‹ Mémoires de Pierre Lenet, procureur général au Parlement de Dijon, et conseiler d'etat, contenant l'histoire des guerres civiles des années 1649 et suivantes, principalement celles de Guienne et autres provincesChapitre 7 sur 7 · UVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

UVRE QUATRIÈME

Li princesse reçut avis que don Joseph Osorio :oit arrive avec trois frégates ^espagnoles près 6a^ uah. Nous crûmes qu^elles apportoient les quatre ent cinquante mille livres que I^rtet nous avoit dit; voir vu charger : qe qui donna une grande jqie à; out lé parti et à toute la ville, chacun espérant d'y tvpir part. Les ducs vinrent incontinent s'en réjouir r^ëç la princesse , qui tint conseil pour aviser avec, es çpininxssiilres du parlement, les jurats et quel-^^ {«8S um des principaux bourgeois, sî on recevroit "cgentîïhomme espagnol publiquement ouincogni^o*. £t comme c'étoit nn pas délicat que nous ne voulions sas fyké aanâf y inCéreséer tout le corps, en prenant ^s sentimens de leurs députés , il étoit plus snr de ê recevoir la nuit et sans bruit, pour ne pas réveiller ^us les gensaffectioanés à la cour, qui h'attebdoient Jti'ttne bonne occasion de nous nuire. Il étoit plus [vantageux de le faire Wtrer publiquement avec 'approbation dun chacun, afin qu'il tïj eût plus ien à ménagfer, pour faire voir aux Espagnols que si .^^riiicesse étoit absplument maîtresse de Bordeaux, wi qu'ils ne marchaadassei:it plus à nous secourir , t^pDorleur faire voir iqué l'argent qu'ils nous enver- <^lé(lt )5eroit utilement employé. Chacun opina à sa ^Oïde.tlnfin il fut résolu qu'on le recevroit en pu- ^ic; que la princesse lui enverroit un carrosse à six Hevaux, et quelques gentilshommes pour l'escprler.

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et qu il viendroit desceadfe eo^moalof^ Gek k If^' exécuté : elle lui envoya Mazerolles pour le compli- W^ menler de '^a' pafri ,• tômnié ^n ^^hyé Ida roi d'Es- 1**^ pagne (0. Je le régalai du mieux qu'il me fut possible : les ducs mangèrent toujours avec lui, ettQos nos principaux officiels. Nous lui donnâmes la musique", dés concerts dé luths, de violons et de Irojnpéttés; et tout le peuple le suiVoit, en foule avec ies acclamations de joie qui me ^ùrprirenti Je' confesse

ingénument ma fbiblesse : je souhaitois foirtsa venue,

, (i) « Le soir dip méiDe )our^ çpn Sn^lé yendrf^ 8 jiiitllcl^ylQ'Biirqni^ de Sauvebœuf emmena danâ Bordeaux un gentilhomme e«p.9J^Qli:ionmé don Joseph Osorio/dans un carrosse k six cheTaux, et passa ]^ar ïeCoiiT» oa un tenips auquel les carr-oscfes 'db ia^VIIle iofUbiénC il Ik' prôîàenye.

« L'arrivée de cet envpyé d'£spagtie g et- Ifij yaeide^ ces- irols vais<éitt (j^ui parurent le lendemain, ëtânl venus | de la marée dfi la ^m,|]iio!Ûlkr l'àttdre au cleyant de la ville, excitèrent q[ué}qué petit murmure parlai i) fdupart det habitant, qtii ne pbnvoientioniT^ir'tjù^bii paMt i idtàask de recevoir aucun sec^rs dTEis^agne^ Le pfrrlieoient •?aBS<udblt ponrk même sujet; et il fut résolu qu'il.seroit fait perqnisitîon^cp^j^ctejle et tfnvalîér espagnol, et que tant lui ^ue tous antres de 1^ m^menatioii, s^il s'en rebcont^ok^darushi.vilié, ééfoiéht pns et ébnc/nUs l^ans h'CoÀcicrgdrife, et qu'il ser^iç oonru sbs^ à-cesiraiistàiîi ji^lft')ftkTéUNeâVti4 port. L^arrét en «yant été k rit^stant publiât cet E^gi^ fe retira à pdk bruit, et les vaisseaux levèrent l^ancre et s'ayallèi^nt plus de dem^lienci eu bas. ifais^^edevhiél^îirgtotr On a ôttitoutun temps qu'en l'avoit débarque «t misr ;ès' inaÎQs , ^ madBBBaei âà\ priàd^ié , ^iVant lé àyâté fait à Madrid aveck roi d'Espagne. pai* l^^ip^çirqui^ ^ SiJ&q^ , je^vojç par le duc de Bouillon et leç autres seigneurs de son parti i néanmoiniil «st très>véritablé que de quatre cekit znillè livres '( les' uns en onïditi^QSi les autres moiny;) qfie ce bon E^agÉK>l a^it'ctilddÉSts, il nTen* )kîksY i madame la princesse que soixante mj)!^ IjVfcs, pour P^sadraoce jd^ «[uelles cette princesse lui donna des pierreries en gs^, et qu'il importa le Veste en Espagne :'ce qui n'a paâ aécommodé les affaires du (ioc de Bouillon; car faute de fixianccs iljn'af ']^ xiieAlrcI sUr pM' Tes tniti^ qu'il avoiidessein de lever pour tenir U.<|ampagne. »> (Ht^irevéritiiià de tout ce qui s'est fait et passé en Guiennc pendant la guerre d* Jfordeaux.) '. ' ' ' ' '• '

DE LËNET. [l65o] 375

par la nécessité en laquelle nous étions d'être secourus d^argent. Je savois bien que les ajQTaires de la bature de la nôtre ne doivent se commencer qu*à toute extrémité ^ mais quand elles le sont, i^fautles soutenir par toutes voies -, que quand on y succombe on est châtié comme des rebelles, et que quand on y réussit on fait le service du Roi et le bien de l'Etat, lilais j*^tois Français d'inclination autant que de naissance ; jVvoîs , comme mes pères , été toute ma vie attaché au service, du Roi 5 je ne.pouvois m'àccQUtumer au non^ espagnol , et j'eus t:oulçs les peiûes du monde à. dissimuler je ne sais quelle douleur inté»rieure qui me faîsoit condamner en moi-même la joie que je voyois eh tout le monde; et assurément je n'étois pas seul de ce sentiment. La nourriture, et tout ce que l'on entend dire dès l'enfance, fait une telle im^re^sion dans nOs cœurs, qu'elle effacé les senlimehs de la nature et ceux de l'intérêt propre.

Après le souper, il fut rendre ses devoirs à la prin-* cfsse et au duc d'Enghién, qu'il trouva accompagnées de quantité de noblesse , des principaux officiers de la ville , et d'un très-grand nombre de dames bien piarées.. Il leur fit en sa langue un fort honnête com-^ jplimeht de la part du Roi son maître y il expliqua la âouléur que Sa Majesté avoit du traitement que le prince soa mari,^ elle-même et les princes ses.beaux*^ frères avoieht reçu du cardinal Mazarin. II exagéra les grandes actions et la vertu extraordinaire du prince dé Condé , et dit que son bras avoit relevé la France et frappé de grands coups contre TEspagne; et que comme le sçul crime^^qui avoit donné lieu à sa^ prison étoit sa grande et juste réputation, son roi

i'^a [i65oj MÉMOIRES

Tenvoyoît pour offrir à la mère et au fils sa protection tout entière, et leur donner parole de roi, de piir^nt ^t d'anii , dé pe jamais faire de pai^ avjec la France cjp'il ne vît Iqs princes en pleine liberté, e{ q^nç tous leurs intérêts ne fussent ménages comme Içs siens propres ; et que cependant il les assi^terpit d'hommes, d'argent, et de tout ce i|i|i seroit en son . pouvoir, comme Sa Msyesté s'y étoit obligée par ^ 1 traité qu'il avoit fait avec le baron de Baas au nomjjé Son Altesse.

La princesse ]di répondit, les larmes aux yeux, qu'elle étoit très^obligée au roi Catholique de vouloir secourir une princesse accablée d'afflictions et 4e malheurs ; qu'elle se mettoit sous sa proteçtioiif et avec elle le jeune prince son fils, qui n'étoitâgé que de sept ans, et qui avoit été contraint devenir à l'extrémité du royaume chercher un lieu de sÛMté contre la violence d'un ministre étranger •, que h générosité du Roi son maître étoit d'autant plus grande qu'elle étoit désintéressée , ne pouvant espérer d'elle que des prières pour sa santé et pour 1» prospérité de ses armes, de laquelle dépendoitla paix générale et la liberté de monsieur son mn; quec'étoit uiïe chose étrange dele voir mis d^nsl?^ fers par la Reine, à qui il avoit rendu àe si gmi$ et signalés services , ou pour mi^ux dire par le cardinal Mazarin, qu'il avoit sauvé de la corde; etqo^ le roi d'Espagne, à qui il avoit causé de si notable^ préjudices, s'employâtpour sa liberté; que c'étôltun effet de sa justice , et que cela deyoit faire connoîlrç Si tout le monde que rien n'étoit tel que de faire sob devoir comme il avoif déjà fait , puisque par là il

]>£ LENET. [l65o] 377

aiYoit acqais Festime de Sa Majesté Çatholique,^ contre cjui il avoit sçrvi tonte sa vie , et qu'il en recevoit aujourd'liui toute la protection. Aprè^ les.çomplimens de part et d'autre , les ducs, qui ëtoiçnt présens, encliérirent sur tout ce que la princesse avoit. dit* Le jeupe. duc fit diverses questions à Qsorio $ur la santé du Roi , de Tlnfante , et sur les manières d'Espagne , qui firent admirer son esprit. Chacun entra dans la conTersation, qui dura jusqu'à minuit, après Çuoi chacun se retira./

Le gi^ dès le Inatio , les ducs se rendirent çn çipn

logis, et lurent avec cet envoyé et avec nipi Jie traité

que Baas ayoit fait aVec le harpn de Yatteville. Il

étoit entièrement conforme à celui qn'avpit fait la

duchesse de Longueville et le vicomte de Turenne

àStenay avec le comte Fuensaldagne : ce qui ne nou$

surprit pas peu, ayant espéré I)eauc<>u,p d^vantage^

Le, pouvoir dont Baas avpit été chargé lui donnpit

celui d'entrer dans le tnéme traité, mais cela s'ei^T

^ndbit quant siux fins : aussi portoit-il que.ee Sj^rpit

aux conditions dont on conviejndjroit*, etçjçs cpncjli-

tions dévoient aypir été ménagées çpnfprmémeiit k

fes instructions , . c'est -ai - dire propprti onnée> à 1^

grande affaire quç ^pus, avions à sp.ut^nir, à la qp^-;-

JÎtë (^ès gQnsq^ui d^YPiej^f ç^l|•e^.JdJ^^ notre p^rtji^

^ux troupQs quç fipus ppi^yion^ çt devipns fe^ire , ^i\%.

^Isgénéraux, que npijs ayipns intention dç pijo-

ïïïof^voir 'y^ à ceux de Ja religion, qv»i faispient espériçjr,

1 ete noù^ e^pyipn^,

^ire agir : à mille particuliers, dç q^î nous a^^epdipp>^^

^^ gi^knd séc<j>uip^^ ^t surtout dans Cordeaux!, j^pnt 1^

^4ipàri ns^îssoîent que par l'espérance 4'une réçonJ:

378 [l65o] MÉMOIRES

pense proportionnée aux grands services qu'ils nous rendoient. Et par le peu que contenoit ce traité nou^ nous voyions tout d'un coup hors de pouvoir d'exécuter les grands projets que nous avions faits, et frustrés des grandes espérances que nous avions conçues, et que nous avions .données à tout le inonde.

Le duc de La Rochefoucauld n'étoit pas nommé dans te traité : Baas, qiii avoit voulu relever le duc de Bouillon son maître , avoit cru qù il lui rendoit un signalé service en supprimafit le nom de son collèffUô -, peut-être Tavoit-il fait par Tordre du duc de Bouillon, et je le crois ainsi , patce qu il m avoit té^ riibîgné souvent du chagrii^ de ce qu'on nommoit toujours lé duc de Là Rochefoucauld avec lui en ibiis les actes qu'on expédioit. Le duc de La Rôchefpucdtilà mlivoit aussi fait cônnoître en diverses renfcontrés son déplaisir de ce' que le duc de Bouillon vouloît se distinguer de lui 5 qu'il souffroit quon s*adressât à lui en bjeaticoup de rencontres sans qu'il lui èri dôniiât pùirL ïlsâjo'utoiéht toujours â leurs plaîtitefe une {jrâhde esiittié 'l'un pour Tau tre , et une gknde amitié. Je crois que j'étois le seul' dé j)osîtaire de ' leur éh agWri ', ùùl ne s'^èii' a'pèfdut jàmàî s • et J'avois une àj)plicaiiott tout èhtîèfô à lés guérir tous deux, eii leuV àiéM toujoùiiâ to'^Bieti'riîn de l'autre /et ^ lëùt i rapportant pblîgèaiiiiifënt lés Jplâin tes qu^s fei- — soient réciproquetnénl, qt^i, au lieu de les brouiller^ .— réchaiiffbieh't toujours leur i|intî^. Lé ducy^e Bouillon iiroyoït que son âge, Son expérience, les, emplois qu il avoit ej(is, et la souveraineté dé Sedan qu il atroit pôssédeeV ïé devôîéni distinguer. Le Hue de L^

DE LEiNET. [l65o] 879

Rochefoucauld jpensoit de son côte que sa dignité ^ la naissance, ëgale à celle du duc de Bouillon, son E^spHt, ses amis, ses intrigibes et son courage ne deroient souflfrir aucune distinction, d'autant plus qu'il il'y en avoit nulle dans leur caractère. Quoi qu'il èû soit, sa colère fut grande de ce que son nom ne paroissoit point dans le traite dont je ][)arle; mais, pour dire la Vérité, elle s'aigrit bien davantage, aussi biéri que celle de nous tous^ quand libus sûmes d'Ôéoriq que la konliikiè que nOus attëndiotis étoit réduite a celle 'de cjtfariaàte mille ^Ciib;' Nous iie lui dissimu^ lâmès paâ htii sëutimefis: lidu^ nous plaigiliines liàuteijlént 'du priicédé dé Vattévillej nou^ jirotestâmesf de faire la paix et de cherchéir nds avaritaeeà avéC Mi c6uf, puisque nbUs' -i^oyîoiîis Bien 'qîué nous ùe poutïôiis'éii fespéï'erdes Espagnols, auxquels nous con!;-^ tièîs^îdhâ^ àe^'fa ibkùvâise volonté, où* du moiis db* l'ikilpims^nce , eft qu*en lin mot ils devdîeAt croîref qiîè' bous riô Jsérîclns pà^ Ibng^tetnpS leurs dupë^. ^ Nous lui tèiîiaoïitrftmës èhsuîïe'qut! le kôi ^h niaîtri^ ^tbït màldonseillé^dë pëhîife'Unéâtiisi favorable con'ioùctuW ii^ie^ éélfe (jûi s^^^^ à M; qtTil tfëybii ^^âaaôtihef'^oùtë'atrtrè ëirtVéfiri^e pour'ën pi^bfiter; '^ Itii fimes tous les raisoiitiëinètis ijtië rîmpbrtanbë «; llàflfe^ toéHéoit^ 0 étbit lïnihbttiihe fort

:<3^îc}V èï^de'^bon'*ëhs'> il nbùs laissa ëkhalêr , sanisJ i^^J^S réjfWtidtë'articunè chose. Il àavoit bièri que, dah^ ^ TciSééfeteitë àik hôùs'étionis v ^ûotrs seridns ti^op' heu- ^^i dé WdeVôîif Ik sothiue qti'il ndûiiapportoit, qnï,' *3rtitë ftftftfiquè qti^eUé'édit/ que rien.

^ Ubtasf i*epàrtit que nous ne dëvidiispâs nous étonnéi^ %v\ë R6i!;Sôn*nlàître ùe prodi^ùoit pas ses trésors ^anà

38o [l65o] MÉMOIKES

savoir ajii vrai Tët^t de; nos s^T^reis; t^w^ na9$ ^vio|^ bien que les souverains regardoieat avant lout^ choses à leurs Intérêts*, q^e c'anroit été imprudence à eux d'abandpnoer leurs affaires pour appuyer ^ nôtre avant <|ue de connoitre s'ils en pouyoient tirer de rutilité \ qy'il nous jivoit voulu envoyer quelque çbo$e pou^f nous eoipéch^r ide tomber^ et pour p<w reconuoUre : voms qu'à cett^ beure-1^ qu'il IVyoit vu, et qu^ le ^pi son maître co^npîtfoit ^r spm^appart rïçpprtance 4^ Bordeaux;, ï? bpnne yoj^pi;^ 4^«.W^' plest et la facilité 4e maiftt^QJr l'^n «!t ViS^^rtre; q\\'\nn coQtinent après sçjix retour ei) son pays noii^ €ii tireriions des secours si promptf et si gra^^f 9 V^P ^^^ ^mipus tout sujet de np#6 i^n Ipuiçr^

.Qn croit facilement ce quç l'c^ spu^ite ; npus^: trames dan^ ses raisons , eX npus W doutâmes ^ d^ voir bji^nttôjt J'effet A^ ^es prqin^^s. -Ççpendao^ il imporloit de tcflir )>onae,n>iiï:ç, ot^de fi/e poiijit 4^couvrir jçq.foible seqoqr^, ^rfî'^ dp cçf^erveir J'afiec-

tipa des Bordehi? ^ qija auçoi^ 3!»S 4w^?: ^\m^^ s'i)^ l'a voient con^ui et io^^ p^Rx qui avqipn^ §w ^p^H^Cjessft etles ducs, qui depuis longTt^fnpf.JPW'- Ççpjer^^ l^qr ^rgepjt dan^ l'e^fiaçc^p^ . idê^pelni^qi l^'f urûJQi^^ pps éiie çon^^ . , ;, ,:..

j Plq$^j^$;P^r?opR^ ^ç^j^^ur^pt tpi^-4irf;^i^ a» Ipg^^ de 1^ prinççspe et cliez mpi* flù i^t^ienvJç? ^^çf^ cp.uji;ae je yiçns 4e 4k«») PP^r ^^ipus^^ij:^ sflxm qfl^ fii^r U propp^ti<jwo, du ppési4pi?^i4'A^ii >W«n^ iç<?pnst»ntj ^t I^g^r , qui:4PfiWH)i k V?^ JWWfi»^ ^ parole e-t, y .m^q^dem^e;, ^p .pa^ Ipi»,^)^ vaix 49^tt4^rr^jt ,pj;r l^wel il sfiroU i^fçffiRf 4e J'^rrivé^ d^î? frég^te^ et 4e J^;(Perspni>p dr^4pfliiJ|9;Bçpt, avec

DE LENET. [l65o} 38 Jl

Ordre auit peùpks de lu» courre sus. Nous en fândes tou^ surpris , ayant , cotniHe j'ai dit , pris toutes les làerares poàr sa rëcéptiôn aVôc les commissaires du parlement ; ef Osoriô, ^ui aVôit ëtë reçu avec des applaudissement non pareils, ne pouToit asse£ s^ëtduner, de ce changemetit. Nous allâmes tous en dili- ^ende trouver la princesse, pour savoir ce qu'il y avoit à faire dans ûA rencontre autant inopiné que celui-là. Mau voisin et Eàpagnèt y arrivèrent aussità): que nous de la part du\ pàrléuient , qui les avoit députés pour lui faire entendre qu'ils n'avoient donné cet arréb qUe pour se mettre à couvert envers le Roi, qui quelque jour pdurroit leur faire un crime dé leur connivence , etenvei^sle^ autres compagnies du ffoyatime , qui ne voudroietit pas sans doute s'unir livec eux si ellef sàvoiént ciu'ils le fossent avec les ennemis de FEtat : et ajoutèrent qu ils en avôient usé ainsi pour le mièuï; mais qu'elle he devoit en être en aucune pein«^ parce qu'il y aVôit une délibératioB sectète de ne point elécuter tét arrêt.

Plusieurs èonseillers, contre Tàvis desquels cette résolution avoit été prise, étoient venus cherchât les ducs en mon logis, et leur insinuèrent la répoàSé qne la princesse avoit à faire blvljl députés du paiement) de sorte que comme je lui avois été dire par avance FaVis de tous ces messieurs^ qui étoiéht séé serviteurs, elle n'eut point à déîibérier pour leur ^e-^ psurtir, comme elle fit) qu'elle seroitl>ién mati^ië d'avoir dit oM fait quelque chose qui pût déplairfe à la cour) mais qu'elle s'étonnoit beaucoup qu'une compagnie aussi j^iradente que celleJà se fût poftée ;ivec tant d^ précipitation à dotme^ l'arrêt dirquéi Us

383 [l^^PJ MÉMOIRES

lui Vjenpieut de parler , qui ne pounfoit rien faire de bon y et ne pouvoit manquer de produire de très* mëchans effets , en montrant à toute la France de la désunion entre eux et elle, et donnant de la défiance aux Espagnols , sans le secours desquels eux ni elle ne pouvpient soutenir la guerre qu'ils avoient corn-mencée de concert les uns avec les autres contre le cardinal Ma^arin ; et qu il n'y avoit nulle apparence que le roi d'Espagne voulût lui envoyer à Fa venir les sommes nécessaires pour sa défense, puisque îon avoit ordonné aux peuples de courre sus à son envoyé, qui venoit de lui apporter quantité d'argent^ nonobstant la résolution prise en plein conseil et avec leurs députés pour le recevoir publiquement, comme Ton avoit fait; que cela marqueroit une grande inconstance du parlenaent, ou qu'elle n'aToit nul crédit dans ; Bordeaux ; et qu'elle leuir laissoitii juger si leur conduite pouvoit être approuvée par tous ceux qui étoient, intéressés dans le parti, tant 1 dedans que dehors le royaume , dans un temps que le bruit courqit que le cardinal' amen^ le Roi en Guienne; et qu'elle les prioit de dire sur toutes chpse^s à leur compagnie qu'elle^ vbuloit savoir mie fois pour toutes si on le recevroit dans Bordeaux oo ]pon , afin qu'el^ prît de bonne hfsure «es mesures pour se retirer avec, monsieur son fils où elle le jug^ roit à propos. I^es conseillers repartirent qu'ils rap* por.teroien( fidèlement au.parlémént ceque SonAl* tesse leurj Adroit fait rhonneur de leur dire, et prirent congé ^'elle.. ;• .! »n.;; -'.^ W- ii\) <\'.a.. ; ;• ;

Après, qu'ils furent sorjbis , nous dliseourûm^s Ipi^gt^mps sur cet arrêt-, et après y avoir bien pensé, dots

DE LENET. f l65o] 383

convinmes tous que nous pouvions en tirer un grand avantage ; car, d'un côté, nous dîmes à don Joseph que quelque soin que nous eussions pris à celer la petite somme qu'il nous avoit apportée, elle avoit été suc par le président d' Af&s , qui , ayant perdu l'espérance de la fortune qu'il prétendoit faire avec nous , avoit dit en entrant au parlement que les Espagnols étoient des trompeurs 5 qu'ils n'avoient voulu que les embarquer par de bd^^^ promesses, et les laissoient à présent dans la n^^SÊÉp^s donner à la princesse de quoi défejodre p^T^^KÊmes les arrêts qu'ils avoient donnés; et que^^^Vil étoit ainsi, il falloit recourir à la clémenc^PPK)i 9 et commencer par l'arrêt qu'il leur proposa de donner*, que tout ce discours, porté vigoureusement par d'Affis, avoit réveillé la même pensée dans l'esprit de plusieurs à qui nous avions donné de grandes espérances , et qui , connoissant que nous étions hors d'état de leur tenir parole, avoient pris cette fâcheuse délibération 5 qu'il n'y avoit point de remède que de s'en retourner promptement remontrer le tort qu'avoient les ministres de Sa Majesté Catholique, et les inviter de nous secourir €n diligence de sommes assez considérables pour faire trouver à chacun son compte, pendant que nous travaillerions à redresser l'affaire , de quoi nous viendrions infailliblement à bout.

Que, d'un autre côté , éet arrêt nous donnoit un

îDioyen infaillible de cacher au parlement et aux

bourgeois le peu que nous avions reçu d'Espagne ,

Ja princesse disant, comme il falloit qu'elle fît, que

tant que les cKo^^s seroient dans cette incertitude ,

-^ÏJe ne distribueroit pas un sou des sommes qu'elle

384 [l65o] MEMOIRES

avoit pour faire des levées, pour fortifier, ni pour acheter des munitions *, et que, par le principe de son mécontentem eut contre le parlement, elle laisseroit tout le mond^ dans Terreur en laquelle il étoit qu'Osorio lui avoit apporté de grandes sommes; et que, par Tespérance que (Chacun autoit d y avoir part, | rafTection pour elle se réchaufféroit et parmi le j peuple et dans le parlement même. II. arriva ainsi, comme nous allons voir. ÏJ^ê. *

Le lo , nous reçûmes la nolH^Bide la levée du siège de Guise , qui nous fit bien ;|^^^Êé mal que cet arrêt dû parlement , d autant pïiljj^^Bous ne j)Ouvions apporter aucun remède en cei^raaire, et que nous espérions avec un peu de temps et d^adresse redresser Tautre.

Les lettres que nous reçûmes de Toulouse noqs firent concevoir de grandes espérances et de la ville et du parlement ; car comme le duc d'Epernou souteiioit de tout son pouvoir 1 intendant Morand, les choses étoient tellement aigries , que ^usieurs conseillers écrivirent à leurs amis de B@Neaux d'envoyer un député de leur compagnie à celle-là, et qu'assurément ils accorderoient Tunion avec eux pour la liberté dés princes. Enfin tous les joar$il nous venoit de tous endroits dé bonnes et dé ttiàtivaises nouvelles. La plupart sé trôuvoiént fausses; et quand elles se troûvoieift Véritables , celles ^ |^ hoùs espérions notre sklut devénôièùl éû utt tt^ hient inutiles, et celles i[u{ avec raison ùoiis fai- \^ sofeiit appréhender nôtre pertfe tôùtiidiént soûVeflt à notre avantage*, et nous étions. tot^j6utâ dà'fit^ ^ V^ telîe iricertitude , que nous de pouvions lioiis rf- 1

DE LENET. [l65o] 385

ouïr des bons succès ni nous affliger dés mauvais.

Le 1 1 fut un jour de grand désordre -, et Ton peut

proprement dire que ce fut une crise dans le mau-

vais état auquel cet arrêt avoit mis nos ;affaires (0. Le

(i) « Le it jaillet, comme la grand^chambreëtoit à l'audience, environ sur les dix à onze heures | une centaine de ces mutins s'ayancèrent vers la porte de la salle oii se tient Taudience , et, la poussant avec violence , ternirent à crier : JVous voulons l'arrêt d'union avec messieurs les princes; autrement on ien repentira, A ce tumulte un chacun se leva \ etles conseillers deft enquêtes, avertis de cette haute insolence, sortirent de leurs chambres , et, s'étant avances, repoussèrent ces gens dans la salle du Palais.

« Soudain le parlement s'assemble : on ordonne qu'il sera informé; on commet des conseillers pour faire le procès aux coupables ; et pour le fond des affaires, on remet à y délibérer au jour ensuivant, la justice ne pouvant pas souJSrir de voir des gens armés jusque dedans son trône. Ces messieurs se mirent en devoir de sortir ; mais , après avoir traversé la lalle , ils trouvèrent la grande porte et les degrés du Palais occupés par plus de cinq cents hommes , qui , tenant Tépée nue en main, refu* «èrent de les laisser sortir qu'ils n'eussent auparavant donné l'arrêt d^anioQ qu'ils leur demandoient, menaçant de tout mettre on pièces si Ton ne le leur accordoit. Les premiers de ceux qui s'étoient avancés voor larent faire effort pour passer; mais ils furent assez rudement repoussés, -<t an d'entre eux lî|t blessé à la main et renversé par terre : on en foula même quelques ans sous les pieds.

« Il fallut donc rentrer, et songer aux moyens de repousser cette ca- ^lUÛUe ou de gré on de force. Cependant le bruit de ce tumulte s'étant «n QQ instant répandu par la ville , les ducs de Bouillon et de La Rochefoucauld envoyèrent en diligence un gentilhomme exprès , pour -usnrer le parlement de la douleur extrême qu'ils ressentoient de l'au- <lace de ce peuple obstiné ; qu'ils offroient à la cour de bon cœur leur recours pour aller écarter toute cette canaille : ce qu'ils eussent fait sur IVnre; mais le parlement që, voulut pas les employer, estimant qu'il ne ^^it se servir que de sa seule autorité et du secours des bourgeois de ^ ^He, qu'on assembloit par l'ordre des jurats, auxquels le parlement ^voit mandé de se rendre au Palais en toute diligence.

« Madame la princesse accourut au Palais , laquelle ayant fait dire ^(l'eUe désîroit parler au parlement , on ordonna au procureur général ^^«Uer savoir ce qu'elle déstroit (l'entrée dans le sénat, par une loi bi- ^rre et que je ne puis goûter , étant défendu^ aux dames). Cette prin-

386 [l65o] MÉMOIRES

peuple, quiFavoitsu, aussi bien que la réponse que' la princesse avoit faite aux députés du parlement, qui donna lieu au bruit qui courut qu'elle avoit résolu de sortir de Bordeaux pour aller chercher sa sûreté ailleurs , alla dès le matin au Palais pour decesse lui exprima la douleur quMle avoit de nnjare faite à cette aQgnste compagnie avec tant de tendresse et de paroles si tonchantei, que le procureur général voyant plearer cette aimable princesse, eut peine h retenir ses larmes , nonobstant la gravite' de sa magistrature. Elle protesta qu'elle e'toit si fortement attachée à Phonnearde cetillastre corps, quMle vonloit vivre et mourir avec ces braves sénateurs; qu'elle ne désiroit sortir du Palais qu'avec eux, et courir la même risque :de quoi la compagnie la fit remercier parle procureur général, qui la pria de la part de la cour de vouloir se retirer ; ce qu'enfin elle fit.

« Cependant le Palais demeuroit investi : la foule du peuple grofsissoit toujours de plut en plus, et les provisions du buvetier commençoient h faillir. Ces messieurs firent ce jour-là une rude abAinence; mais voici fort à propos, sur les cinq heures du soir, le secours arriver. Le sieur de Beautiran , jurât, armé jusques aux dents , conduisant nne troupe des plus braves bourgeois, fit donner avis à la cour parira Basque , qui , grimpant sur les toits , passa par les fenêtres de la gruxTchambre, qu'il venoit faire lever le siège. En même temps ce brave colonel , sans crainte du péril , s'avança jusque dans le Palais , et leTant une canne qu'il tenoit h la main, leur dit : ce De p||||lt? Roi, je yodi « commande à tous tant que vous êtes de sortir proo^plment decelieo. « Insplens, vous tenez la justice assiégée!» Ces gens ne branloient guère pour tant de beaux discours; mais nne décharge de quelqM mousquetades , qui en tuèrent trois et en blessèrent tout autant, les fit résoudre à déloger de là. Ils demandèrent donc d'être reçus à capitoler: ce qui leur fut à l'instant accordé. Ils sortirent en ordre; car il fotV' rêté que les bourgeois se fangeroient en haie des deux cAtés, et que es obstinés passeroient à travers sans qu^on leur fit injure. Ce qui fntexé' eu té de bonne foi , sans leur donner d'otages , ce peapic s'éunt fié ib parole de ce vaillant jurât. Ensuite les portes dh temple de Thémis fnreot toutes ouvertes , et ces braves sénateurs , qui àvoient soofiert la rignoif de ce siège , en sortirent deux à deux , à pas comptés , pour natt^ leur constance : mais quelques-uns d'entre eux qui n'avoient pas dioé> laissant à part toute cérémonie , se hâtèrent de se rendre chez eux. Tefle fut la fin de cette admirable aventure. » {Histoire véritable de tMltt qui s'est fait et passé en Guierme pendant la guerre de Bordeaux. ]

DK LENET. [l65o] 887

ainder les arrêts nécessaires pour la lui donner tout itière et à tous ses serviteurs 5 et comme ils trouèrent que l'audience publique se tenoit , les princilaux d'entre eux entrèrent dans la grâùd'cliambre , it prièrent le parlement de faire cesser l'audience et l'assembler les chambres. Ce fut une prière de celles |ui ont plus d'autorité qu'un commandement absolu. Le bruit que tous ceux qui étoient dans la grand'salle faisoient obligea la compagnie à s'assembler. Incontinent qu'elle le fut, Mauvôisin et Espagnet firent leur rapport , et tirèrent même un papier de kur poche, contenant la réponse que leur avoit faite la princesse , qu'ils avoient couchée par écrit pour n'en rien omettre. Sur quoi la cour ordonna qu'ils^ retourneroient sur-le-champ l'assurer de son entière protection, et la prier de ne point perdre de temps à mettre des troupes sur pied , afin d'être en état de soutenir les arrêts qu'ils avoient donnés , et ceux qu'ils pourroient dans la suite donner en sa faveur. Mais olmme après avoir pris cette résolutiorf ils voulurent se retirer dans leurs maisons , le peuple lenr demanda s'ils avoient donné l'arrêt d'union ; et quelques-uns ayant répondu qne non , et que ce h'é-: toit pas ce que madam^e la princesse avoit désiré d'eux, la plupart mirent l'épée à la main , les repoussèrent âanslagrarid'chambre avec un emportement extrême : i y eut même de ces messieurs qui reçurent quelques -oups dans la presse.

La princesse, qui fut avertie de ce désordre, manda 'U diligence les ducs pour aviser ce qu'on avoit à ^ire. On ne jugea pas à propos qu'eux ni elle allassent ^ Palais* pour tâcher de Tapaiser, parce^ qu'il arri-

388 [l^^o] MÉMOIRES

veroit de deux choses Tune, ou que le peuple se re* tireroit à leur prière , ou qu il désobëiroit : s'il faisoit le premier, le parlement jugeroit de leur pouvoir sur le peuple ^ si ^u contraire il s'obstinoit au second, Je parlement croiroit qu'ils n auroient pas agi de bonne {pi , et qu'on ne continueroit la violence que parce qu'ils le voudroient bien. Le duc de Bouillon, qui ouvrit cet avis , l'appuya de telle sorte , que nous y donnâmes tous les mains ; et la princesse me commanda d'y aller, et de faire tout ce qui me. seroit possible pour pacifier toutes choses.

Plusieurs qui ont écrit des troubles de ce temps-là disent que le duc de Bouillon avoit excité celui-ci. Chacun le croyoit à Bordeaux quand il arriva , et encore aujourd'hui la plupart de cette viUe-là le tient pour une chose bien assurée. Je n'en sais rien, et peux bien assurer que si la chose est ainsi , la priacesse ni moi n'en eûmes aucune connoissance ^ et encore que Ton voie peu de séditions de peuples qui ne soient excitées par des gens qui so|tf intéressés à raffaire,j'aitoujourscruqueceduc n'avolt aucune part Ji celle-là. Quoi qu'il en soit, j'allai au parlement, b populace, qui me vit arriver d'assez loin, se mit à crier fortement vive le Roi et les princes ! et se mit en haie, l'épée à la main, depuis la rue jusque dans la grandchambre pour me faire passage, et juroient tousqo'ik périroient pour le service de la princesse , et ne so^ tiroient point de là que le parlement ne lui eût dooné une satisfaction tout entière. Je leur disois en passant que j'allois là de sa part pour tout ajuster , et que je ne doutois pas d'en venir à bout ; mais que la princesse les prioit , par toute l'amitié qu'ils lui avoient

DK LENET. [i65o] 36g

promise , de ne faire aucun désordre , et qu'ils se retirassent chacun en leur logis : ce que je ne pus ja* mais obtenir.

