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mettre de continuer à pratiquer : il me faloit repasser à un nouveau collége pour obtenir d'autres lettres, Leur partialité, leur dureté, leur malice étoient ai visilles, que plusieurs amis, simples spectateurs, me dirent: Partez pour Cambridge, près Boston, nù dans peu de tems, avec les connoissances que vous avez déployées ici, vous obtiendrez ce qui vous manque. Mes ex.minateurs ayant vu cela, et les reproches que le public leur faisoit, platôt par honte que par amitié, se mirent à dire : Oui, que le eandidat aille à Cambridge ou ailleurs, nous allans lui donner un certificat très-favorable des talens et des vonnoissances qu'il a montrés, — Je ieur demandai : Quand est-ce que je l'aurai, messicurs ? — Demain, à 10 heures. — Je me manquerai pas de l’accepter, et d'aller tout de suite mériter d'avoir ce que vous trouvez qui me manque. Le plus dif.
cile étoit de me procurer de l'argent pour une pereille
entreprise : n'étant ouvert à un ami sa bourse fut mise à mon service, et huit jours après, le 7 septembre 1786, je partois de Saint-François avec deux sauvages, par cette rivière et le lac Mara ou Megock.
Je montai à la Baie-du-Febvre informer mes amis de ma situation et de ma résolution. Toute peinée que fat ma bonne amie, elle consentit à ce départ, et je me déterminai à envoyer ma chère enfant Zethée à Québec chez mon bon ami Dumas pour la faire instruire et la mettre en sûreté, cn qu'il m'arrivät quelque accident dans mon voyage, de partis done avec ma bonne amie pour Saint- François, où je la voulois laisser sous la protection de notre ami d'Estimauville jusqu'x mon retour, et le même jour ma chère file partit pour Québec dans un canot avec deux hommes.
M'étant muni de pau, viande, ete, poudre, plomb, et d'un fusil avec une bonne paire de pistolets, outre mon bagage, je me mis, à la garde de {hieu, sous la conduite d'un Sauvage nommé (César, que d'Estimauville m'avoit
procuré pour me mener avec mes effets, en canot d’écorce, jusqu'aux premières maisons américaines, Comme j'allois partir. il prit envie à un frère de ma bonne amie de m'accompagner, et d'aller rejoindre son frère Joseph, parvenu au poste de capitaine ingénieur à la solde des Etats-Unis, Le Sauvage consentit avec plaisir à le recevoir à condition qu’il travailleroit dans le voyage, ce qui fut accepté. Le 8 septembre, au matin, d'Estimauville fit transporter par ses voitures tous nos effets au canot : lui, sa famille et ma bonne amie, qui fondoit en larmes, vinrent jusqu'à l'embarquement et nous dirent adieu, puis chacun au plus vite s'éloigna vers sa destination, En peu de minutes, nous perdimes les habitations de vue, et aussitôt la scène changea : je sentis tout le regret d’être séparé, bien que pour un tems, de ce que j'avois de plus cher dans mon pais d'adoption — mon épouse, mon enfant, mes amis.
J'avois du papier et de l'encre, et quoique le baron de La Hontan eût déjà fait la description de cette rivière, — n'ayant rien à faire dans le canot et dans lés portages qu'à observer de tous côtés, je ne m'occupai que de ce soin, Mon journal, bien circonstancié, fut oublié par moi, à mon départ de Boston, dans une petite cassette, chez le Dr. Warren, notre professeur d'anatomie, Je vais y suppléer autant que ma mémoire me le permettra après un aussi long espace de terms,
"La rivière Saint-François se jette, au village de ce nom, dans le lac Saint-Pierre, Vis-d-vis, du côté du nord, se trouve la Rivière du Loup et Machiche., Le chemin d'hiver, d'une rivière à l’autre, à travers le lac, court exactement du sud au nord, Elle est très poissonneuse, surtout dans la baie où elle se verse, en éturgeons, en anguilles, ete, Les rives sont plates, et les prairies y sont belles et riches, Le sol est très-productif jusqu'au village sauvage, où des indigènes, de la nation des Abénakis, ont une centaine de maisons, avec une église, fondée par les Jésuites et soute-
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nue, depuis l'extinction de cette société, par l'évéque et le clergé catholique du Canada, Les environs de ce village sont pleins d'îles, appartenant à ces Sauvages et, entièrement cultivées par eux : ils y sèment du bled d'Inde, des citrouilles et des fèves,
A juger de ccc*e population par la douceur de sa langue, par sa police et par ses conseils, on croiroit que ces enfans de la nature sont les descendans dégénérés d’une nation qui a fleuri dans son tems, J'ignore s'ils avoient quelque croyance ou religion avant d'être chrétiens catholiques, mais je suis certain de ceci, c’est qu'ils sont religieux et qu'ils chantent supérieurement Les hymnes d'église en leur langue, qui sonne à l'oreille d’une manière fort musicale, au point d’étonner tout étranger.
Ils sont doux, très-hospitaliers ; vous jureriez en entendant leurs femmes causer entre elles, et surtout narrer, que la chose qu’elles racontent, se passe à l'instant même, tant l'expression est naturelle, |
Je les ai souvent traités dans leurs maladies, et j'ai même suivi, l'été, leurs docteresses dans les bois, Ils m'ont toujcurs paru francs, de bonne foi, et, pour ce qui est de la connoissance des plantes, dont toute leur médecine est formée, bien supérieurs aux Européens. Cette connoissance ler suffisoit anciennement pour le soulagement de leurs maladies ; n'ayant pas autant de besoin que nous, la somme de leurs maux étoit en proportion fort moindre, Quant à la chirurgie opératrice, ils n'y entendent rien,