‹ Mémoires de R. Levasseur, (de la Sarthe) ex-conventionnel (volume 2)Chapitre 12 sur 27 · RESTANT · texte numérisé non relu

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Gel arrêté fut approuvé par la convention. Sans doiite il lésait de nombreux intérêts privés; mAis il atitachait à nos institutions nouvelles la plus grande par(,ie des citoyens, et il fournissait à la patrie des bras nécessaires à sa défense. Je l'ai oru iodispensa})le; et, en me reportant à cette époque, je le crois; encore , tout en déplorant la fatalité des circonstances qui nous ont forcés d'user d'un semblable moyen de salut. Au reste , je le répète, ;îe ne veux en rien soutenir que les mespres qiie. nous avons 4^rise4 pour sauver la république fussent les meil*

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leures^ mais elles étaient les seules qui nous fussent oITertes; et les membres du côté droit , qui les ont tant blâmées depuis^-ne leur ont apposé aucun plan. Bons ou mauvais, je rappelle des actes émanés de nous dans Fintérèt public; que les partisans de la brillante Gironde me montrent autre chose que des théories vagues ou des hostilités contre une fraction de la convention I

Nous cherchions à organiser la défende oom-* mune; à préserver la république des dangers t)ui l'entouraient : les girondins nous ont-ils secondés ? Nous pouvons nous être trompés : les girondins nous ont-ils combattus ? Non, mille fois non I ils n'ont pas pris part à ces travaux/ les seuls véritablement utiles de ceux dont la convention s'est occu'pée jusqu'au 5i mai. Nous diront-ils qu'ils ont fait des plans de constitution ? qu'ils ont soutenu les principes républicains? Et nous aussi nous avons accepté avec avidité , soutenu avec enthousiasme les théories qui élèvent l'homme à la hauteur de sa noble destinée I Mais nous avons fait plus : tioUs avonls mis la république en action^ et nous avons chassé les ennenoiis loin de nos frontières'I Queiai* saient^ils alors? comment s'associaient-ils à notre dévouement? ils discouraient, ils récriminaient. Ils ont depuis osé dire que Danton cherchait à se frayer le chemin du trône, que Cambon s'était enrichi en prêchant l'économie. Danton, qui dans son enthousiasme patriotique a associé tant de désintéressement à un dévouement sublime; Danton

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qui, lorsque les arislocrates furent* vaincus et les ennemis repousses^, aiipa mieux se laisser traîner à l'échafaud que de combattre pour se défendre; Danlon^ qui se reliradans ses foyers domestiques dégoûté du maniement des affaires , lorsque la cause lui sembla gagnée ^ et qui ne reparut Un instant sur la scène publique que pour terrasser les royalistes de la commune masqués en démagogues et en athées! Gand[K)nqui^ après .la* session^ retourna dans son département exercer daiis Tombre une profession honorable mais peu lucrative /et qui mourut exilé dans un état voisin de la misère; tandis que plus d'un girondin célèbre se pavanait sous.le manteau de pair, et devenait membre de l'aristocratie qu'il nous contestait naguère Thonneur de haïr , et l'un des soutiens assermentés d'un trônequ'il avait juré de ne reconnaître jamais ! Camhon.quiy après avoir tiré des milliards de la planche aux assignats ^ fut obligé de vendre une partie dui «modeste domaine qu'il tenait de ses pères! D'ailleurs y ce même Cambon , homme de mœurs douées, quoique doué d'une conviction énergique y avaii! Totjé avec la Gironde à l'assemblée légidative, et a'éiait assis au milieu de ses adeptes aux premiers joursrde la convention. Ce sont eux cfui l'ont investi de la dictature des finances , dont ils ont voulu depuis lui- £aitre un crime et un ridicule • ^ ^S'il ^'est séparé id'eux y c'est à l'époque où il devint ^nécessaire de créer des ressources nouvelles, de se signaler par dés actions et non par des paroles , et

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lorsqu'il fut convaincu qiie , sur leurs bnncs / il n'y avait pour tous moyens pratiques d'organisation que du vent et de la fumée. H se réunit à nous, malgré ses préventions , lorsqu'il vit que nous seuls songions réellement à tirer parti de notre position pour les besoins dii peuple et la défense de la patrie. La conversion d'un pareil homme est une preuve de plus en notre faveur. Il n'y a pas de contes ridicules qui ne viennent te briser contre les vertus de cet excellent citoyen l

Au reste ^ si les girondins reconnaissaient , par leur inertie même , qu'ils n'étaient point aptes à conduire le torrent révolutionnaire ;^ s'ils reconnaissaient que les rênes de l'Étàtl^happeraient nécessairement à leurs débiles mains dans un moment aussi grave y leur jalousie ne pouvait pas se résoudre à jouir de nos succès : tous leurs efforts tendaient à les déprécier, à les entraver. Ils accusaient de démagogie l'exécution des plans qu'ils avaient accueillis à la tribune par leurs applaudissements; ils dénonçaient, comme attentatoires à la propriété, des mesures financières qui avaient reçu la sanction de leurs votes ! Aussi, je le répète, leur influence croulait de jour en jour dans la convention , et le gouvernement, délaissé, par eux, se dérobait pièce à pièce à leur impuissance.