J'entrai donc dans la grand chambra ^ où je trouvai tous les conseillers lèves hors de leur place , en grand désordre et outrés de colère. D'Affis , à qui la peur avoit fait perdre la tramontane , couroit comme un furieux. D'abord qu'il m'aperçut, il vint à moi, et, avec dés blasphèmes horribles, me dit qu'ils étoient en état de se voir égorgés par Tordre de ceux pour qm ils avoient fait des pas que jamais compagnie souveraine n'avoit faits -, mais qu'ils sauroient bien maintenir leur autorité malgré tous ceux qui voudroient la renverser. La plupart des autres s'amassèrent autour de moi , et me disoient la même chose avec une telle confusion , qu'à peine pouvois^je disr. ' tingucr ce quHls me disoient.

Je lès laissai quelque temps sans leur répondre^

' îBais enfin les voyant un peu plus rassis, je leur dis

qnej'espérotedesremercîmens d'eux plutôt que des

itijures, puisque, par ordre de la princesse, j'avoi^

tisqué ma vie pour venir les secourir; qu'elle ni les

ilncs n'a voient pas jugé à propos de se rendre au par-

jemeiit, ne sachant si eux' l'auroient agréable -, qu'ils

u'envojoient savoir leur volonté dans la conjoncture

{irëseiite, et qu'ils l'exécuteroient à l'heure même de si

l>onne façon, qu'ils perdroient l'injuste créance qu'ils

me témoignoient avoir, et que je m'étois volontiers

chargéde cette commission, quelque périlleuse qu'elle

fût; que je l'avois prise autant par inclination que par

4Ïevoir, ayant l'honneur de porter la même robe

•qti'eox et celui d'avoir place dans le conseil d'Etat-, que

399 I [r(i5o] .méim>|R|:s

je Içs AupplifOis comme tçil, et comme eavoy^idela priocess^e, de .i^e dire iavec^fratiçhis^cci^ue je pourvois faire pour leur satisfaction et pour leur service. Ces messieurs m'ayant remercié, et iosinué qu ils n a- 1 voient autre chose â souhaiter sinon de voir retirer / ]e peuple, pour pouvoir ensuite opiner avec liberté, y je pris congé d'eux ; et , en sortant de la chambre, je r dis tout haut que tout étoit accommodé au contentement de la princesse. Je les obligeai tous à remettre l'épée au fourreau, et fis tout monpossible pour les obliger à me suivre 5 mais, voyant leur obstination à ne poin^i sortir de là, je m'arrêtai sur le perron du Palais , où je les harapguai tassez long-temps. Je leur dis tout ce dont je me pus aviser pour leur faire quitter prise. La plupart et les plus raisonnables nie suivireat j.usqu'à la maison de la princesse ^mais il demeura encore plus de trois mille homuçies dedans et aoi environs du Palais , que ceux qui m'avaient , suiîis vinrent rejoindre en diligence , quelque soin que je pusse prendre pour les en empêcher. D^ç. sorte que le d^ésordre ayant recommencé plus fort qu'auparavant, la princesse, qui sut par moi tout ce que je viens de dire, résolut, par l'avis des duçs,^d'aller elle-même au Palais, sans autre suite que d'un écuyer, deses filles et de moi. Elle trouva les qhoses au même état que, je les avois trouvées , et messieurs; du parlement dans la même confusion et dans la; Jilaéme colère, le^ acclamations du peuple redoublèrent à sa présence, aussi bien que les plaintes du parlement.

Elle Jeur parla efficacement : et il faut ^avouer qu'elle avoit un talent si particulier pour parler en pjiiblic quand elle étoit échauffée, de qqelque intérêt

DE L£M£T. [l65o] Spl

prenant; comihe^fi..ca reacoQlre^^.cpte rien.né pouiroit être .mieux , plus à propos ni plus conformé à sa qualité que ce qu'elle disoit. Après, leur avoir parlé k>ng«*temps , sans^ pouvoir le& obliger ^^preûdre réso^- Itttion sur une affaire d'une telle conséquence , enfin elle dit de fort bonne grâce : a Je vois, bien, mes- « sieurs , ce dont vous avez envie^ vous, voulez q^e « je fasse retirer la populace, et que je vous? tire du (( péril auquel vous êtes ; et la petite vanité gasconne « vous eikipéçhe de m'en prier. » Et comme quelques-uns se prirent à rire : « Bien, bien, messieurs; « je vtous entends; je m'en vais y faire mon possible; « Si j'y réussis , vous direz que votre autorité en scr ((; roit bien veaùe.à bout sans moi ; et si je n'en peuK if pa^ venir à bout, vous ne manquerez pas de croire « que je n'ai ici dç crédit que ce que vous m'en donanez.. » Achevant ces mots, elle voulut sortir j mais eUiVaia; :car le peuple l'en empêcha, criant; que le parleipent étoit composé de traîtres pour la plupart, et qu'il ne falloit point qu'elle sortit: qu'elle n'eut s?it tisfaction. Elle eut beau leur dire qu'elle Tavoit tou4» entière, il n'en fut autre chose; elle futi coutrainte de reiktrer. Dans cette entrefaite l'on vint dire cpi^ le jiirat' de Pontact-Beautiran avoit armé tout ce qu'ifl 2Lioit pu de monde ; et , par lun ordre: que le, paxleh ment , dont il étoit greffier en chef, lui avoit envojféiy iLmarchoit. pour le secourir. La princesse prit son temps: elle contraignit le peuple de la laisser sortir à force de prières; et ayant; passé à travers deux maille ëpées nues jusque sur le perron, d'où elle vit. venir et faire une décharge à la milice de Pontac , miUs toute i criant mve le Roi eu les princes! elle cria

3già [i65o] MÉKoniBft

pour lors : Qui m'aimera me suive! Et, dëfendant de tirer de part et d'autre , elle se mit en marche. Chacun la suivit , lui donnant mille bénédictions par les rues justp^^en son logis. Elle fit ainsi cesser i€ désordre sans qu'il y eut que deux hommes tués, Fun sans nom, Tautre un nommé "^"^"^^ capitaine d'infanterie dans Enghien. Si la princesse n'eût pris ce parti , on ne pouvoit manquer de voir périr beau, coup de monde ; car plusieurs soldats s'étant mêlés parmi le peuple , les gens qu'avoit amenés le jurât de Pontac ne pouvoient pas faire une résistance capa^ ble de déUvrer le parlement. Après que la princesse eut un peu pris de repos chez elle , elle fut visiter quelques-uns de ses principaux serviteurs, les priant de croire qu'elle n'avoit en rien contribué à ce déso^ dre, directement ni indirectement, et qu elle en avoit eu un déplaisir sensible. Nos amis reprirent courage par la crainte que la division ne ruinât le parti, ettra* vaillèrent très-e(Bcacement à réparer le mal que ce vacarme avoit causé dans 1^ esprits dii^ reste de la compagnie.

Le la, nous reçûmes une nouvelle de Paris qui rekva nos espérances. Le sieur Voisin , comme j'ai déjà dit, conseiller député du parlement de Bordeaux , écrivit qu'il avoit été ouï très-favorablement dans celui de Paris ; que partie des avis qui avoient été ouverts alloient à la liberté des princes , et partie à faire des remontrances au Roi de ce dont il étoit chargé de la part de sa compagnie ; que le duc d'0^ léans, qui avoit été présent lors de son audience, avoit fait son possible pour arrêter le torrent ^^s ai' libérations ^ mais qu'il n'avoit pu empêcher que le

Dx iM$»t. [i65o] 3g3

^dinal n'eût ëtë nommé perturbateur du repos pu« blic ^ que plusieurs n'eussent dit qu'il falloit l'attaquer personnellement , et que l'on n'eût parlé avec mépris de son ministère. Ce duc , au sortir du-^alais , avoit dépéché à Fontainebleau où étoit le Roi , et mandé au cardinal qu'il dovoit le ramener à Paris ^ pour arrêter le désordre qoicommençoit à y naître.

Cen'étoit pas là le compte du cardinal. Il avoit quitté la frontière par la crainte de l'armée de l'archiduc , qui étoit fort puissante , et surtout très-forte en cavalerie. 11 n'osoit s'enfermer à Paris , parce que la haine universelle qu'on lui avoit témoigaë^ par le passé se renouveloit dans tous les esprits , et pour n'être pas au pouvoir des frondeurs, auxquels il attrilaoitdans son cœur, et sans oser s'en plaindre, tout ce qui se proposoit contre lui. C'est ce qui lui mit dans l'esprit la première pensée d'amener le Roi de- "vant Bordeaux , on son autorité souffrit de fâcheuses atteintes. "♦

Rien ne nous vint jamais plus à propos que cette nouvelle, qui redonna de la vigueur au parlement, l'assura l'esprit de doil Joseph Osorio , et nous fit <2oncevoir de plus belles espérances qu'auparavant.

Nous fîmes partir ce jour-là cet envoyé du roi d'Espagne pour retourner en son pays , très-persuadé de ce que nous lui avions dit la veille •, et avec lui Sau- ^ebœnf el MazeroUes : le premier par les raisons que I ai rapportées en son lieu , et le second parce que la Princesse ne j^ugeoit pas à propos de laisser ses affaires ^^tre les mains de Baas, qui étoit au duc de Bouillon, ^ de Siliery, qui étoit beau-frère du duc de La Ro- ^efoncanld. Elle crut qu'elle devoit avoir en Espagne

394 [£65o] MBlMIKHSt

un! homme^ui» neôt'dépeâidbiMse que lû'ehë. Je lui proposai Mazerbllesparce.quil étoit habile, et :que je le croy ois' pour lors, comme je le crusiencore longtemps depuis , plus homme dé bien et mmas intéressé que je ne le connus dans Ja suite.

On donna à Sauvebiœuf une créance et un pouvoir commun avec les trois autres ; à Mazerolles , un commua avec Sillery et Baaa-, et un autre à Mazerolles seul, et signé de la princesse seule, qui écrivit une lettre de créance sur lui à don Louis Mendez de Haro, grand d'Espagne , et premier ministre de^Sa Majesté Catholicité ^ se remettant de toutes choses à ce que lui en dîroit ce nouvel envoyé, et lui demandant son amitié particulière.

Je lui écrivis aussi par ordre de la princesse ane leAtre fort ample sur le voyage de Mazerolles , daquel je lui disôis toutes les raisons, et^ceUe de la créance quil devoit avoir en lui sur toutes choses. J!écriirâs à Valteville en mêmes termes. La princesse lui fit encoreicet ^ honneur-là , ans» Lien qu'au . marquis de Sillery: et- après avoir £kit iheaucoup d amitié et de ri^mercimens à . don Joseph Osoriô, elle lui fit présent d'un riche baudrier;^ ei de deux épées les plus belles qu'elle put rencontrer. Us. partirent tous ce jdur-rlà par mer.

Le parlement n'entra point ce jour-là , pour témoigoier quelque chagrin^ de ce qui s'étoit spassé là veille. i Le:i3, il s'assiembla,! et députa à la princesse J^e président iPicbon et quelques; consedliers, qui vinrent lui< dire de la part de la compagnie qu'elle croywt bien qu'elle navôit point coàtribué à l'aotiori du jour précédant-, la prièrent) de mçtlre ordre .que les sol-

daU^sè tinssent à Favçnir'dahsilear^ pôsles^^'^qiie pfcur les seigoieiaçs ^ gentîk&çmm^»/ iSk étoietit ïès trè^-^ bien venus dans: ÏBordeanxv et ^ finirent en ^luri* disant qu'ils lui serôiehtftwrt obligés si elle ae niettoit en état d'appuyer par les' aniies lés arrêts qu'ils pour^ roient donner , et ceux qu'ils àvoient donnes par- le

passé. . '/■.•: ..;:■.-■ ,

La princesse, après les avoir remerciés j feurdit qu'elle avoit déjà mis ordre à tout ce d^o nt ils là prioieiit delà part du parlement, ajrant défendu à ses soldats, sous peine de la vie, de quitter leurs drapeaux , et ayant ordonné ce jourJà même la distribution dés sommes! néeessaires pour- la levée de quatre mille hommes de pied. Elle leur en fit même voir le détail, pour les renvoyer plus satisfaits, et leur montra les commisisiond qu'elle avoit données à Nort poi|r lever un régiment de quinze? compagnies ,i sous le nom de > Conti -, au chevalier de Roquelaure, pour augmeâter ide dix compagnies celui d'Enghien f «dont il étoit mestre de camp -y au Ghauffour , pour ffugmem ter de pareil nombre delni d'Auvergne, qu'il cominandoitppur le duc dé Bouillon; à Xusignan, pour en>faire>uh second sbus le nom de son fik , aussi de dix compagnies ;. au Chambon , pour en.faire un semblable âoms le sien ; et^^u chevalier de iPaliersy pour mettre «nr; pied> dix compagnies de Condé,* toutes desoitanl^Hetrdix hommes chacune* La princëss^ leur > dit enc(}re /que le lendemain elle, fei^it donner qiieljquerargeiit aux ti^oupes; et ils se sé^arèren^t a^fOQ uii contiBâatement réciproque des Jionnes panolps-quîite s'ëtoient dîtea de. pâr|; et d'autdre. ■[)

Le.i4r on donna unprét àl-infanterie pour dix joi^'sU

396 [i65o] MÉHoniss

Turi, Sainl^Aubin et Moucant arriTèrent de Montroad chargés de diverses (damtes : le premier, de Mautour, qui croyoit qu'on loi eût fait tort de ne lui avoir pas donné, comme au cadet de Baas, un bre* vet de maréchal de bataille; le second, pour représenter les intérêts de Tavannes , qui vouloit partager le commandement de la place avec Persan , et demandoit diverses charges et commissions pour plusieurs officiers qui s'y étoient rendus depuis les der* niers ordres que la princesse y avoit envoyés, et pour d'autres officiers qui y étoient attendus ; le troisième, pour remontrer beaucoup de petites choses de la part de Baas. Et tous trois nous assurèrent que le duc de Nemours avoit donné parole positive! Tavannes de se rendre dans peu à Montrond \ ce qu'il ne fit pourtant pas : aussi lui étbit-il malaisé de quitter Paris, où il étoit arrêté par les charmes de h duchesse de Châtillon, qu'il alloit souvent visiter, tantôt inconnu et tantôt publiquement, dans tons les lieux oà elle suivoit la princesse douairière. Et pour dire la vérité, il nous étoit du moins autant nécessaire à Paris qu'il l'eut été à la guerre ^ parce qtill entretenoit mille intrigues pour le service des priaces dans le parlement , dans la cour , et parmi les peuples. Nous parlerons de quelques unes dans leur lieu, et à mesure qu'il sera k propos; mais je ne pais m'enpécher de dire ici que je n'ai jamais pu f^rdonner, aux uns ni aux autres de tous ceux qui a^ssoient pour lors à Paris , de nous avoir célë la correspoodance par lettres qu'ils avoient avec le prince de Condé dans sa prison, nous qui avions si souvent besoin de savoir mê volontés , et qui faisions assez

»B liEKET. [l65o] 397

de choses pour persuader eax et tout le monde que nous étions fidèles et capables de secret. Mais confine la plupart de ceux qui avoient cette communication avec lui étoient des dames, des gens de robe, et le duc de Nemours, à qui cela servoit pour entretenir celle qu'il avoit avec la duchesse , et Arnauld qui n'aimoit pas la guerre, et à qui cela fournissoit un prë-* texte de ne quitter point Paris, ils voulurent se réserver cette intrigue et nous en exclure , donnant phis à leur inclination et à leur intérêt qu'au service du maître. Us étoient par là les arbitres de toutes ses volontés , parce qu'ils ne lui faisoient savopi que ce qu'il leur plaisoit , et tiroient de lui tous les ordres qu'ils jugeoient à propos, qu'ils nous envoyoient après, non pas comme tels, mais comme des avis qui venoient d'eux , auxquels nous n'avions pas autant de déférence que nous eussions eu à ce qui nous seroit venu tout droit du prince, mais auxquels pourtant nous nous conformions autant qu'ii'^nous étoit possible. *

La princesse délibéra avec les ducs sur tout ce qu'on lui avoit mandé de Montrond ; elle pourvut à tout, et dépécha ce jour-là même les trois gentilshommes qui en étoient venus, et les renvoya.

Le i5, la princesse sollicita fort pour empêcher que l'on ne reçût le cardinal dans Bordeaux , en cas que le Roi vînt en Guienne, comme tous les avis qu'on recevoit le disoient.

Les ducs , sous prétexte d'aller aux ennemis , firent monter la cavalerie à cheval ; ils en firent une très* exacte revue, et on leur donna une demi-montre.

Le 16, le parlement s'assembla, et résolut de ne

3^8 fï^Soj MÉMOIRES-

pas recevoir le cardinal Mazarin, et de le déclarer auteur de tous les désordres de Guienne.

Le 17, nouvelles arrivèrent de Paris que le parlement avoit à la fin donné arrêt portant que trèshumbles remontrances seroient faites au Roi sur Tinobseryation de la déclaration d'octobre v 1648 en la

détention des princes, pour le rappel du duc (fEpernon, et sur le parachèvement du procès fait i FouUé, intendant, par le parlement de Bordeaux; et qu'il y avoit eu cent voix de cet avis, et soixanteet-dix pour pourvoir sur la liberté des princes.

Les fEçndeurs du parlement s'assemblèrent dans mon logis, pour aviser aux moyens d'ôter toute espérance au cardinal d'être . reçu dans : Bordeaux : et après avoir long-teinps débattu la matière, nous demeurâmes d'accord que la princesse prësent^roit une requête , par laquelle elle exposeroit . la venue du cardinal à main armée pour se venger de Bordeaux, et y *feire le mariage d'uae. de ses nièces avec Je duc de Candale; maintenir le duc d'Epernôn dassle gouvernejment , ;et l'aryêter prisonnière avec monsieur son fils, nonobstant leur arrêt de protection; et demanderoit qu'il lui fût. permis de s^armer contre lui, et de repousser la. force par la force 5 et de lui faire défense. de la troubler ni inquiéter dans Bordeaux, à peine d'être exécuté contre lui l'arrêt de .1617.

Je dressai la requête -, je la montrai à la princesse et aux ducs, qui la trouvèrent selon leur sens; et h portai ensuite chez le conseiller Massiot, homme (k peu de génie et d'un tr^s*grand emportement. Il sj ti^uva jusqu'à vingt-cinq jcpnseillers qui promirent

DE LENET, [i65o] Sgg

lire de la compagnie /et de l'avis d'admettre cette c[uête en tous ses points ; et en cas qu'elle ne issât point à la pluralité des voix, ils sortiroient us, et exposeroient les malintentionnés à la fureur a peuple.

Le maréchal de La Meilleraye, qui avoit appris le tésordre arrivé au Palais le 1 1 , écrivit au parlement )Our leur offrir ses armes et son service : et la ré- K)nse qu'il reçut fut que la compagnie n'avoit afaire d'autre chose , pour contenir chacun dans son levoir, que de l'autorité de la justice du Roi qu'ils ivoient en main ^ aue s'il vouloit leur témoigner auant d'amitié qu'il disoit en avoir pour eux , il n'avoit ]u'à leur aider à chasser le duc d'Epernon et ses roupes. • ;

Le i8, le parlement s'assembla. La requête y fut ipportée par Tarangue. Il fut ordonné qu'avant de aire droit et afin de savoir la résolution du peuple , Chôtel-de-ville s'àssembleroit^ que la cour y enver- *oit ses commissaires pour y proposer, les fins de la 'equête, et pour ensuite être par elle délibéré sur e tout. Cet arrêt fut judicieux, et nécessaire pour aire concourir tout le monde à ce qu'on prémédioit de taire contre le cardinal.

La garnison de Vaire arrêta un courrier dépêché 'ar le duc d'Epernon au cardinal. Le commandant Uvoya à la princesse les lettres qu'il lui écrivoit, t celles de l'abbé de Verteuil au duc de Caudale , au hanoine et à Doujat; par toutes lesquelles nous îmes que ce duc avoit ordre d'aller recevoir le Roi cir les confins de son gouvernement, et qu'il faisoit e grands remercîmens des obligations qu'il disait

4oo [l65o] MÉMOIRES

avoir à Sa Majesté et à Son Eminenee. Cette dépêche noas servit à faire connoitre à Bordeaux que 1 on le confirmoit dans son gouvernement , contre la promesse qu'on avoit faite de . le révoquer : ce qui De servit pas peu à la délibération qui fut prise dans la maison-de-ville. Ces mêmes lettres, qui parloient fort mal du parlement de Toulouse, lui furent envoyées par celai de Bordeaux par copies coUationnées.

L'on sut que le duc de Saint-Simon avoit envoyé deux canons de Blaye à Branne pour défendre le pont que La Meilleraye avoit fait construire.

Le 19, rassemblée de Thôtel-dcyi^ille s^ant été remise , la princesse manda en son logis les plus accrédités bourgeois et les capitaines des quartiers; et après leur avoir demandé en termes fort obligeansb continuation de leur amitié , elle me commanda en présence des ducs de leur expliquer ses intentions sur le sujet pour lequel on devoit s'assembler : ce ({oe je fis fort amplement ^ et leur fis même lecture deja requête. Ils promirent d'agir en cette occasicm atec toute l'affection et toute la chaleur possible; et lapincesse promit de ne se séparer jamais de leurs intérêts.

Les nouvelles que nous reçûmes par le courrier de Paris furent que Ton murmuroit plus que jamais contre le cardinal en faveur des princes , et que tout se déclaroit pour eux si Bordeaux prenoit résolution de ne le point recevoir; et qu'assurément ou eouseroit de même à Paris quand il voudroit y retourner.

Ce parlement écrivit à celui de Paris que la marck de cet auteur de tous les désordres vers la Guienae étonnoit tous les bons sujets du Roi, et qu'il y ayoit ^nde apparence qu'il donneroit tous les arrêts n^

Dfi LENKT. [l65oj 4oi

cessaires potir empêcher qu'il ne fût reçu dans leur ville , et pour s'opposer à toutes les violences qu'il vouloit leur faire. Il écriyit semblables lettres et dans le même sens au duc d'Orléans.

Le père Herbodes, recteur du noviciat des jésuite's, homme d'esprit et bien intentionné, alloit par ordre de ses supérieurs à Poitiers. La princesse le chargea d'une lettre de créance pour le père Paulin, confesseur du Roi, et qui étoit serviteur particulier du prince son mari, et lui ordonna de lui dire l'état de 6es affaires, la disposition du peuple et du parlement de Bordeaux, et ses intentions, pour tourner tout cela ^élon la volonté du Roi , s'il lui plaisoit de mettre les princes ea liberté^ sinon qu'elle étoit résolue de s'ensevelir dans lés ruines de cette ville-là , que l'on disOit qu'il venoit assiéger. Les ducs et moi entretînmes atisM ce bon religieux, et lui dîmes à peu près ce que j'avoîd dit à Alvîmat pour obliger le père Paulin à en entretenir le cardinal, si quelque occasion favorable' s'en p^ésenioit; car nous crûmes que peut-être les crieries qui recomménçoient à Paris contre le cardi^^ nal, et qu'il attrîbuoit à Tenvie de rétablir l'autorité du Roi, lui donneroiént le désir de traiter avec nous dahs Cette conjoiicture.

Deux jours auparavant, le duc de Saint-Simon m'a^ Voit envoyé h père de Comte, minime, avec un billet de ciréattce, qui n'alloit qu'à me faire peur du cardinal Mai:arin et de sa venue en Guienne , afin de disposer, par !a crainte qu'il pourroit me donner, la printesie et les duc^ à traiter avec lui, offrant pour cela ion entremise. J'eti tendis compte à ïiitie et aux autres, après avoir dit. par avance au porteur que par T. 53. 26

4oU [l65o] MÉMOIRES

la grâce de Dieu ils ëtoient plus en ëtat de donner Ja loi que la recevoir. Je le présentai ce jour-là à la princesse , qui lui dit sèchement qu'elle s'ëtonnoit que celui qui Tenvoyoit voulût être son négociateur, lui qui s'étoit si hautement déclaré son ennemi, et qui lui avoit si honteusement manqué de parole. Elle le ren- .voya comme il étoit venu.

Dirac , que le vicomte de Turenne avoit dépêché au duc de Bouillon, arriva ce jour-là , et nous dit de sa part qu'il avoit levé le siège de Guise , faute de vivres ; qu'il s'étoit mis en état de marcher vers Paris, et d'aller au bois de Yincennes avec trente-cinq mille hommes, dès le moment qu'il auroit su la marche do Roi vers Bordeaux ; et que nous pouvions faire notre compte là-dessus. Si la joie que cette nouvelle nous donna fut grande , la douleur qu'en eurent tous ceux qui nous étoient opposés ne le fut pas moins. Ils firent courre le bruit que Dirac ne venoit point de là, et que c'étoit un des domestiques du duc de Bouillon, qu'il avoit fait botter et arriver en forme de courrier pour les tromper, afin d'engager le parlement et la ville à accorder à la princesse ce qu'elle demandoit par sa requête.

Rien n'étoit plus vrai ni plus sincère que l'envoi de Dirac : cependant le bruit que l'on fit courre faillit i nous faire beaucoup de mal , tant il est à propos en de pareilles occasions de celer les choses qui peuvent diviser les esprits des hommes , qui sont pour la plupart très-susceptibles de crainte et de défiance. -,

Le ao , les envoyés de la princesse et du parlement à messieurs de La Force retournèrent, et appo^ tèrentdes lettres d'excuses s'ils ne venoient pas, attribuant leur retard à cinq cents chevaux de l'arma

IQ

DE LENET. [l65o] 4^3

e La Meilleraye qu'ils disoient être aux environs de îur maison pour les observer. Nous n'attendions pas ine réponse plus favorable , après toute la lenteur que kous avions connue en eux.

L'on reçut encore nouvelle du marquis de Bourleilles , qui nous faisoit espérer de se joindre à nous et ie faire déclarer Périgueux avec lui. La princesse dépêcha en même temps son courrier, et lui manda qu'il viendroit quand il lui plairoit; que ce ne seroit jamais sitôt qu'elle le souhaitoit^ et que s'il ne jugeoit pas à propos de quitter sa place , il n'avoit qu'à envoyer un homme de créance, avec pouvoir pour signer le traité qu'il vouloit faire avec elle et recevoir son argent, qui étoit tout prêt.

L'assemblée de l'hôtel-de- ville fut nombreuse et affectionnée. Les principaux haranguèrent en faveur lie la princesse ^ et il n'y eut pas un seul de tous ceux :]^ui la composoient qui ne fissent mille imprécations contre le cardinal. Ils le déclarèrent ennemi de l'Etat, de Dieu et des hommes \ résolurent de massacrer le premier qui parleroit de l'admettre dans leur ville, ^tde se cotiser pour soutenir la guerre contre lui; lue le parlement seroit supplié par les jurats d'entériner la. requête de la princesse.

Le gentilhomme que la princesse avoit dépêché en •-•anguedoc arriva, rendit une lettre du vicomte d'Ar- ^ajon à la princesse , qui n'étoit à proprement parler l^u'un honnête compliment. Il ne disoit ni oui ni non "Cir la pr<^position qu'elle lui avoit faite 5 et l'on jugea lix'il attendoit encore quelque réponse de la cour , ^xi il avoit renvoyé La TivoUière,

Saint-Aunais manda qu'il ne respiroit que de ser-

4o4 [l65o] MÉMOIRES

vir la princesse, mais qu'il n'osoit pour lors se déclarer en sa faveur , à cause de Farroée de Catalogne. L'archevêque de Nar bonne offrit son service, et promit d'employer tout son crédit en sa faveur aussitôt qu'elle seroit en état de le soutenir. Le baron de Leiran promit de faire deux régimens d'infanterie et deux de cavalerie. M*** fit toujours de ses promesses vaines et vagues, qui n'aboutirent à rien; et le lendemain un gentilhomme de sa part arriva avec son àemëcu d'or , duquel j'ai parlé , pour établir sa crëatiée, qui ne fut autre chose que des idées, desquelles nous ne vîmes aucun fruit.

La crainte que nous donna l'arrêt du parlemeot contre don Joseph Osorio nous fit appréhender que quelque trait d'inconstance , si nos afiaireâ ven(Hent à mal réussir, ne nous contraignît à quitter Bordeaot; et cela nousi obligea de songer à une autre retraite en cas de besoin. Il étoit malaisé d'en trouver une sûre dans le royaume , et des peuples disposés à nousd^ fendre par les armes. 11 y avoit de grands incooiéniens d'en sortir, et de nous réfugier en Espagne; les affaires d'Angleterre n'étoient pa« en état , ni Crooiv?ell d'humeur et de volonté de nous assiste^; d'ailleurs les affaires de Paris , desquelles nous espérions d'ausssi grands avantages que de la guerre , ne pouvoient souffrir que nous nous éloignassions : de sorte qu'après y avoir bien songé , nous ne trouvâmes rieo de meilleur, ni où Ton pût mener la princesse, noB* sieur son fils, et nos troupes même, avee plus deicilité qu'en l'île de Pié;

La princesse dépêcha un gentilhfMiime ao siear d^ Louche pour savoir s'il la recevroit avec toute sa suite:

DE LENET. [l65o] 4^5

et ce jour-là il retourna , et assura Son Altesse qu'elle y s^oit la tr^bien venue ^tît que de plus il Yoyoit Du Dognon si mal satisfait de la cour et avec de si gi^andes défiances du cardinal , qu'il croyoit q«'il la r^eyroil dans Brouage ; et que lui de Louche foraenteroit son chagrin autant qu'il le pourroit , et disposeroit 60Q esprit à tout faire et à tout entreprendre ; et qH^ ^n pidràller séroit d'être la maîtresse dans son tl«. J'ai oublié de dire, dans les articles des lo «t n jiiillet, qu'un gentilhomme me rendit une lettre de créance de la part du marquis de Yarannes. Il offrit sa personne et Algues-Mortes à la princesse; mais après Siwmr discouru de cette affaire avec lui et les ducs , i\ ne fut pas jugé à propos qu'il se déclarât , n'étant ni à la pprtée ni en état de le secourir : et Ton chargea cet envoyé de dire au marquis qu'il devoit écrire à la ûQur le mauvais état auquel étoit la place; qu'il avoit avis que les Espagnols avoient dessein de la surprendre; qu'il n'y avoit ni hommes ni argent ; et demander qu'on lui donnât l'un et l'aistre , on du moins qu'on lui permîtde prendre dans le voisinage, par forme de contribution, du blé et du fourrage pour se mettre en état de défense. Nous fîmes après aboucher ce gentilhomme avec don Joseph Osorio , et ils convinrent ensemble que le marquis s'adi*essereit à Palavicini , gouverneur de Taragonne, et à Oropeza, qui l'étoit de YaLeoce, qui au mot de Saint-Jacques, que ceux qu'il leur enverroit leur donneroient , l'un et l'autre y priendroient créance et lui enverroient deshomnies, de largcQt et des munitions ; et que lui Osorio , qui retournoil en Esipagne, leurenferoit envoyer l'ordre par le Roi en toute diligence.

4o6 [l65o] MÉMOIRES

La princesse renvoya ce gentilhomme, et lai donna une lettre pour Yarannes ; et remettant au porteur à lui rendre compte de ce qui avoit été résolu, le remelrcioit de sa bonne volonté, lui promettoit de le rembourser de tout ce qu'il avanceroît pour le maintien de la place, de lui donner tel emploi qu'il souhaiteroit dans cette guerre, de ne faire jamais de paix sails y comprendre ses intérêts , et de lui faire obteDir cC; que sa naissance et ses longs services lai dévoient faire espérer, ajoutant qu'il n'étoit pas le premier gOuverheur d'Aiguës- Mortes à qui celte place avoit valuunbâton de niaréchal de France. Il étoit hommed'ambition, de courage , de service , et de très-illustre^ et ancienne fatnille. Il n'y a guère de gens qui pos — sèdent; de telles: qualités qui ne croient qu'on leur* fait injustice quand j on ne Jes élève pas promptemenft: dsins les grandes dignités ; et rîén ne les engage davantage à faire les pas qu'on désire qu'ils fassent, que de les flatter de l'espérance de les leur faire obtenir.

nMirat mevint voir , et médit que Lavie étoit de retour de la cour à JBlaye , et que par un bilïet il le prioit; de l'aller trooiver^ Ce» billet contenoit que c'^toit pour conférer avec lui sur de grandes et importantes a0àires desquelles il lï'osoit loi écrire, outre qu'elles n'étoîent pas de nature à pouvoir être négociées par. lettres. Mais je ne fus pas d'avis, non plus que les ducs, que Mirât fît ce voyage, rien n'éta»l j^us préjudiciable que d'entrer en négociation dans un temps que l'on doit inspirer de la chaleur pour la guerre ; et ceux qui s'y embarquent contre le premier devoir auroient peine à s'y résoudre s'ils ne la jugeoient d'une longue durée, parce qu'ils croient

Bs lehet. [16S0J 4^7

^tie de là dépend leur fortune et leur impunité. Nous <^onseillâmes à Mirât d'écrire à sàn correspondant d'envoyer un homme de créance, ou ses propositions par écrit.

Le !»i, on rapporta au parlement le résultat de l'hôtel-de-ville dont j'ai parlé, sur lequel et sur la requête de la princesse il donna arrêt par lequel ils renouvelèrent la protection qu'ils lui avoient donnée, et à tous ceux qui la serviroient; ordonna qu'on armeroiten diligence ; qu'il écriroit au Roi en forme de remontrance contre le cardinal Mazarin , et sur les désordres de l'Etat^ accordèrent l'union avec tous les corps de la ville 5 et, tacito senatus- consulta ^ qu'on donueroit contre lui un arrêt semblable à celui de 1617, incontinent qu'il seroit entré dans leur ressort. Ils ne. diflTérèrent à le donner que pour ne pas déplaire au parlement de Paris, dans le ressort duquel il étoit encore.

. Le 2!i, le président d'Âifis s'adressa au duc de Bouillon pour lui offrir de servir la princesse et le parti, pourvu qu'on lui payât par avancé deux années de la pension qu'on lui avoit proposée. Il m'en parla, et moi à la princesse. L'affaire fut conclue et exécutée, et dès ce jour-là il fit au parlement tout ce qu'on voulut: mais je crois qu'il nauroit pas trouvé son compte à la cour, et que le vacarme arrivé le 1 1 au Palais , et la nouvelle chaleur qu'il connoissoit dans l'esprit de tout le monde , Tavoit obligé à faire cette proposition. La peur et l'argent sont de puissans draleurs aux gens de la trempe de ce bon président.

La princesse dépêcha La Fontaine, écuyer du dnc d'Enghien, à madame sa belle-mère, pour l'avertir de

4o8 [i6So] mtMouiu

toutes les délibérations dont je viens de parler, et desquelles elle lui envoya copie, avec supi^icatiMi de se reodre en diligence à Paris pour présenter ea requête, pendant que tous les esprits ëtoient disposrfgl servir les princes, que le cardinal s'ëloignoit, etqae le vicomte deTurennederoit entrer ea France.

Nous envoyâmes encore Boohefort , valet dfrcbwibre du prince, à madame de LonguevîJle et an vicomte de Turenne, pour les avertir du bon état 4e nos afiàires et de la bonne résolution prise conbï It cardinal , afin de fortifier leurs tronpes k entrer ei France aussi avant que Dirac nous l'avoit fait espérer de leur part. Ob les primt aussi de faire en sorte qvt le comte de Fuensaldagne envoyât en diligenced«Di vaisseaux flamands ou hollandais dans la rivière ile Bordeaux, chargés d'armes et de mnnitians, dort nous manquions ; etqoeqoand ilsseroientàlaport^ de Farts , ils fissent passer deux mille cheTsux en Bcrri , d'où nous les ferions venir facilement en Gtiiennï, et qui rendroienl nos troupes plus fortes que n'étoieal celles du Roi.

Nous cbarf^eâmes encore ce cou rrierd« lettres pont tous nos amis de Paris , et de copies des délibérations du paHement et de l'fadtel-de-ville de Bordeaux, pour les y faire imprimer.

Le a3 , le gouverneur de Vaire donna avis qD'H étoit menacé dn siège. On lui envoya des hommes, de l'argent et des munitions, comme l'on avoit déji fait peu de jours auparavant.

La princesse fit mettre en liberté Gaaire , conseiller à la cour des aides, qu'elle tenpit prisonnier. Elle envoya au maréchal de La Meilleraye un courrier <{«

m LEMBT. [t65o] ^fXf

l'on avok arrêté , et des lettres de madame sa femne. On envoya le capitaine Morpin en mer, pour enlever quantité de bateaux que le marquis di.' Moiitausier et le duc de Saint-Simon avoient arrêtés.

