‹ Mémoires de R. Levasseur, (de la Sarthe) ex-conventionnel (volume 2)Chapitre 11 sur 27 · lO · texte numérisé non relu

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moignage ne peut pas en conséquence êire suspect.

« Lorsque Robespierre, dit-il, fut revenu de la tribune à sa place, Massieu lui demanda comment il se faisait qu'apréç avoir combattu dans le temps la motion de Louvet , il vînt la reproduire aujourd'hui ? Robespierre répondit : Je, ne puis pas expliquer mes motifs à des homqies prévenus, et qui sont engoués d'un individm; mais j'ai de bonnes raisons pour en agir ainsi : j'y vois plus clair que beaucoup d'autres. La conversation continuaii.t sur ce sujet ^ Robespierre ajouta : Como^ent peut -on croire qu'Égalité, aime la répiiblique ? son existence est incompatible avec la liberté; tant qu'il sera en France, elle sera toujours en. péril. Je vois, parmi nos généraux, son fils aine; Biron,, son ami; Valence , gendre de Sillery, son courtisan : ses autres fils sont élevés par la femme de Sillery. Il feint d'être brouillé avec Égalité; mais ils sont tous les deux intimement liés avec Brissot et ses amis. Us n'ont fait la motion d'expulser les Bourbons, que parce qu'ils savaient bien qu'elle ne serait pas adoptée. 11^ n'ont supposé à la Montagne le projet d'élever Égalité sur le trône, que pour cacher leurs desseins et l'y porter ensuite.

(c — Mais où sont les preuves?

« — Des preuves I des preuves ! Veut-on que j'en fournisse de légales? J'ai là- dessus une conrviclion morale. Au surplus, les événements prouveront si j'ai raison. Vous y viendrez. Prene^t garde que çfifie.spjj^^^rop tard. »

DE RENâ LEVÂSSEUB. Î^J

Nous noua aperçûmes en effet trop tard que nous avions été le jouet des plus noires imtigùes; mais alors nous déployâmes contre leprétehdant a la tyrannie la même vigueur que nous avions montrée pour renverser l'ancien trône de France* Et c'est nous que les amis de Sillery et de Dumouriez ont voulu faire regarder comme les partisans de d'Orléans et les suppôts de la royauté !

La fin d'avril et le commencement de mrai furent signalés par le caractère de gravité tout nouveau que prirent nos. discussions. Ce n'étaient plus des querelles de tribune, c'était tine guerre acharnée, une gUferre à mort* Chacun des deux côtés cdtnméti* çait à chercher la victoire cfains l'appui du déhôts.- Mais la différence qu'il y avait entre nous, c'est' que la Montagne, malgré cette lutte intestine, s'occupait sérieusement des affaires de la France , tandis que la Gironde ne songeait qu'à terrasser ses çnnetnis et abandonnait entièrement le gouver^ nail du vaisseau de l'État. C'est daiis le cours de ces deux mois que l'on agita là question dû maxi-^. mum du prix des grains; le côté droit combattit cette mjssiire, moins par des raisons tirées de l'intérêt commun que par des injures; il nous ac-' cusa de vouloir violer le droit de propriété et d(' menacei:' l'existence des propriétaires ; ces décla-: mation$ avaient pour but de tourner contre nous la classe nioyenhe, dans les mains de laquelle il pensait avec raison qcfê gisait toute véritable autorité. Nous n'en poursuivîmes pas moinsf la

