acte ET is
de la décider, et je la perdis, mais non son amitié, car nous étant juré une amitié éternelle aux pieds du Bonheur, cela ne pouvoit plus jamais s’effacer ! D'ailleurs elle étoit belle, de riche taille et bien faite — hé! comment l'oubiier! ..,.
Javois fuit la connoissance de Mlle. Roussel dans le même tems que celle de ma présente épouse Marie Catherine Delzène Quoique fort jolie et spirituelle, elle ne pouvoit effacer l'impression plus forte que j'avois reçue de mademoiselle Delzène, plus jeune et plus jolie, Cette dernière m'aimoit beancoup, mais son père et sa mère lu réservoient en secret au vieux veuf Pélissier, homme fort riche, de qui ils espéroient de grands secours, De son côté, Pélissier, âgé alors de 66 ans, n'osant pas se remarier à une nymphe de 14 ans, avoit conçu le dessein de m’engager à l’épouser, et pour cela de m'appeler auprès de Jui aux forges afin de m'y faire ce ..., ! Ce beau résultat n'étoit pas impossible, mais pas bien probable en raison de la différence d'âge. Pendant longtems ma chère prétendue et moi ( prétendue, de commun accord entre nous deux }) nous ne nous vimes que sur ce pied, parce qu'elle m'avoit confié les desseins de ses père et mère et ceux de Pélissier luimême, qui devoit même lui faire un don de 500 louis sur uotre contrat de mariage si elle se marioit avec moi,
Pendant cet espace de tems, nous ne nous voyions guère qu'en la présence de Mlle, Roussel, que les bonnes gens croyoient que je recherchoiïs et à qui il me le falloit réellement faire accroire, sans quoi leur maison m'auroit été interdite, Par ce moyen, constamment ménagé, je fré.
quentois et voyois ma chère Catiche, espérant que Pélissier n'iroit pas se mettre en tête de l'épouser à ma place, L'homme propose et Dieu dispose, M, Delzène, pressé pour dettes et r venant de Montréal, passa aux Forges et emprunta 300 louis à son ami Pélissier, A ce voyage, tout changea à mon égard, tout fut arrêté entre eux pour le
ve PE one
mariage de cette enfant ( qui m'étoit promise d'honneur et d'amitié } au vieux Pélissier lui-même. Dispense entière fut obtenue pour faire faire ce mariage à Bécancour par le Père Récollet Théodore sans aucune publication de bans, Elle fut menée À cet endroit par son père quelques jours après, sous prétexte d'aller en visite chez leur cousin Pouget, curé à Berthier ; Pélissier arriva bientôt en carriole couverte, accompagné seulement de son domestique. Le fait est que cette chère enfant, ne sachant rien de cette affaire, ne devoit manquer d’être extrêmement surprise, et de faire la résistance à laquelle l’excitoit la répugnance d'âge, ayant toujours cru jusque-là que c’étoit de TaTerrière qawelle devoit devenir lépouse, et cela du goût même de celui qui la forçoit de se marier avec lui, Refus, pleurs, wémissemens, rien ne peut attendrir ces tyrans. Le père lui ordonne absolument d'y consentir. Ainsi, de nuit, sans autres témoins que des gens gagnés par argent, elle est trainée à l'autel, où les cérémonies sont commençées et finics sans qu'elle en ait presque connoïissance, De là, on l'embarque tout de suite dans la carriole couverte, et elle est amenée sans bruit et sans que personne l'ait vue, aux Forges. Elle y devint presque folle, ne se croyant pas mariée avec Pélissier et ne voulant pas demeurer avec lui. Le père et ce mari essayèrent tous les moyens pour l'apaiser, Effrayé, craignant de la perdre, sentant que ma présence seul lui feroit du bien et qu'il n'y avoit point d'autre remède, Pélissier m'appela aux Forges; c'est, ce qui m'y valut la place d'inspecteur, Je fus assez fou d'y aller, alors que cela ne pouvoit que me devenir nuisible à cause du manque de parole du dit Pélissier et de mon attachement à cette jeune femme qui n'étoit plus à moi, puisque maintenant la loi sacrée du mariage, malgré le fait de la violence, s'opposoit à mes espérances, et qu’à moins d'avoir la vertu d'un saint, ma présence aux Forges ne pouvoit qu'enfanter de fâcheuses conséquences, Mais le
as ER ne
