TOUS
Signé Robespierre.
« P, S. Vous devez penser qu'en quittant votre logement , je prendrai toutes les précautions nécessaires pour ne pas compromettre mes frères. Le quartier qu'habite la citoyenne Laporte, chez laquelle je me propose de me retirer provisoirement » est l'endroit de toute la république où je puis être le plus ignorée, m >
20St MIÉMOJRES
que. Eh! dans quel temps, en effet, la liberté il'un peuple est-el!e plus exposée qu'à l'époque où, pour parvenir aux emplois et aux honneurs , il faut, si l'on n'est pas corrompu , avoir soin de le paraître; où Ton accorde à l'audace sans talens des primes que n'obtient pas le mérile timide ; où il est honteux en quelque sorte et presque * toujours dangereux d'avoir des vertus dans un temps où la pudeur du langage comme celle de l'âme est impunément violée; où l'on fait parade d'une nudité dégoûtante d'expressions; où un conspirateur, appelé le régénérateur de l'Alsace parce qu'il la plonge dans un bain de sang, est,
appelé un b , dont les arrêtés seront un des
plus beaux monuniens historiques de la révolution , où les biens des guillotinés ne s'appellent plus des biens nationaux, mais planche aux assignats, comme l'exécuteur des jugemens criminels est devenu le grand monnayeur de la république ; dans un temps enfin où il est des artistes asses^ dégradés pour buriner sur l'agathe le signe du supplice trop multiplié dans nos places, et des yeux assez féroces pour se plaire à contempler à toute heure la reproduction de ce signe sous Tempreinie d'un cachet
« C'est un précepte de Machiavel bien recommandé aux tyrans de tous les siècles de ne souffrir auprès d'eux aucun homme , aucune personne
D£ ££N£ LEVASSEUR. 2o3
éclairée ; Néron ^ qui n'avait pu lire Machiavel ^ mais qui tenait cette leçon de sa propre férocité, rvfdoutait plus le seul Thraséas que tous les sénateurs ensemble. Robespierre se montra aussi ombrageux que Néron devant le mérite ; il le craignait comme un ennemi et le haïssait comme un rival. Aussi, le poursuivait-il à ces deux titres. Les pages sanglantes de son infernal catéchisme sont remplies de ses proscriptions portées contre la vertu, la richesse et le génie. Les écrivains surtout , comme institués délateurs de la tyrannie , sont ceux sur lesquels il se déchaîna avec plus d'acharnement. »
Nous avons assez de documens sur Robespierre pour voir ce qu'il y a de faux et de calomnieux dans cette amplification de collège, où tous les lieux communs historiques sont mis à contribution pour simuler l'apparence de quelques idées (i). Mon exposition simple et vraie des faits
(i) Je cite ici les notes prises par Robespierre, sur les hommes qa'il regardait comme ses emiemis : on yerra si les reproches qu'il leur adresse , en écrivant dans le secryt , sont conformes au caractère qui lui avait donné tant de jpopularité. On Terra si les phrases de Courtois soht dictées par l'amour de k yérité.
i*" C. Dubois de Crancé« il est dans le cas de la loi du 27 germinal qui bannit de Paris ceux qui ont fait valoir de faux titres pour usurper la noblesse. La preuve doit en être dans les archives du ci-defant parle^ ment ; die est écrite dans Bénisard (a).
(a] Ainsi la jactance et rimmoralilé étaient contraires au but que se
ao4 MiMOIUES
a pu déjà monti'er la valeur de pe dévergandage passionné; je répondrai néanmoins à ces alléga-
€etle circonstance n'a pas empêché qu'il ne restât en mission dan» Varmée de Cherbourg • où il s'est fait envoyer par une intrigue , et s'est conduit en contre-révolutionnaire. Il a dit dernièrement « pour révolter toute la Bretagne, qiCiiy aurait des chouans tant qt/il existerait un Breton, (a) Cette menace a produit une grande fermentation à Rennes. XI n'y a plus de doute aujourd'hui sur la trahison de Lyon» que Dubois de Crancé ne voulait pas prendre et d'où il a laissé échapper Précy et ses complices (b), Dubois ne figura jamais dans les assemblées que comme partisan d'Orléans avec qui il était étroitement lié.
a** Delmas est un ci-devant noble , intrigant taré. Il a joué un rôle plus qu'équivoque à l'armée du Nord au temps des trahisons.(c)
3° Thuriot ne fut jamais qu'un partisan d'Orléans. Son silence depuis la chute de Danton et depuis son expulsion des jacobins, contraste avec son bavardage étemel avant cette époque. Il se borne à intriguer sourdement et à s'agiter beaucoup à la Montagne • lorsque le comité de salut public propose une mesure fatale aux factions. Il était des dîners de Lacroix , de Danton , chez Gusman et dans d'autres lieux de la même espèce. C'est lui qui le premier fit une tentative pour arrêter le mouvement révolutionnaire , en prêchant l'indulgence sous le nom de morale , lorsqu'on porta les premiers coups à l'aristocratie. Il cabala d'une manière visible pour armer la Convention nationale contre le comité de salut public, lorsque le comité fit le rapport contre Chabot, Danton et autres.
proposait Robespierre. Cependant si ce chef eût travaillé pour' les Iiuissances , il les eût regardées comme d'utiles armes.
(a) Certes, une telle menace était propre à renforser la Vendée! Robespierre voulait donc l'éteindre , puisqu'il la regardait comme un
crime !
(&) Si Ropèspierre eût été vendu , n'aurait-il pas regardé comme un bonheur l'évasion de Précy ?
(ci Ces trahisons, vraies ou fausses, n'étaient donc pas un jeu. Robespierre y croyait donc !
D£ B£K£ LEVASSEUR. ^o5
tions, car j'ai pris la résolution de tout réfiiter. Il faut l'avouer, cependant, ma tâche est rendue
4°Bourdou (deFOise) s'est couvert de crimes dans la Vendée. Il joint la perfidie à la fureur. Depuis quelques temps, il s'est introduit au comité de salut public sous difTérens prétextes. Il lui a présenté un commis que Carnot a placé dans ses bureaux , et il a fait la motion de ne plus payer d*imp()t directs, (a) Il a été le plus fougueux défenseur du système d'atheïsme. {b). H n'a cessé de faire du décret qoî proclame l'existence de l'Ëtre-Suprême , un moyen de susciter dans la Montagne des ennemis au gouvernement et il y a réussi. Le jour de la fête à TEtre-Supréme , en présence du peuple, il s'est permis sur ce sujet les plus grossiers sarcasmes et les déclamatious les plus indécentes. Il faisait remarquer avec mécbanr celé aux membres de la Convention, les marques d'intérêt que le public donnait au président , pour tirer contre lui des inductions atroces dans te sens des ennemis de la république (c).
5** Léonard Bourdou , intrigant, méprisé de tous les temps, l'un des principaux complices d'Hébert , ami inséparable de Qoots ; il était initié dans la conjuration tra!née cbez Gobel {d). II avait composé une pièce contre-révolutionnaire dans le sensbébertiste qui devait être jouée à l'Opéra et que le comité de salut public arrêta (e). Rien n'égale la bassese
[a) Je remarque ici en passant que toute motion désorganisatrice est antipathique à ce Robespierre ^ qu'où a peint comme le chef «les désorganisa teurs.
(b) Etait-ce par impiété que Rcbespierre avait fait décréter la reconnaissance de l'Être-Supréme? C'est donc aussi par impiété q4ie ^es défenseurs du système d'athéisme lui paraissent des ennemis.
(c) Il me semble que l'on ne retrouve pas là le langage d'un dictateur jaloux de son autorité , mais celui d'un tribun qui voit avec amertume attaquer la popularité à laque ile il a voué sa vie.
[d) J'ai déjà dit par quel malheureux malentendu, Gobel avait été confondu avec ses persécuteurs.
(é) Le comité était donc rennemî des turpitudes dont on le regarde encore aujourd'hui comme le promoteur.
2o6 MÉMOIRES
souyent difficile par l'absurdité de mes adversaires. Comment démontrer FévideDce? comment se résoudre à argumenter pour mettre en lumière des vérités qui semblent triviales à force de preuves? Si la morale publique a été corrompue , on sait bien que ée n'est pas par nous , car nous avons tou* jours prêché le respect des mœurs et de la vertu. Et Robespierre, en particulier, sur qui le reproche tombe plus directement, n'a jamais prononcé im discours qui ne soit conforme à la plus pure morale. Certes, l'improbité ou la richesse n'ont jamais été, quoi qu'en dise Courtois, des recom-
des intriguant qu'il met en œuvre pour augmenter le nombre de ses pensionnaires et ensuite pour s'emparer de l'éducation des élèves de b patrie, institution qu'il dénature et qu'il déshonore, {a) Il était aux jacobins l'un des orateurs les plus intarissables pour propager la doctrine d'Hébert. A la Convention, il fut un des premiers qui introdubirent l'usage de l'avilir par des formes indécentes (jb) , comme d'y parler le cbapeau sur la tète et d'y siéger avec un costume ridicule. Il vint un jour avec Cloots solliciter la liberté des banquiers hollandais Vandeny ves (c). Je les ai vus et entendus tous deux plusieurs fois, et Bourdon a eu le courage de le nier impudemment anx jacobins.