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discussion. 4e ce décret que nous ne regardions que comme une mesure transitoire ^ nécessitée par la gravité des circonslances. Certes^ en thèse générale ^ la liberté absolue doit être accordée au commerce ; mais il peut se présenter des circonstances qui fassent violer temporairement ce principe ; quelque juste en soi qu'on aime à le reconnaître. Ainsi dans le cas d'invasion soudaine , qui osera blâmer un gouvernement d'exiger des particuliers la v^nte à un maximum légal de toutes les armes de guerre dont ils peuvent être détenteurs ? Le droit de propriété est chose sacrée aux yeux de la société; cependant^ quel gouvernement a été blâmé des dépossessions opérées pour cause d'utilité publique? A plus forte raison , lorsque la disette réduit la classe pauvre à l'état de souffrance le plus excessif, lorsque la dispj^rition du numéraire gène toutes l^s transactiçnsi» et qu'en même temps la classe quis ouffre est appelée à faire de grands sacrifices à la patrie par l'envoi aux armées dé tout ce qu'elle a de bras disponibles, est -on blâmable de grever; la classe riche d'une espèce d'impôt à son profit ! Voilà tout simplement ce qu'était le maœtmiim. Sans doute il entraînait des vexations de détail, puis*^ qu'il appelait des mesures coercitives <H)ntre les producteurs qui refusaient de vendre, et qu'il entraînait à sa suite visites domiciliaires, accusations d'accaparement, etc. Mais il satisfaisait un besoin urgent, le plus sacré peut-être de ceux

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que nous étions obligés de remplir ; il donnait à manger aux enfants^ auxr Femmes et aiHE pères des défenseurs de la patrie ^ Il garantissait contre les souffrances les plus horribles la partie active de la population, et donnait ainsi le courage dé marcher sous nos drapeaux à des hommes qui, sans lui y eussent sans cesse regardé en arrière, et demandé avec anxiété qui, pendant Leur absence , veillerait aux besoins de leurs proches. Gemme loi ordinaire rendue dans un temps calinè, le maximum serait sans doute une institution funeste. Il tuerait le génie de la spéculation , cheville ouvrière du commerce , et par cela même une des sources de la prospérité des ÊtatSi IVIais comme mesure révolutionnaire, il remplissait parfaitement bien son but , et ce but était utile. Ce n'était pas à la prospérité commerciale qu'il nous ïallâit songer. A la paix seulement notre devoir- eût été de féconder lès sources de richesses que^ présentait la France. Jusque alors un devoir plus impérieux nous étaît imposé. Il fallait rendre la patrie indépendante de l'étranger et libre du joug des privilèges ,. avant de l'enrichir et de lui donner le repos. Qu'on prouve donc que le maxir mum n'a pas diminué la misère des masses , et secondé ainsi leur élan, avant de nous blâmer de l'avoir établi I Jusque-là nous devons soutenir que nous avons fait notre devoir. Mais quand on tenterait la preuve que ^'iîidique, quand on l'établirait même rigoureusement*^' on aurait seulement

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0)ontré que nous étions dans l'erreur ; avant de nous déclarer coupables ^ il faudrait encore prou-* ver que nous n'avons pas vu dans 4e maximum Mne ressource guerrière; il faudrait prouver qu'il àtfikt, absurde de lé considérer sous ce point de fW^ ;. il faudrait prouver -enfin que nous avons immlu en faire un moyen de désorganisation. C'est ce que les girondins n'ont pas fait ; toute leur arguitientation peut se résoudre en ^ne vague ajGcusation d'armer les pauvres contre les riches, en définirions contradictoires de l'égalité et en dé* clamatioïKi contre la spoliation et la loi agraire. A tout cela nous répondions par lesarguments que j'ai répétés plus haut. Pourquoi ne les réfutait-on pas? ^ , Au reste y le maximum fut adopté, en dépit des .discours de quelques girondins. Une partie du côté droit vota donc avec nous dans cette question» PJra-t-on encore que la majorité fut opprimée par les violences du dehors ? Un seul mot répond à cette assertion. Les girondins avaient toujours la majorité quand il s'agissait de querelles de par- Ai y et c'étaient cependant là les questions les plus Irritantes, celles qui pouvaient exciter des roouve* ments populaires , celles enfin au sujet desquelles pn pouvait cherchera intimider les faibles. Pour- «quoi emportions «nous toutes les mesures d'utilité géaérale? Quand on délibéra sur l'accusation de -Marat, sur les troubles de mars, sur les pétitions 4e8 sections , sur la commission des douze , la Gi^ ronde eut la majorité* Pourquoi la force nous

