‹ Mémoires de Pierre de Sales Laterrière et de ses traverses [microforme]Chapitre 43 sur 49 · SR SEE · texte numérisé non relu

SR SEE

te. mal calculée, à ma sortie j'essayai 50 fois d'uriner depuis = Fi le Foundling Hospital jusqu'à ma demeure, Je souffrois F4 1 beaucoup ; espérant que la chaleur du lit y apporteroit i0= à aisance, je me couchai, Mes douleurs ne firent qu'augut À menter à tel point que je réveillai tout le monde pour ois aller me chercher M. Bulmer, M. Butterfield et le Dr. au, ; Paternoster, Je ne pus avoir que Butterfeld, que je priai eZ i de me donner un lavement, J'en reçus deux, qui me souoir 14 lagèrent un peu, mais je n’avois pas uriné et j'avois le bas. du À ventre enflé d'une manière très-inquiétante, Je résolus nel d'abord d'attendre jusqu'au jour pour m'envoyer acheter tre une sonde pour me vuider la vessie moi-même. Tout le dre À monde s’étoit recouché et dormoit profondément, Je me ois L: levai, n’en pouvant plus, pour envoyer Paschal chez Wiss, en- fabricant d’instrumens, à deux milles, Il v alla et revint CRTC k le plus vite qu'il put, sans avoir pu se faire ouvrir la porte. ion Je le renvoyai, avec ordre de dire que ma vie en dépendoit,

et que si on n'étoit pas levé chez Wiss, d'aller ailleurs, po- mais de ne pas revenir sans cet instrument, Il revint LACe ï promptement avec ce sauveur dangereux ; dans l'instant ge, je me l’enfoncai dans la vessie et en tirai jusqu'à la deren ; nière goutte, Quel soulagement ! Je crus être en paradis !...

Plus tard, je me servis encore de la sonde, Le Dr. Pateront noster arriva très-peiné de me voir dans cette nécessité, ute et plus encore de ce que M. Bu’ ner n'eût point sonné la tea bonne clochette, Il me demanc : ve que javois fait et ce

que je pensois être la cause d'une aussi vive retention, et age si j'étois sujet à quelque symptôme graveleux, Je répondis m'y que non, et il en vint à penser comme moi que de m'être | Tv retenu si longtemps chez Page étoit cause de ma retention, ul et qu'il y avoit inflammation de la vessie, Il promit de prie venir le soir me sonder ; il me sonda en effet avec beaucie coup de sûreté ct de légèreté de main. Il espéra qu'au enté bout de 8 jours je serois mieux. Sur les entrefaites, me

teté trouvant obligé d'aller rejoindre le vaisseau à Portsmouth,

je laissai Londres très-afitigé, car l’incommodité, au lieu

de diminuer, étoit augmentée à tei point, que si je n'avois

pas eu une chaise de poste pour moi et mon fils seuls, je

serois mort, parce qu'à chaque instant j'étois obligé d'uriner

goutte à goutte, avec effort, ce que je n'aurois pas pu faire dans le stage à cause du monde qu'il y a dedans. I} m'en coûta plus cher, je payai 6 guinées, tandis qu'il ne m'en | auroit coûté que deux et demie en coche. Malgré mon mal,

je quittai avec regret mon bon ami Butterfield, qui étoit

venu m'accompagner six milles hors de Londres ; il mérite

assurément ainsi que Bulmer ma gratitude, et celle de ma

famille, Ceux des miens qui liront ces mémoires ne de-

vront pas manquer, si l’occasion s'en présentoit, de leur

rendre ce qu'ils ont fait pour moi, particulièrement au Dr.

Paternoster, Norfolk street, No. 30, Strand.

