ERA
tion. — Avez-vous quelqu'un de malade ? = Non, ==. Vous pouvez monter au port,
Lorsque nous fâmes dans le port, à l'ancre, des commis de douane, aux yeux d'Argus, s'en emparèrent ‘pour. ainsi dire, Une personne, envoyée par MM. Page 'et Noble, atriva avec un ordre de débarquer, du juge de police, Elle tenoit un café, et m'offrit sa maison ; j'allai loger chez elle. C'étoit le lieu où logeoiïient tous les capitaines anglois. A 1 heure, notre capitaine vint me prendre pour aller faire une visite aux marchands à qui il étoit adressé et moi recommandé, qui nous reçurent bien, M. Noble nous raconta la peine que lui et le consul avoient eue à faire abréger notre quarantaine, Il nous invita à diner, pour le lendemain, à sa quinte de campagne.
Nous trouvâmes chez lui grande compagnie, Madame Noble, jeune, parlant bon françois, nous accueillit fort hounétement. Ce lieu de plaisance s'appelle quinte à Oporto, ett. thomme aisé en possède une, Les guintes de M. Page et du consul anglois M. Howard, voisines l’une de l’autre, étoient extrêmement bien situées ; les terrains étoientremplis de vignes, d'orangers, de citronniers et de toutes sortes d'autres arbres fruitiers. Avant le dîner, la compagnie parconrut tous les carrés, allées et coins, tant le la guinte de M. Page que de celle de M. le consul, avec qui j'eus l’'honneur de dîner ce jour-là. M. Noble m'ayant, en marchant, tiré à l'écart, me tint ce discours : — J'ai montré les lettres à M. le consul, et l'ai pleinement instruit de ce qui vous amène à Oporto, I] m'a répondu qu'il fera tout ce qu'il pourra pour vous être utile ; que d'après les dernières nou velles de la paix de Tilsitt, qu'il a eues de Londres, des
commissaires sont attendus à Paris pour signer les préliminaires d'une paix générale ; que d'un moment à l'autre on attend la confirmation de ces nouvelles, par terre, de Paris; que vous pouvez vous préparer, si vous voulez, à partir pour France ; qu'étant ami avec le consul françois,
à leur première rencontre, il conféreroit avec lui de ce qu’il faudra faire à votre occasion ; que, lorsqu'il m'en auroit fait avertir, vous eussiez à aller avec moi en visite chez ce M. le chargé d’affaires de la nation françoise, mais pas avant, de vous-même,
L'occasion de faire cette visite s’offrit trois jours après. Le ls de M. le consul françois étoit dans la société intime des demoiselles de M. Howard ; pendant une promenade, celui-ci lui demanda s’il m'avoit vu : il répondit que non. Alors M. Howard lui apprit ma longue résidence au Canada, le but de mon voyage et que j'avois un fils avec moi ; il lui dit qu'il seroit charmé d’avoir un mot d'entretien làdessus avec monsieur son père, et qu'au théâtre, ou à la factorerie, ou peut-être chez lui il aureit ce plaisir. M. Gui-
nebau, ls, lui répondit qu'il en informeroit son père, Le
lendemain, ce consul fit dire par sou fils à M. Howard qu'il se sentoit toujours disposé à l'obliger, et surtout au sujet de la personne qui lui étoit recommandée, et dont le voyage lui paroissoit juste. Le lendemain, M. Noble eut ordre de M. le consul anglois de me présenter au consul françois, Ce respectable vieillard me reçut très-poliment, — Etesvous né François ? me dit-il, Je répondis que oui, — Dans quelles province et ville ou diocèse ? …— Dans la province du Languedoc, bourg de Carmenel, diocèse d'Alby,— Depuis quand êtes-vous absent de France ? — Depuis 42 ans, — Où avez-vous résidé depuis ? et où étes-vous établi ? — Au Canada : je réside à Québec avec mon épouse et mes enfans, dont vous voyez le plus jeune, — Quelles affaires avez-vous en France ? — Voici les lettres de mes cousins qui m'y appellent pour empécher la prescription d'un héritage que les droits de nature m’y doivent procurer, = Von les.vous y aller d'ici — Qui, si je puis le faire prudemament, — Nous attendons à chaque instant là nouvelle d'une négociation signée entre les deux nations, et je conférerai de ee voynge-avec M, le consul anglois.