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icoiii-i'elley quand on soumit au ¥Ote dé la oouveniion le maximum^ les moyens de recrutement révolutionnaire y le tribunal extraordinaire, l'emprunt forcé, etc. ? C'est éYidemment parce que nos adversaires réunissaient leur ban et leur arriére*^ ban pour les débats de parti, et que nous songions aux affaires de la France. C'est qu^ennemfo par position de la Montagne, la droite et le Marais se coalisaient pour nous faire une guerre acharnée , tandis que tout ce qu'il y avait sur leurs bancs de sincères amis de la révolution, votaient avec nous dans tout ce qui intéressait le salut public. La Gironde trouvait au reste un certain avantage à nous laisser ainsi la direction des affaires tout en nous opprimant. On pouvait ainsi nous faire passer pour les oppresseurs ; en même temps tout l'honneur de§ mesures qui réussissaient, telles que la puissance imposante donnée à nos quatorze armées , restait de droit et de fait à la majorité , tandis qu'on rejetait sur nous seuls les maux attachés aux mesures acerbes , mais transitoirement nécessaires, telles que le maœimum et le tribunal révolutionnaire.

La discussion sur le maximum fut troublée par un incident fâcheux. Tandis que Ducos était à la tribune, blâmant la mesure proposée, et opposant aux sans^culottes les classes moyennes de la société, une rumeur violente s'éleva dans l'une des tribunes publiques. Aussitôt Guadet réclama la parole pour une motion d'ordre, et, dans une im-

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projisation apprêtée d'ayance, demanda que la convention transportât à Versailles la tenue de ses séances. Cette motion fut reçue avec acclamations par le coté droit, qui cherchait tous les prétextes possibles d'insulter la.commune de Paris ^ et d'exciter les départements contre la capitale. Je demandai alors que l'on s'en tint aux termes du ré-* glement pour punir des interruptions coupables, mais qui étaient loin d'avoir la gravité qu'on leur supposait. En effet, ce règlement suffisait pour réprimer un pareil ahus,^ et le président Lasource aurait dûie savoir; je demandai donc qu'on l'exéculât sur-le-champ, et que la tribune fut évacuée. « Non, non,, cria tout le côté droit; aux voix la proposition de Guadet! » En vain Phelippeaux, Dan ton, Lacroix, aux réclamations desquels je mêlai ma faible voix, rappelèrent l'assemblée au souvenir de sa dignité et de ses devoirs les plus impérieux. En vain nous demandâmes qu'on n'abandonnât pas pour un incident insigniliant la discussion des plus graves intérêts de la patrie, la question mère des. subsistances du peuple et du recrutement de Tar-. mée; il fallut que la ccJère de nos adversaires eût; son cours. Une vi^e discussion s'éleva, dans laquelle les autorités de Paris furent de nouveau inculpées : on nous menaça du ressentiment deS: provinces. On sonna ainsi le tocsin de la guerre civile au moment même où s'agitait un intérêt qui tenait le peuple en émoi. C'était vouloir lancer l'une contre l'autre deux classes entières de la^

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société, qui jusque alors avaient été iniimement liées à la révolution. Peut-être se préparait -on ainsi le beau rôle en se mettant à la tête de la partie de la société où toutes les lumières se trouvent concentrées; nous croyions, nous, mieux servir la chose publique en appuyant cette masse de peuple où se rencontrent les bras nerveux et les énergiques dévouements. Peut-être ne devait- il pas en sortir un général illustre ou un éloquent tribun; mais c'était elle qui composait les nom** breux bataillons qui rejetèrent loin de nos frontières les cohortes ennemies; c'était elle qui sauvait la république, tandis que les passions de nos hommes d'État la précipitaient vers l'abimei Quoi qu'il en soit, ma proposition fut adoptée; les tribunes furent évacuées, et nous reprimes notre ordre du jour, sans que les girondins aient tiré de cet incident d'autre profit que d'avoir excité un peu de scandale.

Quoique l'on eut réparé le tort réel qu'avait fait à la France la trahison de Dumouriez, et qu'on eut pourvu à la paix intérieure par la décision relative à Égalité, et à la défense du territoire par de nombreux armements de troupes, les circonstances continuaient à être graves. Les troubles de la Vendée étaient devenus une véritable guerre civile : de nouvelles levées d'hommes et de nou-, velles émissions de fonds étaient donc nécessaires. Peut-être pour pourvoir à ces indispensables besoim. n'avons- nous pas pris les meilleures voies ,

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mais f ce qu'il y a de certain , c'est que nous y avons fait Face; et lorsque les girondins fugitifs nous ont reproché les mesures que nous avons prises comme iniques et vexatoires , ils ont ou-^ blié de dire ce qu'ils ont proposé d'y substituer.