J'arrivai à 5 heures, le même soir, à Portsmouth, épuisé de fatigue et si malade que je croyois mourir, MM. Page & Noble m'avoient favorisé d'une lettre adressée à leurs correspondans M. Coshier & Cie.: il se rencontra que le postillon les connoissoit et, comme ils demeuroient sur son chemin, il arrêta à leur porte. Je sortis vite et remis la missive à l'associé, lui disant que j'étois dangereusement malade et le priant de me procurer tout de suite une chambre dans quelque famille particulière, Il revint au bout d'un quart d'heure, il en avoit trouvé une pour 385. par semaine, nourriture et domestique à part. Ayant trouvé ce prix trop déraisonnable, quoique bien malade, je le priai de venir avec moi à..........,que vraisemblablement à l'auberge du Rebuque, où étoit notre rendez-vous avec 1: capitaine, nous pourrions moi et mon fils nous loger ce 80ir-1à. Dans l'instant et par le plus court chemin, mous passämes la traverse du havre, environ un mille et demi. À 150 verges du hord, étoit cette auberge : ayant demandé à l'aubergiste ei le capitaine Scott étoit arrivé, il répondit que non.— Je suis fort malade comme vous voyez, lui

dis-je ; pourriez-vous m’accummoder d'une chambre où il y auroit du feu ? — Non. — Connoissez-vous quelqu'un qui puisse m'en fournir une tont de suite ? — Non. — Démonté et mourant, Dieu m’inspira le souvenir d'un prêtre chez qui M. Lanaudière avoit été, et parfitement bien, au dire du capitaine, Regardant l'aubergiste les larmes aux yeux : — Connoîtriez-vous ici un prêtre ? — A dix portes d'ici. — Quel est son nom ? — Son nom est le révérend Lymphris, prêtre romain. — Allons, dis-je à l'associé de M. Cashier, sans le connoître, en deux mots je le convaincrai que je mérite d'être secouru. — Nous frappâmes à sa porte, son domestique parut. — M. le curé est-il chez lui? peut-on lui parler ? — Oui.— Le domestique nous fit entrer. — Bonsoir, monsieur, dis-je au révérend M. Lymphris, je suis M. Laterrière, du Canada, et bien malade, comme vous voyez. Votre générosité envers une personne de ma connoissance et mon état m'ont fait prendre la liberté de m'adresser à vous pour avoir un logis. — Oni, monsieur. Laissez-moi, dit-il à mon compagnon, ce monsieur et son fils : je leur trouverai dans cinq minutes ce qu'ils cherchent — une chambre cenvenable à un malade, — Je ne pus retenir mes larmes ; je le priai de me faire monter le nécessaire, que j'essayerois de faire de l'eau, et que c'étoit la principale incommodité de mon état, Après ce besoin satisfait, le domestique me mena chez une veuve, mais sa servante lavoit laissée le matin, et je ne pus avoir un logement 1à.— Voyez, nous dit-elle, chez Wakins, de l’autre côté, ils feront votre affaire. — Mrs. Wakins, en effet, pouvoit disposer de chambres moyennant 18 shillings par semaine, nos vivres à part, qui nous scroient fournis au prix du marché, ainsi que tout ce dont nous avions besoin, Le marché fut conclu sur-le-champ, et nous primes possession de deux chambres, Je fis souhaiter le bonsoir au respectable M. Lymphris par son domestique, Je me mis à prendre du ‘ea ; car une soupe à l'oignon que javois

demandée se trouva être un plein bassin d'oignons bouillis, que l’on me servit ainsi fn puro, avec de la sauce au beurre séparée. N'importe ! j'avois tant de confiance aux oignons qu'en les mangeant avec quelque apprêt que ce fût, j'en éspérois un bon effet, Ils en eurent un étonnant: les coliques venteuses et l'envie d'uriner furent si fortes qu’à chaque moment j'étois au pot, je m’aperçus que l'eau sortoit plus facilement, J'en pissai ainsi jusqu'à 10 heures du matin !..,. Dois-je attribuer ce mieux aux oignons, à un lavement que j'avois pris, ou à la 9e journée de l'attaque inflammatoire ? Les sentimens peuvent être divisés, mais pour moi, je crois que ce bien vint des oignons et d’un changement d’air plutôt que de toute autre cause ; car depuis mon arrivée au Canada, j'ai bien mangé et bu sans autre effet qu'une grande liberté de ventre et cœtera.— Le matin, étant encore malade, mon bon ami le prêtre Lymphris vint me voir; je lui dis que j'avois un extrême désir de me confesser, que je deveis prendre tous les moyens de remercier Dieu de la grâce qu'il me faisoit à mes maux, d'une espèce si dangereuse, Sa charité fut si grande qu'il voulut recevoir dans ma chambre le dépôt de mes peines. Je me trouvai aussitôt l'esprit si soulagé par le bonheur que j'éprouvai, que je me vis presque guéri!..., J'avois beaucoup désiré faire cet acte de religion à Londres, mais les prêtres y étoient fort occupés, et je n’en avois pu avoir un. Le respectable M, Lymphris, voyant ma situation critique, ne m'a pas abandonné pendant les quinze jours que J'ai passés à Portsmouth, et j'ai eu le bonheur de recevoir de sa main la communion pascale, Mon fils a rempli aussi ce devoir de tout catholique, Depuis ce précieux et sacré moment, j'ai été de mieux en mieux, J'informai mes amis à Londres de ce changement favorable, et ils m'en marquèrent leur joie dans leurs réponses ; car, lorsque j'étois parti de la capitale, ils croyoient bien que je ne pourrois pas aller loin. Je les ai trompés, j'ai trompé la mort, et

