‹ Mémoires de R. Levasseur, (de la Sarthe) ex-conventionnel (volume 2)Chapitre 22 sur 27 · DISCOURS DE ROBESPIERRE · texte numérisé non relu

DISCOURS DE ROBESPIERRE

Une accusation sinon très-redoutable^ au moins très-grave et très-solennelle , a été intentée contre moi dans la convention nationale; j'y répondrai, parce que je ne dois pas consulter ce qui me convient mieux à moi -même; mais, citoyens, tout mandataire du peuple se doit à l'intérêt public; j'y répondrai , parée v^'il faut qu'en un moment disparaisse ce monstrueux ouvrage de la calomnie, si laborieusement élevé pendant plusieurs années peut-être; parce qu'il peut bannir du sanctuaire des lois les préventions et les défiances, pour y rappeler les principes et la concorde. Citoyens, vous avez entendu l'immense plaidoyer de mon adversaire , vous l'avez même rendu public par la voie de l'impression* Vous trouverez sans doute équitable d'accorder à la défense la même attention que vous avez donnée à l'accusation.

De quoi suis -je accusé ? D'avoir conspiré pour parvenir à la dictature ou au triumvirat , ou au tribunat. L'opinion de mes adversaires ne parait pas fixe sur ces points. Traduisons toutes ces idées romaines un peu disparates, par le mot de pouvoir suprême que mon accusateur a employé ailleurs. Or, ott conviendra d'abord que si un pareil projet

était criminel , il était encore plus hardi : car^ pour l'exécuter, il fallait non-seulement renverser le trône y mais anéantir la législature, et empêcher surtout encore qu'elle ne fut remplacée par une convention nationale.

Comment se fait-il que j'aie le premier, dans mes discours publics et dans mes écrits, appelé la convention nationale, comme le seul remède des maux de la patrie? Il est vrai que ciette proposition même fut dénoncée comme incendiaire par mes adversaires connus ; mais bientôt la révolution du lo août fit plus que la législature > elle le réalisa. Dirai-je que pour arriver à la dictature , il ne suffisait pas de maîtriser Paris? qu'il fallait asservir encore les quatre-vingt-deux autres départements? Où étaient mes trésors, où étaient ine^ armées , les grandes places dont j'étais pounm ?

Toute la puissance résidait précisément les mains de mes adversaires. La moindre quence que je puisse tirer de tout ce que jir de dire , c'est qu'avant que Vt acquérir au moins un caractère et blance, il faudrait qu'il fût préals tré que j'étais complètement foB ; je pas même ce que mes gagner à cette snpposi(ioD,CHr?i.

quer comment des homi donner la peine de cours, tant de bdifs de moyens pour

tionale etk la France entière, comme le plus redoutable des conspirateurs.

Mais venons aux preuves positives. L'un des reproches les plus redoutables que Ton m'avait faits, je ne le dissimule point, c'est le nom de Marat : je vais donc commencer par vous dire franchement quels ont été mes rapports avec lui. Au commencement de l'été 1791 , Marat vint me voir j jusque-là je n'avais eu avec lui aucune espèce de relations directes ni indirectes; la conversation roula sur les affaires publiques, dont il me parla avec désespoir. Je lui dis, moi, tout ce que les patriotes, même les plus ardents^ pensaient de lui ; savoir, qu'il avait mid lui-même un obstacle au bien que pouvaient produire les vérités uliles développées dans ses écrits, en s'obstinant à revenir éternellement sur deux propositions extraordinaires et violentes, telles que celle de faire tomber cinq à six cents têtes coupables qui révoltaient les amis de la liberté autant que les partisans de l'aristocratie ; il voulut défendre son opinion , je persistai dans la mienne, et je dois avouer qu'il trouva mes vues politiques tellement étroites, que, quelque temps après, loraqu'il eut repris son journal alors abandonné par lui depuis quelque temps, en rendant compte lui-même de la conversation dont je viens de parler, il écrivit en toutes lettres que je n'avais ni les vues ni l'audace d'un homme d'État ; et si les critiques de Marat pouvaient être des tLli;es de faveur, je pourrais remettre encore

SOUS VOS yeux quelques-unes de ses; feuilles , publiées six semaines avant la dernière révolution, dans lesquelles il m'accusait de feuillant i^me, parce que, dans un ouvrage périodique, je publiai hautement qu'il ne fallait pas renverser la constitution.

D'après cette première et unique visite de Marat , je l'ai retrouvé dans l'assemblée électorale. Ici je retrouve aussi M. Louvet, qui m'accuse d'avoir désigné Marat pour député, d'avoir mal parlé de Priestley ; enfin d'avoir dominé le corps électoral par l'intrigue et par l'effroi. Aux déclamations les plus absurdes et les plus atroces, aux suppositions les plus romanesques et les plus hau-^ tement démentie3 par la notoriété publique, je ne réponds que par les faits ; les voici :

L'assemblée électorale avait arrêté unanimement que tous les choix qu'elle ferait seraient soumis à la ratification des assemblées primaires, et ils furent en effet discutés et ratifiés par les sections. A cette grande mesure elle en avait ajouté une autre non moins propre à tuer l'intrigue, non moins digne d'un peuple libre, celle de statuer que les élections seraient faites à haute voix, et précédées de la discussion publique des candidats. Chacun usa librement du droit de les proposer. Je n'en présentai aucun. Je ne dis point de mal de Priestleyj je ne pouvais en dire d'un homme qui ne m'était connu que par sa réputation de savant, et par une disgrâce qui le rendait intéressant aux

yeux des amis de la révolution française. Je ne désignai pas Marat plus particulièrement que les écrivains courageux qui avaient combattu ou souffert pour la révolution^ teh que l'auteur des crimes des rois^ et quelques autres qui fixèrent les suffrages de l'assemblée. Je laisserai à ceux qui me connaissent le soin d'apprécier ce bizarre projet, formé par certaines gens, de m'identifier à quelque prix que ce soit avec un homme qui n'est pas moi. N'avais-je donc pas assez de torts personnels, et mon amour et mes combats pour la liberté ne m'avaient-ils pas déjà suscité' assez d'ennemis depuis le commencement de la révolution, sans qu'il fût nécessaire de m'imputer encore les excès que j'ai évités ?

M. Louvet a fait découler les autres preuves dont il appuie son système, des deux autres sources principales, de ma conduite dans l'assemblée des Jacobins, et de ma conduite au conseil général de la commune.

Aux Jacobins, j'exerçais, si on l'en croit, un despotisme d'opinion, qui ne pouvait être regardé que comme l'avant-coureur de la dictature. D'abord je ne sais pas ce que c'est que le despotisme de l'opinion , surtout dans une société d'hommes libres^ composée, comme vous le dites vous-mêmes, de quinze cents citoyens réputés les plus ardents patriotes , à moins que ce ne soit l'empire naturel des principes. Or, cet empire n'est point personnel à tel homme qui les énonce; il appartient à la

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raison universelle et à tous les hommes^ qui veulent écouter sa voix ; il appartient à mes collègues de l'assemblée législative , à tous les citoyens qui défendirent invariablement la cause de la liberté. A quelle époque rapportez- vous les torts que vous me reprochez ? Est-ce au temps postérieur de la journée du lO? Depuis cette époque, jusqu'au moment où je parle, je n'ai pas assisté six fois à* cette société.

C'est depuis le mois de jûnvier, dites -vous, qu'elle a été entièrement dominée par une faction très-peu nombreuse, mais chargée de crimes et d'immoralités, dont j'étais le chef; tandis que tous les hommes sages et vertueux , tels que, vous, gémissaient dans le silence ou l'oppression j de manière, ajoutez- vous avec le ton de la pitié, que cette société célèbre par tant -de services rendus à la patrie, est maintenant tout-à-fait méconnaissable.

Mais si depuis le mois de janvier l^s jacobine n'ont pas perdu la confiance et l'estime de la nation et n'ont pas cessé de servir la liberté ; si c'est depuis cette époque qu'ils ont déployé un plus grand courage contre la côur et La Fayette; si c'est depuis cette époque que l'Autriche et la Prusse leur ont déclaré la guerre ; si c'est depuis cette époque qu'ils ont recueilli dans leur sein les fédérés rassemblés pour conspirer contre la tyrannie, et préparer avec eux la sainte insurrection dû mois d'août 1792, que faut- il conclui* de ce

sérieusement d'avoir dirigé mes pas vers le bureau. Dans ces conjonctures où d'autres soins nous occupaient^ j'étais loin de prévoir que je serais obligé d'informer un jour la convention nationale que je n'avais été au bureau que pour faire vérifier mes pouvoirs. Louvet n'en a pas moins conclu de tous ces faits, à ce qu'il assure, que le conseil général ^ ou du moins plusieurs de ses membres, étaient réservés à de hautes destinées. Pouviez -vous en douter ? N'était-ce pas une assez haute destinée que celle de se dévouer pour la patrie ? Pour moi , je m'honore d'avoir ici à défendre et leur cause et la mienne. Mais non..... je n'ai qu'à me réjouir de ce qu'un grand nombre de citoyens ont mieux servi la chose publique que moi. Je ne veux point prétendre à une gloire qui ne m'appartient pas.