(a) Ce Léonard Bourdon était chef d'institution.
(b) Je prie le lecteur de médit«ïr cette accusation. U verra si les sa-» tumales révolutionnaires appartiennent réellement à ceux qu'on regarde comme leurs ardecs propagateurs !
(c) Ces banquiers étaient à-la-fois les caissiers de la faction hébertiste, les corrupteurs des Chabot et des Fabre d'Églantine , et les agens actifs de l'émigration. Peut-on croire que ftobespierre fut complice de ceux qu'il punissait.
DE REN^ LEVASSEBR. 207
mandations auprès de lui et des moyens de parvenir aux honneurs et aux emplois. Si la pudeur du langage comme celle de l'âme a été impunément violée, ce n'est pas à Robespierre qu'il le faut imputer, puisqu'il poussait le dégoût de cette espèce de cynisme jusqu'à la pruderie, et puisque dans ses notes il reproche ces formes dégradantes à plusieurs de ses proscripteurs. Ce n'est ni lui ni nous qui avons fait parade de cette nudité d'expressions dégoûtantes. Ce n'est pas nous non plus qui avons porté sur des cachets le signe du supplice. Ces démonstrations dégoûtan*tes appartiennent à un tout autre parti. Elles appartiennent d'une part aux Hébertistes, et d'autre part aux hommes qui nous ont proscrits. Néron , Machiavel et Thraséas ne font rien à l'affaire! Il faut avoir im certain degré d'impudence pour prétendre qu'avant le 9 thermidor les talens étaient proscrits. Quelle plus belle réunion de talens en tous genres a-t-on jamais trouvé que sur cette Montagne même qu'on voudrait peindre comme une assemblée de bêtes féroces? Fourcroy, Guyto^-iVloryaux , David y brillaient à côté de Saint-Just au vaste génie, du mathématicien Ruih et de l'héroïque Carnot. Au milieu de nous, figuraient aussi sans craindre la proscription et le poète Chénier et le légiste Cambacérès ^ et même ce prêtre Syèyes dont les trahisons ne feront pas contester le génie^ et qui nous ^ pros*
do8 MÉAfOIRfô
crits après que nous Tayions respecté. Au milieu de nous figuraient encore le savant Grégoire, Téloquent Thibaudeau. Si ce dernier a depuis répudié la solidarité de nos actes; s'il a cru devoir s'excuser sur sa faiblesse (j'adoucis le mot) d'être resté dans nos rangs, il n'est pas moins certain que tous ces hommes n'ont rien eu à craindre de nous. Ce ne sont pas des noms célèbres qu'on retrouve sur les notes que Courtois appelle l'infernal catéchisme de Robespierre. Ces noms, je les ai cités en entier, et je défie qu'avec toute la bonne volonté possible on en trouve un qui soit recommandable par la vertu ou le génie.
Certes , j'ai assez prouvé dans mes récits que le despotisme de Robespierre m'avait pesé plus qu'à tout autre. Je ne me repens pas d'avoir désiré sa chute; car, quoiqu'avec des intentions pures, il était parvenu dans les derniers temps à organiser une insupportable tyrannie ; mais jamais une considération quelconque ne me rendra injuste : j'ai cru et je crois encore que Robespierre était probe et de bonne foi, et je dois le dire.
Quant au rapport de Courtois, où l'on a puisé la plupart des matériaux dont on s'est servi potui* nous accuser, sans les commentaires dont il a é^ le prétexte, je l'aurais cru peu digne dfe réfutation; on essaierait en vain d'en faire un monument historique: écrit par un marchand de phrases 50^ la dictée d'uiie iaction , il en est devenu
DE RBNÉ LBVAS6BUR. 209
le manifeste. Ce n'est qu'à ce titre qu'il pourra être consulté lorsque le moment d'écrire une histoire impartiale sera venu : il n'a maintenant quelque importance que parce que les contemporains s'en sont servis avec légèreté. Les erreurs du Censeur et de M. Bulaure sont beaucoup plus graves y parce que l'un et l'autre ouvrage sont écrits après l'instant de la crise et par des personnes estimées. Est-il bien sûr néanmoins qu'une complète bonne foi ait présidé à la rédaction de ces deux systèmes ? Je ne puis le croire^ quoique je sache bien qu'un sentiment louable les ait fait naître. Leurs auteurs ont pensé servir la cause de la liberté en répudiant en son nom ce qu'il y a d'horrible et de douloureux dans la crise de gS. Quelques faits qui démontrent l'action d'un parti étranger les ont frappés^ et ils ont cru devoir s'en emparer pour accuser de complicité avec ce parti, toutes les personnes qui ont pris part au gouvernement de la terreur. Un tel système par^^it av premier abord peu sérieux : paradoxe sans fondement , il semble devoir s'écrouler au premier choc de la discussion ; mais ce qu'il y de consolant pour les hommes qui sont restés en dehors de la révolution et qui en aiment les principes y l'illusion qu'on aime à se faire a propagé cette insoutenable explication. Elle doit tomber au premier examendes faits. Le comité de salut public, je ne puis cesser dé le répéter ^ a trop nui aux en- III. ï4
^lO ' MBM6IR16
BCTtis de Igi f*raiice pour qu'on puisse le croire d'accord avec eux.
Toutefois , que les araîs de la liberté se rassurent , tout n'a pas été honte et malheur dans les jours les plus douloureux de nos orages; -aucun hoinme n'a calculé le désordre et si nous eussions été placés en présence du sang q^e Ton a versé^ nous eussions tous reculé devant une régénération acquise à ce prix. Le sang a coulé au mfiiea d'une lutte qu'on avait prévue; il y a eu des combattant de divers partis ; il y a eu, comme dans toutes les batailles, des vainqueurs, des vaincus, des blessés, des morts; mais point de bourreaux, mais point d'assassins, car je ne compte point dans nos rangs, un Fréron, un Fouquier-Tainville , un Carrier, épouvantables exceptions , hommes de vengeance, qui, de tout temps, eussent été vils et Criminels, mais qui ne sont pas les produits dé l'époque.
Sans doute noiis avons tous , pour la plupart^ subi une espèce d'enivrement d'enthousiasme^ une fièvre d'égalité , qui nous faisait voir avant tout le but , sans calculer les moyens qu'il nous faudrait employer pour Fatteindre.. Prêts à dohr ner notre vie pour la liberté, nous ne reculions point devant les rigoureuses mais indispensables mesures qui menaçaient les traîtres ; mais nous avons gémi quand nous avons vu ces mesures exagérées par la passion devenir des armes de ven-
geance« Nous avions voulu frapper lestrçiîtrcs, et le soupçon devint un arrêt de mort ; le peuple j soulevé , poursuivait avec acharnement les hommes qu'il regardait comme ses ennemis , et il voyart se$ ennemis dans tous ceux qui semblaient fedre un pas rétrograde. Ainsi , personne n'a été coupable d'intention, quoique presque tous les Français aient été coupables de fait; l'enthousiasme de la liberté, déchaîné comme un torrent qui a brisé ses digues y entraînait tous les obstacles dans sop cours. Nous devons sans doute des regrets aux victimes^ mais fautai prodiguer une haine implacable à tous ceux qui ont res^ senti ce noble enthousiasme , et , qui, entraînés par lui presqu'a leur insu, pat été étonnés^ en regardant en arrière, de voir leur route marquée par un sillon de sang? Noçi, je le répète, les vengeances^ les échafauds n'ont point été dans notre pensée ; tristes accidens d-une époque de gloire, ils ont été élevés par des circonstances plus fortes que nous. Ce qui est bien à nous dans la pé^riode que nous avons donçiinée , c'est l'accomplissement du beau rêve de légalité, c'est l'applanissement du terrain sur lequel s'élève aujourd'hui un système libéral , c'est l'extinction de la guerre civile, c'est i'2in,éantissemen t des deux coalitions^ c'est la victoire remportée sur toutesles fectioris, c'est enfin l'austère probité dont nous avons donné l'exemple, et qui empêchera du moins que
aia MliMOIREB
l'on suppose des motifs ignobles à notre coopei lion au grand œuvre révolutionnaire, si l'on ne sait pas comprendre le généreux élan qui nous a dirigés.
Je ne prétends point ici imiter nos adversaires, en me renfermant dans une apologie personnelle, et en mentant à l'histoire pour me justifier.' Je ne répudie rien, et je ne crois point avoir besoin d'escuses; c'est sur mes actes que je veux être jugé, et je ne sépare point mes actes de ceux de la Convention; seulement je neveux pas qu'on sépare ces actes de leurs résultats ; je ne veux pas -qu'on nous impute les malheurs du combat , sans nous accorder les honneurs de la victoire; que le lecteur, rejetant tout préjugé, tout oui-dire qui ne ■ porte pas avec lui sa preuve, veuille bien s'emparer de la fonction de jury, qu'il examine les documens et porte ensuite les faits au tribunal de sa conscience. Nos rigueurs seules ne seront point mises dans la balance. Nos intentions, la nécessité des circonstances, notre probité, et surtout nos succès, auront leur poids. C'est donc sur les feits, mais sur des faits complets, qus le jugement des lecteurs sera fondé , et ce jugement sera celui de l'histoire. En ne voyant qu'un côté du tableau, on peut nous déclarer, sans examen, des scélérats ou des héros; en voyant l'ensemble , on reconnaîtra en nous des hommes mus par de généreux motifs, arrivant au noble
F but qu'ils se sont donné, au travers d'un chemin [ hérissé de dangers, mais des hommes qui ont dû [ subir T en dépit d'eux-mêmes, la triste nécessité [ des circonstances.