j'espère, sous la sauvegarde de Dieu, la tromper longtems encore,

Je ne me plaisois qu'en la compagnie du bon ministre de l'évangile de Jésus-Christ ; si je n'eusse pas craint de le gêner, j'aurois été sans cesse chez lui, J'y vis plusieurs prêtres, aussi aimables et des plus zélés, II me mena un jour en visite chez une dame veuve, demeurant à deux milles, à la campagne, et qui nous reçut avec beaucoup de politesse, Mère de quatre cnfans, catholique, riche, trèsbelle et jeune, elle avoit résidé très-longtems en France avec son mari, homme riche, très-charitable, qui étoit mort depuis peu... Des colonels et d'autres se sont présentés, mais rien n'a pu effacer de son cœur le souvenir de ce mari, non-plus que le souvenir de la France, où elle espère se retirer à la paix.

Trois à quatre jours après notre arrivée à Portsmouth, le capitaine de notre vaisseau étoit venu et s'étoit rendu à l'enseigne du Rebuke pour s'informer où nous étions. L'aubergiste lui montrait la maison où nous logions. En ce moment même, mon fils, qui alloit lui-même s'assurer s'il ne seroit pas venu, le vit, Le reconnut et me l’amena, J'appris que la frégate Némésis, qui devoit convoyer la flotte n'avoit pas encore reçu d'ordre, Notre capitaine nous dit de nous amuser, et qu'il nous avertiroit.

J'en profitai pour parcourir les rues de Portsmouth ; elles ressemblent, comme les magasins, à ce qui se voit à Londres, car ici comme Ià ce ne sont que marchands et marchandises, Cette ville est certainement jolie, avec ses rues larges et bien alignées, et ses maisons de briques, qu'un Anglois qui n'en a point vu de pierres de taille, croit les plus belles du monde, Son port et sa rade sont toujours remplis de navires de toutes sortes, à cause de leur commodité, Les officiers et les passagers de $ “ttes qui partent de Londres, pendant qu'elles font le tour, s'en viennent par terre les attendre ici : beaucoup de milliers de livres sterling

se répandent dans ce trajet et jusqu'au jour de l'embarquement, qui, si cet embarquement se faisoit à Londres, ne resteroient pas en Angleterre. Voilà une sage poftiqué.

. Enfin arriva.le tems de nous embarquer pour le Canada, ce qui eut lieu Le 16e avril 1808, dans l'après-midi, et toute la flotte leva l'ancre ce joneilà.

.. Je mets ici le journal que j'ai tenu pendant ce voyage, qui fut fait sous l’escorte de la frégate Némésis, capitaine Summerville.

Cette 1ère nuit, petit. vent. — Le 17, également. Nous gagnons vers l’ouest, Apparence d’un coup de vent; la

frégate fait signal de relâche à la rade de Weymouth, où nous arrivons vers la nuit, — Le 18 au matin, vent N.-N.-E. ; reprenons notre route vers les 10 heures ; vent tourne au S.-E, Obligés de tenir près du vent toute la journée, — Le 19, toute. la journée employée à battre la mer pour gagner Plymonth, Vers 6 heures, menace d'un grain et coup de vent ; signal de relâcher à Torbay, où nous sommes à l'ancre, Dien sait quand nous en sortirons. Dans le moment que je journalise, six beaux vaisseaux de ligne viennent de la côte de France se mettre à l'abri.