Lorsqu'une nouvelle levée d'hommes fut ordonnée par la convention ; lorsque I envoi des commissaires dans les sections échanffait partout l'enthousiasme; lorsque l'emprunt forcé annonçait

r€6 MÉMOIRES.

aux classes^ populaires qu'on cberehaijt règlement à rétablir l'égalité , et qu'on tenait compte des intérêts de tous^ les déclamations du côté droit et dé ses journaux, la scission" qu'ils annonçaient ; entre les sans-culottes et lesclasses aisées^ attirèrent des rixes dans les sections, et entravëreni des opé-* rations auxquelles nos intérêts les plus isliersr étaient attachés. Les citoyens opulents et les pauvres engagèrent une lutte d'autant plus déplorable, que le recrutement, notre but à tous, en fut entravé. C'est ce que dénonça Thuriot dans un discours dont je citerai quelques phrases remarquables par leur extrême exactitude, « Les habitants de Paris, disait-il, seraient déjà en marche si malheureusement on n'avait, sans le vouloir sans doute, favorisé les malveillants. Il existe des hommes auxquels la révolution ne plaira jamais : les nobles, lés prêtres , et ceux qui recherchent sans cesse les moyens de s'enrichir. Ces hommes ont empêché les patriotes de marcher, se sont portés dans les sections , et, se prétendant amis de Tordre et des lois, ils s'en sont montrés les. plus cruels ennemis. Ce sont eux qui ont dit : Pourquoi partirions-nous , quand il y a à Paris une force soldée, et que la convention a une garde ? Où est-elle donc cette force soldée ?... Dans la section de Bonconseil ; lorsque les patriotes offrirent de partir, ils prenaient, eux , des arrêtés contraires. Il y a ici des hommes assez lâches pour souffler^ans4es départements le fea de la contrerévolution, et ee sont etix qui, pendant six mets,

DE BfiMé iiE¥ASSEUR. l&J

ont été chaînés de sauver la chose pubiiqive, et n'ont riea fait pour y parvenir. La nation n^au**

rait-^Ué pas le droit de leur dire : Qu'avez ^voès fait pour moi? » 'i

Les troubles continuèrent et devini^nt déplus eu plus animés. D'abord on commença à se plaindre de ce quechayti section avait organisé séparément son' mode de recrutement , quoique la convention même lui en eût donné le droit; on réclama contre l'emprunt forcé , on déclama contre le nuiximiun ; enGn, ces symptômes de désordres se changèrent bientôt en une véritable sédition. Des groupes de citoyens , trompés par de vaines déclamations, et excités^ sans s'en douter , pair l'aristocralie etle royalisme, parcoururent Paris et crièrent à bas la Montagne! à bas les jacobins ! he càié droit vit dans cette manifestation d'opinion, un signe de triomphe, et il y applaudit. Bientôt les agents cachés de ces manœuvres déplorables poussèrent l'au-^ dace jusqu'à faire entendre le cri de vis>e le roi! Le même jour , une pétition fut apportée à la barre parla section de Bonconseil, pour promettre d'appuyer la partie saine de la convention. C'étaient les termes mêmes dont s'était senâ naguèrjB Domou-*' riez/ et le même esprit avait dicté l'adresse. Ce qui le prouve, c'est que le soir plusieurs membres de la députation furent arrêtés comme ayant fait partie des attroupements des Champs-Elysées; de ces attroupemMLtB dont é|aic parti le'eri àt'vwe le roU Les sectieiiliàires accusés se plaignirent à la

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conTention et feignirent de prendre leur arrestation comme une suite de ieur {létâtion de la veille. Les girondins oubliant qu'ils devaient sacrifier leurs vues personnelles à la nécessité de hâter )e recrutement^ eurent l'imprudence d'appuyer ces pétitions y quoiqu'on leur eût fait connaître le véritable motif de l'arrestation qu'on signalait comme arbitraire. Cette imprudence en amena d'autres. Diaprés la manière même dont ils défendirent les pétitionnaires y on put voir qu'ils approuvaient les ennemis des jacobins et de la Montagne, par un root if caché de haineet malgré les cris qu'ils s'étaient permis. Vergniaud et Buzot feignirent de croire que les pétitionnaires étaient poursuivis pour leur adresse à la convention. Isnard , plus franc, excusa la sédition même. Âpres avoir dit que le seul moyen pour que le peuple ne pût jamais être opprimé, serait de tenir d'une main ferme la balance de la justice, il proposa de mettre provisoirement les accusés en liberté, et de leur donner pour juges la représentation nationale ! Admirable moyen pour tenir d'une main ferme la balance de la justice, que de faire décider sur une affaire purement judiciaire, par un pouvoir qui n'a pas le droit d'en connaître, et d'arracher des accusés à la juridiction des autorités compétentes pour prononcer sur leur

sori ! îi

Mais Isnard ne recula pas même devant l'aveu de la plupart des faits et leur justification. Son récit , . tel brodé qu'il fût , ne : iatssaît pas moins

DE REBÂ LKVASSEUR. 169

percer la vérité au travers d'une g^ze légère; et, dans les circonstances graves où nous nous trpu^ vions, au moment où le recrutement de la capitale était notre seul moyen de lutter contre les rebelles de la Vendée, c'était réellemeut servir leur cause que d'amener de telles discussions au lieu des sérieux sujets dont nous avions à nous entretenir. i< Des jeunes gens, disait Isnard, se sont rassem*blés sajQS armes aux Champs-Elysées : ils y ont crié vwe la loi /..• » '

Nous lui dîmes, de toutes parts : « On a crié vive le roi ! »

(c Je ne veux pas, continu^ Isnard, justifier ceux qui auraient poussé un pareil cri; mais qui vous a dit qu'un homme, qui voulait perdre ces jeunes gens, ne s'est pas glissé au milieu d'eux , et n'a pas poussé ce^ cri liberticide ? Ces jeunes gens étaient des. citoyens qui , ne voyant pas de loi expresse qui établit dans Paris un mode uniforme de recrutement, se sont réunis pour demander à la convention une loi égale pour tous,... »

Nous rimes encore remarquer à Isnard que des pétitionnaires tranquilles ne parcourent pas Paris, pendant trois jours, en poussant des cris sédi^ tieux.

