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et sans peine, é’ \nt à notre porte. Les fruitages abondoient tout l'été; j'avois fait une piantation de pommiers, qui promettoient de récompenser mes peines. Le sol, sans être des plus riches, y nourrissoit toutes les graines que le cultivateur lui confioit, — jusqu'aux melons, qui y venoient en toute beauté, A mesure que j'en avois le moyen, j'agrandissois l'établissement ..,, Mes entreprises de bois entrainèrent un grand capital, — fausse spéculation où j'avais cru réussir, Il est certain que tous mes bois avoient été solidement encagés ; mais je n’avois pas assez tenu compte de la longueur du flottage sur un fleuve plein d’écueils, et de l'incertitude des vents, Sur 6000 cordes, je n’en vendis, à la capitale, qne 69 cordes, le reste fut égrené et entière. ment perdu. Je n’eus pas plus de succès avec les mâtures : elles n'avoient alors aucune valeur, Bref, je restai endetté et tout à fait ruiné, n'ayant plus que cette petite terre pour y végéter en agriculteur du petit ordre. Si je n'avois pas été médecin, j'y aurois crevé de faim ; mais cette profession valoit pour moi une vingtaine de semblables terres! .... Cependant, je l'avoue, nous étions heureux à Bellevue ; les voisins et les habitans des deux paroisses qui m’employoient avoient toute sorte d'égards pour nous, et l'abon.dance régnoit dans la maison. Souvent je me disois : Arrive qui plante! nous ne serions jamais mieux ailleurs !
Pendant tous ces changements dans notre existence, le père et la mère de ma bonne amie s'étant retirés à la Baie. du-Febvre, sur une mauvaise terre qu'ils y avoient achetée pour bonne, nous eûmes l’occasion de connoître cet endroit, et na pratique médicale y ayant pris racine, j'y étois fort souvent, teiiement qu'à la fin j'y achetai moi-même une autre petite mauvaise terre, proche de Péglise et sur laquelle je finis par bâtir une belle maison, Lorsque j'abandonnai le château de Bellevue, j'y plaçai un des frères de ma bonne amie, qui naturellement fort paresseux, n'y fit
rien et abandonna aussi à s0n tout ce lieu champêtre : la maison resta un hiver sans habitans,
Mes amis de la Bale s'étant bien trouvés de ma manière de traiter les malades, la renommée #en établit à Saint. Francois, au village sauvage et à Maska, et j'y étois appelé sans cesse, J'y fis la connoistance intime des personnes les plus considérables comme M, le curé Lenoir, M.d'Estimauville, agent des Sauvages, M. Gamelin, interprète, Madame Daberges, M, de Saint-François, ete, J'y gagnois beaucoup d'argent et tout ce dont j'avais besoin pour ma maison ; Mais ma maison de cénflance dans cette paroisse et où j'arrêtois toujours, que j'y eusse affaire où non, étoit celle de mon ami d'Estimauville : c'étoit là que les gens venoient mie chercher et me ramener.
Dans ces entrefaites, la mère de ma bonne amie tomba malade, et quelque chose que je fisse pour la conserver, J'eus le chagrin de la voir mourir entre mes bras, contente ot me recommandant sa fille, son mari et tous ses enfans,
A la Baie, j'avois aussi pour ani intime le curé Archam. bault, homme d'esprit et ami des hommes,
La mauvaise fortune me réservoit d'autres peines, La Chambre d'Assemblée passa une loi qui ordonnoit à tout praticien en médecine de se présenter à l'examen ou de montrer et faire enregistrer ses diplômes ou lettres chirur. gicaies, sous de grièves peines, J'avois perdu mes certificats ‘de Saint-Côme et mon acte d'apprentissage à Paris ; mais je me connoissois assez de talens pour subir un examen, Je fus le premier à me présenter devant le bureau médien]. Je parus à 8 heures du matin en présence de 4 praticiens ét 4 conseillers ct d'une très-nombreuse assemblée, que la curiosité y avoit attirée, parce que c'étoit chose nouvelle en ce puis, L'examen dura jusqu'à 4 heures de l'après-midi,
Une question n'attendait pas l'autre, Quelque justes que fassent mes réponses, nes examinateurs, faute par moi de leur représenter mes lettres, ne voulnrent pas me per-
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