DE MME R... DE C
Paris, ce io juillet 1771.
« Le maréchal est* arrivé hier de Bordeaux : Boquemare lui avait mandé que vous n’aviez pas paru à l’hôtel depuis son départ , et qu’on ignorait ce que vous étiez devenu. À peine était-il descendu de voiture que, sans se donner même le temps de m’écrire un mot, il m’a dépêché Zéphir, avec humble prière de me rendre chez lui , sans faire d’autre toilette que celle dans laquelle son coureur me trouverait. Vous savez comme celui-ci remplit ses commissions : une voiture du maréchal m’attendait : il m’a fallu , bon gré , mal gré , y monter telle que j’étais ; et je vous assure que mon désordre n’était pas un effet de l’art.
((Je me doutais, et vous vous doutez sûrement aussi, que vous étiez l’objet du désir qu’il avait de me voir. Chemin faisant, j’ai eu le temps de préparer mes réponses. Je n’étais pas bien fâchée de trouver l’occasion de lui dire qu’il ne s’était jamais mis en peine de
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savoir comment vous existiez depuis que vous lui ëtiez attache.
« Dès que je parus, je fus introduite près de lui; et avant de me parler de moi, avant de m’adresser le plus simple compliment, sans même répondre à celui que je lui faisais sur son retour : — Ce n’est pas de tout cela, m’a-t-il dit , qu’il s’agit : où est Albouis ? — Je l’ignore (et cet oeil scrutateur que vous lui connaissez ierchait à lire au fond de mon cœur). — Pas possible ; vous seriez la première femme pour laquelle. ... — M. Albouis aurait ëtë discret; n’est-ce pas là, M. le maréchal, ce que vous voulez dire? — Si je ne le dis pas, je le pense : mais , point de dissimulation : dites-moi où il est ; c’est de vous que je veux le savoir : vous n’ignorez pas que j’ai plus d’un moyen pour être instruit du lieu de sa retraite. Je sais qu’il a des dettes; si c’est par cette raison..... — Il les a acquittées, M. le maréchal ; et, si je ne craignais de vous offenser, je vous dirais qu’il n’a tenu qu’à vous qu’il n’en contractât pas.
« Ici le maréchal, qui comme vous savez est assez flegmatique, éprouva pourtant un petit mouvement de colère.
« — Et comment, s’il vous plaît, aurais-je pu empêcher cet étourdi de faire des dettes ? > — En lui donnant chaque année des honoraires . Un regard imposant m’a forcée
d’interrompre ma phrase ; mais il m’avait entendue, et cela me suffisait.
n Je mens assez maladroitement ; le maréchal m’excédait de questions , et dans toutes je voyais l’intérêt que vous lui inspirez. J’étais au moment de lui dire la vérité ; heureusement on annonça le duc de Fronsac , ce qui mit fin à notre conversation. Je le quittai, parce que je voyais que ma présence gênait son fils. — Voulez-vous bien , madame , me dit-il , me recevoir demain vers midi? Vous devinez ma réponse.
« Midi sonnait à peine h nia pendule quand il arriva chez moi. Il fut encore question de vous , et toujours de vous. Pour le coup , j’étais trop bien préparée pour que cette conversation fût longue. Aussi je vous assure qu’elle fut très concise : fermement persuadé que j’ignorais où vous étiez, il jugea qu’il était inutile de la prolonger.
« Me croiriez-vous, si je vous disais qu’alors, ne s’occupant plus que de moi, il voulut
revenir sur le passé? Vous me connaissez. A mon tour, je pris le ton que je croyais me convenir, et je ne lui laissai pas la plus légère espérance de pouvoir jamais me faire oublier qu’en rompant les liens qui m’avaient attachée à lui , il m’avait rendu des droits que j’avais l’intention de conserver éternellement.
« N’attendez plus de lettres de moi; je compte dans huit jours me mettre en route pour les eaux de Spa. x>
La date de la lettre suivante indique assez qu’elle fut écrite au retour de madame R. . . de C. . . des eaux de Spa.