Isnard. — Ils ont crié à bas les jacobins ! mais est-ce uqe raison pour les traduire devant le tribunal révolutionnaire ?

A gauche. — Ils ont crié viue le pqH

lya . MÉMOIRES

Quelques applaudissements partent des tribunes.

Isnardy avec un geste menaçant : « A deux cenfts lieues d'ici , il est des hommes qui m*ont donné le droit de parler ici et d'y exprimer libre*ment mon opinion. Peuple qui m'interrompez, ce n'est pas vous seuls qui êtes mes mandataires î n

Puis, revenant à la pétition en discussion :

« Quand on se croit opprimé, dit-il, serait-ce uii crime, de pousser un cri d'oppression, de crier à bas tels et tels?.. • Je vousxlemanderai pourquoi les autorités de Paris, qui ont fait arrêter ces -jeunes gens,otit été si négligentes à rechercher les auteurs de la conspinrtion du lo mars ?... Si vous avez pu jeter un voile sur ces délits énormes, est-ce à ceux-là même, qui avaient alors tant d'indulgence , à venir nous reprocher aujourd'hui d'élever la voix en faveur d'hommes qui réclament contre loppressionl Craignez que, si l'un de ces jeuôes citoyens vient à périr victime de l'esprit de parti qui nous divise; craignez, dis^je, que ce soit Une étincelle de guerre civile I L'excès de la tyrannie a toujours produit l'indépendance.. é Et, ne croyez pas que toutes les tyrannies s'appellent royauté... il en est de plusieurs espèces*.. Je demande que vous ne vous montriez pas plus sévères envers les citoyens c|ui réclament contre l'oppression, qu'envers les conspirateurs du ib mars. Je* propose en conséquence que la représentation nationale connaisse de cette affaire, ji

DE KEtié LëYASSEUR* I7I

Buzoty qui était en quelque sorte compromis dans les troubles, puisque son domestique^ auquel il témoigna porter le plus grand intérêt , avait fait partie des aitroupemenis séditieux; Buzot, qui, par son àcreté de langage , s'était séparé même des autres girondins, et s'était habitué à appeler sans cesse les départements aux armes contre Paris ; Buzot appuya la motion dlsnard, et s'emporta jusqu'à inviter les révoltés à persévérer dans leurs attaques, et à leur promettre aide et protection. c< Citoyens, bons citoyens de Paris, s'écria- t-il (or les bons citoyens étaient le» hommes qui s'opposaient au recrutement contre les rebelles de la Vendée, les hommes du milieu desquçtU était parti le cri alors détesté de we le roii)^ souvenezvous qu'il vaut mieux périr en défendant la liberté (contre les amis de la liberté sans doute), que de tomber sous le joug des oppresseurs (c'està-dire, que d'obéir à la convention et aux autorités parisiennes)* Vous trouverez un refuge dans le sein de la convention ; votre intérêt est le sien ; elle a gémi trop long-temps elle-même sous la tyrannie; il faut qu'elle rallie autour jd'elle tous les bons citoyens. »

Puis revenant à ses éternelles provocations atix départements : « Quant à moi, dit-il, on a souvent menacé ma vie; mais, je le déclare, il en coûtera cher à ceux, qui .me l'arracheront; j'en ai le serment de mon département entier. Je reviem à la question : il ne s'agit ici que d'un seul individu^

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doat plusieurs citoyens se portent caution Si

vous ne lui. accordez pas la protection qu'il récla^mei il n'est plus de liberté. »

Ces déclamations^ ces injustices, étaient faciles à réfuter. Otez en effet de ces deux discours les injures et les provocations, il ne reste qu'un grossier sophisme et une fausse assertion. On demande ^ au nom de ]a justice, que nous enlevions des prévenus à leurs juges naturels pour les couvrir de notre protection; on veut que nous quittions le caractère de législateurs pour nous couvrir de celui de magistrats , et l'on appelle une telle prétention du nom de respect pour les lois. On invoque les souvenirs du lo mars; mais au lo mars n'avions-nou» pas professé les mêmes principes? Nous avions ordonné au pouvoir exécutif de faire poursuivre les coupables par l'autorité judiciaire. C'était notre devoir et notre droit. Les girondins, au contraire, en demandant que nous nous saisissions du procès, tendaient à amener la confusion de tous les pouvoirs; r/était encore la même confusion de tous les pouvoirs qu'ils réclamaient en nous excitant à nous immiscer entre un accusé et son* juge. Mais cet étrange système devenait bien plus étrange par les circonstances dans lesquelles nous nous trouvions placés^ et il faut que les girondins soient tombés dans un bien étrange aveuglement pour sacrifier à leur haine le salut de la république.