Je ne fus nommé que dans la journée du lo ; mais ceux qui plus tôt choisis, dans la nuit méme^ étaient déjà réunis à la maison commune dans la nuit redoutable, au moment où la conspiration de la cour était près d'éclater, ceux-là sont véritablement les héros de la liberté ! Ce sont ceux-là qui, servant de point de ralliement aux patriotes, armant les citoyens, dirigeaient les mouvements d'une insurrection tumultueuse d'où dépendait le salut public; déconcertaient la trahison, en faisant arrêter le commandant de la garde nationale vendu à la cour, après l'avoir convaincu par un écrit de sa main d'avoir donné aux commandants de bataillon des ordres de laisser le peuple insur-

ments des âmes républicaines; mais soyez au moins aussi généreux qu'un roi; imitez Louis XII, et que le législateur oublie les injures de M. Louvet (on applaudit). Mais non, ce n^est point l'intérêt personnel qui vous guide , c'est rîntérét de la liberté, c'est l'intérêt des mœurs qui vous arme contre cette société qui n'est plus qu'un repaire de factieux et de brigand$ qui retiennent au milieu d'eux un petit nombre d'honnêtes gens trompés. Cette question est trop importante pour être traitée incidemment. J'attendrai le moment où \otre zèle vous portera à demander la proscription de cette société à la convention nationale ; nous verrons alors si vous serez plus persuasifs ou plus heureux que Léopold et La Fayette (nouveaux applaudissements).

Il me reste maintenant le plus fécond et le plus intéressant des trois chapitres qui composent votre plaidoyer diffamatoire, celui qui concerne ma conduite au conseil général de la commune.

On me demande d'abord pourquoi, après avoir abdiqué la place d'accusateur public , j'ai accepté le titre d'officier municipal. Je réponds que j'ai abdiqué au mois de janvier 179 1 la place lucrative et nullement périlleuse, quoi qu'on en ai dit, d'accusateur public, et que j'ai accepté les fonctions de commissaire de la commune le 10 août 1792. On me fait un crime de la manière même dont je suis entré dans la salle où siégeait la nouvelle municipalité. Notre dénonciateur m'a reproché très-^

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sérieusement d'avoir dirigé mes pas vers le bureau. Dans ces conjonctures où d'autres soins nous occupaient^ j'étais loin de prévoir que je serais obligé d'informer un jour la convention nationale que je n'avais été au bureau que pour faire vérifier mes pouvoirs. Louvet n'en a pas moins conclu de tous ces faits, à ce qu'il assure, que le conseil général, ou du moins plusieurs de ses membres, étaient réservés à de hautes destinées. Pouviez -vous en douter ? N'était-ce pas une assez haute destinée que celle de se dévouer pour la patrie ? Pour moi , je m'honore d'avoir ici à défendre et leur cause et la mienne. Mais non..... je n'ai qu'à me réjouir de ce qu'un grand nombre de citoyens ont mieux servi la chose publique que moi. Je ne veux point prétendre à une gloire qui ne m'appartient pas.

Je ne fus nommé que dans la journée du lo ; mais ceux qui plus tôt choisis, dans la nuit même, étaient déjà réunis à la maison commune dans la nuit redoutable, au moment où la conspiration de la cour était près d'éclater, ceux-là sont véritablement les héros de la liberté ! Ce sont ceux-là qui, servant de point de ralliement aux patriotes, armant les citoyens, dirigeaient les mouvements d'une insurrection tumultueuse d'où dépendait le salut public; déconcertaient la trahison, en faisant arrêter le commandant de la garde nationale vendu à la cour, après l'avoir convaincu par un écrit de sa main d'avoir donné aux commandants de bataillon des ordres de laisser le peuple insur-

gent, pour le foudroyer ensuite par derrière

Citoyens représentants, si la plupart de vous ignoraient les faits qui se sont passés loin de %'08 yeux, il vous importe de les connaître, ne fût-ce que

I pour ne pas souiller les représentants du peuple

I français par une ingratitude fatale à la cau^e de

■ la liberté ; vous devez les entendre avec intérêt, au moins pour qu'il ne aoit pas dit qu'ici les dénonciations seules ont le droit d'être accueillies. Est^il donc si difficile de comprendre que, dans telles circonstances, celle municipalité tant calomniée dut renfermer les plus généreux citoyens? Là étaient ces hommes que la bassesse monarchique dédaigi^ , parce qu'ils n'ont que des âmes

f fortes et sublimes. Là nous avons vu, et eliez les citoyens et chez les magistrats nouveaux , des traits d'héroïsme que l'incivisme et l'imposture

i s'efforceront en vain de ravir à l'histoire.

Les intrigues disparaissent avec les passions qui les ont enfantées. Les grandes actions et les grands caractères restent seuls. Nous ignorons les noms des vils factieux qui assaillaient de pierres Catou dans la tribune du peuple lomaiu. Les regards de

. la postérité ne se reposent que sur l'image de ce

< grand homme.

Voulez-vous juger le conseil général révolutionnaire de la commune de Paris ? Placez-vous au sein de cette immortelle révolution qui l'a créé, et dont vous êtes vous-mêmes l'ouvrage.

On voua entretient sans cesse, depuis votre réu-

nioiiy d'intrigants qui s'étaient introduits dans ce corps. 3t sais qu'il en existait en efFet quelquesuns; et qui plus que moi a le droit de s'en plaindre I Et d'ailleurs quel corps si pur et si nom** breux fut absolument exempt de ce fléau. On vous dénonce éternellement quelques actes répréhensibles, imputés à des individus. J'ignore ces faits; je ne les nie ni ne les cit)is ; car j'ai entendu trop de calomnies pour croire aux dénonciations qui partent de la même source ^ et qui toutes porteni l'empreinte de l'affectation ou de la fureur. Je ne vous observerai pas même que l'homme de ce co]>seil général qu'on est le plus jaloux de compromettre , échappe nécessairement à ces traits , et je ne m'abaisserai pas jusqu'à observer que je n'ai jamais été chargé d'aucune espèce de commission, ni ne me suis mêlé en aucune manière d'aucune opération particulière. Je n'observerai pas que jamais je n'ai présidé un instant, que jamais je n'ai eu la moindre relation avec ce comité de surveillance tant calomnié ; car tout compensé , je consentirais volontiers à me charger de tout le4)ien et le mal que l'on reproche à ce corps révolutionnaire dans la vue de m'inculper personnellement. On lui reproche des arrestations qu'on appelle arbitraires.

Quand le consul de Rome eut étouffé la conspiration de Catilina , Clodius l'accusa d'avoir violé 4es lois. Quand le consul rendit compte au peuple de son administration, il jura qu'il avait sauvé la

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patrie^ et le peuple applaudit. Des arrestations illégales ! Est-ce donc le €ode criminel à la main qu'il faut apprécier les précautions salutaires qu'exige le salut public dans les temps de crise , amenés par Timpuissance même des lois? Que ne nous reprochez-vous d'avoir consigné les conspi** rateurs aux portes de cette cité ? D'avoir désarmé les citoyens suspects? Que ne faites-vous le procès à la municipalité et au corps électoral^ et aux sections de Paris, et aux assemblées primaires des cantons, let à tous ceux qui nous ont imités; car toutes ces choses étaient illégales ; aussi illégales que la révolution, que la chute du trône et de la Bastille; aussi illégales que la liberté elle-même. Mais, que dîs-je? ce que je présentais comme une hypothèse n'est qu'une réalité. Ne nous a-t-on pas reproché tout cela ? Ne nous a-t-on pas accusés d'avoir envoyé des commissaires dans les départe^ men4s pour propager nos principes, et les déterminer à s'unir aux Parisiens contre l'ennemi commun.

Quelle idée s'est-on formée de la dernière révolution ? La chute du trône paraissait-elle si facile avant le succès? Ne s'agissait- il que de faire un eoup de main aux Tuileries? Ne fallait-il pas anéantir dans toute la France le parti des tyrans, et communiquer à tous les départen^ents la commotion salutaire qui venait d'électriser Paris? Et comment ce soin pouvait -il être négligé par ces mêmes magistrats qui avaient appelé le peuple à

rinsurrection ? Il s'agissait de salut public ; ii y allait de leurs têtes! et on leur fait un crime d'avoir envoyé des commissaires aux autres communes pour les engager à avouer, à consolider leur ouvrage I La calomnie a poursuivi ces commissaires. Quelques-uns ont été jetés dans les fers. Le feuillantisme ou Tignorance ont calculé le degré de chaleur de leur style ; ils ont mesuré toutes leurs démarches avec le compas constitutionnel, pour trouver le prétexte de travestir les missionnaires de la révolution en incendiaires, en ennemis de l'ordre public.

Citoyens, voulez- vous une révolution sans révolution ? Quel est cet esprit de persécution qui est venu reviser, pour ainsi dire , celle qui a brisé nos fers? Mais comment peut -on soumettre au jugement de qui que ce soit les* effets qui peuvent entraîner ces grandes commotions ?

Qui peut mai*quer, après coup, le point précis où devaient se briser les flots de l'insurrection populaire? A ce prix, quel peuple pourrait jamais secouer le joug de la tyrannie ; car, s'il est vrai qu'une grande nation ne peut s'élever par un mouvement simultané , et que la tyrannie ne peut être frappée que par la portipn des citoyens qui est plus près d'elle, comment ceux-ci oseront -ils l'attaquer , si, après la victoire, ils peuvent devenir responsables de la durée ou de la violence de la tourmente politique qui a sauvé la patrie ? Ils doivent être regardés comme fou-

d^s de procuration tacite pour la société entière.