Qu'on lise attentivement les papiers de cette époque^ et l'on se convaincra que nous seuls avons proposé des moyens de salut public^ et des mesures d'exécution. Fallait - il dpnc abandonner notre mandat y parce que le côté droit dédaignait de prendre part à nos travaux ? Des articles de cons* titiltion^ des mesures pour organiser les futurs contingents^ telles furent ses seules occupations. Les nôtres furent la guerre contre l'étranger, le maniement des finances, et l'administration de nos ressources pour les appliquer à nos besoins. Je le répète , on pouvait faire mieux que nous n'avons fait ; mais^ avant tout , il fallait faire^ et les girondins n'y ont même pas songé.

Quoi qu'il en soit , la guerre de la Vendée nécessitait de nouveaux armements; on y pourvut par un nouvel appel , qui donna d'heureux résultats. Mais il fallait encore des armes et de l'argent ^ et Danton^ G. Desmoulins/ Phelippeaux, Couthon, cherchèrent les moyens d'en créer : leurs propositions furent adoptées à l'unanimité^ sans qu'au<cnn membre du côté droit eût pris part à la discussion. <i C'est une vérité puisée dans l'histoire et dans le cœur humain , s'écria Danton , qu'une grande nation en révolution» ou mêmie en guerre •

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civile , 4i'en est pas moins redoutable à ses ennemis. Ainsi donc, loin de nous effrayer de notre situation, nous n'y devons voir que le développement de Ténergie nationale, que nous pouvons tourner encore au profit de la* liberté. La France entière va s'ébranler. Douze mille hommes de troupes de ligne, tirés de nos armées, où ils seront aussitôt remplacés par des recrues , vont s'acheminer vers la Vendée : à cette force va se joindre la force parisienne. £h bien I combinons avec ces moyens de puissance les moyens de politique; faisons connaître à ceux que des traîtres ont égarés que la nation ne veut pas verser de sang, mais qu'elle veut les éclairer et les rendre à la patrie !

a Les despotes ne sont pas toujours malhabiles dans leurs moyens. Dans la Belgique , l'empereur traite les peuples avec la plus grande douceur, et semble même flatter ceux qui s'étaient déclarés contre lui avec le plus d'énergie : pourquoi n'agirions-nous pas de même pour rendre des hommes à la liberté?

« Il faut donc créer une commission ayant pouvoir de faire grâce à ceux des rebelles qui se sou-^ mettraient volontairement avant l'action de la force armée. Cette mesure prise , il faut faire marcher la force de Paris. Deux choses se sont un moment opposées à son recrutement :' les intrigujcs des aristocrates, et les inquiétudes des patriote^ eux-mêmes. Ceux «-ci n'ont pas considéré que Paris a une arriére >^ garde bien formidable; elle

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est composée de cent cinquante mille citoyens que leurs occupations quotidiennes ont éloignés jusqu'ici des affaires politiques , mais que vous devez engager à se porter dans les sections, sauf à les dédommager de la perte de temps qu^ils essuieront. Ce sont ce» citoyens qui , dans un grand jour, en se débordant sur nos ennemis, les feront disparaître du sol de la liberté ! Que le riche paie, puisqu'il n'est pas digne le pilus souvent de combattre pour la liberté; qu'il paie, paie largement, et que Thomme du peuple marche dans la Vendée. Il est telle section où se trouvent des groupes de capitalistes ; il n'est pas juste que les citoyens de cette section en profitent seuls. Il faut que la convention nationale nomme deux commissaires par section pour s'in«> former de l'état du recrutement. Dans les sections où le contingent est complet, ils annonceront qu'on répartira également les contributions des riches. Dans les sections qui , dans trois jours , n'auront pas fourni leur contingent, ils assembleront les citoyens et les feront tirer au sort. Ce mode, je le sais, a des inconvénients, mais il en a moins encore que tous les autres.