En effet, il était évident ()ue les troubles de Paris avaient une oouleur contre*révolulionnaire ;

DE R£Ni LEVàSSEUR. 1^5

il étaii évident que leur premier résultat était de fairoriser les rebelles de la Vendée en* entravant le départ des, troupes, ce Des jeunes gens , disait Charlier sans être contredit^ se sont présentés avec des cannes à sabre devant le corps-de-garde du pont Notre-Dame, et tentèrent d'enlever les canons de vive force. On assure que des prêtres réfiractaires ont élé pris parmi ces jeunes gens, et que le frère de Laporte était au milieu d'eux. Je demande que l'assemblée ne sorte jamais deh principes, et qu'elle n'arrache pas aux tribunaux deà citojens arrêté» par les 'au toH tés constituées. On n'est pas coupable pour I être arrêté/ et je déclare que si j'étais accu3é, je ne voudrais être justifié que par les tribunaux : laissons-les donc prononcer sur dette affaire. ». :

Robespierre disait également : « Est- il quelqu'un qui ignore les motifs des arrestations qui ont eu lieu? Eât-il quelqu'un qui ignore que d'insolents aristocrates ont insulté au peuple? Des bandes de scélérats attroupés se sont répandus dans les promenades publiques, en criant Wc^e le roi ! a bas la république I Plusieurs d'entre eux ont ^arboré la cocarde blanche. Il est vrai qu'ils ont ajouté d'autres cris qui peuvent plaire à bien des gens'; ils;ont crié à bas les patriotes ! à bas la Montagne ! à bas les jacobins /...La municipalité, dans un moment de crise , a rempli avec courage un devoir pénible. Il a fallu que le peuple se ràs-«semblàt; il a fait des patixuitlLes nombreuses, et,

par son énergie , de grands malheurs ont ëfé con^jurés. ..L'aveu qui vient de vous être fait, par les . pétitionnaires eux-mêmes, que l'homme dont il s'agit a fait partie des attroupements, ne vous suffit-il pas?... Quoi! vous dites que vous voulez vous armer contre les rebelles, et vous protégez leurs complices à Paris !

(f Citoyens, les moments de crise exigent des mesures très-actives : c'est autour des autorités constituées qu'il faut se rallier. Mais, au contraire, si vous protégez ouvertement la cause des ennemis extérieurs et intérieurs, et, loin d'étouffer le feu de la guerre civile, si c'est vous qui l'attisez, c'est donc à vous qu'il faudra attribuer le funeste système qui tend à organiser la guerre^ civile... Je demande que l'assemblée passe à l'ordre du jour sur la pétition qui lui est adressée. »

Ces conclusions furent adoptées. Les girondins eux-mêmes ne les contestèrent pas sérieusement. Satisfaits d'être arrivés à leur but, le scandale, et d'avoir déversé , autant qu'il était en eux, haine et mépris sur leurs adversaires, ils abandonnèrent facilement les pétitionnaires qui étaient seulement pour eux un prétexte et à qui ils ne portaient au fond aucun intérêt.

IL est hors de doute, pour tout homme de bonne foi , que dans cette circonstance comme dans mille autres, nous avons soutenu contre la droite les véritables principes ; il est hors de doute , par les aveux mêmes deBuzot et dlsnard, que des attrou-

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pemenU provocaleurs avaieni parcouru les rues de la capitale ; on pourrait donc difficilemeul eonlester les i-écits de Robespierre et de Charlier. Or, comment se fai(-il que nos adversaires aient accusé la commune d'avoir fait son devoir» et aient prétendu rendre justice en tentant d'enlever des aocuses à la juridiction des tribunaux ? Le recrutement s'opérait y onl-ils dit| d'une manière illégale. Il fallait alors rendre une loi qui fixât un meilleur mode y ou plutôt il fallait ne pas adopter par acclamations ce même mode et le sanctionner par Tenvoi de commissaire^ dans les sections , lorsque Danton le développa dans toute son énergie ; mais il fallait se garder de soutenir des mouvements hostiles centre la loi» surtout contre une loi qu'on avait concouru à rendre sans la contester, ou m6me en y applaudissant. Mais, ont- ils dit encore , la commune était mue par un esprit auorchique et désorganisateur , ises arrestations étaient arbitraires. Il fallait la. destituer et non chercher, en la mainlenanty à lui enlever Bon autorité légitime. Ils ont dit enfin que le tribunal révolutionnaire était dominé par l'jespritde faction , et que les ao« cusés n'avaient aucune justice à en attendre. £n admett^t la vérité du fait , je ne cesserai de répéter qu'il fallait sévir contre ses injustices, mais le faire respecter jusqu'à ce moment , car jusqu'à ce moment il participait dis la majesté de la Loi. Cette digression n'est pas inutile, comme on pour^ rait le croire. Oiii a. répété jusqu?^ si^tiété que lés

girondhis défendaient les principes^ taadis que nous nous livrions à des querelles de parti ; j'ai du montrer que Ton a, en accréditant cette idée, tout simplement retourné les rôles.