Les Français amis de la liberté,. réunis à Paris au mois d'août dernier, ont agi à ce .titre au noni de tous les départements ; il faut les approuver on les désavouer tout-à-fait. Leiir faire un crime de quelques désordres apparents ou réels, inséparables d'une grande commotion; ce serait les punir d'avoir sauvé l'État. Ils auraient droit de dire à leurs juges : Si vous désavouez les moyens que nous avons employés pour vaincre, laissez -^notîs les fruits de la victoire , reprenez votre constiturtion et toutes vos lois anciennes) mais restitueznous le prix, de nos sacrifices et de nos combats , rendez-nous nos concitoyens, nos frères, nos enfants qui sont morts pour la cause commune.

Et ne pensez pas que j'ai invoqué ces principes éternels , parce que nous avons besoin de couvrir d'un voile quelques actions réprëhensibles. Non; nous n'avons point failli , j'en jure par lé trône renversé, et par la république qui s'élève sur ses. ruines.

On vous a* parlé bien souvent des événements du 2 septembre ; c'était le sujet auquel j'étais le plus empêché d'arriver, et je le traiterai d'une manière absolument désintéressée.

Arrivé à cette partie de son discours , Louve t lui-même a généralisé d'une manière trop vague l'accusation dirigée auparavant contre moi persoh* nellement. Il n'en est pas moins certain que la calomnie a travaillé dans l'ombre. Quoi qu'il en

soit y ceux qui ont dit que j'avais eu la moindre part à ces événements^ sont des hommes ou excessivement crédules, ou excessivement pervers. Quant à l'homme qui , comptant sur le succès de la difTamation, dont il avait d'avance ourdi la trame, a cru pouvoir imprimer impunément que je les avais dirigés, je me contenterais de l'abandonner aux remords, s'il était digne encore de ce supplice; mais je dirai , pour ceux que l'imposture aurait pu égarer, qu'avant l'époque où ils sont arrivés, j'avais cessé de fréquenter le conseil général de la commune; que l'assemblée électorale, dont j'étais membre, avait commencé ses séances; que je n'ai appris ce qui se passait dans les prisons que par le bruit public, et plus tard que la plus grande partie des citoyens : car j'étais chez moi , ou dans les lieux où mes fonctions publiques m'appelaient.

Quant au conseil général de la commune, il est également certain aux yeux de tout homme impartial, que, loin de provoquer les événements du 2 septembre, il a fait tout ce qu'il était en son pouvoir pour les empêcher. Si vous demandez pourquoi il ne les a pas arrêtés, je vais vous le dire.

Pour se former une idée juste de ces événements, il faut chercher la vérité, non pas dans les écrits ou les discours calomnieux qui les ont dénaturés , mais dans l'histoire de la dernière révolution. Ceux qui ont cherché à vous persuader qu'il n'y avait aucune analogie entre l'une et l'autre

des deux époques, ont feint de ne connaître ni les faits ni le cœur humain.

Un grand nombre de citoyens ayaient pensé que la journée du lo avait rompu les fils des conspirations royales 9 et regardaient la guerre comme terminée, quand tout à coup la nouvelle se répand dans Paris que Longwi a été livré, que Verdun a été livré, et, qu'à la tète d'une armée de cent mille hommes, Brunswick s'avance vers Paris ; aucune place forte ne nous séparait des ennemis. Notre armée divisée, presque détruite par les trahisons de La Fayette, manquait de tout; il fallait songer à la fois à trouver des armes, des effets de campement, des vivres et des hommes. Le conseil exécutif ne dissimulait m ses cràinM ni son embarras. Le danger était <g«and; il paraissait plus grand encore. Danton sef présente à l'assemblée législative, lui peint vivement les -périls et les ressources , la porte à prendre quelques masures vi-goureusès, et donne une grande impulsion à l'opinion publique» Il se rend à la maison commune, et invite la munieifi^aHlé à faire sonner le tocsin. Le conseil général de la commune sent qiue la patrie ne peut être sauvée que par les prodigesrque Tenthousiasmede la liberté pèut^eul enfanter,, et qu'il faut que Paris . tout eMier.fs'dbmmle.pour voler au devant des Prussiens. U Saxt sonner le tocsin pour avertir tous les citoyens de.côurir aux armes. Toutes les sections signalent à l'envi leur activité et leur courage ; le petiple entier est levé,

mais les volontaires manquaient d'armes; il leur en procure par tous les moyens qui sont en son pouvoir. En un instant, quatre cent mille hommes sont armés y équipés ^ rassemblés, et marchent vers

Cbàlons

Au milieu de ce mouvement universel, l'approche des enpemis étrangers réveille le sentiment d'indignation contre ceux qui les avaient appelés. Avant d'abandonner leurs femmes et leurs enfants, ils veulent.là punition des conspirateurs qui leur avait été souvent promise; On court aux prisons... Les magistrats pouvaient-ils arrêter le peuple? car e^était un mouvement populaire , et non la sédition partielle de quelques scélérats payés pour assassiner leurs semblables* J'ai entendu des gens me dire, froidement que la municipalité devait proclamer la loi martiale à l'approche des ennemis !. La loi martiale à l'approche des ennemis I la loi martiale après le i o août ! Que pouvaient les magistrats contre la volonté déterminée d'un peuple indigné, qui opposait à. leurs discours^ et le souvenir de la victoire remportée sur la tyrannie, et le dévouement avec lequel il se précipitait au-* devant des ennemis étrangers, et qui reprochait aux lois mémues la longue in^unité des traîtres qui déohicaieni'Ie'^seihde leur patrie. ...? Ne pouvant les déterminer  se reposer sur les tribunaux , du soin de leur punition , des officiers municipaux les engagèrent à suivre des formes nécessaires, dont* le but était de ne pas confondre avec les cou-

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pables qu'ils voulaient punir, les citoyens détenue pour des causes étrangères à la conspiration du lo août; et ce sont les officiers municipaux qui ont exercé ce ministère, le seul service que les circonstances permettaient de rendre à l'humanité, qu'on vous a présentés comme des brigands sanguinaires* '

Le zèle le plus a|:*dent pour l'exécution des lois ne peut justifier ni l'exagération ni la calomnie, et je pourrais citer ici -contre les déclamations de Louv£t un témoignage noa suspect, c'est celui du ministre de l'intérieur, qui, en blâmant ces exëcutionâ populaires 9 . n'a pa^. eraint de parler de Te^prit de prudence et. de générosité ^jue le peuple, c'est son expression, aveit montrée jusque dans cette conduite illégfile. Que dis-je ! jepour-^ rais citer^ en faveur du conseil général de la commune» Loiivet lui*i;nème^ qui commençatit l'une des c-vfScbes-de la sentipe^lid par cé^.miiWAiffermeuit^ OU' cpns^ général deia-o^¥nmiinej ilafait sonner le tocsiA, il a sawé l(i ptUrie..,.. C'était alors que cpffljQençaifSQt l^s ppératiônst^Mr <K>rps électoral de

Papis.:j% •; vv*:'^'.-^^^.,\^ '•^'- ''■: ' ■':*■ ' '" ■" "■' " :

On d#.ui^\^^un jaiioceBit a jpèri,. Ons'est p)u à en ^exagérer le nombi^^ : m^s^ un seul , c^ist. beau«^ coup, trop sans doute. Cilôyens:, pleures cettdméprisecruelle* Nous l'avons pleuré dès long^teippa^, c'était un* bon citoyen, c^était donc l'un .de ^nos) amis. Pleurez même les victisies coupables résar^ véQS à la fvengeance des lois^ qui ont tombé sous ie

36o PIÈCES JUSTIFICATIVES*

glaive de la justice populaire; mais que votre dou^ leur ait un terme ^ comtne toutes les choses humaines. Gardons quelques larmes pour des calamités plus touchantes. Pleurez cent mille patriote» immolés par la tyrannie; pleurez nos citoyens^ empirants sous leurs toits embrasés^ et les fHs de nos citoyens massacrés au berceau ou dans les bras de leur mère : n'avez -vous pîis aussi des frères, des enfanftSy des épouses à venger? La^familte de» législateurs français^ c'est la patrie ^ c'est le genre humain tout entier, moins les tyrans et leui^ com^ plices (on applaudit).

Pleurez donc y pleureâS l'humanité abattue sous leur joug odieux ; mais consolèz^vous en assurant le bonheur de votre pays, et en préparant celui du monde; consolez-vous en rappelant sur la terre TégaLlité et la justice exilées, et en tarissant, psir des lois justes, la isource des crimes ef des misèreS' dd vos semblables. La sfensibilité qui gémit presque exclusivement pour les ennemis de la liberté m'est suspecte. Cessez d'agiter sous mes yeùt la robe sanglante du tyran, ou je croirai que vous voulez remettre Rome dans les fers (nombretix et'vifs applaudissetnerUs d^une grande partie des tri-' bunes). En lisant ces- tableaux pathétiques des désastres des Lamballe, des Môntmorin, des Lessarty de la consternation des mauvaii» citoyens, et ces déclamations violenter contre des hommes connus sous de» rappcf'ts opposés, n'avez- vous piss cru entendre un manifeste de Brunswidk ou de

Condé ? Calomniateurs éternels , voulez-vous venger le despotisme ? Voulez-vous flétrir le berceau de la république? Voulez- vous déshonorer, aux yeux de l'Europe, la révolution qui l'a enfantée, et fournir des armes à tous les ennemis de la liberté? Amour de Thumanité vraiment admirable, qui tend à enhardir nos ennemis, à cimenter la misère et la servitude des peuples, el^ qui cache le désir barbare de se baigner dans le sang des patriotes ! A ces terribles tableaux, mon accusateur a lié le projet qu'il me supposait d'avilir le corps législatif, qui, dit-il, était continuellement tourmenté, méconnu > outragé par lin insolent démagogue qui venait à sa barre lui ordonner des décrets; espèce de figure par laquelle Louvet a travesti deux pétitions que je fus chargé d&.présénter à l'assemblée législative aii nom du conseil- général de la commune , relativement à:la résurrection du département/de Paris. Pour apprécier ce çhef-d'œuvré d'accusation , il faut coi^naitre quel étidt le motif de cette.démarche de 4a commune. La révolution dtt:xO avaitnéoessairementfaict disparaître l'autorité 'dy département 9 avec celle de la cour, dont il's'était déclaré le champion; et leconseil général de la commune en exerçait le pouvoir. Il était fermenient convaincu, comme tous les citoyens, qu''il lui serait impossible de soutenir le poids de la révolution commencée, si on le paralysait par le résurreetion du> département dont le nom seul était devenu odieux.