Paris, ce 12 octobre 1771.
« J’étais ici depuis huit jours, et je n’avais point entendu parler du maréchal, quand hier, à mon grand étonnement, il se fit annoncer chez moi. — Je vous crois, m’a-t-il, un peu plus en fonds aujourd’hui pour me donner des nouvelles d’ Albouis qu’avant votre départ pour Bruxelles, où sûrement vous n’avez pas manqué de le voir, et de mêler vos applaudissemens à ceux que le public lui donne. Il n’y avait pas moyen de reculer, et j’avouai qu’effectivement je vous avais vu. C’est par le prince
de Ligne qu’il a été instruit que vous ëtiez attache au théâtre du prince Charles. — -C’est un homme perdu. Voila où se borna sa conversation sur vous. Au reste, il paraît que les personnes de qui vous étiez connu ici ignorent parfaitement le parti que vous avez embrassé. J’ai vu le comte de Sabran et M. Colombat, qui m’ont beaucoup demandé de vos nouvelles : j’ai répondu que je vous croyais àla Martinique, près de M. votre frère. Mais le mystère de votre transmutation ne tardera pas à être connu : le retour des buveurs d’eaux de Spa et d’Aix l’éclaircira. Dans le nombre de ceux qui reviennent par Bruxelles, et vous savez que ce n’est pas le moindre, il est impossible qu’il ne s’en trouve pas quelques uns pour qui votre nom de Dazincourt 11e soit pas un masque suffisant pour leur faire oublier qu’ils ont vu votre chienne de figure sur un certain Albouis que tout le monde recherchait à Paris pour l’amabilité de ses manières, la finesse de ses reparties, et la douceur de son caractère. Un peu plus tôt, un peu plus tard , il faudra bien en venir à jeter le masque; et c’est, je crois, ce cpù vous inquiète le moins aujourd’hui : tant il est vrai qu’il n’y a que le premier pas qui coûte !
k Les marins, lorsqu’ils passent sous le tropique pour la première fois, sont, dit-on, forcés de se soumettre à une certaine cérémonie qu’ils appellent le Baptême : elle consiste, je crois, à être plongé à diverses reprises dans la mer; mais on s’en rachète quand on veut payer un certain droit a l’équipage. Il me semble que les comédiens sont soumis , lors de leur début sur un nouveau théâtre, â une cérémonie qui sans doute leur paraît moins désagréable, et dont ils ne se rachètent pas. Ne la nomment-ils pas le mariage de comédie ? Je n’ai pas voulu vous en parler à mon départ de Bruxelles , quoique vous auriez pu , je crois, me donner à ce sujet des détails satisfaisans; car le comte de Lannoy, dans la loge de qui vous m’avez vue, et qui ignorait que vous me fussiez connu , m’avait raconté la manière dont vous aviez débuté à Bruxelles dans tous les genres. En bon comédien, vous avez subi la loi qui vous assujettissait aux us et coutumes de votre nouvel état. Votre choix n’a pas été malheureux : la plus belle des trois Grâces , et possédant tous les talens ! Ce début vaut bien l’autre. »
DE DAZ IN COURT
Bruxelles, le 20 novembre 1771.
« Vous avez raison , mon amie , il est impossible qu on ignore long-temps mon séjour ici* et mon genre d’occupations : j’avais prévu tout cela à l’avance ; mais qu’y faire ? Je ne me repens point du parti que j’ai pris : il m’aurait causé des regrets infinis , si vous aviez persisté à le désapprouver. Mes raisons vous ont, sinon convaincue, au moins paru recevables. Que me reste-t-il de plus à désirer? N’aurai-je pas un double mérite si , dans mon métier de comédien, je continue à mériter l’estime des honnêtes gens ? Ce sera l’étude de toute ma vie.
« Je m’aperçois bien que tout n’est pas roses dans cet état : indépendamment des tracasseries et des petites intrigues de coulisses, il faut avoir à supporter la morgue des vieux comédiens, et la grossière insolence des jeunes. Jusqu’à présent j’ai eu le bon esprit de ne rien voir dans les manières de ceux-ci vis-à-vis de moi ; mais je crains qu’on ne me force à m’en apercevoir, et c’est alors que je ferai ma profession de foi.
