III
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crimes, toutes les calamités de la révolution , que le régime de la terreur doivent être absolument imputés aux ennemis de cette révolution, aux émigrés; que ces crimes sont les leurs, que ces calamités^ ce régime sont leur ouvrage, quelle hypocrisie- ces hommes ne montrent-ils pas lorsqu'ils déplorent ces crimes et ces calamités ? ils les citent aux générations présentes et futures eomme des exemples à suivre. « Éloignez , disent-ils aux nations éloignées, éloignez de vos lèvres avideâ la coupe de la liberté , elle contient une liqueur empoisonnée. » Et ce sont eux, ce sont ces dédamateurs hypocrites qui secrètement on fait couler le poison dans cette liqueur salubre. »
Ce passage est accompagné de la note suivante: « Les papiers saisis à Bareuth et à Mende et plosieui s autres recueils ou mémoires prouvent l'existence de cette agence secrète. M. le comte de Noyant, dans la crainte de voir sa gloire contrerévolutionnaire échapper à la postérité, a consigné dans une brochure expresse, intitulée Compte itm roi y par M. de Noyant , les services qu'il a rendus, les obstacles qu'il a éprouvés , les dangers qu'il a courus dans le noble emploi d'espion et de corrupteur. On y voit , par brevet du 1" décembre 1798, qu'il fut honoré du titre de visiteur de l'institut dans les provinces de la Haute-Auvergne, du Yivarais^ du Vêlai et du Gévaudan^
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et que Fagence royale des provinces méridtoâsdes le chargea , en 1 799 , de rorganisation de la pro^ virice de Rouergue. On y voit que chaque province ^vait un administrateur et un commandant en chef. M. de Noyant termine ^a brochure en der mandant lé salaire de ses services et de sa tuirpi*» tude, et en recommandant sa personne et celles de ses agens subalternes à la bienveillance du roi,
¥ N Vt-on pas yu^ en 1 8 1 4 9 M« le baron dlra^* bert publier et faire distribuer gratis une bro^ pbure intitulée :Pr^czV historiques sur les éi^éne^ mens de Toulon en 1793 , dans laquelle il s'efforce ^e prouver qu'il est un tr^tre ; il nous appren4 qu'au commencement de l'année 1 793 il demanda de remploi au gouvernement conventionnel ; que ce gouvernement lui confia le commandement d'une des escadres de la Méditerranée; que, quel* ques mois après ^ il livra aux Anglais et à leur amiral Hood l'escadre et le port de Toulon.
« Lorsqu'il demanda de l'emploi^ lorsqu'il prêta' serment de servir la république avec fidélité : <x Je a m'ét^iis f dit-il 9 chargé d'une grande et impor*> «c tante expédition» dans le hutd! en faire manquer ce les effets , ainsi qu^ le portaient mes ordres se^ <i crets^ les seuls légitimes. Cette conduite m'était tracée par Y honneur et là fidélité , etc. » Un roturier probe eût refusé du service dans un gouvermeiYt qui n'était pas de son parti ; mais M. d'Im*
bert nous apprend qu'un noble peut trahir avec honneur : l'honneur des nobles est donc fait dif - 'féremment que celui des autres hommes.
J'ai déjà répondu à la première partie de c^ passage. J'ai déjà prouvé qu'il n'élait pas étonnant qu'après avoir abattu toutes les factions ^ les factieux n'aient pas conservé la force de lever la tête; j'ai prouvé d'ailleurs que , après le 3i mai, Robespierre n'avait fondé sa domination qu'en abattant les contre-révolutionnaires. C'est en renversant la commune, en arrachant Lyon auxroya* listes, Toulon aux Anglais^ la Bretagne à Wimpfen qu'il a fait justice des factions. Ce ne sont certes pas là des œuvres que l'émigration puisse compter au nombre de ses succès !