Sans doirte les personnes qui n'ont point vu la j révolution, ou surtout celles qui l'ont mal vu (i), I s'étonneront de mes récits , car je m'étonne moimême de la disparate qui règne dans les tableaux. I que je trace et ceux qu'on retrouve partout. U est ( cependant facile d'en expliquer la raison, La réf action a jusqu'à présent seule tenu la plume, et [ il était de son intérêt de défigurer l'histoire, pour [ excuser ses fureurs. De nos jours il y a , pour ainsi dire, contre nous, force de chose jugée, et l'on i n'ouvre le Moniteur de gS que pour y chercher des armes contre les hommes de cette époque.
^i) n n'est pra rare de rcBconlrct des penannes de la classe d qui, après avoir Ira ïersé la ré»olulion,se rappellent moins bien les événemeus que les eolans du dii-neuiième siècle ; la •îaleDce des derniers mois de la terreur, le souveoir des éciislauds leur a fait oublier l'enthousiosine qui fit battre leur ixeur au 1 4 juijlet , au 4 août et à l'aurore des ■victoires de la rëpubKque. J'ai rencontré d'estimables vieillards qui se rappelaient la révolution comme un malaise continu , et qui élendaient le CTêpe funèbre delà terreur depuis le jeu de paume ileSg, jusqu'où sacre de Napoléon; l'intensitédesinaui enfantés par la loi du !i3 prairial a ôté la mémoire à plus d'un contemporain. C'est avec peine que la génération qu'ils ont élevée se détache des erreui? qu'on a accumulées sous ses veui. Mais les générations suivantes porteront sur ces faits un jugement dégagé de loutpr^ugé, c'eSl doncâ iSfioqo'il faut ajourner l'espoir d'une bonne histoire de ki révolution; aloiï, les conveoliouneb ne paraironl j^ pluj mODitrueux queliudlowclllaiissua.
ai4 MBMOIRfiS
Pour moi, qui défie mes adverisaires de me reprocher une inexactitude^ tout mon secret consiste à ouvrir ce Moniteur, où nos actes à tous sont rapportés; je remets sous les yeux prévenus les pièces qu'ils n'ont pas voulu voir avec une entière confiance en mes jeunes concitoyens, si des passions mal éteintes couvrent encore les yeux de nos contemporains.
Après avoir jeté un coup d'œil sur les calomnies dirigées contre le parti auquel je crois encore glorieux d'avoir appartenu , c'est sans doute descendre beaucoup que. de revenir à moi. Après la liberté , je n'ai jamais tenu sur la terre à rien tant qu'à l'honneur, que je dois transmettre intact à mes en fans. Ma justification personnelle sera courte. Quant au luxe reproché aux proconsuls, il m'est facile de démontrer que je ne l'ai jamais connu. Comme il suffit pour cela d'un seul mot : dans le cours de nombreuses missions, ayant toujours avec moi deux personnes, et quelquefois jusqu'à quati'e,j'ai dépensé en tout 12,007 fr.(i).
(l) GONVËNTIOir irATIONALE.
Compte rendu par Leuasseur\ de la Sarthe), tepresentant du peuple 9 des dépenses qu'il a faites dans les différentes missions qu'il a refi^ plies par décrets de la Convention ou arrêtés de ses comités^ imprimé par ordre de la Convention nationale.
XiOng-temps avant le 2 1 nivôse dernier, j'avais rendu compte au comité
IIE HEif« LEVA8SBUR. âl5
Mon livre explique assez mes vues politiques et la nature de mes Votés.
J'ai repoussé les calomnies ^ à l'aide desquelles on a défiguré ma mission k Sedan; en rapportant des pièces officielles 9 j'ai prouvé que je i^'avais pas usé envers Houchard de toute la rigueur que me prescrivait mon mandat, et que je n'avais pris part à sa fin déplorable, qu'en rapportant la vé-
.»iÉ^i^<àiM>i^*J>é»<iÉ I „ iiÉ ' I I I I iBil I il I ij i II i ■ I ■! I I I i I •
des inspecteurs du palais iiati<mal des dépenses que j'ai faites dans diffé* rentes missions; savoir :
i°'De remploi de la somme de 3a6i 1. pendant ma mis- Ut,
sion à l'armée du Nord. Ce compte, déposé au comité, est en trente-un artides détaillés, et jpièces à l'appui, ci 3,361
a° Deux voyages à Beauvais , Ghaumont , etc. Ce compte est en quatre articles, pour frais de postes 3o3
Pour nourriture pour un secrétaire et moi pendant douie jours i5o
3^ A €ronesse et autres lieux de ce district, pour frais de postes et nourriture. i4o
4° A Chantilly, frais de postes et nourriture g5
5° A Senlis, frais de postes et nourriture 90
6° A Nantes , avec un courier que le comité de salut public m'obligea de prendre , frais de postes , et nourriture pour deux , et dépense pour la voiture. i , 1 00
Ce compte a été rendu le 5 ventôse , l'an 11 de la république.
7° Premier voyage à l'armée des Ardennes et dans le département des Ardennes , frais de postes et nourriture pour trois personnes 3,4oo
8° Deuxième voyage dans le département des Ardennes , frais de poste détaillés i>394
Aux citoyens Barré et Godfrein , pour frais de commissions
2l6 MEMOIRES
rite , lorsque j'en avais été sommé; j'ai opposé un récit exact de la bataille de Hondschootte au récit fardé des Victoires et Conquêtes. Je renvoie également à mon récit pour repousser les inexactitudes volontaires du Manuel des Braves. Je ferai remarquier, toutefois, que \q Manuel des B raves j malgré sa propension à louer les généraux aux dépens des conventionnels^ se montre plus sévère envers Bouchard que Fauteur des Victoires et Conquêtes\ il avoue que l'hésitation d'Houchard fut coupable ; il avoue que ce fut à nos vigoureuses instances que l'on dut le succès de la journée (i).
w0ÊmmmmÊimmmmmmm^
Report, 9*033
relatÎTcs à Tobjet de ma nûssion 55o i o
Frais de nourriture pour cinq personnes , y compris un citoyen qui, avec son secrétaire, m'accompagnaient par ordre du comité de sûreté générale i>5a4 lo
Total 12,007
Recette, i4»3ooliTres.
. Dépense, 13,007
Reste, a, 1 93 1. que j'ai remis au comité , et dont j'ai le rtçii.
J'ai remis les voitures que j'ai prisei pour chaque mission.
Je n'ai imposé aucune taxe révolutionnaire, ni reçu aucun dépôt, ni
dons patriotiques.
Signé, Leyassey».
Paiis , le 16 pluviôse, au III de la république, une, indivisible et démocratique.
(3) Extrait du Manuel des Braues, t. m , p. i ao.
Bouchard n'osait attaquer les retranchemens de Hondschootte, et par une hésitation coupable, il allait perdre un avantage presque certain *'
BB RBNE LEVASSEUR. 21 J
et si la malyeillance accoutumée^ api;ès avoir
et manquer le but de ses manœuvres. Les commissaires conventionnels le forcèrent en quelque sorte de poursuivre la carrière de triomphes qui s'ouvrait devant lui.
Le 8 » il donne des ordres pour une action générale : CSollaud commande la droite , Jourdan occupe le centre , la gauche est située entre le canal et le village de Kellen , et le général Vandamipe se jette dans la plaine , à la tête de l'avant-garde. L'affaire s'engagea bientôt : un feu d'artillerie et de mousqueterie fut soutenu de part et d'autre avec acharnement. Les Anglais occupèrent le village de Hondschootte, et cette position avantageuse leur fit faire une belle résistance ; mais les Français se jetèrent dans les taillb situés au-devant du village , et, après une vive fusillade , ils furent maîtres de ce point. Alors , le général Lederc arriva avec une partie de la garnison et la gendarmerie de Paru» troupe plus brave que bien disciplinée. Ce renfort s'élance avec impétuosité , et l'ennemi, chassé de son retranchement , est repoussé sur tous les points.
n n'est point douteux qu'une victoire complète n'eût couronné cette journée, si le général Houchard eût poursuivi l'ennemi qui fuyait épouvanté. Mais, nouvel Annibal, il arrêta le char du triomphateur , et perdit tous les avantages d'un combat glorieux. On l'accusa de trahison; on le proscrivit , et il paya de sa tête une faute d'inexpérience.