Le 20, le 21 et le 22, nous sommes encore à l'ancre : bourrasques et vent de N.-0. se hâlant vers le nord. Vers midi, la frégate fit signal à tous les capitaines de navires d'aller à son bord; notre capitaine n’est pas encore de retour, j'ignore s’il y à de nouveaux ordres..., J'apprends que l’on a reçu ordre de se tenir le plus près possible du convoyeur, — Le 24, sur le midi, le vent passe au N.-N.-E, Signal d'appareiller, qui est exécuté par toute Ja flotte, Mais le vent ne tenant pas et revenant au N:N.-0. avec une mauvaise mine, le commodore fait signal de rentrer et remettre à l'ancre, — 1e 25, à 4 heures du matin, le vent étant repassé au N.-E., nous mettons à la voile pour Plymouth. Vent petit et incertain, mer unie, Ayant compté ce matin les navirès de la flotte, j'en ai trouvé 54.

QD

Le 26, calme devant Plymouth. Avons passé la journée vent dessus vent dehors, entre les light houses N.-E, et 8.-0. de Plymouth, à environ mi-distance de l’un et de l'autre, estimée à 4 milles et demi de chacun. Vers le soir, la frégate fait le signal de petite voilure afin d'être à Falmouth sur le matin pour recevoir les navires de ce port. — Le 27, 11 heures, vent nord, Nous faisons route au O.-N.-0. Nous estimons être à 6 milles des deux light houses O. Vent modéré, La frégate est au centre de la flotte, un sloop of war to the head.: 7 heures du soir, nous sommes en travers des isles de Silly, distance de 30 milles de Lands-Ænd, que nous avons dépassé à 3 heures, que le vent s'est rangé au N.-E. Nous courons O, et O.-N.-0. et même :.ord pour approcher de Cork, où la frégate doit toucher,

Aujourd’hui, 28 avril, à 8 heures du matin, nous sommes d'après l'estime à 15 lieues loin des isles Silly, Vent d'est, Calme, Cap au nord : faisons environ 2 milles à l'heure. J'ai compté 50 navires, il en manque 14, La frégate et le sloop sont proches de nous. Toute la nuit du 28 et le 29, jusqu’à midi, avons fait de 4 à 5 milles à l'heure, Vent E.-N.-E, ; mer un peu grosse. Estime de la distance à Cork, à midi, 30 m,

Le 29, à midi, je remarque que la flotte est très-écartée : les navires sont loin les uns des autres, au point que si ün corsaire paroissoit, il en prendroit autant qu'il voudroit, À tout moment nous espérons de voir la terre irlandoise : il y a déjà 12 jours que nous sommes à la voile, mais nous avons été retardés par les différentes relâches et la visite des ports pour prendre les navires qui doivent grossir nôtre flotte, La nuit s'est passée presque en calme, Même vent E., revenant souvent au N.-E.

A 6 heures du matin, le 30, la terre est à bâbord à 4 on 5 milles. 9 heures, des chaloupes pêcheuses ont visité plusieurs bâtimens et leur ont vendu du poisson sans doute, p2

Note distance de Cork, où la politique ministérielle nous force d'aller, nous a paru être de 30 milles an N.-N-E. Dieu seul sait le temps que nous perdrons dans le canal ilandois appelé Sf, George Channel, avec 64 bâtimens, Etant partis de Londres le 29 mars et n'étant encore qu'ici, il paroît probable que le commodore n'a ordre d'aller de havre en havre jusqu’à Cork, avec une aussi grande flotte, et au milieu de tant de dangers, que par des raisons polltiques des autorités, pour avoir des nouvelles de la guerre où de la paix avec l'Amérique ; mais le tems nous l'apprendra, La flotte de mai pour Québee, ce semble, sera plus tôt, ou au moins aussitôt arrivée que celle de mars ; parée que, suivant toute apparence, nous ne sortirons point de ce trou avant le 10 de mai peut-être. Le vin est versé : doux ou amer, il faut le boire, Tout mon regrét est de

n'avoir pas suivi Bernard par Bristol in « running vessel. Aujourd’hui, 30, calme, vent dessus vent dedans, vent N:-N.-0, Nous attendons les bâtimens de Cork, ayant envoyé un sloop de guerre les avertir de joindre la flotte, Nous sommes an large et, au matin, ne voyons point la terre, Dieu veuille nous rassembler tous et nous favoriser d'un bon vent pour continuer notre course, Il vint hier un . petit bateau pêcheur irlandois, qui nous dit être de Aing's * Head ; il n'avoit que quelques patates, qu'il échangea avec nous pour du rhum, J'écris, comme les autres messieurs : . j'écris à Butterfield, de Londres, Dans le cours de la jour- ‘née, le sloop de guerre fit sortir de Cork les navires qui devoient joindre la flotte, Le vent passa au SE. et E,