désir de vengeance et un penchant, toujours le plus fort, m'entraînèrent, et j'acceptai tout, promis tout au risque de ne tenir que ce que je pourrais, parce que l'existence ne me paroissoit de nul prix, si je ne pouvois plus voir ma chère et bonne amie, J'étois sûr qu'elle m'aimoit si sincèrement que de tout entreprendre, tant elle se déplaisoit avec son vieux, quoique au comble de toutes douceurs ; car il ne lui refusoit rien, et elle avoit de l'or tant qu'elle en vouloit, Le cœur, comme l'âme, ne se plaît qu'à ce qui a un rapport sympathique avec ce qu'il aime, soit illusion ou autrement. Il n'y avoit que ma présence qui la calmât et lui fit supporter son malheur, au moins qui l'empéêchât de faire quelque esclandre, Si je me levois à la fine pointe du jour, je la trouvois sans y manquer sur le pas de la porte ; un baiser scelloit nos continuelles promesses et résolutions de nous aimér jusqu'à la mort! Mille fois je la rencontrai dans les chambes de Patelier, accompagnée d'une demoiselle Mailler, qu'il avoit appelée 1à pour l'observer sans doute; mais la constante et sincère amitié surmonte tout, et trouve toujours des moyens de consolation. Nous vécümes ainsi, jusqu à ce que les Américains ayant pénétré en Canada et ayant été ensuite forcés de s'en retourner entraînant avec eux tons ceux qui avoient
pris leur parti, Pélissier qui étoit du nombre, laissa sa
jeune femme maitresse chez lui et an pouvoir de l'amitié, un peu moins gênée, et moi directeur des travaux : toutes les portes pour nous aimer nous restèrent ouvertes ,.., nous nous abandonnämes à notre penchant, et le fruit de tant d'amour fut une grossesse qui a produit notre chère Dorothée le 4 janvier 1778.
La guerre entre les deux nations étoit si forte qu'aucune nouvelle de Pélissier ne nous parvint que vers le printems par la voie d'Angleterre ; il envoyoit une procuration pour vendre les forges et en remettre le produit de ce qui lui appartenoît à M. Perras, son ami, à Québec, qui avoit
vues
ordre de faire passer en Europe madame et les deux fils qu'il avoit eus de son premier mariage, Jean et Mauric Pélissier, En conséquence et suivant ses ordres tont fut vendu à M. Gngy, et le produit de la vente remis honnêtement à M. Perras : ses enfans prirent passage sur un navire : quant à son épouse, à cause de ce qui lui étoit arrivé, elle ne le pouvoit ni ne le devoit, c’étoit trop risqué, D'aïllenrs son inclination n'étoit pas de ce côté; elle ne voulut pas laisser son ami, son enfant en nourrice, passer la mer pour ailer rejoindre nn homme à qui dans sa conscience elle ne se croyoit liée que de forme et qui pourroit la maltraiter : dès lors, elle me força d'avoir soin d'elle et de lui donner des preuves de ma sincérité puisqu'elle avoit tout sacrifié pour moi, et que n'ayant rien conservé de la fortune de ce mari, cétoit à moi de faire voir que j'étois honnête homme, et de Ja soutenir avec sa chère enfant, Dès ce moment, son sort et le mien n’en firent qu'un, et je fis de mon mieux pour la rendre heureuse, Je n'eus pas grand peine à cela, car son caractère riche et doux, avoit de l'analogie avec le mien,
Malgré ln vente des forges et quoique son bon ami Perras lui eût envoyé à Lyon ses fonds restés an Canada et ses deux enfans, Pélissier ne manqua pas de revenir à in paix au Canada, sous la protection dun général Haldiimand, de me demander une révision de comptes et de vouloir poursuivre celle qu'il disoit être son épouse, et qu'il avoit abandonnée,
Mes affaires réglées avec le dit sieur Perras et le reste de la société, je me retirai sur l’isle de Bécancour, que javois achetée de mon bon ami Saint-Martin et de sa sœur pour environ 250 louis : les biens alors étart à bas prix, J'y vivois tranquille, de ce que cette ferme pouvoit me donner, et tout aux plaisirs de la chasse et de la pêche, Cette fortune étoit bien peu de chose, et sûrement ne nous faisoit pas rouler carrosse, mais j'étois en paix sur mon
nd OÙ
isle avec mu bonne et tendre amie et notre enfant — cela nous suffisoit à tous deux. Partout l’on est heureux lorsqu'on croit l'être, saine morale de tous les terhps et de tous les lieux.