PE NT Le RTC PNR ELA he PP Peso
NEA NE UE PES, Hu
Mar ©
L'ayant salué, nous nous en retournâmes pleins de l'es. pérance de recevoir la nouvelle agréable dont ces consuls m'avoient parlé ; et je me préparai pour continuer mon voyage par terre jusqu'à Bayonne ; je retins même, sur cette probabilité, une litière, Hélas ! comme je Pai dit déjà, l'homme propose et Dieu dispose : après m'être six jours durant bercé de cette espérance, je m'étois rendu à la factorerie angloise, M. Noble, que j'y reneontrai, me dit en me voyant: Mauvaises nouvelles, docteur! votre voyage en France est fait. C'est en Angleterre qu'il faut que mous allions tous d'ici au 20 octobre, avec toutes les propriétés britanniques si nous pouvons les sauver. M. le consul dit que les négociations sont roiapues ; ii ne peut plus que vous offrir un passeport pour telle partie de. l'Angleterre où il vous plaira d'aller; il ajoute même qu'étant au nombre des sujets anglois, votre nom et celui de votre fils seront sur la liste générale de retour en Angleterre, et qu'il seroit imprudent de votre part d'attendre ici les événemients, puisque, comme dit Bonaparte, tout sujet anglois, quelle que soit sa nationalité, qui sera trouvé an Portugal, sera arrété, Il m'a dit de vous conduire chez un vieillard respectable, autrefois avocat au parlement de Tonlouse, et depuis 40 ans citoyen d'Oporto, pour qu'il vous conseille sur ce que vous devez faire dans le présent cas critique, Voulez-vous y aller tout de suite ?— Oui, Nous le trouvimes chez lui, 2t très-bien disposé à nous écouter, M,
Noble lui ayant dit combien je leur étois recommandé et l'objet de mon voyage, et combien lui et le consul anglois, lui seroient obligés de ses bons avis, il me demanda de Jui laisser mes papiers. — Venez me voir demain matin, — C'est ce que je fis. — J'ai tout examiné, me dit-il, et voici ce qu'il faut faire : 19 Faire viser une copie exacte de vos preuves d'identité par les deux consuls et prier le consul françois de l'enregistrer ; 29 Passer chez un tel, notaire, une procuration (dout voici les chefs), à laquelle seront
annexées les dites pièces, en faveur de mon frère à Toulouse, cette procuration autorisant à vous représenter aux fins d'arrêter prescriptions et procédures, et de vous faire entrer dans VOS droits vous et vos enfans, suivant ja loi ; 30 I] la faudra faire viser et enregistrer par le consul francois. JL est mon von ami, et je Je prierai qu'il le fasse. Ne pensez Pas à aller en France en ce moment : quand même vous ne seriez Pas arrêté longtemps par la police de l'empire, les parens qui ne vous verroient pas 4VeC plaisir, pourroient inventer des faussetés contre vous et vous perdre à jamais . + +: Ne soyez pas inquiet, j'ordonnefai à mon frère de faire tout ce qui SCTA nécessaire pour vous, et, COMME vous le conseillent le consul anglois et vos amis, passez AVEC la flotte en Angleterre : ici vous ne seriez pas en sûreté.
En six jours tout fut réglé et signé. J'arrêtai mon passage dans un brick, appartenant à M. Page, commandé par Le capitaine Cummins, et allant à Dartmouth. Dès lors il ne me resta plus rien à faire, qu'à écrire à mes cousins, à visiter la ville et les personnes qui n'y avoient bien accueilli, à aller remercier M. Howard et à prendre mon passeport pour l'Angleterre,
fai été invité à diner plusieurs fois par le respectable M. Debar et chez un de ses amis. J'ai vu et fréquenté dans cette ville des évéques et des prêtres françois émigrés, qui m'ont fait voir ce qu'ily a de plus curieux à Oporto. Dans une visite que je fis avec évêque d'Aire à l'université de Quembre, à 6 lieues de 1à, nous restames trois jours. c'est la plus pelle campagne que jaie vue dans cette localité, 1e collège est bâti en pierres de taille, et à trois étages ; ijyaune belle chapelle et de superbes jardins, On N enseigne toutes Les plus hautes Sciences. C'est de là que sortent 1e médecins portugais. L'amphithéätre de médecine y est grand et commode ; celui de dissection aussi, On ya beaucoup de difficulté à se procurer des sujets, le col.