On a dû voir par le récit de nos luttes que nous avions long* temps tardé à user contra les giron^dins de tous noé moyens. Nous dflmes enfin être convaincus qu'il n'y avait pas avec eux d'accord possible, et que, loin de nous seconder, ils entrai vaient nos opérations les plus urgentes. Dés -lors nos escarmouches se tournèrent en hostilités déclarée». Déjà lors de l'accusàtion^de Lftsource contre Danton > ce. redoutable chef s'était disposé à ren^ verser ses implacables ennemis. Cependant, malgré sa généreuse colère, Danton fit encore plu-* sieurs tentatives de retour vers la paix; mais son langage était entièrement changé, et il lançait à chaque occasion importante, contre le côté droit,' les traits véhéments qu'il avait jusqu'alors réservés aux ennemis publics. Ainsi lorsque Pétion donna lecture d'une pétition dans laquelle la section de la halle aux blés dénonçait le côté droit de l'assemblée , notre collègue s'écria : ex Je demande qu'on entende avant tout le rapport du comité de salut public ; ensuite on discutera la mention honorable que je propose de l'adresse qui vient d'être lue. m; . . :

. L'assemblée ayant manifesté l'intention de con;^ tinuer immédiatement cette discussion, et Pétidn ayant propiisé le reiitoi des rédacteurs de

j DE ll£!fé LBYASSEUR. IJrj

l'adresse devant le tribunal révolutionnaire*^ Dan-< ton s'élança à la tribune : (c C'est une vérité incontestable, dit- il ^ que vous n'avez pas le droit d'exiger d'un peuple ou d'une portion du peuple pli^s de sagesse que vous n'en avez vous-mêmes. Le peuple n'est 'il pas porté à des bouillonnements de délire patriotique , lorsque cette tribune semble continuellement être une arène de gladiateurs? N'ai-je pas été moi-même , tout à l'heure^ assiégé à cette tribune? ne m'a*t-on pas dit que je voulais être dictateur?...

«c . . . Tous les jours il arrive à cettti barre des pétitions plus ou moins exagérées y mais il faut les juger par le fond. J'en appelle à Pétion lui-même. Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'il se trouve dans les orages populaires. Il sait bien que lorsqu'un peuple brise là monarchie pour arriver à la république y il dépasse son but par la force de projection qu'il s'est donnée ! Que doit faire la représentation f. nationale ? profiter de ces excès même (i). Dans

(i) Ce discours de Danton noas. parait suffire pour faire connaître les plans de Tënergique Montagne , et surtout de Thomme fort qui marchait alors à sa tête. On a pu yoir dans les Mémoires de Le* ▼asseur, que , tout en nourrissant Penthousiasme, le délire même des masses, ce chef vigoureux n'avait jamais appelé' de vengeance sur la tête des individus. C'est qu'il déplorait autant que les girondins les excès résultant d'une exaltation peu commune; mais il croyait voir en même temps que cette exaltation était un mal indispensahle;,0t loin d&Ja calmer, il l'accueillait comme up0 arme de victoire. Gônvainca que. la répuhli(}ue serait perdue i^u aioment où elle serait

lapremiére assemblée constituante Marat n'était non moins terrible aux aristocrates, ni moins odieux aux modérés. Eh bien I Marat y trouve des défenseurs. Il disait aussi que la majorité était mauvaise, et elle Tétait.

« Ce n'est pas que je croie qu'il en 8<Mt de même de cette assemblée; mais que devez-vous répondre au peuple, quand il dit des vérités sévères? vous devez lui répondre en sauvant la république. Eh ! depuis quand vous doit-on des éloges? êtes-vous à la fin de votre mission? On parle de calomniateurs! la calomnie , dans un État vraiment libre ,

calme , sans avoir à force de temps conquis des mœurs démocratiques et une constitution qui les sanctionnât , il sentit que sa mission e'tait avant tout la victoire , et il la remporta. Les girondins se trouvaient sur son chemin ^ après de vains efforts pour ne point les heurter, il vit qu'il ne pourrait pas les tourner, et résolut de les abattre. Mais il pleura sur Vergniaud, condamné à mort , après avoir renversé Vergniaud puissant ! Son système , qu'avait si bien compris l'âme enthousiaste et pure de Camille-Desmoulins, est contenu tout entier dans le discours qui fait l'objet de cette note. U consistait à profiter, pour débarrasser la France de ses ennemis du dedans et du dehors, de tous les éléments que présentaient les circonstances, et des excès populaires même. Mais on a feint de prendre pour son but ce qui n'était à ses yeux qu'un moyen, on l'a accusé de menées démagogiques, et l'on a prétendu qu'il n'avait pas de plans formés, pas de vues arrêtées ; qu'il n'avait en vue qu'une grossière domination à l'aide du pillage et de la terreur! Ces faciles calomnies se réfutent par toute la carrière de Danton ^ toujours conséquent et toujours gigantesque , il'a constamment tendu à l'établissement de la liberté , mais d*une liberté sage et constitutionnelle en dépit de luttes sanglantes qH'îl n'a pas regardées comine nécessaires pour l'atteindre. >|

{JYote de PÉdUeur.)