C'est sur cette isle qu'il nous trouva à son arrivée, On lui avoit fait entendre, soit en Europe ou à Québec, que j'y cachois mes trésors : certainement, ma bonne amie en étoit un et mon meilleur, Il nous expédia un nommé Dumus, courrier, avec deux invitations : l'une me demandoit d'aller à Québec avec comptes et livres pour ré-examiner nox comptes, et l'autre, en cas de refus, étoit une prise de corps pour m'y contraïndre de force,
Ayant su d'avance l'arrivée de Pélissier à la capitale et l'espèce d'homme qui venoit mrarréter, et me méfiant de tout étranger, sitôt que ce Dumas se montra, je le tins à distance au bout de mou fusil, et je lui eriai de s'arrêter et de laisser à terre les lettres ou autres papiers qu'il avoit pour moi, puis de se reculer le long de la rivière, et que nou déemestique alloit lui porter de quoi boire et manger. Après avoir pris communication de tout, j'envoyai chercher une table, du papier et de l'encre, et fis réponse que sous deux fois 24 heures je serois à Québec à ses ordres : j'ordonnai au courrier de repartir sans exiger plus. I le fit, porta ma réponse, et, au temps dit, j'étois rendu,
Cependant, avant de quitter mon isle, il convenoit di mvettre tout en ordre, Laisser mu chère amie au pouvon du premier venu, je ne pouvoirs y consentir; lemmenei avec moi et la protéger moi-méme, me parut le parti Le plus sage, Nous partimes donc avec le dessein d'aller logei chez une amie de confiance appelée la veuve Duhamel : Le lendemain de nôtre arrivée, je fus chez M. Perras, où logeoit Pélissier, À ma première visite, il me remit des lettres de mes parens de Paris, qui m'apprenoient la mort de mon père, et, pour comble de malheur, il me fit des
reproches mue faisant sentir qu'il ue pouvoit ratifier mes
comptes sans les avoir repassés lui-même, — Eh bien, monsieur, lui dis-je, demain je les remettrai à M. Cugnet sur votre reçu, et tous les matins, je viendrai travailler avec lui pour l'intelligence de ce qu'il n’entendroit pas. Mais avant d'y toucher, convenons que la balance en différence qui sera due à l’autre, sera légitimement payée, — I] en convint avec un peu de peine ; ce n'étoit pas à ce point qu'il en vouloit venir, parce que dans le fond il me connoissoit assez pour croire mies comptes justes; ce qui faisoit son principal souci c’étoit de savoir où étoit celle qu'il appeloit sa femme ; ses informateurs d'en haut lui avoient appris qu'elle étoit descendue avec moi,
Que les humains sont peu sincères! Cette amie chez qui je logeois avoit promis de garder le secret si soigneusement que personne au monde ne la découvriroit, et pour cela je la payois bien. Hélas! que l'or est tentateur! A force de lui en offrir, Pélissier l’ébranla, elle se laissa gagner, et il ât enlever ma chère amie ainsi, par trahison, en calèche, un jour, pendant que’ je travaillois avec lui à ses comptes, qui n'étoient qu'une finesse et un prétexte,
Grand Dieu! ,.,, quel coup de foudre pour un cœur sincère et tendre! ,,,, se voir ainsi séparé de ce qu'il avoit de plus cher! .,.,, J’eus beau menacer cette femme fourbe et mercenaire, je n’en pus rien tirer de consolant — Où est ma bonne amie? où l'at-on menée? où la-t-on mise? — Je n'en sais rien, — Pourquoi m'avez-vous trahic, et Vavez-vous livrée? Personne ne pouvoit forcer sa chambre, si vous ne l'aviez pas exposée, — Ils ont forcé la porte, et l'ont enlevée, — Je manquai d'en devenir fou, je pensais à ma chère Dothée, qui n'avoit plus de inère, Hélas ! que j'allois être malheureux! jamais, jamais je ne m'en consolerois ; j'étois sûr de sa sincérité, quelque part qu'elle fût, jamais son ami ne pourroit seffacer de sa mémoire ; que mes plus mortels ennemis ne la pourroient
où TE