(c Le but de l'arrivée d'Houchard devant Dunkerquev disent les aua teurs dtés, étant de faire lever le siégejde cette ville , et le but ne devant a être rempli qu'en battant l'armée anglaise, l'hésitation d'Houdiard, « dans cette drconstance , était une seconde preuve de son incapadté, et « pouvait avoir pour la république des suites les plus funestes. Aussi , «. tous les ofBciers de son état-major et les commissaires conventionnels <c s'opposent-ils vigoureusement à cette résolution ; ik pressent tellement M Houchard de mener ses troupes aux combats, qu'il s'y décide presque « malgré lui.
c( Houchard n'osait attaquer les retranchemens d'Hondschootte, et, « par une hésitation coupable , il allait perdre un avantage presque cer- « tain , et manquer le but de ses manœuvrël. Les commissaires convenu tionneb le forcent en quelque sorte de pouirsuivre la carrière de triom- « phes qui s'ouvrait devant lui. v
3t8 MéWÔlRSS
avoué Ies£aits^ cherche pour nous nuire les iu^ tentions du général , les fait$ restent du moins pour prouver que nous avons eu raison.
Je fie crois pas devoir répondre à M. Viennet , parce ique la seule fois qu'il prononce mon nom, une injure et âon un raisonnement se trouve sous sa plume. Cependant je n'ai en rien voulu m'attribuer la gloire des succès d'Hondschootte : je n'ai point fait confidence à M.Yiennet de la fierté qu'il m'attribue pour avoir eu un cheval tué sous moi, et le titre de fanfaron de tribune , qu'il me décerne , à moi qui ai si rarement parlé dans la Convention et qui n'ai jamais cherché à y briller, n'est qu'une de ces petites aménités qu'on croit pouvoir se permettre envers un conventionel , quand on ne trouve pas un prétexte pour le taxer de féi'ocité; il ressort pourtant une vérité du livre même de M. Viennet ; c'est que nos écrivains de batailles , bien décidés à nous donner toujours tort, sont tous arrivés à la môme conclusion par des voies contradictoires; ainsi M* Viennet m'oppose Houchard, vieux guerrier instruit et couvert d'honorables cicatrices, tandis que les P^ictoires et Conquêtes et le Manuel des Brades ne défendent ce général qu'en le taxant d'incapacité : que ces messieurs veulent donc biei^ s'accorder entr'eux avant de nous accuser. Avapt d'en finir avec M. Viennet , je dois lui dire que je n'ai jamais cherché à m'at-
DB RENE LÈVASSEUtl. 2tg
tribiier le succès d'une bataille : représentant de Tautorité civile auprès des armées , f y ai fait Tap** pren tissage du métier de soldat , mais je n'y ai jamais tranché du général ; le caractère dont j'étais revêtu a pu être utile dans la journée d'Hondschootte, car il m'a permis de faire exécuter les projets de Jourdan ; mais n'ayant aucune connaissance stratégique, je n'ai jamais eu la prétention de m'emparer du coitomandemetit : mon récit le prouve d'ailleurs de reste; jç me suis appliqué à faire exécuter les plans du comité de salut public, ce sont ces plans du comité de salut public que j'sui défendus à la tribune. La fierté guerrière et Isl fanfàronade que Ton m'attribue coûvlëîineiit donc fort mal à un homme qui ne s'est jamais cru orateur ni militaire; toutefois, j'aime à croire, que M. Viennet, que je ne connais pas, maïs qui est revêtu du caractère triplement honôrable. d'ofïîcier français, de poète et àe député patriote, éprouvera quelque peirie, en lisant ces lignes, d'avoir offensé un vieillard dont la carrière politique lui était inconmie , par une légèreté qu'ott peut se permettre peut-être pour louer , mais qui est toujours déplorable quand on accuse.
Puisque j'ai dû parler encore de la bataille de Hondschootte, je relèverai quelques erreurs échappées à M. Thiers, dont le bel ouvrage est veïitt nous consoler dans notre exil , en nous apprenant que l'ardent patriotisme qui a dévoré notre
vie trouve encore de la sympathie dans les cœurs généreux delà jeunesse française; ces erreurs bien involontaires appartiennent aux sources où ce jeune homme a été contraint de puiser; aucun témoin oculaire n'avait encore écrit; mais moi, qui n'ai quitté Houchard qu'au moment où il est allé se cacher, je puis facilement relever ces inexactitude^ :
« Le duc d'Yorck, dit M. Thiers, (i) marchant avec l'armée anglaise et hanovrienne par Orchies^ (a mai). Furnes vint s'établir devant Dunkerque , entre Langmoor et la mer ; deux sièges à faire nous donnaient donc un peu de temps ; Houchard , envoyé à Gavrelle , y remit en hâte toute» les forces disponibles, afin de voler au secours de Dunkerque. »
C'est à Collet et non à Gavrelle que se fit la réunion ; la remarque est minutieuse , mais dans une affaire de cette importance il faut compter les pas et les instans; poursuivons :
« Interdire aux Anglais un port sur le continent^ battre individuellement nos plus grands ennemis , les priver de tout avantage dans cette guerre et fournir de nouvelles armes à l'opposition anglaise contre Pitt, tels étaient les raisons qui faisaient consj[dérer Dunkerque comme le point le
(i) p^id. Histoire de la Révolution, par 1|f. Thiers , cinquième tolume^ depuif la page 189 jusqu'à la page 194*
plus important du théâtre de la guerre. — Le salut de la république est là : écrivait le comité de salut public au général Houchard »
Le but indiqué par M. Thiers fut atteint^ mais Houchard en était-il moins coupable ? D'abord il n'eût point fait lever le siège de Dunkerque ^ sans Findignation que nous témoignâmes pour sa nonchalance; en second lieu , il eût été plus beau encore de dépasser l'espoir du succès du comité de salut public : quelles armes puissantes n'eussions-nous pas données à l'opposition anglaise contre Pitt si le duc d'Yorck et toute son armée fussent demeurés prisonniers en nos mains ?
M. Thiers évalue les forces du duc d'Yorck à 21,000 Ânglo-Hanovriens, et 13,000 Autrichiens; son armée entière ne s'élevait qu'à 3o,ooo hommes. C'est encore là une petite différence ; mais , je le répète, les moindres inexactitudes sont graves quand il s'agit d'une affaire où se soiit décidés les destins d'un grand peuple, et qui a conduit un général français à l'échafaud.
«( C'est au Nord que le comité voulait surtout déployer le plus d'énergie (i), et qu'il faisait aux généraux et aux soldats un devoir d'en montrer davantage^; tandis que Custines venait de porter sa tête sur l'écha&ud ,* Houchard, pour n'avoir point
(i) F'id, Histoire de la RévoluUon, par M. Thiers, t. v, pag. f f8
fuit à Dunkerque tout ce qu'il aurait pu, fut en*- VOyé au tribunal révolutionnaire. »
Houchard ne fuc point envoyé au tribunal ré*volutionnaire pour un manque d'activité ou pour des fautes de tactique , mais pour cause de trahison ; je l'ar prouvé: c'est calomnier lî^ révolution que de supposer le sacrifice d'un vieux guerrier pour un acte d'iinpéritie qui ne saurait jainais être transformé en crime sans injustice.
« La mort fut prononcée contre le victorieux Bouchard, pour n'avoir pas compris le plan qui lui fut tracé, et ne s'être pas rapidement porté sur la chaussée de Furnes , de manière à prendre toute l'armée anglaise ; la faute était criante , mais elle nie méritait la mort, (i)»
Oui, sans doute, si ce n^eût été qu'une faute; maijs d'abord le victorieux Bouchard fut victorieux malgré lui; il ji'ayàit pas fait tout ce qu'il aurait pii faire : il aurait pu faire l'armée anglaise prisonnière ; il ne comppen^it pas le plan qui lui était tracé : nous le lui avons cependant expliqué jusqu'à satiété, tsumis.' sommes allés jusques à la Goière, pour 1^ lui faire «^écuter à fiondschoojtte; Yi ne céda qu'à l'indignation^ de ses officiers, et micore resta*-t4ii au plus- >fort: de l'àétioii eetché pmufant cinq heures derrière une haie : l'arniée
(i) f^id. Histoire de la Réwolulion, pag. 9^6*
DE RBNB LBVASSEUR. 235
était écrasée et il était immobile! le$ deuK généraux de diyi3ion se retiraient blçssés^ et il laissait l'armée sans commandement ! Si je n'eusse pas fait exécuter les co;[iseils donnés par Jourdan; nous éprouvions une déroute complète , et il ne restait pas de noti*e belle armée un seul bataillon complet. Sans doute , si M. Thiers eût connu cçs détails» il aurait renoncé au plaisir de faire une antithèse sur le victorieux Houchard marchant à l'échafaud : le victorieux Houchard ! il ne reparut au milieu de iious qu'après la retraite des Anglais; il refusa de les poursuivre ; il me débita un conte ridicule pour ne pas y être contraint; il me ferma la bouche , en me disant : Vous n'êtes pas militaire, et cependant lesmilit^ire^quijedéf^.d^uit avouent une faute de sa part (i).