« L’amitié de Dhannetaire, celle de ses filles^
à qui il a prodigué la plus brillante éducation, et qui ne sont comédiennes , et très excellentes comédiennes que sur la scène, me dédommage des petits désagrémens dont il est presque impossible de se garantir,
« Je ne suis point encore assez initié dans le tripot comique pour vous parler savamment de ces mariages que vous regardez comme en étant une des bases ; et sans doute M. le comte de Lannoy à voulu s’amuser en me désignant à vous comme l’heureux amant d’une des trois Grâces. Je présume qu’il est question des filles de D. . . (i). Nul ne saurait lire dans l’avenir ; je ne réponds donc pas de ce qui peut arriver ; mais dans ce moment mon rôle se borne à celui d’un sigisbé plein d’attentions et de respect pour sa dame : c’est celui où je me bornerai, si le diable n’est pas plus malin que moi. Il entre dans mes projets de donner tout mon temps à l’étude, et c’est ce que je fais; le reste est pour l’amitié, et vous en avez la meilleure part. »
(i) Dazincourt aurait manqué aux premières lois de la galanterie, s’il fût convenu vis-à-vis madame R. ... de C. . . . qu’il était un peu plus que le sigisbé d’Ang . ( Note de la première édition. }
Il paraît que Dazincourt, peu familiarisé, comme il le disait, avec les intrigues de coulisse, eut quelques désagrémens à essuyer de la part de deux ou trois de ses camarades. Dans sa correspondance avec madame R...deC..., se trouve une note particulière qui n’est adressée à personne , et qui semble être un simple pro memoriâ.
Elle est conçue en ces termes :
(( Aujourd’hui, à l’issue de la répétition, j’ai rendez-vous au Cours : j’y dois trouver le nommé Dangeville, figurant dans les ballets, et chargé de quelques accessoires, a qui j’ai parlé hier pour la première fois depuis sept mois que je suis ici : voici à quelle occasion.
u On donnait le Festin de Pierre , dans uel il était chargé du rôle de Pierrot. Les trois premières scènes du premier acte étaient terminées, Dangeville n’avait pas paru : on le cherchait partout sans le trouver. Dhannetaire, qui jouait le rôle de Sganareîle, était furieux; je m’habillai à la hâte pour le remplacer. J’entrai en scène au moment où Dangeville arriva. En rentrant dans la coulisse, il m’adressa le propos le plus insolent ; je me contentai de lui demander s’il était ivre : ce monsieur a la ré-
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putation de n’être pas très sobre, et celle d’être un spadassin. Son ami particulier, le nomme Dub. . . ., présent à cette querelle ridicule, a feint de vouloir l’apaiser, ce qui n’était pas très difficile pour mon compte. Le spectacle s’est terminé , et comme je m’en retournais chez moi , j’ai été accosté par ce même Dub. . . , qui me sommait, au nom de Dangeville, de me trouver le lendemain à midi au Cours pour lui rendre raison de l’insulte qui je lui avais faite.
— J’y serai, a été ma seule réponse. Dub .
paraissait vouloir entrer en explication , me parler d’excuses. — J’ai répété : J’y serai, et j’ai tourné le dos au champion de M. Dangeville.
« J’arrive de mon rendez-vous: j’avais prié Patrat de m’accompagner; nous avons été un peu surpris l’un et l’autre de voir Dangeville et Dub. . . suivis de plusieurs de nos camarades.
(( On a débuté par me parler d’excuses : j’ai ôté très silencieusement mon habit, et me suis mis en garde. Dangeville se souviendra longtemps de la leçon que je lui ai donnée. Une légère blessure que je lui avais d’abord faite , mon épée ayant glissé sur ses côtes, paraissait l’avoir plus que satisfait : il me le disait, au moins, d’une manière à me le persuader.—
Si vous l’êtes, mon brave, ai-je répondu, il faut à mon tour que je le sois ; allons , en garde. Il était furieux, et hurlait comme un démoniaque. Une fausse parade que j’ai faite en relevant son épée , lui a donné sur moi l’avantage de me tirer un peu de sang. Ce succès semblait l’enhardir : il a été de peu de durée : on a relevé Dangeville.