changer à mon préjudice, que je l’'avois trop bien traitée et aimée trop sincèrement, qu'elle ne lPoublicroit point; je devois pour ie présent moment m'armer de résolution pour cacher mes peines et forcer mon antagoniste à finir nos affaires au plus vite ; mais dans mes instants de loisir je passerois dans toutes les rues, un miracle peut-être me la feroit retrouver par quelque signe, un cri, ete .... Dieu ! que je la connoissois bien! Huit à dix jours de son emprisounement chez la geôlière Renvoisé l'avoient presque rendue folle, parce que les ordres du tyran étoient de ne la laisser se montrer ni parler à personne, ni même approcher des fenêtres, Malgré tous ces barbares soins, un soir, entre chien et loup, que je passois près de cette maison, sans savoir qu'elle y étoit si strictement gardée prisonnière, quelque chose tomba devant moi et une voix dit en chantant :—Ramasse ! ramasse ! IE faisoit si noir que je ne pus trouver l'objet, mais sans me démonter, j'entrai chez un ami demander un fanal, disant que j'avois laissé échapper quelque chose de ma poche; ayant vitement regagné l'endroit, soudain j'aperçus un mouchoir contenant de la cendre pour le rendre plus pesant et un papie parmi, Je rendis le fanal et courus d'un sault à ma chambre du Cul-de-sac de la Basse-Ville, où à mon aise je pris mon tems pour déchiffrer lécriture tracée avec la pointe d'une épingle sur des marges blanches d'un livr coupées par ribandelles. Là je lus l'histoire de ses soutfrances, comme on étoit après elle pour lui faire prête serment que je l'avois prise de force; prètres, récoHets et autres, par la peur superstiticuse des peines de l'enfer, ka tourmentoiént sans cesse, la menacçoient, lui disoient qu'elle n'auroit sa liberté qu'après cet acte et qu'elle retourneroit alors avec son tyran, pour ne plus le quitter — justement ce qu'elle ne vouloit pas, aimant micux IPouril
que de nmrabandonner et son enfant, — Avouez, lui disait
un récollet, qu'il vous a prise de force ; dites-le, déclarez.
am TO re
le seulement, et vous étes libre, = Je vous réponds que c’est moi qui l'ai été trouver plusieurs fois dans sa chambre) je l'ai forcé de m'écouter, Est-ce lui qui est coupable ? Si quelqu'un l’est, c’est moi seule, Et pourquoi ce tyran m'at-il laissée avec lui? ,.,, Ou plutôt quand il m'eut dit : je vois que tu aimes LuTerrière ; marie-toi avec lui, je te donnerai 509 louis — pourquoi ne m'a-t-il pas tenu parole ? Il n'ignoroit pas ma foiblesse, mon amitié pour LaTerrière, Sa première folie, c'est de lavoir fait monter aux Forges : quand jétois devenue folle d'étre séparée de Jui sans espérance : c'est là le grand m 1 de mes tyrans, Dieu y « pourvu (il le vouloit ainsi) pur les sentiments sincères et purs que LaTerrière a toujours eus pour moi, et j'espère que, si j'ai le bonheur de le rejoindre, il aura jusqu'au tombeau la même tendresse et la même sincérité, En attendant, laissez-moi seule y songer, Allez rapporter à celui qui vous paie si bien tout ce que je vous dis,
Pélissier n'en fut pas surpris.—Je connois son caractère, dit-il, c'est bien elle, IT la ensorcelée, elle ne dira jamais autre chose : c'est tems perdu,
Nos comptes tinia, il se trouva me devoir une balance de 400 louis, mais excepté 68 Touis qu'il me compta, le reste passa pour la pension de Mlle, Delzène, Puisque j'avois vécu avec elle, il étoit bien juste de me charger de sa nourriture, Vrai, lui répondis-je, avec plaisir, je accepte, cest la faire mu propriété, Ainsi nous nous séparämes, fui bien déterminé à me faire tout le mal qu'il pourroit, cet moi à rejoindre au plus tôt ma chère et bonne amie, Je fis mettre nos quittances respectives dans 1es papiers publics, ce qui arrêta singulièrement son caquet, N'ayant plus affaire en ville (si ce n'est que mon cher trésor v étoit
rentermé) mes amis me conscillèrent de nréloignet
Con
quand ui sauroit que je suis parti, En conséquence, je laissai mes ordres et de Pargent pour son besoïñ. Ce que
un moven de lui procurer peut-être sa liberté,
pers
ere
COSRCIES TRE
EP M PARA DA re
re rq een