DE RENÉ LEYASSEUR. I79

n'est rien pour l'homme qui a h^conscience intime de son devoir. Encore une fois^ de pareils objets ne peuvent faire naître une délibération dans le sein de la convention. Il existe des lois, des tribunaux , que ceux qui croient devoir poursuivre cette adresse l'y poursuivent Qui, je le déclare, vous seriez indignes de votre mission, si vous n'aviez pas constamment devant les yeux ces grands objets : vaincre les ennemis , rétablir l'ordre dans l'intérieur , et faire une bonne constitution; nous la voulons tous , la France la veut; elle sera d'autant plus belle, qu'elle sera née au milieu des orages de la liberté ; ainsi un peuple de l'antiquité construisait ses murs en tenant d'une main la truelle et de l'autre l'épée pour repousser les ennemis. N'allons pas nous faire la guerre , animer les sections, les mettre en délibération sur des objets particuliers, tandis que nous devons concentrer leur énergie pour la diriger contre les Autrichiens. •• Si Paris montre une espèce d'indignation , il a bien le droit de reporter la guerre à ceux qui l'ont calomnié après les services qu'il a rendus. »

L'ordre du jour fut encore un^ fois le résultat de ces débats si longs et si douloureux.

Malgré l'espèce de désaveu de la pétition de la halle aux blés , les autres sections nommèrent des commissaires pour la*rédaction d'une adresse contre le côté droit. Cette adresse, adoptée par les sections etr^ s^ le conseil de la commune , fut pré«

l8o MÉMOIRES

sentée à la cotiTention par les commissaires qui avaient été chargés de la rédiger. Le maire Pache fut envoyé par la commune auprès de la convention pour accompagner les pétitionnaires.' On a pu voir encore dans cette circonstance combien Danton et ses amis Fhelippeaux, Lacroix^ avaient de peine à engager un combat direct avec une portion de l'assemblée ; on a pu voir quelle modération véritable animait la Montagne; nos applaudissements annoncèrent combien nous partagions les sentiments des pétitionnaires ^ et cependant C'est nous qui, en provoquant un ordre du jour motivé, témoignâmes rintention bien prononcée de sacrifier nos ressentiments à la cause de la patrie.

Déjà depuis trois jours on savait que les sections s'occupaient de rédiger une adresse contre la Gironde ; nous l'attendions à chaque instant ; aussi , lorsquiBèlei ïaaiTÎe: et les commissaires parurent à la barre , uri mo^ement prononcé se manifesta-t-il dans l'assemblée. Boyer-Fonfrède , qui n'était pas sur la liste des députés accusés, s'écria : « Je demande que les pétitionnaires soient entendus, afin de montrer aux départements qu'ils ont le droit d'imiter Paris, et de rappeler leurs mandataires. »

La pétition des quarante-huit sections fut lue par le. jeune Rx)usselin , ami de Danton, qui signalait son adolescence par une grande énergie révolutionnaire et quelques talents. Elle était forte et

DE RENÉ LEYASSEUB. l8l

modérée à la fois. Paris j si long-terops diffamé par le côté droite récriminait contre ses ennemis ^ au moins avec toute Tapparence de la justice : « Les Parisiens^ disaient les pétitionnaires ^ ne viennent point faire un acte exclusif de souveraineté comme on les en accuse tous les jours; ils viennent émettre un vœu auquel la majorité de leurs frères des départements donnera force de loi,.. Nous reconnaissons ici solennellement que la majorité de la convention est pure... Ce n'est donc. point la dissolution effrayante de la représentation nationale^ ce n'est point la suspension de la machine politique que nous demandons; loin de nous cette idée vraiment anarchique ^ nous venons armés de la portion d'opinion publique du département de Paris... indiquer à la France les attentats et les noms de ses perfides mandataires.

« Les crimes de ces hommes sont conaus

Brissot^ quelques jours avant le lo aoât^* voulait prouver que la déchéance serait lin sacrilège j Vergnîaud osait annoncer au corps législatif que, malgré le vœu connu du peuple, il ne proposerait jamais aucune mesure qui put l'amener. GuadQt protégeait les trahisons deINarbonne; la mémorable journée du lo a arraché de leurs mains les

pouvoirs qu'ils s'étaient appropriés Alors ils se

sont attachés à calomnier Paris comme usurpateur, pour qu'on oubliât leurs usurpations particulières; ils ont voulu la guerre civile pour fédéraliser la république ; ils ont, à l'aide de Roland*^

présenté les Parisiens à l'Europe comme des hommes de sang. ^

« Après avoir par ce moyen perfide aliéné le parti libre et populaire de TAngleterre , ils ont sollicité la guerre offensive ; ils ont , sous le faux amour des lois y prêché le meurtre et l'assassinat ; au moment même où Lepelletier venait d'expirer, où Léonard Bourdon était percé de coups ^ Salles écrivait dans le département de la Meurthe d'ar-* rêter ses collègues les députés commissaires, comme Mes désorganisateurs et des factieux.. •«•

w Quand Dumouriez est venu faire à Paris son voyage mystérieux , quels sont les hommes qu'il a fréquentés?... Quels sont les hommes qui, sous le prétexte de punir les provocateurs au meurtre, voulaient anéantir la liberté de la presse ? Quels sont les hommes à qui leur conscience coupable faisait appréhender le tribunal révolutionnaire en même temps que Dumouriez répétait leurs blasphèmes ?

w Quand Brissot et ses adhérents, sous le vain nom de l'amour des lois , criaient à V anarchie , Dumouriez répétait le même cri; quand ils voulaient déshonorer Paris , Dumouriez en faisait autant ; quand leurs efforts impuissants voul^ent fermer les sociétés populaires, ces foyers de l'esprit public, Dumouriez chassait des clubs les hommes libres , comprimait de tous ses moyen» Ténor des^pinions et de la vérité; quand, d'après ;'Tii*iM<liatinnn perfides et si souvent répétées du

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ministre Roland, ils demandaient une f<Mrce départementale et prétorienne pour les garder , Dumouriez voulait aussi venir à Paris, protéger ee qu'ils appelaient et appellent encore la partie saine de la convention f et que nous nommons ^ nous^ les plus grands ennemis du peuple.