L'auteur des Victoires et Conquêtes , qui ne
(i) Cette faute , plus impardomiEibk que la prefoiière, fut le principal motif dont 9e senrirent les ennemi^ de c6 général pour le fttire neietire en jugement* Aussi dans le sein de la; GonVeiition , par le représentant Levasseur et par Eohespieire> le géaéral françait paya de- sa télte le xaalhieiuF de n'ayoîi^ pas eu Texpânence nécessaire pouriif«r de sa inctoité tout le parti possible. >
Cependant l'Accupation d'Hondacboottè par las Français rendait la po^ jlition des Anglais insoutenable, fl^ étaient «(^tièretnent dépassés , «C è' leur gaucbe les Français se trouvaient plus près qu'eux de Fùpnes.'igiKH •rant û. Houch^d commettrait la £aiute dé ne point poursuivre Tûmiéé vaincue, le duc d'Yorck ci*aignit avec raison de se voir coupé, il asiMUibla pendant la nuit son conseil de guerre, et les dangers parurent si immînens , que la résolution^ de lever le siège fut prise à Funanimité. Lest
se montre pas partial en faveur des conventionnels, avoue cependant que Tennemi a eu de véritables auxiliaires dans la faiblesse de nos généraux. M. Thiers en convient également; il est bien étonnant qu'aucun d'entre eux n'ait voulu reconnaître que la trahison nous a été encore plus préjudiciable que l'impéritie : le plaisir de nous accuser serait-il bien une justification suffisante à de pareilles abérations !
Je reviens à M. Thiers, et je passe à la bataille
alliés s'enfiûrent avec tant de précipitatiou , qu'ils abandonnèrent toute leur artillerie de siège... Ainsi , quoique le général Bouchard se fût maladroitement privé du principal avantage que devait lui procurer la victoire, celui de couper l'armée anglaise, le but de ses efTorts avait été néanmoins rempli , puisque Dunkerque était délivré , et que le duc dTorck avait été contraint de se retirer. La bataille de Hondschootte, par ses résultats, fut aussi décisive que celle de Jemmapes : elle rendit aux soldats français le sentiment de leur force ; leur confiance accoutuàiéc prépara les succès inouïs de la campagne suivante, et mit bientôt à même le gouvernement républicain de reporter sur le pays ennemi la terreur doQ^t, pendant quelques instans, les premiers avaient été frappé.
Une armée firançaise est donc une chose sacrée qu'aucun profane ne doit minier. L'ennemi a donc eu par momens , et de fait, de véritables auxiliaires dans la faiblesse de quelques-uns de nos généraux. Et rien ne prouve davantage combien il fallut de génie , de vigueur et de dévouement à un si grand nombre d'entre eux , pour réparer de grandes fiiates ou de grands malheurs , pour triompher de l'Europe entière . enfin pour acquérir et conserver, pendant un si grand nombre d'années , cette illustration militaire qui , malgré nos défaites , n'a laissé parvenir à notre niveau aucune autre nation du monde , et ne nous laisse rien à envier à ceux-là même qui nous ont enfin accablés.
( Victoires et Conquêtes. )
DE R£l<i£ LEYASSEUR. 22^
Menin, où se rencontre encore dans son récit une légère inexactitude.
« Notre armée occupait Menin le i5; elle sortit « de cette ville^ et marcha sur Courtray; à Bisdeg- (c hem, elle rencontra Beaulieu; le combat s'en- « gagea avec avantage de notre côté : tout-à-coup « l'apparition d'un corps de cavalerie sur nos « ailes répand une alarme qui n'était fondée sur « aucun danger ; mais tous s'ébranlent et fuient « jusqu'à Menin. Là cette inconcevable déroute «ne s'arrête pas, la terreur se communique à «( tous les camps , à tous les postes, et l'armée en a masse vient chercher un refuge sous le canon c< de Lille ; cette terreur panique dont l'exemple m n'était pas nouveau , qui provenait de la jeuce nesse et de l'inexpérience de nos troupes, peut- « être d'un perfide saui^e qui peut ^ nous fit per- <c dre les plus grands avantages et nous ramena « sous Lille. M
J'ai déjà expliqué la cause du mouvement de terreur panique qui entraîna nos soldats lors de leur sortie de Menin; je dois ajouter ici qu'il n'y eut point de perfide sauve qui peut : un hasard déplorable , mais bien naturel dans une crise de ce genre, fut la cause du désastre qu'il ne fut pas d'ailleurs difficile de réparer , et qui n'eut pas là gravité que lui attribue M. Thiers.
Au reste , de si légères taches ne défigurent pas la belle Histoire de la Réi^olution de ce jeune écri- III. »5
vain; si j'ai refuté quelques-unes deBes erreurs^ je n'apprécie pas moins son beau travail. Mieux informé , il aurait dit la vérité tout entière , car tel était bien son désir, et les inexactitudes que je lui reproche sont plutôt la faute des officiers généraux qui ont écrit les récits de nos campagnes que la sienne ; il a cherché avec bonne foi la vérité, mais cette vérité était obscurcie par trop d'intérêts particuliers pour qu'il pût bien la connaître.
Le récit' simple et détaillé que j'ai donné de la campagne de 1794» à l'armée du Nord, est déjà une réfutation des relations passionnées des Victoires et Conquêtes (i) et du Manuel des Bra^ '
(i) Extrait des Kictoiresei Conquêtes, t. ii, pag. 261.
On a TU qu'après avoir chassé les Autrichiens de Thuin , Tannée des Ardennes avait passé la Sambre ; elle prit possession à Fontaine-Lévêque; mais le prince de Kaunitz ayant été renforcé par le prince d'Orange « contraignit les Français à se retirer sur Tautre rive.
Le comité de salut public , tout en acceptant le plan d'une diversi<ni en Flandres, n'avait point renoncé au projet de Charleroi, opération qui dans le principe devait ouvrir la campagne du Nord. Les conventionnels Lebas et Saint-Jiist s'étaient rendus à l'armée des Ardennes dans ce dessein, et le dernier de ces proconsuls, jeune homme ardent, qui croyait que le fanatisme républicain devait suppléer à toutes les connaissances! militaires dont il n'avait pas l'idée , était le plus grand instigateur de tous les mouvemens qu'opérait l'armée des Ardennes.
Le général Charbonnier, qui commandait cette armée , était loin de posséder les moyens militaires qui distinguaient alors un grand nombre de nos généraux. Il serait difiQcild de justiGer le choix qu'avait fait de lui le comité de salut public pour commander en chef : brave cooune un
DE RENE LEVASSEUR. 2!i7
pes{iyy\k encore, comme à leur ordinaire, les au^ 4curs ne font intervenir les conventionnels que
grenadier, mais incapable de diriger une armée , le général était l'agent aveugle et passif du dédamateur Saint-Just , Téritable général en chef.
Contre l'avis des généraux les plus édairés, le fougueux conventionnel s'obstinait à l'exécution intempestive du plan du comité de salut plublic ; il ordonna un second passage de la Sambre» et l'aimée l'dlectua le ao mai. Les bois de Bonne-Espérance furent remportés après un eombat assez vif, qui se renouvela le lendemain sapé succès pour l'ennemi.
L'armée française prit ensuite une position vers Merbe-le-Ghâteau , et elle se disposait à se porter en avant, lorsqu'elle fut attaquée de nouveau par le prince de Kaunitz réimi avec le prince d'Oriinge. Les Français, presque surpris , n'opposèrent qu'une feible résistance ; les efibrts de l'ennemi s'étant portés principalement sur la gauche, celle-ci fut culbutée en un instant , et le désordre fut td qu'un grand nombre de soldats jetèrent leurs armes et passèrent la Sambre, presque sans tirer un coup de fusil; le centre et b droite, après un combat plus prolongé, cédèrent égale* ment , et leur retraite sur la Sambre serait devenue presque impossible , sans l'arrivée inattendue de la division du général Kléber, en marche avec douze mille hommes pour faire une pointe sur Mons, à l'effet de faciliter un mouvement de l'armée du Nord sur le camp de Grivelle. Kléber apprend par les fuyards de l'aile gauche de l'armée des Ardennes le danger que court cette armée au-delà de la Sambre; il vole aussitôt à son secours, passe la rivière sur le pont de Solre , dont l'ennemi qui s'en étmt déjà emparé est chassé. Le prince de Kaunitz se voit attaqué à son tour, et cette diversion donne aux troupes déjà vaincues le temps de se rallier et de passer sur l'autre rive de la Sambre.
L'armée des Ardennes éprouva dans cette dernière affaire, qui eut lieu le a3 mai , une perte de trois mille hommes. L'opiniâtre Saint-
(i) Extrait du Manuel des Brawes, tome m , pag. 199,
.Le 18 du mois suivant, un de nos généraux s'empara dé Bossu, un autre martba sur Tbuin, après avoir enlevé à l'arme blandie les retran*
pour leur reprocher nos désastres, sans avoir la justice de leur tenir compte de nos succès ; c'est tou-
Just , prodigue du sang des soldats , fît renouveler le passage de la Sambre à cinq reprises difTérentes jusqu'au ag mai , et toujours avec les mêmes résultats. Au dernier effort, Charleroi fut investi en partie et bombafrdé; mab -comme cette opération se fit sans avoir préalablement battu Farmée' ennemie , celle- ci vint attaquer les assiégeans, qui furent encore obligés de renoncer à leur entreprise avec une perte de douze cents prisonniers et de vingt-cinq pièces de canons.
