‹ Mémoires de Pierre de Sales Laterrière et de ses traverses [microforme]Chapitre 5 sur 49 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

Du séjour de l'auteur à La Rochelle at de ses proarès pendant un an, © De son vouage jusqu'à Paris par la Messagerie à cheval,

Quoique fatigué de ce voyage à cheval, et dans une nouvelle auberge, je ne me reposai pas beaucoup, tant mon cœur étoit agité, Comment trouverois-je ce monsieur qui devoit me soutenir et me protéger? M'étant habillé le plus décemment possible, je me fis accompagner chez Ini par un jeune homme, Sa résidence étoit à un des angles de la Place d'armes appelée le Bois-sans-Bout, Ici le conducteur me quitta à la porte, dont je venois de laisser retomber le battant, Une servante parut et me fit les questions ordinaires : — Que demandez-vous, monsieur ? A parler à monsieur Mathieu Mounier, pour qui j'ai es letires. — M'ayant annoncé, je fus introduit dans sa grande bibliothèque, où il étoit seul, T1 me fit asseoir, et prit lecture des lettres de mon oncle, son grand ami, se leva, me serra la main en me disant: Soyez le bienvenu, nous allons faire pour le mieux, Avez-vous déjeuné ? continua-t-if,— Je répondis que non. — Eh bien, je .ais vous présenter à madame de Couagnes ,.,,,,., et vous déjeunerez avec nous, Descendus au parloir, cette dame arriva et m'accueillit très-poliment, M, Mounier passa dans une autre pièce pour mettre un habit, et revint nous trouver, Pendant ce temps, cette dame m'avoit demandé où j'avois quitté mon oncle, et pourquoi il n'avoit pas fait le tour par LaRochelle, cela leur auroit procuré le plaisir de le revoir; qu'il parraissoit s'être bien amusé au païs natal, puisqu'il y avoit passé la belle saison de l'été, Je répondis qu'il avoit été absent si longtemps, et que la famille wavoit guère jfoui de Jui, vu que chacun #'étoit “npressé de le retenir autant que possible, — C’étoit bien

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naturel, me répondit-elle, M. Mounier rentra en me disant : — J1 vout faire un marin royal de vous, avez-vous du goût pour cet état? — Je ferai de mon mieux, répondis. je. Il ajouta encore : — Revenez déjeuner demain avec nous: vous trouverez le professeur de mathématiques Guilloton. Je voudrois qu'il se chargeñt de vous pour cette étude, et pour votre logement et pension, ayant déià beaucoup de messieurs ..,,........... Nitôt le déjeuner fini, de crainte de le gêner, je le priai de me permettre de me retirer, — À demain donc, me dit-il,

Fort content de l'accueil généreux ds raon protecteur, je me mis en devoir de regagner mon auberge, à quoi je parvins sans difficulté ; mais crainte de me perdre, je ne considerai pas beaucoup la ville ni ses beautés, excepté le port. Comme je logeois proche et que je visois à devenir marin, je donnai une couple d'heures à l'examen des vaisseaux, qui étoient en grand nombre, et des chantiers de tout genre, que je me promis de venir visiter chaque fois que mes études m'en laisseroient le loisir,

Plein d'aussi flatteuses idées, je rentrai dans ma chambre, non sans peine, parce que la fille de l'aubergiste — mariée depuis 3 mois seulement, venoit de perdre son mari, et la maison étoit remplie de voisins et de voisines faisant tous leurs eforts pour la consoler sans pouvoir y réussir, Le lendemain, jour de lenterrement, suivant le corps an cimetière, comme c’est la coutume, elle se jeta 2 fois dans le trou, sur le cercueil, pour y être enterrée avec son mari : on eut mille peines à l'ôter et à la ramener chez elle, et il fallut même la garder quelques jours, Cependant cette folle étoit remariée 3 mois après; par là on peut juger aisément de son inconstance et de son peu de sincérité ,..,

Je ne manquai pas de me rendre aux ordres de mon protecteur, Je trouvai là effectivement ce M, Guilloton : m'ayant vu et entendu parler, je parus lui plaire, et après

déjeñner, sans que je connusse les arrangemens qu'il avoit faits avec M. Mounier, il me dit de le suivre, Arrivé chez lui, il me présenta à madame, et tous trois ensemble, un instant après, nous mont£mes au troisième ; nous traversâmes sa chambre à coucher et entrâmes dans nn cabinet, où il y avoit un lit, une table et un miroir, Une petite fenêtre faisant face sur une cour de derrière, Le mari et sa dame me dirent : C’est ici votre appartement, Notre maison est si pleine de pensionnaires, mais pour obliger votre protecteur nous vous avons accepté quoique vous soyez obligé de passer dans notre chambre À coucher pour aller à la vôtre. Voyez le sacrifice que nous faisons et la confiance que madame va mettre en vous, — Je répondis que j'y étois des plus sensibles, que ma conduite et mon respect pour elle et pour lui les convaincroient qu'ils ne s'étoient pas trompés à mon égard. De Jà nous passimes à la salle d'étude, où il m'assigna mon numero à la 193ème place (car tout y étoit très-bien réglé) pour le lendemain,

