‹ Mémoires de Pierre de Sales Laterrière et de ses traverses [microforme]Chapitre 40 sur 49 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

Quelques réfecions de l'auteur touchant la situation de sa ile. Les raisons pour lesquelles il se décide à faire un vornuue en Europe. ll 8e rend au Portugal, et passe de Là en-Analeterre, Son retour au Canada.

Ainsi se termina à Famiable une affaire qui, si elle eût été portée en cour, auroit excité une risée mortifante pour les intéressés et surtout pour une femme délicate et vertucuse, Avant son triste mariage, elle faisoit notre bonhour ct étoit le pilier de la maison ; elle reprit sa maitrise, Aujourd'hui encore elle gouverne le ménage de ses frères, qui l'aiment et l'estiment au-delà de toute expression, Elle à toujours été l'objet de nos plus tendres sollicitudes ; I ny aura que la mort qui désunira nos existénces, ou l'ordre de Dien permettant un changement à son sort, que nous désirons avec elle de tout notre cœur,

Cette séparation fit déclarer deux partis, Celui qui étoit pour Lehoulier, le connoissant mal, disoit : TE paroît bon et doux, et grand ami du clergé : il est tonjours à l'église Estee que Ja conduite de sa femme,,.,7 Le parti de ceHesci étoit le plus nombreux, étant composé tant de COUX qui connoissoient les vices de son mari que de ceux qui la trouvoient belle, bonne et sage...

Lehoulier reprit librement ses habitudes, lë jeune P,.., et autres mignons en sont la preuve, Pour ma fille, elle revint chez 8Cs père et mère par ln porte de probité, Par la, disoit.elle, jé montrerai que je sors vertueuxe et saus autre tache que d'avoir eu pour mari l'homme qui ne Fest qu'aux veux de la morale et des lois trop rigides en pareil cas, IE faudra que je porte son nom jusqu'au tombeau, puisque je ne pourrai obtenir un acte juste de divorce,

Eu effet, ceux qui ont l'autorité en cette matière refusent d'admettre le divorce dans ce pais, rempli de fanatisme et

de préjugés, et laissent périr les innocens faute de leur accorder ce prudent et sage secours, Que d'âmes, au contraire, ils mettroient par là en paradis, qui vont remplir l'enfer !

Dans ce tems-là, je reçus une lettre d'un de mes cousine de France nommé Bousquet : on m'avoit cru mort depuis 28 ans, qu'on n'avoit point eu de mes nouvelles, L'intérêt de cette lettre et le sort de ma famille, surtout de ma chère fille, que son mariage ne cessoit pas de désespérer, me décidèrent tout d'un coup à passer au païs natal, «ù des raisons importantes m'appeloient, suivant ce que m'écrivoit mon cousin, J'en parlai avec ma femme et mes cnfans, et ils y consentirent dans l'espérance que nous pourrions nous retirer ensuite parmi des parens et des amis ne connoissant rien, de nos malheurs, Je présentai en const. quence une requête au conseil, que présidoit l'honorable Dunn, et une passe ct permission me fut accordée avec faculté de rentrer dans la province quand je voudrois, comme n'étant conformé aux lois,

Il ne fut plus question que d’arranger mes affaires et de laisser une procuration à mon épouse, Mon fils ainé resteroit avec sa mire, ayant déjà fini ses humanités au séminaire et son apprentissage en médecine, Je me déterminai à emmener avec moi le cadet, afin, si je réussissois à rentrer heureusement dans tous mes droits, de le faire recon. noitre par mes parens et de le placer à l'université de Montpellier pour accomplir ses études en médecine, Toutes ces choses étant arrangées, je pris pour mon fils et pour moi un passage dans un vaisseau qui s’en alloit à Oporto au Portugal, appelé le Jane, capitaine Crosby. Nous partimes le 26 juillet 1807 ct arrivâmes heureusement à Oporto le 28 septembre, sans que j'eusse eu occasion de faire aucune observation digne de mention ici, étant infirme et ayant été fort souvent malade, Quant à mon fils, il se porta bien pendant toute la traversée, Le seul iñcident notable fut

qu'en arrivant dax le havre, nous fâmes sur le point d’être pris par un corsaire françois.

Les premiers qui vinrent à bord, dans des chaloupes pécheuses, me rappelèrent tout de suite les gens de Sorel, au Canada, ayant le même costume qu'eux, les pieds nus et l'air effronté. Leur langage étoit un mélange d'espagnol, de moresque et d'italien. T's avoient chacun une bouteille de vin dans leur mandel,..,, et nous offrirent un coup, comme les sauvages du Canada, à titre d'amitié, disant, uno copo delbine santat amico ; puis nous présentèrent des raisins et des viguas, en nous demandant du biscuit et de la viande, Nous acceptâmes ces rafraîchissemens avec plaisir, en faisant notre chemin jusqu'à la barre, De ce point, nous aperçümes la basse-ville et sur une montagne une sorte de porte de pierre qui sert à indiquer aux navires l'entrée du chenal de la barre, Nous fûmes piloté dans ce chenal et conduit à la quarantaine par d'autres gens qui s'étoient jetés à bord et s'étoient emparés du navire avec de grands cris confus, en langue portugaise, À la quarantaine, ils nous quittèrent, excepté le maître-pilote, laid et paroissant vieux comme Mathusalem, qui n'eut la permission de s'en aller qu'après la venue des visiteurs, deux jours après, Dans l'intervalle, plusieurs commis douaniers vinrent nous faire force questions, entre autres, quel étoit le chargement du navire et à qui il étoit adressé ? Ils écrivoient les réponses. Après quoi, ils nous disoient : N’auriez-vous pas de la poudre et quelques aticles de contrebande ? Donnez-nous quelque chose et nous vous les sauverons par paquets de 5 livres dans nos poches, et À votre départ nous vous les rendrons.,,, Si vous nous faisiez présent de biscuit et de viande, vous n’en auriez pas regret !..., On doit penser que des diables semblables ne doivent pas être méprisés.