Nous aurions pu nous étendre davantage dans le récit de ces idifTérens événemens^ mais nous «ivons voulu épargner à nos lecteurs des détails trop fastidieux et trop pénibles pour exciter lacuriosité ; il nous suffira de dire que dans presque tous ces combats infructueux , les généraux et les soldats firent leur devoir et se battirent avec autant de 2èle que de courage , notamment le 36 , au combat de Montigny-les-Teigneurs , près de Charleroi , où les généraux Hatry et Lorge se distinguèrent ; mais il est douloureux de penser que toutes ces actions ne servirent qu'à augmenter le nombre dès victimes de la désastreuse impéritie de Saint* Just.
chemens des Autrichiens en avant de cette ville. Thuin ouvrit ses portes et notre ennemi passa la Sambre après s'être emparé de Thuin. Les généraux dé l'armée des Ardennes avaient passé la Sambre , et s'étaient établis à Kaunitz ; alors les députés conventionnels réglèrent encore la marche des troupes , désignaient le genre d'opérations qui devaient être exécutées, et sur le refus qu'un général faisait de remplir leurs intentions, ils le déclaraient traître à la patrie et le jetaient dans les cachots, ou lui arrachaient la vie. Deux de ces proconsuls, Lebas et Saint-Just, commandaient alors l'armée des Ardennes. Saint-Just surtout voulait être obéi. H fallait suivre tous ses conseils ; son esprit , naturellement fougueux, était exalté jusqu'au fanatisme; mais ce qui rendait plus dangereux encore le pouvoir dont il était revêtu, c'était la faiblesse du général qui commandait en ichef l'armée des Ardennes : brave comme un soldat, mais dépourvu de toutes les connaissances nécessaires à cdiii
DE RENE LEVÂSSEUR. 22g
jours la suite du système que le lecteur a pu reconnaître dans tous les passages de ces divers auteurs^
qui dirige de grandes opérations , Charbonnier suirait aTec on respect aveu^ et religieux tout ce que desirait le conTentionnd Saint-Just. Ce fat d'après ses ordres qu'il repassa la Sambre et prit position Tcrs Herbe-le-Ghâleau. Le prince de Kaunitz , qui déjà une fois nous avait •obligé de nous retirer sur l'autre rive , nous attaqua presque aussilM que nous y étions établis : soutenu par le prince d'Orange , il fit plier notre gauche; notre centre et notre droite allaient aussi lâcher pied, quand la divbion Kléber, avertie par des fuyards , survint et rétablit le combat. Cependant nous nous reportâmes sur l'autre rive , après avoir perdu trois mille hommes. L'impétueux Saint-Just ne s'arrêta point là : il ne balança point de sacrifier le sang français pour venger son amourpropre , et surpris qu'on ne pût exécuter un passage qu'il avait jugé praticable , il donna de nouveaux ordres. La Sambre fut passée cinq fois ; mais cinq fois les Autrichiens vainqueurs nous repoussèrent sur Tautre rive. Les soldats, malgré leur courage» nos généraux, malgré leur zèle-, ne purent exécuter un plan que l'état des choses rendait impossible. Si nous nous reportons aux faits passés, nous verrons les Français tenter jusqu'à quatre fois le passage de la Sambre et toujours infructueusement, etles commissaires conventionnels ordonner ces tentatives réitérées sons calculer auparavant toutes les chances de cette entreprise. Le 99 mai , le passage fut enfin efTectué par l'année des Ardennes, et la ville de Charleroi bombardée; mais le prince d'Orange, à la tête d'un renfort, parvînt encore à repousser les Français sur l'autre rive du fleuve. Nous étions constamment battus sur ce point; il était évidient que nous étiom les plus faibles : le comité de salut public ordonna la jonction des armées de la Moselle et celle des Ardennes.^ Ces deux armées réunies prirent le nom d'armée de l^ambre et Meuse; le général Jfourdan fut nommé général •en chef de cette masse vraiment itaiposante.
Un moyen nouveau dans l'art de la guerce avait été employé avec succès par le général Jourdan , pendant le siège de Charleroi. Un aérostat planait à une distance calculée , et ceux qu'il contenait , à l'aide de lunettes , observaient les mouvemens des troupes ennemies et indiquaient au général le point où il était nécessaire d'fiivoyor des troupes.
25o MEMOIRES
que j'ai cru devoir réfuter. Des marches et des contremarches sans nombres ont eu lieu à l'armée des Ârdennes ; donc, puisque Saint-Just et Lebas étaient présens, on devait leur reprocher les pertes qu'avaient causées ces nombreuses escarmou-» ches sans résultat: c'est l'habitude ordinaire de nos narrateurs de batailles ; cependant la cause de toutes ces tentatives inutiles était assez évidente pour qu'il ne fût pas besoin d'en chercher si loin une autre. Quatre généraux de division commandaient à-^la^-fois l'armée^ qui n'avait ni une direction unique m un plan arrêté; tout se passait en interminables discussions[dans les conseils de guerre. Lorsque venait à dominer l'in- .fluence d'un des quatre chefe, ceux qui avaient été opposés à son opinion exécutaient mal le plan qu'il avait conçu. Tout languissait enfin faute d'une direction et d'une volonté , bien loin qu'on pût reconnaître dans ces événemens la prétendue volonté de fer de Saint- Just.
Au reste j j'ai déjà dit assez quelles étaient nos fonctions auprès des armées pour qu'il soit facile de reconnaître Finexactitude des écrits que je conteste. Âgens du pouvoir civil, nous avions toute puissance sur la personne des généraux, mais aucune sur leurs fonctions : il ne nous était -pas permis d'empiéter sur leurs droits militaires.. Je puis au reste affirmer que , pour ma part , je n'ai en rien contribué aux cinq passages successifs
DE RENE LËVASSEUR. J23l
de la Sâmbre^ quoique j'aiesuivi Farinée dans ses divers mouven^ns avec mon collègue Guyton^ Moryeaux ; je comprendrais peu, je l'avoue , que Saint-Just ait pu donner, de loin^ sans mon entremise, des ordres aux généraux qui étaient placés sous ma surveillance particulière: il est donc prouvé que c'est encore là une de ces fables inventées pour rejeter sur les membres de la Gonventioii toutes lesfautes^^t tous les malheurs. Il paraît d'ailleurs, d'après les habitudes des auteurs qju^ je rétite, que c'est pour eux une sorie de bonne fortune d'amour-propre que de trouver moyen de relever la gloire de l'armée au prix de qûelqu'injustice à l'égard de ia Convention! Et quel plaisir aussi que d'arrondir une phrase sur la farouche inflexibilîjbé de Saint-Just : il n'aurait pas dû cependant pousser jusqu'à dénaturer l'histoire.
Après avoir réfuté des autews 9 au moins respectables par de; Ipngues recherches et du ta- Içnt, faujtril parler d'i^ne xnisérable ^ttaque dirigée, contre inp^,,; p^r i^n sieup,jCoInet, d^ns le plus méprisable et le plu;^ m^risé des journaux de la faction. contre-révolu tiopnairet; je. garderais le silejQce ^ur. les pasquin^idçs .de^c^t homme s'il s'était borné^^ çcmime à son ordiQ^i^^, ^ aligner de frpide^ plaisanteries , ou même à diriger contre moi seul d'odieuses personnalités. Peu m'importe^ eu ef&ty qu'il plaisante sur le titre de citoyen
représentant; îl n'en vaudra pas moins à mes yeux ceux de Monsieur^ Monseigneur, ou même Excellence. Mais à propos de mon ouvrage, ce journaliste a cru devoir sortir de sa sphère ordinaire pour attaquer les principes de la révolution, et il lésa a attaqués par des mensonges. C'est làdessus seulement que doit porter ma réponse.
D'abord le sieur Colnet prétend qu'on trouverait, dans l'Âlmanach impérial, une foule de Montagnards affublés de titres héraldiques. S'il veut parler de Thermidoriens je l'ai dit avant lui; mais ; si , comme il le fait entendre , il veut désigner les vrais Montagnards, les Montagnards qui ont lutté contre la réaction ^ je le défie de me citer un seul nom.
H demande pourquoi il me plaît d'appeler royalistes certains Girondins; je lui demanderai à lui-même s'il pense que M. Henri Larivière ait jamais été républicain.
Mais ce n'est pas sur ces objets de peu d'importance que doit porter ma réfutation. IjC sieur Colnet,avec une légèreté qui ne convient point à notre âge , accuse en masse toutes les mesures de gouvernement de la Convention , et les accuse avec une insigne mauvaise foi ; il compare l'emprunt forcé à un vol de grand chemin ; s'il n'a pas donné la même qualification aux contributions extraordi- , naires levées en ï8i6 pour payer les étrangers, je lui demanderai quelle difïerence ri trouve entre
DE RENB LËVÀSSBUR. :i53
ces deux opérations; je le dé6e de répondre sans se convaincre lui-même ce mensonge.