« Il est un décret que vous avez rendu en pro« messe, et dont je demande l'exécution pratique. Vous avez ordonné la formation d'une garde soldée dans toutes les grandes villes : cette institution soulagera les citoyens que n'a pas favorisés la for-

tune. Je demande qu'elle soit promptement organisée, et j'annonce à la convention qu'après avoir

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opéré le recrulement de Paris ^ si elle veut revenir à l'unité d^action^ si elle veut mettre à contribution les malheurs mêmes de la patrie , elle verra que les machinations de nos ennemis pour soulever la France n'auront servi qu'à son triomphe. La force nationale va se développer ; si vous savez diriger son. énergie^ la .patrie sera sauvée ^ et vous verrez les rois coalisés vous proposer une paix honorable. »

Fendant que Danton présentait ainsi le tableau de nos besoins , et traçait la route que nous avions à suivre.^ Cambon faisait décréter une émission de 1,200,000,000 fr. d'assignats, auxquels il assignait pour garantie la vente des biens d'émigrés. Il résultait de ce compte général de nos ressources , qu'à Faide des moyens révolutionnaires pris par le comité des finances, noqs avions le moyen de couvrir nos dettes et de satisfaire à toutes les nécessités

d'une position inouïe dans l'histoire des peuples. Je présente ici le relevé de ce curieux tableau qui peut donner une juste idée de l'état de nos caisses

à cette époque :

I® Arriéré des contributions « 5oô,ooo,ooofr. 2"" Créances liquidées, sommes

à recouvrer sur les sels et les

tabacs , sommes avancées sur

les grains et différents prêts

aux communes, enfin arriéré

des fermes, des domaines et

régie. • ,• 5oo,ooo,ooo

l58 MâlfOIRES

D'autre part.'. . . * . ' t y<lck>,ooo,<yoo fr. 3^ Ce qui reste dû sur les biens

naliouaux vendus 2^ooo>ooo^ooo

4^ Bois et forêts. ..,••.. 1,200,000,000 5** Biens de la liste civile. . . . 5oô,ooo,o6o 6^ Bénéfices sur les domaines

engagés ;...'. 100,000,000

7® Droits féodaux, dont les tï-

très primitifs existent. . . • 5o,ooo,Ôoo 8^ Salines et salins. . . , . ^ 5o,oôo,o6o g^ Biens nationaux non vendus,

toutes dettes défalquées. . . 5,000,000,000

Total. . . . 7,700,090,900 fr.

at

Cette somme , qui reprèsenfàit notre afc'fif l'é 10 mai 1793, dépassait dé 4 milliards notre prassltC L'émission de 1,200,000,000 fri d-assig;dats h'etâît donc pas une opération onéreuse; elle était, au contraire, commandée par le besoin du moment^ et légitimée par la nécessité de mettre en circulation les trésors qu'offraient à la France les biens nationaux.

Je n'examinerai point ici si la confiscation est juste en principe; je piense même que l'abolition générale de cette peine, toujours vexatoire, est un bienfait que l'on doit aux progrès de la raison publique. Je n'examinerai pas non' plus si la saisie des biens d'émigrés fût une mesure trop rigoureuse ; mais je dois dire que léâlois contre les émigrés vontprM naissance dans l'assembléelégislative.

DE RENÉ LETASSEOR. iSq

et que les aggravations qu'elles. ont reçues dans la convention étaient Touvrage du coté droit nou moins que le notre. Je dois, dire surtout que nous n'avions pas inventé la confiscation ; elle était de droit commun dans l'ancienne monarchie pour tous les délits politiques. Mieux aurait valu peut -être qu'elle nous dût son abolition, à nous qui avons détruit tant d'abus anciens et tant d'iniquités sanctionnées par le; temps. Mais nous l'avons prise telle que nous l'avons trouvée, et nous Tavon» appliquée à un délit qui en avait toujours été passible, à l'attaque à main armée conti^e le sol de. la patrie. D'ailleurs ]a vente des biens nationaux , comme mesure révolutionnaire, était un puissant levier ; elle«oulevait toute la population contre des ennemis dont, .elle était appelée à partager les dé-, pouilles; elle plaçait dans les mains de la république les sommes énormes nécessaires pour couvrir les dépenses que causait l'invasion étrangère. Elle remplaçait , par des assignats > auxquels s'attachait alors une immense confiance, la disparition du> numéraire ordinaire dans des temps de crise et la circulation commerciale rendue impossible.