MM. Page et Noble, à qui le navire étoit adressé, ayant été informés de son arrivée, leur commis vint le long du

bord nous parler, et pendant que quelqu'un amusoit le pilote, nous lui jetñmes les lettres, Comme j'étois recommandé à ses patrons, mes lettres ne furent pas des dernières À s'échapper, il promit de noas envoyer des vivres et des fruits ; mais rien ne vint, parce qu'il étoit interdit, pour la sûreté publiqne, de communiquer avec les arrivans avant la visite de l'officier du port, H fallut nous consoler par l'espérance que ce puissant personnage viendroit bien. tôt avec sa suite, nous autoriser à nous rendre an port devant la ville, Enfin, le surlendemain, vers les 11 heurés du matin, le pilote nous dit : — Voilà le bateau du grand visiteur qui va de vaisseau en vaisseau !..., Nous voyions ceux qui avoient permission d'avancer, appareiller sur-le. champ ; ceux condamnés à quarantaine ne bougeoïent pas, Enfin le bateau portant banderole aux armes royales de Portugal arriva à nous. Je vis deux magistrats, déux sécré. taires, deux aides, monter sur notre navire et le visiter, pendant que le grand visiteur restoit assis dans son embarcation, sous un dais, ayant devant lui une table, couverte d'un tapis vert, sur laquelle étoit un Evangile, du papier, des plumes et de l'encre, Le capitaine reçut l'ordre de descendre dans ce bateau, — Comment vous nommez-vous ? — James Crosby. D'où venez-vous ? — De Québec, …— De quelles marchandises êtes-vous chargé ? montres vos papiers. — Les voilà, voilà l’état de charge. — Combien avezvous d'hommes à bord ? y en a-t-il de malades ? — J'ai 12 hommes et 2 passagers, — Faites monter tous vos hommes d'équipage dans les haubans, — Montez tous dans les haubans, mes enfans.— Que vos passagers se présentent avec leurs passeports. — Dr, Laterrière, venez avec M. votre fils, parler à ces messieurs, et apportez votre passeport, Lorsque je fus descendu dans son bateau, le grand visiteur me dit : — Donnez-nous votre passeport, monsieur, — Voici, messieurs, Ils en prirent lecture et Venregistrèrent comme ils avoient enregistré les réjonses du capitaine, —

Vos venez de Québec. Quelles sont vos affaires en cé pais ? Je me rends en France pour des affaires de famille. MM. Page et Noble, à qui je suis adressé, VOUS informeront des choses et répondront de ma conduite. — Mes réponses ayant été écrites, ils demandèrent au capitaine #’il avoit communiqué en mer avec quelque bâtiment et d'où fenoit-il ? — Le capitaine Crosby répondit : Oui, avec une goëlette de Boston, partie depuis 76 jours de Londres, et qui étoit sans provisions. Je Vassistai de pain, de viande et de farine, — Allez-vous-en, et que le second capitaine descende. Hs firent: à celui-ci les mêmes questions ; mais ses réponses ne s'accordèrent pas tout-à-fait avec celles du capitaine. Alors, nous eûmes la mortification de voir partir notre personnage avec sa suite Sané vien nous dire. Le pilote, qui connoissoit l'usage, dit au capitaine : — Vous êtes en quarantaine 1... Que le lecteur juge de notre chugrin à cette nouvelle, Car il ne nous étoit permis de communiquer avec personne du dehors, ni d'avoir des provisions fraiches.

MM. Page et Noble envoyèrent, dans l'après-midi, un commis, qui, d'une grande distance, nous cria que la woëlette étoit cause de notre mise en quarantaine, et qu'ils espéroient faire réduire ce retard à onze jours ; que le visiteur repasseroit alors et que nouë aurions la permission de monter au port ; que pour moi, je devois être tranquille ; que M. Page avoit fait ce qu'il falloit faire auprès de M. le consul anglois et de M. le juge de police et de sûreté publique. Nous ne reçümes de rafraichissemens que Île dernier jour. Pour nous distraire, nous n'avions que la vue des bateaux, montant et descendant, pleins d'hommes et de femmes, qui alloient prendre des bains à la mer. Au "jour dit Par le commis de MM. Page et Noble, le pilote vit

revenir le grand bateau flammé aux armes de Portugal. Le ! goleinel grand visiteur fit monter deux de ses hommes à Lord èt descendre le capitaine devant lui. Nouvelle ques-

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