‹ Mémoires de Pierre de Sales Laterrière et de ses traverses [microforme]Chapitre 3 sur 49 · INA | ESS · texte numérisé non relu

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ce qui n’est pas à soi, surtout ce dont on ne connoîit pas la nature, Logés à ?’Hôtel-de-Richelieu, nous fimes connaissance de MM. des plus agréables en société, tant à table qu'à la conversation, Que pouvoient faire deux jeunes gens toutà-fait neufs sinon courir les rues, les places publiques, la bourse royale et la rade, qui paraissoit contenir de 600 à 700 vaisseaux de toute espèce, à destination où venant de toutes les parties du monde? Que nous étions étonnés | Fort peu de choses ressembloient à ce que nous avions vu dans les villes d'Alby ét de Toulouse, quoique fort grandes et bien peuplées, Le commerce maritime en faisoit toute la différence, qui étoit, en raison d’un grand concours d'étrangers de diverses nations, très-considérable, Dans cette rue on parlôit bordelais, plus loin françois, sur l'allée des Chartrons, tout à la fois, anglois, françois, bordelais, suédois, allemand, russe, italien, &c.; ce qui me rappeloit la tour de Babel, N'importe ! tous les jours nous rentrions de chez 108 parens et amis, surpris, enthousiasmés, saisis d'admiration, au point de ne plus penser à nos pères ni à nos mères, Ce cher oncle avoit beaucoup d'aflaires qui exigeoient sa nrésence : cependant malgré ses occupations, il nous introduisit chez notre cousin, M. de Rustan, (?) commissaire-ordonnateur de In marine, et chez un grand nombre d'autres personnes, qui nous accueilloient de leur mieux, Mais notre plus grand plaisir étoit d'aller visiter les églises, et les bijoux et autres curiosités commerciales de la Bourse royale. Grand Dieu! quelles remarques et quelles réflexions pouvions-nous faire à la vue de toutes ces beautés, provinciaux, jeunes et novices que nous étions, et fort peu éclairés !

Le temps de notre départ arriva ; mais il fallut me séparer de mon cher cousin. IL fut embarqué dans un vaisseau de Ja Martinique, avec une place au bureau de la marine ; je ne l'ai pas revu depuis et n'ai plus entendu parler de lui,

mis: LE 50e

Nous partimes, mon oncle et moi, pour Paris, Arrivé à Angoulême, mon oncle voulant faire de moi un marin, m'envoya à LaRochelle pour y étudier les mathématiques, et surtout les parties de la nautique, en attendant qu'il obtint pour moi du ministre une commission sur un des vaisseaux du roi,

Il m'adressa à un grand naître appelé Mathieu Mounier, membre de l'Académie française, Ainsi nous nous quittân es avec regret, lui continuant son voyage à Paris, et moi dans un bâteau descendant la Charente pour Rochefort, d'où je me rendrois par terre à LakRochelle, Ce premier moment dans le bateau avec des gens dont le langage et les usages me paraissoient si peu conformes aux miens ne m'aflecta pas beaucoup, L'éloignement de la maison paternelle et la prompte et inattendue séparation d'avec mon oncle, à qui je m'étois vite et sincèrement attaché, occupoient seuls mon esprit et mon cœur, avec le chagrin de me voir seul et m'en allant chez des étrangers de qui j'ignorois comment je serois reçu; cette dernière pensée augmentoit ma mélancolie, J'arrivai à la petite ville de Tonnay-Charente un jour de grande céremonie, parce qu'on y enterroit un général de cavalerie dans l'église principale, appelée Saint-Pierre, Les nautonniers ayant déchargé les effets qu'ils avoient pour cette ville, continuèrent leur route jusqu'à Rochefort, où nous arrivâmes le lendemain ; je pris mon logement au Grand-Café, et j'y restai deux jours tant pour me reposer que pour voir cette ville maritime de guerre,

Les rues y sont belles et larges, les édifices magnifiques et les magasins royaux très-vastes ;: les vaisseaux de guerre produisent une fort jolie perspective, Cependant, c'est un puis bas et vaseux,

Tout nouveau dans ce café plein d'étrangers, j'y faisois, en jeune homme sans expérience, avec l'ennui de mes parens, une f'gure bien triste, . Aussi.rien ne m'amusoit

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et si le cheval et l’homme que javois engagés jusqu'à La Rochelle eussent été prêts, j'en serois parti tout de suite, Une aventure, qui arriva à la maîtresse du café, me tira un peu de mon accablement, Elle avoit un superbe perroquet parlant très-bien, Un parasite étranger prenoit son café en considérant ce petit animal, Tout-à-coup il dit à la maitresse : — Il est beau cet oiseau, il devroit être parfaitement bon à manger, Elle lui répondit : — Oui, hé, hé, Combien coûteroit.il ? ajouta cet être, — Cent écus, poursuivit-elle, — Bon, dit-il, qu'on le fasse cuire,

Cela fait et exécuté, on le lui servit en présence de beau. coup d’autres qui regardoient son cynisme avec étonnement. Une fois le plat devant lui, il appela la maîtresse, et ordonna de lui en faire servir pour un sol, Cela occasionna un éclat de rire et une querelle extraordinaire, Deux partis pour et contre s'élevèrent d'abord, Les uns soutenoient que, puisqu'il avoit fait tuer le perroquet, il devoit vayer le prix convenu, Les autres suivoient la question : Combien est-ce qu'il coûteroit? — Cent écus, —et prétendoient que cela ne vouloit pas dire ni s'entendre de tout prendre, Et la dispute augmentant, quelques coups suivirent ; et la maréchaussée vint finir le bruit en se saisissant des principaux, le champion du perroquet étant du nombre, Heureusement qu'étant dans un coin et ayant

observé le plus parfait silence, puis à cause de l'apparence de ma jeunesse aussi sans doute, aucune question ne me

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