Avons fait petite route, le cap à l'O. 4 N.-0, et O. 4 $.-0. Le ler mai, faisons route à l'O, ; 4 milles à l'heure ; nous ne voyons plus la terre d'Ixlande, qui nous reste au N,.

NE, J'ai compté 66 vaisseaux, Mer douce ; vent d'est. . Le 8 mai, méme vent et petit, Môme route, La flotte est assez ramassée autour des frégates par la peur que nous avons eue hier au soir à la vue, au loin, dans le N.-0,, de

an QD ue

À vaisseaux de ligne et 2 frégates, ignorant à quelle nation cette escadre appartenoit,. À

4 mai, Même vent N.-E.; route O, 4 N.; 6 à 7 milles à l'heure, Latitude observée 51.7’, Beau tems ; mer pas trop houleuse, On m'a dit qu'il ne manque aux navires de la flotte qu'un petit bateau, et qu'on a vu beaucoup de poissons qui se dirigeoient vers le N.-E. Je ne puis monter sur le pont, étant tombé, comme je descendois l'escalier, le côté sur le bord d'un panier de ferblanc ; je crois avoir deux côtes cassées, Je mange mies douleurs dans ma cabane. Dieu ait pitié de moi! Je vois que je m'en sentirai tout Je voyage, si j'y résiste, ce qui me paroît douteux, à cause d'une grande inflammation qui s'étend du bas-ventre au creux de l'estomac et aux reins et aux hanches,

5 mai, À midi, vent N.-N.-0. et N.-0. ; mer paisible, Cap à l'O, & S.-0, et ©, } S.-0, ; environ 2 milles à l'heure, Les navires autour de nous, avec les frégates,

6 mai. Vent N.-0,; depuis minuit nous portons vers 0, 4 5.-0, 4 milles à l'heure, Mer houleuse, fort vent, tems un peu pluvieux, La flotte est très-répandue autour de nous, 8 heures 3 minutes, rencontre avec un bâtiment et choc à nous écraser, Cela ne m'a fait aucune impression par la contüance que j'ai en la garde de Dieu. Ce vent nous est contraire, Vers le soir, est des plus forts et passe au N. Mer houleuse. Je fatigue beaucoup et mon côté me fait terriblement souffrir...

7 mui,au matin. Avons le cap à l'O, 4 8.-0. Vent N.-N.-0.; mer fort hérissée, Passagers malades et tristes, On ne voit plus que 60 voiles, et loin de nous, Je n’en suis pas fâché pur un tems si bourru, Amure sur bâbord nous jette bien au sud, J'ai souffert extrêmement de mon côté, cette uuit, par le roulis, j'y sens un grand feu, ce qui m'épouvante, parce que le foie peut être affecté, Le peu de secours que

je réçeis sur mer et im fatigue continuelle que me cause le

tangage du navire, m'en font-craindre les suites, J'ai recours & b ; . ,

à Diéu seul, qi est ma seule ressource : sa sainte majesté fera ce qu'elle voudra de moi, j'adore en silence ses tréssacrées volontés et m'y soumets avec joie, bien convaincu que les biens et les plaisirs de la terre ne sont que de purës illusions, de dangereuses amorces, Ce qui m'afflige, c'est d'avoir pensé de même si tard...

Le 8, mer fort houleuse : cap O.-S.-0. ; latitude observée 469, La flotte est bien dispersée, et avec peine on peut éomptèr 40 voiles. Le cabin boy s'est brûlé la cuisse avec dé l'eau bouillante, Mes souffrances sont les mêmes, Nous faisons 5 milles et demi à l'heure tonte la nuit.