« Sa blessure n’est pas mortelle : il désire me voir; j’irai.
« Le plus lâche des hommes , Dub. . . ., avait incité Dangeville à me faire une querelle d’Allemand, en lui persuadant que je serais trop heureux s’il agréait mes excuses. Dub. . ., aussi médiocre acteur qu’il est impudent, déplaît au public , qui le souffre , mais ne l’applaudit jamais. 11 s’est imaginé que j’avais formé une cabale contre lui. Eh! qu’ont de commun mes rôles et les siens ? Il joue les seconds amoureux dans l’opéra-comique, et je tiens a l’emploi des casaques. Il y a des hommes que leur amour-propre égare d’une manière bien étonnante ! La cabale qui existe contre Dub. . . . , c’est la médiocrité de son talent, comme chanteur et comme acteur. »
On en forma une contre Dazincourt, â la
suite de cet événement, ce qui lui avait inspiré du dégoût pour son état , si l’on en juge par la lettre suivante. Elle ne porte pas le nom de celui à qui il l’écrivait : il y a lieu de présumer que c’est à M. Monvel père , puisqu’à son passage à Lille , il s’était adressé à lui pour en obtenir quelques renseignemens sur le théâtre de Bruxelles.
Bruxelles, le i5 décembre 1771.
(( Votre prophétie se vérifie, mon cher patron. Vous aviez raison de m’annoncer que le jour viendrait où je me repentirais de m’être voué à un état pour lequel , vous me le disiez fort bien, il faudrait avoir deux âmes : l’une pour jouir des agrémens passagers qu’il procure ; l’autre , pour se mettre au-dessus de toutes les tracasseries qui me paraissent aujourd’hui en être inséparables ; et quand , par le plan de vie que je me suis tracé , il m’est impossible de ne pas les éviter, puis-je me flatter d’une existence tranquille? Plaire au public, voilà l’ambition à laquelle se bornent nos désirs ; si à force de travail on réussit à capter sa bienveillance , on se croit heureux : mais la basse jalousie, c’est encore une de vos ob-
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servations, attend dans la coulisse, au sortir de la scène , Facteur qui a reçu quelques applaudissemens. Je croyais que vous outriez le tableau pour m’ôter le désir de le voir de près. Si le peu de talent que je possède offusquait ceux dont je partage l’emploi , j’en serais moins surpris , quoique assurément ils seraient peu fondés en raison, puisque je suis encore loin de pouvoir les atteindre ; mais Dhannetaire et Grandménil , quand je serais leur heureux rival, seraient les premiers à me féliciter sur mes succès. Ceux que j’ai pu obtenir sont leur ouvrage; c’est sous ces grands maîtres dans l’art que j’en étudie les principes; chaque jour ils m’encouragent, et mon désir eût été de me former à leur école, puisque je ne pouvais pas me former à la votre.
<( Depuis quelques jours je m’étais aperçu que toutes les fois que je paraissais en scène dans un des rôles que Dhannetaire m’a abandonnés, un brouhaha qui prouvait le mécontentement , partait de différeras coins du parterre. Je ne savais à quoi l’attribuer, puisque précédemment j’avais été parfaitement accueilli dans ces différens rôles. Je ne suis point assez aguerri avec un pareil bruit, pour que
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mes moyens physiques n’en souffrent pas, et la faiblesse de mon jeu justifie alors un mécontentement injuste dans son principe. Incertain sur le parti que je devais prendre , et presque résolu à quitter le théâtre, j’aurais sans doute suivi cette idée sans l’événement dont je vais vous rendre compte.