Mais il est une imposture plus grave^ qui même est la seule raison qui m'ait décidé à répondre à de si misérables sarcasmes : le sieur Colnet prétend qne l'emprunt forcé dévorait la totalité des fortunes : il prétend que le nécessaire d'tin père de famille étant fixé à 1 5oo fr.^ la république s'emparait du reste sous le nom de superflu ; c'est un odieux mensonge^ volontaire, calculé pour nuire, puisque le sieur Colnet avait lu la vérité dans mon premier volume. Le fait est que l'emprunt forcé, taxé seulement sur le superflu, s'augmentait en proportion des fortunes, mais qu'il ne passait pas sur toutes les positions sociales le niveau de l'égalité. Un homme riche de cinquante mille livres de rente, c'est-à-dir^ d'un million de capital, était taxé à vingt mille francs; somme sans doute énorme, mais dont il lui était facile de supporter le don. J'ignore ce qu'en pensera M. Lafitte(i), mais je pense aujourd'hui comme autrefois, en dépit du sieur Colnet, que dans la nécessité qui nous pressait, il valait mieux avoir recours à cette ressource que de laisser périr la république; les sarcasmes sont peu de choses en présencïe de né-
(i) Le sieur Gdnet interpelle M. Lafitte dans sa grossière attaque contre moi. -^
cessités semblables à celles qui nous pressaient. Un homme qui fait un métier la de satyre peut bien tuer des rétheurs avec Tarme du ridicule , mais qu'il sache qu'il est impuissant, contre des événe« mens dont la grandeur ne peut pas être mise en contact avec sa mince intelligence. Le serpent s'est brisé de tout temps les dents sur la lime.^ Il est plus que temps de résumer ce trop long chapitre; j'ai^ je crois, prouvé que, quelque ftissent les fautes du comité de sakit public, il n'a eu du moins en vue que les intérêts de la patrie et de la liberté ; j'ai prouvé que les accusations portées contre nous étaient . dénuées de preuves ou appuyées seulement sur des pièces réunies avec mauvaise foi, ^ la suite du rapport de Courtois; j'ai prouvé que ces pièces mêmes parlaient souvent en notre Êivi^ur ; ainsi les correspondances privées de Robespierre (j) démontrent jusqu'à l'évi-
(i) J'en citerai encore quelques-unes : r,
in JuUm à fiobespierre 9
« Je TOUS ai dcgà .écrit» mon bon ami, pour tous prier de presser auprès du comité de salut public Tadoption de mesures extrêmement utiles pour relever ici la cause du patriotisme et terrasser raristocratie.
(( C'est à cela surtout que je m'attache , et j'ai la satisfaction de voir que mes efforts ont déjà beaucoup réchauffé l'esprit public et intimidé les contre-révolutionnaires. Je vous enwoie deux arrêtés quefaijait prendrp aux deux sociétés populaires du Hdvre eL éCln^ouvUle : le premier a pour objet de multiplier ks clubs dont la disette est grande
dence que ses amis ne' lui supposaient point de projets de tyrannie , et ne l'entretenaient que du
dans ce canton, et , par l'autre , les républicains du Havre promettent de s'armer contre la coalition.
Je TOUS prie de faire lire ce dernier arrêté à la Gonyention nationale; il est même politique qu'elle en ordonne l'impression (et l'envoi aux départemens. Nos bons sans-culottes du Havre sont très-pauvres, même pour payer ks frab d'impression ; je les prends sur moi , afin de faire afficher la déclaration dans toute la tHIc. On a osé parler en publie de recevoir les Anglais. La municipalité du Havre protège de pareils discours. Je vous prie de m'envoyer l'autorisation du comité de salut public pour prendre dans une caisse publique les frais d'impression de la dédarati(m solennelle des républicains du Havre.
(c Ma mission est de soutenir les sociétés populaires , et certes je m'attache à. la remplir, puisque je réchauife chaque jour l'esprit public, en parlant au peuple des dangers de la patrie, de ses devoirs , de son intérêt, et que je multiplie les dubs; mais ne pourrais-je les soutenir que par de yains discours, et lorsque , par exemple, une société populaire me demande une salle convenable pour les séances , ou lorsque de bons sansculottes manquent de fonds pour faire imprimer une de leivs délibérations qui doit intimider l'aristocratie, ne pourrai&-je les satisfaire? me verrais-je à la fois dans la possibilité et dans l'impuissance de faire le bien? Ma mission me charge de ranimer l'espri^ public, de déjouer les conspirations; mais pour ranimer l'esprit public , ne pourrais-je ni faire imprimer des écrits utiles , ni arrêter les représentations de pièces anti-patriotiques ^ ni requérir les autorités constituées pour déjouer les conspirateurs? ne pourrais-je point établir de comités de salut public dans* les villes où il n'y en a pas , et oîi il n'y a point de représentans du peuple pour en établir? verrai -je de sang-froid, et sans pouvoir y suppléer, l'inexécution des lois les plus po^Nilaires P serai - je agent du comité de salut public sans pouvoir agir pour le salut public , et me verrai-je réduit à faire entendre des vœux stériles et impuissans pour le bien que je pourrais faire, et qu'il ne me sera point permis d'accomplir ? ne pourrai-je découvrir les conspitcurs et avoir des renseignemens sur la conduite des agens infidèles» quand
salut de la chose publique : j'ai prouvé que l'ac^ cusation de nous être vendus à l'étranger , ap*
je n'aurai ni moyens d'avoir moi-même des agens , ni droit de requérir» au nom du comité , le compte-rendu de la conduite des fonctionnaires suspects. Je ne demande ni ne désire aucun pouvoir pour moi, parce que la responsabilité est à côté du pouvoir, et parce que dans des circons* lances imprévues , dans des lieux differens , dans un moment de révolution surtout , la responsabilité est plus terrible que jamais ; mais je demande s'il n'est pas avantageux dans la crise révolutionnaire, que le comité de salut public de la Convention nationale confie quelques pouvoirs aux agens qui ont sa confiance. J'ai pti faire ici quelque bien, je l'avoue ; mais j'en aurais fait beaucoup plus , si je n'avais été dénué des moyens de le faire. H m'est bien plus agréable, à moi en particulier, d'avoir une mission qui n'entraîne aucune respons^ilité , aucune nécessité de me faire des ennemis , aucune mesure à prendre , que d'en avoir une laborieuse et pénible , remplie de périls et d'obstacles ; mais ce n'est pas moi que je consulte , c'est la patrie , et je me sens le courage de me sacrifier pour elle.
tt Julien à Robespierre ,
« J'ai d^à témoigné , mon bon ami , au comité de salut public , toute ma joie et ma reconnaissance, ainsi que celle des sans-culottes du Havre, de l'empressement avec lequel il a fait décréter les mesures que, de concert avec la société populaire, je lui avais proposées. Ma dernière lettre à Barère donne les détails des heureux effets qu'a produit l'adoption de ces mesives. J'attends, avec impatience , votre réponse à la lettre que je vous ai écrite, et dans laquelle je vous fais quelques demandes générales que m'a dicté le désir de rendre ma mission plus utile encore; je me félicita que le comité de salut public m'ait chargé d'une tournée patriotique qui me fait juger chaque jour, plus que je n'aurais pu le faire, de l'excellence de l'esprit public , pour peu qu'il soit éclairé et électrisé , et de l'unanimilé des vœux des Français pour le triomphe de la repu-
DB REM£ LËYASSEUA. ^'j
puyée seulement sur une lettre anonyme, était contraire et au caractère des hommes et aux
blique une et indivisible. Partout je précbe aux sociétés populaires le ralliement autour de la Convention nationale , rétablissement d'associations patriotiques dans toutes les communes de la république ; partout je les invite à s'occuper de l'instruction du peuple; partout je m'attache à révéler au peuple , à montrer que la révolution est faite pour lui , qu'il est temps que les pauvres et les sans-culottes domineùt , puisqu'ils sont la majorité sur la terre, et que la majorité doit dominer, la volonté générale , faire seule la loi , le bien du plus grand nombre , être le but du contrat sodal ; partout je recommande exécution stricte de tous les décrets, . obéissance inviolable aux lois , confiance entière dans la représentation nationale , ha'me étemelle aux ennemis de la liberté française et à tous les tyrans , résolution ferme de périr plutôt que de jamais consentir à capituler avec eux ; partout j'éveille Tenthousiasme de la liberté et une généreuse émulation entre les patriotes , par le récit des octes civiques qui doivent mutuellement leur servir d'exemples. J'éveille l'horreur de la tyrannie par la hideuse image des crimes des despotes et de leurs satellites, image si propre à soulever contre eux l'indignation de tout ami de l'humanité ; j'associe les sociétés populaires à la responsabilité commune des representans du peuple et des républicains, dont le droit le plus beau, le devoir le plus saint, est de faire triompher la république, qui remet dans leurs mains sa défense. Je recommande un juste milieu entre le découragement , indigne d'hommes libres , qui ont juré de sauver la patrie , qui ne doivent jamais douter de son salut , et cette sécurité perfide, cette confiance léthargiique , dont l'effet serait d'endormir le peuple qui doit veiller toujours au milieu des dangers publics ; partout je vois de pareils discours recueillis avec transport , le patriotisme s'élec- \ Iriser et prendre une nouvelle énergie, le peuple s'élever à sa dignité; les sociétés populaires se multiplient , les campagnes reçoivent la lumière et se passionnent pour la révolution , les républicains se pénètrent de l'étendue de leurs devoirs et s'engagent à repousser leurs ennemis , les Anglais surtout , dont le nom seul est en horreur dans ces contrées, et contre lesquels la trahison qu'ils ont appelée à leurs secours pour se
faits, et que d''ailleurs cette accusation n'avait pas même été soutenue avec une bonne foi entière.