<c Leurs vœux et les actions de ce traître se sont toujours rencontrés. Cette identité frappante n'était-elle point compacité ? Âh ! ne viens pas dire, Fétion y que le peuple change , ce sont les fonctionnaires qui changent; le peuple est toujours le même ; son opinion a toujours suivi la conduite de ses nîandataires ; il a poursuivi les traîtres sur le trône, pourquoi les laisserait- il impunis dans la convention ?

« Nous demandons que cette adresse , qui est l'exposition formelle des sentiments unanimes , réfléchis et constants du département de Paris ^ soit communiquée à tous les départements par des courriers extraordinaires, et qu'il y soit annexé la liste ci-jointe de la plupart des mandataires coupables du criûie de félonie envers le peuple souverain, afin qu'aussitôt que la majorité des départements aura manifesté son adhési^^n , ils se retirent de cette enceinte. »

Cette pétition était suivie du nom des vingt-deux députés inculpés; les principaux étaient Brissot ,. Yergniaud, Guadet, Gensonné, Buzot^ Barbaroux, Salles^ Fétion y Lanjuinais et Louvél.: . -:

Si j'oublie un instant les événement^gttî^ Miil

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passéa depuis la lecture de cette adresse^ pour me reporter au milieu des impressions du moment; si je me place dans la même situation qu'alors; si je parviens à rassembler autour dé moi et les causes légitimes de défiance^ et le souvenir des luttes de chaque jour, et le dépit mêlé d'indignation que me faisaient éprouver les fautes nombreuses et les nombreuses calomnies de nos adversaires; si je retrouve jusqu'aux préjugés même dont il m'était impossible de me dépouiller entièrement, aujourd'hui, comme alors, je vois dans la pétition des sections des faits vrais ^ et des inductions qu'on avait le droit d'en tirer. Oui , les girondins entravaient la miarche du gouvernement révolutionnaire; oui, ils compromettaient la cause de la France en refusant d'unir leurs forces aux nôtres, contre l'aristocratie et l'Europe armée; oui, ils étaient restés les amis de Dumouriez jusqu'au moment où ce chef s'était déclaré en révolte ouverte ; oui , ils avaient sans cesse provoqué la guerre civile, en appelant les vengeances des départements contre le peuple de Paris. Aujourd'hui, comme alors , je ne puis révoquer ces faits en doute. Ils résultent des discours mêmes de nos adversaires, et pour en constater la vérité il suffit^ d'ouvrir le Moniteur; mais alors la plupart d'entre nous, et moi tout le premier, nous voyons dans ' cette imprudente conduite des preuves flagrantes d'une trahison avérée. Comme les sections de Paris, noa8 voyons dans la communauté de vœux avec

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Dumouriez une communaulë d'action et une en* tière complicité; comme la commune de Paris , nous voyons dans les entraves mises à tous nos mouvements une preuve certaine de conspiration contre la république que les ferments de guerre civile sans cesse répandus venaient corroborer de la manière la plus complète. Aujourd'hui sans doute, je suis loin déjuger de même; un assez grand nombre de nos adversaires ont souffert pour la liberté j plusieurs d'entre eux ont déployé un trop beau caractère^ principalement ce Louvet qui se montrait notre ennemi le plus acharné, pour que je doive voir seulement des fautes, là où alors je croyais reconnaître des crimes. Nous étions injusteessans le savoir, et peut-être en étaitil de même de beaucoup de membres du côté droit. "Dès que nos adversaires s'étaient arrêtés dans la carrière que nous voulions parcourir jusqu'au bout, ils faisaiyit à leur insu cause commune avec les aristocrates^ et, recevant seulement l'impression des résistances que nous éprouvions, nous pouvions difficilement distinguer entre les opposants; tout ce qui s'accrochait au char de la révolution pour le tirer en arrière était égal à nos yeux : c'était l'aristocratie seule qui devait profiter de leur triomphe. Au reste, cette injustice était si naturelle, que les girondins étaient tombés dans une erreur semblable à l'égard des constitutionnels. Roland et Louvet avaient confondu La Fayette et Bailly avec Maury et Bouille; il

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n'était pat étonnant , lorsque les premiers s'arrêtèrent à leur tour, que nous fussions portés à confondre Yergniaud et Pétion avec Ramond et Dumas; c'est le cours naturel des choses; nous ne voyions que le but et Tentrave qui nous empêchait de Tatteindre ; à quelque titre que nos adversaires aient concouru à l'élever^ ils ne devaient pas nous être moins suspects , ils ne nous étaient pas moins odieux.

