PROBLÊME HYDROSTATIQUE DE LA VESSIE NATATOIRE
Le rôle que joue le canal aérien dans l'équilibre du Poisson n'a jamais été discuté. On a de tout temps compris que le Poisson peut rejeter par ce ciuial l'air en excès, et qu'ainsi, lorsqu'il parvient à un niveau où la pression est moindre, et où, par conséquent, le volume de l'air intérieur augmente d'une manière incommode, gênante, ou même dangereuse, en ce qu'elle engendre pour lui une poussée verticale de bas en haut , poussée croissant d'intensité à chaque inslant, le Poisson rejetlc par ce canal une partie de cet air dilaté et ne conserve que la
quantité qui, sous la pression actuelle, lui donne son volume normal et les conditions de l'équilibre.
Je laisse désormais de côté ces Poissons qui échappent aux dangers de la dépression grâce aux dispositions anatomiques dont il a été parlé dans le chapitre V\ et je vais m'occuper des Poissons à vessie close et du problème hydrostatique qu'ils présentent à étudier.
Les Poissons privés de vessie natatoire ont toujours une densité plus forte que celle de l'eau. C'est un point important établi par les travaux de Delaroche et confirmé par d'autres plus récents.
En outre, leurs organes étant solides ou imprégnés de liquide, la pression n'en modifie pas le volume ; dès lors ces Poissons conservent une densité toujours la même aux diverses profondeurs, ils tendent toujours à s'enfoncer pour ne trouver de repos que sur le fond résistant. C'est en effet ce qui a lieu. La forme aplatie est fréquente parmi ces Poissons, dans lesquels se rangent les Raies, les Squales, les Turbots, les Soles, etc.
Delaroche a constaté aussi que les Poissons munis de vessie natatoire possèdent, à la condition que cet organe leur soit enlevé, une densité plus forte que celle de l'eau; mais examinés avec cet organe souple et extensible, leur densité varie dans des limites étendues en raison des pressions qu'ils supportent.
De l'absence de la vessie natatoire chez les Poissons excellents nageurs, comme les Squales, etc., on peut déjà conclure que cet organe ne joue pas un rôle capital dans la locomotion, et l'expérience de l'enlèvement de la vessie natatoire, qui laisse le Poisson capable de nager encore, achève de le prouver, et montre que, chez tous, les nageoires et la queue surtout sont les principaux organes de la locomotion. Néanmoins, en considérant des Perches, des Cyprins, qui montent et descendent avec tant d'aisance et qui possèdent une vessie natatoire volumineuse, on est conduit à se demander si un pareil organe à parois souples, non protégé par des enveloppes rigides, ne se modifie pas au gré de l'animal ; et comme les parois de l'organe possèdent quelques fibres musculaires et que les muscles abdo-
minaux forment une sorte de ceinture qui peut agir sur le volume de l'organe, on est conduit à penser que ce volume est modifié d'une manière synergique avec les efforts des nageoires, et que la vessie natatoire est un auxiliaire des organes de la locomotion.
Quand on observe des Poissons qui vivent dans des eaux profondes, on constate ce que les pêcheurs ont journellement l'occasion de voir, que ceux qui sont attirés de la profondeur et quipossèdent une vessie natatoire, arrivent gonflés, parfois outre mesure, et tellement légers, que remis à l'eau, ils ne peuvent s'enfoncer. D'autres fois la vessie natatoire est rompue, l'air a. passé dans la cavité abdominale, et le Poisson n'en est que plus incapable de reprendre librement ses mouvements.
Tous ces phénomènes tiennent à la dilatation que prend l'air de la vessie natatoire à mesure que le Poisson tiré par le pêcheur vers la surface subit une pression plus faible. Ils ont été décrits et analysés par Biot. On en trouve la description dans le premier volume des Mémoires de la Société d'Arcueil, p. "^268. L'explication qu'il donne doit être acceptée sans réserve, et aujourd'hui on ne trouverait peut-être plus f)ersonne qui nierait ce fait que tous les pêcheurs connaissent, et l'explication que Biot en a donnée. J'ai été moi-même témoin de pareils faits dans la baie de Naples, et aussi sur les côtes de Bretagne; et si quelqu'un voulait un surcroît de preuves, il n'aurait pas besoin de se transporter sur les eaux profondes de la mer ou des lacs, il pourrait, comme je l'ai fait, soumettre un Poisson pourvu de vessie natatoire close, tel qu'une Perche, un Epinoche, etc., à l'action de la machine pneumatique. En choisissant différentes espèces, il reproduirait ce phénomène avec toutes ses variétés : tantôt la projection de l'estomac à travers la bouche, tantôt la distension excessive di; l'abdu/nen ; l;i l'uplme de la vessie natatoire à l'extérieur, ce qui dans la nature peut devenir pour le Poisson une cause de salut; la ruplui'c ;i riulérieui-, ce fpii donne lieu à la dilatation de la paroi abdominale et au renversement immédiat (lu Poisson, qui prrsenle aloi's le ventre à l'air.
Bref, ces faits, pour avoir été encore contestés de nos jours (voy. p. 60), n'en sont pas moins connus depuis fort longtemps. Ils prouvent que l'action des muscles est, dans ce cas, impuissante à comprimer l'air quand le Poisson passe d'une pression forte à une faible, mais ils ne prouvent pas que pour des variations légères de pression, et telles que celles qui sont subies par le Poisson dans ses évolutions habituelles, les muscles ne peuvent changer le volume que la pression extérieure donne à l'organe, et le changer de manière à favoriser ses mouvements ou son équilibre.
Des deux remarques qui précèdent, savoir : que le Poisson dont on a retiré la vessie natatoire est plus lourd que l'eau, et que le Poisson muni d'une vessie natatoire devient plus léger que l'eau, s'il est élevé de la profondeur vers la surface, résulte cette conséquence qu'à une certaine profondeur ce Poisson ne doit être ni plus lourd ni plus léger que l'eau, mais posséder la densité même du milieu qu'il occupe.
Mais le Poisson ne reste point dans ce plan, dès lors la densité qu'il possède doit être modifiée, comme le volume, par le changement de pression, et il s'agit de voir comment fonctionne la vessie natatoire dans ces conditions. Pour aborder ce problème d'une manière expérimentale, je poserai les deux questions suivantes, dans lesquelles je résume le problème hydrostatique de la vessie natatoire :
[" Le Poisson se sert-il de sa vessie natatoire pour changer de densité suivant ses besoins de locomotion?
2° Le Poisson se sert-il de sa vessie natatoire pour prendre, quand il demeure dans le plan horizontal, la densité de l'eau?