‹ Mémoires de Pierre de Sales Laterrière et de ses traverses [microforme]Chapitre 15 sur 49 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

Comme quoi ce monde est un véritable théâtre où chacun figure

avec des changements de décoration,

Né wentilhomme, destiné d'abord à entrer dans la marine de mon roi, puis après un commencement d’études mathématiques à LakRochelle, ennuyé et appelé à Paris pour entrer dans l'armée, où étoit mon frère, je me suis dégoûté bientôt de cette carrière, et j'ai choisi l'étude de la médecine ; mon tems fait à St, Côme et à l'Hôtel-Dieu, ét chez M, le médecin de la Rochambeau, à Paris, on m'a vuü, par inconstance de jeunesse, passer en Angleterre ; ensuite, sédnit par des espérances illusoires, je suis venu en Canada, Ici, mon premier dessein est d'exercer mon état, cependant je me laisse gagner à le négliger pour le commerce, pris je retourne à la médecine avec Dubergès, et enfin me voici, en 1771, devenu commissionnaire à Québec de la compagnie des forges Saint-Maurice,

Je suis logé à loyer dans une maison appartenant à M. Amiot, citoyen, en face du marché de la basse-ville, où je reçois et vends les produits de mes cyclopes; j'expédie pour Londres les fers en gucusets, je pourvois aux besoins des associés, enfin j'exécute leurs ordres de point en point. On est très-content de moi. De docteur à commissionaire, le pas est grand : n'importe, il faut être de tous les états dans cette vie — états honnêtes, s'entend,

d'engage un garçon, et me voilà pour la premièré fois en ménage ct à ïa tête d’une maison qui va devenir de commerce, Les habitans des c« mpagnes, les citoyens et forgorons des villes, en raison des fers, meurent bientôt achalandé et fait connoître, Ma profession médicale m'aidoit un peu encore ; mais à mesure que l’on me connoissoit davantage dans mon nouvel état, on oublioit que j'étois

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docteur en médecine ; ma pratique comme te] se réduisit au traitement des jeunes gens attaqués de la syphilis, et je ne repris entièrement ma profession que quand je demeurai aux Forges,

L'hiver arriva sans autre aventure où malencontre pour moi que la suivarte au commencement de la saison des bals, qui s'ouvre d'ordinaire aux premières neiges, Cette année-là, hivernoit, dans le havre du Cul-de-Sac, une frégate appelée le Triton, commandée par le capitaine Latwitch (?), avec tont son équipage et son complément de gardes-marine, qui ne demandoïent pas mieux que de courir les bals ét .,,, le reste, C’étoit justement chez nn nommé Crépin, aubergiste, provhe de la frégate, et non join du marché, où je demeurois, que se donnoit un de ces bals et fricoteries tontes les semaines, Mon voisin le jeune Simpson et moi étant un de ces soirs-là au bal, nous v res. times plus tard que bien d'autres, Quatre des officiers de cette frégate voulurent nous chercher querelle, ïis furent bientôt mis dehors ; mais nous en voulant beaucoup, surtout à moi qu'ils appeloient Frenck Dog, ils se cachèrent sous la galerie du côté du bord de l’eau, par où nous devions sortir, dans le dessein de nous tuer et jeter dans le chenal, à ce que mon camarade leur entendit dire en anglois, comme nous passions la porte, N'entendant pas cette langue, si j'eusse été seul, ils auroïient bien effectné leur mauvais dessein, Mon ami me cria en françois : Dé. fendons-nous et crions;: quoiqu'il soit tard, peut-être quelqu'un viendra-t-il à notre secours! ..., Je n'avois pour me défendre qu'une baguette de jonc ; je me réfugiai dans un angle, au rez-de-chaussée, Leurs épées se nuisoient, car ils auroient pu me tuer de la première attaque ; pris de vin, ils ne savoient pas trop ce qu'ils faisoient, Mon ami étoit de l'autre côté de la rue, je lui criai d'aller vite chercher chez moi deux sabres qui étoient sur la corniche de la cheminée de la cuisine Te garçon m'attend, il

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