Le prieur de Saint-Paul arriva h Bordeaux , et vint proposer à Mirât l'entrevue entre lui et Lavie, «t lui fit entendre qu'on pouvoit fort bien ménager la liberté des princes , pourva que les ducs de Bouil)<OB et de La Rochefcticauld n'entrassent point dans la négociation. Mirât et Pomiers-Françon vinrent m'en avertir, et me demandèrent mon sentiment t j^ leur remontrai les incoovéniens d'entrer en aucuns traités tels que je les ai dits ci-dessus , et leur dis que je n« pouvois leur rien dire de positif que je n'epsse entretenu les ducs : ce que je fis. El comme ils jugèrent à propos d'écouter ce que Lavie pourroit dire pour voir si BOUS en pourrions tirer avantage , et en cas que le cardinal entrât dans la résolution de négocier ia liberté des princes, pour énraite lui faire envers les frondeurs de Paris le même tour qu'il croyoit noas faire envers nos amis, c'est-à-dire leur donner avis qu'il nous rechercboit d'accommodement pour les diviser, les dues forent voir Mirât, où se trouv* Pomiers.

Ils dirent à l'un et à l'autre qu'ils n'avoient armé que pour forcer le cardinal k mettre les princes en liberté, et que toutes et quantes fois qu'il voudroit le faire ih désarmeroient avec joie ; qu'il» déclaroient que n'ayant point d'autres intérêts, ifs n'avoiARt qu'à demander un passe-port pour se retirer en fKiys étranger , -et sûreté pour leurs amis , et surtout pour ceuiMe Cordeaux ; qu'ils conseilloient à Mirât de s'a-

4lO [l65o] IfÉMOUlfiS

boucher avec Lavie ]e plus tôt qu'il pourroit à Rogne* dautaux; et fut ainsi résolu.

Cette manière des ducs plut beaucoup à ces bons conseillers ^ qui Tadmirèrent et le publièrent partout^ et cela fit un bon effet dans Tesprit de tous les Bordelais. Aussi n'y a-t-il rien de plus avantageux que de paroitre désintéressé en son particulier , et ne irouloir que le bien et Tayantage de ceux avec qui on est allié lorsque Ton commence lune négociation : c'est Tunique moyen de s'en rendre le maître, et de les obliger, par le même principe de générosité, à ne rien vouloir pour eux que ceux qui en usent ainsi ne soient satisfaits.

Le ^4 9 ^^^^ reçûmes lettres de nos correspondans de Paris, pleines de prières qu'ils nous faisoient de n'entrer en aucune négociation avec le cardinal ^ que l'armée de l'archiduc Léopold étoit puissante, qu'elle n'attendoit que la maturité des blés pour entrer bien avant dans la France; que tout le monde remettoit à sa venue à lever le masque contre le cardinal , et que le salut public, dépendoit de la fermeté de Bordeaux.

J'allai trouver Mirât pour lui communiquer cette dépêche, afin de l'affermir contre tout ce que Lavie luidiroit. Je l'instruisis tout le mieux qu'il me futpos^ sible, et le vis partir pour se rendre à Roguedautaut, d'où il retourna le soir même avec le conseiller d'Andraut , qui se trouva présent à leur conférence. Mirât nous dit qu'il avoit parlé à Lavie du long entretien qee j'avois eu avec lui avant que de partir; qu'il mV voit trouvé dans de très -bons sentimens, et que je lui avois fait un grand. raisonnement sur la matière, disant que le cardinal voudroit traiter des intérêts

DE LEHET. [l65o] 4^'

conjointement, ou n^ocier séparément la liberté des princes^ qu'au premier cas il vouloit faire la paix générale de bonne foi, ou se contenter de vouloir faire paroître à toutle monde qu'il la souhaitoit, et ne la pas conclure, croyant qu'il suffisoit pour lors de faire celle de Guienne; que, pour parvenir à l'une ou à l'autre, il m'étoit aisé de négocier avec les Espagnols , en sorte qu'ils entreroient sincèrement dans un traité, leur représentant notre foiblesse, et l'intérêt qu'ils auroient de prendre aux cheveux l'occasion du soulèvement de Bordeaux pour les porter à conclure à des conditions honnêtes.

Que si le cardinal ne vouloit que la paix de Guienne, nous persuaderions au contraire à don Louis de Haro que nos affaires étoient en état de ne rien craindre, et qu'il verroit bientôt notre soulèvement suivi de celui, de Paris et de la plus grande partie du royaume , afin que, conservant de si grandes espérances, il se tînt ferme à vouloir de si grandes choses que le cardinal ne les lui pût accorder; auquel cas nous prendrions occasion de nous séparer d'eux , et traiter pour nous et pour toute la Guienne. Cela étant , j'ofFrois de m'en aller incognito en faire la proposition à M. le prince dans le bois de Yincennes, à la duchesse de Longueville et au vicomte de Tu renne à Stenay, sans pourtant voir le cardinal ni la Reine ; et que j'espérois que l'on trouveroit tant et de si honnêtes sûretés pour le cardinal,. qu'il pourroit sans rien craindre mettre les princes en liberté j pour ensuite pousser hardin#fat les frondeurs à Paris, et rétablir entièrement l'autorité royale.

<. Que si le cardinal ne vouloit traiter que le seul

4l) [l65oJ MÉIKUABS

point de la liberté de M. le prijice , qu il pouvok et devoit la négocier à Vincenoes toat droit avec lui; que c'étoit une chose inutile de s'en deigner de deux cents lieues pour la traiter avec madame sa femme. Ensuite de ce discours qu'il disoit m'avoir onï faire, il ajoutoit qu'en l'un et en l'autre cas les ducs lui aToient dit n'y avoir aucuns intérêts particuliers, et qu'ils désarmeroient au premier ordre qu'ils en r€cevroleiU du prince lorsqu'il seroit en liberté.

Lavie, comme nous l'avions prévu, etoommei] me l'avoit proposé lorsque je m^entretins avec lui k Bordeaux, ne répondit autre chose, sinon qu'il fal^ loit commencer par Iç désarmement, recourir lui prières et aux soumissions de la princesse , du par^ lement et des ducs ; ensuite de quoi il oe doatoit nullement qu'ils n'^obtinssent la liberté des princes. Mirât, qui étoit bien instruit et bien intentioiuië , lai repartit qu'il connoissoit bien évidemment qa'il n'y avoit rien de sincère en son propédé-, qu'il n'ëtoit que T»strumentdu cardinal pour essayer de dÎTiser les ducs, le parlement et la princesse : à quoi il ne devoit nullement s'attendre, lejàr union étant teUe qci'ii pouvoit assurer , lui Lavie , que Jamais on ne irecevroit le cardinal dans Bordeaux, ni même le Roi armé^ etqoe d'abord qu'on le verrôit venir avec des trou{ies, on pousseroit topites choses aux extrémités ;^ue le par<lemeiit feroît le procès au cardinal d'abord qu'il s^ roit dans leur ressort, pour plusieurs orimes capitaax et infâmes ; qu'ils enverroient |a requête que le procureur général présenteroit contre lui à tous les parle* mens du royaume, pour justifier leur conduite et kor demander vinion^ et que s'il y avoit quelqu'un dans

DE LENET. [lÔSo] - 4'^

leur compagnie qui fût assez bardi pour s'y Ofppds^r, on l'en chasseroit pour jamais, et peut-être l'abandonneroit-on au peuple pour le faire jeter dans la rivière.

Lavie lui repartit (|ue ce qu'il disoit étoit le moyen de faire répandre beaucoup de sang 5 que le cardinal lui avoit dit en termes elprès que la Reine perdroit plutôt, non pas la Guienne, mais tout le royaunie, que de mettre M. le prince en liberté, tant que madame sa femme et ses serviteurs et amis auroient les armes à la tnain ; et qu'elle exposeroit sa personne et celle du Roi même à tous les périls du nlonde, plutôt que de ne pas entrer la maîtresse à Bordeaux. Mirât lui répondit qu'afin que le cardinal ne prît point de fausses mesures , il l'assuroit que Bordeaux appelle* roit les Espagnols, l'Anglais et le Turc même s'il le pouvoit, plutôt que devoir ce tyran triompher de leur liberté et de leur vie. A quoi Lavie répliqua qu'il alloit à la cour pour y porter la résolution des ducs ^ rétat des choses, et voir ce qui se pourroit Taire ensuite, et qu'il lui en dônneroit avis<

A Theure même que la princesse sut tout ce qu^e dessus par Mirât , qui vint eh arrivant lui en rendre compte en présence des ducs, elle résolut de faire partir le père Herbodes dont j'ai parlé, avec ordre de dire au père Paulin, confesseur du Roi , outre ce dent on l'avoit chargé, qu'on n'admettroit point de négociation par Lavie, parce que le peuple et le parlenient l'avoient en horreur, et qu'il avoit été si osé que de dire à Mirât que si le cardinal étoit pressé, il^« termineroit les princes qui étoient en sa puissance.

Les compagnies souveraines se renferment dans les règles de leurs formalités , (^uand T^péranee d'ac-

4l4 [l65o] MÉMOIRES

croître leur autorité , ou la crainte de la voir entièrement abattue , ne leur fait pas franchir les bornes qu'elles leur prescrivent ^ mais quand par Tun ou par l'autre de ces principes elles ont commencé à quitter leur chemin ordinaire , elles se portent facilement à de grandes extrémités , parce que ceux qui ont le plus de prudence ne prévalent pas pour l'ordinaire en nombre, et qu'ils sont considérés comme suspects quand ils veulent s'opposer aux jdélibérations trop hardies, qui, dégénérant pour la plupart en une espèce d'attentat contre l'autorité du souverain , portent ceux qui en ont été les auteurs à tout entreprendre, croyant que c'est l'unique moyen d'éviter les châtimens dont ils sont menacés. Nous avons vu la preuve de cette vérité en tant de rencontres , particulièrement dans tous les troubles qui ont agité la France en divers temps, qu'il seroit inutile d'en rapporter ici les exemples : aussi ne parlerai-je que du parlement de Bordeaux. La première guerre qu'il entreprit es années 1648 et 1649 n'eut point de fondement que de maintenir son autorité, et d'éviter la peine qu'il appréhendoit de l'indignation du Roi pour avoir poussé trop avant le duc d'Epernon : ce qui le fit aller jusques à mettre une armée sur pied , donner de^ combats, et assiéger et prendre comme il fit le château Trompette. La gloire de donner sûreté et protection à une princesse et à un prince du sang l'engagea dans celle-ci^ la crainte de la violence du peuple le fit al* 1er. plus avant qu'il ne pensoit, et l'appréhension de se voir exposé à la vengeance du Roi le porta à soutenir un siège contre ses armes et en sa présence, comme je dirai en son lieu.

DE LENET. [x65o] 4^^

Le a5 du même mois de juillet , le parlement reçut une lettre du Roi par laquelle Sa Majesté luidonnoit avis de sa marche vers Bordeaux, où il alloit à dessein d'y rétablir son autorité abattue par la faction des ducs de Bouillon et de La Rochefoucauld avec les Espagnols , lui ordonnant de députer vers elle suivant qu'il étoit accoutumé en pareilles rencontres. 11 y avoit dans le paquet une semblable dépêche pour les jurats. /

Le président d'Âf&s porta Tune et l'autre au Palais ; et l'affaire mise en délibération , il fut ordonné que la compagnie feroit une réponse au Roi, et qu'elle contiendroit de très-humbles remontrances contre le cardinal Mazarin comme auteur de tous les désordres de l'Etat; et qu'il seroit sursis à la députationjusques à ce qu'on sût que Sa Majesté seroit dans leur ressort , auquel temps on aviseroit de prononcer l'arrêt dont j'ai parlé contre le cardinal \ et enfin que l'on enverroit des députés dans l'assemblée de l'hôtel-deviUe pour exécuter l'arrêt contre lés suspects.

Le 26, celte assemblée se tint: Boucaut, Le Rousseau et Tarangues, gens fort emportés, y assistèrent de la part du parlement. On y désigna quantité de bourgeois, la plupart desquels furent jugés suspects; et comme tels on leur ordonna de vider incessamment la ville. On voulut nommer ceux qui l'étoient daiis le parlement ; mais les députés l'empêchèrent, et dirent que c'étoit à la compagnie à les juger, et non au peuple, ce qui fut exécuté.

Le courrier qui avoit apporté la dépêche du Roi se retira dans l'archevêché , où il se tint clos et couvert, dans la crainte qu'il eut d'être déchiré par la

4ld [l6So] MÉIIOIRES

popuJace. Elle fut en foule lâenacer Târchevéque de lé jeter dans la Garonne ; les magistrats envoyèrent poser un corps de garde devant sa maison i et firent murer la porte qui communiquôit aux }ardins qu'il avoit hors de la ville; et donnèrent une escorte à ce courrier pour empêcher qu'on ne lui fît aucune violence quand il partit pour porter à Sa Majesté lei réponses du parlement, qui ce jour-'là délivra l'aident et les commissions pour les trois régimens quiis a voient résolu de mettre sur pied pour la défense de leur ville.

Gomme Ton sut que les jurats avment député Pou— tac-Beautiran vers le Roi, le peuple accotirut en socm logis, le garda toute la nuit, et lui dit le lefudemaiit^ en levant la garde, que s'il partoit contre la parole qu il avoit donnée de n^accepter pas cette dépatatioo ^ il seroit poignardé à son retour, et. sa maison brâlé^ pendant son absence.

Le 217 , les frondeurs, qui avoient i^ésolu avec nous de se rendre les maîtres de toutes les délibérationeB qui se prendroient dans le parlement , attirèrent des bourgeois affectionnés à noi intérêts , et demeurèreat d'accord avec eux qu'ils porteroient six billets caiihetés contenant le nom de ceux qu'ils jugeoient suspeeCs^ et qu'on leur nomma, à six conseillers^ qne les raisons de suspicion, qu'on leur doUna dans unampiit^ mémoire , seroient insérées dans ces billets : ce fot fut exécuté. Ceux entre les mains desquels ùnk^ avoit mis les rapportèrent es chafiibres asseoiU^ Onze conseillers qui y étoiènt dénoMikiéil sel reiiréreot^ le reste dé là (îompagtiie continua la séance, eiktr ordonna dé retourner le lendemain prendre leors

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DE I^BKBT. {f65d] - r4^9

\Aace8j, sans rien prOMMicer coàtre eue; réservant de e W juger 9 ei de les tdMsser de la^ville à Veittémiiéj wi CToyaht que cela soifisott pour les intimider et les K . porter à tons lés tentimeas des freÂdeors ; qae si qoeitpi'nas^ea ëteigDoâfc^ on lé menaoeroitdie Texposer à i^ la fureur du peuple^ .

- i Si l'avis des duos eut été èuivi^ on les àjoroit ^n- Il gédiés sur k dësignatioa laite de leurs personnes par B les bourgeois^ car îl Àoit dangereux de conserver dans ie parlement onse Toix qu'on savoit se devoir t^mr'iier en toutes occasions contre nous. 31s n'étoient suspects que paarce qu'ils étoteiU; affectionnés au Roi^ €t qnlls ^toiesft tous d'un esprit plus modéré que les fatras. Us n'avoiieni nulle liaison avecttous, nous ne ^i pniTiotis lien fiaire contre lemr fortune ; nous n'avions ^ pas de quoi leur «tonner, et ils n'étment ni d'humeur 91 ni de résolution ii rien prendre de nous ; eft par con^ ^o eut il étôîl à croire que o'étort autant d'ennemis 2« qui ohercheroient tous les moyens possibles de nous ^ ndic*«, comme ils firent, et qu'il nY avoît rien à mé- ^ nager avec eux. Mais comme en pareilles reaicodtres ^ nom^ ptremoBS la loi de n€>^ amis du parlement, il 1$ ^ht^rt^èttceDeHi suivre leurs sentimens et les laisser B(( ^ir^s^' ib ptvrent cette ré6»kitioa , de voir ces bonnes ^ 9^ve^ abattus et dépendans d'eux par la cnânte^ de ^, nea^^reieuvs délibérations plus authentiques , ^t d'em- ^ P^'^^^^elr que, se retirant de Bordeaux, le Roi ne s'en ^ sierv^ .foiMT établir up ppirkment ailleurs, qui pourg roiti ^fnéer dés arrêts opposés à ceux de fiordeaux: ^ ^mafi^ 1^ mial qu'ils eussMt pu faire au dehors étoh WQp$]^9 4 orsûadre qite celui qu'es eussent pu (aire au

4lK [l65o] MéMOIRBS

Le parlement manda les jurais , et leur défendit de dëput^ aucun de leur corps pour aller au devant do Roi. li ordonna que Farrét d'union et celui de larmementseroient affiches à tone les carrefours des rues, et que Ton meneroit le plds prolnptemént que faire se pourroitdes canons à La Bastide*

On neçut dés lettres de Mazerolles , par lesquelles il nous assuroit qu'il avoit vu- partir de Saint-Sébastien deux frégates chai^éeé de cent mille pat2^4)Bs, et qu on y âttendoit une escadre de vingt-cinq voite qui venoit de Cadix. Ni Tune ni Tautre de :ces noovelles ne se trouvèrent véritables , comme nous dirons ci-après eni son lieu. Ce n'étoit qu'une inventioada I baron de Vatte ville, qui couvroit tant qu'il poofoit I l'impuissance où se trouvoit pour lors le Roisoo r maître par de vaines promesses , qui ne servirent pas I peu pendant quelque temps à maintenir le connf L des Bordelais : tant l'espérance du profit a depouioir p sur les hommes. L^

xLe 26, Ton fit faire revue à l'inifanterie, à lagaelle Ici^ on donna un prêt pour dix jours. I**»'

Lavie, qu^ avoit devancé la dour^ envoya deBhjf LJ^ un ecclésiastique à Mirât, pour l'ioviter de se trouver L^ à Roguedauteaux pour. cànféreriavec lui des propo- J'A« sitionsde paix, desquelles fai parlé ci-devant; dw^ j^^" il lui fit répoifise, après avoir pris les ordres de* princesse et des ducs , que le peuple)avoit éié teH^ hm ment irrité du premier voyagç qu'il aVoit fait tertM I ^''^ qu'il l'auroit jeté dans la rivière;, si Son Altesse iK j,^ Favok avoue 5 et qu'en l'état où étoiei^t tes chose»»* hc» n'y avoit rieti à négocier avec Bordeaux^ qa'aprèsi'W' ^^ J rais les princes en liberté. hé^

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DIB LRNET. [l65o] 4 '9

irrét.de ne point recevoir le cardinal dans Bor- X, ni aucunes troupes à la suite du Roi, fut puce que Sa Majesté seroit très-humblement sup- ) d agréer pour le repos de ses sujets et le bien de iffaires (0.

1 députa le président Pichon^ les conseillers liers - Françon ^ Sudiraut^ et Grimard président

ce Le oS juillet, le parlement , averti que le Roi e'toit p^rti d^Aiji'^ me , et qu'il s^approchoit des confins du ressort, s'assembla dere- )our délibérer sur Tenvoi des dépuie's au devant de Sa Majesté : ce it résolu. Et furent nommés le président Pichdn , les sieurs Sudirauc oeste , conseillers de la graod'chambre ; les sieurs Pomiers et Gri- ., présidens aux enquêtes , et le procureur général. Les trésoriers ance députèrent aussi deux de leur corps , savoir les sieurs Toret Cliapelas ; et les jurats députèrent les sieurs de Beautiran et lanç , procureur syndic* .

Le même jour furent faits divers registres sur le sujet de rapproche ardioai Mazarin, desquels j'ai cru vous devoir donner une entière oissance par leur teneur que voiéi :

La cour, les cliam(>i;<S: assemblées, sur ce qui a été représente que rille n'étant pas en assurance si le cardinal Mazarin y venoit, il ise de la protection qu'il a toujours donnée an sieur duc d'Epemon ; ^'été arrêté qu'il ne sera ^oint reçu, ni aucunes troupes qui pour- •nt donner ombrage à la ville; le Roi sera très-humblement sup- : avoir agréable la présente délibération pour le bien de son service ^anquillité de ses sujets. Fait à Bordeaux, les chambres assemblées, 8 juillet i65o.

^ ^té aussi délibéré qu'on députerait devers le Roi un président et tre conseillers pour saluer Leurs Majestés , avec défense de voir otement ni indirectement le cardinal Mazarin, le duc d'Epernon, ^femier président de Bordeaux , Lavie , avocat général , Constant ^vttres qai auroient vendu et trahi la ville; faire ni recevoir ancan ^^ni proposition.

^ , tacilo senatus-consulto , a été aussi arrêté qu'au premier acte >>stilité on publiera l'arrêt du marquis d'Ancre , de l'an 1617, contre ordinal Mazarin (ce faisant, on le déclarera auteur des désordres ^^£tat): qu'on enverra lettres circulaires à tous les parlemens de ce ^nme contre lui. » (Histoire véritable de tout ce qui s*est fait et en Guienne pendant la guerre de Bordeaux, )

4lO I l65o] MÉMOtRBS

aux requêtes, pour aller saliier le Roi, avec de trèsexpresses défenses de voir le cardinal directement ov indijrecteHieiit ; de faire ni recevoir aucdnesi propositions de paix, de n avoir aucune communication a?ec leur premier président qui étoit à la suite de la éour, Lavie, Constant, ni autres, parce que, disiât leur ordre, ils avoient été traîtres à k patrie. Et Ven résolut que d'abord que Ton verroit avancer des troupes, Ton donneroit arrêt contre le cardinal.

Le 29, on envoya quérir des passe-ports pour Fallée et venue des députés. Le corps de ville députa Poatac-Beautiran, et Blanc, procureur syndic de la viHe. Le conseiller Guionnet, à qui le parlement avoil adressé les lettres pour celui de Paris et pour le duc d'Orléans contre le cardinal, écrivit; et Ton reçut ce jour-là sa dépêche, par laquelle il mandôit à la compagnie qu'il n'avoit rendu que celle-ci, parce que Monsieur, après s'être mis en graâde colère , avoit exigé de lui qu'il ne présenteroit l'autre au parlement qu'après le retour d'un courrier qu'il avoit dépêché k la cour, pour empêcher que le duc d'Epemon n^ fài reçQ, et que le Roi n entrât dans le ressort de Bordeaui; qu'il n'avoit pu refuser six jours de surséauce pour la présentation de cette lettre; et ajoutoit qu^il faisoil espérer le changement de gouverneur, amnistie, et sûreté à madame la princesse et à mon^j^eur le duc à Goutras ou à Nérac.

Le 3o, le parlement s'assembla pour délibérer sur cette lettre, qu'il reçut si aigrement, que peu s'en fallut que Guionnet ne fût interdit de ssl charge. OnU dépêcha un courrier, avec ôrdrô^de ne pas d^érer on moment Texécu tien des volontés de la compagnie^^t

BK LENET. [l65o] 4^1

l'on commit le conseiller dTspagnet pour visiter avec le duc de Boiii{lon les murailles, places d'armes, etc.

On reçut nouvelles que Tarchiduc et le vicomte de Tnrenne avment assiégé La Capelle. Tout Bordeaux en eut un mortel déplaisir, se voyant frustré de Fespérance que celui-ci leur avoijt donnée de faire msrcher son armée vers Paris^ pour divertir la marche dn Roi vers leur ville. Il fut nécessanre d'employer tous nos amis pour empêcher que cette nouvelle ne fît changer les délibérations vigoureuses que Ton avoit prises les jeurs préeédens; et je doute fort que sous en fussions venus à bout , si la crainte des châtim^ss que le Roi eût pu faire à son arrivée ne les eotTeteans.

Le 3 1, le président d'Affis m'apporta de grand matin niie lettre que le maréchal de La Meilleraye lui écrivoit, en lui adressant deux lettres de cachet, Tune pour le parlement, et l'autre pour les jurats et habi*^ tans de la ville. Ces lettres, datées dû iiS, écrites à Angouléffie, contenoient en substance que comme la coutume étoit de faire les jurats le premier d'août, et que Sa Majesté savoit que les ducs de Bouillon et de La Rochefoucauld faisoient des brigues et des monopoles pour en faire élire à leur poste , afin de livrer la ville aux ennemis de l'Etat , «lie défendoit soos peine de la vie aux habitans de s'assembler ^ et aux jurats qu'ils ppurroient nommer, de s'entremettre à l'exercice de ces charges jusqu'à son arrivée à Bordeaux, auquel temps elle laisseroit la liberté des suffrages au peuple, et lui donne Ait repos.

J'avertis à l'heure même les ducs et nos amis de cette dépêche. Le parlement s'assembla, nonobstant

4^2 [l65oJ MÉMOIRES

que ce fût un jour de dimanche , et ordonna que trèshumbles remontrances seroient faites au Roi, tant sur la forme que sur la matière desdites lettres : sur la forme, parce que c'ëtoit une chose inouïe d'user, dans des lettres de cachet. Sur peine de la we/ et sur la matière, parce qu'il étoit injuste de défendre à des bourgeois d'élire des magistrats qui étoient si nécessaires dans une saison et dans une ville comme celles-là ; et que cependant Ton procéderoit à la nomination des jurats en la forme accoutumée.

L'on sut , par diverses lettres de Toulouse , qu'ensuite de celle que leur parlement avoit reçue de celui de Bordeaux, il y avoit eu plusieurs propositions dans cette compagnie-là : les unes pour s'unir avec Bordeaux pour la liberté des princes , les autres avec Paris contre le cardinal, et quelques-unes contre le duc d'Epernon; mais que la délibération avoit été remise au lendemain.

Le premier jour d'août, le Roi arriva de Coutras à Libourne*, les députc^s partirent pour aller saioer Sa Majesté.

L'on procéda à l'élection des jurats : les conseillers Blanc de Mauvoisin et Farnoux furent députés du parlement pour y assister. Les anciens, qui étoient dans la ville, ne voulurent pas nommer les prud'hommes pour nommer les nouveaux , comme il étoit accoutumé : mais le peuple nomma six d'entre eux pour les nommer, et ceux-ci élurent pour jurats Wort pour gentilhomme, Fontenelle avocat, et GuiraDl bourgeois. La princéSse et les ducs avoient résola d'en faire nommer d'autres^ mais comme plusieurs de nos amis souhaitoiént ceux-ci, ils firent de nécesr

Bfi LB9BT. [l65o] 4^3

site veHu, et leur témoignèrent grande joie de leur élection. Us empêchèrent ainsi qu il n'arrivât aucune division dans la ville, et firent croire à la cour quiis avoient eu le crédit de faire des jurats à leur dévo* lion, qui étoient deux choses fort importantes dans cette coi^joncture.

Le â, Brie arriva à Bordeaux, qui apprit au duc de Bouillon qu'on lui avoit amassé vingt mille écus dajis sa vicomte de Turenne, outre dix mille livres qu on avoit données par ses ordres à Chavagnac, pour <:oDfimencer, comme il faisoit, le régiment de la Reine.

On apprit que Vaire étoit assiégé, et que Richon s'y défendoit avec courage. On eut avis qu'on équipoit quelques frégates à Rayonne , à Saint- Jean-«de- Luz, à La Rochelle, et sur la côte de Poitou. On écrivit à Vatteville d'envoyer en diligence l'argent, les vaisseaux et les munitions qu'il avoit fait espérer. JNous étions dans une telle disette d'argent, que depuis six jours notre dépense rouloit sur environ mille pistoles quej'avois encore en mon particulier. On reçut lettresde Vatteville, qui nousdemandoitdes houvelies des deux frégates dont MazeroUes nous avoit éonûé avis, et qu'il disoit nous apporter cent mille écus.

Le 3, Lartel poussa la compagnie du chevalier de La Valette*, il amena douze prisonniers , et quinze ou vingt chevaux. On intercepta une dépêche des anciens jurats, qui rendoient compte à d'Aurillière, secrétaire d'Etat, de ce qui s'étoit passé à l'élection.

Ce jour-là la princesse écrivit au Roi en ces termes :

c( Sire, (( La violence avec laquelle le cardinal Mazarin,

4^4 [i656] MiMoniM

« abusant de fauloriftë et ^^ nom de Voire Mqe^, « a &it arrêter mon$iear Bomu isati , sans considérer « lea services qa'il a rendus, sa qualité, ni son in*' « nocence; monaieur le prince; de Conti , parce qu'il « est son frère ) et monsieur le duc de Longneviîle, « parce qu'il a voulu, contre ses ordbres, eonchiK « une paix glorieuse à Votre Majesté ; Tingratilude et « Tavarice qui Font £ik empara de tous Leurs goa- « vernemens pour e;i revêtir ses créatures, la pin* « part desquelles ëtoient années contre FEtat, pea* « dant que monsieur mon maari fàîsoit trionif^Mr vos « armes et exposoit sa vie pouf le dëfendire \ la m^- M nièreavec laquelle il a &it chasser ma helle4nère « hors de sa maison^ pour avoir présenté une re^ « quête au parlement de Paris^ et madame de Lon- « gueville pour avoir demandé justiee à vx>tEe: parte- M ment de Normandie *, emprisonner madauaa et mes- « demoiselles de Bouillon, powsuivre mon fik et « moi d*une extrémité dn royaume à Fautre y retenir « tout le bien de|. monsieur le doade Bouillon, défi pouiller M. le duc de La Rochefoucsold de son « gouvernement, et déclarer Fun et Fautre crimi- « nels de lèse^majesté parce que leur secours na « garantie de sa violenoe , et qu'ils m'ont fait la br « veur de m'accompagner jusques ieipMir y implorer « votre justice :

ce Toute cette oppression du cardinal Mazarin ne « donne, sire, une juste crainte d'eu ressentir qoel- « ques effets rigoureux, et m'empêche de m'aller « jeter aux pieds de Votre Majesté pour lui préseo- « ter, avec mes très-humbles services, un prince de « y Qtre sang , âgé de sept ans , qui est le reste du mu^

DIB LBKBT. [l65oJ 4^5

«^ frage d'une naénon ifiii n'a jamais eH de pensées que « ponr la gldre de votre nom et Tavantage de votre « couronne ; et demander à Votre Majesté la liberté^ « de monsienr mon mari , quejesouhaiteroiâ presque «i moins iiinocent qu'à n'est, afin qu'une captivité te qu'il auroit en quelque feeon méritée ftt voir à la « postérité des marques de la justice de la Reine , et « non pas c^es de la violence d\in ministre étran- « gér ; et que sa détention , faite contre toutes les lois m du roj^aume, ne fît pas une taehe à Thistoire de Votre M Mayesté, que j'ose dire que monsveur mon mari M avott pendue fort éelatante.

« PMt k Dieu , sire , que ma mort pût apaiser le

- «c désordre que cette infraction de vos déclarations tf a fait nattre dans PEtat ! Je sacrifierois volontiers

~ « ma vie pour eontribuer quelque chose à la tran-

1 « qfUfiHitë publique, et je n'aurois pas la douleur de . <r voir la ville capitale de votre royaume exposée à

! « mille désordres , panée que le cardinal a détourné

■ « les armes destinées à la conservation de vos fron-

i « tiëfe^^ pour les occuper injustement i la perte de

i « Bordeaux , par la seule raison que cette ville , tou-

g « jours affectionnée au sang royal, m'a reçue, et

2 « que tant de grands hommes qui composent son i « parlement m'ont mis sous la protection de votre

« justice. Je sais, sire, que monsieur mon mari a

B « moins de douleur de sa prison que des désordres

s « qu'efie cause dans l'Etat ; et Dieu me sera témoin

« que toutes les indignités qui sont faites à ma qua-

« Mté et à ma personne , tous les malheurs qui pour-

« suivent cette maison affligée , la mort même dont

« mon fils unique est menacé s il tombe entre les

436 [l65o] MÉMOifiES

u mains du cardinal, me sont moins sensibles que

a de lui voir exposer votre sacrée persoiHie aux fa-

. « tigues des voyages continuels qu'il lui fait entre-

tt . prendre pendant les rigueurs de Thiver , et dans

« les plus violentes chaleurs de Fétë. pour venger

(c ses passions, et opprimer en votre présence les

« plus fidèles sujets. de Votre Majesté. J'espère , sire,

(( de Ja bonté de la Reine qu elle jetera les yeux sor

(( les fers de monsieur mon mari ^ qu'elle . considé-

(( rejra Futilité de ses services; que Sa Majesté se

« souviendra de la satisfaction qu elle lui a fait Thon-

« neur de lui en témoigner autrefois;; que sa pro-

<( dence détournera tous les désordres que nous

(| avons sujet d'appréhender, us^nt de clémence en-

a v^rs ceux qui tant de fois ont répandu leur sang

(( pour la gloire de sa régence ; et que , par le châti-

« ment exemplaire que Sa Majesté fera un jour de

a celui dont la mauvaise conduite a laissé affoiUir

« son autorité et la vôtre, elle la rendra plus grande

(( et plus relevée qu'auparavant, et donnera la paix

(( aux peuples et la tranquillité à vos Etats. *

a Ce sont, sire, les très -humbles supplication (( que j'ose faire à Votre Majesté, puisque l'accès c( vers elle m'est interdit, et que je me vois privée (i de l'honneur de lui rendre en personne ce à quoi c( mon devoir et mon inclination m'obligent, et lai <i demander avec l'humilité, la soumission et le res- (( pect dont une très-fidèle sujette et servante est (1 capable, la liberté de madame et de oiesdemoi' «c selles de Bouillon, du prince de Conti, du doc «i de Longueville, avec celle de monsieur mon mari; « et que pour otage de leur fidélité , si tant de grands

DE LÉKST. [l65o] 4^7

ce services ne sont suffisans, il plaise à Yétre Majesté « que j^aille passer ma vie dans le boi» de Yincennes. <c J'y emploierai tous les momens à prier Dieu qu'il <c comble vos jours de bénédictions , qu'il fasse pros- « pérer vos armes, qu'il vous rende redoutable à « vos ennemis, chéri de vos sujets, respecté de vos « alliés; et que par la clémence, de laquelle je. dece mande à Votre Majesté, les larmes aux yeux, un (( exemple qui sans doute sera très -bien r^çu de « tous les bons Français , elle fasse connoitre en « vous les vertus de Henri-le-Grand et celles de « Louis-le- Juste , qui vous rendront le digne suca cesseur de ces deux grands monarques.^ suppliant « très-humblement Votre Majesté, sire, de croire (c qu'en prospérité et en disgrâce je serai également c< toute ma vie, sire, de Votre Majesté, la trèsce humble, très-obéissante et très-fidèle sujette et 4i servante,

u Claire-Clémence de Maille.

M A Bordeaux, ce 2 août i65o. >»

On envoya le comte de Meilly avec six cents hommes et les galères et galiotes, pour tâcher de secourir ^ichon , qui défendoit Vaire , ou pour le retirer de aa garnison, s'il étoit pressé. On lui donna aussi des Iirûlots pour essayer de brûler le pon.t de Branne, et les bateaux qui étoient au port de Libourne.

Le duc de Bouillon alla visiter le fort de l'île Sainte Georges ; il y laissa les chevaliers de Todias et de Palière, avec quelques fantassins : et comme les ennemis étoient déjà dans l'île, il revint en diligence à JSprdeaux, d'où il renvoya le régiment de Conti.

4l8 . [l65o] MÉliOIBES

De Monde, capiuûne dans Persan , arriva de Montr^nd pour représenter quelques nécessités de la place, et nous apprit que le comte de Châtelux avoit enlevé le régiment d'infanterie de Saint-Aignan , et que Saint -Géran avoit iait son accommodement avec la conr.

Le 4> nous sûmes que nos gens avoient escarmouche toute la nuit dans l'île de Saint-Georges , qu^il y avoit on plusieurs des ennemis blessés , et environ soixante de morts , et entre autres le chevalier de La Valette, Du Brenîl et Vaillae,

ViUars-Villehonneur retourna de Saintonge , où il avoit enlevé une compagnie du duc de Saint^imon, et nous apprit que Dû Dognon s'étoit accommodé avec la cour à condition qu il n'y iroit point ^ qu^on n'enverroit personne dans sa place; qu'on lui paieroit tous les arrérages qui lui étoient dus , et qu'on loi enverroit l'argent nécessaire pour équiper six vaisseaux.