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Cependant^ dés le lendemain du premier jour de la révolution^ des membres de la commission des vingt-un, qui préparait les travaux les plus importants de l'assemblée, avaient préparé un projet de décret dont Tobjet était d'énerver le pouvoir du conseil général , en le renfermant dans les limites de l'autorité qu'exerçait celui qui l'avait précédé. Le même jour, des affiches où le conseil général était di£Pamé , couvrirent les murs de Paris , et nous connaissions les auieuj*s de ces- affiches ; ils ont beaucoup de rapports avec les auteurs de l'accusation à laquelle je réponds. Le premier projet ayant échoué, on imagina de créer un nouveau département, et le 1:2 ou le i3, on surprit, à l'as-* sQQ^bléç, uô décret qui en déterminait l-organisa^ tion. Le soir, je fus chargé par la commune de venir présenter à l'assemblée nationale des observ^onspuiâées dans.les {principes que j'ai indiqués. EUea fuirent appuyées par plusieurs membres, not&iHAneoï ; p^ iLacroiiL^iqiil alla même : jusqu^à cenirarûp.la commissioBjdés-viDgt-riin^ià qui il attribuait; le décret:; et aur: sa rédactioa môme, l'assemblée dé^créta que les fonctions des nouveaux, corps administratifs sie borneraient aux matières d^imposition, et que relativement aux mesures de salut public et de police, le conseil général ne correspondrait directement qu'avec le corps législatif.

Deux jours après , uûe circonstance singulière* nous ramena à la barre pour le même objet; la

PIÈCES jusTincÀTiTËS. 365

lettre de convocatioa expédiée par le ministre Roland, pour nommer les membres de Tadministralion provisoire du département, n'était point calquée sur le dernier décret de l'assemblée législative, qui en circonscrivait les fonctions. Le conseil général crut devoir réclamer contre cette conduite, et il crut -que le seul moyen de prévenir toutes ces divisions et tous les conflits d'autorité, si dangereux dans des circonstances aussi orageuses, était que l'administration provisoire ne prit que le titre de commission administrative, qui déterminât clairement l'objet des fonctions qui lui étaient attribuées par le dernier décret. Tandis qu'on discutait cette question à la commune, des membres nommés pour composer le directoire viennent lui jurer fraternité, et lui déclarer qu'ils ne voulaient prendre d'autres titres que celui de commission administrative. Ce trait de civisme, digne des jours qui ont vu renaître la liberté, produisit une^ scène touchante. On arrête que les membres du'dircfé** toire et des députés de la commune se rendront à l'assemblée législative pour lui en rendre compte, et la. prier de consacrer les mesures salutaires dont je viens de parler. Je portai la parole; c'est cette pétition que Louvet a qualiBée d'insolente. Voulez^ vous apprécier ce reproche? interrogez Hérault, qui. dans cette séance présidait le corps législatif; il nous adressa une réponse véritablement républicaine; qui exprimait une opinion aussi favorable à l'objet de la pétition

564 PIÈCES JUSTIFICATITE^.

qu'à ceux qui la présentaient. Nous fûmes invitéS' à la séance.

Quelques orateurs ne pensèrent pas comme Hérault. Lacroix combattit assez durement et notre demande et nos personnes. On passa à l'ordre du jour. Lacroix vous a dit que, dans le coin du côté gauche y je l'avais menacé du tocsin. Lacroix sans doute s'est trompé , et il était possible de confondre ou d'oublier les circonstances , dont j'ai aussi des témoins^ même dans cette assemblée , et parmi ks membres du corps législatif. Je vais les lui rappeler. Je me souviens très -bien que dans ce coin dont on a parlé , j'entendis certains propos qui me parurent assez feuiilantins , assez peu dignes des circonstances où nous étions; entre autres celui-ci , qui s'adressait à la commune : Que ne faites-vous recommencer le tocsin ? C'est àce propos^ ou à Utt autre pareil , que je répondis : (r Les sonneurs de tocsin sont ceux qui cherchent à aigrir les esprits par l'injustice, d Je me rappelle encore qu'alors un de mes collègues^ moins.patient que moi^ dans un aeeès d'humeur, tint en effet. le propos qu'on m'attribue, et d'autres m'ont entendu moi-«méme le lui reprocher. Quant à la répétition du même propos que Ton me fait redire au comité des vingtun, la fausseté de de fait est encore plus notoire. Je ne retournai au conseil général que pour y dénoncer le corps législatif, dit Louvet; ce jour-là, je retournai au conseil général pour rendre compte de ma mission. Je parlai avec décence de l'assem-

blée nationale ; avec franchise de quelques membres à qui j'imputai le projet de faire rétrograder la liberté. On aosé^ par un rapprochement atroce , insinuer que j^avais voulu compromettre la sûreté de quelques députés , en les dénonçant à la commune durant les exécutions des conspirateurs.

J'ai déjà répondu à cette infamie^ en rappelant que j'avais cessé d'aller à la commune avant cet événement, qu'il ne m'était pas plus donné de prévoir, que les circonstances subites et extraordinaires qui l'ont amené. Faut- il vous dire que plusieurs avant moi avaient déjà dénoncé la persécution tramée contre la commune par les deux ou trois personnes dont on parle, et ce plan de calomnier les défenseurs de la liberté et de diviser les citoyens, au moment où il fallait réunir ses efforts pour étouffer les conspirations du dedans et repousser les ennemis étrangers ? Quelle est donc cette affreuse doctrine : que de dénoncer un homme et l'assassiner, c'est la même chose ? Dans quelle république vivons-nous, si le magistrat qui, dans une assemblée municipale, &'explique librement sur les auteurs d'une trame dangereuse, n'est plus regardé que comme un provocateur au meurtre ! Le peuple, dans la journée même du lo août, s'était fait une loi de respecter les membres les plus décriés du corps législatif; il a vu paisiblement Louis XVI et sa famille traverser Paris, de l'assemblée au Temple, et chacun sait que personne n'avait prêché ce principe de conduite plus

souvent et avec plus de zèle que moi, soit avant, soit depuis la révolution du lo ao^t. Citoyens, si jamais, à l'exemple des Romains, nous élevons un temple à la Peur, je suis d'avis quISn choisisse les ministres de son culte parmi ceux-là même qui nous entretiennent sans cesse de leur courage et de leurs dangers^ Mais comment parlerai -je de cette lettre prétendue, timidement, et j'ose dire très - gauchement présentée à votre curiosité.

Une lettre énigmatique adressée à un tiers des brigands anonymes I des assassins anonymes I et au milieu de ces ténèbres ! Ce mot, jeté comme au hasard : ils ne veulent entendre parler que de Robespierre! Des réticences, des mystères dans une chose si grave ! Homme vertueux, homme exclusivement, éternellement vertueux, en vous adressant à la convention nationale avec un rapport bien astucieux , après tant de libelles, tant de pamphlets de toute espèce, où voulez-vous donc aller par la route du crime ? Vous avez essayé l'opiqion : vous vous êtes arrêté, épouvanté vousmême de votre propre audace vous avez bien

fait. La nature ne vous a moulé ni pour de grandes actions ni pour de grands attentats. Je m'arrête ici moi-même par pitié pour vous ; mais une autre fois, examinez mieux les instruments qu'on met entre vos mains. Vous ne connaissez pas l'abominable histoire de l'homme qui a écrit cette missive énigmatique; cherchez-la si vous en avez le cou-

rage dans les monuments de la police; et croyez^ vous que si je voulais m'abaisser à de pareilles plaintes y il mo: serait difficile de vous présenter des dénonciations un peu plus précises et mieux appuyées ? Je les ai dédaignées jusqu'ici. Je sais qu'il y a' loin du dessein profondément conçu de commettre un grand crime, à certaines velléités et à certaines menaces dont j'aurais pu faire beaucoup de bruit : d'ailleurs, je n'ai jamais cru au courage des méchants. Mais réfléchissez sur vousmême. Voyez avec quelle maladresse vous vous embaiTassez vous - même dans vos propres pièges^ Vous vous tourmentez depuis long -temps pour arracher à la convention nationale une loi contre les provocateurs au meurtre. Qu'elle soit portée; ne voyez-vous pas la première victime qu'elle doit frapper? c'est vous-même. N'avez-vous pas dit caloronieusement, ridiculement, que j'aspirais à la tyrannie ? N'avez-vous pas juré par Brutus d'assassiner les tyrans ?

Vous Voilà donc convaincu par votre propre aveu d'avoir provoqué tous les citoyens à m'assassiner ? N'ai-je pas déjà entendu à cette tribune des cris de fureur répondre à vos exhortations? Et ces promenades de gens armés qui bravent au milieu de nous l'autorité des lois et des magistrats; et ces cris qui demandent les têtes de quelques représentants du peuple qui mêlent des imprécations contre moi à vos louanges et à l'apologie de Louis XVI, qui les a appelés, qui les égare, qui

368 PIÈCES JUSTIFIGATITSS.

les excite ? Et vous parlez de lois ^ de vertus , d'agitateurs et d'assassins !