Mais, dit notre adversaire, après le 9 thermidor, les mouvemens insurrectionnels ont repris leurs cours. Oui, parce qu'après le 9 thermidor; une main puissante n'a plus présidé aux destins de la république ; oui, parce qu'après le 9 thermidor les Girondins, unis aux amis de Tallien^ ont, d'une part, pesé sur l'énergique Montagne; qui ne voulait pas supporter leur joug, et d'autre part, rendu aux contre-révolutionnaires des espérances coupables qu'ils ont osé bientôt soutenir' par les armes; Les journées du lâ germinal et du i*^*" prairial sont, dites-vous , l'ouvrage de l'Angleterre? — Citez vos preuves. Je les attends. Jusquelà, je suis autorisé à dire qu'elles ont été nécessitées
DE REWTÊ LEVÀSSEUR. l^f
par l'oppression des thermidoriens.Quant à rinsur-* reçtion royaliste du 1 3 vendémiaire, quel rapport avons-nous avec elle? Ce qu'il y avait encore de Montagnards dans le gouvernement s'est hâté de combattre les insurgés. Qui les a défendus ? les débris des républicains du 3i mai (i). C'est Lanjuinais qui a qualifié la juste résistance de la Convention de massacre ! c'est lui encore qui s'est montré ami des rebelles. Les Montagnards ont concouru à les châtier.
Il existe des preuves des intrigues contre-révolu^ tionnaires^ dites-vous? Oui, sans doute, et c'est pour cela qu'il est facile de savoir si tes Montagnards s'en sont mêlés. Je pourrais vous citer les noms de tel Girondin ou de tel thermidorien sur lesquels ces preuves pèsent de tout leur poids. Citez-nous un Montagnard. On ne saurait trop vous le demander : quel est celui d'entre nous qui , comme nos adversaires, a été récompensé, par des emplois , d'avoir trahi la cause nationale? Quel Montagnard a été, comme plus d'un homme du Marais, cacher sa honte dans la police impériale^? Vous nommez des hommes qui se sont vantés d'infâmes projets de corruption. Incul-
(i) J'excepte Louvet, qui, après avoir étudié l'état des partis en rentrant dans le sein de la GouTention , se sépara d« ses anciens collègues pour voter avec les amis de la république.
( J^otc de fauteur, )
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pèJDt-ils des Montagûards? — Non. — Ce ne sont donc là que dèà déclamations de plus. Je pourrais vous dire, moi, qu'il y avait de faux républicains dans le parti girondin, puisque Lari* vière , Tun des chefs de ce parti , s'est réfugié à là, cour d'Harlwetl et a reçu des faveurs en i8i4- Que ne citez-vous de semblables faits contre nous ?
I^e Censeur ramasse alors une vieille histoire de je ne sais quelle pension sur la liste civile ac^ cordée à mademoiselle Robespierre. Il faudrait d'abord établir le fait avant d'en tirer des conclusions, et le fait n'est rien moins qu'établi. Le Censeur se contente d^une afiirmation. Cette affirmation a élé toovent répétée , mais jamais Patron, accompagné de l'ombre d'une preuve? Et , quand cette preuve existerait^ ce qui est bien loin, il faudrait nous montrer encore de quand date cette pension ? à quel titre elle a été accordée ? On n'a rien fait de tout cela. On a supposé un fait et voilà tout. Et c'est toujours sur de pareils documens qu'on a cru pouvoir nous condamner!
Chose remarquable! on a parlé de mademoiselle Robespierre comme unie à son frère , comme ayant reçu le salaire de ses crimes. Eh bien! cette demoiselle était ennemie politique de sa famille, et dans la correspondance qui la regarde se trouvent les preuves les plus irrécusables de la bonne foi des deux Robespierre. Robespierre jeune écri-
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vait à son frère que les opinions de sa sœur le désespéraient. «Elle n'a pas, disait-il, dans ses veines une goutte de sang qui ressemble au nôtre! » Cette correspondance était secrète, confidentielle ; elle peignait bien ce que pensaient deux hommes que l'on a peints comme des agens de la contre-révolution. Courtois a, en outre, cité une lettre de mademoiselle Robespierre (i) qui
(1) Lettre de la citoyenne Jiobespierre à son frère,
<c Votre aversion pour moi , mon frère , loin de diminuer comme je m'en étais flattée , est devenue la haine la plus implacable , au point que ma vue seule vous inspire de Thorreur ; ainsi je ne dois pas espérer que vous soyez jamais lassez calme pour m'entendre ; c'est pourquoi je vais essayer de vous écrire.