IL permit à un étudiant appelé Maugis de m'accompagner à mon logement pour aller chercher mon portemanteau, L'hôte payé, je m'en revius avec mon conducteur, qui est devenu mon bon ami, chez notre maître, et pris possession de mon petit cabinet, La maison de ce mathématicien étoit située Canton des Flamands, rue du l'orche, No, 37, proche du Théâtre et de la Porte de la Grosse-Horloge, j

Ici je fus mathématiquement et classiquement observé par tous mes camarades — moi nouveau, venant de 130 lieues, Languedocien et d'apparence et d'accent ; mes gestes, mon accent provincial étoient examinés et tournés sur tons les sens, Trois ou quatre jours après avoir fait connaissance, étant un peu leur riséé, mais riant toujours avec eux, ils se déclarèrent tous mes amis, surtout

Maugis et 7 où 8 autres grands ; soutenu par eux, cela me

rendit respectable à tous les autres, et chacun fut bientôt de ma société: d'abord ceux qui étoient étrangers à la ville de LaRochelle et venoient comme moi de loin, en général enfans de famille ;: mon goût pour l'étude et mes succès surprenants m'attirèrent ensuite la société des écoliers rochelois, surtout du fils de M. de Saint- Sauveur, qui, fort intime avec mon Maugis, nous attira chez son père, rue du Temple, chez qui nous étions reçus amicalement, Son père et sa mère étoient bons et l'ai. moient tant que tout ce qu'il faisoit étoit parfait à leurs yeux, et à ceux d'une sœur, à qui il avoit montré les humanités en langue latine tout comme il les avoit faites lui-même au collège de cette ville, et dans le temps dont nous parlons, il lui faisoit faire les mémes cours de mathématiques et de géographie que lui et nous, Presque tous les jours de congé nous faisions avec elle double devoir,

Ce fut dans le mois d'octobre que j'arrivai là, temps où les poires de bon-chrétien s'y récoltent; et quoiqu'il n'y eût encore que quelques jours que j'y fusse, je me trouvai mêlé dans une curieuse aventure. Nous avions dans notre classe un fils d'apothicaire, placé en ce lieu par son tuteur, — son père et sa mère étoient morts depuis peu. Ils n’étoient que deux frères, et le cadet ( qui étoit celui qui n'aimoit pas la profession de son, père, mais aimoit la marine ), un jour, en parlant de fruits, nous annonça que son frère et lui avoient un beau jardin dans Saint- Nicholas, plein de belles poires qu’il dépeignit si mûres et si bonnes, qu'un complot ne tarda pas à se faire par les plus forts et les plus grands d’entre les étudians pour aller les enlever une bonne nuit, Les plus rusés proposèrent de se déguiser tous en revenans, de se procurer des échelles et de pénétrer dans le jardin en criant : où vas-tu, ma pauvre âme? Elle devoit répondre: Droit à la cabane ( où étoit le frère gardien avec nn fusil toutes les nuits, )

Cet appareil eut l'effet espéré, Pendant qu'une troupe crioit dans les allées: Où vas-tu, ma pauvre âme? et qu'une autre répondoit : Droit à ln cubane! les autres avaient déjà escaladé, et enlevé des poiriers tout le fruit, Le gardien saisi d'épouvante laissa tomber son fusil, et gagna la porte et une autre rue au saut et à la course, La chose s'accomplit en peu de minutes tant le nombre des voleurs de poires étoit grand: et sans avoir été surpris, nous rentrâñmes chez notre maître déposer les poires sans qu'il lé sût ni personne chez lui, que Louise, son aînée, qui nous aida à les cacher, Paillasses, valises, coins et recoins, tout fut employé, et avec le plus inviolable secret, Que vimes-nous le lendemain? notre camarade d'étude l'apothicaire, stupéfait et chagrin de ce qui étoit arrivé à son frère le droguiste, la nuit précédente au jardin : toutes les poires avoient été enlevées par un tel soulèvement de revenans, que son frère croyoit de bonne fui que tous les morts du cimetière de Saint-Nicolas avoient été de la partie pour voler et manger les poires — que son frère en étoit malade au lit, et étoit à moitié fou par suite de la triste catastrophe :; que, de la cabane il avoit vu venir cette procession d'âmes avec tant d'ordre, que l'épouvante le prit tout de suite; que, depuis le matin, la police avoit fait des recherches sans ombre de succès, Quinze jours après, l'histoire étoit devenue publique, et si drôle, que partout où vous alliez, vous n'entendiez point d'autre conversation.

Pendant ce temps, nous tremblions d'être découverts, mais heureusement, nous n'en eñimes que la peur, La chose à la fin se calma, si bien que souvent nous faisions part des poires à ce pauvre diable qui disoit ingénûment : Voilà d'aussi belles poires que celles qui étoient dans notre jardin ! Nous les disions venir du côté d'Angoulême, par la Charente, à LaRochelle, envoyées par nos parens,

est assez parler poire, revenons nux progres de mes

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