Mais sortons de ce cercle d'infamies que vous nous avez fait parcourir, et arrivons à la conclusion de votre libelle.

Indépendamment de ce décret sur la force armée que vous cherchez à extorquer par tant de moyens y indépendamment de cette loi tyrannique contre la liberté individuelle et contre celle de la presse, que vous déguisez sous le spécieux prétexte de la provocation au meurtre } vous demandez une loi de proscription contre les citoyens qui vous déplai^nt, sous le nom d'ostracisme. Ainsi vous ne rougissez plus d'avouer ouvertement le motif honteux de tant d'impostures et de machinations. Ainsi vous ne parlez de dictature que pour l'exercer vous-mêmes sans aucun frein; ainsi vous ne parlez de proscriptions que pour proscrire et tyranniser. Ainsi vous avez pensé que pour faire de la convention nationale le vil instrument de vos coupables desseins, il vous suffirait de prononcer devant elle un roman bien astucieux, et de lui proposer de décréter, sans désemparer, la perte de la liberté et son propre déshonneur.

Que me reste-t-il à dire contre des accusateurs qui s'accusent eux-mêmes? Ensevelissons, s'il est possible, ces misérables machinations dans un éternel oubli. Puissions -nous dérober aux regards de la postérité ces jours honteux de noire histoire, où les représentants du peuple, égarés par de mépri-

WÈCES JUSTIFICATIVES. 669

sables ialrigues, ont paru oublier les grandes deslié#e8 auxquelles ils étaient appelés. Four moi^ je né'piÉiidrai aucune conclusion qui me soit personnelle. J'ai renoncé au facile avantage de répondre fim^ calomnies de mes adversaires par des dénonciations plus redoutables. J'ai voulu supprixni^ la partie offensive de ma justification. Je re- MMB à la juste vengeance que j'aurais le droit de poursuivre contre mes calomniateurs ; je n'en demande point d'autres que le retour dé' la paix et le triomphe de la liberté (on applaudit). Citoyens, parcourez d'un pas ferme et rapide votre carrière., et puîssé-je, aux dépens de ma vie et de ma réputation même, concourir avec vous à la gloire et au bonheur de notre commune patrie !

( Moniteur du 6 nos^embre 1 792 , /i* 5 1 à . )

Syo

DISCOURS DE PETIOBT (

Citoyens, je m'étais promis de gardai* le- aj le plus absolu sur les évënements qui se sont depuis, le lo août : des motifs de délicatesse et de bien publia me déterminaient à user de réserve. Mais il est impossible de me taire plus h>ng- temps : de Tune et l'autre part on invoque mou témoignage ; chacun me presse de dire mon opinion ; je vqiis dire, avec franchise ce que je sais sur quelques hommes , ce que je pense sur les choses.

J'ai vu de près les scènes de la révolution ; j'ai vu les cabales, les intrigues, les luttes courageuses entre la tyrannie et la liberté, entre le vice et la vertu. Quand le jeu des passions humaines parait à ^ découvert; quand on aperçoit les ressorts secrets qui ont dirigé les opérations les plus importantes ; quand on rapproche les événements de leurs causes ; quand on connaît tous les périls que la liberté a courps ; quand on pénètre dans l'abime de la cor-

(i) Ce discours, que la clôture empêcha de prononcer, fut eiiToyë au Moniteur par Jérôme Pëtion : il est curieux à méditer. Son esprit est dirige dans le sens de Louvet. Tout ce qu^il a de palpable yient au contraire à Fappui de Robespierre.

{JVote de l'j4uteur,)

rupliôn qiii menaçait à chaque instant de nous engloutir^ on se demande avec étonnement par quelle suite de prodiges nous sommes arrivés au point où nous nous trouvons aujourd'.hui. Les révolutions veulent être vues de loin; ce prestige ^ leur est bien nécessaire : les siècles effacent les tacbes qui les obscurcissent ; la postérité n'aperçoit que les résultats. Nos neveux nous croiront grands ; rendoiid^les meilleurs que nous. Je laisse en jarriére les fait» Wtérieurs à cette journée à jamai»;méffîOT rable y <|ui a élevé la liberté sur les ruinesi de la. tyraiinie> et qui à changéila monarchie es: répu^ blique. » - » • / . :m:i «i::.'

Les hianmes qui ae: sont attribué la. gloiraide cette jbUlÀée/ sont. les hommes 4 qui e{^ iâppar«> iieilt^b;moins; elle est due à ceux qui Tontprépa^ rée (i)| elle est due à- k.natilre impérieuse dès €bo$ès ; eUe est due aus braves fédérés e£À leanttj*rèctôire secret , qui concertait depuis loag-^tefiipis le plan dte;rinsurreclioa^ellè' est due au^ peuple; elle-e^i d^ie enfin au génie* tuliâaire. qiii-^pi^side eonsta.m9l€is.t aux destins de la France/ de^i^is la prepiélhe- aâseiwblée de ^es. représ^tanls; li iatti le dire ; un moment le succès fut incertain^ 0t>4mix qui sont vraiment instruits .des détails de.xelte

(i) Jalousie^contre les hommes (Tuotion. Haine contre eéax qui ont sa faire ce que la Gironde désirait , sans ^tre capables de la* tenter. Voilà tout le secret de ce paragraphe.

( Nota ùe VAuUiiv, )

572 PIÈGES justificatives;

journée » savent quels furent les intrépides défenseurs de la patrie , qui empêchèrent les Suisses et tous le& satellites du despotisme de demeurer mai^ très dû c^amp de bataille ; quels furent ceux ^ui rallièrent nos phalanges citoyennes un instant ébranlées. Cette journée avait également lieu sans le concours des commissaires de plusieurs sections réunis à la maison commune. Les membres de Tancienne municipalité , qui n'avaient pas désem-^ paré pendant la nuit^ étaient encore en séance à neuf heures et demie du matin. Ces commissaires conçurent néanmoins u^grgrande idée^ et prirent une mesure hardie en s'emparant de tous les pouvoirs municipaux ^ et en se mettant à la place d'un conseil ^ftéi^al dont ils redoutaient la faiblesse et la çtorruption. lU exposèrent courageusement leur vie dans le cas oùie^uccës ne justifierait p^/l'en^ ti*ejNise (i). Si ces commissaires eussent eu la sa-^ gesse de savoir déposer a temps leur autorité , de rentrer au rang de simples citoyens après la belle action qu'ils avaient faite ; ils se seraient couverts de gldne; mais ils ne surant pas rédstér à t'ai<trail àvL peui^iTy et l'envie de dominer s'empara

d'iBUX (2).' 'i ■■<■

. (i) £l cependant vous dites qu« la gloire du 10 août ne doit pas retomber sur eux ! Voilà le premier fait que vous citez j il est déjà contraire à notre exorde dëclsmatoire ! (lYote de P Auteur.)

(a) Et quel pouvoir, excepté eux, a cherché à rendre les événements du 10 août profitables à la cause de la liberté ?Qoel pouvoir, excepté eux, a régné pendant quarante jours? L'assemblée? Elle

PhèCES JUSTIFICATIVES. Zj5

Dans les premiers moments d'ivresse de la conquête de la liberté, et d'après une commotion aussi violente^ il était impossible que tout rentrât à l'instant dans le calme et dans l'ordre accoutumé ; il eût été injuste de l'exiger. On fît alors au nouveau conseil de la commune des reproches qui n'étaieaX pas fondés ; ce n'était connaître ni sa positioik ni les circonstances. Mais ces commissaires commencèrent à les mériter , lorsqu'ils prolongèrent eux -«mêmes le mouvement révolutionnaire au-delà du. terme (x),. L!assemblé& nationale s'était prononcée ; elle avait pris un grand caractère ; elle avsMt rendu des décrets.qui salivaient l'empire ; elle avait suspendu le roi ; elle avait effacé la ligne de démarcation qui séparait les citoyens en deux classes; elle avait appelé la convention. Le parti royaliste était abattu ; il fallait dès-lors se rallier à elle ^ la fortifier de l'opinion , l'environner dé la confiance : le devoir et la saine politique le voulaient ainsi.

La commime trouva plus? grsmd de rivaliser avec l'assemblée ; elle établit une lutte qui n'était propre qu'à jeter de la défaveur sur tx>ut ce qui s'était

ëtait tombée dans une léthargique faiblesse. Le colaseil? Tous ses eifeti <>ot eu pour but de paralyser Fënergique audace de Danton.

. (JVotù de V Auteur») (i) Fixez donc le terme où se termine leur belle action et où leur crime commence. Ce paragraphe est leur apologie, et vous Youlez en faire leur acte d'accusation.

{Bfote d^ routeur.)