L'on sut la prise de Vaire , et que Richon n'ayant eu aucune nouvelle du secours qu'on lui avoit fait espérer, et une fort grande brèche dans sa place, >avoit envoyé un capitaine du régiment de Froosac pour capituler ; que celui-ci l'avmt trahi ; qu'il avoii été ou gagné ou intimidé par le maréchal de U Meilleraye , qui lui avoit promis la vie , et à d€ux parens qu'il avoit dans ce château ; et qu'il leur conserveroit leurs compagnies dans quelques r^[inens de son armée , pourvu qu'il voulut livivsr Richon : ce qu'il promit. Et en effet il rentra dans la place, lui dit qu'il avoit fait une composition honorable , qu'il sortiroit avec armes et bagage, et qu'il *lui amenoit

DE LBNBT. fl65o] 4^9

des i>ta^es A Theure même, ce traître, qui avoit iniroduit le nombre d'ennemi» qu'il avûit juge ilëces^ saire pour exécuter son dessein , auxquels il joignit sa compagnie , se saisit de Ricbon , et le mena prison* nier à Libourne.

Le 5 y sur le bruit de la prise de Vaire et de Ri* chon , la princesse jugeaat qu'il y aroit péril qu4>n ne le fît mourir pour avoir tenu dans tin chftte»i contre une armée royale, envoya un trompette au maréchal de La Meilleraye ponr lui aire que sî Ton ne le traitoit en prisonnier de guerre^ ceux cpi'elle tenoit à Montrond , k Turenne et à Bordeaux reee* vroient le même traitement qu'on hnà feroît.

Les députés retournèrent de la cour, ou ils âvoieiit salué et complimenté lé Roi et la Reine, sans parlet m communiquer avec le cardinid, qaoiqti'il fût pré* sent à leur haraingiie, dans Ijaquelléméme ses cèn«* seils fureiU; blâmés avec une hardiesse incroyables La Reine ne leur dit autre chose, sinon qu'elle avpit fate liiettre par écrit sa réponse, sur laquelle elle l^ir ordonnoit de faire délibérer le parlement , et de- lut envoyer par écrit la délibéiratîon qu'il formeroil. Cet écrit, signé Louis, et plus bas Pbelvpeaux, contenoîl en substanee deux points : lé premier , s'ib vonloiettt d4>i^ner pltis lorigue protection au duc dé Bouillon^ qui trliitoit avec l'Espagne^ et qui dîs<Ht que Boih deaux valoit bien Sedan ; et le second , si Ton ne voii* Idit pas y recevoir le Roi avec toute la suite et la ihajeâté requise à un roi de France.

L'on reçut nouvelle du père Hôrbôdés , cpti ^ aj^ant manqué la cour en chemin , avoit écrit au père Pau- Un, c^nfesseiM* du Roi, leis choses dont nous l'a*-

430 [l65o] MÉMOIRFS

viôns chargé , et avoît reçu de lui cette réponse en peu de mots : «Ces messieurs ont déjà exécuté ce dont « ils menacent : Son Eminence en a reçu avis de Pa- « ris ) et partant il n'est plus temps d'y songer. )>

Les députés du parlement firent leur rapport de ce qu'ils avoient fait dans leur voyage, et comme ils avoient entretenu Servien, qui leur avoit, contre son naturel violent, parlé fort doucement , et fait espérer bon traitement pour eux , pour leur compagnie et pour leur vîne ; toute sûreté pour la princesse et pour le doc son fils, et même donné quelque espérance pour la liberté des princes, rejetant tout le désordre sur le duo de Bouillon , contre lequel il avoit tlché de donner de la défiance. Ils dirent tout ce qui leur fut possible pour porter leur compagnie à entrer en pourparler d'accommodement. 11 y avoit beaucoup à dire sur la matière, qui fut long-temps agitée : mais comme le repos «t la cessation des maux que cause la guerre l'emportent ordinairement dans une compagnie aussi nombreuse que celle-là , parce qu'il ny avoit que la moitidre partie qui s'étoit emportée i tout ce qui s'otoit fait de hardi et d'/entreprenant , et cfue la plupart n'y aVoit souscrit que par crainte, chacun se portoit à la paix ^ et l'on opinoit sur la répoiiise que la Reine avoit donnée aux députés, et qn'iis avoient mise sur le bureau, quand un nouvel accident fit changer tout d un coup cet avis.

Le marquis de Lusîgnan amena en mon logis le courrier de Limoges , qui m'assura avoir vu pendre Richon spus la halledeLibourne. Je l'obligeai à le mener au? parlement, que je savois être assemblé pour le sujet que je viens de dire. Cette nouvelle fit l'effet

DE LENET. [l65o] 43 1

que j'avois prévu : Ton fit entrer le courrier , Ton pnt son serment, il fit Je récit de ce qu'il a voit vu. Là crainte que ce châtiment imprima dahs le cœur de cette compagnie fut telle, qu'ils changèrent de sentimens ; toute la douceur à laquelle ils penchoient se changea en une violente colère; ils rompirent l'assemblée, et dirent tous unanimement qu'il ne falloit plus opiner, ni entrer en pourparler de paix avec une cour dépendante du cardinal Mazarin , qui avoit fait counoîtreee qu'il avoit dans le cœur pour eux par une mort aussi. cruelle, aussi violente et aussi peu méritjéeque icelle de Richon, leur concitoyen ; qu'ils n a- Toientplissrien à faire qu'à quitter leur robe, prendre l'ëpée, et se disposer à une mort honorable par une défense légitime €ontre un étranger ennemi de l'Etat; et se séparèrent tous. Tant une action de rigueur faite à contre-temps peut sur l'esprit de ceux qui en craignent une semblable. ■ ^

. Cependant les. ducs, que j'avertis à l'heure même de ceiévénemenity envoyèt^nt en diligence leurs émissaires par-toute la ville : le bruit en fut incontinent ré pai[idn , lés bourgeois coururent en foule che2 la princesse i, en lemr logis et au mien , crier vengeance avec des termes si p^ins de fureur, qu'il ne fut pas malaisé deiprofiter d'une telle occasion. ^ '

. Laprificesse,.après le diner, assembla son conseil, ok étoient les ducs , les lieutenans généraux et mareisbatta: deca'^p de l'armée ; les conseillers Blanc-MauinoffBin^^ dcRenuind, d'Espagnet et Mirât, députés du parlement y îet les çjurats^ Ony agita^ amplement la inatière,>les raisons de part et d'autre y furent balancées ; enfin il fut conclu *t©ut d'une yoix que ppur faire

43« [i65o] néiioiftss

voir ia fermeté du parti, pour ôter toute eâpécsmoe ait cardinal de le fléchir par la rigueur, pour tenir k pa« rôle portée par le trooipette dool; j'ai parlé ci^deasus , pour apaifir^r la cUmeur publique, pour témoigner aux Bordelais le désir de venger le saag de leurs oompatrioties ^ et en un mot pour les engager à soutenir la goerre par ua coup hardi et vigoareu^ , on réfirolut de faire pendre Canot, capitaine daas le Tiem régiment de J^IavaiUes , qui avoit été pris loog^enp auparavant dans Tile Saint* Georges, quaad dUeiàt forcée par nos gens, he «ort tted^a sur tx malhen* reu\ geotilbomiBe (dutôt que sur les autres , qui étôient dails le château du Ha, de même qualité, parc^ que le parlement a^ok d^à &it quelque propo* sition de le faire mourir , comme ayant été, disoit41, Tun des premiers infracteurs de la paix que le fioi leur avoit accordée Tannée préeédiente»

Ce jugement, vraiment militaire, tiroit à de grandes coûséqujencles. Je les représentai en disant mon avis; et>, pour le rendre plus solennel et filua nmyèUKUe* ment approuvé, je proposai d'appeler au icoinseil, avant que d^ Tetécater , tous les commandaos des c^^ les trente-six capitaines dé laviIle,iesfiemtena»sclJa enseignes^ On les manda snr4e*€haaip^ eiétatf es* très , la princesse me commanda de leur dire^ eamm je fis, les raisotis qu'elle anh>it eées de les appi^kf et celles qui avdieùt mu le tionèeil à cfMidamner Cândt) et d'en sutseoir TexéciUiôp jusqu'à ce qu'ils eautft dit leurs avis: pour le £ùi^^:ou me lé ùake }ias, pn^v le péril des ÉefMréaailjes que pomvokilt faike ie»^ néraux de l'armée du Roi les rqgak^doît, à csLùmé celui auquel ilp s'exposoiielit tous Ifiia f<mrs« Us opîaè-

mt tEUCt. [iGSoJ 433

reâtiW après Faut re, avec des paroles si emportées xotttf e le cardimalMazaiin, att<(uel seul its attribiioieni la «kort de Richon , quoique nous ayons su depuis qdè lajseule obstination du maréchal de La Meilleraye Fa- ^oit causée, que je n'ai de ma vie rien vu ni ouï dé ^j^oiUablec etendemaudaiàttous unanime nieiltla mort de cèiie. victime publique , ils intentaient des supplices nouveaux pour les lui faire souffrir. It fût donc ,4»r<lonfié que ce jugement , qui fut fait sans écriture, dans ouïr de prisonnier, ni sans figure de procès, sexoît ex^Hté suT'-le-champ. La princesse voulut le différer an lendemain pour en donuer part au parlement ; lnaisi*eiâportement du peuple iîit si grand, qu'il ne lui fut pas possible d'en venir à bout. Un des principaux 4l'entre eux , qui portoit la parole , dit une des plus folles choses qui se puisse 'imaginer pour appuyer la laîsôn de ne pas différer. » Le cardinal , dit-il, a tout « pouvoir sur l'esprit du Roi ; il l'obligei'a à nous en- <c voyer demander la fjrâce de ce prisonnier ^ nous 4c ne pourrons luiddcorder , et cela portera Sa Majesté « à en refuser d'autres quand quelqu'un de nos con- ^ citoyens lui en demandera. 11 faut considérer que « nous sommes fort sujets à nous battre en duel , et M que nous nous exposons à toute heure à avoir be- « soin de la grâce du Roi. » Ce beau raisonnement eut un tel applaudissement de tout le peuple, qu^it n'y en eut plus àfeire avec lui. Quoiqu'il fût tard, cette exécuy ûoh fat faite sur le port de Bordeaux , vers le fau bourg deà€harlreux -, et tout ce que la princesse put faire fut d^emfiécher que tous les prisonniers de guerre né souffrissent lenémie soit, tant la fureur des peuplés «fit à redouter, pour peu qu'elle soit eicitéë par des T. 53. 28

434 [r65o] véMoiRBS

^personnes d'autoritë comme ici. Elle fat exiréttie eft ce rencontre : ce capitaine étok bu^ebcC ^ et jaMciis il ne fut possible 4e leur faire aoutfirir qà'ob <tettfiit un prêtre à ce pauvre homosie ptour tâcher de le convertir en mourant. Us diaoient quêtant mazariri, il falloit qu'il fut damné ^ et si on n eât fait ari^r h bourgeoisie , il auroit été déchiré (xir la mukitÉde qm le suivoit en le menant au supplice^.

Le 7 , ou tira les troupes que noiis avions d«ds nie Saint-Georges , ne jugeant pas k propos 4e I^ exposer dans un temps auquel tioos étions lÉenacà d'un siège. L'on sut que Ton travaillât par ordre dé la cour à démolir Yerteiiil, maison du duc de La Rochefoucauld.

U^n donna un quart de montre aux troupes et quel^ que argent aux officiers^ pour empêcher qu'ils ne fussent mécontens dans le temp» qufe le Roi approcboit; ^ous étions dans une disette d'argent la plus grande du monde ; et si un banquier ne m'eût prélë dix-huit mille francs , nos troupes étoient prêtes de se réciter. Elles étoient persuadées que toutes le& espérances que nous leur donnions du secoursd'Espa^e n'étoient qu'un artifice pour les amusfer : et rien n'est ^lœ din^ gereux que de promettre en pareilles reneonlres saos être en état de tenir parole. Où. safasi^è pour us temps -, mais tout-à-coup la créance se perd , et toot tombe y sans qu'il soit possible de rétablir le crédit tant nécessaire au maintieti dies affaires de loàgae iuf leine , surtout quand eHes sont «outre J!flialorité 1^ time. Nous fâmes contraints par cet^e raison de d^ couvrir cette disette aux jurats bm anis, que hw avions peu auparavant établis dans ces chai^, et

.<^ui par CQMéqii^iM^ ëM^ient ii%btlr^g«3 à tiotre lortiule, ^Qd q^Us empIoysbssçQt , connue ils firent, l^reiié^. dit à i^Qrus faire trouver de Tsirg^ntisur les pierreriftk dj9 la, princesse; et Toa avoîi teniji jusque: là notre piécessité cacMe , pour sao^ônir h^ytmunge de toiia ceuxque I!^për9i9çe d^ profiter ay>^t embarques^ daiif 4fi parti.

l'oB reçut d^« lettres dfttiée^: é^ pireimer acmt'y jécrites à Saint-Sëbastien , de Vatteville et dé r^aasL^ q^i tëmoigpoieQlt être /^ {jrami' peine de ce quelles frégates, disoie^l^-ils , chargées de cent mille éoiià^ desquelles nous ayons parlé ci-des9as , nr'étoient pas arrivées. Ce premier disoit qu'il avoit eu nouveUe; pal* un vaisseau nouvplleiO(9]iiAari?ivé^ qu<e le \eht eon4t^aire les ayoit obligées à relâefaber vers FAngld^rre;^ et qu'il iattendQit.de^ h^oiioeA et dlaiitxe argent pûtr iifpus secourir de Tun «et de Vautre en toute dili^enicet faut plus nott3 débitions^es nouvelles , moins on les x^oyoit, parce q^e toutes les autres qu'on avoit rereues d^ niiâme nature s'étoient trouvées fausses^ 1 et Tis^ disoit hautement que les courriers qui les apport tfûept étoi^nt des gens du duc de Bouillon tray^^tb pour tPompeR^ le peuple et les troupes : ce- qui joious £ai$oit beaucoup de inal. Par bonbppr c^ jAi^p^lk' on jAe reçut point de lettres de Paris , parce qu^ Je^car^- 4înal fit arrêter le courrier à Libourne- Cel^ écbiaurflk l^s espi^its des Bordelais, et patce que cela allait jQi^iilir^ la s!$r<eté publique, et p^rce qu'ils. s'imaginer li^^ qfieil'*Bi»Ui'0v«>iii retenu a paquets que pjO»c ie«r iÈélw<Hii^lqtt($snwLvelles avantageuses, dont il iMpoiv toit  ta couiP qu'ils n'euisseint pas sitôt la eoimolssa^i^i: tant il fautfpeu fipvr alt^r d«s esprits aigrie etd46lms(

i^6 [i65o] MéMoitŒs

L'on sut que, malgré toute la faction du premier prëjiident de Montrant , ]e parlement de Toulouse avoit donné arrêt par lequel le duc d'Epernon étoit déclaré perturbateur du repos public ; que très-humbles remontrances seroient faites au Roi pour donner h paix à Bordeaux -, et qu'on avoit remis au jour suivant pour délibérer sur lunion avec les parlemens, et poor demander Tobservation de la déclaration, et la liberté des princes.

Il y eut une alarme à La Bastide ; les du^ y accoururent avec les volontaires; la princesse les suivit, avec autant de monde qu'il en put tenir sur tous les bateaux qui se trouv^3rent sur le port. Au retour, elle fut visiter la mère de Richon pour se condouloir de la mori^e son fils \ elle prit sou cadet à son service, et chacun fut satisfait des amitiés qu'elle fit à cette bonne femme affligée. On publioit partout sa bonté, et cette action lui acquit plus d'estime que toutes celles qu'elle avoit faites jusque là : tant il importe aux grands de témoigner de la recoiinoissance à ceux qui sont dans leurs intérêts, et surtout aux parens de ceux qui meurent à leur service ; et c'est ce que quelques-uns de ceux que je connois ne font que très -rarement. ' Le 8 , le parlement fut assemblé jusqu'à quatre heu* res^près midi, pour délibérer sUr la réponse que Ton feroit aux deux articles contenus en celle que fit le Aoi aux députés lorsqu'ils saluèrent Sa Majesté à Libourae; et sur la requête par laquelle le duc de Bouillon demandoit acte de la déclaration qu'il faisoit de n'avoir jamais eu dans ces mouvemens d'autres intérêts que la liberté dés princes , et celui de témoigner sa ûdétiti inviolable à toute là maison royale et au bien de PEUit.

OB liHifftT. [t65o] 4^7

Il y «ut' trois avis sur cette înatière. Le premierifdt celui de Pomiersf-Françon, d^écrire an Roi, et avii dë^ pûtes de Paris qui ëtoient à ]a cour, des raisons fKmi* lesqueHes Ton n« dépntoit pas à Sa Majesté tA à eutr ; dont les principales étoient les violences faites depuis le retour de Liboùrne de leurs confrères, enlbé autres la mort de RichoUé Cet avis n-ëtoît qu'une sdi^éfi^ poof engager à une négociation avec le caitiinal ; et rabattre ainsi la chaleur que les parlemens de Paris et de Toulon^ tëmoignoient^ par toiit«is leurs <lëlibëra^ tionsà donner arrêt conitre lai. Cestuiie grande habi^ letë en pareilles occasions dis faire des traiter avec ht cour, qui, ayant toujoura de quoi punir, abatpocft' Tordinaifeles partis! par la négociation. '-^ * '' ' ^ » . Le second avis fut celui d'£spagnet , d'ônvoyiet atf fiai et à tousi lés pàrleineîis de France les k^moik^ trances: contre le cardinal , avec Farrét du ^8 juillet dernier, par lequel il étoit ordcKiilé qu'il ne sek*dit point reçu dans fiordeaul, ni aucunes trotifpés qui pussent donner du soupçon. Cet avis n' àvoit d^autrë objet qu'à intéresser toutes les compagnies dû royaù^ me contre le cardinal , et de faire ui^e affaire" générale d'une iqni jusque là n'étoit que celle d^ B6rdeaut| et par là donner lieu à forcer le cardinal à s'acébm-^ teodet avec les princes , et à leur donner la liberté dans la crainte d'un soulèvement général , qui Vé^ mis entièrement dans la dépendance des fVondebrà, desquels 41 redoutôit le crédit et la mauvaise intéh*^ tien; ou à obliger ceux ^ui prendroient lé timon 'ideii affaires, si le cardinal venoit à être poussé, dé s'^j^pùyer du parti pour dépouiller toutes ses créatures. C'est la plus sûre maxime, à oeiix:qui sont à la têHH

439 [i€5o] HteoiR»

d^tm parti contre an faviori poissant et dtitorisë, de jVbntver €q a^can oomnierce ayec lai qo*à toàte ei* tréttilé, el d'intéresser toujours le gënérari sa perte; pfirce que si Ton y réussit, Foil a ce que Ton demsitiée ; (9lt si VoB cbnnok que Ton ire puisse en venir à boilf , Ton est toujours & temps de tirer <de lut' des avmitagfes, par l^tëf et qq'ii a de venir à bout dé tout. ;. Marâtit^. hotome hainks' 0I jde la cabakrde hxnt^ prit uH ^bntiment plus délîeadv inais ^oi' alloit t€(«« JKHiFl àta ii(ég4cîatioii y et son «vis lut d'entrer en con^ £^1^06 nvec laprim^essé, powr aviser* ara% moyet^ q|ie I'qq tiendroH pour tirer Messieurs les princes de flfi^QM^a Qampagnio étant partagée 4an» oes trois avis, les frondQurisi ne se trouvant pias assek forts pool |air%fNt^si9r telni ti-Esp^gnet;, duqiéelils éterient totis, etii;rf^ignar(t qu6;Qdui: de Maralit et dé Poiniers^FrâiiçO|ii .fte viu^SQAt ià Is'ttmr ^ be réinrèrént, et firent te* ffieltlre \% délibéDabkoh iusiopi'aii ; lèodieinaiii^i

ta prifK;i9sse « : leik dues et nous t^s connâmes qu'il ;^Uj9H dîM) saUit d« paxiti à ititéressèr tou» les parler ipep^ cQtitxeile^mtàinû^^ parée quetië là dépeâdmt 14 rtiiiie* e^tt^re ^m la liberté des! prthets. UsnUe cha^ g^l*f^Al>44 p^kH haulj(^nie&t, cammeije fis dans b cj^an^e dell^ plsUicesse, en leur présence elt de qo^É" tifé ifi plsrsonm^s quii s'y éloient ÎQtrodiiite^^ qdaiii ll^araijkt y v%(itpr^oseraofiaT)is^:et prêcher laméne dp^ti^inQ q^e Ijavi^ efi le ^ûc dé Saitit-iSimon, dont jU p^rlié çiT4^^psr4 JeJui dji^ dfttre atitues >èho$6s que f iei ne serQÎ): ^i pi^j4vM^ircti^blie; à lia ptiocease que d'entrer en.nég<K^iâtiiprl(>afve^!iecardÂnal sur la liberté des priih c^Sj parce qu'il n'y con^ntûrôit ja«iais cpic quand il VP^f^tPi t : Nduit ) par ks embarras 'quîcn k» prëpiroit

Dfi liSBfiT; [i65o] 4%

d^ t<B44^ p^rto, à iine dernière extr<^ité ; que rien 4<]^^ P^^tfiT^^ tsint cDotoibmer qo^ de>aivre Favis d'Esp^^t^ Et )CH>m(nei les choses s'ëchaaflferent en présf|9^6 4e t;)lu^eitrs bourgeois qui soaffiroient itnpatif^Qifli^ilt r4>l>stinàtîoffi de Maraut & soutenir son opiiMiipi, hd dnù de Bouillon crut qu'il falloir lui faire p^|i|r, : U li^ dît Cfue dès le moment que Toh auroit 4pn]^|j iua af vél au parlement tendant à négocier %;Tt^ )^ fi^r4i»fihetk le feceYoir dans Bordeaux, ia pHEÎfi^Qaf^^ (f ëvfrit asseaddér le peuple daps rhôtel-deyi)fe,,f^m(^çi^i^e4t lus général et le particulier de Fas^ s^ifj^p^e qi^'^lJeavioiA reçue d'aux , et prendroit congé 4s»rp^t^ }k yi^l» g^mmhkée jpeurisë retirer dans quel- ^ijlfe^lfs Mrmi§^t)f (m dû ipôius la yiè du duc son fils ^^(^it enr^êtf ; etqae si elle y ëtoîlt foprcë^%ette u|gt|rp(l {Atffôt Qû »e^l prina^ du satig.iajyàl,. qui res^ t^\^^fif:t4 y eo4re les «àains des «nneodis de TEtat , ^^f^d^;l^ i^Â^ser en li^u QÙ il pcmrnoit txkmberen eell£y|.|lvii iMgsi^rill pQm* Feol^solinisr avec «lonsieur ron fl^fidi^t m^^sieur^ ises ooclc^ , desquels la vie ne sub-<- ^tffi^^^ W^ i^ $!Âeâ«i0'Xe jduede La Roehefoucauld pf j^-^i^HHte U patol^^ eicqaoiqfue, suiirant sa manière fly(4M|9iîif^9 il pftrlât e(i d(js ftermes plus 4oi»x^ il en dit ^f^ p<Mifr îatimkler IVlarauti, et pour exciter tous çfmf^qji^%l$p^^wv^bifinij pendant que la princesse f^n^t e^ Ispfmie^^ à s'^rierqu il falloit égorger qeux ^|i4 i^^Yf oi^t d^ns le panl^iuealt un avis aussi préju-* di^ia|^l/E^,vque i'étoit aelui de Maraut. Plusieurs conrl seiU^ç^ qu^ ^^ jU^puiifèreut là dirent hautement que si 1^1^ dlE^a^et me pa^soil;» ils i^e retiréroient tous, ^/f roii^n^^ass^mbler la ville ap son d^ la cloche pour sa^v^fia vQlppttt des bpn^geoi^.

44^ [l65ej MÉMOIRES

I^'on intercepta, dans les. larides des lettres tièd^Ar* tagniin , lieutenaat au gouverucnient de Bayomie , qui cloriDoit avis k La Vrilliëre, secrétaire d'Etat; du canon qail avoit fait mouler sur les pidasses quHl envoymt à la cour par ses ordres, et S'dxonsmtdecequ^il n'eavoyoit ni poudfeis ni hommes. Comme il est ttiahisé que ces sortes de choses demeurent secrètes, cette noavelle fut répandue ien un moment par la ville;:et en même temps la crainte d'un siège rendit d'abord It pljupért dés esprits interditis.Les maBtitentionnés eon^ tre nous s'en réjo^iisisoîent, et t^hoient de tirer les délibérations vigoureoses enloi^eur, pour husèer prendre au cardinal-toos les Wanlag^es^'il lui seroit possible, et méditoiènt déjà la Vengeaiftci^ de tovis les oojli|^s que leur avoientfaita ceux qui leur étbienl opposés. Ceux, Vautre part^ à^ qui la^ citriMè du kM* timent donnait une nouveUe-^igoeur s'asséttbloièîBf pour aviser aui moyens d^inspirer de la résoIutioD aux uns et (loniier de la crante mx« atttreë. Dis'ai-^ voyoient leurs émi|»9aires partout metiacer d^ëtendre sur le carreau tous ceux qui ferment dés |>ropo8itilMis de paix; ils excitoient les bourgeois à éitposer courageusement leur vie pour la ^oire de leur pairie etnpour la conservation de la maison royale, (folk croyoient consister tonte en celle du duc dCEnglnett. Ils firent aflEicber la nuit suivante, aux portes de *riii|^ cinq officiers du parlement et de quelques notabki bourgeois , des placards contenant tout ce qu^ 61k>it pour intimider les uns et encourager les autres.

Cela réussit de telle sorte , que le lendemain paoér on résolut, quoiqn'avec beaucéup de désordre et de confusion , que Ton enverroit les remontrances drcs»

DE I.BllIlt». [l650J 44^

«ëes contf e le ^ eandinal ' Ma^rin , aurec ïittéi du i«8 ^ juiU^, duquel j'ai parié ct-desaua^ à tooales patleiÉeiis' de Fraoeei pour les iitttter à s'unir k €e)uide Boeécaïax' contre l^jQiNUnal,. et fiaur la liberté dèspririces; cpie Ton enverrmA semUable dépêche au Roi , ahnec une lellM que la compagnie écrtr oit à»Sa Majesté'^ riespoé^ SHre a^. deux ipoihts ddnft j'ai fait meiMâfoili pail la^ q^elfe, entrd auHres. phioses^tenlui^iiiaiiderpit que Tufi et llaulfe élpiept ÎQJurieuii atipadement; etqaè Ton lajouleroît À cette ^péc^he la requête du (décidé BouUIon:, sana envoyer < aucuns d]éputés;.mài^i qu'on çnyerroit le tottt à ceux du parlement dd)Pafis^ c(ui étoiept f]iQur loa^tprèS'duBoiià Liboilmeji ^ r p

Qu fut asauré eaeore ce jour-là que 1 ;dn i ceotinuoil la: dé0ilolitiott dutchileaude Verieuil y appartenaifi^ii da« de»l<a HockefoUcanlds qui teigùt cette nouvelle a^èiC une eonslanioe digoe.de lui : il sembloii en a<roir de 1a joie^pou»! in3plver deJi Cernii^é aii^ft» Qn ;4Î9oit encorJ9 (|ue iee^qui lui. en d^nnoiè noe Téri-K table étoit de faire voir/à la duchesse ide. Longue-^ ^iUie , qui étoit «oujôuirs |t Stenaïf, qu'il exposak téut poiii? son s^vice. . i . , .: i • . < •• ■

, .Le 9» lei parlement iS>fi$embla pour voir l'exp^i^ ia0ii rapi^rtée en la diète phécédente, que le .prési^ deii^4'AflSuà,. les conseillers d'Espagnet, Boucaut, Le Ko^asautf^t Mirât avaient eu ordre de diress^.

X»!oii sui que; le chevalier de La Yakitè ëloitn^ort le ses blessures, e^ que les.ehnemis^ quis'^tiBâènjt pQ9t«a àlGanbès^ vis-àrVis deJUe Saint^âeorgeâ v^Jabatloieot «b clnc| pièces de tcanon.^ . i >; ^

Le 10, <oa dé^pâcha 4es GbapiKbaux) à Paris pour âif^ aux ami» l'état .des choses^ et la ferme: résoluiioipi.

44^ [ i6Su] mAmoimu»

cbns 'laquelle étok Bordeaux. La pricreess» levlr envoyt par kii;«ii bkac aiguéd'efle pMr Je reni^îr^ s\lsle jugcofeent à pro^s , d'une Tequite^à be parleaieat-là pMpr Ja liberté des priaoes« U«ait^rdre de passer ten» 1 le TÎcoflftte de TureQne et viera la duchesalr de Longue- I yiUe ^ pour leur rertioiUver la nëces^ë de faire sMiP- I cer Iffi^rs tpoiipee et iceUe$ mêmes dea Espagnols yeft I Paps ^ pour lui doiliier cbaletté pendàtil l^loigue^iéllf lj| du^Roi, et de dëtUcherce qu'ils pou h*oieilt dé ca«r^ /^ kirie. pour envoyer vers la Gnietlbe ; dbnnelr oràpeii 11^ celui qm eu aurpit le courniandetuent de rAmimfjkp à Moiitrotad , Auvergne^» Turenne et idans te Pam^«, | ^ ce que les amis à qui ou eu atoit ent^é ordre 'poo^ l^m^ raient assembler, pour en former uacorp^^^avèclesfilel l«|^ il fèfoitaisë d'^embartaaserleoarliNihal Aaais le ées^^ii l iedi quil avoit d'assiéger BordeiKix/<]e coun^eritoim pr k oore cfaarlgé de presser TeuToi dans ia nGaroHOie dt» ||Ka de vaisseaui^ flamands, héllàudais mt anglais dont fioâf raine avons pavlë; et le duc de QouiHon dépédia pat^flf hmtet eu Q^nforralité de éetilie dépécdbe.

Là laaisQn de 'La Fwce; qui w'avoil pa^ vu Ja si empressée à songer à ses intérêts- qu'elle fife*!' imaginé, recommenfca 'à négocier )av€^ nou$!, pour pe venger du peu de cas qu'ea faisoît ie «darA* nal , soit pour' le ^iKitiber à «lui fai^e du bien en \à montrant qu'elle pouv^oit lui tiuire ; soit par k#ii de profiter d'une manièi^e ou d^utie autre J^'ime lÊ^ q^niappareoimeutne devoii pli^s guère durer^^oit qui Bordeaux aucoombàt < eu qu'él ifésiistâti Ën&n le ma chai envoya à la princessele ma^itis de €fi^aciiii petithfilsv qui pendanf: le^iëgle de Paid^ a voit ététnga^éfdaas Jes Milërëfis du prince êe Coiili ^ et le cha^

Quant iésà.

Hpma

id, lei

midi

Sîfa Utmt

Mm

fitiee^ ^esa

DS LBHJST. [1660] 44^

!fa delettrc» de criéaitoe pour elie el m^mepôttr moi. site cnéanee ë^is qaelui ni se^ fils ik^firvbient Vu m ^ venppîeiit le RwtÀ le carctiâal; qa'ill ëtoieht pidar I dessein ide servir les priÉieea que jamais*, qu'ils de* ftndoienll seulemeilt de rarrgenti ralterttatiP du coio-i. ■fidetnent pour le mmrqQis doufils lataéiavec tes ducs 3f BeoittiMi et de La ftèdhefemeaitld; ^'éen%^»fêlH 1 parlement, l^unpdor dimifiuer la moicië^ei taiHei^ a Pâ*igord) en'&Teur da'|yeiiple, et 'pour ethpioyer lutre moitié; à leur anfasistance ) et Vautre par lequel &pai«eitientaV)Wigeroitd)ô ne jamais feire de pafet uisyeompiteHdreâeiiiiCiértoet'eetit de sa maison *. eiqui ëtbitià isén^ cbosie <qu?il aToît yii^opoftë dîtei^' » (èfb satif ëfféu ' ■ ^ V.

''Ledit stetonCuj^aiiétoitieHCOt'e ehargé de leflhea Hii^ :le> tpa^iemfeiit , auquel les ayant -renduiË^ , il dë^ ita des eontmissairès pour conférer av^ee lui ,~et qai oo^imnt ensuite la^ ak^étsi qu^ils detiMftid^eiit poyif cn&rëtië de ses prétention». " ' ^

Quanta l'ai^ent^ pôos ik)tis 4!rotfmins Jiieti empd-i» las à loi rë|K>iidre. ^ooséOvonsHdans m^^hécreisité tapéiœ^ etkfs trompes ne subsiatoient que pàt leâ^ ^pnmts^que je faièois en nifoh propre lét privé nOAir QBoet^que je me fusse «ngs^é auKlelà dé mes for- K^ les prêts <|ue l'on^ne faisoit étoietit bien an-deis^ i^ àe ce qui étx>it nécessaire porir les contenter; Si fei nécessité !ëtbit grande, celle de la cacher boit enoore <l«v^ntage>: aussi pris^je facilettteAC te Miuticn de dire à Gvgnac qoe j'airois en mén pé^ U de qinoi le oonteiiter sur )e (M>int de t'afgent, t^qne^O' savois par eKpérienoe que cVîtoit tout ce sfL nàaison dénroit davantage , et que rien rt*éloit

444 [i65oJ MÉMOmES

plus o^pable de i'eu^ger dâa» aûs intérêts. Je par^ lois ainsi d'autant plos hardiment , que les passages éloieqt fort difficUes , et qu il n'y à^oU nulle appMrenee d'en hasarder le transpott; et c|Qànd j'ainrôis ea de quoi lui donner ce qu'il prétendoit tirer de la prio^ cesse , cela ne se pou voit faire sans en demftoder avit au maréobal ; et <^ne pendant les alléeé et Teiùies Targent d'Espagne, que nous: attendions: de ijouren joar, pourroit arriver 9 et me donber . mojren. de ' aatisfairè à ma parole. Je considëroîs encore qde jéi nefrisqûeb pas beaucoup de promettre en l'état auquel étoiefil les 9Sbàr^. de Bordeaux:, qui selosi toute apparence ne)p0pvoie»t pas durer ^ong-tèmp&v et les dùcà as»» bien que moi jugeoient qu'elles seroiènt plus tâl termi|gfe(s que l'on n'auroit cohcluutt traité avec tes mtessîe.ursTlà, dont les esprits donteuas et incertaidi aojastavoi^ntfaîtcohnoitre; que leur lenteur ^a^kutNl point de ;fin assez prompte. Outre cëU, il ne poavoit que nous être fort bon de donner cette jalousie au cardind, auquel ilout&isoit peur pour lors, qui mettoit tout en usage , non pas pour traiter av»c messieurs'4e La Force, qu'il n'estimoît ^pâs ass»i)ioiir çela^ mai^ pour les . empêcher d'entrer ^ns notie parti, par les espérances qu'il leur faisoit; entrevoir. Et.il nous éloit fort utile dans une telle caqjonclarer de t^Hitpromettre à Cugnac, pour leur Ûter tout prétexte de rompre avec, nbus^et de faire a€ComAlai^ IpeiMi avec la cour , qui ne lui eût pas; été à k vérité fort avantageux , mais qui n'i^roit pas laissé de nsos être nui^bli3, parce que le parlement âYoit;uae k^ grande envie de voir cette maison dans ses intérêts^ Et no$ soldats, aussi bien que la moblesse dn payi|

DE tEHEÎ, [16&0] 445

(foi ëtoit liëe avec nous , et le peuple ïnéme de Bordeaux, sembloient reprendre courage de voir des gens de cette qualité, et qui avoient été souvent dans des partis bpposëis à la cour, se joindre au nôtre. Ce fut nne des principales raisons dont je me servis pour faire consentir le duc de Bouillon à Falternative du commandement que le marquis de La Forcé prëten*doit avec lui , à laquelle il avoit une peine incroyable tle se résoudre , étant né comme il disoit prince sou«verain , outre qu'il est difficile à ceux qui se trouvent il la tête des grandes factions d*en partager Fautoritë avec d autres. Il s'y porta néanmoins, comme il fit en toutes au tniss choses, avec franchise et netteté; mais il désira que ce consentement fût un effet du pouvoit* r I que la princesse avoit sur lui, et non de la défér^ce m pour messieurs de La Force. On contenta donc Gugnac m-! sur cet article , comme on avoit fait sur celui de Far- ! (get\t\ et avec autant d'apparence que cela seroit f. inutile, parce qu'il n'y avoit presque point de vrai* l semblance que ces généraux se joignissent et se vis^ f tient en même lieu.

i Ce même jour, je reçus une lettre par un exprès €iœ le baron d'Orte me dépêcha , pour me donner avis qu'un garde du duc d'Enghien avoit écrit tout le dessein de l'entreprise sur Dax au sieur de Castéja^ qni par ce moyen étoit manquée. J'envoyai en même t:emps cegarde, nommé Desgrands, qui se trouva pour ^ors en mon logis, prisonnier au château de Habi.