. Cependant y je l'ai dit, si une partie de la Montagne^ dont Robespierre et Saint-Just étaient les principaux membres , et avec laquelle je votais , croyaient nécessaire de terminer la guerre contre les girondins par leur prompte expulsion, Danton et les autres montagnards espéraient encore n'avoir pas besoin de recourir à ce moyen violent. Nous nous réunîmes à l'avis de Danton , et l'ordre du jour fut proposé sur la pétition de Paris. Les accusés s'y opposèrent : ils invertirent la pétition en motion , demandèrent la convocation yfles assemblées primaires, et le jugement parle peuple de tous les membres de la convention. Cette motion leur fournit le prétexte de nouvelles provocations à la guerre civile ; « Si j'étais dans mon département, dit Fônfrède, et puisse ma voix y être entendue ! je révérerais trop les représentants du peuple,- pour croire qu'ils accordassent à une portion du peuple le droit exclusif d'émettre son vceu; et, sûr au moins que mes braves compatriotes n'ont pas voulu le concéder à d'autres qu'à

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la convention nationale , je les inviterais à se rassembler. Sans doute y ceux qui ont applaudi au dévouement héroïque des pétitionnaires et des citoyens du départenSènt de Paris ne sauraient blâmer, par exemple , ceux du département de la Gironde de tenir la même conduite.

« Maintenant y citoyens , si vous ne légalisez pas une mesure que les pétitionnaires vous ont ravi la faculté d'improuver, que va-t-il arriver? Ou les Français que les députés proscrits représentent sont des lâches , et loin de moi cette pensée , ou ce sont des hommes libres, et je ne leur fais pas Tinjure d'en douter; dans ce cas, ils doivent se réunir et s'assembler pour exprimer aussi leur vœu ; ils vous demanderont aussi des rappels ; et je vous l'annoqce avec assurance, les députés qu'on proscrit ici sont révérés là-bas , et ceux que les pétitionnaires ont voulu couvrir d'opprobre seront bientôt couverts du témoignage de l'estime publique, douce récompense de ceux qui ont bien servi la patrie. »

Opposons à ces provocations le langage plein de sagesse du seul montagnard qui ait pris la parole dans cette discussion, Phelippeaux, ami de Danton, qui, ainsi que cet éloquent orateur^ n'avait jamais pris part à nos dissensions intestines, et s'était contenté de songer aux intérêts de la France : w Lorsque l'ennemi est à nos portes , s'écria-t-il, que la patrie consternée nous appelle à son secours, et qu'au lieu de la sauver nous la

déchirons^ U doît être permis d'élever la voix pour conjurer Forage. Citoyens, c'est avec terreur que J^applreche de cette tribune ; veuillez m'écouter avec indulgence; je n'ai aucun motif pour être écouté avec faveur; mais ce que j'ai à dire doit fixer votre attention. Nous avons tous voulu sauver la république; chacun a cru travailler pour le bonheur du peuple; }e vais vous indiquer les moyens d'arriver à ce^but : le premier, c'est de repousser ces accusations indirectes qui nous divisent ; ayons le courage d'abandonner ces hommes que leur orgueil a portés à vouloir être chefs de parti. On a parlé d'ostracisme dans cette assemblée; nous n'avons pas encore cette loi que nous trouvons écrite dans le Code des peuples libres de l'antiquité; mais ceux qui sont désignés, s'ils étaient sages, sauraient se l'appliquer eux-mêmes. Je ne 8ai« si l'adresse qui vous a été présentée hier a été dictée par la ligue des tyrans; mais il est bien vrai que le jour où elle serait sanctionnée serait un jour de deuil et de tristesse. Citoyens , lorsque nous voulons imprimer l'amour de la liberté, ce ne peut être en violant nos serments, en abandonnant le gouvernail du vaisseau lorsqu'il est battu par la tempête. Comment voulez -vous que la patrie se sauve , lorsque vous la poignardez de vos propres mains ? Au nom sacré de la patrie , mettez fin à ces déclamations arbitraires, qui ne sont propres qu'à attirer le mépris sur la convention. Faisons une bonne constitution , qui assure

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le bonheur du peuple ; préparons ropmion publique par des diseussions paisibles ; faisons de sages lois, occupons -nous de rinstruction publique^ épurons les mœurs > éclairons la classe indigente de la société ; c'est par ce moyen que nous sauve- . rons la liberté , que nous vaincrons nos ennemis. Voici le projet de décret que je propose :

ce La convention nationale déclare qu'elle veut sauver la république ^ qu'en conséquence elle regardera comme mauvais citoyens ceux qui voudraient sa dissolution en tout ou en partie ; en conséquence improuve l'adresse qui lui a été adressée hier. >i

Les applaudissements qui accueillirent ce discours, l'empressement avec lequel le décret de Fhelippeaux fut adopté, prouvèrent qu'il y avait encore dans le sein de la convention une majorité bien intentionnée. En effet, le Marais commençait à se lasser de la domination des beaux diseurs de la droite, et à s'apercevoir que ce parti était aussi stérile en moyens de gouvernement, aussi incapable en pratique que fécond en belles pbrases et en inutiles théories. Aussi, quoiqu'une improbation formelle frappât les pétitionnaires^ les girondins regardèrent avec raison cette décision spon-c tanée comme une défaite. Le bruit courut alors que la démarche de Fhelippeaux lui avait été suggérée par Danton, trop au-dessus des animosités personnelles pour ne pas protéger encore ses ennemis, mais qui ne voulait plus prendre la parole

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en leur favUr^ après la violente sortie à laquelle ils l'avaient poussé presque malgré lui ; quoi qu'il en soit le décret de Phelippeaux peut encore être regardé comme une (rève^ mais ce fut la dernière.

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