Jij^ PIÈCES jrOSTIFICATlVES.

passé ; qu'à faire croire que l'assemblée était sous le joug irrésistible des circonstances*. Elie obéissait oti résistait aux décrets, suivait qu'ils favorisaient ou contrariaient ses rues; elle prenait , dan^ ses représentations au corps législatif, des formes im«périeuaes et irritantes ; elle affectait la puissance , et ne savait ni jouir de ses triomphes ni les faire pardonner. On était parvenu à persuader aux uns que tant que l'état révolutionnaire durerait, le pouvoir étant remonté à sa source, l'assemblée natio-* nale était sans caractère; que son existence était précaire, et que les assemblées deefîttnmune étaient les seules autorités légales et puissantes. On avait insinué aux autres que les chefs d'opinion dans l'assemblée nationale avaient des projets^ perfides,, voulaient renverser la liberté et livrer la république aux étr£h[igers : de sorte qu'un grand nombre des membres du conseil croyait user d'un droit légitimé, lorsqu,'il usurpait l'autorité; croyait ré<sister à l'oppression , lorsqu'il s'opposait à là loi j. croyait faire un acte de civisme , lorsqu'il mamfuait à ses deVoirs de eitoyen; Néanmoins au milieu de cette anarchie, la commune prenait de teinps en temps des arrêtés salutaires (i). J'axais été conservé dans ma place, mais elle n'était plus qu'un vain titre : Ven cherchais inutilement les fonc-

tions; elles étaient éparses entre toutes les mains,

(i) C'est là SOU excuse. i* . .

{JYote de V Auteur.)

Pl&GKS lUSTIFIGJLTIYfiS* 575

et chacun les exerçait. Je me rendis ^ les premiers jours, au conseil : je fus effrayé du dés* ordre qui régnait dans cette assemblée et, surtout» de Tesprit qui la dominait. Ce n'était plus un corps administratif, délibérant sur les aflairos communales; c'était une assemblée politique, se croyant investie de pleins pouvoirs , discutant les grands intérêts de l'État, examinant les lois faites et eu promulguant de nouvelles. On n'y parlait que de complots contre la liberté publique ; on y dénonçait les citoyens; on les appelait à la barre; on les entendait publiquement; on les jugeait; on les renvoyait absous, ou on les retenait. Les règles ordinaires avaient disparu ; l'effervescence des es* prits était telle, qu'il était impossible de retenir ce torrent. Toutes les délibérations s^emportaient avec l'impétuosité de l'enthousiasme; elles se suc-» cédaient avec une rapidité effrayante; le jour, la nuit, sans aucune interruption, le conseil était toujours en séance. Je ne voulus pas que mon nom fut attaché à une multitude d'actes aussi irrégu« liers, aussi centralises aux principes (i).

propre rapport rdsulto quo rnntratacmont du connoil d« la une était nc^cessito' par les circonstances , èl 'rjirun» m'ulirtudo

(]) Vous regrettiez la perte do votr^^inilitoaçe, indê Ift^ffi/li^ifi^b. Totre commune

d^aeie» j comraires aux principes , étMeaiUêù'HiU dé Tdhiour'dé U patrie. Je Toudrais $ayoiv mamicnàutiiuelê^riMéipeê doivvut diriger un conseil réyolulionnaire, 11 ne tient son mandement rfuo du xélo du ^ ^ , , . '

376 PIÈCES JilSTIFICATÏVÈS.

Je seûiis également combien il était sage et utile de ne pas approurer/ de ne pas fortifier par ma présence tout ce qui s'y passait. \Geux qui dans le conseil craignaient de m'y voir; ceux que mon aspect gênait 9 désiraknt fortement que le peuple ^ dont je conserydis la confiance y crût que je présidais à ses opérations^^ et que rien ne se faisait que de concert. avec moi. Ma. réserve, à cet égard, accrut leur inimitié ; mais ils n'osèrent pas la manifester trop ouvertement, crainte de déplaire à ce peuple dont ils briguaient la faveur. Je parus rarement; et la conduite qtxe je tins dans cette position, très - délicate , entre l'ancienne municipalité qui réclamait contre sa destitution , et la nouvelle qui se prétendait légalement instituée,' ne fut pas inutile à la tranquillité publique : car si alors je me fusse prononcé forte« mept pour ou contre, j'occasionais un déchirement qui aurait pu avoir des suites très-* funestes. £n tout il est un point de maturité qu'il faut savoir saisir^

L'adminîstradon fut négligée; le maire ne fut plus un centre d'unité : tous les fils furent coupés entre mes mains. Le pouvoir fut dispersé ; l'action de surveillance fat satfs force, l'action réprimante le fut également. Robespierre prit de l'ascendant dans le conseil ; il était difficile que cela ne fût pas ainsi dans les circdnstandeâ où nou^ nous trouvions, et avec la trempe de son esprit. Je lui entendis prononcer un discours qui me contrista Tàme. Il s'agis-

PIÈGES JUSTIFICATIVES . Zjf

sait du décret qui ouvrait les barrières, et^ à ce sujet , il se livra à des déclamations très -animées, aux écarts d'une imagination sombre; il aperçut des précipices sous ses pas, des complots liberticides; il signala les prélendus^onspirateurs ; il s'adressa au peuple , échauffa les esprits , et occa-* siona, parmi ceux qui l'en tendaient , la plus vive fermentation. Je répondis à ce discours pour rétablir le calme, pour dissiper ces noires illusions, et ramener la discussion au seul point qui dût occuper l'assemblée. Robespierre et ses partisans entraînaient ainsi la commune dans des démarches inconsidérées, dans des partis extrêmes. Je ne suspecterai pas pour cela les intentions de Robes- « pierre : j'accuserai plus sa tète que son cœur; mais les suites de ses noires visions ne m'en causaient pas moins d'alarmes. Chaque jour les tribunes du conseil retentissaient de diatribes violentes ; les membres ne pouvaient pas se persuader qu'ils étaient des magistrats chargés de veiller à l'exécution des lois et au maintien de l'ordre ; ils s'envi-* sageaient toujours comme formant une association révolutionnaire. Les sections assemblées recevaient cette influence , la communiquaient à leur tour ; dt sorte qu'en même temps tout Paris était en feimentation.

^ comité de surveillance remplissait les prisons On ne peut pas se dissimuler que, si plusieurs de s^ arrestations furent justes et nécessaires, d'autiçs furent légèrement hasardées. Il faut moins

en accuser les chefs que leurs agents (i) ; la police étairmal entourée : un homme , entre autres, dont le nom seul est devenu une injure , dont le nom jette Tépouvante dans l'âme de tous les citoyens paisibles^ semblait s'être emparé de sa direction et de ses mouvements. Assidu à toutes les conférences, il s'immisçait dans toutes les affaires; il parlait, il ordonnait en maître; je m'en plaignis hautement à la commune , et je terminai mon opinion par ces mots : Maràt est le plus insensé ou le plus scélérat des hommes. Depuis, je n'ai jamais parlé de lui. La justice était lente à pro-* noncer sur le sort des détenus, et ils s'entassaient de plus en plus dans les prisons. Une section vint en députation au conseil de la commune, le 25 août y et déclara formellement que les citoyens, fatigués, indignés des retards que l'on apportait dans les jugements , forceraient les portes de ces asiles , et immoleraient à leur vengeance les coupables qui y étaient renfermés. Cette pétition, conçue dans les termes les plus délirants, n'éprouva aucune censure ; elle reçut même des applaudissements. Le 26, mille à douze cents citoyens armés sortirent de Paris pour enlever les prisonniers d'État , détenus à Orléans ,' et fes transférer ailleurs. Des nouvelles f&cheuses vinr^t encore augmenter l'agitation des esprits : on in-

(i) Et c'est contre les chef| que vous dirigez une accusatloa apitalc.

(JVote de VAufur* )

PIÈCES JUSTIFICATIVES. SyQ

Donça la trahison de Longwjr, et, quelques jours après y le siège de Ferdun. Le 27 » l'assemblée^nationale invita le département de Paris et ceux environnants à fournir trente mille hommes armés pour voler aux frontières. Ce décret imprima un nouveau mouvement, qui se combina avec ceux qui existaient déjà. Le Si, l'absolution de Montmorin souleva le peuple. Le bruit se répandit qu'il avait été sauvé par la perfidie d'un commissaire du roi y qui avait induit les jurés en erreur. Dans le même moment, on publia la révélation d'un complot fait par un condamné , complot tendant à faire évader tdus les prisonniers , qui devaient ensuite se répandre dans les villes, s'y livrer à tous les excès , et enlever le roi. L'effervescence était à son comble. La commune , pour exciter l'enthousiasme des citoyens, pour les porter en foule aux enrôlements civiques, avait arrêté de les réunir avec appareil au Champ-de-Mars , au bruit du canon.