La princesse reçut encore ce jour*là une dépêcl^ yAe Saint-Sébastien, dans laquelle il y avoit des lettrés ^u marquis de Siliery, du 1 7 juillet, écrites à Madrid , jponr la pririéesse, pour les ducs de Bouillon et de La

44^ ['^o] HiMioiai^

Roch^oucauld , et pour moi, qui Qoa^ domnèrjetit dg ^ran^es espérances sur toutes les chp^e^de ^ mission. Il y en avoit encore une qu^s le baron de Vatte?ille m'écrivoit du 4 d août, par kqùelje il promettoit m prompt secours d'hommes , d'argent et de vaisseaiui, qui sont encore k arriver.

Le 1 1 , à la pointe du jour , nous eûmes nouvelles jque les rëgimens du marquis de Lusignan père etfila, et Du Cbambon, avoieat rendu le fort de Tile Saint- Georges. Le peuple, k son ordinaire y crut que c'avait été par trahison ; maïs tôt après nous af^îmes qiif €*avoit été Teffet d'une pure terreur panique.

On envoya les galères au bas de la ri^ièie, pour •fsscorter une frégate que la princesse avoit dépêcha à Saint^Sébastien pour presser le baron de Vattevilk d'envoyer un prompt secours pour reoLédier à laDé* ces^ité en laquelle nous étions : mais le vent contraire l'empêcha de pouvoir sortir de la rivière.. J'écrivdfii tout moment par toute voie à ce baroa, sans avoir de lui que des paroles, qui toutes se trouv/^ient vaines : ce qui nous donnoit de graiuls 80¥ipcon$4e la sincérité des Espagnols.

Lusignan reçut un biUet du m^^réchal de La IMr kraye, qui Fexhortoit à quitter le parti des priçpe^ ethii faisoit espérer degrands avai^ta^es s'il se r^m^ toit dans celui du RoL II le garda trois jours eskà&i sans no^s en faire part : ce qui me fit faire de grandei réflexions sur sa conduite. Je l'ai ^ow*taa£ t<;^j(W trouva assez fidèle ^ mais son espvit vacillant, lui faisoit écouter toutes4es.propo6iûons qiu'onlui faisait ;je<^ même qu'il avoit souvent envie d'en^ aisc^pter quel* qiiesHunes^ ct^ne le même génie qui lui faisoit tout

w j4mm. [idSo] 447

î^oiiti^r rçin|)â4shait de se dëterniifibel* à unei défiect^on : (îe qvÀi oblige0ît le idac de B0uilk>» à ]e tenir bas, et moi à le fort ^^n^gi^fi afin que ma conduite douce envers loi le f tt v^iiiir à moi^ <{onini€ il faisoit soU^^ vei>t ) et toii\|Qurs je le consolois et lui fortifiois T^jek [>rit . h^ plupart des homiResf dnt peine à se déterminer a^x gruM^s» )Qhos4s^ et il y en a peu que la crainte l'un cbâtmerït^ pliib prompt que l'espéranoe qu^on leur donne d aHIeur^, ne retienne dans leurs premiers engpaigemc^ns. . *

Le conseiller liËrat reçut souvent de semblables billets, qu il apporta toujours à la princesse avant qtste l^.]es décacheter.

, Le i2i , le parlemenit, lu cotp& de v^le, et tous les \f0ns bourgeois Gisent faire un service solennel pour prier Dieu pour Bichon, qui avbit déféi>du Yairô, et ayoit été pendU à Libourne^ coraitie j'ai dit. Ils y Insistèrent tous en corps^ et firent aflScher par les tvteë que c'éèoit pour recôtinoitre en quelque façon le mé^ rite d'un concitoyen qui s'éloit généreusement im^ laolé pour, la patrie.

L'hôtel-de-ville s'assembla ^jasuite. avec les trente ppiir délibérer sur les deux points proposés par moi -, puais <;omme La Vrillière, secrétaire d'Etat, leur avoit ËEii^ défense ée Ist part de Sa Majesté d'assembler les cent et les trente^ qtli est, à leur manière de parler ^ toute la bour^géoisie^ les ms^istrats prirent prétexte de différer la délibération , disant qu'il n'y avoit pas laoy^n de preiidr<e réisrolution sut une affaire de teUe ^onsél^^cç dans une as^mblée restreinjbe à sipend-e ntipnde,,0t.<{uHls he^ délibéreroient pas qu'on ne leur eut vendu U libertjé'de)»'asseinbler en la manière ordinaires

448 [i65o] ittHOl aïs

Les dtics de Bouillon et de La Rochefoucauld , qce Ton publioit empêcher la paix par leurs iatéréts parbculiers, allèrent à cette assemblée , où, après a^oir fait de grandes protestations de servir les princes sans autre raison que celle de conserver la maison royale, ils justifièrent leur conduite passée; puis dirent qnils seroient très-fichés d'attirer la colère du Roi sur une viUe pour le service de laquelle ils voudroî^nt se sacrifier ; que s'ils les jugeoient capables de servir eut et tout le parti, ils y emploieroient avec joie et leurs biens et leur vie : mais que s'ils étoient du moindre obstacle à la fortune publique , ils étoient prêts à quitter Bordeaux et le royaume même, quoique avec «m déplaisir très-sensible. Ce discours, qui fut pononcé par le duc de Bouillon , et soutenu par le duc de La Rochefoucauld avec un air sincère et plein de E franchise, toucha tellement rassemblée^ q^ue non- ' seulement elle les pria de continuer leurs services i leur ville, mais encore il rendit aux particuliers la bonne opinion de leur fidélité, que les malinteâtioiL--^ nés tàchoient par leurs discours à leur faire perd parmi le peuple et dans les troupes.

Le parlement fit faire revue de quelques geià^ guerre qu'ils avoient mis sur pied. Ils eurent dessti^^ d'en donner le commandement particulier, soos 1"^ ^ torité des ducs , au marquis de Cugnac. Quelques-^^^ de cette compagnie crurent qu'en donnant à U£ ^ soldats une paie plus forte que celle que la pnnO^^r/L donnoit aux siens , ils s'augmenteroient du débru£ nôtres , et prendroient des forces de notre foii^l^^r^ ce qu'ils désiroient ardemmeut. J'allai leurfair^

tendre raison là-dessus, et tout enfin fut réglé ,^^^ ^

DE LENET. [l65o] 449

aéme pied. Aassi n'y a-t-il rien de $i préjudiciable lans une armée que la différence des soId|es et des raitemens entre ceux qui la composent, et qui servent en mêmes postes.

Les gardes de M. le prince ^ qui serToieilt pendant »a prison près de la priilqesse et le duc d'Enghieç^ Soient commandés par des Rochea^ gentilhomme de valeur, brusque et déterminé. Ils furent en parti rers Îaint-Andras , ou ils enlevèrent une partie de la com- :>agnie de la Reine qu'ils amenèrent à Bordeaux, dotit e peuple eut autant de joie que du gain d'une baaille. La princesse renvoya le trompette avec un beau -hevalet vingt pistoles, qu'elle me commanda de lui faire donner. Ce petit événement donna une telle ^rme à Libourne , où étoient Leurs Majestés , que le Cardinal ordonna qu'on attelât tous les chevaux pour *^& tirer de ce lieu-là*

On eut avis que les troupes du Roi dévoient en ^êiae temps attaquer le faubourg de Saint-Surin et ^^ bastide.

ï^irelade, à présent président au parlement de Bor- ^^«3c , homme qui s'entremet volontiers dans les bi^i:t0s^ étoit à la cour; et la dame sa femme^ avec \X a;vpis un grand commerce , étoit à Bordeaux. EHe matin en mon logis, et me dit de la part de ri que Servien , avec qui il avoit eu de grandes ^^jirsations, l'avoit chargé de me faire savoir que i^lo^ m'entremettre de pacifier les troubles, le prendroit sans doute créance en moi; mais - ^^llpit qvie, pour lui faire voir mes bonnes inten- Y>ourlapaix, je fisse quelque démarche qui pût infirmer la bonne opinion qu'il avoit de moi. Je •r. 53. 29

450 [l65o] MÉMOIRES

répondis à cette dame qne je ferois savoir à la prineessé et aux ducs ce qu'elle venoit de me proposer, et que , par leur ordre, je lui ferois une réponse positive : mais que par avance je eroyois n'être pas désavoué en disant que je prévôyois qu'ils ne prendroient aucune confiance au cardinal, et que la princesse n'entreroit en aucun commercé avec lui , qtf avec la participation de tous ceux qui étoient dans ses intérêts; que telle affaire étoit d'une longue discussion; et que cependant si monsieur son mari vouloit demenrer à la cour, et nous avertir par elle de tout ce qu^d y apprendroit, que cela feroit juger à la princesse de la sincérité de ses services , dont il lui faisoit souvent donner des assurances. En effet, le génie foible de Virelade étoit plus propre à donner des avis de ce qui h se passoit, qu'à négocier une affaire de cette impor- h tance : aussi les ducs, à qui je fis un fidèle rapport de ceci, approuvèrent aus^ bien que la princesse la réponse que j'avois faite, et que je confirmai deptrisde leur part.

L'on apprit ce jour-là que le baron de Bélade aroil été assassiné par le mari d'une femme qui le soupçonnoit d'avoir des habitudes un peu trop particulières avec elle ; on donna le commanéeinént de ^on éA.teau et d'un régiment de ftisiliers qu'il avôit aticli^ valier de Rivière.

Le parlement de Bordeaux écrivit anx dépoté^ ^ celui de Paris qui étoient à.là cour, et leur mandc^^> «j déplaisir qu'il avoit de ce que les violences du b^ nal Mazarin l'empêchoient de les envoyer coMBpt .. menter par quelqu'un de leur corps. Il se pla^ / ^^ l>ar cette même lettre de la continuation des icia L, ^'

BE lkubt. [i65oJ 4^^

ostilitës de ce ministre , de Ja mort de Richon , et oe qu'oQ avoit donnai à un officier de l|i Reine la ifiscation des biens du président Grifqard. L'on rë* ut qu après qu'on auroit reçu réponse , on enverroifc parlement de Paris et à tous ceux de France les riontrances qu'ijs avoient dressées contre le cardi-> 1 , et l'arrêt par lequel ce parlement ordonnoit qu'il seroit pas reçu dans Bordeaux. Il écrivit en même [ips au Roi une lettre de même substance que celle at je viens de parler. Suau, commis du greffé, ftit Eirgë de ces deux dépêches, avec ordre de suivre députés de Paris en quelque lieu qu'ils pussent &r t car on avoit su qu'ils avoient ffiït leurs remoniices sur trois peints dont leur compagnie les avoit argés; et, après la réponse que la cour leur avôit te, ils n'avoient point fait d'instances ^us prèsntes , et avoient eu congé de se retirer. Lî^ réponse que la cour leur fit fii|t que l'on éto^t rêt (le donner la paix au parlement, mais qu'ils n'en ouloient point ; et que pour ce qui regarde^ la liberté i^s princes et le procès criminel de Foullé, surinlenr W^t des finances, ou y aviseroit quimid le Jioi seroit e retour à Paris.

Meneurs du parlement m^envoyèrent les conseil* Tsd'Espàgnet et de Mirât, pour conférer avec moi ' l'eavoi de Suau ^ savoir si la princesse et les ducs ^^oii^nt rien à lui ordonner, et auquel des députés P^ris il s'adresseroit particulièrement, après avoir ^ itl<Ç9 ordres. Je leur dis que la princesse et les ducs ^oiem riep à dire en particulier, et que dès à prë- ^^ U$ adhéroient à tout ce que la ville de Bordeaux ^ PArjçmjeiit faisoiexxt et pourroieat faire à l'av^nii* \

452 [l65o] MÉMOIRES

qu'il falloit éviter de parJer au président de Baillëulj non pas qu il ne fût naturellement officieux et bienfaisant y mais parce qu'il étoit chancelier de la Reine ; qu'il falloit en user de même avec le conseiller Le JUleusnier, entièrement attaché , et de longue main^ au duc d'Orléans, qui nous étoit pour lors directe^ ment opposé , et encore avec Maugis et Sain tôt, qni étoient fortement dans les intérêts du cardinal *, mais qu'il pouvoit parler en toute conGance aux conseillers Bitaut , de Montangland , Camus , Pontcarré , Caoaye et Martinet, qui avoient toujours opiné dans le parlement en faveur des princes ^ et qu'il ne lui seroit pas malaisé de leur persuader tout ce qu'on jugeroit nécessaire contre le cardinal, qu'ils avoient souvent qualifié dans leurs avis le seul auteur des désordres du royaume.

Suau partit avec cette instruction , et deux jours après l'on sut , par une de ses lettres, que La Vrillièrc l'avoit fort maltraité de paroles, qu'il lui avoit renda la lettre qu'il lui avoit présentée pour le Roi, qu'il l'avoit fait mener par force chez le maréchal de Vil- Içroy , et que là on lui avoit ôté violemment sa dépêche pour les députés de Paris-, qu'elle avoit été ouverte, et lui retenu, sans qu'il lui fût permis de rien faire de tout ce dont il étoit chargé. Cela nous servit plus qoe n'auroit pu faire une réponse favorable , car le parlement et toute la ville en furent fort aigris : aussir^ solut-on à l'instant même de redoubler le travail de Saint-Stirin et de La Bastide, et on se détermina â ne rien omettre pour s'opposer avec vigueur à toi ce que la cour pourroit entreprendre. 11 est fScheoï aui^ rois d'employer l'adresse, puisqu'ils ont force en

DE lënët. [i65o] 453

in, pour ranger leurs sujets dans leur devoir; mais us des conjonctures comme celle dont je parle, and on voit les esprits irrites , rien n'est plus hors propos que de se servir de termes d'autorité, parce 'ils ne servent qu'à la faire perdre ; et c'est prudence iser plutôt de la douceur d'un père de famille que pouvoir absolu de maître , et la négociation est le is sûr moyen de réussir quand la force manque 3L souverains, comme elle manque presque toujours QS les guerres civiles : aussi est-il certain que rien L tant maintenu Bordeaux dans nos intérêts que de Lvoîr point suivi cette maxime , et rien n'a tant nui Etat, dans le commencement des troubles , que de voir pratiquée quand l'autorité étoit tout entière. Le i3, on fit un second service pour Richon, auquel princesse , les ducs et tous les officiers d'armée astèrent ; et l'on n'oublioit rien de tout ce qui pouvoit lire à Bordeaux pour échauffer leur affection , parce le , par un effet contraire , la colère de la cour aug- 3ntoit; et tous les termes de colère qui y échappoient venant aux oreilles des Bordelais , et augmentant [ir crainte de tomber entre les mains du cardinal, } attachoient plus fortement au service des princes. Cependant le retardement du secours d'Espagne et ! l'entrée en France de l'archiduc Léopold, gouver- »ar des Pays-Bas, rendoient les esprits du parlement insternés. L'on n'oublioit rien de notre part pour ssurer leur courage , et chaque jour l'espérance ou peur leur faisoit changer de visage et de résolum. Nous faisions des réglemens fort vigoureux pour ipêcher les désordres des gens de guerre, et les ics retenoient les soldats dans une discipline fort

454 [l65oJ M^MOtRES

exacte. Oa en fit encore de fort sévère» contre neût qui, sous prétexté de persuader la paiic^ semoient des bruits fâcheux contre nos généraux ^ el contre tous ceux qui étoient attachés à notre partie

Les Bordelais firent faire une revue générale de tous côux qui étoient capables de paroitre sous les armes ; mais comme les esprits semblèrent ce joQt-U abattus ) et qu'il y avoit apparence qu'elle ne seroit pas si nombreuse que nous le devions souhaiter pour donner de la crainte à la cour, la princesse fut conseillée de tenir le lit deux ou trois jours , sous prétexte d'une maladie que^ Dieu grâce, elle n'avoitpas, pour faire différer cette revue à un autre temps.

Gejour^à arrivèrent de Libourue deux pères récot iets, l'un desquels s'appeloitle père Bruno. Ils avoiènt été mandés à la cour sous prétexte de se justifier siiî quelques affaires de leur ordre, dont la prikicipateétoit qu'on l'accusoit d'être trop affectionné au service dés princes^ et le couvent de Bordeaux d'avoir logék baron de Yatteville lorsqu'il fut enVoyé d'Ësps^) quelque temps auparavant que la princesse arrivât ) et d'avoir favorisé son évasion contre les ordr^ de ceai qui avoient droit de l'arrêter, et qui vouloient le fm* Mais en effet la suite nous fit jàger qu^on ne noosles envoya à Bordeaux que dans Fespérance que ce bon père , qui avoit acquis assez de crédit et d'autorité sur des particuliers quil confessoit, pourroit y être de quelque utilité k la cour, soit pour y envoyer des avis de ce qui viendroit à sa connoissance , soit pour té* gocier les choses dont on le cbargeroit.

Ce père Bruno, homme fort âgé et en opinicmik sainte yie , étoit si persuadé de tout ce qu'il avoit ooi

t>15 LBUST. [i65o] 45$

dir^e à la cour, qu'oa n'y doutoit pas (par la règle que jamais un ambassadeur ne réussit en ses négociations que quand il est trompé lui-même) qu'il ne nous persuadât , par la sincërité de ses discours et de sa créance, de tout ce dont on Favoit chargé.

Il fut adressé à Yirelade , à sa femme , et par elle à la comtesse de TourviUe , dame dlionneur de la princesse , pour lui faire des propositions , dont la première fui que je n'aurois nulle connoissance de sa négociation , parce que, disoit-il^ je navois jamais voulu ouïr parler d'aucun accommodement, que la liberté des princes n'en fût le premier article. Puis il ajouta qu'il avoit vu les comtes de Servien et de Brienne, et même le cardinal , qui tous témoignoient autant d'envie que nous de voir les princes en liberté ; mais qu'il n'y avoit aucune apparence, quelque mal que leur détention put faire à TEtat , de la faire cesser tant que la princesse, Bordeaux et tout le parti auraient les armes à la main -, qu'il falloit qu'elle prit un^ entière confiance à la bonté de la Reine , et que rien ne seroit plus capable de lui fléchir le cœur que d'aller avec }c duc son fîls se jeter à ses pieds ; que l'on feroit nourrir ce jeune prince avec le Roi -, qu'elle ppurroit laisser les ducs de bouillon, de La Roche- ^ foucauld et les autres chefs démêler une fusée qu'ils n'avoient embrouillée que pour leurs intérêts particuliers 5 et que l'occasion de faire raccommodement des princes étoit la meilleure qu'elle pût jamais l'ê^'e, parce que le cardinal étoit dans de continuelles alarmes que le duc d'Orléans et les frondeurs n'abandonnassent ses intérêts.

La comtesse de TourviUe répliqua à ce bon père

îi Hç

456 [i65o] iiiMoiREs

qu il n'ëtoit pas possible de cacher une telle proposition à moi, en qui la princesse avoit une confiance tout entière pour 1^ conduite de toutes ses affaires; qu elle en parleroit à Son Altesse et à moi , et qu'après elle lui feroit réponse en présence de Tune et de Tautre ^ mais qu'elle pouvoit cependant lui dire qu il n'y avoit aucune apparence que la princesse entrât dans une négociation si peu honnête et si peu sûre. Le religieux lui repartit qu'il ne pouvoit conférer en présence de qui que ce fût au monde sur une matière autant délicate, et qui devoit être autant secrète, que celle-là.

Le 1 4 9 madame de Virelade me fit une seconde visite, et me proposa de recevoir celle que le père Bruno avoit résolu de me faire. Gomme j'avois su les intentions de la princesse et des ducs, que la comtesse de Tourville avoit entretenus tout au long en ma présence sur tout ce qui s'étoit passé la veille entre ce bon religieux et elle , il ne me fut pas difficile de dire à la dame de Virelade que je le verrois , et écouterois volontiers ce qu'il avoit à me proposer. Il vint peu de temps après, et me répéta, avec une très-grande simplicité, tout ce que je savois qu'il avoit dit à la comtesse de Tourville 5 de sorte que je i4^is qu'à lui répondre ce que j'avois eu le temps de pcnÉfer sur ce sujet, et qui avoit été approuvé par les ducs, à qui je l'avois communiqué.

Le père Bruno, qui se déficit de sa mémoire, et qui avoit peur de manquer en quelque chose, me pria de lui dicter ce qu'il avoit précisément à dire. Je le fis, et il écrivit sous moi ce qui suit :

« Je sais que plusieurs personnes de qualité et

DE LENET. [l65o] 4^7

te d'hoiineur ont dit et ëcrit plusieurs^ fais à M. le K cardinal toutes les raisons d'Etat , et même celles ce qui le regardent en son particulier, pour lui faire c( connoître que sa satisfaction et sa sûreté dëpen^ a dent de s'accommoder avec M. le pripce, et que et c'est le seul moyen de rétablir l'autorité du Roi.

<c On lui a montré que les divers partis auxquels « cette injuste détention sert de prétexte seront dén truits par sa liberté , et tous les intérêts d'amitié ou <c autres, vrais ou feints, cesseront, et mettront le « calme dans toutes les provinces où le crédit et les « amis de M. le prince ont mis le trouble ; et les en«^ « nemis de l'Etat, voyant cesser les espérances de pro- « fiter de nos divisions, se porteront plus facilement (( à conclure une paix raisonnable , quiseroit la chose u du monde la plus glorieuse à M. le cardinal , dans fc un temps auquel les désordres régnent dans tous « les endroits de l'Etat , et que l'autorité royale pa— a roît entièrement abattue. Je puis même assurer c( Son Eminence que j'ai fait sous main des tentaa tives qui me persuadent qu'il ne seroit pas malaisé « d'en venir à bout.

« Au contraire, la continuation de cette violence (( donnera toujours aux peuples , à la noblesse , aux « parlemens et au clergé, qui se trouvé présentement ; i

« assemblé, un prétexte spécieux d'aller à leurs fins, ^jp

it d'y faire des remontrances et des propositions dont « la suite pourra non-seulement ruiner la fortune de « M. le cardinal, mais encore l'autorité du Roi, qui <( reçoit tous les jours de grandes atteintes; et la « prudence veut qu'on aille au grand remède quand i( l'Etat se voit menacé, sinon de sa perte, du moins

■çif-

458 [l65o] MÉHOIRES

« d*ane diminutioa notable , par une longue guerre « étrangère contre des enneraîa poissans , et par le « mécontentement général de toutes les (Hirtiesqui « la composent.

«( M. le cardinal ne considère*t-il point ce que a pourront laire les huguenots , s'ils se voient , par « Taugmentation des désordres que produisent ordi- « nairement les guerres civiles, en état d^élever leurs a desseins sur les ruines de TEtat? Ne considère-t-il « point encore qu'il est entré dans le ministère dam a un temps que lautorité du Roi étoit tout entière^ « que les peuples étoient soumis, les grands seigneurs a souples et obéissans, les parlemens dans une juste « modération , l'épargne remplie de sommes consi' 4( dérables , et le Roi sans dettes ; que M. le priaeea ai pris des places de la dernière importance pour Sa « Majesté , qu'il a gagné quatre grandes et signalées a batailles pendant la minorité , passé les quarlien « d'hiver dans le cœur des pays ennemis, et fait enfin <c des choses si extraordinaires pour rétablir, comme « il avoit fait, l'autorité de la régence , qu'il a asseï « justifié à toute l'Europe la pureté de ses intentions €c pour le bien de l'Etat ^ et par conséquent l'injustice « de sa prison ?

« Que Son Eminence , après avoir jeté les yeux sur ic l'heureux état de la France et la gloire d^ sou mia nistère pendant cinq années , fasse une réflexion « désintéressée sur l'état auquel il se trouve ; et que « les peuples , qui ne pénètrent pas les raisons des « choses, et qui ne les <^oûçoivent qu'autant qu'ellef « flattent leurs imaginations , leurs passions et leurs K pensées, le croiront toujours, coinfne ils ont fail

i)V. LENBT. [l65oJ 459

n întqoef à présait » le seul auteur de tons les dés- « ordred^ quelque bonne intention qu'il puisse avoir « eue pour les prévenir «

K Lui-même y se trouvant sans argent pour faire et subsister et payer les gens de guerre ^ la marine , « rartillerie, la maison du Roi, les gages, les pen^ « sionsj^ les charges et les gratifications dedans et de« « hors le royaume, se verra peut-être abandonne de fit ceux que Fintérét a fait attacher à sa fortune, <}ui ce ne songeront pour lors qu'à nouer quelque partie « de cour, où ils croiront trouver plu^ d'utilité et de « satisfaction.

« Ne craint-il point que la Reine ne puisse enfin se « lasser de tant d'embarras et de peine, et reprendre « les chagrins que nous avons quelquefois vu avoir « à Sa Majesté contre lui ; se laisser vaincre aux per^ « suasions de ceux qui ne songent qu'à donner at^ f< teinte à sa fortune , et même à celles de la nécessité « ( qui sont toujours les plus fortes ) , pour donner m tout- à -coup sa confiance à quelqu'un qu'on lui « montrera être plus propre au gouvernement des u Français, moins haï et plus autorisé que lui?

<( 11 faut ajouter à cela que Bordeaux, que Mont» « rond , que Stenay , que grand nombre de placés ^ a villes et postes considérables, et que la prudence a ic jusques à présent empêchés de se déclarer^ que «c plusieurs personnes d'éminente qualité, qui pour « bonne raison ont été priées de demeurer dans le « silence \ que des parlemens et des provinces en-> « tières , qui peut*être éclateront en temps et lien , « ne seront pas des conquêtes faciles , étant &vori&és ^ d'une guerre étrangère , animés par de grands in-

-^Nî*» - ^

46o [l65o] MÉMOIKËS

« tëréts, et soutenus par de Targent d^Espagne contre <( un ministre que tout son mérite n'empêche pas « d'être décrié et mal voulu du peuple , et qui se « trouve avec peu d'argent , et sans établissement. a Et quand Thabileté et le bonheur de M. le cardinal « le feroient venir à bout de tout ce qui est armé «, contre lui, tout ce que je viens de dire, et l'éloi- « gnement forcé de Paris (qui est le centre de toutes « les affaires et de toutes les négociations), lui feront « renaître des obstacles et des embarras en beaucoup « de lieux, et par des intérêts que peut-être il ance roit peine à imaginer et à prévenir. . <( Je ne sais si la perte de Porto-Longone et de « Piombino lui conservera autant de crédit qu'il croit a en avoir en Italie; et si la haine que le Pape tête moigne contre lui, et la jalousie naturelle entre « gens de même pays , n'augmenteroient point par « ce mauvais événement.

« Une chose sur laquelle, à mon sens, il doit faire « une sérieuse réflexion, c'est que dans la cour et « parmi les frondeurs il y a bien des gens avec qui «. nous avons commerce , et qui croient qu'ils trou- « veront de quoi se satisfaire avec la Hiaison de « Coudé , soit par les mariages qui peuvent se iaire « avec des parens et des amis, soit par les bénéfices « de M. le prince de Conti , soit enfin par des gou- « vernemens et par des charges qu'on sacrifiera avec <c joie à ceux qui pourront contribuer à la liberté « des princes. La plupart de ceux qui se sont nonce Tellement attachés à M. le cardinal ne le consi- « dèrent que comme un ancien ennemi réconcilié c< par nécessité , et offensé , avec qui ils n'ont pris

DE LENET. [l65o] 4^1

(( des liaisons que dans Tespérance de se préyaloir ce de sa faveur, afin de tirer de lui des charges, ic des emplois , des gouvernemens , et des dignités « à la cour et dans TEglise, pour tourner ensuite <c contre lui les armes qu'il leur aura mises en main, « s^il ne satisfait à leurs yastt&s prétentions.

« Et si M. le cardinal leur refuse ce qu'ils de- (c mandent par raison d'Ëtat ou par impuissance , «c leur haine couverte éclatera ; et en se déclarant « contre Son JEminence ils croiront regagner Taf- « fection des peuples, que cette nouvelle amitié a « fait altérer. L'envie qu'ils ont témoignée depuis « peu de jours de se rendre maîtres de la liberté des « princes montre assez qu'ils croient profiter en' se a raccommodant avec eux , soit en poussant à bout « M. le cardinal quand ils ouvriront la prison à (( M. le prince, soit en le montrant à M. le cardinal « comme un épouvantail qui le rende toujours dé- « pendant d'eux.

« Je le supplie encore de considérer qu'il y a « présentement dans le parlement de Paris soixante- « et-^dix ou douze voix constamment attachées à « sa perte et à cette liberté. Si M. de Beaufort K se détache des intérêts de Son Eminence par là (c pensée du mariage de mademoiselle de Longue- «c ville , ou par quelque intérêt que je ne puis dire a 'quant à présent; si madame de Chevreuse, par «' l'espérance de marier mademoiselle sa fille avec «c M. le prince de Conti -, si M. le garde des sceaux , â qui croit que la place de premier ministre est « due à son mérite; si M. le prince de Conti lui « cède le chapeau de cardinal qui lui est destiné;

46ft [l65oj UÉMOIRKS

« si lui , qui croit qae la seule présence de M. le f( cardinal suspend les effets de Tainitië et de Fes- « time que la Reine lui a toujours témoignée, se n joint à nous par toutes ces raisons ; si ce même (( clispeau , «et quelques uns des grands bénéfices « de M. le prince de Gdnti , nous gagnent M. le coït adjuteur de Paris ; si Fintérét qu^ii prend à Té- % tabUs^ement de la fortune de mademoiselle de « Chevreuse Tattache anx nôtres , n'estai pas trai « enfin que le premier de ceux*là qui se détacheri « de M* le cardinal pour se joindre à messieurs « les princes les rendra les plus forts en suffrages « dans le parlement de Paris? Mais si tous se sea parent en même temps de ses intérêts pour s'at« « tacher à nous, n est-^il pas plus clair que le jour que « ddn$ la première assemblée des chambres qui se le fera après cette union , il s y proposera d^s ehoses « exlrémes contre M. le cardinal t et que tontes y (c passeront presque tout d'une voix? Je crois même « pouvoir dire qu'il est iporal^aent impossible que « quand les choses d^eoieureroient en Tétat auquel ^ elle;^ sont, les amis de M. le prince ne se trou* % yent dans peu de tfsmps les plus forts dam le « parlement, par mille raisons <|ue M. le ciffdiBal « Toit mieux que looi : i^}^ longu^nr de U sopf^ « franco augmentera jbi douleur que les bons FnHiçais « en ont ^ ^^ l^approche de Tarchiduc Lféopold et de « M- àe Turcnne donnera de la peur bxi% uns et de « la hardiesse aux autres; et comme 3 y a des gens « habiles , ils profiteront assiirém^t de tout ce qiu a se {Mrés^ntera à eux.

m Et s'il arrive qu'on pnifis^ attaquer personnelie-

DB LEKfiT. [l65o] ' 4^3

« meaVM. Le cardiiial, je Teux dire si nous nous « trouTons en ëtat dé le faine, n'est-il pas vrai « queiabaine publique, excîtëe par la particulière, a conspirera à sa perte? Et pour lors se trouvera^ « t41 quelqu'un des frondeurs ses nouveaux amis, ce qui n'ont encore ose prendte cette qualité en pu- ^c blic, qui osent défendre la probité et l'innocence u dç celui duquel ils ont été les diffamateurs décla- «c rës dans le parlement, dans les chaises, dans les m raes, et par leurs écrits? Par la même raison que , ce dans le^ commencemens de la prison de M« le « prince, il se trouvoit peu de personnes qui osassent ce parler en sa faveur, qu'à présent le ifombre de <c ceux qui proposent en tous rencontres sa liberté ce eomkne le seul remède aux désordres de l'Etat, «t n'est-'il pas aisé de juger que son parti augmentera « à mesure que les affaires publiques empireront-, « que AL le cardinal diminuera de crédit , d'aut<»rité u et d^amis^ et qu'il peut se voir bientôt dans une « perle inévitable, qui ne pourra être (quoi quHl )« puisse dire au contiTHire) que très-avantageuse à 2« AL lô prince^ parce que ceux qui entreront en oe ti cals dans le ministère , quels qu'ils puisseM être, « nie croiront rien plus capable de soutenir leur fa- « T^ttr naissante que l'appui de M. le prince , de sa « maison et de ses amis^ qu'ils continueront leur ance cien style d'attribuer à M. le cardinal tous les désire i»ràjces de l'Etat \ qu'ils rejetèrent sur lui ie violent Bc reiNiseil de cette malbeureiase détention dont les le ^aoemis ont autant profité que tout le knende sait, ^ ^t mettront tout en usage en le peudunt pow rui^ K ner ses cfëatvri», afin de (irofiter de lem» :dé-

464 [l65o] MÉMOIRES

<( pouilles et de son naufrage ? Il peut ne pas arrÎTer « ainsi ^ et son bonheur et son adresse Fen peuvent (c garantir; mais s'il arrive^ ne sera-ce point une « grande prudence , à ceux qui viendront au gouver- « nement des affaires, de Vappuyer d'un homme de « la réputation et du» mérite de M. le prince, soit <( qu ils veuillent terminer de bonne foi la guerre cin vile pour continuer la guerre étrangère, soit qu'ils (( veuillent plaire à la Reine et aux peuples en asson- « pissant Tun et l'autre, avoir la glaire de faire la <( paix générale pour avoir en même temps lieu de a blâmer M. le cardinal, qui, ayant eu tant d'occa- « sions dé^4a faire avantageuse, ne Ta pas fait?

<( Ainsi Son Eminence me pardonnera si je lui dis « qu elle ne pense pas juste, ou qu'elle ne dit pas ce « quelle pense, quand elle dit que rien ne seroit « plus préjudiciable à M. le prince que sa perte. Il « ne doit pas encore s'imaginer qu'elle soit difficile « en l'état que sont les choses , et encore moins que « la liberté des princes soit impossible tant qu'il ne a voudra pas l'accorder ; et je veux bien dire avec a franchise que je crois voir ce qui peut causer « Tune et l'autre , si M. le cardinal nous contraint « de prendre des mesures avec tous ceux que je « viens de nommer, et même avec une partie d'entre (( eux. Je n'ai pas voulu par respect parler de M. le « duc d'Orléans.

' a Quand même rien de tout cela n'arriveroit, « M. le cardinal peut-il disconvenir que la disposi- K tion de rS^t, que le défaut d'argent, que des a ennemis : puisons , que les maux qu^ulie longue tt guerre a causés, que Tesprit universel de désobéis-

DE LENET. [l65oJ 4^5

«c 6ance et de révolte ne soient tels qu'il est impos- « sible, tant qne M. le prince sera en prison ^ de faire a subsister les affaires dans une minorité, qui que ce K soit qui en ait la conduite, sans en excepter M. le « cardinal?