Lie uns qui ans sité DUT.
OA rois . On ù que 1édei, On e col-
lége étant loin des deux villes et le païs chaud, La botanique y est enseignée par un homme fort savant, Les fondateurs de cette institution furent des médecins. arabes,
En revenant à Oporto, je remarquai que l’agriculture étoit extrêmement négligée par où nous passions ; les habitans se fient sur leurs arbres fruitiers et leurs vignes. Ils ne font en réalité que gratter la terre, qui produit misérablement ; aussi paroissent-ils tous pauvres, La plupart portent en tems de pluie des cabans de jonc si bien entre. lacé que la pluie ne les pénètre point. J'y rencontrai des charrettes en ruelles, dont l’essieu fixé au roues, roule sous le brancard, avec un tel bruit que le diable en soulève, Les mules sont sellées et attelées à l'antique, ainsi que les ânes. Très-peu de chevaux, quelques bidets maigres et petits, C’est en faisant ces observations que je regagnai la ville,
Gporto est divisé en haute et basse-villes, Les maisons y sont belles, hautes de sept à huit étages, et en pierres de taille blanches ; les rues sont bien alignées. Cette ville possède le plus bel opéra que j'aie jamais vu, plusieurs magnifiques hôpitaux ; les églises sont riches et tenues proprement, antiques mais belles, Le palais de l'évêque est un édifice remarquable, Mais ce qui surpasse tout est la factorerie angloise, Le port s'étend devant toute la ville, Une grande curiosité est une communauté, appelée la Serre, qui est sur une montagne, et dont la maison, l'église, les jardins et les champs sont sans pareils. M. Pruril, prêtre françois émigré qui y résidoit, me fit tout voir, M. Oudiner, chef du génie, me fit visiter tous les travaux de son ressort, Les habitans, de toutes les classes, sont fort avenans et polis, Les produits des arts et des métiers se vendent à trèn-bas prix : les bottes 108. les souliers 2s, à 2s. 64. la paire, les chapeaux 5s., le vin 2 pence la bouteille ; aux auberges on a chambre, etc., pour 5s. par jour, et on y est très-bien,
” Le commerce di Canadn avec cette ville ct aussi avec Lisbonne, qu’il faudroit y faire en juillet, devroit consister en biscuit, farine, pois, bled, bled-d’Inde, bœuf salé, moruée, vérgues, matures, avirons, barres d'anspec, merrain, planches ec mar riers, qui pourrojent se transporter cloués en forme de boites longues remplies de bled-d'Inde, et pourroient re soit de mérisier où autre bois franc, soit de bots mou, Toutes ces marchandises trouveront toujours là des prix avantageux. On peut tirer de ces villes de l'or, des vins, des caux-de-vie, des soieries, des articles de cordônnerfe ét des hurns:s, ete, à bas prix, des fruits de diversés espèces, et des huîles d'olive.
Les circonstances gonvern mentales étoient si pressantes, que notre novte, composée de 50 voîles, fut prête à partir Te 20 octobre ; nous pri aes js mer sous l’escorte de acux bfimens de guerre : 19 jours nous suffirent pour nous rendré en Anglctérre, à Dartmouth, J'arrivai dans cette ville en assez bonne santé, et j'y passai huit jours pour me reposét et faire blanchir notre linge. Pendant ce tems j'éerit is mon arrivée en Angleterre à mon bon ami Bülmer, de Londres, le priant de me procurer un appartement dont je pourrois prendre possession en descendant de coche ; il m'en procura un dans une de ses maisons, dans le Strand, No. 284, À 30 ou 40 verges de chez lui. Sitôt que j'eus sa réponse, je payai mon hôte, pris un bateau pour monter la rivière jusqu’à Paunton, où passoît le coche venant de Falmouth.