Le n septembre arrive, le canon d'alarme tire, le tocsin sonne ; ô jour de deuil I A ce son lugubre et alarmant, on se rassemble, on se précipite dans les prisons ; on égorge, on assassine. Manuel, plusieurs députés de l'assemblée nationale» se rendent dans ces lieux de carnage ; leurs eiforts sont inutiles, on immole les victimes jusque dans leurs bras! £h bien ! j'étais dans une fausse sécurité, j'ignorais ces cruautés; depuis quelque temps on ne me parlait de rien. Je les apprends eniin.

el comment ? D'une manière vague, indirecte ^ défigurée ; on m'ajoute en même temps que tout est fini. Les détails les plus déchirants me parviennent ensuite; mais j'étais dans la convictio» la plus intime que le jour qui avait éclairé ce» scènes affreuses ne reparaîtrait plus. Cependuat elles continuent. J'écris au commandant général ^ je le requiers de porter des forces aux' prisons : il ne me répond pas d'abord : j'écris de nouveau ; il me dit qu'il a donné des ordres. Rien n'annoncé que ses ordres s'exécutent ; cependant elles continuent encore : je vais au conseil de la commune ;* je me rends de là à l'hôtel de la Force, avec plusieurs de mes collègues. Des citoyens assez paisibles obstruaientla rue qui conduit à cette prison; une très-faible garde était à la porte; j'entre....» Non f jamais ce spectacle ne s'effacera de mon cœur. Je vois deux officiers revêtus de leurs échar* pes : je vois trois hommes tranquillement assis devant une table , les registres d'écrdus ouverts et sous leurs yeux y faisant l'appel des prisonniers ; d'autres hommes les interrogeant , d'autres hommes faisant les fonctions de jurés et de juges; une douzaine de bourreaux, les bras nus couverts de sang, les uns avec des massues, les autres avec des sabres et des coutelas qui en dégouttaient, exécutant à l'instant les jugements ; des citoyens attendant au dehors ces jugements avec impatience , gardant le plus morne silence aux arrêts de mort, jetant des cris de joie aux arrêts d'abso-

BIÈCES JUSTIFICATIVES* 58 1

luiioD. Et les hommes qui les jugeaient, et les hommes qui exécutaieet , avaient la même sécu-* rite, que si la loi les eut appelés à remplir ces fonctions. Us me vantaient leur justice » leur at« teation à distinguer les innocents des coupables, les services qu'ils avaient rendus; ils me deman«datent, pourrait-on le croire ! Ils demandaient à être payés du temps qu'ils avaient passé; j'étais réellement confondu de les entendre*

Je leur parlai le langage austère de la loi-; je leur parlai avec le sentiment de l'indignation profonde dont j'étais pénétré. Je les (is sortir tous devant moi : j'étais à peine sorti moi-même qu'ils y rentrèrent : je fus de nouveau sur les lieux pour les en chasser; la nuit^ ils achevèrent leur horrible boucherie. Ces assassinats furent-ils commandés^ furent«-ils dirigés par quelques hommes? J'ai eu des listes «ous les yeux, j'ai reçu des rapports, j'ai recueilli quelques faits; si j'avais à prononcer, comme juge^ je ne pourrais pas dire:

voilà le coupable (i). Je pense que les crimes n'eussent pas eu un aussi libre cours ; qu'ils eussent ^té arrêtés si tous ceux qui avaient eu en main le |)ouvoir et la force les eussent vus avec horreur $ mais je dois le dire, parce que cela est vrai, plusieurs de ces hommes publics, de ces défen-

(i) Et Looyet que tous appuyez n\)8e le dire , quoiqu'il n\*At aucun des doouments que tous annoDcez avoir eus tous les yeux.

(lyote de routeur)

seurs de la patrie , croyaient que ces journées dé« sastreuses et déshonorantes étaient nécessaires; qu'elles purgeaient l'empire d'hommes dangereux ; qu'elles portaient l'épouvante dans l'âme des conspirateurs; et que ces crimes odieux en morale étaient utiles en politique. Oui ^ voilà ce qui a ralenti le zèle de ceux à qui la loi avait con* fié le maintien de l'ordre , de ceux à qui elle avait

remis la défense des personnes et des propriétés.

On voit comme on peut lier les journées des :2, 5, 4 et 5 septembre à l'immortelle journée dà lo août; comment on peut en faire une suite du mouvement révolutionnaire imprimé dans le jour^ le premier des annales de la république. Mais je ne puis me résoudre à confondre la gloire avec l'infamie^ et à souiller le icaoût 4es excôd du 2 septembre (i). Le comité de surveillance lança en effet un mandat d'arrêt contre le ministre Ro^ land; c'était le 4 > et les massacres duraient encore. Danton en fut instruit; il vint à la mairie^ il était avec Robespierre ; il s'emporta avec chaleur contre cet acte arbitraire et de^démence'; il aurait perdu non pas Roland^ mais ceux qui l'a-vaieût décerné (2). Danton en provoqua la révor-

(i) Il faut bien vous y résoudre, puisque cela est vrai et que voua venez de le démontrer. {JYote de l'Auteur»)

(a) Il y a peut-être quelque perOdie â donner un tel sens à la protection ton te -puissante accordée par Danton au ministre Holand. On devrait savoir gré, même à ses ennemis, du bien qu'ils ont fait.

{lYote de l'Auteur.)

PIÈGES JUSTIFICATITES. 583

cation, il fut enseveli dans Foubli. J^eus une explicatiAi avec Robespierre , elle fut très- vive. Je lui ai toujours fait en face des reproches que Tamitié (i) a tempérés en son absence; je lui dis : fc Robespierre y vous faites bien du mal, vos dénonciations , vos alarmes, vos haines, vos soupçons, agitent le peuple; mais enfin expliquez- vous ; avez-vous des faits? avez- vous des preuves? Je combats avec vous; je n'aime que la vérité; je ne veux que la liberté. — Vous vous laissez entourer; vous vous laissez prévenir, me répondit- il; on vous indispose contre moi; vous voyez tous les jours mes ennemis; vous voyez Brissot et son parti. — ^Vous vous trompez , Robespierre ; personne plus que moi n'est en garde contre les préventions, et ne juge avec plus de sang-froid les hommes et les choses. Vous avez raison , je vois Brissot ; néanmoins rarement ; mais vous ne le connaissez pas, et moi je le connais dés son enfance. Je l'ai vu dans ces moments où l'àme se montre tout entière, où l'on s'abandonne sans réserve à l'amitié, à la confiance : je connais son désintéressement; je connais ses principes, je vous proteste qu'ils sont purs ; ceux qui en font un chef de parti n'ont pas la plus légère idée de son caractère ; il a des lumières et des connaissances; mais il i)'a ni la ré-

(i) L'amitië I Ce irest donc point un conspirateur, et Louvct Ta donc calomnie^ ?

{Note de l'Auteur.)

serve, ni la dissimulation , ni ces formes entrai-* nanles, ni cet esprit déduite qui constittfb un chef de parti; et ce qui vous surprendra, c'est que, loin de mener les autres, il est très-facile à abuser. » Robespierre insista, mais en se renfermant dans des généralités. « En grâce, lui dis-je, expliquonsnous; dites-moi franchement ce que vous avez sur le cœur., ce que vous savez. — Eh bien ! me répondit-il, je crois que Brissot est à Brunswick. — Quelle erreur est la vôtre ! m'écriai-je, c'est véritablement une folie ; voilà comme votre imagination vous égare : Brunswick ne lui ferait-il pas le premier couper la tête ? Brissot n'est pas assez fou pour en douter; qui de nous sérieusement peut capituler? Qui de nous ne risque pas sa vie? Bannissons d'injustes défiances. »

Danton s'entremêla dans ce colloque, nous dit que ce n'était pas là le moment de disputer ; qu'il fallait ajourner toutes ces explications après l'expulsion des ennemis; que cet objet décisif devait «eul occuper tous les bons citoyens. Danton, peu de jours après, vint me trouver, me montra une lettre que lui écrivait Marat; cette lettre était insolente; les reproches étaient mêlés aux injures; il menaçait Danton de ses placards. Danton me parut courroucé : Marat était au comité de surveillance ; nous y descendîmes ensemble : le débat fut très-animé f Danton traita durement Marat; Marat soutint ce qu'il avait avancé, finit par dire qu'il fallait tout oublier, déchira la lettre, cm-

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brassa Danton , et Danton Tembrassa. Tattesie ti'$ faits qui se sont passés derant moi (i).

Le conseil de la commune devenait moins agUt^ ; beaucoup de ses membres , et en général les plus effervescents, étaient dispersés ^ et remplissaient des missions dans plusieurs parties de lemptre* L'assemblée électorale venait d^ouvrir ses séances : elle fixait tous les regards, et devenait le foyer des ambitions et des passions particulières. II est vrai, ainsi qu'on l'a avancé, que cette assemblée était influencée , dominée par un petit nombre d'hommes; qu'on ne pouvait choisir que leurs partisans; que les élections étaient préparées par dos listes qui furent exactement suivies, à de légères exceptions près. Il est vrai encore que cette assemblée était devenue une lice toujours ouverte aux dt^non* ciations, aux déclamations les plus emportées. Des orateurs, par leurs discours, entretenaient dans le peuple une agitation violente, et nous exposaient sans cesse au renouvellement de ces scènes d'horreur dont nous venions d'être témoins. Depuis long -temps on annonçait un mouvement général dans Paris pour le 20 septembre ; on an-* nonçait que plusieurs représentants du peuple

(1) Ces faits sont prcVicux pour Fhistoire. Danton et IlobcHpiurru s*y montrent ddji\ avec le caraclcrc qu^on leur a tu djplo^vr dan» l«{ cours de leur carrière révolutionnaire. Les convictions qu^ils manifestaient dans rintimite n^ëtaient donc pas un jeu quand elles npparurcnt au grand jour de la convention.

{JVolc de l'Auteur,) I. 2S

586 PIÈCES JUSTIFICATIVES k

seraient égorgés. On désignait pour victimes de vrais défenseurs de la liberté. Je suivis avec attention tout ce qui se passait; j'observai la disposition des esprits 9 et je ne partageai pas toutes ses inquiétudes*

Paris est à lui seul^ et sous un rapport, un petit empire. Il est très^facile d'y faire un mouvement; il est extrêmement difficile d'y faire une insurrection. Un quartier de la ville est calme tandis que l'autre est agité. On ignore dans une rue ce qui se passe dahs la rue voisine. Ce qui touche une partie des citoyens est indifférent à l'autre. Il n'y a pas de point de ralliement où tout vienne se rendre; il n'y à pas de centre d'unité pour donner en même temps l'impulsion à toutes les parties. Pour soulever à la fois une masse d'hommes aussi énorme , il faut un très-grand objet, un objet qui attache , qui intéresse tous les citoyens : aussi n'avons-nous eu que deux insurrections dans Paris, celle du i4 juillet et celle du lo août. Beaucoup de mouvements particuliers au contraire se font sentir. Ils n'ont pas en général de suites fâcheuses, lorsqu'on est averti à temps. Celui qui ne connaît pas Paris serait effrayé s'il lisait les rapports qui parviennent à chaque instant au maire. Dans les jours les plus tranquilles, il croirait toujours que cette cité va être en proie à tous les excès; mais par l'exagération même^ on s'habitue à juger la vérité. J'avoue que dans le moment actuel , où le peuple est perpétuellement

assemblé^ une grande comniolion est plus aisée à opérer; elle rencontrerait néanmoins encore d'im-* menses obstacles. Je ne vois présentement qu'un? cause aussi majeure que celle du jugement du roi qui puisse occasioner un mouvement vraiment sérieux , si la décision choquait l'opinion publique.