(( Si ce que j'écris pour faciliter la mémoire de ce a bon religieux pouvoit être vu d'autres que de M. le « cardinal, j'appréhenderois qu'on ne me blâmât de « parler avec trop de franchise, en disant une partie (c du mal que nous lui pouvons fairé^ mais comme a il est très-éclairé , je suis assuré que je né dis rien . « qu'il ne connoisse , et à quoi il ne pense nuit et « jour. Je suis encore assuré qu'il ne lui est pas pos^- « sible d'y apporter un remède qui puisse durer « long-temps ; et j'ai voulu lui parler sincèrement , « après en avoir eu l'approbation ou plutôt l'ordre « de madame la princesse et de messieurs les ducs .« de Bouillon et de La Rochefoucauld, afin que Son fc Eminence connoisse leurs bonnes intentions, et « qu'ils aiment mieux tenir la liberté de messieurs « les princes en s'unissant d'amitié et d'intérêt avec « elle, comme une chose qui ne peut être que très- ,4c agréable à la Reine, pour laquelle ils ont tout le a respect qu'ils doivent, que d'acheter cette liberté a de gens qu'ils n^ont point de sujet d'aimer, et avec « lesquels ils ne peuvent avoir de liaison qui ne soit « fort préjudiciable à l'Etat.

a Je veux encore passer outre, et dire que je suis « certain que M. le cardinal ne considère pas seulea ment tout ceci, mais encore ce que je vais dire. H II voit assiurément l'autorité que veulent s'acquérir a ceux qui vouloient le perdre quand M. le prince T. 53. 3o

466 [l65o] MÉMOIRES

c( exposoit sa vie potir le maintenir; il ne pent trou- « ver bon qu'ils entreprennent de conclure une paix 4i (al suo despetto) en son absence, à son insu , sans « $a participation, et contre la volonté de la Reine*, u et qu'on impose à Sa Majesté et à Son Eminence « une nécessité de suivre celle que ces messieurs-là tt font prendre dans le parlement de Paris. 11 a en- « core sans doute médité sur la naissance de M. le « duc de Valois.

« Je sais qu'en examinant toutes ces raisons, il a « prévu avant cette prison tous les inconvéniens « qu elle pourroit causer ; je crois même ce qu'un de a mes amis y à qui les intérêts de M. le cardinal et « ceux de M. le prince sont très-che|r$ , m^a dit pin- « sieurs fois, qu'il n'y a consenti qu'à regret; que « les obligations qu il a voit à M. le prince , que les « services qu'il a rendus à la Reine et à l'Etat, ont « combattu puissamment dans son esprit les raisons « de ceux qui ont proposé et ofùniâtrë cette injuste « détention ; qu'en l'état des choses il n^a pu l'em- « pêcher; et je crois en même temps qu'il la fera « cesser quand il le pourra, pour s'acquérir M. le « prince et tout son parti , par le plus grand de jious Il les bienfaits, qui est la liberté; pour s'acquitter K de toute l'assistance qu'il a reçue de lui; pour le « bien de l'Etat, et pour se venger conjointement des « auteurs de cette prison , qu'on peut appeler lenrs « ennemis communs.

« Le bon père Bruno m'a dit , aussi bien que ploff sieurs autres, deux raisons qui combattent dans « Tesprit de M. le cardinal l'envie qu'il a de donner « la liberté à messieurs les princes : la première le

DB TiEWET. [£65o] 4^7

« ^ncefii^, 1& seconde regarde TEtàt. Quant à la « première, qui est la Crainte qu'il a de ne pouvoir ic s'asslirer de Tamitié de M. le prince , ce bon reli- <c gieux lui peut répondre : i^ qu'il connoit assez que « M. le prince n'a pas un esprit aimant le désordre; « a« que la facilité qu'il a eue à se raccommoder avec « lui lui fait bien voir qu'il aime le bien de l'Etat ic et lô service de la Reine; 3* on sait que c'est « Thomme du monde (qudque pensée que ses eu- « nemis puissent avoir) le moins porté à la vengeance-, « 4^ M. le cardinal peut savoir si dans les chagrins « de sa prison il a eu de grands empOrtemens contre « lui (et ce nest pas sans doute dans les atteintes « d'une douleur aussi sensible que celle-là que Fon 4i apprend à se dissimuler et à se contraindre); 5"" il « ne voudra jamais perdre les obligations qu'il s'est « acquises sur l'Etat, sur la Reine et sur M. le cardi- «" nal ; 6* que recevant la liberté de lui , il ne peut « sans se déshonorer ne pas payer ce bienfait d'une « amitié fermé et sincère ; ^^^ ils seront tous deux dans « le même intérêt de jeter la haine dé cette injustice « sur ceux qui l'ont conseillée ; 8<> quelle plus grande IC sûreté peut désirer M. le cardinal que la parole 4t de M. le prince, de laquelle tous ses amis et des H parlemens entiers seront garans, de laquelle toute « l'Europe sera témoin, et que sa gloire lui fera ■ft inairitenir au péril de sa vie ?

4( Quand même il auroit l'intérieur tel que ses « ennemis le veulent persuader (mais supposons une K chose qui ne doit jamais être soupçonnée d'un 4c homme de la qualité et de la haute réputation de 41 M. le prince), je consens que M. le cardinal le

468 [l65o] MÉMOIRKS

K soupçonne de vouloir manquer à sa' parole et à la « reconnoissance qu'il lui devra; en un mot, qu'il n veuille démentir toutes ses actions passées, et « obscurcir par une ingratitude manifeste une aussi fc belle vie que la sienne-, n'est-il pas vrai que ITion- « neur et l'intérêt sont les plus forts liens de la vie li civile, et que si M. le prince étoit capable de manie quer au premier , Tautre le retiendroit , fut-il le plus n méchant homme du monde ? i

Il M. le cardinal ne Ta pas tant offensé que ceux «c avec lesquels il pourroit craindre, qu'il ne se rac- « commodât. M. le cardinal lui peut procurer do « bien et de grands avantages, et il faudroit que « M. le prince en (it aux autres. Je ne vois pas quelle «c sûreté il peut prendre avec tant de personnes dif- K férentes d'humeur, de condition et d'intérêt; et a je. vois clairement que M. le cardinal et lui sefé- « ront une sûreté mutuelle^ par le soutien réciproque « qu'ils se peuvent donner l'un à l'autre.

a 11 seroit impossible que parmi les autres il nj « eût de la jalousie des alliances qui pourrôientse H faire, et qui ne se peuvent pas faire avec tous; an K lieu que celles qui peuvent se faire avec M. le « cardinal feront une égale sûreté poiir M. le 'pribce « et pour lui. Par exemple, si l'en marioitM. de « Mancini avec mademoiselle de BouiUon, et trois « nièces de Son Emîhence avec messieurs de Can- « dale, de' La Meilleraye et de Marsillac, c'est Tu- « nique moyen de remettre d'un commun consen- « tement M. d'Epernon dans le gouvernement de ft Guienne , n'y ayant point d'obstacle que celai que « forment nos amis, qui y consentiroient avec joie

DS LSIffBT. [l65o] 4^9

tt pour la liberté de M. le prince. Qjqe pourroit-il « arriver dé plus avantageux pour le rétablissement^ H de ^autorité dû Roi dans la conjoncture présente ? <c Si M. le cardinal à tant témoigné désirer ce niar u riage sans cette condition, combien le doit-il dé- <c sirer quand on la lui moyennera? M. de La Meiir m leraye m'a fait dire par M. le comte de Saint-Aoust « qu'il changera d'avis, et: qu'il consentira de, tout « son cœur;à l'alliance de M. le cardinal , si ellepemt fc. contribuer en quelque, chose à la liberté de ; M. le fc prinee. M. le'cardinal voit assef ce que lui dour fc nera celle de M. de La^ Rbchiefoucauld , et quQl « avantage ce lui seira d'avoir trois de 'mesdemoi- «selles ses nièces dtichessés ^. de qui les maris: autf roat les gouvernemens de Breta^e, dé Poitou et d^ M Goiehne, et «qui ^ont.de^ qualité et.deùilérite à sou- «' tenir tous les bieÈifaits qu'il lui plaira leur procurer. Je Disons maintenant; que quand la parole!, l'honiii n€u«' et* l'intérêt ne seroiént pas des' Jiens assez ic forts 'pour maintenir ce que M. le prince auroit « 'promié à M. le cardinal , la nécessité l'y oblige^ « r oit, puisque tous ceux que je vieiis de nommer H ayant l'honneur d'être ses par ens et ses principaux et ' aniis , et étant, de son consentement et par la seule « considération de sa libeité, alliés)à M.; le cardinal, «c ne l'abandonneroient-ils pas s'il venoit jamais, non «pas à manquer, mais seulement à biaiser , dans Ta- « mitiéiet l'assistance qu'il lui aurok promise par une « parole < aussi solennelle que celle qu'il lui auroit « donnée? : > : »

i « Je viens maintenant à la raison qui regarde TE- K tat , dont m'a parlé ce bon père , qui est de de pas

470 [l65o] MÉMOIRES

(( mettre messieurs les princes en liberté tant que « mesdames leurs femmes et leurs amis auront les K armes à la main. La grande habileté de M. le carie dinal, et sa politique des dernières années, tne « persuadent qu'il ne m'a fait parler sur ce sujet aussi « sincèrement que je vais lui répondre, en lui dite sant que les causes de larmement cessant, Far^ « mement cessera aussi-, que madame la princesse ce n'a jamais songé à attaquer les armes de la Reine; « qu'au contraire on Ta attaquée par les ordres de R Sa Majestéà CUIintilIy, à Montrond, et sur sa route « de Bordeaux, où elle est yenue chercher uma^le « contre M. le cardinal sous la protection du Roi. « On vient maintenant Ty assiéger : elle est donc sur ic la défensive, et par conséquent elle ne demande « point la liberté de M. le prînceles srmes à la œaÎD* « M. le cardinal a dépouillé messieurs les princes de (( tous leurs gouvememens à main armée, pondant « que mesdames les princesses prioient Dieu dans le « lieu que la Reine leur avoit. assigné pour letur re- « traite ; elles faisoient en ce même temps demander « à M. le cardinal son amitié par des personnes de « qualité relevée, et lui oiTroient toutes ieisisûretà « possibles. Elles ne demandoîent pdint cette liberté ce par d'autres voies que par la douceur et par de « très*humbles prières. Madame la priocesse est eo* « core prête de la demander à genoux : elle peut « répondre que tous ses amis, que le parlemeotyct « tous les ordres de la ville de Bordeaux, feront r^ez « respect les mêmes soumissions, et seront garao» ic des paroles que Son Altesse donnera «au Roi, jila « Reine et à M. le cardinaL

DE lehst. [i65o] 4?!

c( Mais quand Son Eminence useroit en ce ren-^ et contre de la même politique que nous lui avons « vu suivre en«plusieurs autres moins importans, et <t qu'il cëderoit à la nécessité, bien loin d'apporter « quelque préjudice à TEtat et à l'autorité du Roi , « ce serôitla seule voie de rétablir l'un et l'autre, et 41 de châtier en même temps ceux qui , par une am^ tt bition démesurée, ont cru ne pouvoir renverser la «( fortune de M. le cardinal que par l'abattement de « l'autorité légitime.

« On i'a bien forcé, les armes à la main, d'ôter le « gouvernement de Guienne à M. d'Epernon-, et (c ceux desquels il a acheté l'amitié par la prison de^ « M. le prince lui font recevoir l'injure de ne pou- « .voir l'y rétablir par les traités qu'ils font entrepren- «( dre par le parlement de Paris sans sa participa- <c tion.

<i II faut que M. le cardinal avoue que c'est une a brèche à l'autorité royale, du moins aussi grande a que pourrx)it être l'élargissement de M. le prince, « quand même sa prison seroit juste; et qu'il y a « cette différence qu'dter ce gouvernement à M, d'E- « pernon ne sert de rien pour rétablir les affaires du fi royaume. Je peux encore dire que c'est une chose « inutile pour le repos de la Guienne, où les esprits,' a irtilësdes maux qu'ils souffrent, ne considèrent «i plus ce seigneur que comme h pierre que M. le « cardinal leur jette , et sont venus à ce point qu'ils' « Ip croient indigne de leur colère, dont Son Emi- « n^nce est maintenant le seul objet : et la liberté de <c M. le prince pacifie non-seulement la Guienne, K mais elle remet le calme dans l'Etat , et je puis dire^

47^ [l65o] MÉMOIRES

ft que c est le seul moyen d'affermir la fortune chan* n celante de M. le cardinal. '

a Les gens malintentionnés ont blâme, mais les « elairvoyans et les sages ont loué, M. le cardinal « d'avoir accordé à la violence du peuple de Paris « armé la liberté de M. de Broussel et de Blancmé- « uil, qu'il avoit refusée aux supplications du par- <t lement. On a permis rassemblée de la chambre « Saint-Louis, qu'on avoit défendue ai^ec des paroles (( fulminantes. Les larmes de la- Reine et sa longue « résistance n'ont pu empêcher la déclaration du « mois d'octobre 1648 , touchant la sûreté publique. « SaMajesté fut contrainte en 1649 de donner la paix k à Paris et à Bordeaux, que les armes du Roi avoient a assiégés, nonobstant la résolution déterminée de «réduire ces deux villes par la force : on ne put « empêcher les chambres de s'assembler , et la Reine «. se vit obligée de leur accorder tout ce qu elle leur « avoit refusé avec raison.

. a Tout cela s'est fait les armes à la main , et il faut n avouer que ce n'a pas été sans quelque diminution* (( de l'autorité royale : et si la prudence ii'avoit obligé (c M. le cardinal de prendre et de donner des con-^ « seils doux , il n'auroit pU) empêcher qu'elle n'eut « été entièrement abattue. >

c( Toute cette conduite , qu'un ministre violent a n'auroit jamais pu se résoudre à tenir, a été la « meilleure qu'on pouvoit suivre dans des occnr- « rences pareilles ; aussi avoit-elle si bien réussi, qoe « l'Etat rentroit dans sa première tranquilUté, et « l'autorité reprenoit insensiblement- sa vigueur, si m la malheureuse résolution d'arrêter M. le prince

DE UNBT. [l65o] . 473

« n'eût remis les choses; dans un plus ^rand désordre fc qu'auparavant, et sans qu'apparemment elle pût « produire aucun effet que de préparer une voie c( . pour satisfaire l'ambition de ceux qui étoient les « ennemis de M. le cardinal plus que les siens. Son « £minence connoit mieux tout ce que je dis ici pour « lui être dit par le révérend père Bruno, et prévoit u mieux les suites de cette affaire que moi. 11 voit «d'un même œil le mal dontla longueur de cette déa tentionr le menace , et le bien qui peut lui venir de « cette liberté suivie de tout ce que je propose* Il y « fera telles réflexions qu'il lui plaira : je puis l'assn- « rer que madame la princesse, et tous ceux qui ont <c Thonnéur d-avoir quelque part à la confiance de €( Son Altesse, n'ont jusques à présent aucune liaison « qui les empêche d'avoir toute l'obligation de cette €i liberté à M. le cardinal; maiscomme la nécessité « les forcera peut-être d'en prendre malgré qu'ils en «aient, ils ne pourront pour lors avec bienséance « recourir à Son Eminence, et ils seront contraints f</ de 1 suivre des voies qui peuvent lui faire plus de « mal qu'il ne s'imagine ,1 et que le respect que je c( lui dois m'empêche de lui dire. )>

J'ai rapporté tout au long ce dont je chargeai le père Bruno , afin que ceux qui sauront que j'ai eu quelque Commerce avec M.; le cardinal sachent que je n^ai ni dit ni fait chose quelconque dans tout le cours de cette affaire que par Tordre de madahie la princesse;, la participation et^a volonté d^s dues de Bouillon: et de La Rochefoucaiild , et^ans l'avoir concerté a^vec les sprineipaiix amis de Bordeaux; et je ne fais ce journal autant exact qu'il l'est que dans l'in-

474 [l65o] M£I|01RE$

teujtioa de ùâve voir quelque jour à M. le priuce non-seulement ma conduite , mais celle de ses amis et serviteurs pendant sa prison. Si j'écrivois ces Mémoires pour le public , j'en retrancherois beaucoup de particularités inutiles, et qui ne pourront manquer d'être ennuyeuses-, je lés aurois écrits d'un style moins familier ; je les aurois embellis de mille choses agréables et grandes qui sont arrivées dans ce tempslà : mais comme c'est plutôt une peiature naïve que je fais à M. le prince de m qui m'a passé par les mains en lui rendant les services que je dois aux bontés que j'ai reçues de monsieur son père et delui^ qu'une histoire du temps ^ je n'y ai voulu rien meUre que ce qui le concerne, et dont j'ai été le témoin oculaire. Passons outre..

Après que j'eus fait cet écrit pour faciliter la mémoire du père Bruno , je le portai aux ducs de Booil* Ion et de La Rochefoucauld , qui voulurent quej'allas^ le lire devant la princesse : ce que je fis. Et comme ils l'approuvèrent 4 je l'aurois donné dès c< jour^-là même, si ce bon religieux ne se fût trouva mal; et je le gardai jusques à ce qu'il fût en étal de retourner à la cour.

Nous fûmes longtemps ^ songer ai nous dirions si librement au cardinal tout le mal que nous lut poOf vions fake unms les ducs y. qui étaient l'un et iaotre d^un très-prbfond jugement v crurent qu'il étoit i pror pos de témoigner de la sinoëritéià celui qui pouroit nous rendre messieiu^s ? les princes^ qu:'il falloithi donner de la crainte des frondeuts, et fiaiire dire en même temps à ceuxl-ci quelle. cardinal mettoit tioal en usage pour s'accomipoder avec nous contre eux^

DB letiët. [i65o] 475

a6n de les porter par ]à à s'unir avec nous contre lui ; que nous lui témoignerions toute la bonne foi que nous pourrions; et que s'il vouloit nous rendre les princes (comme il laissoit entendre qu'il le souhaitoit), nous traiterions immanquablement avec lui ; mais qu d ne tiendroit qu'à eux de le gagner de la main , et le perdre s'unissant avec nous .

Nos amk de Paris , de concert avec nous et avec la duchesse de Longueville et le vicomte de Turenne^ tenoient cette conduite , et ne manquoient pas de leur proposer toutes les liaisons dont j'ai, parlé daiîs cet écrit. On eommençôit non pas de proposer au duc d'Orléans, mais de lui faire entendre, qu'il' ne pourroit jamais mieux faire que de songer à s'assurer dé M. le prince en mariant le duc d'Enghien à une de mesdemoiselles ses filles , la pins proportionnée à sou âge, et l'aînée du second lit au Roi , pour réunii: toute la maison royale.

I^ous jugions impossible que quelques-uns de ceux à qui dn faisoit des propositions n'en donnassent avis au cardinal*, et en lui faisant dire nous-mêmes |y eomine nous fîmes , il devoit juger que nous lui parlions de bonne foi , et que nous avions plus de pente à traiter avec liai qu'avec les autres* Geux^-ci, de leur éôtéy ne pouvoient pas se plaindre que nèus leur fae^ sîons on coup double , puisque nousleui^disioaiSinet-f tement nptre intention ; et les uns et les autres voyant cl^iirement que, comme iknonsavpient tous oflienfiés^ nous pouvions avec bienséance prendre notre bien de ceux qui poun-oteht nousle donner plus proniptement^, et cela né pOuvoit manquer de mettre une grande jalousie entre eux, qui étoit tout ce que nous désirions.

476 [l65o] MÉMOlRfiS

Le duc de La Rochefoucauld, qui ëtoit autant attache à tout le détail des choses de. la paix et de I» guerre: que le pouvoit être le duc de Bouillon , ne laissoit pas i de peuser à ce qui Vj avoit embarqué, et enyoyoit tout le plus souvent qu'il pouvoit des marques de sa servitude à la duchesse de Longueville par ses plus secrets confidens. Gourville, ne dans an de ses villages, et qui avoit servi tout jeune dans sa maison , ëtoit de degré en degré devenu son secré* taire. Il étoit hardi et fort intrigant dans cette correspondance ; ce duc s'en servoit pour aller , pour venir et pour négocier. 11 retourna, ce miâméjour i4 août, de Stenay et de Paris.

Je ne sais pas ce qu'il dit en particulier au duc son maître-, mais ce qu'il lui dit en présence du duc de Bouillon et de moi , dont nous rendîmes après compte à la princesse, fut que Barrière etSaint-Ibàl avoient fait beaucoup de choses qui avoieat aigri le vicomte de Turenne contre eux, et que la duchesse de Longueville ne rétoit pas moins depuis qu elle âvoit connu que toutes leurs menées alloient à lès brouiller ensemble, pour se rendre maîtres. des afiaires ^ qa ils faisoient tout leur possible pour donner aux Espagnols de la défiance contre ce général ; qu ils publibient que lui seul avoit opiniâtre le siège de Guise, et a?oit par là retardé> l'entrée de larchidac en France. A la vérité, rien nest plus dangereux dans les partis, et rien n'embarrasse plusceuxquien sont les cbei$,qii^ les esprits de la trempe.de ces deux gentilshommes. Saint-lbal , qui avoit bien du coeur et de l'expérience, cachoit, sous les apparences d'une vertu stoîqae^^ d'une humeur libre et indépendante, beaucoup 4^

DB LE^ET. [l65o] 477

choses fâcheuses : il jugeoit niai de tout le monde , contrôloit tout ce qu'il n'avoit pas conseille , ne pouvoit souffrir tous ceux qui gouvernoient les affaires, et n'a voit ni le talent ni la volonté de les conduire. Il mëditoit toujours de bons mots pour tourner en ridicule la conduite des autres. Il ëtoit mélancolique, chagrin et inégal, mais très-brave et trés-bon officier , dont pourtant il ne vonloit point faire de fonction, et se contentoit de celle de censeur de ceux qui ' étoient au-dessus de lui par leurs emplois et par leur crédit. Barrière n étoit pas dans le chagrin ni dans la 'censure *, mais comme par malheur on ne prenoit pas grand soin de le contenter, il croyoit toujours qu'un ' changement de ministère lui seroit plus utile , et se ■ joignoit sans cesse à ceux qu'il croyoit capables de le ^* faire changer. Gourville nous dit encore que M. de ^ Beaufort lui avoit proposé de marier M. le prince de ^ Conti, à mademoiselle de Montbazon ; ^t je crois que -' la passion qu'il avoit pour la duchesse de Montbazod ^ sa mère étoit capable de lui faire tout entreprendre. ^ G'étoit une des plus belles et des plus galantes dames -^ qui jamais ait paru dans la cour de France , et de qui ^ la beauté s'est conservée entière j usqu'à l'âge de qua- P rarite-huit ans , qu'elle périt avec sa vie 5 et cet amour ^ Tempéchoit d'écouter les propositions par lesquelles ^ on lui avoit fait entrevoir le mariage de mademoiselle dé Longueville, de qui le bien valoit deux cent mille ^ livres de rente. 11 demandoit encore des bénéfices de ce même prince pour les frères de celles qu'il vouloit )ui donner pour femme. 11 étoit tellement soumis aux volontés de cette duchesse, que le reste de la Fronde n'ayant plus de pouvoir sur son esprit , il étoit toùt-à-

478 [i65o] MÉMOIRES

fait séparé d'intérêt de tous ceux qui la composoierit. Son raccommodement avec le cardinal lui ayoitôté beaucoup du crédit qu'il avoit sur le peuple , par où il s'étoit acquis une grande considération ; et il ne souhaitoit tant qu en satisfaisant Tarabition de celle qui avoit un empire absolu sur ses volontés, de se remettre dans les bonnes grâces des bourgeois de Paris en contribuant à la perte du cardinal.

La duchesse de Ghevreuse avoit écouté les propositions que Vineuil lui avoit faites pour le mariage de mademoiselle sa fille avec le prince de Conti. Le garde des sceaux Charles de L'Aubespine, marquis de Ghâteauneuf , à cause de sa mère qu'il avoit aimée, et dont Tamour lui avoit causé la perte de sa fortune et une longue et sévère prison dans le château d'Afflboise, sous le cardinal de Richelieu, moins avant que lui dans les bonnes grâces de cette dame , des plus belles et des plus spirituelles de son temps , et le coadjuteur, aujourd'hui cardinal de Retz , à caase de la fille qu'il aimoit démesurément , souhaitoient également ce mariage. L'un et l'autre vbuloient chacun un chapeau de cardinal, et tous deux aspiroient à la place de premier ministre. Ils médkoient par conséquent la perte du cardinal, et sur ce point-li ils étoient bien d'accord; mais sur Tespérancede remplir son poste et sur celle du chapeau destina an prince de Conti, ils ne pouvoient qu'être fort désunis.

Ils avoient tous beaucoup de pouvoir sur l'esprit du duc d'Orléans, mais le coadjuteur plqs que toQJ les autres; et nous ne doutions pas que ce princa oc 11 , suivît tous les mouvemens qu'il voudroit lui donner.

DE lkNet. [i65oj 47Q

Le cardinal, à ce que nous dit Gourville, qui craignoittout le monde, avoit donné deux mille ëcus de pension à la marquise de Sable; et cette dame, persuadée de son mérite par ces bienfaits, craignoit de les perdre si sa fortune cessoit. Elle avoit prié Gourville allant à Stenay de sonder la duchesse de Longueville, et lui demander si elle croyoit que le mariage du prince de Conti avec une des nièces du cardinal fût une chose faisable; que la duchesse lui avoit répondu qu'elle ne le croyoit pas, et qu'assurément M. le prince n'y consentiroit jamais : ce qu'ayant dit à son retour à la marquise , elle lui dit que depuis son passage elle avoit trouvé moyen de le faire proposer tout droit à M. le prince par Dalencé son chirurgien, qui avoit permission de temps en temps de Je voir dans sa prison quand il feignoit avoir quelque incommodité, et se servoit de lui en beaucoup d'affaires de considération. Il répondit à Dalencé qu'il seroit plutôt prisonnier toute sa vie que d'acheter sa ^iberté au prix de cette alliance, tant les grands cou- 'ag'es ont de peine à fléchir. La marquise ajouta que e cardinal savoit cette réponse, et que cela lui avoit ^ ait croire que la proposition que lui en avoit faite le toc de Rohan, ou avoit été de son mouvement et ans charge, ou n'avoi^^pas été sincère : en quoi le ardinal se trompoit ; car il l'avoit faite suivant l'ordre ue la princesse douairière lui en avoit donné en ma rëaence à Chantilly, et il la faisoit de tout son cœur. é crois même que le prince Feût bien voulu dans ,n temps qu'il n'eût pas paru y être forcé, parce Ti^îl haïssoit son frère , et qu'il n'eut pas été fâché de oir faire à son frère une alliance moindre que celle

48o [l65o] MÉMOIRES

que lui-même avoit faite, d'autant plus qu'il en auroit tiré de Futilité. : i

. La marquise chargea encore Gourville dé faire proposer le mariage du duc de Candale, celai d'un fils du duc de Bouillob, et celui du prince de Marsillac, avec les trois nièces, croyant comme nous, que Talliance des parens et principaux amis de M. le prince avec le cardinal étoit le seul moyen de loi faire prendre assez de confiance en lui pour lui donner la liberté. Enfin Gourville finit sa relation ea nous disant que l'opinion de tous ceux qu'il ayoit vus en son voyage étoit que du succès de Bordeaux dépendoient les affaires de Paris; et que des unes et des autres dépendaient les résolutions des frondeurs, la sûreté ou la perte du cardinal, la continuation de la prison, ou la liberté des princes.

Ce même jour on envoya Yillars, commandantdes chevau-légers de Sillery, vers la Saintonge , à dessein d'enlever les courriers ordinaires de Paris , que la cour empêchoit d'arriver jusques à Bordeaux : ce qui nous nuisoit beaucoup, parce que le cardinal prenoit ^et faisoit déchiffrer les lettres de nos correspondaos, et nous empêchoit d'agir de concert avec eux.

On envoya encore des gens de cette coBapagoiese mettre en embuscade près d||:Loches, où l'on savait que le duc de Caudale avoit lait un voyage à dessein de l'enlever , et de le mener prisonnier à Montrond; ce qui ne réussit pas : aussi sûmes-nous après qu'il avoit pris ce prétexte pour aller voir la dame de Saint* Loup , de ]a maison de La Roche-Posay , belle, jeune, d'un esprit vif et enjoué , et pour qui il mouroit d'amour.

DE LElfET. [l65oJ 4ÔI

Le i5 août, le courrier Cazevane, que le parlement de Bordeaux avoit dépêche aux ^putés qu'il avoit à Paris, arriva et apporta dé leurs lettres ^ qui faisoient on^ ample relation de ce qui s'étoit pasisë aux chambres as6em)ilëes eii présence du duc d'Orléans, on soixaqte-etKlix voix avoient accusé hautement la mauvaise admmtdration du cardinal^ et proposé d'or- L donner que les princes seroient mi^ en liberté, et de : doqner l'arrêt tant defois proposé contre ce ministre; m que de l'autre avis par où il avoit passé il y avoit eu p environ cent voix , suivant lesquelles il fût ordonné \ qn'on revétirôit le registre de la parole solennelle ^ qu'avoit donnée le duc d'Orléans que les ducs d*E- 3 pernon et de Candale seroient privés pour toujours ij du gouvernement de Guienae ; qu'on donneroit amnislie à Bordeaux , abolition aux ducs de Bouillon et 0 de La Rochefoucauld , et sûreté à la princesse' et au r^^ dnc son fils partout où il leur plairoit , hors à Bor- Bi deaux \ et que Le Coqdray-Montponsier viendroit ina cessamment proposer cet accommodement, qui seroit ii accepté ou refusé dans dix jours *, et que cependant r9 tous actes d'hostilité cesseroient.

t (Celte nouvelle causa une grande consternation à w ceux de nos amis à qui le grand zèle qu'ils avoient i pour le service des pitkices pei:suadoit que le parlef nient dé Paris iroit plus avant pour leur liberté qu'il ! n'^ivoit fait. Ceux au contraire qui nous étoient mal ^Hi peu affectionnés ne manquèrent pas de faire pu- J)Uer par leurs émissaires que cet accommodement ^tpit trop avantageux à Bordeaux pour ne l'accep- .ter pas, d'autsuxt plus qu'avec la satisfaction que le u^bangement de gouverneur leur donnoit , ils avoient T. 53. 3i

482 [l65o] MEMOIRES

celle d^étre la cause de la sûreté qu'on donnoit à la princesse, au duc son fils, aux ducs de Bouillon et de La Rochefoucauld, et à tous ceux du parti ^ et que rien n'étoit plus glorieux à une ville particulière que d'avoir obtenu des choses autant avantageuses que celles-là , et par une voie d'autant plus noble que le Mazarin n'en avoit eu et n'y auroit aucune participation.

Nos amis, d'autre part, ne manquèrent pas de publier partout que cet accommodement ëtoit captieux; qu'aussi avoit-il été fait par tous les amis du Mazarin, qui leur avoit insinué l'avis duquel ils avoient été dans le parlement de Paris -, parce qu'encore qu'il semblât que l'autorité royale y fut choquée , il faisoit de nécessité vertu , et qu'en essuyant ce léger dë^ plaisir il auroit l'avantage d'en éviter un plus grand; que l'union de Bordeaux lui étoit une chose formidable ', qu'il n'avoit amené le Roi et la Reine eo Guienne que dans l'espérance que leur présence dooneroit de la terreur à cette ville, qu'elle leur oovriroit les portes , qu'elle mettroit les armes bas, et que tout au plus elle obtiendroit retraite pour la princesse dans quelques unes de ses maisons; etqoe s'étant mécompte , il n'avoit que la voie d'éviter la honte d'avoir fait un voyag|||înutile , et de se voir Téduit entre deux extrémités , ou de tenter le siégt de Bordeaux , dont l'événement lui paroissoit fort incertain , ou de retourner à Paris sans avoir soumis cette ville ; qu'il n'avoit pas affaire à des Normanè ni à des Bourguignons , qui avoient rendu toutes les places que les prisonniers leur avoient confiées, mais à des Gascons, qui, par pure reconnoissance deTaffll-

DE I^ENET. [l65o] 483

tié que le prince de Condé leur avoit témpigaée pendant les derniers troubles, avoient reçu ce qu'il avoit de plus cher au monde , et tout autant de ses amis et serviteurs qui y avoient voulu prendre rétraite , et qui les défendroient au péril de leurs biens et de leur vie 5 et' enfin que cette entreprise contre le car- [ dinal avoit mis les choses en état que les princes et tout leur parti n'avoient plus de sûreté que Bordeaux, et que Bordeaux n'en avcHt plus d'autre que la liberté B des princes. Ils ajoutoient à tout cela en public l'hisi toire de ce qui étoit arrivé à leur ville cent ans aupai ravant, par le ministère du connétable de Mçntmos rency. ,

j Mais en particulier ils nous parloient bien d'autre jg sorte : huit ou dix des principaux me firent rho(nneur u de me visiter, et pour pressentir les avis de nO£> çjiics , ^ et pour aviser, disoient-ils , avec moi cequ'il y 4voi^ \ à faire dans une conjoncture aussi délicate que celleci. La nouvelle les inquiétoit : le retardement 4^ se- . cours d'Espagne et de la marche du vicomte de Tii- ^ renne, et la crainte des châtimens qu'ils! çroyoient V avoir mérités en leur particulier , les étpnnoij: graur dément. Ils çroyoient que le cardinal; mett^oit toi^t en usage pour se rendre maître de leur viJiJe par un siège , si l'on n'accepï^ point cet accommodent ent 5

qu'il étoit. avantageux à Bordeaux, en leur ôtaj(xt mesrrëtoit encore à la princesse , aux auc^ et à.toi^t I^

sieurs d'Epernon et de Çandale pour tot|jpqr^$ qu'jyi

mrf

( parti, par la sûreté qu'on leur accordoit pai;tout où il leur plairoit-, qu'il étoit à craindre que quand^ph le proposeroit dans une assemblée de l'hôtel-dervill^^ il ne fût accepté par la pluralité des voix , d'autant

plus que le temps des vendanges avaiiçoit , et qtfé tout le bien des Bordelais eonsistoît en cette recolle Je les laissai parler fort long-temps sans les interrompre , et je leur dis ensuite quil &lloit examiner de bonne foi et en bons amis ce qu'il y ayoit à foire pour les sûretés publiques et particulières; et qu'api^ nous être écoutes leà uns et les autres , nous nous rendrions au logis de la princesse, où noas prierions les ducs de se trouver, et que tous ensemble oo prendroit une résolution qu'on essaieroit de faire ipasser dans le parlement et parmi le peuple ; que cependant je leur dirois avec liberté qu'il qie sembloit qu'ils s'alarmoient un peu trop. Et après lenr avoir lu quelques lettres particulières qcie j'avois reçues de I^aris , j'essayai de leur persuader que tonte la Fronde étoit divisée, que les diver$ partis Touloient perdre le cardinal et s'unir avec les princes, ponrcD venir plus facilement à bout -, que le premier d'entre eux qui joindroit ses amis aux soixante-et-dix voix(pc nous avions dans le parlement de Paris , rendroit les tnazarins les plus foibles en suffrages ; après quoi il ^toit aisé à voir que le cardinal n'auroit plus de ressource qu'à mettre les princes en Hberté. Je les pria de me pardonner si je leur disois que les plu$ malintentionnés de Paris nous doni(|Pent autant d'avantage | k que nos amis de Bordeaux, puisque cet arrêt, dont le courrier Cazevane avoît apporté la nouvelle , ayok I h passé par leurs avis ; que je voyois nos amis deSor- \^ deaux avoir quelque pente à l'accepter , et que je ne j 4e doutois nullement qu'ils ne se fortifi|issent etçoJt- t^ prissent leur première chaleur , quand ils comi^ért I i£ rotent jusques où les bien iatentiofinëfii du pariemenl 1 i\

kl

ie

DE lëket. [r65o] 4^5

4e Paris allaient, puisque les soixante-dôu;2e vois ^toieDt toutes d avis de chasser le cardinal et d'élargir les pri^ce^ -, qu'il me sembloit que , pour leur donner iieu 4e pousser leurs bonnes intentions à bout, nous étions daiis la vraie conjopcture en laquelle le psorle-^ meut de Bordeaux devoit donner larrét contre le cardinal, ou du moins envoyer à Paris et à tpus les antres parleuiens du royaume (comme il Tavoit résoin) les remontrances dressées contre l|ii ps^ s^pu ordre , avec Tarr^ du stS juUlet \ les inviter d'eii doii^ei: un semblable à leur égard , et de s'unir tous pour faire coMJpintement les remontrances qui avoietit été résolues «et dressées.