Cependant, avant de passer outre, il me paroît raisonnable de dire que Dartmouth est une jolie petite ville, de difficile entrée, fortifiée et gardée par des montagnes, Son sol est pauvre et rocheux, mais si bién cultivé que la nature y est forcée de récompenser le cultivateur, En remontant la rivière, je vis avec plaisir la même perfection de culture, ét de belles maisons, des bourgs, et, par la campagne, une immense quantité d'animaux de toutes
cite maine RE SAR PASSES à
sortes, surtout de moutons, tous blanes et sans queue, Je ne crois qu'il existe un autre païs où la viande soit plus grasse et mieux préparée par les bouchers, Mais elle y est chère ; les pauvres gens n’y peuvent acheter que du bœuf, du mouton et du porc ; les volailles, les lièvres, etc. étant trop chers, la première caste s'en procure à sa fantaisie, la deuxième rarement, et la troisième jamais.
| Nous arrivâmes à Taunton deux heures avant le coche, ce qui nous permit de diner et de voir ce grand bourg. Le cor du coche somnant, il fallut nous remettre en route ; en deux jours et demi nous parvinmes à la capitale des trois royaumes unis. Partout je vis la même culture, une terre sablonneuse, graveleuse, sèche, et beaucoup de bruyères, d'arbres et d'arbustes d'espèces rabougries, presque partout les mêmes plantes qu'au Canada, le genêt, le lierre et le houx-frelon exceptés,
Toutes les villes où nous passâmes me parurent eommerçantes, industrieuses, mais empreintes d'une profonde mélancolie par les inquiétudes politiques du tems. Les maisons y sont belles, bâties en briques et couvertes en ardoises et tuiles. Les églises méritent bien l'attention, surtout les plus anciennes, Les habitans de ces villes ont beau être anglicans, méthodistes, presbytériens, etc., etc. etc. ces monumens majestueux témoignent de leur inconstance, car ils ont été élevés par les catholiques romains ; plusieurs de ces temples renferment encore les autels qui servoient autrefois au saint sacrifice ; à Exeter, on voit, par exemple, les statues des saints et saintes honorés au tems passé.... ;
Ce fut un dimanche, vers les 7 heures du soir, que nous entrimes dans. Londres, Ayant gagné le postillon à me mener dans le Strand, chez mon ami Bulmer, au No. 273, la première personne qui m’y accueillit fut ce même ami, qui m’attendoit. Presque aussitôt, son aimable demoiselle fit servir, et nous mangeñmes moi et mon fils de bon
appétit, car nous:n’avions pas encore diné, Après des com-
plimens réciproques et de longs discours sur le peu de succès que j'avois à Oporto, il me dit m'avoir trouvé une chambre près de chez lui, où. je serois bien, qu’il feroit de son mieux, avec M. Butterfeld, son successeur en médeeine, pour me rendre Londres si agréable que de me faire oublier au moins en partie les misères de mon voyage et l'ennui d’être éloigné de ma famille, — dont lui et sa demoiselle s'étoient particulièrement informés. Le temps d'aller se couther étoit arrivé, nous leur. souhaitâmes le bonsoir : ik nous fit accompagner par son commis Joseph à notre appartement, qui se trouvoit dans une de ses maisons, à 40 verges de chez lni, Au premier étage logeoit son frère aved'sa famille ; au second, une vieille fille avec su mère âgée de 88 ans : c’est elle de qui nous tenons nos chambres et qui va être notre factotum, Nous nous couchâmes trèsfatigués dé notre voyage de Dartmouth, que nous avions fait sans nous coucher ni dormir.