Le 20 septembre^, ainsi que je Tavais prévu , se passa sans orage : je ne vous [)arle pas de ce qui a eu lieu depuis, vous le savez; ce tableau a souvent été mis sous vos yeux ; trop souvent la commune de Paris a été le sujet de vos débats. D'dilleurs les membres qui la composent, repoussant à eelte barre les soupçons dont ils se trouvent tou$ frappés, ont pris l'engagement de démasquer eux-mêmes les agitateurs et les traîtres qui pourraient s'être glissés dans leur sein; de rendre leurs comptes, de justifier leur conduite, et de vous donner tous les éclaircissements que la tranquillité publique sollicite, et que vous pouvez désirer. Une organisation prompte de la municipalité, voilà le meilleur remède à apporter aux maux qui tourmentent cette cité; voilà ce qui fera cesser les dernières agitations des secousses anarchiques. Eclairer ensuite le. peuple sur ses droits, sur ses devoirs, sur le véritable exercice de sa puissance , démasquer les charlatans qui le flattent et le trompent, voilà ce qui consolidera la paix'en assurant son bonheur. Je reviens aux événements dont je vous ai tracé un^ bien faible esquisse : ces événements , et queU

388 ' PIÈCES JUSTIFICATIVES r

ques-UD8 de ceux qui ont précédé la célèbre journée du lo août^ le rapprochement des faits et d'une foule de circonstances ^ ont porté à croire qye des intrigants avaient voulu s'emparer du peuple^ pour^ avec le peuple, s'emparer de l'autorité : on a désigné hautement Robespierre. On a examiné ses liaisons; on a analysé sa conduite; on a recueilli les paroles qui, dit-on, ont échappé à un de ses amis, et on a conclu que Robespierre avait eu l'ambition insensée de devenir dictateur. Le caractère de Robespierre explique ce qu'il a fait : Robespierre est extrêmement ombrageux et défiant; il aperçoit partout des complots, des trahisons, des précipices. Son tempérament bilieux, son imagination atrabilaire, lui présentent tous les objets sous de sombres couleurs. Impérieux dans son avis, n'écoutant que lui,, ne supportant pas la contrariété, ne pardonnant jamais à celui qui a pu blesser son amour-propre , et ne reconnaissant jamais ses torts; dénonçant avec légèreté, et s'irritant du plus léger soupçon ; croyant toujours qu'on s'occupe de lui, et pour le persécuter; vantant ses services, et parlant de lui avec peu de réserve ; ne connaissant point les convenances, et nuisant par cela même aux causes qu'il défend; voulant par-dessus tout les faveurs du peuple, lui faisant sans cesse la cour, et cherchant avec affectation ses applaudissements; c'est là, c'est surtout cette dernière faiblesse qui, perçant dans tous les actes de sa vie publique , a pu faire croire que

HBGES JOSTIFICATIVES. 889

Robespierre aspirait à de hautes destinées, et qu'il voulait usurper le pouvoir dictatorial. Quant à moi f je ne puis me persuader que cette chimère ait sérieusement occupé ses pensées, qu'elle ait été l'objet de ses désirs, etie but de son ambition.

Il est un homme cependant qui s'est enivré de cette idée fantastique ; qui n'a cessé d'appeler la dictature sur la France comme un bienfait, comme la seule domination qui put nous sauver de l'anarchie qu'il prêchait, qui put bous conduire à la liberté, au bonheur. Il sollicitait ce pouvoir tyrannique ; pour qui ? Vous ne voudrez jamais le croire : vous ne connaissez pas assez tout le délire de sa vanité : il k sollicitait pour lui; oui, pour lui, Marat. Si sa {(Aie n'était pas féroce, il n'y aurait rien . d'aussi ridicule que cet être que la nature semble avoir marqué tout exprés du sceau de sa réprobation ( i ) •

Ce projet insensé ^est déjà loin de nous : il ne reparaîtra plus; mais, législateurs, je vous déclare que dans ce moment même de vils esclaves en méditent un non moins absurde et non moins criminel. Oui, on ose pensera relever vos tyrans abattus. On jette quelque intérêt sur leurs per-

(i) On vient de voir Pexplication deMarat. C'est celle qu^il avait donnée dans toutes ses feuilles. Wj a- t-il pas une mauvaise foi iro<nique à présenter un plan tel que celui de Marat, comme un dessein formé d'établir la dictature ?

(Note de l'Auteur.)

SgO PIÈCES JUSTIFICATIVES.

sonnes ; on apitoie sur leur sort ; leurs crime» sont <ies égarements qu'on attribue à des conseil» perfides; la générosité est la vertu d'une grande nation ; l'oubli du passé nous préparera un heureux avenir y nous aurons la paix au dehors ^ l'aliondance au dedans. €es idées manuscrites circulent dans des lettres; elles se propagent; on parle d'employer tout à la fois la ruse et la force |>our favoriser l'exécution du projet; oti parle d'un mouvement populaire^ et de la facilité de profiter tle ce trouble. J'ai reçu des avis multipliés sur de» fabrications d'armes qui ne sont qu'à l'usage des scélérats. Des étrangers sont dane nos murs, et paraissent coudoyés par nos enmemis. On m'a dénoncé des hommes qm sont eux-mêmes des dénonciateurs de profession 9 msâs que je crois néanmoins incapables de tremper dans ce projet infâme et extravagant. Il est inutile, je pense, de chercher à cailmer vos inquiétudes sur une trame aussi follement atroce. La France ne courbera jamais sa tête altière sotis le joug d'aucun tyran. Nous n'avons à redouter que nous-mêmes. C'est à la convention nationale, éont l'exemple est si puissant sur toute la république, à éloigner d'elle toute» ces petites passions, toutes ces personnalités avilissantes qui dégradent la majesté d'une assemblée. Nous ne pouvons avoir qu'un sentiment, celui de la liberté. Il n'est plus là de roi, de liste civile pour corrompre. Notre ouvrage ne fera qu'un projet ; la nation l'examinera. On parle de partis l

PIÈCES JUSTIFICATIVES. 3g I

je vois des haines^ des préventions, des chocs de vanité et d'amouF-propre ; mais qu'on m'indique ici quel est le parti qui ne veuille pas la république , qui ne veuille pas l'unité , qui ne veuille pas la fraternité de tous les Français. Je connais tels de ceux dont on forme des chefs de parti, qui sont les hommes les plus vertueux et les plus indépendants.

Expliquons - nous ici franchement ; que no^ explications tournent au profit de la chose publique, qu'elles soient les dernières. Si quelqu'un connaît dans cette assemblée un traître, qu'il le nomme ; s'il connaît une faction qui conspire contre la liberté, qu'il la dénonce : que ce ne soit pas dans l'ombre du mystère qu'il distille la calomnie ; que ce ne soit pas au moment même où un orateur est à la tribune, qu'on décrie sa personne pour décrier son opinion ; qu'on se permette des confidences astucieuses, des insinuations perfides. Qu'on n'ait pas non plus la lâcheté coupable, lorsqu'on a gardé le silence devant lui, d'aller travestir ailleurs ce qu'il a dit, et de calomnier jusqu'à ses intentions. Demandez à ces hommes envieux, si prompts à diffamer ceux qui leur déplaisent, ceux dont les talents et les vertus les offusquent; demandez-leur quelle preuve ils ont que celui qu'ils accusent soit un fourbe , un scélérat. Us commenceront par vous dire qu'on ne peut pas raisonnablement exiger de preuves matérielles et écrites : s'étant mis ainsi à

l'aise^ ils rassembleront quelques faits vrais ou faux, des conjectures plus ou moins vagues , et bâtiront sur le tout un système de calomnie plus ou moins vraisemblable. Quel est l'homme , je parle du plus intégre , dont la réputation puisse résister à cette étrange épreuve ! Cette manie d'attaquer sans cesse et indistinctement tous les hommes publics I d'appeler ^ur leurs tètes les vengeances d'une multitude égarée, n'est favorable qu'aux fripons , puisqu'ils se trouvent sur la même ligne que les gens de bien ; elle n'est propre qu'à décourager la vertu et à enhardir le vice : elle met le peuple dans une situation pénible, dans une incertitude cruelle de ne savoir à qui remettre sa confiance. Laissons à l'écart toutes ces injustes défiances , toutes ces idées de parti : voyons moins les hommes, voyons plus les choses. Quand une vérité nous est offerte , qu'importe la main qui la présente? qu'importe la source d'où elle découle, et les motifs qui l'ont inspirée ? Ne nous passionnons que pour le bien. La nation attend de nous son bonheur; ne fatiguons pas plus long -temps son impatience. L'Europe vous contemple; la postérité vous jugera.

Je demande que nous nous occupions des grands intérêts de la république.

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