implique

pas pour cela un changement dans le volume et la densité. Stannius admet, avec réserve cependant, la fonction que Borelli admettait; Stannius admet la possibilité d'une action mécanique, c'est-à-dire l'opinion commune à laquelle il a été déjà répondu.

Richard Owen {Anatomy of Ver tehr cites, vol. I, p. 497, London, 1866 Viewing the...) dit : « Quant aux variations et )) aux usages de la vessie natatoire considérée dans la classe des » Poissons, nous devons, malgré quelques variétés capri- )) cieuses, reconnaître et admettre que sa fonction principale et » la plus générale est une fonction mécanique et qu'elle sert à )) régulariser la densité du Poisson, qu'elle l'aide à se main- » tenir à un niveau choisi dans l'eau et à plonger ou à s'élever, )) suivant l'occasion. »

Admettre que l'organe sert au Poisson à plonger ou à s'élever c'est accepter l'opinion commune, que nous n'avons pas à réfuter de nouveau.

Daguin (Traité de physique, t. 1" , p. 163, Paris-Toulouse, 1868) dit : «Le principe d'Archimède sert encore à expliquer )) le mécanisme au moyen duquel les Poissons descendent ou )) s'élèvent à volonté dans l'eau. Ces animaux possèdent une » vessie natatoire, espèce de sac membraneux rempli de gaz » et placé à la partie supérieure de l'abdomen. En comprimant )) plus ou moins ce sac par le mouvement des côtes, le Poisson )) déplace plus ou moins d'eau sans changer de poids, et monte » ou descend à volonté. Les Poissons qui rampent au fond des » eaux n'ont pas de vessie natatoire ou n'en ont qu'une très- » petite. »

La compression est ici, comme toujours, invoquée pour donner le volume favorable qui aide les puissances delà locomotion; mais l'expérience II montre qu'elle n'est pas mise en jeu.

Gouriet {Annales des sciences naturelles, 1866, p. 369) extrait le passage suivant des Comptes rendus de V Académie des sciences, 1863, t. LVII, p. 817 : « M. Moreau dit que » lorsque la vessie a été vidée, le Poisson reste au fond du

)) vase où le retient sa densité augmentée, rampe plutôt qu'il )) ne nage, etc..., et qu'il commence à nager plus facilement » dès que la vessie natatoire s'est remplie d'un air nouveau. » A cette citation (p. 374 et 378) M. Gouriet ajoute : «Or, j'ai )) vu (combien de fois ! ! !) des Poissons venir à la surface immé- » diatement après l'opération par le trocart. D'ailleurs, com- » ment se fait-il que la Tanche et les autres Poissons descen- » dent si bien et montent si bien après qu'on leur a enlevé la » vessie? On ne dira pas que le gaz a pu se reformer : l'organe » sécréteur n'y était plus. »

Les faits que m'oppose M. Gouriet, savoir : qu'il a vu des Tanches auxquelles il avait enlevé l'air de la vessie natatoire avec un trocart, et d'autres auxquelles il avait enlevé la vessie natatoire elle-même, nager facilement et venir à la surface, — ces faits, je les admets, ils ont été bien vus par M. Gouriet.

Il s'agit de trouver une interprétation qui les concilie avec les miens, car tout le monde acceptera le fait que j'ai avancé, savoir : que la Tanche augmente de densité quand elle a perdu l'air de la vessie natatoire, et qu'elle est retenue au fond de l'eau par sa densité augmentée.

Comme il ne faut pas, dans des sujets que l'expérience éclaire, accepter rien sans preuve, je donne ici les moyens de s'assurer et du fait de l'augmentation de la densité, et du fait de la difliculté de remonter à la surface.

D'abord, pour l'augmentation de densité, il suffit de placer la Tanche dans un appareil tel que celui de la figure 3, avec le densimètre (fig. 11), et de provoquer la sortie de l'air à l'aide du vide fait sur le bocal. Une fois que la pression atmosphérique sera rétablie, la tige du densimètre sera enfoncée et accusera l'augmentation de densité.

Ensuite, pour la difficulté de remonter à la surfiice, il suffit de pousser un peu loin raction du vide pour voir que la Tanche, subissant ensuite la pression atmosphérique, a le corps comprimé, offre même une sorte de gouttière suivant la ligne ventrale et due à l'enfoncement des tissus dans la cavité on partie vidée. Si l'aquarium asculement 50 centimètres de profondeur,

on verra les efforts pénibles et souvent impuissants du Poisson voulant s'élever à la surface.