« Je devais paraître dans une pièce qui n’a pas encore été jouée ici, et sans dire a Dhannetaire quelles étaient mes raisons, je l’engageai a s’en charger. Prévôt était présent,* il prit la parole : En vous confiant ce rôle, me dit-il, Dhannetaire prouve qu’il sait apprécier votre talent ; il ne doute pas que vous ne soyez en état de vous en acquitter a la satisfaction générale. Ce n’est pas le public, mon ami, qui est mécontent de votre jeu ; vous en aurez la certitude par les applaudissemens que vous recevrez dans ce nouveau rôle.
(( Je sortis de chez Dhannetaire avec Prévôt, et le cœur gonflé d’amertume , je le laissai lire jusqu’au fond de ma pensée. 11 employa tous les moyens que purent lui suggérer son amitié pour arrêter mon découragement, et ne me quitta que lorsqu’il crut m’avoir rendu mon énergie.
u La pièce nouvelle était annoncée pour le 10 de ce mois. Dhannetaire m’avait comblé d éloges à la sortie de la répétition générale qui s’en était faite le g ; mais je n’en étais pas plus rassuré pour le grand jour : il arriva, et, contre mon attente, contre l’usage, même assez suivi ici, de ne point applaudir la présence de Facteur , mais seulement son jeu , lorsque je parus , je fus accueilli avec une sorte d’enthousiasme que je pris d’abord pour une ironie, et qui me déconcerta ; mais bientôt je vis que je devais effectivement cette réception à la bienveillance du public. Si mon talent n’en fut pas doublé, mon zèle au moins le fut, et je doute que jamais j’en mette plus dans ceux que je suis destiné à remplir.
« A qui devais-je ce nouveau miracle? C’est ce que j’ignorais , et ce qui vous surprendra ; je n’en dus l’explication, pour le moment, qu’au hasard qui me fit entendre la conversation qu’avait, avec un de ses camarades, un des plus médiocres acteurs de notre théâtre.
« L’estime générale qu’on accorde à Prévôt (1) est la récompense de son talent et de
(1) Prévôt était un acteur tragique distingué par
ses mœurs; l’amitié de tous ses camarades , est celle de sa conduite avec eux ; et s’il en est quelques uns parmi ceux-ci qui ne lui rendent pas la justice qu’il mérite, au moins ils le craignent, parce qu’il sait se faire respecter.
« Certain qu’il ne s’était point trompé dans sa découverte, il s’est rendu chez Dub. ... et Mol. ... : Si demain , leur a-t-il dit, Dazincourt n’est pas applaudi dès qu’il paraîtra, par les mêmes personnes que vous avez lancées sur lui depuis quinze jours, c’est au comte de Cobentzel à qui je m’adresserai pour avoir raison de ces perturbateurs et de ceux qui les font agir. Vous ni entendez. Tous deux cherchaient à s’excuser, et assuraient, sur leur
ses mœurs et par le plus précieux talent. Il venait de quitter le Théâtre Français de Saint-Pétersbourg lorsqu’il parut sur celui de Bruxelles. Il aurait pu venir débuter à Paris , où , sans nul doute , il aurait eu le plus grand succès ; mais , pendant son séjour en Russie , il avait eu les pieds gelés, au point qu’on avait été obligé de lui faire Famputalion d’une partie des doigts, en sorte qu’il marchait très difficilement sur la scène. Il redoutait l’attention sévère du public de Paris sur ses attitudes forcées par cet accident.
( Note de la première édition. ) ï8
honneur y qu’ils étaient dans une parfaite ignorance des causes de cette menace. Prévôt s’est contenté de leur répondre : Vous m’avez entendu ; et effectivement le résultat a prouvé qu’il ne s’était pas trompé.
« Cette satisfaction serait bien suffisante pour moi , si ce qui en est la cause ne m’annonçait pas qu’il faut lutter perpétuellement contre des menées sourdes, qui tôt ou tard me détacheront de mon goût pour le premier des arts.
« C’est dans le sein de l’amitié que je dépose mes chagrins : c’est d’elle seule que j’attends des conseils. Adieu , mon cher patron. »