Le 9, vent O.; cap au S. 4 S.-0.; petit vent ; flotte rassemblée ; mer radoucie, N'ayant pas été à la selle hier, je souffre d'avantage. Mon mal de langue, qui m'avoit quitté à terre, mé reprend avec plus de force que jamais. Vers 8 heurés, vent O. Nous avons viré de bord, et nous courons N.-N.-0, Mer pas houleusé, Aujourd’hui cst la 8e journée de ma chute ; je me sens plus mal qu’à l'ordinaire, Compté ce soir 57 voiles très-écartées les unes des autres, I! manque sept navires ét le sloop de guerre, Sont-ils ensemble ? Le sloop s’en est-il retourhé ? Distance des Açores au N.-N.-0, 30 à 40 lieues. Dieu veuille, s’il lui piaît, nous donner du vent. Ce qui est consolant, c'est que notre bâtiment est bon, ne fait point d’eau, et est léger et rapide comme un oiseau (quoique chargé aux deux tiers): notre capitaine est très-prudent. Le plus affligeant est d’être en flotte ; pressés ensemble, pour ainsi dire, que d'accidents peuvent arriver !....

10 mai. Même vent et petite mer. La flotte est visible et disséminée, Cap au N. ce qui nous vaut variation N N.}N.-0. Dieu ait pitié de nous! Mon rfté me fait inal et m'inquiète. À 1 heure, le vent a passé à 8.-0, ! au N.-0. } O. Faisons quatre milles à l'heure, Mer houleuse. 11 mai, Mer houleuse, Vent 8.-8.-0. ; cap au N. } O. 4 tillès à l'hetre, Latitude 460 : long. 190, Flotte fort écartér.

13 mai, Vent 8.-0, fort; mer houleuse. Né voyons que 15 navires, Avons fait souvent le N.-N.-0, pour rejoindre la flotte, Cette route nous rapproche de Green-Land, mais pas beaucoup du Canada, Telle est l’obéissance que 64 vaisseaux doivent avoir pour une frégate! Trois ou quatre corsaires pourroient nous ramasser, au moins pour la plupart...

13. À 8 heures du matin, même vent. Nous avons la flotte sous le vent — 52 voiles. Vers midi signal d'en approcher, Vent de N.-N.-E, a fraichi ; mer grosse, Nous faisons route au N.-N.-0. Estime : 25 degrés de longit, : tems sombre ; point d'observations, Mon côté me fait plus mal que de coutume, et je suis constipé. Ai révé aux ours : je voulois en tirer un, et je ne le pouvois pas. C'est signe d'ennemis qui m'observent, Dieu veuille nons continuer ses grâces !,.., Vers les 3 heures la Princesse de Galles, barque qui étoit sous le vent, a fait signe de détresse, Les plus proches ont couru à son secours, ét ensuite la frégate, La barque faisoit eau ; nous attendons, et perdons ainsi un bon vent, Toute la flotte est autour de nous, A la nuit, lu barque a fait voile : la voie d’eau est bouchée,

14. Calme, puis vent d’'E,. jusqu'à 6 heures, Nous faisons 2 1. à l'heure, Mon chapeau et deux perruques tombèrent à la mer par une corde que le roulis me renvoya derrière la tête, Je ne pus les sauver, et le capitaine qui l'auroit pu, n’en fit aucun cas, Voilà la générosité d'un Anglois !.…..

15 mai, 8 heures, vent N.-E,.; bonne brise ; 8 milles à l'heure, 54 navires de la flotte nous suivent, Mon côté me fais bien mal ; je sens une des fausses côtes craquer lorsque je tousse ; ce qui me cause de l'inquiétude, parce qu'un roulis continue] #mpêche la réunion, Dieu me préserve d'un abeès à cet endroit !..., J'ai été à la selle hier et ce mâtin ; mais la selle de ce matin n'étoit que. le fruit .de deux pilules que j'avois prises. ù

16 mai, lundi, Calme de vent d'E. Toute la flotte autour

de nous, Je n'ai pas beaucoup dormi. Latitnde 46 ; longitude 29. Nous estimons étre à 270 du Banc, J'écris à 9 h. du matin. À 8 heures, le vent a soufflé du 5.-8;-0. Tems modéré.