Dans l'expérimentation le moindre détail peut avoir de l'importance. La ponction avec le trocart ne vide pas aussi sûrement l'organe que le fait la machine pneumatique. Il serait bon, quand on veut enlever beaucoup d'air par la ponction, de pratiquer en même temps la compression ; cela n'a sans doute pas été fait par M. Gouriet.

L'ablation de la vessie natatoire a un défaut plus grave, elle est faite sur le Poisson hors de l'eau, et pendant l'opération l'air atmosphérique entre par la plaie et remplit l'espace laissé vide parla vessie. Si l'on faitensuite une suture, on emprisonne l'air, et le Poisson peut demeurer très-léger. Les moyens de natation qu'il possède, la queue , les nageoires, suffisent pour le faire monter à la surface. Il est moins dense que le Poisson auquel on a soustrait l'air de la vessie à l'aide du vide fait à l'extérieur.

J'ai fait l'expérience de l'ablation de la vessie, et j'ai vu chez le Poisson, une sorte de violence à vouloir sortir de l'eau. La Tanche ne se contentait pas de venir à la surface, elle s'élançait même hors de l'eau.

Peut-être est-ce à la douleur de l'opération qu'il faut rapporter cet état violent que je n'ai jamais rencontré chez les Tanches soumises à l'action du vide. On peut, en recousant la plaie comme je l'ai fait, obtenir des Tanches plus ou moins denses, en rapprochant les lèvres de la plaie tout en comprimant le Poisson, ou en les rapprochant et faisant la suture sans exercer de compression. Les expériences de M. Gouriet (expér. I, II, III) peuvent servir à prouver que le Poisson muni de vessie natatoire peut bien nager encore sans le secours de cet organe, mais elles ne prouvent pas que la Tanche soumise à l'action du vide ne reste pas alourdie et même rampant au fond des bassins.

L'idée juste exprimée par M. Gouriet de la passiveté de l'organe est dans son travail une opinion dénuée de preuves : le fait du Poisson qui, retiré de la profondeur, arrive distendu par l'air, fait qui vient à l'appui de la passiveté de l'organe, ne doit pas être rejeté; ce fait est d'ailleurs, comme je

l'ai dit plus haut, insuffisant pour établir que la vessie natatoire est toujours passive.

On verra par les citations qui suivent, que c'est, chose rare, le respect des maîtres qui a égaré M. Gouriet. Ma réponse, qui s'adresserait autant à Cuvier et à Valenciennes qu'à l'auteur luimême, est contenue dans tout ce travail. Le lecteur trouverait superflue une réfutation ici reproduite.

Voici le passage de M. Gouriet, p. 381, loc. cit. :

(( Ce n'est point parce qu'il presse ou dilate sa vessie que le » Poisson descend ou monte, c'est plutôt parce qu'il descend )) ou monte que sa vessie se trouve pressée ou dilatée. Loin de )) présidera l'exécution de ses mouvements, elle obéit en esclave » aux conditions hydrostatiques auxquelles elle se trouve sou- » mise ; mais dans ce rôle moins pompeux que celui qui avait » été assigné par la riche imagination de Borelli, elle rend » encore au Poisson les plus grands services en assumant peut- » être sur elle la majeure partie des pressions qu'auraient à » supporter les viscères, et à coup sûr en faisant perdre au » Poisson, mais d'une manière passive, une quantité de plus » en plus grande dans son poids à mesure qu'il veut monter, ou » de plus en plus faible à mesure qu'il veut descendre.

» On peut objecter, d'après Biot, que la vessie éclate quand le » Poisson passe avec trop de rapidité des profondeurs à la sur- )) face ; mais il y a plus de quarante ans que Valenciennes, attri- » buant le rejet des viscères à une autre cause, a démontré le » peu de fondement de cette prétendue rupture, qui ne con- )) tinue pas moins à trouver crédit dans la science. Dclaroche, » qui y a ajouté foi, s'est trouvé conduit à une théorie bien » moins admissible encore que ne l'est celle de Borelli.

)) Je me résume en peu de mots.

» La vessie natatoire n'est qu'un organe adjuvant dans l'acte » de la natation. Son volume varie à chaque instant lors de la » progression de bas en haut, et vice versa ; mais le Poisson n'a » pas besoin de se charger de ce soin, c'est la hauteur variable » de la colonne d'eau qui accomplit cet office.