Le lendemain, lorsque nous fûmes levés, la femme entra nous demander comment nous avions passé la nuit, et ce qme: nous voulions avoir pour notre déjeuner, — Quel est Pusagé iei ? lui dis-je. Faites-vous l'ordinaire pour les personnes-qui louent vos chambres ? — Elle répondit que non, ebajontu de quelle façon voulez-vous vivre ? — Hé, par la bouche, comme: les autres, — Après avoir ri, elle s'étendit sur ds coutumes, et sur les commodités que Londres offroit aux'étrangers de passage : il y avoit près de là des cafés et dés eutihg hotuses, qu'on appelle traiteurs à Paris ; il y en avoit un à côté, qui avoit le nom d’honnête, où alloient tous les jours quantité de nréssieurs, — Pour le déjeuner et leisoupeérou’ted, me ditelle v’ést la-coutume de les prendre diéz.soi ;:elle nous achèteroit ee qu'il nous faudroit pour des:repas et lé charbon pour le fuu, mous fourniroit les uBtensiles du euininé nécessaires, ét féréit! nos chambres. Jedutidontiai dé l'argent ponr! faire les premiérs achats, et
le déjeuner de ce matin-là fut notre coup d'essai de ménage,
J'étois invité à diner chez notre ami, avec mon fils. J'employai la matinée à visiter l'eating-house, que je vais appeler traiteur, pour connioitre ce que l’on pouvoit y avoir, les prix, les gens qui la fréquentoient, et les heures auxquelles on pouvoit y être servi, Le maître se fit un plaisir de m'expliquer toute chose, et me donna une carte des jrix dé chaque espèce d'aliment, par plat et demi-plat; de sorte qu'avant de démander une chose, je pouvois voir d'un coup-d'œil ce qu'elle coûteroit, A l'aide de cette carte, je pus calculer ma dépense et celle de mon fils : semaine commune, elle s’élèvera à 528. 6d. sterling,
Au bout de trois à quatre jours, je fus voir MM: Page, Noble & Cie. chez qui étoient mes fonds, De retour au logis, pour profiter du départ prochain du paquebot de décembre, pour écrire à ma famille ; j'avois déjà écrit de Dartmouth. Je n'avois aucune nouvelle de mon affaire de succession en France ; aueune communication n'étoit permise ou possible d'Angleterre en France, que par la voie de quelque ambassadeur, et d'ordinaire ces fonctionnaires ne se méloient d'aucune autre affaire que de celles de leur nation. Point d'espérance de négociations, tant l4 haine et l'orgueil des peuples étoient montés haut!,.,, Bién m'en avoit valu à Oporto d'avoir pu envoyer une procuration en règle pour empêcher la prescription, et d'avoir pu ensuite m'en venir en Angleterre !.,,,
N'ayant pas accoutumé de marcher beaucoup au Canada, où je ne sortois guère qu’en voiture, et me trouvant, après le repos du voyage, transporté tout-à-coup dans une ville où les distances sont si bien mesurées que la marche à pied d’une rue à une autre ne paroît rien d'abord, quoiqu’elle soit souvent fort longue, la visite que je fis de mes connoissances et des lieux curieux à voir, m'occasionna un si grande inflammation abdominale avec constipation, qu'un
soit ma rupture sortit, dure comme fer, et, contre V'ordinaire, en me couchant je ne pus la remettre, Connoissant le danger, éloigné de ee que j'avois de plus cher au monde, mon épouse ét mes enfans, je fis demander M. Bulmer et M. Butterfield, Ceux-ei envoyèrent chercher chacun les médecins en qui fs avoient confiance et les plus proches, Quatre se présentèrent qui, en me voyant si mal, ne savoient trop comment s'y prendre pour me soulager. Je leur dis que j'étois médecin, que je pensois qu'une inflammation intestinale, avec une constipation de 4 à 5 jours, avoit cuusé la sortie de la rupture et l'endurcissement, Bans beaucoup faire attention à ce que je disois, ils essayèrent en tütunt de la réduire, ee qui me faisoit endurer des douleurs mortelles, Ce moyen ne faisoit que me précipiter vers un danger ivrémédiable, je leur dis : Messieurs, la réduction dans le présent moment me paroît absolument impossible sans meurtrir les parties ét l’épiploon, et partant amener ......., 18 gangrène et la mort, inévitablement, Je désire absolument d'être saigné de la quantité de sang qui pourra m'être tirée sans que j'aie de syncope, de recevoir un ou plusieurs lavemens écoprotiques avec une médecine com: posée de tels remèdes qu'il vous plaira. Ils y consentirent après s'être retirés dans la chambre voisine et y avoir décidé que, sitôt que je me trouvérois mal, ils réduiroient forcément la rupture, Moi qui n'entendois dire qu'une forte saignée, dès que je vis environ deux livres de sang, désirant que l'on me bandât le bras, je mis l'index sur l'ouverture de la veine et les priai d'appliquer le bandage, Ils 1: firent, tout étonnés de ce que je ne fusse pas tombé en syncope, et adoptèrent ma proposition de lavemens et d’une médecine, ainsi que les fomentations chaudes, suivant mon désir; mais jusqu'au lendemain seulement et il étoit minuit, Ces secours me furent administrés immédiatement par M. Butterfield, et mon fils, à toute minute, te ft des fomentations, Vers 6 heures, ayant évacué de deux