17, mardi, Vent 8-84, Cap N.-N.-0. Nous faisons 3 m, ct demi, Mer unie, J'ai compté 54 voiles, Les deux goëlcttes nous ont laissés hier dans la nuit,

18. Vent 0,8.-0.;: calme ; nous n'avançons point ; cap au NN, 4 N.-0. Brume épaisse, Mon côté me fait moins al, mais je désirerois beancoup d'aller à la selle,

19, jeudi, Vent N.-N.-0. ; cap à l'0:$8.40.; nous faisons ! mille ct demi À l'heure, Mer calme. Flotte autour de nous: 44 voiles, Vu une grande quantité de marsouins noirs allant au N-N.-0, Il n'y a plus de brouillard, La frégate à tiré du canon à toutes les demi-heure, Je n'ai pas encore été à la sellé, quoique j'aie pris hier soir deux lavemens d'huile d'amande donce et sel de Glauber, Ce matin, j'ai avalé une dose d'huile de Palma et calomel ; j'en espère sur le soir un bon effet avec l’aide de Dieu, qui est ma seule consolation, Les hommes qui m'entourent dans le navire sont aussi tristés que moi à cause du vent contraire,

Ma famille est toujours présente devant mes yeux, et je n'ai d'autre désir que de la voir en réalité au plus tôt, Si nous n'allons pas micux, ce ne sera qu'en juin, et vers la fin. Ts croiront que nous avons été pris, par les avis dont jui chargé Barnard de notre départ avec le Newfoundland Hcet. Ma médecine a opéré vers les 5 h. de l'après-midi et m'a donné sept selles, qui m'ont beancoup allégé et sou lagé, Ce soir, je dormirai tranquille avec Faide de Dieu, ie vent ayant sauté au S.-5S.-0, nous avons viré de bord et anis le cap à LOLN2C, If pleut dé ce vent, Avons vu plusieurs baleines et marsouins noirs.

20 mai, vendredi, Vent 8.-8.0,; cap au N:-N.-0, Mer grosse, tems brumcnux, Observations d'hicr; 47.3 lat, ; 34,45 long, J'ai passé une nuit plus trinquille, Le côté me fait

encore bien mal : cependant, quand je tousse, le dedans dn corps ne me fait pas autant soufirir, Pluie toute la journée,

21 mai. Vent N.: cap à FO. } N.-0.; vent dessus, vent dedans, pour attendre les navires paresseux. Chose singulière ! avant que nous puissions tirer avantage du peu de bon vent qu'il plait à Dieu de nous esvoyer, la frégate le

-perd à attendre et À rassembler le convoi, J'ai compté 48

bâtimens, bien épars. Je n'ai pas bien dormi, à cause de

“mon côté, qui me fait mal, et d'une petite disposition à la ‘toux, qui me fait peur. Personne de malade à bord que

moi, Hier au soir, il y cut une grande discussion touchant la population de la Chine, en dedans de la grande muraille, J'avunçai qu'elle étoit de 53 à 60 millions ; le capitaine et deux passagers soutenoient qu'elle étoit de 34] millions : je n'ai pas pu l'admettre, Renvoyé aux auteurs à Québec !...,

£2 mai, dimanche, Vent :F.-N.-0. mer très-grosse ; cap à l'O. depuis environ minuit, Flotte autour de nous, assez dispersée, Lat. 47.7 ; long. 35.18,

23. Vent N.-N.-0,.; à la cape depuis 24 heures: cap à l'O:N.-0, Flotte toute dispersée : nous ne voyons que la frégate avec une dizaine de voiles, Le roulis me fatigue beaucoup, Le tea est à la veille de nous manquer, Midi, le vent est au N.-N.-E,: même course, Les houles ont diminué,

24 mai, Vent moyen de N.-N.-0 : mer douce; eap sur VO. 4 8-0. Nous faisons 2 milles et demi à l'heure, ::4 voiles et la frégate près de nous, Pas dormi, J'ai mal di. géré après mon diner d'hier, n'ayant pas eu de tea, pour faire passer le lard mal cuit et le bœuf salé que nous mangeons, Depuis mon accident, j'avois obtenu de manger du

- pain frais, mais la gourmandise d'un passager m'en a privé.

Le capitaine s'étant aperçu que ce pain passoit vite, il en fit reproche, L'autre qui étoit un fils de meunier devenu

Page 1