En général^ en parlant de l'époque connue sous le nom terrible de la terreur^ ou s'est plu à y rattacher tout ce qu'il y a eu de calamités et de crime:^ dans nos annales, révolutionnaires : ainsi la dépréciation des assignats est appliquée généralement à ce temps. C'est une erreur grave : alors les assignats avaient le cours de l'argent. Ils étaient à la

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vérité garantis par les biens d'émigrés^ et ce n'est pas à nous qu'il faut attribuer la baisse ruineuse qui suivît le temps de notre règne, et qui provint en partie des fautes de nos successeurs. À l'époque dont nous parlons maintenant, le seul moyen possible de faire face aux dépenses urgentes était la mobilisation des biens nationaux. Les émissions successives d'assignats, ordonnées jusqu'au 9 thermidor, ont rempli ce but et ne l'ont pas dépassé. Toujours le gage était auprès de la création de nouvelles sommes de papier-monnaie.

Au reste , sans cette ressource, la république eét nécessairement succombé ; c'est a elle que nous devons en partie nos succès : c'en est assez peutêtre pour nous absoudre. Après tout, la vente (^es biens nationaux et leur mobilisation au moyén^ des assignats , n'a servi qu'a faire payer les frais de la guerre que nous soutenions à ceux-là mémfe qui l'avaient suscitée, et qui s'unissaient à nos ennemis pour menacer nos frontières : ce résultat est de toute justice. En l'envisageant en dehors des détails d'exécution, je déGe qui que ce soit de nier en outre qu'il ne soit parfaitement politique ; et quelles que soient les fautes de détails qu'ait pu commettre l'administration, n'est-ce pas faire notre éloge que de rappeler ce résultat? la France pouvait--elle désirer mieux ?

Je ne veux point contester que l'arbitraire, nécessairement fort large , laissé aux inscriptions sur la liste des émigrés , n'ait pu amener de grandes injus-

DE RENÉIkEYâfiSEUR. 1&('

tices. Certeé, plus d'un homme meaaeé par \eà mouvements anarchiques , et fuyant une patrie qu'il regrettait et à laquelle il aurait voulu concou-^ rir à donner la liberté , a pu être confondu avec les soldats de Coblentz. Je ne veux point dire non phis que la facilité donnée au gouvernement de se procurer des ressources à Vaide de la planche aux assignat», n'ait pas concouru à faire perdre les garanties données à cette valeuV, et amené ainsi sa fatale dépréciation ; mais je pense que , dans son origine y là création des assignats était une bonno opération; qu'elle était d'ailleurs justifiée par la nécessité; je pense égslletnent que les rigueurs exercées éontre les émigrés étaient une juste application du droit de légitime défense , et que la France devait être satisfaite de voir supportées par eux seuls les dépenses de la guerre qu'eux seuls avaient fait diriger contre elle.

Cependant, malgré la nouvelle émission d'assignats, les frais d'armement et de transport des troupes levées contre les rebelles de la Vendée , étaient encore à la charge des communes. Le dépàrtemeiH de l'IIérault donna le signal du dévouement» La commune de Paris ne tarda pas à l'imiter; elle décida que son contingent serait^ en hommes, dé douze mille ^dats, et en argent, de 12 millions destinés à l'entretien des troupes et au soulagement des parenits des volontaires restés pauvres dank leur» foyers. Lçs i!i millions furent levés au moyeh d'un emprunt forcé, qui dut être pris sur le super- I. 1 1

x63 MEMOIRES

flii des citoyens* Le nécessaire fut ûxé à i^Soo fr. pour UA ch^f de famille, et i^ooo fr. pour les autres membres de la famille. Le nécessaire d'une famiUe , composée des parent^et de qua4;re enfants, était ainsi fixé, à 6,5oo fr* C'était sur le revenu excédant, compté comme superflu, ^ue devait peser l'emprunt dans les proportions suivanles :

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