(c Abîmée sous le poids de ma douleur, incapable de lier mes idées , je n'entreprendrai pas mon apologie. B me serait cependant si facile de démontrer que je n'ai jamais mérité en aucune façon d'exciter celte fureur qui vous aveugle ; mais j'abandonne le soin de ma justification au temps qui dévoile toutes les perfidies, toutes les noirceurs : alors, quand le bandeau qui couvre vos yeux sera déchiré, si vous pouvez, dans le désordre de vos passions, distinguer la voix du remords , si le cri de la nature peut se faire entendre , revenez d'une erreur qui m'est si funeste. Ne craignez pas que jamais je vous reproche de l'avoir gardé si longtemps. Je ne m'occuperai que du bonheur d'avoir retrouvé votre cœur. Oh 1 si vous pouviez lire au fond du mien ! que vous rougiriez de l'outrager si cruellement. Vous y verriez , avec la preuve de mon innocence , que rien ne peut en effacer l'attachement tendre qui me lie à vous, et que c'est le seul sentiment auquel je rapporte toutes mes affections. Sans cela , me plaindrais-je de votre haine? Que m'importe à moi d'être haife par ceux qui me sont indifférons et que je méprise . jamais leur souvenir ne viendra me troubler ; mais être haïe de mes frères , moi , pour qui c'est un besoin de les chérir , c'est la seule chose qui puisse me rendre aussi malheureuse que je le suis.
aOO BliMOlRES
montre jusqu'à Vçvidence que, royalistes ou républicains , tous ceux qui entouraient cet homme mettaient hors de doute sa bonne foi. Il est curieux de confronter cette lettre avec les lettres remplies d'une espèce de patriotisme implacable, mais
« Que cette passion de la faaine doit être atTreuse, puisqu'^dle vous aveugle au point de vous porter à me calomnier auprès de mes amis I Cependant n'espérez pas, dans votre délire, pouvoir me faire perdre l'estime de quelques personnes vertueuses , unique bien qui me reste. Avec une conscience pure , pleine d'une juste confiance dans ma vertu, je peux vous défier d'y porter atteinte , et j'ose vous dire qu'auprès des gens de bien qui me connaissent, vous perdrez votre réputation plutôt que de nuire à la mienne.
« Il importe donc à votre tranquillité que je sois éloignée de vous : il importe même , à ce qu'on dit, à la chose publique, que je ne vive pas à Paris... J'ignore encore ce que je dois faire ; mais ce qui me semble le plus urgent , c'est de vous débarrasser de la vue d'un objet odieux. ; ainsi» dès demain , vous pouvez rentrer dans votre appartement sans craindre de m'y rencontrer : je le quitterai , dès aujourd'hui, à moins que vous ne vous y opposiez formellement.
«c Que mon séjour à Paris ne vous inquiète pas; je n'ai garde d'associer mes amis à ma disgrâce. Le malheur qui me poursuit doit être contagieux , et votre haine pour moi est trop aveugle , pour ne pas se porter sur tout ce qui me témoignera quelque intérêt : aussi je n'ai besoin que de quelques jours pour calmer le désordre de mes idées , n^ décider sur le lieu de mon exil , car, dans l'anéantissement de toutes mes facultés, je suis hors d'état de prendre un parti.
c( Je vous quitte donc puisque vous l'exigez ; mais malgré vos injustices , mon amitié pour vous est tellement indestructible , que je ne conserverai aucun ressentiment du traitement cruel que vous me faites essuyer, lorsque, désabusé tôt ou tard, vous viendrez à prendre pour moi les sentimens que je mérite. Qu'une mauvaise houte ne vous empêche pas de m'instruire que j'ai recouvré votre amitié; et, en quelque lieu
DE REIf£ UEVASSBUR. aOI
pur, des deux frères; avec les accusatious dégradantes qu'on a fait peser sur eux. On peut y voir combien ce qu'on appelle Thisloire est souvent injuste.
Je pense avoir réfuté l'ensemble du système du Censeur; il ne me reste plus qu'à examiner quelques accusations ramassées dans le rapport de Courtois , rapport dont la phraséologie académique dissimule mal le vide. Le rhéteur qui a rédigé cet ampoulage parlementaire s'est plu , comme tous nos accusateurs , à rassembler contre nous les imputations les plus disparates et à faire peser sur nos têtes la responsabilité des crimes et des fautes de nos ennemis.
Ainsi, il consacre à nous reprocher une révoltante immoralité les deux tirades suivantes :
<K Cette époque de la confusion des idées fut , comme vous le voyez , celle de la confusion des seniimens. Voilà l'un des plus grands crimes des tyrans : c'est d'avoir corrompu la morale publi-
que je sois , fossé-je même par-delà les mers , si je puis vous être utile à quelque chose, sachez m'en instruire, et bientôt je serai auprès de