‹ Mémoires de Pierre de Sales Laterrière et de ses traverses [microforme]Chapitre 16 sur 49 · HT LM · texte numérisé non relu

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t'ouvrira la porte daus l'instant! .,,. Il y courut et revint en peu de minutes, — Comment te le donner? me dit-il, — Avance, ne perds point de tems, je suis percé et blessé partout de la pointe de leurs épées, Ah! si je puis tenir un de ces sabres, tu verras un beau jeu, — [1 en jeta un aussitôt, qui tomba derrière moi, à droite, et que je pus saisir immédiatement sans urexposer, Le premier coup atteint et coupe l'orcilie à l'un deux et lui fuit une blessure profonde à l'épaule, Le blessé cria: “TI am wounded and most dead! the devil is at our heels !” Mon compagnon en avoit pareillement engagé deux; et les miens se voyant servis à la françoise, gagnérent la frégate en criant de toute leur force, ce qui réveilla tout le monde à bord, Nous fimes un détour pour ne pas être pris; rentrés chez moi, nous barricadänics les portes et les fenêtres avec des barres de fer et des plaques de poëles, nous mitmes un barit de balles sur le cul, de même qu'un baril de poudre ; nous avions cinq bons fusils que mon garçon et mon camarade devoient recharger au fur et à mesure pour notre défense, en cas d'attaque, Heureusement personne n'approcha de la maison, Il n'y eut pas même de plainte le lendemain, parce qu'ils avoient tort, et que du monde aux fenêtres les avoit entendus former le complot de nous tuur et de nous jeter à l'eau, Cependant, tout le restant de l'hiver, il nous fut presque impossible de sortir la nuit et même le jour ; il nous falloit éviter de nous trouver dans les lieux fréquentés par ces quatre gardes-marines et leurs amis, qui s'étoient vantés qu'ils ne sortiroient pas du Canada avant de nous avoir exterminés, surtout le French Dog.

L'affaire fit beaucoup de bruit en ville, T'oreille coupée fut trouvée Le matin sur la neige par un commis de M, Fremont, L: gouverneur en fut aussi informé; mais pas de plainte régulière: chacun resta avec ses blessures et guérit comme il put; pour ma part, j'en avois reçu sept,

mais pas dangereuses,

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Cela me fit grand bien de deux façons : je ménageai ma bourse, et je me conservai sagé, en ne courant plus ees sortes d'amusements, souvent pleins de risques, Je passai dans le public pour un modèle de sagesse. Il fut heureux pour moi, en cette occasion que je pusse me soigner et traiter moi-même, grâce À mes connoissances en médecine, En devisant avec quelques amis de cette aventure, je me rappelai que dans les écoles en Angleterre il était enseigné qu'un anglois pouvoit battre généralement dix françois ou chtens de françois comme le peuple les appelle, Ces quatre gardes-marine n'avoient pu pourtant venir à bout de moi, avec leurs épées croisées contre ma baguette, Et comme je leur avois fait tourner le dos, une fois armé d'un sabre Ccossois de grande mesure ! Eussent-ils été dix, je crois qu'armé ainsi j'en eusse fait autant, tant les petites épées ont peu d'avantage contre d'aussi grands bougres de sabres! ,..,

Le printems si désiré arriva done, et les occupations du commisstonuriat me firent oublier le tems passé: contenter la compagnie des forges étoit alors toute mon ambition afin de faire mon chemin, Pélissier, qui étoit le directeur de la compagnie, fat tellement convaineu de l'intérêt réel que je prenois à toutes leurs opérations, qu'il voulut que je devinsse un des intéressés et de plus inspecteur des travaux avec lui, A la fin ÿy consentis, et le 25 février 1775, ayant reçu ordre en conséquence de remettre tontes les affaires dont j'étois chargé à M. Cuenond, marchand à Québec, je montai aux forges Saint. Maurice, rendis compte de ma gestion au directeur et pris possession de ma nouvelle charge d'inspecteur, avec permission d'exercer la médecine pour assister les travailleurs. des ateliers cet même les amis du voisinage qui voudroient m'employer, Je ne tardai pas à établir doublement ma réputation, surtout comme médecin, car j'entendois parfaitement la médecine,

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