Qii'il me sembloit encore qu'il seroit J^on d'ajouter à la lettire de Paris le traitement qu'on avoit fait a^i greffier Suau , chargé de lettres pour leurs déplrtéi^; et qu'ils auroieut sans doute donné arrêt pour déclarer le cardinal perturbateur du repos public , et au^ leur de to^ les désordres de l'Etat, s'ils n*avoient jugé .-qu'étant une affaire qui intéressoit également tout le royaume, ilétoit raisonnable d'avpir cette déférence les uns pour les autres, et pour eux particulièrement^ de lie le donner que de concert.

Je leur dis encore que , tenant cette conduite , ils 4onneroient matière l|ç<jbas à a^selnbler les chambres, où il arriveroit de deux choses l'une: à savoir, que Paris appriKuveroit la résolution de Bordeaux , et en formerait u^ue semblable (auquel cas la perle du cardÀKial et la liberté des princes étoient indubitables), QU qu'ils demeureroient aux termes de la dernière ^délibération , qiii donneroit temps à ceux-ci , par les allées et les venues qu'on feroit de l'une des compas

486 [l65o] MÉMOIRES

gnies à l'arilTe, d'aviser ce qu'îls auroient à faire; qu'ils verroient dans moins d'un mois qtiel secours nous pourrions espërei^ d'Espagne, quelle utifitë nous tirerions de la marché de Fârchiduc et dû vicomte de Turenne, et de quel profit nous pourroit être la jonction de messieurs de La Forcé. Mais quand il n'arriye^ roit aucun avantage de toutes ces espérances, nous serioris toujours en état de prendre ce que le parlement de Paris nous avoit offert , et même d'y ajouter quelque chose dé plu's utile et dé plus sûr pour eux et pour le parti ; que d'ailleurs il ne pouToit nous a^ Tiver que du bien en tirant les choses en longueur, et du mal à la cour, dont le crédit et Tàtitorité recevoient tous les jours de nouvelles atteintes. Je leur répétai ce que je crois avoir dît ci-devant touchant l'intérêt que nous avit)ns d'attaquer persotiiiellemeDt le cardinal, que messieurs de Beaufort et le coàdjoteur n'oseroient défendre dans le pfeirlemeht, parce qu'ils vouloient toujours parôitre ses ennemis en pn" Mie.

Tous cemi qui m'écoutoîent, après diverses répliques, convinrent qu'ils proposeroient tous ce qu eux et moi avions dit à la première asisêmblée des chambres, et qu'ils n'oublieroient rieri'de tt>tlt ce quidépendroit d'eux et de leurs ^is pour faire ptetAn quelques résolutions vigoureuses.

Ce jour-là, je fis ma promesse de treMe -quatre mille livres au banquier Gourtade , pour sûreté de laquelle , et d'une autre dé dix-huit mille livres cfK j'avois faite quelques jours auparavant, j'engageai c[uelques pierreries de la princesse : ce qui nous ser* vit grandement pour faire un petit paiement en forme

DE LENET. [l65oJ 4^7

de prêt à Tairinée, qui ëtoit à la veille de se débander, par le retardement insupportable des Espagnols, auxquels j'ëcrivois par toutes voies pour exciter leur diligence , d'où dëpendoit absolument notre salut.

Le lendemain i6, Barbautane partit avec notre petit armement naval, pour escorter un brigantin que la princesse dëpéchoit en Espagne, chargé de ses lettres , de celles des ducs, et des miennes pour ses envoyés et pour le baron de Vatteville , qui toutes représentoient l'extrémité en laquelle nous étions : et j'envoyai un duplicata de cette dépêche par terre, par le moyen du baron d'Orte, qui me promit de faire passer un de ses gens sûrement par les Pyrénées.

Ce jour même, il arriva un trompette à La Bastide, chargé de lettres pour le parlement de la part de Du Coûdray-Moritpensier •, et comme il étoit venu sans passe-port, le duc de Bouillon empêcha qu il ne pas^ sât, et même que l'on n'en vînt donner avis à Bordeaux, parce qu'il avoît peur que cela ne troublât la délibération du parlement , assemblé sur la dépêche de leurs députés de Paris , apportée par Cazevane : d'ailleurs il vouloit voir quel eftet feroit la revue générale qu'on fit ce jour-là de toute la bourgeoisie. Elle fut belle, nombreuse et gaillarde 5 tous crioient, à la vue de lâ princ^se ou de ses généraux , qu'ils mourroient pltuôt que de recevoir le Mazarin dans leur ville , et de faire jamais aucun traité avec lui , sans qu'il fût précédé de la liberté des princes. Les ducs prirent occasion de cette chaleur du peuple pour introduire dans la ville le trompette duquel je viens de parW 5 et jamais je n ai vu un tel emportement contre Te cardinal, que celui qui parut quand.

4^3 [itiSoj MÉlfOIRËS

oa le vit passer par les rues. Les magî^tritts fii'eâlprén parer une supBrbe GdllatioB daas wne ntaison ptrliculière, dans la rue quoo appelle sur le$ Fosses; et les receveurs du convoi en plrëparèreftt une autr^ dans Thôtel de la Connétablie. La pridqessé et le 4uc virent passer la revue dans Tune et daos Tjautre de ces maisons ) ils furent salués par h botirg^oi&ie soUs les grmes av^c tout le respect dû à leur <][(ialité , et avei une joie qu'il est malaisé d'e^^primér (0-

Les jurats donnèrent un grand souper dan» Tliotelde-ville à plusieurs serviteurs de la princesse^ J'étois de la partie ; el il s'y fit , avec beaucoup de brindes, beaucoup de protestations de mourir pour le service des princes prisonniers.

Le 17, tous les mêmes qui avoient soupe la veille avec les jurats me firent, aussi bien que les ducs,

(i) (( Le 16 août, il $e iitÀ Bordeaux , pdr Poïdre des juratài, oneftH belle revue des bourgeois capables de porter les armes; ils «toient UéB dix miUe, s^ns comprendre ni les officiers du parlement et des aatras compagnies, ni plusieurs bourgeois que la chaleur du jour fit deraearer h Tombre. Madame la princesse eut le plaisir de voir passer ces brâiwi Cantassins sous les fenêtres du logis du bureau du conToi. M. le dos d'Engbieu, oyant le son des tambours et la salve de la mous^eterie, se tournant devers son e'cuyer, lui dit, avec une action innocente et guerrière tout ensemt^le : << Çà , çk, donnez^moi nion epée , que ]e toe Ma- 1^ zarin. » Ah ! |eune prince , digne rejeton de la tige de saint Looist unique espérance de ^illustre maison de Condë, pourquoi faut-il que la foiblesse de ton âge t'cmpécbe de nous doti^r, en cetre belle occasioD, des preuves de la valeur héréditaire des Courbons?

a La revue ne fut pas sitôt f^ite dans la ville , qu'on en fit nneanlM dans le faubourg de Saint-Surin, dans laquelle on compta plus de quatre mille hommes , tant des habitans que des paysans qui s'y soni retires des villages circonvoîsins , que l'expérience des occasions dernières et la vaillance naturelle dux Gascons ont tellement aguerris, «pe U moindre d'entre eux ne céderoit pas au plus brave des troupes mazarincs. » {liistoire véritable de tout cç qui s' est fait éHf^asséen Gnienne pendant la guerre de Bordeaux. ) '

DE LEHET. [l65o] 4^9

rhonneur de Venir dîner chez mm , où les mâmes protestations redoublées passèrent jusques à un grand nombre de peuple assemblé devant mon logis , à qui je fis porter tous les rafraicbissemetis que je pus; cat il importoit fort ^ dans cette conjoncture, d'échauffer lamitié de tout le monde. Aussi le duc de Bouillon^^ qui le jugeoit ainsi, parut à une fenêtre qui regardoit sur la rue, le verre à la main, et leur porta la santé des princes de la maison royale ^ que le Mazarin te^* npit dans les fers. 11 n eut pas pins tôt aebeVé ces paroles, qu'il s'éleva une exclamation générale de bénédictions pour ceux-là et de malédictions cohtre cehii-^ci, qui furent suivies du plus grand emportement et de la plus singulière bacchanale que j'aie vue en toute ma vie.

Cependant Le Coudrfty-Montpensier , impatient comme le sont la plupart des envoyés pour des iié4 gociations de la nature de celle-ci , n'ayant point dû nouvelles de son trompette , en renvoya un second chargé d'une dépêche de lui ^ qui , de bonne fortune pour nous , étoit suscrite ^ messieurs y tnessieuts du parlement : et cela fit le meilleur effet du monde , qar ce corps, qui prétend qu'un particulier ne les doit traiter que de messeigneurs , (H'ia les ducs, sous prétexte qu'ils n'avoiept point de pass^-ports 9 de les arrêter tous deux à La Bastide; et le parlement ne voulut pa^ recevoir cette lettre*

Le bruit courut que le Roi quittoit Libourne poui? venir à Bourg, et que ce voyage ne se faisoit que pour s'emparer de Blaye et en ôter le duc de Saint* Simon, qu'on ne laissoit pas de soupçonner d'avoir quelque commerce avec nous, parce qu'on savoit

4go [l65o] MÉMOIRES

quil nous avoit donné, comme j'ai dit ailleurs, de grandes assurances de se tourner de notre côté , quoiqu'en effet il fit tout du pis qu'il pouvoit contre nous. Le duc de Bouillon voulut qu'on se servît de celte conjoncture pour faire écrire le conseiller Mirât à ce duc son ami particulier, et lui demander une conférence entre Blaye et Bordeaux. La dame Du Pin, mère de la dame de Pontac, belle et spirituelle dame, de qui il avoit été passionnément amoureux dès le temps de sa faveur sous Louis xiii , et qui avoit conservé une grande autorité sur son esprit, lui écrivit qu'il devoil se donner de garde de l'approche du Roi ; que le cardinal avoit un grand dessein sur sa place , et qu'un de ses amis de la cour lui avoit envoyé un homme travesti, pour lui donner cet avis; qu'elle le lui donnoit afin que s'il voyoit quelque apparence à être mis hors de Blaye, elle pût proposer comme d'elle-même à la princesse de lui envoyer des hommes et de l'argent pour s'y maintenir malgré le cardinal ; et que par là il se raccommoderoit sincèrement avec la maison de Coudé, qui se plaignoit tout haut qu'il lui avoit manqué de parole. Cette négociation ne produisit autre chose qu'une invitation que fît le duc, par ses réponses à cette dame Du Pin et à Mirât , de porter messieurs de Bordeaux à accepter Pacconimodement avantageux que l'on lui offroit. Les plus habiles gens ne feignent point d'entreprendre à la guerre les choses qu'ils croient avantageuses, quoiqu'elles aient peu d'apparence de réussir, particulièrementquand Tonnf hasarde rien comme ici; et quand de cent une seule a un heureux succès, on est abondamment payé de la peine qu'ont donnée toutes les autres.

DE LENET. [l65o] 49»

BarbsluUne retoorna sans avoir pu faire passer en Espagne h chaloupe dont j'ai parlé ci-^dessns , parce que le garde-côte Monstrie étoit en rivièreavec quatre vaisseaux et dix-huit pinasses de Bayonne et de Saint- Jearn^-de-Luz. Comme peu de chose ëtoiine les Bourgeois, cette nouvelle abattît un peu les courages de nos amis; et donna liett à ceux qui ne Fëtoient pas de publier partout que tous malheurs nous ména^^ çoient si Bordeaux n'acceptoit la paix proposée. Mais quatre heures aprè^, ceux-là ayant dit partout que le moindre' secours qui . nous pourroit venir <d* Espagne amenéroit au port de Bordeaux ce petit et foi ble armeiB^Yit, et mettrait la cour en état de ne savoir que avenir ni que faire, ils reprirent leur premier zèle^ eeiume si la chose eût été déjà arrivée. >

Le maréchal de La Meilleriaye avoit tait prendre quantité de paysan» de Gréon et des environs,: qai lui tù oient beaucoup de soldats-, et comme la princesse sut qwil menaçoit de les faire pendre, elle lui manda ^ar uiï ttbitipette que ces paysans n'avorent pris leç aimaes qu'eu vertu des arrêts du parlement, et ensuite des ordres du duc d'Enghien son fils, et qu'elle feroit à toto les prisonniers qu'elle tenôit pareil traiteitient iqiiil ifèroit k ceux-là : ce qui modéra up peii la 6olèï*e de* ce maréchal. ^

Le î8 , un trompette du èomte dé Palluau, qui ïi de^ puî^ étéle maréchal dé Gi'érémbault, arriva de la part deDuCdndray-Montpensier avec une seconde dépêché,' quittant suscrite oomm'e la pretriière, fut refusée, et j^euVbyée dé même isorte etpar la nifême ràisott.

J« chargeai le courrier ordinaire de Flandre en Espagne des mêmes dépêches que Baibautane n'avoit

49^ [i65o] MÉMontEs

pu faire passer par mer à Saint*Sébastien. Je loi donnai six pîstoles , et lui en promis vingt s*il m'en rapportoit réponse.

La princesse fut avertie par le doc de La Rochefoucauld , qui étant très-aimé à Bordeaux recevôit fmt sôuTent de bons et sûrs avis ^ que le président de U Traisné, homme de bien, mais foible et timide, qui étoit ou faisoit le makde depuis sîil mois pour nedr tref point au parlement^ afin de se laver les mains è» tout ce qui s'y passoit , avoU résolu d'y entrer le lendemain 19, afin de rendre le président d'Affis^ qui étoit moins ancien que lui, inutile. Celui-ci étoit m homme46 bel esprit , emporté au dearnier point quaa4 il ne trottvoit point d'opposition , maïs le plus cf aiiidf que je vis jamais quand il étoit menaeé de qu^lqii^ fâcheux succès. Il étoit d'autre part fott intéressé^ de sorte qu'il étoit entièrement dévoué à la prinee9$e> par l'argent qu'elle lui faisoit doimer quand elle le pouvoit , ou par les menaces qu'elle lui faisoit faire par le peuple quand elle le voyoit biaiser^ Quoi qu'il en soit, il nous étoit infintmeat meilleur q«i0 le{^^ dent de La Traisne^ vers qui notre argent n'avoit point du tout d'accès, et qui craignoit plus la comr quel,e mal que nous pouvions lui faire, outre qu'il étoit fort porté à suivre les anciennes maximes du Balaie, q^ n'étoient pas à notre avantage : et cela fit que le duc de La Rochefoucauld conseilla à la princesse d'allei' le voir, comme elle fit , et lui dit qu'elle auroit fort souhaité quun homme de sa probité fût eiitré au parlement dès le temps qu'elle y étoit aprivëe, pour demander la protection qu elle avoit obtenue poiir h 1 duc son fils et pour elle contre les violences du car-

DE LBNET. [l65o] 49^

dinal IfasEariu, et qu'elle auroit espéré de lui tout ce qa ua i>o& Français doit à 4es princes dii ^ng contre les injustes entreprises dun ministre étranger ^ mais qu'elle lui disoit ingénument qu'elle étoit avertie de toutes parts ^ et de ses amis de la cour même, qu'il n'ayoit pris résolution d'y entrer que pour appuyer ( psu* ordre du cardinal ^ qui se vantoit de TaToit ga^é, E la négociation que Le Coudray-Blontpensier devoit I Tenir fmé k Bordeaux , et pour tâcher k rompre toutes i les masures qu'elle avoit prises jusque là pour la I liberté de monsieur son nijarÎ4 i Ce bon président lui répondit avec respect et avec B modestie quUl voyoit bien qu'il n'avoit pas l'homàenr ^ d'âtre <^anu de Son Altesse ; qu^il ne connoissoit pas i le cardinal Malaria ; qu'il n'espéroit rien de lui ni de ^ la cour; qu'il savoit quelle ëtoit sa conduite , qu'il l'a- ■ YiCHt toujours détestée ; qu'il révéroit la maison royale E et Son Altesse en particulier; qu'il aimoit sa patrie-, et en un met qu'il étoit incapable de rien faire coatre ces prîncipes-là en faveur d'un étranger ^ et que s'il eotroit au parlement, ce ne seroit que pour servir Son Altesse^ Et en effet dans toute la suite de cette affaire il se conduisit fort sagement, je yeux dire qu'il a'eut d'emportement ni pour ni contre nous. Il u'af- £eetoit point de se rendre maître des délibérations de la compagnie ^ mais il exécutoit fort bien et avec a^ez de prudence ce qu'elle ordonnoit.

Si nous eussions encore été dans les premières dialeurs que les Bordelais avcHeni à l'arrivée de la princesse, il auroit été à propos qu'elle eût suivi les conseils de ceux qui vouloient qu'on envoyât la populace le menacer s'il entroit au parlement^ mais, en

494 [l65o] MÉMOIHES

l'ëtat que les choses ëtoient rëdnites , nous sans ar-* gent, sans apparence d'un prompt secours d'Espagne, et le Roi aux portes , il falloit prendre des sentimens plus doux et plus souples. 11 ëtoit dangereux de risquer une action violente contre un homme de bonnes mœurs, qui étoît bien allié et aime dans la ville, et qui vraisemblablement ne nou^ feroit pas de mal s'il ne nous faisoit point de bien. Le moindre prétexte fait souvent tourner une ville partialisée^ et les habiles gens du parti contraire n'en demandoient qu'un plausible, pour gagner nos amis par la crainte, ou parlespérance que la cour présente faisoit entrevoir. Et je confesse que je craignois plus le président d'Affis, tout dévoué qu'il étoit , que celui-ci tel qn'on me Favoit dépeint : car les gens de la trempe du premier sont capables de tout faire et de tout entreprendre à la vue d'une grande récompense -, et le cardinal étoit plus en état de la lui faire espérer que nous.

Le père Bruno, récollet, duquel j'ai parlé amplement ci-dessus, retourna de la cour. Il vint tout droit en mon logis, et me dit que le cardinal l'avoit reçu de très-bonne grâce , qu'il avoit lu l'écrit que je loi avois dicté pour soulager sa mémoire : sur quoi ilW dit qu'il connoissoit bien par mon style quej'êtois fort instruit des affaires courantes; qu'il voyoit beaucoup de bonne intention en ce que je disois; qu'il m'en seroit fprt obligé toute sa vie. Et comme le cardinal étoit fort libéral des choses qui ne lui coutoient rien , ce bon religieux me rapporta qu'il lui avoit dit tant de choses à ma louange, que je serois honteux de les rapporter ici-, et qu'enfin il lui avoit dit que s'il prenoit mon avis en conscience, il savoit bien que je

DE LENET. [l65o] 49^

n€ lui canseillerois jamais, ni à la Reine, de donner la liberté à messieurs les princes tant que madame la princesse et tous ses amis et serviteurs seroient armes ; que Dieu lui ëtoit témoin qu'il souhaitoit autant que moi de les voir sortir de prison^ mais qu'il y avoit de certaines choses dans lesquelles il falloit soumettre ses inclinations particulières au bien de TEtat 5 qu'il s'entretiendroit ce soir-là même avec la Reine, après quoi il lui feroit réponse sur ce qu'il au roit à me dire; qu'il aimeroit bien mieux de traiter avec moi plutôt qu'avec aucun autre du parti; et qu'encore qu'il sût que j'avois donné tout le mouvement à cette affaire, bien loin de m'en vouloir du mal, il m'en estimoit, et connoissoit par là combien il étoit avantageux d'être de mes amis. Enfip il n'oublia rien de tout ce qu'il put dire à ce père pour me toucher le cœur de toutes ces vaines espérances que les habiles négociateurs, et qui ont le pouvoir en main, ont coutume de donner à ceux avec qui ils traitent. Je l'interrompis, et lui dis tout ce à quoi mon devoir m'obligeoit; et dans toute la suite de l'affaire jusques à la paix générale, je n'ai rien oublié dans toute ma conduite de ce qui a pu persuader M. le cardinal que je n^ai pas été indigne de la confiance dont monseigneur le prince et les principaux de son parti m'ont honoré. Le cardinal dit ensuite, à ce religieux qu'attendant qu'il lui fît une plus ample réponse, il pou voit voir le comte Servien , et conférer de toutes choses avec lui. Le lendemain il reçut une visite de celui-ci dans son couvent de Libourne, où il lui répéta , et presque en mêmes termes, tout ce que le cardinal lui avoit dit la veille; et lui fît de plus, sur le sujet dont il

496 [l65o] MÉttOIRES

s'agissoit, la comparaison delà conversion de Henri nr, à laquelle il n avoit jamais voulu se porter qu'après qu'il eût triomphe des armes de ses ennemis, afin qu on ue pât attribuer à la force ce qu'il vonloît faire de bonne volonté.

Le jour suivant, il pressa le cardinal de lui donner congé et réponse : ce qu il fit éù lui disant qu'il pouvoit me dire que si je voulois persuader a la princesse d'aller k la cour avec le duc son fils, on le ferok nourrir avec le Roi avec tout le soin et tous les égards dus à sa qqalité, et que madame sa mère y serait reçue de la Reine avec tant de bonté et de douceur, qu'elle juger oit bien qu'elle avoit autant d'envie qu'elle-même de donner la liberté à monsieur son mûri ^ et que M M. le cardinal en traiteroit toutes les conditions avec moi ] mais que cda ne pouvoit ja^iais arriver tant qu'elle seroit armée. Il ajouta qu'il me prioit en mon particulier de considérer qu'il étoit en brassières, et qu'il £ailloit commencer cet ouvrage par l'approbation du duc d'Orléans. Et enfin il congédia ce père en lai disant que la Reine et lui lui étoient grandement obligés de ses soins ^ qu'il seroit le très-bien veso toutes les fois qu'il retourneroit à la cour de la part de qui que ce fut \ qu'il prendroit créance en ses pa^ rôles et aux miennies. Quant au duc de La Rochefoo* cauld, il sa voit bien qu'il ne faisoit que suivre les volontés de la duchesse de Longueville , qui , étant ravie de faire l'amazone à &enay, feroit durer la guerre autant qu'elle pourroit; et que c'étoitpour celaqndk l'avoit obligé à être plutôt à Bordeaux que près d'elle, afin qu'il mît ordre qu'il ne s'y fît rien que par ceox qu'elle lui enverroit -, et que d'un autre côté elle faisoit

DÏ5 LENEt. [i€5o] 497

inspirer au duc de £6ui]lon par le vicomte de Turenne son frère tout ce qui pouvoit faire réussir tout cela, et qu'il me croyoit trop habile homme pour ne pas empêcher que madame la princesse ne fût la dupe des uns et des autres.

Ge dernier discours me fit éonnoître clairement que tonte cette négociation n'avoit point d'autre but dans Tespritdu cardinal que de nous donner de la défiance les uns des autres. Il croyoit qu'un particulier comme moi, de qui d'un mot il pouvoit faire la fortune , se laisseroît éblouir à ses louanges , aux espérances qu'elles me faisoient entrevoir, et à la vanité de faire plus tout seul que tout le parti ensemble, parla proposition qu'il me faisoit de traiter la liberté des princes avee moi ; et que tout cela ensemble m'obligeroit de porter madame la princesse , qui n'avoit point d'arrière-pensées pour moi, et qui n'avoit de passion que de tirer M. le prince des fers , de suivre le conseil qu'il lui donneroit d'aller à la cour.

Je dis sur cela au père qu'il me sembloit lui avoir assez expliqué le fond de mon cœur pour qu'il répondît pour moi à M. le cardinal 5 que la netteté de ]â conduite des ducs de Bouillon et de La Rochefoncaufld, que je connoissois mieux que personne, m'avoit tellement soumis à leurs volontés, que j'étois incapable non^seulement de rien faire à leur insu, mais encore de faire chose quelconque que par leur ordre 5 que madame la princesse me l'avoit commandé ainsi^ et que Son Altesse même ne faisoit ni ne disoit que ce que l'un et l'autre lui conseilloient 5 que j'ailois leur rendre un compté exact de ce que dessus, et que j'étois assuré que les uns et les autres seroicnt T. 53. 32

de même senliment que moi, et lui diroient à loimême qu'ils éloieut prêts d entrer en tout traite aTec M. le cardinal pour la liberté def priaces, d y sacrifier tous leurs iat(Srêts et tous ceux de leiirs miîSM5; mais que rien n étoit capable de fsiire désarmer nudame la princesse ava^t. que de lavoir eJbtenue, et eucore moins de lui faire prendre d^ la dëfînicedes ducs , desquels el|e ne se dësuuiroît jamai$. 11 alla se reposer; et moi j'allai rendre compte de tout ced à madame la princesse eu prëseoce des daç^ , ^ approuvèrent tout ce que j a vois dit, qui n^e firait rhonueur de me remercier de la boune o^^îiiiou qoe j'avois d'eux , qui firent mille protesta^tioAs k la princesse de ne Fabandonner janiiiûs, et qi^i ccxi^finiièreit le jour suivant au père Bruno ce que: je lu\ ftv^s dit de leur part, et lobligèreut k faire u^ atUtre voyage à la cour , dont je parlerai après.

Cependant ils ji^gèrent touf deui; que. le oardinal navoit retenu ce bonhomme aussi l^g^temp^ qu'il avoit fait, et navoit parlé comme je^ vîe^s de dire que parce qu'il vouloit voir Tefiel de \^ n^^iatioi de Du Coudray-Montpensier. Noii^ voyi^inmim qu'elle ne pouvoit lui plaire, et que,, <{i|^q^ mioch quelle eut, il serçit tout contre lui: car si Biurdeau l'acceptoit , toute l'utilité en retomboi^ au duc d'Orléans, et aux frondeurs; et s'il la^ refusoit» c étoit uie marque infaillible que nous étions en 4t24 de fési$ler au siège dont le cardinal nous raenaçoil.

Le 19, nous dépêchâmes le nomn^é Çarroa ea Espeigne, avec des lettres pressantes a^ baron de Vatuville et 2^\i% envoyés de la. prince^^.

Nous sûmes que le premier président de Touloos^i

DE LEN£T. [l65o] ^99

Mcmirane , horaire habile , mais dévcmë à la cour , aroit, comine Ton dit, donné un arrêt scms la ckeminée , afin; de conrre sus k ceux qui leyoient des trcHipes dans t^ir ressort pd^ur secottrit le duc de Bouillon dan& Bardeaux ; et un Oirdre de Th^el de ciftte vilie-là pour eavoyer six pièces» de canon à la cour.

Noua apfiFÎmes encore qu'on avoit adressé de Saiiit- Sébastimi u^n^ paquet important du lâ du mois à un Anglais nommé Oiscon , pour le £stire tiônir à son correspondant de Bordeaux , nommé Lavie , ayec ordre de me le rendre en main propre *, et qiie eet Aillais Tavoit fait intercepter par le commandant de Bayonne, comme ilavoit fait plusieurs autres, qiii tous forent envoyés à la cour.

Om résolut de recevoir Le Coudray quand il vouàroit venir, et de le loger chez le conseiller Massiot, homme opiniâtre; en un mot, de ces sortes de gens qui suiveifit aveuglément les premiers mouvemens que leur passion leur donne. Il eut ordre de ne le laisser parler à qui que ce fût , qu'à trois ou quatre bourgeois de son même génie et de sa même indi* natk>B, qui é toit extrême pour nous et contre ie car-> dinal, sans en pouvoir dire la raison.

Divers bruits coururent que les ^sseaux d'Espagne étoient en mer *, et quoiqu'ils fussent faux, ils nous fiirent £ort utiles par la vigueur quik donnèrent aux Bordelais et la consteraaiion qu'en reçut la conr.

Tous les frondéura s'assemblèrent chez Massiot, pour rinstruire de la conduite qu'il devoit tenir avec Le Coudrsqr ; et là ils résolurent de suivre les een^eils qtitt les d^cs de Bouillon et de La Rochefoucauld,

5^00 [l65o] MiMOIBES

dont j'ai parle éirdessus, leur avoient donnes, de tirer l'affaire autant en longueur qu'on pourroît , et jugèsent tous qu'une vigoureuse obstination leur feroit faire un traité très-avantageux , quand même les secours qu'on attendoit viendroient à manquer; qu'il falloit profiter à quelque prix que ce fût de la foiblesse du cardinal; et résolurent de faire un emprunt d'argent le plus considérable que l'on pourroît.

Le ao, on arrêta au parlement que l'on enverroit les remontrances et l'arrêt résolus contre le cardinal Mazarin.

On renvoya de la cour le greffier Suau , après que Servien lui eut fait signer un écrit par lequel il s obligeoit de porter une lettre au président d'Affis, et qu'il retourneroit le jour même. Tout cet emfMressement de la cour fit bien juger de l'envie qu'avoit le cardinal de voir finir cette négociabon, quelque honteuse qu'elle lui fût, pour aller remédier aux affaires que les frondeurs lui préparoient à Paris par le duc d'Orléans et par eux-mêmes , qui n'aspiroient qu'à bâtir leur fortune sur la ruine de la sienne ; et cela augmentoit la fermeté de ceux de Bordeaux. Suau alla au parlement, et rendit sa lettre. 11 ajouta à ceci que la cour lui paroissoit fort embarrassée, et retourna coucher à Livourne comme il l'avoit promis.

Nous apprîmes par lui, comme nous faisions tons les jours par plusieurs autres , diverses intrigues que des particuliers du parlement et de la bourgeoisie de Bordeaux, et quelques-uns même des nôtres, avoient, les uns directement à la cour ou avec les ministres, les autres avec de leurs amis qui y étoient ou qui J avoient quelque correspondance ; mais comme tout

cela allpit plutâlÀ ae £ûre de fête qu'à autre chose , jeruen diirai rien ici. Il ëtoit malaisé de nous faire uni grand, mial, car toute Fautoritë ëtoit fort unie : on ne pouvoat <{ûé donner quelques avis de ce qui s'exëcutoit, et quelques conseils de ce qui sembloit à quelques uns qu'on devoit faire. Je m'assure que ces conseils ëti^ienlfort diffërens , car chacun en pareilles reoçonitires en donne suivant sob intérêt et seloh son capricet; et comme bienisouveni ik ont peu de rapport âyec les lintéréts^ de ceùi^ qui gouvernent et par où ..tout 6e dëdtdie ordinairement, telles menées sont peu à oi*SLindre.

: Le 2 D , Le Coudray-Montpensier arriva : il trouva à râutilëade la vinetrois ou: quatre riiille ptersonnes de toutes conditions ^ qui lui «crioieht confusément

iCfue la considération qu ils avoient potir le duc d^Orl«aiis qiiki Fenvdyoit) et T^xpresae défense que leur ârvoitfàite laptincesse, lels efaipëdioi^^Oft dele jeter dans hi rivière -, ^y aptes plusieurs cris de Tfivé le Roi et les princ^létf^.... duMuzarin! le forcèrent diverses

-fois à èrier de méma sortie^ etl]aceompagnèrent avec cette >nmsiq»ejxisqi»eis;en son logis y où personne ne

-le>tit que léointae j'ai dît auparavant qu'on ravoit ré-

^oluî-, etce^xiqttiile visitoient ne cessoient de vomir des imprâcâition;^ eojtttrei le oaudinal, et contré lous âeuxL.qui.- a^voientxônsenti à la {Prison et s'oppolsoiont à la libertés ââspritiiC^fi' - - '■:■ ; ! .

Ce même jcjur, lepréelident de La Traisne prit la .peiijé de raefyeniirmi^it^i: , ' poftir jhe donner part du dessein qtfiliprenoît' d'entrer le jour Suivant au Palais. Je luiifis le même discours à peu près que la -pfj^incesse lui ayoitijtenu; et icomme il m© fparla fort

honnêtement, j'essiàyaîldelui persutadef ce qui now convenoit. Il me dit ensuite qn'il felïoit que la «our fôt bien abattue et le cardinal bien fbible, s'ils donnoiënt les main&à lanëgâciatîonde lIlkiCc^uidray-Moiitp(en{ner, et s'ils retoùrnbient à Parifs satts Vouloir entrer dans Bordeaux..

Je crus qu'il ne nreparloit de là ^èi^te qile pour me sonder, et que je derc^ loi repartir brttsqn«»e»t, connaissant sa timîdfitë naturelle t aussi lui difr^, ayac toute la chaleur qui me lut posrïble, qu il^f" aoroit bien du sang i^épandu ^'il-se ti^onvbit des geos^ assez dévoués au Mazarin pour faire une tedle pniy{wsilion. c( Je ne vor2s dis ^s; me dllnilv qiie oe soJt là « mon avis : BieuJm'en préseitveî-^^Je suis bien as- « snré, monsieur, lui repàrtis-rje^ die votre ph>bitéet « de votre Itabiletiéi^iet ainsi je ne ipuislfamaîs penser <c que vous VohlossieK cotittibuër 4a moindre <di(»e « du monde à 'ménrie M' ie diic, quiest(|e is^tii^rinee it de la maison royale qui soit en ^Hberté^ entre ks f( mains d'un mini^^eVëtrangér ][ilein d^ haine ^et 4e a vengeance : :yoiis e^ncontiOfsseK trop- bien les eeù- « séqnenees, et je suis certain qtiervotis.agiree^ ce a rencontre conime un bon Francàis^doit £airev » Jaitrai après avec lui sur le mauvais ëtat aucpiel se troiivoit la coui' : nous nous sépatrimes , et il f ut enstiite voir le duc de Bouillon, àqui j'avoois rendu icompte de ceci , qui lui parla si fortement, que le lendemin nous le vîmes changé du blaffifc a^ lïoir;

J'eus ce jour-là un long efltrenieii avec Hint, homme fort dans le Palais et très^ accrédité dans h ville. Je lui fis confidence de ce qu'à étdit nécessaire de lui dire des allées et venues du père Bruno, ain

m LSNBT. [i65o] 5o3

qu'il se tint obligé de ce i^ectet , el que , quand le cas ëciierIrQil, il fît apf>roiiver c^tte nëgdcktion. Je loi dis easttite que j'av6is vu quantité de hôiis bourgeois qui étaient poi^tëà d'un tel zèle pour lés princes, qu'ils œ'aToient dit que si le cardinal Tonloit I^ flMtire en liberté, ils reoevroient le duc d'Epernon pMvr goayerncur > et lui feroient une entrée magnifique. Je Toulois sionder Mirât en lui tenant ce discours. « Oui-dà ! me répondit-il', il s'eii trouvera de cet <i avis , et j'en serai avec tops mes amis. ^—11 ne faut, K lui repartss-je^ parier àe cela qu'à toute extrémité*, « 6t pouk* kffi nous^ ferons envisager cette affaire àil 4c cardinal csomme le seul moyen de rétablir Taxitoritié « totale f et le plus grand bien qui lui puisse àrriveir , « lui c^iii voit <^e que M* le duc d'Orléans et les fron-^ « deursentreprentieilt contre lui. r> II entra toût-à-Mt dans Bian sens, et c'est ce que je vôulois; car riéti n^ët^^it meilleui' pour nous que cela, ni rien plus dé^ licat à toucher.

Leâ2, Lé Coudray-Montpensier alla au parlemeht, suivi de la même populace et des métnes claméuré qu'iU'avoit étéia veille à son arrivée 5 et lui-méilrié orîuilplus foct que pas un autre, croyant que c'étoit le. seul moyen de conserver sa Vie, qu'il croyoit en ll^î'ansd périls les portes de son logis ayant été gardées toute lamuit, et n'ayant eu liberté de parler à qui que ce fût. On le fit attendre quelque temps dans la salle de l'audieiice, où après que, suivant la coutume, on lui eiU fait ôter son épée , il fut introduit dans la chambre du conseil. Il rendit les lettres du duc d'Orléans, desquelles il étoit chargé -, il exposa sa créance et le sujet de son voyage, tel que je l'ai rapporté ci-

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dessus. La cour lui dit par la bouche du président qu elle étoit fort obligée aux soins que M. le doc d'Orléans vouloit prendre de donner la paix à k Guienne; qu'elle recevoit ses lettres avec respect; mais qu'avant que d'écouter aucune proposition ni faire aucune réponse ,, il étoit préalable de faire ouvrir tous les passages, retirer les troupes, et les faire jouir de la trêve de dix jours que ledit seigneur duc leur proposoit par lui.