rendre maîtres de Toulon , réyeille Tindigination publique ; partout rengagement est pris devant moi, par les patriotes, de répondre à la république française du territoire qu'ib occupent, et dont l'invasion de territoire les livreraient aux plus affreux malheurs. J'ai dd rendre compte au comité de salut public des principes que j'exprime , et de l'accueil qu'ils reçoivent , pour le faire juger si je remplis le but de la mission qu'il m'a confiée , et si le peuple est à la banteur des circonstances et partout également digne de la république. Je vous prie de transmettre au comité l'exposé que je lui fais de ma conduite et de mes observations sur l'esprit public des lieux que je parcours. Je dois maintenant donner au. comité nne idée succincte de ma tournée depuis le Havre, d'où je lui ai fait passer les détails qui concernaient cette ville, jusqu'à Saint-Malo, où je suis maintenant. Ma dernière lettre a fait part des dispositions dans lesquelles j'ai trouvé les républicains de Cherbourg; la présence de vos collègues Lecarpentier et Crarnier a ranimé l'esprit public, et le dub épuré ne connaît plus que le ralliement autour de la Convention nationale, l'amour brûlant de la liberté, le sainte horreur des esdaves armés de Greorges, et la noble assurance que jamais il ne leur sera permis de souiller dans ces contrées le sol de la liberté. Les républicains de Cherbourg ont pris devant moi-même engagement que ceux du Havre , de se reconnaître responsables envers la république de la partie de la frontière qa*ils occupent. Les engagemens solennels que je fais prendre ne sont rien par eux-mêmes; mais ils servent à réve'dler l'enthousiasme : dans une crise révolutionnaire, c'est le plus puissant mobile des esprits, le plus sûr garant >des succès. Comme j'avais remarqué à mon passage à Gaen , et que j'avais appris des représentans du peuple Lindet et Oudot • que l'esprit public avait grand besoin d'être remonté , j'ai déterminé k^ sociétés populaires de Cherbourg et de Coutanoes à envoyer diacune six commissaires dans cette ville pour grossir les sans-culottes , effacer jusqu'aux traces des Buiot et des Baibaroux, relever le peuple et fonder un bon duK populaire , qui purge le pays qu'avait souillés les fédéraUstes. J'ai déterminé aussi ces deux sociétés , ainsi que celles de Grand-
DE RENÉ LEVA8SEUR. sSq
On a cru servir la liberté, en prouvant que les mallieurs dont son noble élan a été suivi , étaient
TÎlle et de Dol , à disséminer des patriotes dans les campagnes pour établir de tous côtés des sociétés populaires : car l'^arement de Tesprit public est la première^ presque la cause de nos maux, et quand cette cause sera' détruite, quand le peuple, bien éclairé sur ses Trais intérêts, sur ses ennemis « ne sera plus sujet à l'erreur, quand il aura brisé les chaînes de l'ignorance , comme il a brisé celles de la servitude , nous n'aurons plus rien à craindre. J'ai cru devoir vous transmettre les motifs qui ont dirigé ma conduite. La société de Coutances est composée de vrais jacobins , et mérite une mention honorable , ainsi que celles de Valognes. A Coutances , les corps constitués ont été épurés , comme ils auraient besoin de l'être partout; à GrandviUe , port de mer, où vos collègues m'ont invité de m'arrêter , j'ai reproché avec force à la société populaire la démarche criminelle où l'avaient entraînée quelques intrigans : j'ai demandé aux patriotes égarés s'ils auraient mieux aimé redevenir les esclaves d'un nouveau tyran , que de rester les citoyens libres de la république française ; je leur ai peint la guerre dont Buzot et ses complices avaient arboré l'étendard dans le Calvados; j'ai retracé les crimes, j'ai dévoilé les desseins pervers de cette faction liberticide; j'ai parlé de la révolution du 3i mai , des bienfaits de/ cette journée mémorable et de la constitution nouvelle, des services rendus par la Montagne ; j'ai trouvé des cœurs accessibles à la vérité. Je vous envoie l'attestation ci-jointe qu'ils m'ont remise et que je vous prie de taire connaître au comité de salut public et à la Convention. J'ai fait adopter par la même société un scrutin épuratoire pour la purger de certains riches qui la composent, et l'enrichir d'un bon nombre de sans-culottes , car il y a dans Grandville un excellent faubourg qui est la partie saine autour de l'endroit. J'y ai demandé une salle qui convenait à la société , et par ce moyen elle se trouvera entourée du peuple. Dans le même lieu était un commissaire des chasses , nommé Maudmt , royaliste connu , contre lequel m'ont été faites des dénonciations extrêmement graves , qui mériteront sa traduction au tribunal révolutionnaire : il a dû être arrêté par ordre du comité de surveillance , le soir même de mon départ. Je ne dois
tous Fouvrage de ses ennemis, on s'est complu dans cette idée, qui pour les excès flétrissans au
pas oublier de rendre bommage au pur républicanisme du sans-culotte Regonier , commandant de la place, et de Boulay, envoyé du comité de salut public f que j'ai eu le plaisir de voir à Dol , où je me suis trouTé le soir , à mon passage , à la séance de la société populaire. J'ai trouvé un bon esprit , que j'ai réchauffé par la manifestation des principes énoncés déjà par moi dans les autres dubs où j'ai été, et que j'ai cru , dans cette lettre même , devoir soumettre au comité qui m'a honoré d'une grande confiance, à laquelle je tâcherai de répondre. Ici je sais m'eCforoer de faire autant de bien que je crois en avoir fait ailleurs.
J'attends avec impatience le diplôme des jacobins de Paris , que je tous ai prié de me procurer, et que vous pouvez , s'il n'est point encore parti , m'adresser à Lorient , poste restante , où je serai bien aise aussi d'avoir une de vos lettres en réponse à mes dernières,
Ltutrent à Robespierre.
Vrai Montagnard , je dois m'adresser à toi pour te dire de grandes vérités, mais frappantes pour le vrai sans-culotte.
Je t'apprends avec douleur que la scélératesse eft à l'ordre du jour dans la Vendée. La conduite infâme qu'y tiennent nos gros épauletiers nous a causé, en moins d'un mois, sept déroutes. Pour être sûr de mon fait, j'envoyai mon adjoint auprès de Bart, seul général qui désire la fin de cette monstrueuse guerre. Le rapport de toutes ces vérités a été fait au citoyen Julien qui se trouve dans les murs de La Rochelle , où ses prédications républicaines ont échauffé l'esprit de cette commune; car l'égoîsme et le modérantisme sont très-abondans par malheur. Il est très-urgent que le comité de salut public prenne de grandes mesures (car je crains qu'on ne le trompe) , et surtout qu'il ait continuellement un envoyé. J'ose le dire, \<e& sociétés deviennent désertes; je m'aperçois qu'on nous travaille sourdement. Le beau temps approche , et l'augmentation des brigands suit le mouvement de la saison. Je dis la vérité ; peu importe qu'on intrigue secrètement contre moi ; on a été auprès de Lequinio jusqu'à me traiter de désorganisateur : sans doute jele suis, mais pour des scélérats
DE ViETHà LEVASSEUA. a^l
moins, est d'une complète vérité, et on lui a donné une extension exagérée : on est, je pense^ tombé dans une étrange erreur, car on n'a pas senti qu'une cause aussi noble que celle que nous défendons n'a besoin pour elle que de la vérité^ les crimes des inquisiteurs n'ont jamais empêché de regarder l'enthousiasme religieux comme sublime : les malheurs inséparables de l'explosion soudaine du besoin de liberté chez un grand peuple, n'empêcheront jamais de regarder un tel mouvement comme l'une des plus belles crises de l'humanité.
Nous sommes arrivés au moment où la révolution parvenue à son apogée, va retourner en arrière. Il était temps sans doute que le régime révolutionnaire cessât, mais pour que les principes de la révolution n'y perdissent rien , il eût fallu qu'elle fut arrêtée par ses propres enfisins , et qu'un Danton ou un Robespierre lui disent : Tu n'iras pas plus loin. 11 n'en fut pas ainsi. Pour consommer la révolution du 9 thermidor, ses auteurs s'adressèrent à tous les partis, mêmes aux hom-
qui Teulent asservir mon pays. Je dois rendre justice au représentant, il n'a pas donné dans le panneau. Julien , commissaire du comité de salut public , est très - indisposé , et n'a pu finir la visite des côtes. Je suis ton concitoyen.
5/^^, Laurent, lieutenant-général.