» On sait en effet qu'en 1863, à l'étang de Saint-Gratien,

y> Valenciennes, trouvant un grand nombre de Poissons morts qui » avaient l'estomac rejeté à l'extérieur, constata chez tous l'inté- )) grité de la vessie natatoire, et en conclut que ce renversement )) devait être attribué à une contraction spasmodique des viscères.

» Pour Delaroche, la vessie n'a pas d'autre usage bien con- » staté que celui de mettre la pesanteur spécifique des Poissons » en équilibre avec celle du milieu ambiant. Les muscles pro- » près, et à leur défaut les parois de l'abdomen, sont chargés, » d'après cette hypothèse, de maintenir toujours cette pesanteur » spécifique au même point.

» Le Poisson descend-il, les agents compresseurs ralentissent » de plus en plus leur action ; le Poisson s'élève-t-il , ils se con- » tractent sur la vessie dans le même rapport, afin d'éviter toute » chance de trop grande extension, voire même de rupture. » (Delaroche, p. 261 à 264.)

(c II paraît étrange, on en conviendra, que la vessie puisse » diminuer de volume à mesure que l'ascension s'opère; mais je » laisse la parole à Cuvier, qui a réduit cette explication à néant, » malgré sa croyance à la possibilité d'une rupture de la vessie : » Qui ne voit, dit-il avec infiniment d'esprit, que ce serait, de la » part de la nature, corriger assez maladroitement un défaut » qu'elle pouvait se passer d'introduire dans son ouvrage. Elle y> n'avait qu'à ne pas donner de vessie du tout aux Poissons..., ') alors elle n'aurait pas eu besoin non plus de cet appareil de )) compression que l'on ne veut faire servir qu'à corriger les » inconvénients d'une vessie inutile. » (Rapport sur le mémoire cité, p. 18i.)

Wundt, professeur à l'université de Heidelberg, 1871 (Traité élénientairedephusique médicale^ traduit par Monnoyer, p. \ 19, Equilibre et locomotion des Poissons) : c Quand le Poisson veut )) monter à la surface de l'air, il relâche les muscles qui compri- » ment sa vessie natatoire; celle-ci se dilate et augmente ainsi le » volume de l'animal ; la compression de la vessie à air fait au con- » traire descendre le Poisson. » C'est l'opinion commune déjà réfutée.

P. Harting (le Phi/somètre, nouvel instrument pour la déter-

minatiou de volumes variables d'air ou d'autres corps, surtout de la vessie natatoire des Poissons, in Archives néerlandaises, t. VII, 1872). — Ce travail, dans lequel le problème hydrostatique est expérimentalement posé, me paraît constituer le principal effort fait depuis Borelli pour substituer aux opinions et aux théories dont la vraisemblance était le principal mérite, une solution dégagée de toute considération téléologique et d'un caractère purement scientifique. Les conclusions très-réservées du travail de M. Harting sont les seules qu'un esprit rigoureux pouvait tirer des faits qu'il possédait.

On trouve dans ce travail la description et la figure d'un appareil qui permet de mesurer le volume d'un Poisson qui, à l'aide d'un mécanisme particulier, est porté à différents niveaux, toujours captif dans une cage.

Dans la question que j'ai cherché à résoudre, il s'agit devoir si des actions synergiques se produisent dans la vessie natatoire; si le Poisson qui monte, descend, s'arrête, mettant en jeu, comme le Poisson qui n'a pas de vessie natatoire, sa queue et ses nageoires, modifie dans ces évolutions le volume de l'organe pour venir en aide aux organes communs de la locomotion ?

J'ai considéré ces conditions physiologiques comme capitales, et j'ai passé sous silence les expériences que j'ai faites sur les variations de volume du Poisson captif dans une cage et tombant avec elle, parce que les résultats qu'elles donnent ne font que confirmer ceux qui sont obtenus sur le Poisson transporté par ses propres efforts et ne peuvent évidemment les suppléer.

L'expérience I™ m'a paru être une solution élégante de l'influence delà pression extérieure sur la densité du Poisson captif, c'est pourquoi je l'ai décrite.

Dans les expériences II et III, le Poisson est place dans les conditions physiologiques essentielles ; il est assez à l'aise pour se mouvoir, monter, descendre sans toucher à un appui solide. C'est grâce à ces expériences que j'ai pu donner la solution du problème posé depuis si longtemps du rôle de la vessie naUitoire dans la locomotion, de même que le rôle de l'organe dans la station m'a, été tout à fait dévoilé par l'expérience YI, où je

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compare les volumes d'un même Poisson qui séjourne dans la mer à différentes hauteurs.

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