lavemens, je pus réduire avec aisance da r'pture, et appliquer très-serré mon bandage, avec quelle joie, on le peut imaginer, J'en fis informer mes confrères, qui ne me vinrent voir qu’à 9 heures, Ils avoient cru me trouver à la dernière agonie, quelle fut leur surprise ! Hs m'avouèrent franchement que j'avois mieux connu ma maladie qu'eux. El est certain que si je les eusse lrissés faire, ils auroient hâté ma mort, parce qu'il n'étoit: pas d'usage à Londres de saigner, Dès ce moment j'allai de mieux en mieux; cependant ils continuèrent de me visiter et de me conseiller de leur mieux, surtout le Dr, Paternoster, chirurgien de la garde de la reine, qui est devenu mon bon ami. Si une toux vatarrheuse ne m'avoit point fatigué jusqu'à me faire sortir mon interépiplocèle à chaque accès, j'eusse été bientôt rétabli parfaitemeut. Je gardai ma chambre 27 jours, Hélas ! où étoient mon épouse et mes enfans pendant ce tems-là ? À douze cents lieues. J'avois mes douceurs et mes besoins au bout d'une fourche ; mes bouillons étoient fuits à l’angloise : cette pauvre fille alloit m'acheter tout ce que je désirois et l’apprétoit de son mieux ; mais ses bouillons ne pouvoient faire de bien à un malade qui étoit accoutumé à ceux faits par en chère épouse avec art et qu'elle Jui présentoit à tout moment, Aussi puis-je dire qu'un grave amaigrissement, joint à de grandes puin: : morales, m'a conduit alors bien près du tombeau.
Si les réflexions que je faisois n'eussent pas et pour base l'espérance de revoir avant de mourir ces personnes si chères à mon cœur, j'aurois perdu courage ; mais ma sitrration en Angleterre, la pensée de mon fils abandonné à luimême, n'ayant qu'une couple de vrais amis sur qui il put compter, me firent prier Dieu de tout mon cœur de me conserver encore quelques années à ma famille, qui avoit tant besoin de moi, Je m'aperçus visiblement de l'assistance du divin protecteur.
Dès que je pus sortir, je continuai de dunner mou atten-
A me ma
tion atx études, tant des arts que de la médecine, Je fus informé qu'il devoit y avoir une grande séance aux Arts et qué ma présence en qualité de membre y était requise. Je fus fort surpris de ma réception ; je répondis à la politesse du secrètaire que j'aurois l'honneur de me trouver à la séance, En attendant, il est nécessaire que je dise ce qui m'avoit mérité cet honneur,
Quelques jours après mon arrivée, mes amis m'avoient beaucoup parlé de cette académie, et m'avoient appris que des ducs en étoient présidents et un médecin très-savant ét de leurs amis secrétaire, qu'ils y alloient quand il y avoit quelque chose d’intéressant, qu’à la prochaine séance on dévoit #océuper principalement du /ife-preserver de Daniel, et que je deévrois y aller avec eux, et qu’ils me présénteroient à leur ami le secrétaire, J'allai donc pour la première fois ‘à cette occasion, à cette grande et respectable académie de la Grande-Bretagne connue sous le nom de l'Adelphi, où je vis environ 400 membres, et une grande salle avec l'olympe éntier en décorations. Le duc de Norfolk vccupoit la chaire cé soir-là. Le registre ouvert, les référeñnces luës, on passa aux lettres, Une de ces lettres, du Dr, Silby du Canada, touchant l’'encouragement de la culture du chanvre, frappa l'assemblée, et fit demander ce qu'étoit ce M. Silby et quelle foi on pouvoit ajouter à sa lettre, Le secrétaire à qui j'avois été présenté comme médecin canadien, se leva et dit au président qu'il devoit y avoir dans là salle un docteur du Canada, qui connoïissoit peut-être l'auteur de la lettre, — Qu'on le prie de s'approcher, dit le président, Dans l'instant un sous-secrétaire vint au banc où j'étois assis me répéter l’ordre du président, je le suivis, Le président me demanda si j'avois entendu la lecture de la dernière lettre, lue par lui, et si je connoissois Le docteur Silby, Je répondis : Je connois le Dr, Silby de renommée Pour une personne respectable, — La lettre fut relue et je fus prié de dire ce que j'en pensois, L'ayant trouvée très-
Dr, ire oit Le na ans être It le banc ivis.