Le Goudray répondit qu'il jugeoit cela fort raisonnable, mais qu'il falloit qu'il avouât à la compagnie que le Roi croyoit que ^es dix jours et oient expires; que Sa Majesté étoit résolue de faire attaquer Bordeaux dès le lendemain ; qu il savoit que les ordres en étoient donnés , et qu'il alloit partir en diligence pour essayer d'en différer l'effet. 11 s'éleva un grand murmure, disant que l'on ne traitoit donc avec eu que pour. les surprendre; quelques uns dirent qu'ils seroient les premiers à mourir sur la brèche pour la liberté de la patrie ; et après que ce bruit fut calmé, Le Goudray prit congé de la compagnie , et partit après le dîner pour, retourner à la cour^

Les ducs ni aucun de nous n eurent commerce avec lui, et tous les serviteurs delà princesse, à son imitation, affecter etit toutes tes apparences délaisser toute la conduite entière de cette affaire au parlement. Le duc de Bouillon, qui fut auteur de cet avis, crut que c'étoit prudence de leur témoigner une confiance entière : car s'ils se condnisoient à sotr^ mode , nous avions ce que nous pouvions souhaiter ; et s'ils en usoient autrement , nous avions une ressource pour les mettre à la raison , qui ëtoit de leur

DE LENST. [l65o] 5o5

opposer le peuple, parmi lequel on semoit autant de jalousie qu'on pouvoit contre le parlement, afin que, s'il ëtoit nécessaire , on lui ôtât la négociation par force , et qu'on la mît entre les mains de Thôtel-deville et de la bourgeoisie. Pour en venir à bout, nous finies approuver ce dessein à tous les frondeurs du parlement, qui le faisoient appréhender à tous ceux de leurs confrères qu'ils soupconnoient être dans les intérêts de la cour.

Le 23, le maréchal de La Meilleraye marcha avec cavalerie et infanterie vers le Cipressac , et se mit en hataîile^ntre ce lieu-là et La Bastide. L'alarme en fut bientôt portée dans la ville : chacun reprit sa première vigueur v l'on çrioit à haute voix contre le cardiiial, et Ton juroit de ne se fier jamais en lui après une telle fourbe. C'est ainsi qu'ils appeloient le procédé de ce ministre, qui les faisoit attaquer pendaut qu'il les amusoit d'une négociation*, et tous se repentoientde n'avoir point égorgé LeCoudray-Montpensiér ayant qu'il fût sorti de là ville. On redoubla la garde de La Bastide. Les ducs de Bouillon et de La Rqchefouçs^uld, qui y allèrent en diligence, y furent) suivis de quantité d'ofiiciers du parlement et de bourgeois armés. Qn y tint consul de guerre, dans lequel tou^ les Bordelais proposèrent d'aller aux ennemis : mai3 comme le duc de Bouillon leur représenta qu'il y avoit entre eux et nous un grand fossé (qu'en langage du pays on appelle un estex)^ qui se remplit d'eau en haute marée, en telle sorte qu'on ne peut y asseoir des ]^pçhçs ni le combler de fascines, parce qu'elles s'avapeent suivant le cours de l'eau à mesure qu'on les jçtte.5 le duc les fit consentir à se conserver le

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même avantage qu'on donneroit aux ennemis si o& allcHt à eux par des chemins difficiles, et de lés attendre de pied ferme, pendant qu'on travailleroit nuit et jour à mettre La Bastide au meiHeur ëtat qu elle pât âtre^

On aVoit dépêché la veille La Lande eki Espagoe. On envoya ce jour-là un double de la dépêche pu- Antoine Sabaria, portugais, pour doiiiyer avis de imi ce qui se passoit-, et Ton ne savoit que penser mqtte dire, y ayant un mois entier que l'on ti^avoit itça aucune nouvelle de Sillery, de Mazerolles ni de Bâas, qui étoit à Madrid-, et vingt jours du baron de Vatteville, qui étoit à Saint-Sébastien «

Les ducs jugèrent à propos que J'enVoyàsse Am cette conjoncture le père Bruno à la cour; et la princesse mè le commanda par leur avis. JMcrivis en kot présence ce qu'ils crurent qu'il devoit dire au Câf^nal, qui vraisemblablement devoit être ëidnnédek fermeté de ceux de Bordeaux , et de tùut 1- eBlp6rt^ ment dont Le Coadray devoit lui avoir tisiidu conafè^. L'étÊirit que je donnai à ce religieux fut cwirt, necoDtenant que quelques circonstances, qui sont éx(^ mée$ ci-dessûs , tendantes à redoublée sa jalouse contre le duc d'Orléans et contre lés frondeurs : c'est pourquoi je ne les trancris pa^ ici.

Le ii4» ce bon père partit après qué les dii(» loi eurent dit qu'ils approuvoient tout ce dont ]e l'avi» chargé. 11 alloit son chemin droit à Libourne , où il fut rencontré par quelques soldats qui le tteiièreBl prisonnier au maréchal de La Meilleraye , qui le Mit en liberté d'abord qu'il lui eût dit qu*il alloit rcûdi* compte au cardinal de quelque chose dont il Tivoit

D£ LfillET. [iBSo] Soj

chargée II lui dît cp&'il l'attendoit ce sdir-Ià dans ëon qptiarrtieff; il loi conseilla de ne pas passer outre et de rattèndre : ce quil fit. Le cardinal arriva, le reçut fa^YOrablement, iuidonûaune fort paisible audience sut le sujet du contenu au mëmoire dont je Pavoisa chargé. Il le lut ensuite avec beaucoup d'attention ; et, suivant son style ordinaire, il se mit à me louer, dÂsan^ que ce papier étoit écrit de bon sens \ qvte poui^tant il poilnroit fortiien le contredire; et etifiri lé remit au leaddemain po«ar l'eiitretenir plw au iohg. H parut à ce religieux que le soir de soh arrivée le cardinal avoit quelque deasein, sinon de traiter avec la prineessie , du moins de fentretenir de belles eapéraïkces : et il y< a quelque apparence que dat)$ ce tem^^ià il en .devoit user ainsi ^ pour, parla même raison que txous , donner de la jalousie aux frondeurs de Pairis^ et de principal objet de nô& négociations n 4toit que d'en vepir là , pour ensuite pouvoir tirer nos convenances des uns ou des autres. Mais le len-^ deflotain matin ^ sok quîe le cardinal ôût pénétré nôtre dessein, soit qu'il ^at reçti quelques nouvelles de Pati^ qui lui ifissenÊ changer d'avis , téikï ce long en^ Iretîen quil avoit fait espérer au père aboutit à lui dire que le .traité que la princesse avoit fait avec le roi ^d'fisp^^r dont il disoit ^a^oir tbUt le détail, tnettoit l'affaire hors d'état de faire aucune négociation avec elle ^ qu'il ne pouvoit avec honneur conseîJUerè ia Reine d'entier ^en aucun accommodement, qu,'(iu préalable maditedame et tout son parti ne fât soumis au pouvoir de Sa Majesté; que Dieu, qui voyoit le ftwad de S(m coeur , savoit le violent désir qu'il avoit de mettre M. le prince en liberté. Il appuya

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son discours de très«-grands sermens , et le finit en disant qu'il avoit encore relu Técrit qu'il Ini avoit apporte avec plaisir; qu'il le . f eroit voir à ki Reine; et que cependant il pouvoit s'en retourner à Bordeaux, et qu'après avoir conféré avec Sa Majesté il le manderoit ; que cependant il pouvoit dire au doc de Bouillon et à moi qu il avoit reçu la nuit un courrier d'elle ; qu'elle avoit la bonté de surseoir l'attaque de La Bastide de quelques jours; que lui n^étoitvenu là que pour la faire attaquer en sa présence; qu'il s'en retoornoit à Libourne, et qu'on n'entréprendroit rien d^e quelque temps.

11 rappela encore le père après qu'il l'eut congédié, et lui dit qu'il pouvoit nous dire tout, mais que odos n'avions que faire de. parler de ce sursis aux gens de guerre ni à messieurs de Bordeaux; qu^il le prioit de me faire des baise-mains de sa part, et de me dire que je me fiois en des gens qui n'en usoient pas de même envers moi; qu'il me plaignoit en cela, et que quelque jour il m*endimit des particularités qoî me surprendroient. Je fus pourtant fort peu surpris de ce discours. Quiconque a connu M. le cardinal Mazarin jugera que je devois plutôt croire que mes amis étoienf sincères, 4|ue ce qu'il me Miandoit : car s'il eût été j^qitrement, îl se seroit biea gardé de m'en donner un avis charitable, et,, comme de raison, ii en auroit profité.

lie 25, le père Bruno arriva, me rapporta tout ceci, et moi aux ducs de* Bouillon et de La Roch^ foucauld, qui se donnèrent carrière de toute cette conduite du cardinal, qui en effet était fort plaisante et fort extraordinaire à un homme de son poste. Noos

DE LENÉT. [l65o] . Sog

jugeâmes tous de son peu de sincérité (qui nous étoit fort connue d'aillçurs) par ce qu'il disoit de ce prétendu traité d'Espagne , qui ne fut fait, et duquel nous n'eûmes connoissance , que long-temps après. Les ducs jugèrent à propos (et c'étoit un effet du jugement de l'un et de l'autre) de donner connoissance à plusieurs de nos amis dû parlement, et même à quelques-uns des plus sensés bourgeois , de ce qu'il convenoit qu'ils sussent du voyage du père Bruno, afin que s'ils yenoient à le découvrir, ils n'eussent pas sujet de se plaindre qu'on négocioit à leur insu. Aussi rien n'est plus dangereux dans les partis que de négocier en secret et sans la participation de ceux qui y ont quelque autorité -, car c'est fournir un prétexte, à ceux de qui l'on se cache, de faire une défection sans qu'on puisse presque la leur reprocher.

Nouvelles vinrent par le courrier de Paris que l'archiduc et le vicomte de Turenne avoient pris Rethel et Château-Portien, et qu'ils avoient mis Reims et Soissons à contribution. Le duc de Bouillon dépécha â l'instant même Montigny à monsieur son frère pour le prier de presser sa diversion , de s'avancer autant •qu'il pourroit vers Paris, sans s'arrêter à aucun siège ; et, s'il pouvoit, de faire passer quelque cavalerie en Giiienne, qui en chemin faisant ramasseroit ce qu'il rencontreroit de nos troupes à Montrond, en Auvergne, en Turenne, vers le Pariage, et de former quelque petit corps derrière la cour qui fût capable xîe lui donner quelque inquiétude.

Cependant il se formoit quantité de cabales dans Bordeaux pour porter les esprits à la paix, et les plus passionnés frondeurs soupçonnoîent la foi du duc de

5 10 , [l65o] MÉMOIRES

Bouillon \ et quoiqu'il agit très-sincèrement , le reta^ dément des secours d*Espag&« , celui de la marcke du vicomte de Turenne, dont il leur disoit sonveat qu'il avoii des nouvelles certaines, leur Ëadsoit cnûre qu'il ne vouloit que les embarquer par ses discours, et profiter de leur malheur pour faire ses afËdres. Rien n'est plus ordinaire dans les partis que la défiance les uns des autres, mais ^le est infaillible des inférieurs aux supérieurs : les peuples croieat que les desseins doivent être aussitôt exécutes que conçus, et ne considèrent pas que l'exécution dépend plus des moyens que de la volonté. '

On tâchoit à remédier à tout cela, et à remettre les esprits autant qu'on le pouvoit. Le duc de I4 Rochefoucauld , qui, se mêlant moins du détail des choses que ,1e duc de Bouillon, n'étoit pas si chaîné de l'évéueroent, avoit plus d'application à entretenir des amis dans la bourgeoisie: et au lieu de faire comne beaucoup d'autres, qui pour profiter du désaccréditement de leur collègue le fomentent, il n'ooblioit rien de tout ce qui étoit en son pouvoir pour fiii« connoître la sincérité du duc de Bouillon ; et celuici avoit un jugement si profond et une conduite si nette , qu'en peu de temps tous ces orages se dissipoient, et sa capacité et la grande union qui éteit parmi nous rappeloient aisément la confiance.

Le plus grand de nos maux étoit la disette d'a^ gent : il y avoit plus d'un mois que nous ne imxm que vivoter des sommes que j'avois empruntées. \i duc de Bouillon faisoit lever par avance daas sa vicomte de Turenne trois années de son revenu; k duc de La Rochefoucauld tiroit de chez lui ce qaï

PE LËNET. [l65o] 5ll

poavok^ et ni Tun ni Tautre n'étoiciit à aucune charge à la prince^e. Les amis firent merveille pour remettre tout dans la preinièrQ chaleur : ]f moindre nouyelle favorable animoit tout le monde d'une vigueur nouvelle.

L'hôtel-de-ville rési>lut d'obliger le& bons bourgeois de faire un prêt à la princesse sur s^ pierreries, et le parlement résolut dy contribuer ia septième partie. On dépécha un courrier à Paris pour y porter 1 arrêt et. les remontrances contre *^le cardinal j et le capitaine L'Espion par mer à Saint-Sébastien, pour presser le secours, dans la crainte que nous avions que ceux que Ton avoit dépêchés par terre n'eussent pu passeV. Mais il retourna la nuit suivante, disant que les vaisseaux de Monirie traversoient la rivière de telle sorte qu'il étoit impossible de passer. Je crois que la crainte traversait encore plus sa cervelle. Mille gens en pareilles rencontres s'offrent sans dessein, d'eff(çctuer ce qu'ils promettent , et croient qu'on leur aura obligation de la bonne volonté qu'ils téiPQÎgnent*, et qu'encore quils ne réussissent pas, ils profiteront toujours des sommes qu'on leur avance : ce seroit pourtant un défaut de prudence de ne pas i:isquer quelque chose en semblable occasion.

Le même jour, on eut avis que les ennemis avoient fait provision de bateaux à Cadillac et aux environs, et qu'ils avoient fait avancer partie de leurs troupes du côté de Bordeaux , n'ayant laissé que cinq cents hommes dans l'île Saint-Georges. On crut d'abord qu'ils avoient dessein d'attaquer Saint-Surin, et de faire une tentative pour emporter quelque poste considérable , qui jetant la terreur dans la vill^ fomen*

5ia [l65oJ MÉMOIRES

teroit les divisions , et donneroit moyen aux malintentionnés d'agir plus librement contre nous. En effet, les conseillers Pomiers-Françon , Martin, et quelques autres de leurs cabales, dirent tout haut dans le parlement que le temps de faire la paix ëtoit yenu ; mais comme on les fit menacer par le peuple comme ils retournoient en leurs maisons, ils n'osèrent pousser cette proposition*

On fit équiper quatre brûlots, à dessein de mettre le feu dans les vaisseaux de Montrie.

Le 26, le cardinal vint à Senon, près le Cipressac, à dessein d'attaquer La Bastide. On nous dit que mille mousquetaires, qui avoient souffert la pluie deux jours et deux nuits, et qui avoient quantité de malades parmi eux, refusèrent de venir attaquer nos gardes avancées, soit par cette considération, soit par quelque autre que ce soit qui nous fut inconnue. Le cardinal changea d'avis, et résolut de faire passer les troupes dans le pays de Grave du côté du M^doc. Peutêtre considéra-t-il que La Bastide étoit en défense, qu'3 étoit difficile d'y mettre Saint-Surin ; et que quand même il auroit emporté ce poste, étant séparé de Bordeaux par la rivière de Garonne, il ne leur seroitpis de grande utilité. Enfin il se retira, et laissa neuf cents malades à Gréon ; et son infanterie , qui avoit été cinq jours sans pain, diminuoit notablement.

On fit mettre à la voile notre petit armement naval ; et Barbautane , qui le commandoit , eut ordre d'aller traverser autant qu'il pourroit le passage do maréchal de La Meilleraye en Médoc.

Je pris l'occasion du courrier Cazeyane , qui portoit au parlement de Paris les remontrances que fc

w uMTw [i.6$o] 5i3

p^Iem^nt de Bordea<a: atoît faite$ oonire le curdiïksiiy pour écrire, conilne je fis, au due de Nemoal^, au président Viole et à quelques autres de nos correi^(Alaiis , potar leur faire savoir Tétat des choses. J'ëértyisf encore à la duchesse de Longueville pour lui rèmoiltra: de quelle importance il étoit de faire avancer J0$ troupes devéti» Paris; et à la princesse douai-; rière , de ne pas perdre Foccasion de s y rendre , et de présenter les requêtes que ses serviteurs jugerôieat à propos pour la liberté des princes; Le duc de Bouill0ti écrivit aussi au vicomte de Turenne, et le duo de lia Rochefoucauld à la duchesse de Longueville.

L^ 27, à peine nos dépédhes furent-elles parties, qilie nous sûmes que les coureurs de larméedeTarehiduc avoient été jusques à La Ferté-sous- Jouarré , et ceux dti vicfomte de Turenné jusqués à Dammarlin; que lé peuple de Paris étoit dans de grandes als^mes; que le parlement se devmt assetùbler le ^a, ^ ique nous deviens attendre qu'il feroit de vigourèttftes propositions (Contre le cardinal.

Jusques ici nos amours avoient été assez pacifiques. Guitaut n'avoit nul obstacle à celui qu'il avoit pbuf la marquise de Goui^ô ; et encore que lé comté de Mèille soupirât pour dley cela ne Tembarrassoit poii^y car là dame lui doiiiioit;toutesles lettres qu'elle en i^ecevoit tous les jours y et c'étoit uh appareil agréai UeieiÈc blessures de Roches', qui en étoit amoureux j : ; D^ Meille* est un homme de ^elle manière; cfue diffiôBement peut^l donnelr de la jalousie. U se vahtoîfc p^oaMilt que séà (Arésone avoient fait plqsi|uel^ lac^ mesièirjIesfschipir^desesrivJiiligLj ]i llf afl^nioiselle' Gei^Uer me fpavoi^ëoit iidèle V et je T. 53. 33

Si 4 [i65o] «iM<»REsi

mY fiois un peu pins que dé i^ri^^onv^éankie Je le yë* FÎfiâi quelque temps après en^Flftndre t maù comme pour lors elle me faisoit confidence de la^ passion que le duc de Bouillon avoit pour elie^ ^qu'elle nie do^onoit ses poulets, et qu'elle me disoit que Saint-Âgoufan, qui avoit été nourri page de^ce duc,' lui parloitde mariage ; qu'elle tournoiten rkiioule le chevalier de Todias, et que sur le tout je Vc^servois de près, je tivois en grand repos stfr son sujet.

- Mais ce jour-là le marquis de Gessac^ à qui le coimte de Colignyavoit fait quelque eoBffideace, enlaqHelle l'une et l'autre de ces dames avoient part, n'avoit pu s'empêcher d'en parler, et Golîgny de se piundre de son peu de secret. Les amis de Gessac le bltmèrent de sa conduite : U crut qu'il de voit satisfaire CoKgny en tirant Tëpëe contre lui. lile fii appder, et furent se battre seul à seul derrière le fauhoorg qu'on apjpelle des Chartreux. Gomme ils furent sur le prë, Gessac dit à Goligny qu'il ravoit&itfiasserpoiir un homme sans honneur ; celtâ^ lui dit'queilon,iDais qu'il s'ëtoit plaint qu'il n'avoit pu teâir un secret (jol lui avoit confie, et qu'il avbit toujours étë sonm Gessac lui rëpliqua qu'il sa^oit qu'il aToit -parlé de lui d'une manière que chacun lui avoit dit qn^ étoii déshonore 's'O ne se Coupoit la goirge av^ lui; et i^ tous deux mis l'ëpëe à k main ,; eeluinci reçut denx coups, l'un au bras, et l'autre à la poitrine, duquel il ihourut trots jours affres: Cklte<^ort causa uii grand deuil à toute noire eott^ ,' et àtouacèu^ quixonnoissotent son esprit et son courage; il fitr une dédu^ tion à l'avantage de Goligny «vaut qoed»^ mourir; et les choses étoient pour jorsf en tel ëtat,: que la plopart

DE LfilCET. [l65d] il^

Il : démens de M. de Bouillon ^ qi^atad il parle^ per£l<)ii9e fç. nebpuge. )f 'li^^on conlinuoit de dite qu'il faisoit d4gi^^r «es gçn&.ç^>çourneirs, pQur venir débiter d^s x^iive^es inveiitéest; cela nfétoit pourtant ipasivërV ^blcf^.^si naus.meations, ce aétoit qu'en publiant les menteries du baron de YatteviUe.

Ua gentilhomme dépêche par les marquis de; Levis et le] comte de'Çaint-Géran arriva avec des lettres ^e i^réauce s^nées de l'un et de Tautre. La créance étoi^' que ^elui-ci n'avoit pu résister aux pressantes sollicir tations de la cour , qui lavoit obligé à se détacher des princes., à prendre abolition, et à lever dans son gouvernementde Bourbonnais quelques régimens \ et qu^ Levis ne se trouvant pas en état de se maintenir^ans ce pays-là, avoit pris résolution de se retirer à Lyon, en attendant que le temps lui fournît les moyensd'étre é^e quelque utilité.

Le 3o, on fit un service solennel pour Cessac , qui mourut la veille avec constance et p^été« Leurs ^7 t<^se$ , toute leur cour, et tous les. gens qualifiés de la grille, y assistèrent.

. Ceux du parlement qui étoient dans les intérêts. de la cour firent diverses propositions pour continue^ ^ négociation de Du Coudray. Les frondeurs, qui y avoient formé obstacle les jours précédens, sortirent de la compagnie pour empêcher qu'on ne prît aucune résolution, et obligèrent les juratsd'aller dire, comme iU firent sur-le-champ dans la grand'chambre , que les peuples, qui savoient les propositions qui se faif ^oient, murmuroient grandement ; qu'il étoit à crajur dre qu'il n'arrivât quelque grand désordre , d'a^^int qu'ils étoient bien avertis que toute Tespérance du

5 1 8 [ 1 65o] KÉMOIRES

earàinal Mazarin ëtoit de mettre de la partialîtë âàm la ville et danâ le parlement. Ils parlèrent avec taût de vigueur, et firent si fort appréhender Femporte' nient du peuple , que l*assemblëe dès chambres se rompit, et donna fort à penser à ceux qui ayoieht Eut la proposition dont je viens de parler.

Cela obligea les ducs à trouver bon que j'allasse y^ siter les conseillers de Francon , Du 'Zeste , Boucautle*Noir, et quelques autres de ceux qui ëtoiènt tonjours portes à la pacification. J'y fus donc; et leur ajrant fait connoître , dans l'entretien que j'eus avec eux, qu'il seroit malséant à une grande compagnie comme la leur d'envoyer quelqu'un de leur part à un gentilhomme particulier tel qu'ëtoit Le Coudray, qui même avoit manqué à la parole qu'il leur avoit donnée de retourner à Bordeaux après avoir tiré les ordres nécessaires pour les dix jours de trêve , je leur dis

qu'il me sembloit qu'il étoit bien plus de la dignité du parlement d'écrire à Celui de Paris et au duc d'Or }éatts, pour se plaindre de sa conduite et de celle de la cour sur la proposition de paix qu'il ëtoit venu letir iFaire de leur part-, et qu'assurément telle plainte ne pourroit produire qu'un très-bon eflTet.

J'ajoutai qu'il me sembloit que rien n'étoit d'un plus pernicieux exemple que de voir à tout bout de champ naître des divisions dans leur compagnie, jusques à en venir aux injures sur les moindres propositions que les uns ou les autres faisoient \ qu'il me settbloit que, poury obviera l'avenir, ce seroit une grande prudence de dépêcher deux d'entre eux, et d'obliger les frondeurs à en faire autant dé leur côté; de faire choix des plus retenus et des plus portés au bien pa-

DS L£^ET. [l6So] SiS

des qffid^çrs 4|i Pf^rlemeat visitèrent Coligny , qui témpigp^ gcaade j^o^leur. d>vpir- tué, sQâ^mi intioie; et.cbaK2ua;le blâmoit plus de la ooafidqnce qail avQÎt £i^te ^ Ces^ç , guiB cqlui-c de rayoir diyulgôée. .

Lq !23,;ell^^it^4*u^erQl^dollLlPkaItce puibliéisjô^jôu prëeédi^QS y; an^nifay^i un bo^Pao^ de chaque inai^aii travailler aux fortificatipa& vers Sa|int-Surin, Sainte- Cpoix et SsÀntrJulien vetçl^c^A y travailloit avec tant de joie^ qu'il lear tardoît y ei) quittant l^r besogne à FernU^e d^ la nuiîtt » qu^l fut jour pour k rec^njineiitevpl^s^ dam^sf mêmes y alloieiit en foule avec de pe^ tits^paniers pour pprter la terre : la princesse voulut a«i9ffi :)i; travailler pour animer les i^utries. Lesducsde, BoiBJlkm elde L|i Roehefpucaidd, qui traçoient et cQffAui&pieiiîtJes^rava^x, T^gîdQient, les dames de fi(Uit3 et deçOufitures^ et les .piivriers de vîn. Le j eujiie dUQl^Upit de^ Tun à l'autre sur un petit qbe val, et £aiî$!^t: f;ri^r)pai^tout i[>ù il/pas^oitr. vis^h Moi elles pHnfieSil Mj.^,.iduM<iM^^ < .

otSpur le^oir, la princesse tira les dames du travail, et l»>l»eAa promener sw une galère:^! où elle lej^ régala dlttii]e0ojlalioii fort galante* EUefut saluée de-touslesi aaniwte de^ :vais$eaiix Jeaariçhands et de ceu^ de. La Bastidfl* Ler p«ftple y atfçôSi^rut de tqutes partii, et red^nMft )avo€trli8s cri^ d'alégresse les protestations de l^^BÔrrju^qjaeiSi à la:iîM>;:t. : / .

te baron deMigeiines enyçyya un exprès dé Liboorne aVeadiBS lettres de ;<^réanqe dU) jqur préqédent pour là pndwefise^ poiur leducde B.buiilQt) et.pour moi. Sa. crëa»c!é ëtK^it qu*il ay oit* parole de quantité deperaei^nea de qualité de BourgogiEie, Champagne îetTouraiim4'««ltçet d»iè le$ intérêts des; princes; et, qu'il

5t6 [i6So] MéKiéliiÈ^'

avoit moyen de se saisir d'Une place Ae considéfa* tiôn snr la Loire et d'une antre sur la frontière, -démandant au surplus lieu et heure pour confSérer ived moi. Je lai mandai, par ordre de SôH Altesse et dé M. do'BôuiUon, qu'il pouToit venîrà La Bastide, (À û ne seroit ni vu ni connu ^ et que je m*7 rendroi^ ai| moment qu'il me le manderoit.

Le 29, nous apprîmes que le comte do Toulon^ geon avoit fait arrêtera Andaye La Landef, que nous avions dépêché à Saint-Sébastiéh. Il manda pourtant qu'il avoit fait passer par un paysan les lettres dent il étoit chargé pour Vatteville et peur MazeroUes, etqùe celui-là lui avoit fait savoir que deux vaisseaux^ quatre frégates espagnoles et douze voiles anglaises ét<»ént prêts à se mettre en mer avec dixHsept charges d'argent pour Bordeaux. On renvoya (;ëlui même qu'il nous avoit dépêché, et qui étoit à Vàttéville, pourie presser au dernier point d'envôyer ce secours : nm comme il étoit autant imaginaire que leà^dtresito'it avoit fait espérer, nous n'en eâme$ is^ucun effet ^ él^ pauvre ^rçon ayant été blessé à mort datis les Landes^ fut rapporté le lendemain dans ûtiô cHarpetle. Gepeih dant , comme l'on croit aisément ce qu'on soubdle avec passion , et que même & étoit néoess^îr^ dé soa^ tenir par de grandes espérances tes V€>lontés chiuiGeN lantes des Bordelais, nous^ nematiquioaspasdepo^ blier ces bonnes nouvelles : mais comine l'on n'en voyoit point d'efiet, ce que nous croyions nous devoir servir nous nuisoit par la suite -, et l'on commençoit i établir ce proverbe à Bordeaux : « Les nouvelles ài « M. de Bouillon soiit comme ses èoninaatidemeDs; » car on dit par uii autre ancien : te Soiit les commaa-

fc > fidloitMDger qu*à ce qui pbavoit avancer cette 11- H bérté, etsecmtrir Bordeaux par diversion ou autré-J « ment. » H crut encore que le dessein de Monte» reau ëtoit chimérique et inutile en Tétat qu'étoient nos afiairea, et qu'il falloit se fixer au desseiii d*Âfn^ bcHsef comme âant un poste important qui ëtoit peu ou point garde, et qui avoit le marquis de Sourdis pour gouverneur. On donna donc à Migennes céqu*il demanda, qui ëtoit une commission du due d-En-i ghienpour s'emparer de cette place, pour y ëtablit^ garnbon , faire contribuer le pays pouir^sa subsistance, prendre Taisent du Roi dans les recettes des tailleà, . grenieri à sél , etc.

Migenniss bous dit ensuite que le maréchal de La BleiUérayeavok fort opiniâtre Tattaque de La Bastide ,' âiaièi que le cardinal s'étoit obstiné à celle de Bôr-: deailx parSaitit-Surin et parle côté du château Trom-* pette; que quand toute Tàrlnëe serdit jointe , elle ne ieroit^à d« sept mUtëiibmmes; qu'aussi ne prëtehdoit'H^ pas de noàs attaquer dans les formes; qu'ils vauloient Sfolêment intimider lés bourgeois à coups de canon et en jetant des bombes; que l'argent man^^ qaoit ikVsifmée, qu'oo y vomissoit publiquement des injtt?esidontreieMazarin*,qne lés affaires de Paris l'inquiétoientfort^quel'onécrivoitde là qnélecoadjûteur dé il^arirpbrtoit l'esprit du duc d'Oriéàns à se fkire ré^ gtxkt'^ que l'accommodeiiient de Bordeaux, qa^il avoil fait à l'insu et contre le gré de la Reine, joint à là' naissance dû duc de Valois son fils , mettoit la cour d|En5«iie> extrême jalousie; et que le vicomie d'Ârpa-^ jon,'qfii avoét tant négocié avec nous, aussi bien que le mat^q^tis de Bourdeilie , étoient tous deux à la cour.

S%% [l65o] MÉMOIRES

. Ce m^me jour, le père Bruno allant dire la messe, un homme à lui inconnu lui doùna un paipiet adi essant au président Pjchon , et qui le pria dé le luiren- 4ffi en diligence : ce qu'il fit. G'étoit une dépêche de La Yrillière , secrétaire d'Etat, du 27 du mois, parlar quelle il lui raandoit qu'il ne pouvoît assez S'ëtonoer de l'obstination de ceux de, Bordeaux à refuser la paix qtie Sa Majesté leut avoit voulu accorder, aulieude punir y comme elle deyoit, leur rébellion ; qu'il avoil toujours cru que tous les ordres de la vîUe iroieôt la demander à genoux-, et que ne l'ayant pas fait , il jugie[oit que la faction des ducs de Bouillon et de La Rochefoucauld prévaloit sur le crédit des gens de bien , qui ne pou voient manquer de souhaiter arâérn* ment la paix ; qi^e Le Coudray - Mciïit^nsier n'àveît point dit à la cour qu'il eût doi^é parole enusofitaBt de Bordeaux d'y retourner; que ms^liqieusement es l'avoitfait attendre plusieMrsjoura sans l'admettre, à dessein de laisser expirei* les dix jours die irève» el dpnner loisir au recours que Jl'oja attendoit d'Espagne d'arriver, comme on ea avoit la ;pri^av^ par divises lettres interceptées.

Cette lettre f^t luç au p^rlei^ent les dhambres assemblées, où celui auquel elle s'adré$soitia>p<»rta. Elle y fut trouvée fort mauvaise; et, au li^ud'y faire l'effet que Is^ cour; s'é toit ptopQsé, t ttQus: des^ esprits furent rebutés par les termes auiMluels elle étoil qpncue.: .. • .: .], ■,.., [ ...:..u . ; , ;; .;.:''

Fomiers-Frajaçoâi^ doyen dtt parlemjeat, recotime autre' lettre de son' frère j qui; pour lors, étoît à Bouj^^ où la cour avoit passé depuis (quelques jOurs, par Îh quelle il lui maudoit qu'elle étdit-tristJô, ètparoissoit

DE LENET. £i65oj Sig

falic, afin de 3'ëcouter les uns les autres, et de ne plus faire de propositions dans le parlement que de concert; que chaque dëputë rapporteroit à ses amis ce qui auroit ëtë propose entre eux en présente de la princesse et des duos; que je m'y trourerois t^jours; et qu'ainsi les choses passeroient dorënayant tout d'une voix, et avec la dignitë qu'une cour souveraine 4oit conserver pour maintenir les peuples dans sa dëpéndance; qu'en la pratiquant ainsi, on parviendroit à une union telle, que le cardinal Mazarin perdroit l'espërànce de profiter des partiàlitës de Bordeaux , et que par là nous parviendrions à une piix sûre et honorable. La proposition fut aîcceptëe , et depuis exëcutëe quasi en tous rencontres.

Migennes arriva à La Bastide*

Cependant on ne manquoit pas de publier tous les bruits qui pouvoient contribuer à nous dësunir : tantôt l'on disoit que de nos plus ardens frondeurs ëtoient gagnes par la cour, tantôt que les ducs traitaient en leur particulier avec le cardinal. Mais comme leur conduite nous paroissoitlaplus nette du mondé, et que d^atlleufS les hommes de ce poids*Ià se déshonorant rarement par des traites aussi publics que l'on {Hibltoitcéux^à, quelque avantage qui leur en puisse venir, tous ces bruits ne nous mettoient en au(iune peine, et le seul défaut d'argent nous mettdit en des appréhensions mortelles cfue les aôaires ne tombassent tout-^à-eoup : car il y avoit beàucaùp à> craindre qu'étant, comme /ëtois, étranger en cette ville4à, le peu de crédit que j!avai|s trouvé /et qui les^faisoit subsister depnis six semaines, ne vint à cçsàer, et avebiqi les bonpes volontés de la plupart de nos gens.

5sÔ [l65o] MÉMOIRES

c Le 3 1 9 les dnos et moi famés , par ordre de la priii*

Gesse , entretenir Migeiines;>à La Bartide ; :et Us troè* :^ent bon et fort 4 propos d y mener Lusignan et Mirai, afin de tëmoignier de la con&nce aux frondeors eti an peuple, et lepr ôter les soupçons qu'on lenr/dckinoit à tout moment que les uns ou les autres fatsoient quelquies BjégdciatiQnsrsecrèteis à la cour; et mSme(pour leur faire paroitre que nous n'étions pas isans ressources^ icar nous étions contraints de fiBÛrepai^e. des moindres choses. La personne de Migeimes tious étoit assez connue pour n'espérer pa^ grand' chose desj propositions qu'il nou^feroit : nous crûmes pourtant que nous devions nous en prévaloir euYéfs nos Bordelais.

Il nous dit d'abord ce que j'ai rappojrté ci «dessus, jet que son envoyé nous avoit proposé de »a part : la place sur la Loiredoilt il vouloit s'emparer étôitAnh jMÙsé ; (Celle sur Ja frontière étoit Sedan. U nous dit encore (Ju'il lui seroit facile de $e rendre maître de Montereau-faut- Yonne , et de faire des troupes ca Bourgogne ) Champagne etTou^aine. Toutes ces prof positons ëtoiént grandes, et d'uiie impossible eiécntiofa à mvhômme comme lui. Le duc de Bouillon psu^ lant de Sedan peut-être comme le renard des imûres, peut-âtre aussi échauffé du zèle qu'il jious ayoit too' jours fait connoitre, mais, quoi que /c'en soit, en habile homme conune il étoit, au seul <mot de SedsB s'écria : d Gela est difficile k croire; mais^uand eeh K seroit d^une facile exécution, et qu'elle retarditb * K liberté de^ princes d'un jiour , j'aifnerois mieux être € mortc^ue d'avoir donné mes ordres pour reprendre t( cette place, qui m'applartient^ à ce prix-là ; qu il ne

DE LEWET. [i65o] SaS

mbarrassëe^ qull étoit arrive cinq, ou six courriers e Paris qu'on avoit renvoyés en diligence, et que on avoit empêchés de parler ^qui que ce fut; que La Villière lui avoit témoigne une grande passion pour i paix , beaucoup d'étpnnement de ce qu'on ne s'y ortoit pas à Bordeaux , et qu'il souhaiteroit fort qu'il ût faire un voyage à Bourg; mais qu'il voyoit bien u'on ne feroit jamais rien tant que Ton n'ôteroit pas i cause du mal.

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