e de teur imée et je
très-
bien écrite et vraie rélativement aux ressouroes,qn'il trouvoit dans le haut gouvernement pour une culture avantageuse du chanvre, je m'étendis de mon mieux sur ce sujet pour épauler l'auteur, ce qui plut au président à ce point que de me prier de donner mon avis sur le succès que cette culture pourroit avoir dans tout le Canada, et de faire connoître la topographie de ce païs, ses produits et leurs espèces, Je répondis que, n'étant pas nréparé, je ne pourrois qu'ennuyer l'assemblée, que c'étoit me rire beau. coup d'honneur, et que si l’on vouloit m'accorder huit jours, je ferois mes efforts pour exposer ce que je croirois de plus vrai, Le noble corps applaudit, et on me dit que je pouvois faire cet écrit en françois, si je le jugeois à propos, presque tous les académiciens parlant cette langue, Je me rassis, et on passa aux mérites de la jaquette imperméable de cuir de Daniel pour servir dans les naufrages, Le mercredi suivant, comme je l'avois promis, je parus à l'académie avec un mémoire que j'avois communiqué d'avance au secrétaire M. Taylor, Le président, après avoir annoncé ce travail, me pris d'avancer et d’en faire la lecture, en l’'appuyant d'explications, s’il en étoit besoin. Cette lecture avec les explications, tantôt en anglois tantôt en francois, dura depuis 8 heures du soir jusqu'à 2 heures après minuit, I1s étoient tous surpris de ne pas plus et mieux connoître, sous aucun rapport, un aussi vaste et important pais. Je fus remercié et applaudi généralement, Le président, après que j'eus été me rasseoir, dit qu'une personne qui les avoit si bien renseignée méritoit qu'on lui offrit de la recevoir membre correspondant honoraire, Je fus rappelé et prié de vouloir accepter, Je répondis que je ne méritois pas une telle marque de faveur, qui ne devoit être conférée qu'au talent, L'assemblée s'ajourna à huitaine. J’avois parlé si longtems à cette séance que j'en eus un rhume inflammatoire semblable à celui dont je fus si malade à Québec ; il dura quarante jours, pendar ; lesquels
ms DEC) um
je wosai guère laisser mom hit et ma chambre, J'étois d'une
maigreur à faire pitié ; le spasmie suffoquant et l'oppres-
sion de la toux ne me laissoient pas une minute, J'avois
une chambre à coucher fort froide, et une autre ayant un
feu à l'angloise, c'est--dire que j'y brûlois per devant et
gelois par derrière. Je portois constamment la flanelle,
habits et redingote, ‘4 paires de bus, des souliers dans
lesquels j'avois mis me semelle de liége et de flanelle,
enfin des guêtres de drap, Voilà comment j'ai essuyé mes
maladies et passé l'hiver à Londres dans mes chambres, sur
ne des rues les plus belles, les plus marchandes, les plus
passante, de cette ville, le Strand, près de la rue de Norfolk fi
où demeu.oit mon bon ami le savant Dr. Paternoster, Quand je fus mieux, je recommençai à suivre les séances
aux théâtres d'anatomie, de médecine, de chirurgie, d'ac-
couchement, de chimie, et les lectures du Dr. Haus, con-
frère, membre et président de la société de secours pour
les noyés et les asphyxiés, et à aller surtout aux Arts à
l'académie d'Adelphi, dont j'appris avec surprise et joie
que j'avois été élu membre honoraire, Le secrétaire de la
société des arts m'écrivit cette lettre : —